VEINES GORRESPONDANÏ A L’ARTÈRE AORTE
(VEINES AORTIQUES)
Le sang artériel, disséminé dans tous les territoires organiques par les innombrables divisions de l’artère aorte, est ramené à l’oreillette droite, à l’état. de sangveineux : 1° par des veines à court trajet et relativement peu volumineuses, qui proviennent du cœur et que, pour cette raison, nous appellerons veines cardiaques ; 2° par deux canaux beaucoup plus considérables, que l’on a désignés, probablement à cause de leur volume, sous le nom de veines caves ; ou distingue ces dernières, d’après leur situation, en veine cave supérieure et veine cave inférieure.
Nous décrirons donc successivement dans trois articles distincts :
1° Les veines cardiaques ;
2° La veine cave supérieure et ses affluents ;
3® La veine cave inférieure et ses affluents.
ARTICLE I
VEINES CARDIAQUES
Nous avons déjà vu, à propos du cœur (p. 54), que le sang apporté à cet organe par les deux artères cardiaques ou coronaires, retourne aux cavités cardiaques par trois groupes de veines, savoir ; 1*^ une veine principale, la grande veine coronaire ; 2® par des veines plus petites, les venæ minores ou veines cardiaques accessoires; 3° par des veines plus petites encore, qui vont directement des faisceaux musculaires aux cavités cardiaques, les venæ minimæ ou veines de Thébésius.
Grande veine coronaire. — La grande veine coronaire (fig. 232,7) prend naissance au niveau de la pointe du cœur. De là, elle se porte verticalement en haut, en suivant le sillon interventriculaire antérieur, en compagnie de l’artère coronaire gauche qui longe son côté interne. Elle arrive ainsi aux oreillettes. S’infléchissant alors en dehors, presque à angle droit, elle se jette dans le sillon auriculo-ventriculaire gauche, contourne le hord gauche du cœur, arrive sur la face postérieure de l’organe et, finalement, s’ouvre dans la partie postérieure et inférieure de l’oreillette droite, tout près de la cloison interauriculaire. La grande veine coronaire se compose donc de deux portions : une portion ascendante, qui répond au sillon interventriculaire antérieur; uuq portion transversale, qui chemine dans le sillon
ANGEIOLOCIE
üuriculo-ventriculaire gauche et qui embrasse, à la manière d'une demi-circonférence, la moitié gauche du cœur. Cette dernière portion, au moment de s’ouvrir dans l’oreillette, s’élargit plus ou moins, en constituant à ce niveau une sorte de renflement ampullaire, que l’on désigne sous le nom de sinus de la grande veine coronaire. Décrivons-le tout de suite.
A. Sinus de la urande veine coronaire. — Le sinus en question (fig. 23"2, 7’) n’est donc que la portion terminale, plus ou moins renflée, delà grande veine coronaire.
Fig. 231.
Veines du cœur, vue antérieure.
Fig. 232.
Veines du cœur, vue postérieure.
A. oreillcltc droite. — R, vcniricule droit . — C, oroilleüc gaiirlie. — I), venlricidc gauclie. — 1, aorte. — 2, artère pulmonaire. — 3, 3’, veines pulmonaires droites. — 4, 4’. veines pulmonaires gauches. — 5, veine cave supérieure. — <). oriücc de la v eine cave inférieure. — 7, grande veine coronaire, av(!C 7’, le sinus coronaire. — 8, 8’, veines cardiaques accessoires. — d, veine marginale droite ou veine du bord droit. — 10, veine marginale gauche ou veine du bord gauche. — 11, veine postérieure du ventricule gauche. — 12, veine interventriculaire postérieure. — 13, petite veine coronaire. — 14, veine de Marshall. — 1.3, 1.3, deux vpines se rendant directement à l’oreillette droite.
U est couché transversalement dans la partie la plus interne du sillon auriculoventriculaire gauche, au-dessus du ventricule, sur lequel il repose, au-dessous de l’oreillette, qui le recouvre et parfois même le surplombe. Sa longueur, très variable suivant les sujets, oscille entre 2 et o centimètres. Sa largeur, qui est de 7 ou 8 millimètres à son origine, s’accroît graduellement et atteint, à sa terminaison, 12 et même 14 millimètres.
Le sinus étant dirigé transversalement, ses deux extrémités se distinguent en interne et externe. — V extrémité interne s’ouvre dans l’oreillette un peu audessous et en dedans de l’orifice de la veine cave inférieure : nous avons déjà vu, à propos du cœur, et nous le rappellerons en passant, qu’elle est pourvue d’une valvule mince et toujours incomplète, la calcule de Thébésius. Nous rappellerons encore que cette valvule a une forme semi-lunaire, que son bord convexe ou adhérent répond à la demi-circonférence externe de l’orifice, que son bord libre ou concave regarde la cloison interauriculaire. — \j’’ extrémité externe du sinus est située immédiatement en amont de rabouebement de la veine de Marshall (fig. 232, 14),
VEINES CARDIAQUES
que nous décrirons dans un instant. Sur cette extrémité encore, se voit une petite valvule semi-lunaire appelée valvule de Vieiissens. Mais cette valvule fait souvent défaut. Quand elle existe, elle est implantée le plus souvent sur la paroi antérieure du vaisseau, tournant sa concavité à droite, du coté de l’oreillette. Du reste, comme celle de Thébésius, elle est toujours insuffisante.
Le sinus coronaire est ordinairement plus marqué chez le nouveau-né que chez l’adulte.
Il n’est pas rare, chez le nouveau-né ou chez l’enfant, de constater à son extrémité externe une sorte^ d’étranglement extérieur, qui répond à la valvule de Vieussens.
Histologiquement, le sinus de la grande veine coronaire nous présente, dans sa paroi, une couche de fibres musculaires striées, disposées transversalement en forme d’anneau. Ces fibres sont une émanation de la couche musculaire de l’oreillette.
Au point de vue morphologique, le sinus coronaire, chez l’adulte, représente le segment terminal de la veine cave supérieure gauche de l’embryon et, de ce fait, doit être considéré comme un vaisseau spécial, plutôt que comme une dépendance de la grande veine coronaire. La grande veine coronaire se termine, en réalité, à l’extrémité externe du sinus : elle est l’iin de ses affluents.
B. Affluents de la grande veine coronaire. — La grande veine coronaire reçoit comme affluents (fig. 231 et 232) :
a. Dans sa partie ascendante , de nombreuses veines et veinules sans nom, qui naissent de la cloison interventriculaire et de la face antérieure des deux ventricules, du ventricule gauche, tout particulièrement ; celles qui proviennent du ventricule droit sont peu nombreuses, fort courtes et de tout petit calibre ; celles qui émanent du ventricule gauche sont beaucoup plus importantes ;
!^. Dans sa partie transversale : 1® quelques veinules peu importantes, qui descendent de l’oreillette gauche; 2° des veines plus volumineuses, qui proviennent des deux faces et du bord libre du ventricule gauche. De ces dernières veines, l’une, plus volumineuse que les autres et assez constante, longe de bas en haut le bord gauche du ventricule ; c’est la veine du bord gauche (fig. 232, 10) ou la veine marginale gauche, dénominations qui sont parfaitement justifiées par la position du vaisseau.
C. Affluents du sinus. — Le sinus de la grande veine coronaire, à son tour, reçoit comme affluents (fig. 232j :
La veine obliciue de V oreillette gauche o\i veine de Marshall, (fig. 232, 14) : elle naît sur l’oreillette gauche, un peu au-dessous de la veine pulmonaire gauche inférieure, où elle fait suite assez souvent à un petit cordon fibreux : de là, elle se
Fig. 233.
Le sinus de la veine coronaire, incisé longitudinalement à sa partie postérieure.
(Même orientation que dans la figure 232).
1, grande veine coronaire. — 2, sinus de la veine coronaire. — 3, son abouchement dans l'oreillette droite, avec 3’, valvule de Thébésius. — 4, valvule de Vieussens, marquant la limite entre la veine coronaire et le sinus. — 5, veine de Marshall. — 6, petite veine coronaire. — 7, veine interventriculaire postérieure. — 8, veine postérieure du ventricule gauclie,
ANGEIOLOGIE
porte obliquement en bas et en dedans, se grossit de quelques fines collatérales et vient s’ouvrir à la partie supéro-externe du sinus, immédiatement en aval de la valvule de Vieussens. Nous avons déjà dit, à propos du péricarde (p. 77), que cette veine et le cordon fibreux auquel elle fait suite représentent le reliquat, chez l’adulte, de la veine cave supérieure gauche de l’embryon. Rappelons, à ce sujet, que veine et cordon fibreux se trouvent situés au-dessous d’un repli du péricarde, le repli vestigial, si bien étudié par Gruber;
2° La veine postérieure du ventricule gauche (fig. 232, 1 1), qui chemine de bas en haut sur la partie moyenne de la face postérieure du ventricule gauche et se jette dans le sinus au niveau de son extrémité externe ; cette veine, quand le sinus est court, se rend à la grande coronaire, un peu en dehors de la valvule de Vieussens ;
3® La veine inter centriculaire postérieure {venu cordis media de Henle), veine volumineuse (fig. 232, 12), qui naît à la pointe du cœur, se jette dans le sillon interventriculaire postérieur, le parcourt de bas en haut dans toute son étendue et vient s’ouvrir à la partie inférieure du sinus, tout près de son abouchement dans l’oreillette ;
4® hd. petite veine coronaire (fig. 232, 13), veine ordinairement toute petite, non constante, qui prend naissance dans la région du bord droit du cœur, se porte ensuite de dehors en dedans dans le sillon auriculo-ventriculaire droit et se jette dans la portion terminale du sinus.
D. Valvules. — La grande veine coronaire et ses affluents sont généralement dépourvus de valvules dans toute l’étendue de leur trajet. Chacun d’eux, cependant, nous présente, au niveau de sa terminaison, une valvule, dit ostiale, qui la délimite très nettement du côté du vaisseau où elle se jette.
La figure 233 nous montre ces valvules ostiales sur les principaux affluents du sinus. Comme on le voit, elles ont une forme semi-lunaire et, d’autre part, elle sont toujours incomplètes, c’est-à-dire n’occupent qu’une partie de la circonférence du vaisseau. Elles sont donc insuffisantes, au même titre que les valvules de Thébésius et de Vieussens, à empêcher pendant la vie le reflux du sang veineux. C’est grâce à cette insuflisance qu’une injection poussée à contre-courant, pénètre assez facilement, du sinus dans les veines et, de celles-ci, dans les veinules.
La figure 233 nous montre aussi que la veine de Marshall est dépourvue de valvules.
Les veines cardiaques présentent entre elles, soit au niveau de leur origine, soit au cours de leur trajet, de l'réquentes anastomoses. D'un autre côté, le réseau veineux du cœur n’est pas un réseau fermé : il communique, en elfet, avec les réseaux du voisinage, par l'intermédiaire des plexus veineux qui entourent les gros vaisseaux du cœur. C'est ainsi que les plexus veineux qui recouvrent l'aorte et l’artère pulmonaire entrent en relation, en bas avec les veines de la face antérieure du cœur, en haut avec les veines du thorax, notamment avec les veines diaphragmatiques gauches. Béracji, depuis longtemps déjà (in Gaz. méd. de Paris, 185ÎÎ), a signalé deux veines qui, prenant naissance sur rinfundibulum et au voisinage du sillon interventriculaire antérieur, viennent se jeter, la première dans le plexus veineux préaortique, la seconde dans le plexus veineux qui accompagne l’artère pulmonaire. Ces veines atteignent, à l'état normal, jus- <iu'à 2 millimètres de diamètre. Elles peuvent vraisemblablement , dans certaines conditions pathologiques spéciales, se dilater et constituer alors, pour le sang veineux des parois cardiaques, une voie dérivative plus ou moins importante.
2° Veines cardiaques accessoires (venæ cordis minores). — Le groupe des veines cardiaques accessoires comprend des veines qui, comme les précédentes, cheminent à la surface extérieure du cœur, mais qui, au lieu de se rendre à la grande veine coronaire, s’ouvrent directement dans l’oreillette droite.
VEINES CARDIAQUES
Fig. 234.
Veines de l’oreillette droite (d’après Lannelongue) .
1, veine cave supérieure. — 2, veine cave inférieure. — 3, orifice de la grande veine coronaire. — 4, tissu réticulé de l'auricule. — 5, fosse ovale. — A, B, C, trois foramina. — a. a\ deux foraminula. — 6, orifice auriculo-venlriculaire et valvule tricuspide.
Les principales, au nombre de trois ou quatre, sont situées sur la face antérieure du ventricule droit. Nées sur divers points de la paroi ventriculaire, elles se portent verticalement en haut, vers le sillon auriculo-ventriculaire , le croisent perpendiculairement et viennent s’ouvrir dans l’oreillette au voisinage de sa base. Les orifices par lesquels elles débouchent dans la cavité auriculaire, ont été signalés, depuis bien longtemps déjà, par Vieussens et Thébésius d’abord, puis par LannelonijUe, sous le nom de foramina.
Parmi ces veines, de provenance ventriculaire, il y en a une qui est assez constante et qui est souvent volumineuse : c’est celle qui longe le bord droit du cœur; on la désigne, pour cette raison, sous le nom &Q veine du bord droit du cœur ou veine marginale droite (fig. 231, 9) ; on l’appelle encore veine de Galien, mais cette dernière dénomination doit être abandonnée, les veines de Galien se trouvant dans la toile choroïdienne du troisième ventricule. Elle s’ouvre à la base de l’auricule par un foramen qui lui est propre.
Lannelongue décrit, en outre, trois autres foramina, qui sont situés sur les points suivants (fig.
234) : le premier (A), un peu en avant de l’extrémité gauche de l’auricule ; le second (B), près de l’embouchure de la veine cave supérieure; le troisième (G) , au voisinage de la valvule de Thébésius.
Ces trois derniers
Fig. 235.
Réseau veineux intramusculaire de l’oreillette (L.\NNELo^GUE).
A, orifice auriculo- ventriculaire droit. — 1, 2, 4, trois foramina et canaux qui leur font suite. — 3, 3, deux veinules.
ANGEIOLOGIE'
foramina (1, 2 et 4 de la figure 235) sont intimement unis les uns aux autres. Si, en effet, on pousse une injection dans l'un quelconque des trois, on la voit sortir immédiatement par les deux autres. Cette union est établie, d’après L.\nne- LONGUK, par des canaux intrapariétaux ou intramusculaires qui se rendent de Eun à l’autre.
Comme nous le montre la ligure 235, il y aurait un premier canal reliant directement les deux foramina 1 et 2; le canal qui partirait du troisième foramen (4), irait se brancher sur le premier en un point variable. C’est dans ces canaux que viennent s’ouvrir la presque totalité des veines de l’oreillette droite.
Histologiquement, les canaux veineux qui aboutissent aux foramina ne possèdent pas d’éléments contractiles leur appartenant en propre (Lannelongüe et Ranvier). Ces éléments contractiles sont remplacés ici par les fibres musculaires striées de l’oreillette, qui entourent les canaux veineux en question dans toute leur étendue.
La description qui précède s’applique à roreillelte droite. En est-il de môme pour l'oreillette gauche et pour la cloison interauriculaire ? C'est probable. Lannelongüe a signalé, en effet, à la partie supérieure de Loreillette gauche, dans l’intervalle compris entre les veines pulmonaires gauches et les veines pulmonaires droites, un foramen qui serait constant. Il est l’aboutissant d’une veine, large parfois de 2 millimètres, qui provient des ganglions bronchiques situés audessous de la bifurcation de la trachée.
3° Veines de Thébésius (venæ cordis minimæ). — Nous comprenons, sous ce titre, des veines de tout petit calibre, qui naissent, comme les veines ordinaires, dans les parois cardiaques et qui, au lieu de se porter en dehors vers la surface extérieure de l’organe, se portent en dedans et s’ouvrent dans ses cavités, tant dans les ventricules que dans les oreillettes. Leurs points d’abouchement dans les cavités cardiaques constituent les foraminula de Lanxelongue.
aj Dans VoreilleUe droite, les foraminula sont fort nombreux, mais leur siège comme leur nombre n’a rien de constant. On en rencontre ordinairement plusieurs sur la cloison interauriculaire et sur cette partie de la paroi antérieure qui avoisine l’orifice auriculo-ventriculaire droit.
fi) Dans V oreillette gauche, les foraminula des veines de Thébésius ont été signalés, en 1868, par Bochdaleck. Ils sont, comme dans l’oreillette droite, irrégulièrement disséminés sur les parois de cette cavité.
t) En ce qui concerne les ventricules, le professeur Langer (de Vienne) a signalé en 1880, sur leur surface intérieure, l’existence de lacunes, qui rappellent de tous points les foraminula des oreillettes : on les rencontre, de préférence, au niveau de la pointe, sur la base des muscles papillaires et au voisinage des racines des gros vaisseaux du cœur. De ces lacunes, il en est certainement un grand nombre qui ne sont que de simples dépressions en cæcum de l’endocarde. Mais il en est d’autres qui, d’après l’anatomiste viennois, seraient de véritables orifices répondant à l’ouverture de canaux veineux dans les ventricules, comme il est facile de s’en convaincre, soit par l’injection de liquides colorés, soit par l’insufflation d’air dans les veines du cœur.
En se basant sur les résultats de ces injections. Langer a cru devoir admettre dans les veines de Thébésius, les deux modalités suivantes : les unes émanent réellement, suivant notre définition, desréseaux capillaires du myocarde ou de l’endocarde; les autres naîtraient à la surface extérieure du cœur, soit des branches de la grande coronaire, soit des cardiaques accessoires, et se porteraient ensuite directement dans les cavités cardiaques, en traversant successivement le rnyocard('. et l’endocarde. Les veinules de ce dernier groupe constitueraient, pour le réseau