‹ Traité d'anatomie humaine (volume 2)Chapitre 39 sur 166 · VIII.— Artère humérale · texte numérisé non relu

VIII.— Artère humérale

ET SES BRANCHES

L’artère humérale (fig. 165, 1) est l’artère du bras. Continuation directe de l’axillaire, elle s’étend du bord inférieur du grand pectoral au pli du coude, où elle se

ANGEIOLOGIE

bifurque en deux branches terminales : l’une externe, c’est V artère radiale; l’autre interne, c’est V artère cubitale.

1^ Situation et direction. — Sensiblement rectiligne dans la plus grande partie de son étendue, l’humérale descend verticalement sur le côté interne du bras. Ce

n’est qu’à sa partie inférieure qu’elle s’infléchit légèrement en dehors, pour venir occuper, à la région du coude, la ligne axiale du membre.

Fig. 163.

L’arière Immérale, vue sur une coupe transversale passant par la partie moyenne du bras.

1, luimcrus. — 2. biceps. — 3, brachial antérieur. — 4. vaste interne. — 5, cloison interniusculaire interne. — G, artères et veines buinérales. — 7, nerf médian. — 8, nerf cubital. —

0, nerf musculo-cutané. — 10, bracliial cutané interne, encore placé sous l’aponévrose. — 11, veine basili(jue.

supérieurement et, inférieurement, répond à l’aponévrose et à la peau.

2® Rapports généraux. — Dans ce trajet, l’artère humérale nous présente les rapports suivants :

a) Au bras (fig. 163, 6), elle est recouverte, en avant, par le coraco-brachial d’abord et, plus bas, par le bord interne du biceps, son muscle satellite. Le biceps recouvre donc l’artère humérale et il la recouvre d’autant plus qu’il est plus développé. Lorsque le muscle est grêle, atrophié, l’artère se dégage de sa face profonde et vient alors, le long de son bord interne, se mettre en rapport immédiat avec l’aponévrose superficielle. Rappelons, à ce sujet, que la veine médiane basilique et la veine basilique suivent, au-dessous de la peau, le même trajet que l’artère humérale. — En arrière, l’artère humérale repose sur le vaste interne sur le brachial antérieur. — En dedans, elle — En dehors, elle longe d’ahord le coraco-brachial et répond, au-dessous de ce muscle, à l’interstice celluleux qui sépare le biceps du brachial antérieur.

lî) Au coude (fig. 164,8;, l’humérale est en rapport : en avant, avec l’expansion aponévrotique du biceps, qui la croise obliquement ; C7i arrière, avec le brachial antérieur ; e7i dedans, avec le faisceau coronoïdien du rond pronateur; en dehors, avec le tendon du biceps.

Fig. 164.

L’artère humérale, vue sur une coupe transversale passant par le pli du coude (côté droit, segment supérieur de la coupe).

S"" Rapports avec les veines. — L’artère humérale est accompagnée de deux veines, l’une interne, l’autre externe, réunies de loin en loin par des anastomoses transversales.

1, humérus. — 2, tenhoii du biceps. — 3, brachial antérieur. — 4, Ion? supinateur. — 5. rond pronateur.

— 6, lendou des muscles sus-épitrochléens. — 7, aponévrose superficielle. — 8, artère humérale et ses veines,

— 9, récurrente radiale antérieure. — 10. nerf médian.

— 11. nerf radial. — 12, 12’, veines superficielles. — 13, 13’, nerfs superficielles.

4° Rapports avec les nerfs. — Elle présente, en outre, quelques rapports importants avec les quatre nerfs suivants : brachial cutané interne, radial, cubital et

médian. — Le brachial cutané interne longe primitivement le côté a ntéro- interne de l’humérale; pmis, abandonnant l’artère, il perfore l’aponévrose pour devenir

ARTÈRE HUMERALE

sous-cutané. — Le radial, situé à son origine derrière l’artère, s’en sépare bientôt pour gagner en dehors la gouttière de torsion de l’humérus. — Le cubital longe tout d’abord le côté interne de l’humérale, mais il s’en sépare, dès le tiers supérieur du bras, pour gagner la loge musculaire postérieure : il sera désormais séparé du vaisseau par l’aponévrose intermusculaire interne. — Quant au nerf médian^ il est situé tout d’abord en dehors de l’humérale. Puis, il la croise en X, en passant le plus souvent au-devant d’elle, et vient alors se placer sur son côté interne. Au niveau du coude (fig. 164), le nerf et le vaisseau sont séparés l’un de l’autre par un petit triangle à sommet supérieur, de la base duquel s’échappe le faisceau coronoïdien du rond pronateur. ^

5° Distribution. — L’artère humérale fournit, au cours de son trajet, de nombreuses branches collatérales , savoir : des rameaux musculaires, V artère nourricière de l’humérus, la collatérale externe, la collatérale interne supérieure et la collatérale interne inférieure.

Rameaux musculaires. — Ils naissent sur le côté externe de l’artère à des hauteurs diverses, se portent en dehors et se distribuent successivement au deltoïde, au coraco-brachial, aux deux portions du biceps et au brachial antérieur.

Ces rameaux musculaires, fort variables en nombre, en volume et en direction, n’ont reçu aucun nom.

Il en est un, cependant, qui est à peu près constant et qui acquiert parfois des dimensions considérables : il se détache de l’humérale vers le milieu du bras et, sous le nom éé artère bicipitale, vient se distribuer à la courte et à la longue portion du biceps, qu’il pénètre par leur face profonde.

2° Artère nourricière de l’humérus. — L’artère nourricière est une branche fort grêle, qui se détache de l’humérale (souvent d’une collatérale) au tiers supéri eur ou à la partie moyenne du bras. Elle s’engage dans le canal nourricier de l’humérus, tout près de l’insertion inférieure du coraco-hrachial.

3" Collatérale externe ou humérale profonde. — C’est la branche la plus volumineuse de l’humérale. Elle s’en détache au niveau du bord inférieur du grand rond et se jette immédiatement après dans la gouttière de torsion de l’humérus, qu’elle parcourt dans toute son

Artères du bras, vue antérieure.

1, artère huméi’ale. — 2, humérale profonde ou collatérale externe. — 3, collatérale interne supérieure ou artère superlicielle du vaste interne. — 4, collatérale interne inférieure. — 5, 5’, rameaux musculaires. — (5, artère radiale. — 7, artère cubitale.

ANGÈIOLOGIE

étendue en compagnie du nerf radial. Elle abandonne dans son trajet de nombreux rameaux aux trois portions du triceps et se partage, un peu au- dessus de l’épicondyle, en deux rameaux terminaux, l’un antérieur, l’autre postérieur :

a) Le rameau antérieur suit le nerf radial. Gomme lui, il chemine à la partie antérieure du coude, entre le brachial antérieur, qui est en dedans, et les muscles épicondyliens, qui sont en dehors. Il s’anastomose, en avant de l’articulation huméro-radiale, avec la récurrente radiale antérieure, branche de l’artère radiale.

P) Le rameau postérieur^ restant en arrière de la cloison intermusculaire externe, descend sur la face postérieure de l’épicondyle, où il s’anastomose de même (fig. 166, B) avec la récurrente radiale postérieure, branche de l’interosseuse

A Fig. 168. B

Artères de l’articulation du coude : A, vue antérieure ; B, vue postérieure.

A, humérus, avec ; A’, épitrochlée; A”, épicondyle. — B, radius. — C, cubitus. — 1, humérale. — 2, radiale. — O, cubitale. — 4, humérale profonde. — 5, récurrente radiale antérieure. — 6, tronc des récurrentes cubitales, avec : 6’, récurrente cubitale antérieure ; 6’’, récurrente cubitale postérieure. — 7, tronc des interosseuses, avec ; 7’, interosseuse antérieure; 7”, interosseuse postérieure. — 8, récurrente radiale postérieure. — 9, cercle péri-épitrochléeu. — 10, cercle péri-épicondylien. — 11, anastomose sus-olécranienne. — 12, anastomose rétro-olécranienne.

postérieure. Il s’anastomose aussi, dans la plupart des cas, comme nous le verrons plus bas, avec l’artère collatérale interne inférieure.

Ces deux rameaux de l’humérale profonde s’épuisent dans les muscles voisins, dans le périoste et l’os.

¥ Collatérale interne supérieure. — Cette artère, appelée encore artère superficielle du vaste interne, naît, comme la précédente, à la partie supérieure du bras. Oblique en bas et en dedans, elle traverse d’avant en arrière la cloison intermusculaire interne en compagnie du nerf cubital et descend vers la région du coude, en longeant le vaste interne. Chemin faisant, elle abandonne plusieurs rameaux à ce muscle et vient s’anastomoser, sur le côté interne du coude, avec la récurrente cubitale postérieure.

ARTÈRE HUMÉRALE

5° Collatérale interne inférieure. — Moins considérable que la collatérale externe, la collatérale interne inférieure se sépare de l’humérale à deux ou trois travers de doigt au-dessus du pli du coude. Elle se porte obliquement en bas et en dedans, passe en arrière du médian et se divise, un peu au-dessus de l’épitrochlée, en deux rameaux, l’un antérieur, l’autre postérieur :

a) Le rameau antérieur se porte en avant de l’épitrochlée et s’anastomose avec la récurrente cubitale antérieure, branche de la cubitale. Il se distribue, par de nombreux ramuscules, au brachial antérieur et aux muscles épitrochléens.

P) Le rameau postérieur, qui naît parfois isolément de l’humérale, descend en arrière de l’épitrochlée et s’anastomose, de même, avec les divisions de la récurrente cubitale postérieure, branche de la cubitale. De ce rameau postérieur se détache ordinairement une artère, parfois assez volumineuse (fig. 166, il), qui se porte transversalement en dehors entre le triceps et la face postérieure de l’humérus et vient s’anastomoser, dans la région de Tépicondyle, soit avec l’humérale profonde, soit avec la récurrente radiale postérieure. Cette anastomose transversale jetée entre la première et la dernière collatérale de l’humérale, longe le rebord supérieur de la fosse olécranienne ; nous la désignerons, pour cette raison, sous le nom anastomose sus-olécranienne du coude.

Gomme pour la collatérale externe, les deux rameaux terminaux de la collatérale interne inférieure se distribuent aux muscles voisins, au périoste et à l’os. — Au sujet du réseau artériel du coude, voy. Arthrologie, p. 534.

résumédel’humérale O branches collatérales.

1° Rameaux musculaires, pour . . .

2® Artère nourricière, pour

3« Collatérale externe

4“ Collatérale interne supérieure, pour 5“ Collatérale interne supérieure. . .

! Deltoïde.

) Coraco-brachial.

j Biceps.

V Brachial antérieur.

1 L’humérus.

^ R. antérieur.

( R. postérieur.

I Vaste interne. '

\ R. antérieur.

{ B. postérieur.

Variétés. — On donne le nom di'artères aberrantes [vasa aberrantia) à des artères généralement longues et grêles qui, partant soit de l’axillaire, soit de Thumérale, se dirigent vers le coude et viennent se terminer dans Thumérale elle-même (disposition très rare) ou dans Tune de ses branches (disposition la plus fréquente). C’est dans la radiale ou dans la récurrente radiale antérieure qu’elles s’ouvrent dans la plupart des cas. Sur 33 cas, relevés par Giacomini, 28 appartiennent à la radiale, 5 seulement à la cubitale. — J’ai vu, sur le côté gauche d'un sujet, un vas aberrans, parti de Taxillaire, venir se terminer dans Tartère du nerf médian, à la partie inférieure du bras. — Dans un autre cas, je Tai vu descendre plus bas encore et se terminer dans Tarcade palmaire superficielle.

L’artère humérale peut se bifurquer au-dessous du pli du coude ; mais ces cas de division abaissée ou tardive sont fort rares. — Par contre, on voit assez fréquemment (une fois sur huit à dix sujets) Tartère humérale se bifurquer au-dessus du coude. Cette division, dite élevée ou prématurée, s’effectue le plus souvent dans le tiers supérieur du bras ; mais on la rencontre aussi, quoique plus rarement, soit dans le tiers moyen, soit dans le tiers inférieur. Nous avons déjà vu (p. 181) que cette division peut remonter jusque dans Taisselle et même jusqu’au cou.

La division prématurée de Thumérale, quel que soit le niveau où elle s’effectue, donne lien, dans la plupart des cas, à Tune des cinq modalités suivantes :

Première modalité : Division de Thumérale en Deuxième modalité : Division de Thumérale en Troisième modalité : Division de Thumérale en

a) Radiale.

b) Tronc cubito-interosseux.

a) Cubitale.

b) Tronc radio-interosseux.

a) Interosseuse ou médiane.

b) Tronc radio-cubital.

ANGEIOLOGIE

Quatrième modalité : Division de l’humérale en

Cinquième modalité : Division de l’huniérale en

{ a) Radiale.

I b) Cubitale.

( c) Interosseuse.

( a) Une artère aberrante.

l b) Artère humérale ordinaire.

L’anomalie en question est le plus souvent unilatérale. Sur 61 cas observés par Quain, elle siégeait 43 fois d’un seul côté et 18 fois des deux côtés ; 5 fois avec la même modalité, 13 fois

avec une modalité différente à droite et à gauche.

Le volume, la longueur, le trajet et la distribution des artères ainsi prématurément séparées présentent des variantes fort nombreuses, qu’il nous est impossible même de résumer dans un livre classique. Nous nous contenterons de signaler qu’elles suivent d’ordinaire la même direction que le tronc principal et qu’arrivées au coude, elles deviennent souvent superficielles, c’est-à-dire qu’elles cheminent le long de l’avant-bras, soit entre les muscles et l’aponévrose, soit entre cette dernière et la peau. Nous ferons remarquer aussi que l’artère radiale est placée bien souvent, dans son trajet brachial, en dedans de la cubitale et, par conséquent, qu’elle croise cette dernière, au coude ou plus haut, pour gagner le côté externe de l’avantbras.

Ouelques anatomistes, Henle et Krause entre autres, expliquent la division prématurée de l'humérale, par ce lait embryogénique que le vaisseau ne s’est pas allongé, au cours de son développement, dans les mêmes proportions que le bras. Une pareille assertion aurait besoin d’être démonti’ée.

Lorsqu’il existe une apophyse sus-épitrochléenne (t. 1, p. 283), on voit partir de son sommet un ligament, qui va s’insérer d’autre part sur l’épitrochlée. Ainsi se trouve conslitué un anneau ou même un canal ostéo-libreux, le canal sus-épitrochléen, limité : en haut, par l’apophyse en question ; en avant, par le ligament qui en part et sur lequel viennent s’insérer les faisceaux supérieurs du rond pronateur ; en arrière, par le brachial antérieur et la cloison intermusculaire interne. Dans ce canal, homologue du canal osseux [canal huméral) d’un grand nombre de mammifères, passe le nerf médian et presque toujours aussi une artère, l’humérale ou la cubitale. J’ai observé tout récemment un cas dans lequel l’artère humérale tout entière traversait le canal sus-épitrochléen et abandonnait, à la partie supérieure du bras, une artère aberrante et sous-cutanée, qui venait se jeter dans l’arcade palmaire superficielle. La figure 167 nous représente de même une artère aberrante très volumineuse aboutissant à la radiale. Le plus souvent, dans le cas d’une apophyse sus-épitrochléenne, l’artère humérale ou l’une de ses branches, la cubitale, est recouverte par le muscle rond pronateur : ectte disposition, on le conçoit, peut créer des difficultés sérieuses pour la ligature de l’humérale au pli du coude (voyez, à ce sujet, Testut, L’apophyse sus-épitrochléenne chez l'homme, vingt-deux observations iiouvelles, \n ^onrn. internat. d’Anatomie, 1889; Du même. L’apophyse sus-épitrochléenne, considérée au point de vue chirurgical, in Bull, de la Soc. de chirurgie, 1889, et Lyon médical, 1892).

.Apophyse sus-épitrocliléenne.

J. artère liumérale. — 2, nerf médian. — 3, artère cubitale. — 4, artère radiale. — 3, (iios vas al)errans se rendant à la radiale. — 6, Lracliial antérieur. — 7, biceps. — 8, carré pronaleur. — 9, autres muscles épitrochléens. — 10, long supinateur. — 11, apophyse sus-épitrochléenne.

§ IX. — Artères radiale et cubitale

ET LE 13 RS BRANCHES

La bifurcation de l’artère humérale s’effectue un peu au-dessous de l’interligne articulaire du coude, quelquefois au niveau même de cet interligne, plus rarement au-dessus. Les deux branches qui résultent de cette bifurcation, Vaidére radiale et Vartère cubitale^ descendent l’une et l’autre à la face antérieure de l’avant-bras, arrivent à la main et forment à la région palmaire, en s’anastomosant par inosculation, deux arcades importantes, que l’on désigne, en raison même de leur situation, sous le nom à' arcades palmaires.

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