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LIVRE V

SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

ANATOMIE GÉNÉRALE

Tous les animaux, quelque rang qu’ils occupent dans la série, sont doués de la faculté de sentir, de se mouvoir et de se nourrir. A la sensibilité, à la motilité et à la nutrilité viennent s’ajouter, chez les vertébrés supérieurs, tout un ensemble de facultés nouvelles, qui président aux différents actes psychiques et que l’on comprend sous la dénomination générique de facultés intellectuelles et affectives.

L’ensemble des organes destinés à ces différentes fonctions constitue le système nerveux, et l’on désigne sous le nom de névrologie (de vsOpov, nerf, et dis-

cours) cette partie de l’anatomie qui s’occupe de leur description.

Le système nerveux est primitivement fort simple et ce n'est que par une série de transformations successives qu’il arrive à ce degré de complexité qui le caractérise chez l’homme. Chez quelques cœlentérés, comme l'hydre d’eau douce, qui est constituée simplement par deux feuillets cellulaires accolés, le système nerveux est représenté par des cellules d’origine ectodermique, disséminées dans toute l’étendue de la surface externe du corps et jouant à la fois le rôle de cellules sensitives et d’organes contractiles (cellules neuro-musculaires de Kleinenberg), Chez d’autres animaux du même groupe, certaines méduses par exemple, qui possèdent des organes tactiles, des espèces d’yeux et des poches auditives, les cellules neuromusculaires, physiologiquement doubles, se sont décomposées en deux éléments histologiques distincts : des cellules exclusivement musculaires et des cellules essentiellement nerveuses, lesquelles, au lieu de rester disséminées comme tout à l’heure, se trouvent maintenant groupées en une sorte d’anneau. Mais ces cellules nerveuses sont encore situées dans l’ectoderme et en parfaite continuité avec lui.

Si nous nous élevons graduellement dans l’échelle zoologique, nous voyons bientôt l’appareil nerveux, bien que naissant toujours au sein de l’ectoderme, s’isoler peu à peu de ce dernier et s’enfoncer au-dessous du tégument externe, comme pour se mettre à l’abri des injures extérieures et protéger ainsi les délicates fonctions qui lui sont dévolues. Ainsi isolé et différencié, le système nerveux forme de véritables organes internes, d’aspect très variable. Chez les annélides, chez les arthropodes et chez les mollusques, il se compose d’une série de petites masses ou ganglions, reliés les uns aux autres par de petits cordons ou nerfs : ces ganglions forment, du côté ventral, une chaîne régulière et continue, que couronne en avant le collier œsophagien. Chez les vertébrés, enfin, il se présente sous la forme d’une longue tige de substance nerveuse, plus ou moins renflée du côté de

SYSTEME NERVEUX CENTRAL

Eex-trémité céphalique et logée dans un canal osseux, le canal cranio-rachidien. Il est connu sous le nom &'axe cérébro-spinal ou névraxe.

Il est difficile d’établir des relations embryogéniqiies entre le système ganglionnaire des invertébrés et le système cérébro-spinal des vertébrés : la raison en est que la chaîne ganglionnaire des invertébrés se trouve placée sur le côté ventral du tube digestif, tandis que Taxe cérébro-spinal des vertébrés est rejeté tout entier en arrière de ce même tube digestif. Les tuniciers (ascidies) possèdent, à l’état larvaire, un système nerveux central qui se rapproche beaucoup plus de celui des vertébrés: il consiste en un long cordon primitivement creusé d’une cavité centrale, qui, comme le cordon cérébro-spinal des vertébrés, provient d’une invagination de l’ectoderme et occupe le coté dorsal de l’animal. L’homologie entre les deux formations est ici évidente et il nous paraît rationnel d’admettre, avec Gegen- BAUR et avec Balfoür, que le système cérébro-spinal des vertébrés dérive du système nerveux des tuniciers.

De l’organe nerveux central, renfermé dans le canal osseux cranio-rachidien, émanent des cordons nerveux, appelés nerfs, qui s’échappent du canal précité et vont ensuite, après un trajet plus ou moins long, se ramifier dans les différents appareils de l’économie, appareil locomoteur, appareil sensoriel, appareil vasculaire, appareil digestif, etc.

Le système nerveux, considéré dans son ensemble, comprend donc deux ordres d’organes : 1° des organes centraux, logés dans le canal osseux cranio-rachidien et formant le système nereeux central ; 2° des organes périphériques, situés en dehors de ce canal et constituant le système ner ceux périphérique. Nous ne nous occuperons ici que du système nerveux central. Le système nerveux périphérique fera l’objet d’un livre à part, le livre VI, qui commencera notre troisième volume.

Envisagé à un point de vue purement morphologique, le système nerveux central peut être défini ; cette niasse volumineuse de substance nerveuse, à la fois blanche et grise, qui occupe le canal neural de la colonne vertébrale (t. I, p. 193) et donne naissance aux nerfs. On les désigne encore sous les noms divers de centres nerceux, de myélencéphale, dé axe encéphalo-médullaire, déaxe cérébrospinal, de nécraxe. Tous ces termes sont synonymes.

Le myélencéphale est, sans conteste, l’organe le plus important du corps, en raison des hautes fonctions qui lui sont dévolues et qui ont fait placer l’homme, à juste titre, au premier rang parmi les primates. C’est aussi, malheureusement, l’un des plus complexes et des moins connus.

Longtemps on s’est borné, dans l’étude anatomique des centres nerveux, à une simple énumération de leurs parties constituantes, à une description banale de ce que l’on voyait, soit à la surface extérieure, soit sur des coupes macroscopiques. Dans ces derniers temps, grâce au concours de la physiologie expérimentale, de l’anatomie pathologique et du développement, on est arrivé à déceler, là où les méthodes purement anatomiques ne pouvaient nous faire voir que de la substance blanche ou de la substance grise, une série d(i systèmes indépendants, jouissant chacun de fonctions spéciales et parfaitement définies. D’autre part, des méthodes de coloration nouvelles, notamment la méthode d’Ehrlich au bleu de méthylène et la méthode de Golgi au chromate d’argent, celle-ci perfectionnée par Ramon y Gajal, ont permis aux histologistes d’isoler en place les éléments nerveux, de les suivre sur une grande étendue de leur trajet et de constater, d’une façon plus nette et plus précise qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, leurs relations réciproques. La morphologie cérébro-spinale s’est ainsi éclairée d’un jour tout nouveau et, s'il existe

ANATOMIE GENERALE

encore dans son domaine beaucoup de points obscurs, il serait injuste de no pas reconnaître qu’il en est un grand nombre aussi qui sont nettement élucidés et définitivement acquis.

Il suffit d’examiner un encéphale dépouillé de ses enveloppes ou de couper en travers un segment quelconque de la moelle épinière pour constater que les centres nerveux se composent essentiellement de deux substances : une substance blanche et une substance grise. Dans la moelle épinière, la substance grise est placée au centre de l’organe, la substance blanche à la périphérie. Dans l’encéphale, la substance blanche est presque tout entière centrale ; quant à la substance grise, elle s’y dispose en partie à la périphérie (cortex), en partie au centre (noyaux opto-striés, noyaux du cervelet, etc.). Mais ces deux substances ne diffèrent pas seulement par leur aspect, par leur situation, par leur consistance, par leurs attributions fonctionnelles; elles diffèrent encore au point de vue structural et il importe, avant de les étudier méthodiquement sur telle ou telle partie du névraxe, d’être préalablement bien fixé sur leur constitution anatomique générale. A ce sujet, le névraxe renferme comme éléments constituants, à la fois dans ses parties blanches et dans ses parties grises :

1® Des éléments nerveux;

2® Des éléments de soutien ;

3® Des vaisseaux sanguins et des voies lymphatiques.

Nous étudierons séparément ces divers éléments et nous commencerons par les plus importants, les éléments nerveux.

ARTICLE I

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