‹ Traité d'anatomie humaine (volume 3)Chapitre 126 sur 176 · MUSCLES DE L’ABDOMEN · texte numérisé non relu

MUSCLES DE L’ABDOMEN

La cavité abdominale est presque entièrement circonscrite par des formations musculaires, que nous grouperons méthodiquement en quatre régions, savoir :

1° Une région anléro -latérale;

Une région postérieure ou lombo-iliaque ;

3° Une région supérieure o\x diaphragmatique ;

4® Une région inférieure ou périnéale.

Les muscles de la région périnéale sont si intimement connexes, au double point de vue anatomique et physiologique, avec la vessie, la prostate et le canal de Purèthre, que nous en renvoyons l’étude à notre livre X consacré aux Organes GÉNITO-URINAIRES (voy. t. IV). Nous UC décHrons donc ici que les trois premières régions.

ARTICLE I

RÉGION ANTÉRO-LATÉRALE

La cavité abdominale est fermée en avant et sur les côtés par des muscles importants, que nous pouvons diviser en deux groupes : les musclais longs et les muscles larges. Nous étudierons tout d’abord ces deux groupes musculaires et décrirons ensuite, dans un paragraphe distinct, les différentes formations aponévrotiques qui leur sont annexées.

§ I. — Muscles longs

Les muscles longs, ainsi appelés parce qu’ils sont disposés en sens longitudinal, sont situés symétriquement à droite et à gauche de la ligne médiane. Ils sont au nombre de deux : le grand droit de V abdomen et le pyramidal de V abdomen.

U — Grand droit de l’abdomen

Situé immédiatement en dehors delà ligne médiane, le grand droit de l’abdomen (fig. 744, 1) est un muscle rubané, plus large et plus mince en haut qu’en bas, qui s’étend du pubis au sternum et aux côtes moyennes.

U Insertions. — Il prend naissance, en bas (fig. 746, 2), sur le corps du pubis, dans tout l’intervalle compris entre l’épine et l’angle. Cette insertion se fait à l’aide d’un tendon aplati et quadrilatère, large de 23 à 30 millimètres, d’une hau-

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teur à peu près égale, qui se fixe exactement sur la lèvre antérieure du bord supérieur du pubis, souvent même (surtout quand le pyramidal n’existe pas) sur sa face antérieure. Il est ordinairement divisé en deux languettes, dont l’externe est toujours plus large et plus importante que l’interne.

Du bord supérieur du tendon pubien, les fibres constitutives du muscle grand droit se portent de bas en haut, les internes verticalement, les externes en obli-

Fig. 743. Fig. 744.

Muscles de l’abdomen, vus par leur face Muscles de l'abdomen, vus par leur face

antérieure, couche superficielle. antérieure, deuxième couche.

Fig. 743. — 1. grand pectoral. — 2, grand dorsal. — 3, grand dentelé. — 4, grand oblique de l'abdomen, avec h\ •son aponévrose d’insertion. — 5, muscle grand droit de l’abdomen, renfermé dans sa gaine. — 6, ligne blanche. — 7, ombilic. — 8, canal inguinal.

Fig. 744. — 1, musclé grand droit, dont la gaine a été coupée sur les côtés. — 1’, ses faisceaux d'insertion aux cinquième, sixième et septième côtes. — 1”, coupe du feuillet antérieur de sa gaine. — 2, muscle pyramidal. — 3, coupe ■du muscle grand oblique. — 4, muscle petit oblique. — 5, grand dentelé. — 6. intercostaux externes. — 7, intercostaux internes. — S, muscle couturier. — 9, ombilic. — 10. aponévrose du grand oblique, sectionnée et érignée en bas, pour laisser voir le cordon inguinal. — Cvi, sixième côte.

quant un peu en dehors, et forment par leur ensemble un faisceau aplati, qui s’élargit graduellement au fur et à mesure qu’il s’élève. Arrivé au thorax, il se divise en trois languettes terminales, qui viennent se fixer : la languette externe, la plus large des trois, sur le bord inférieur du cartilage costal de la cinquième €ôte; la languette moyenne, sur le bord inférieur du cartilage de la sixième; la languette interne, sur le bord inférieur du cartilage de la septième côte et sur le ligament costo-xiphoïdien, quelquefois même sur l’appendice xiphoïde lui-même.

Le muscle droit de l’abdomen est interrompu, de distance en distance, par des coupures ou intersections apo névrotiques , dont le seul caractère constant est

ANATOMIE HUMAINE. — T. I, 6° ÉDIT. 10b

MYOLOGIE

l’irrégularité. On en compte généralement trois ou quatre : une au niveau de l’ombilic, deux au-dessus et une au-dessous. Du reste, elles peuvent occuper toute la largeur du muscle ou une partie seulement, être rectilignes ou en zigzag, aflécter une direction transversale ou une direction plus ou moins oblique. Homologues des côtes, les intersections aponévrotiques du grand droit, tout comme les intersections analogues que l’on rencontre au cou sur le sterno-hyoïdien et le sternothyroïdien, doivent être considérées comme les représentants, dans le voisinage de la ligne médiane antérieure, des coupures transversales du corps humain {métamérle), coupures qui sont marquées en arrière par les articulations des vertèbres entre elles, sur les côtés par les côtes et, en avant, par les articulations réciproques des différentes pièces sternales.

2" Rapports. — Le grand droit de l’abdomen est renfermé dans une gaine fibreuse très résistante, que lui forment, comme nous le verrons bientôt (voy., plus loin. Aponévrose de V abdomen), les aponévroses d’insertion des trois muscles grand oblique, petit oblique et transverse.

a) Par l’intermédiaire de cette gaine, le muscle grand droit présente les rapports

suivants. — Sa face antérieure répond au muscle pyramidal (voy. ce muscle) et à la peau. — Sa face postérieure est en rapport avec le fascia transversalis (voy. plus loin p. 864), le tissu cellulaire sous-péritonéal, le péritoine et les viscères abdominaux. C’est encore sur la face postérieure du muscle grand droit, mais dans l’intérieur de sa gaine, que cheminent et s’anastomosent deux artères importantes : l’une ascendante, l’artère épigastrique; l’autre descendante , l’artère mammaire interne. — Son bord externe répond cà l’angle de réunion des deux lames qui constituent sa gaine fibreuse. — Son bord interne est séparé de celui du côté opposé par un raphé fibreux, appelé ligne blanche (voy. plus loin, p. 875).

3) Dans l’intérieur même de sa gaine, le muscle grand droit présente, avec les parois de cette gaine, des rapports importants que nous étudierons plus loin (voy. donc, pour compléter l’étude des rapports de ce muscle, la description de la Gaine du grand droit, p. 873).

3" Innervation. — Le muscle grand droit de l’abdomen est innervé : H à sa partie supérieure et moyenne, par les six ou sept derniers nerfs intercostaux ; 2° à sa partie inférieure, par les deux ner/“.s ab domino -génitaux, branches collatérales du plexus lombaire.

4"* Action. — Ce muscle, prenant son point fixe sur le pubis, abaisse les côtes et fléchit le thorax sur le bassin ; il est donc expirateur et fléchisseur du thorax.

Exceptionnellement, il prend son point fixe sur les côtes et fléchit alors le bassin sur le thorax.

Fig. 745.

Coupe transversale des muscles grand droit et pyramidal, un peu au-dessus du pubis.

l, gland droit de l’abdomen. — 2, pyramidal. — 3, 4,l5, aponévroses des muscles grand obliciue, ])elit oblique et Iransvcrse. — 6. gaine dn grand droit. — 7’, aponévrose très mince séparant le pyramidal du grand droit. — 8, peau. — 9, tissu cellulaire sous-cutané. — 10, l'ascia Iransversalis. — il, péritoine. — 12, ligne blanche. '

RÉGION ANTÉRO-LAÏÉRALE DE L’ABDOMEN

Le muscle grand droit décrit, chez le plus grand nombre de sujets, un trajet curviligne à concavité dirigée en arrière. La contraction, redressant cette courbure, a pour résultat de comprimer les viscères et de favoriser ainsi l’expulsion des urines (miction), des matières fécales {défécation), du contenu de l’estomac {vomissement), du contenu de l’utérus {parturition) .

Variétés. — La duplicité du muscle est signalée par Otto [Path. Anat., p. 244). — Le muscle grand droit peut s’étendre, sur le thorax, jusqu’à la quatrième cote (disposition qui est loin d’être rare), jusqu’à la troisième (Meckel, Boeuhave), jusqu'à la deuxième (Portal), jusqu’à la clavicule (Lenoir, Bull. Soc. anal, de Paris, 1832, p. 107). Le grand droit atteint normalement la première côte chez un grand nombre de singes, notamment chez le papion et chez le magot.

Voyez, au sujet du grand droit, Hervé, Le grand droit de l'abdomen et les muscles antérieurs du cou, Rev. mens, de l’Lcole d’Anthrop., 1890 ; Ruge, Zeugnisse fur die metamere Verkürzung des Rumpfes bei Saugethieren : der Musculus rectus thoraco-abdominalis der Primaten, etc., Morph. Jahrb., 1892; Kazzander, Zur Anat. d. Musc, rectus abdominis des Menschen, Anat. Hefte, 1904; Livini, Contrib. alla morfologia del Musc, rectus abdominis e del Musc, supracostalis nelV uomo, Arch. Anat. e Embriol., 1903.

Muscle supra-costal. — On a confondu, selon nous, sous ce nom générique de muscle supracostal, des bandelettes musculaires fort variables dans leur forme, leur étendue, leur signification anatomique, et réunies par un seul caractère commun, celui de reposer directement sur les côtes dans la région antéro-latérale du thorax. En tenant compte avant tout des homologies de ces muscles surnuméraires, nous croyons qu’il convient de les diviser en trois groupes distincts et d’admettre : 1“ des muscles supra-costaux provenant de l’extension aux premières côtes du muscle droit de l’abdomen; 2“ des muscles supra-costaux reproduisant chez l’homme le petit muscle sterno-costal des mammifères ; 3® des muscles supra-costaux se rattachant manifestement au système des muscles scalènes. — (Voy., pour de plus amples’ détails, Wood, loc. cit. ; Turner, Journal of Anat. and Phys., 1868, p. 303; Testut, A?iom. muscul., p. 68; Cals, Recherches sur quelques muscles delà légion pectorale au point de vue de Vanatomie comparée, Bibliogr. anat.. 1902, t. XI, p. 89.) '

2° — Pyramidal de l'abdomen

Le pyramidal de l’abdomen (fig. 746, 1), est un petit muscle, aplati et allongé, situé de chaque côté de la ligne médiane, à la partie antérieure et inférieure de l’abdomen, immédiatement en avant du grand droit. Il revêt, comme son nom l’indique, la forme d’un triangle, dont la hase est dirigée en bas, le sommet en haut.

1® Insertions. — Ce muscle s’insère, en bas, au-devant du corps du pubis, entre la symphyse et l’épine. Cette insertion, qui mesure, suivant les cas, 2 ou 3 centimètres en largeur, sur 3 ou 5 millimètres d’épaisseur, se fait par de courtes fibres tendineuses.

Du corps du pubis, le pyramidal se porte en haut et en dedans, en se rétrécissant' graduellement, et vient se terminer, par une extrémité effilée, sur la ligne blanche, en un point qui est également distant de la symphyse pubienne et de l’ombilic. Cette insertion supérieure du muscle se fait à l’aide d’une série de petites languettes tendineuses, bien représentées dans là figure 746, qui se détachent de son bord interne, dans toute l’étendue de son tiers supérieur, et se fixent, presque immédiatement après, sur la face latérale de la ligne blanche.

2® Rapports. — Le pyramidal est contenu dans la gaine du grand droit. — Sa face postérieure repose sur ce muscle, dont il n’est séparé que par une simple lame fibreuse ou conjonctive, extrêmement mince (fig. 745, 7). — Sa face antérieure est, au contraire, séparée de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané par un plan fibreux très résistant (fig. 745, 6), qui n’est autre que le feuillet antérieur de la gaine du muscle grand droit. A sa partie tout inférieure, cette face antérieure du pyramidal est croisée obliquement par le pilier interne du canal inguinal et, en dehors de lui, par le cordon inguinal lui-même.

MYOLOGIE

3° Innervation. — Il est innervé, en haut, par le dernier ou parles deux derniers nerfs intercostaux ; en bas, par les nerfs abdomino-génitaux, branches du plexus

lombaire.

4 ° Signification morphologique. — Le pyramidal représente chez rhomrne, à un état d’atrophie considérable , un muscle que l’on trouve très développé chez les didelphiens ; il s’attache en haut, chez quelques espèces, jusque sur le thorax et se fixe, en bas, sur l’os marsupial qu’il rapproche de la ligne médiane. Le pyramidal de l’abdomen n’est donc chez nous qu’un organe rudimentaire et, comme tel, il n’a aucune fonction active. Je n’ai jamais compris le rôle que lui attribuent certains auteurs de tendre la ligne blanche : car je ne vois pas dans quelles circonstances la ligne blanche

Le muscle pyraniidal de l’abdoïueu, vue antérieure.

1, pyramidal. — 2, grand droil, de l’abdomen (à nu du C(Mé gauche, recouvert à droite ))ar une mince toile celluleuse qui le sépare du pyramidal), avec : 2’ son tendon interne ; 2”, son tendon externe. — 3, ligne blanche. — 4, gaine du graml droit, érigné en dehors. — 5, pilier externe de l'anneau inguinal. — ü, ü, épine pubienne. — 7, verge avec 8, son ligament suspenseur.

aurait réellement besoin d’être tendue.

Variétés. — Le muscle pyramidal est excessivement variable, cotnme

peut manquer (1 fois sur 10, environ, chez l’homme) d’un seul coté ou des deux côtés à la fois : son absence constitue une disposition normale chez certains mammifères. — Par contre, on a observé trois et même quatre pyramidaux (Horner). — On l'a vu s'insérer ; 1® au-dessous de son point ordinaire, tout près du pubis; S» au-dessus de ce point, dansle voisinage de l’ombilic (8pigel, Hoef.mann), et meme sur i’otnbilic (Rolfincius et moi-mème). Dans un cas de Verheyen, le pyramidal présentait, comme le grand droit, une intersection aponévrotique.

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