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MUSCLES DU MEMBRE SUPÉRIEUR

Nous avons déjà décrit, dans les chapitres précédents, un certain nombre do formations musculaires qui, partant du tronc, viennent se terminer sur la ceinture thoracique ou même sur l’humérus. Outre ces muscles, qui n’appartiennent au membre supérieur que par une seule de leurs extrémités, celui-ci possède des muscles fort nombreux qui lui appartiennent en propre, je veux dire qui naissent et se terminent à la fois sur les pièces squelettiques du membre supérieur. Envisagés à un point de vue purement descriptif, ces muscles se répartissent en quatre groupes, répondant chacun à un segment du membre. Ce sont : i° Les muscles de V épaule;

2"" Les muscles du bras;

3® Les muscles de l'avanl-hras;

4° Les muscles de la main.

ARTICLE I

MUSCLES DE L’ÉPAULE

Six muscles, dits muscles de V épaule^ rattachent le premier segment du membre supérieur à l’humérus. Ce sont : le deltoïde, le sus-épineux, le sous-épineux, le grand rond, le petit rond et le sous-scapulaire. De ces six muscles, un seul, le deltoïde, se détache à la fois des deux os qui constituent l’épaule ; tous les autres prennent exclusivement naissance sur l’omoplate.

1° — Deltoïde

Le deltoïde (fig. 132, 2 et 785, 2), ainsi appelé en raison de sa forme triangulaire (A grec), embrasse, à la manière d’un demi-cône creux, le côté externe de l’articulation scapulo-humérale. C’est à la fois le plus superficiel et le plus volumineux des muscles de l’épaule.

4° Insertions. — 11 s’insère, en haut : U sur le tiers ou la moitié externe du bord antérieur de la clavicule; 2° sur le bord externe de l’acromion ; 3° sur le bord postérieur (lèvre inférieure) de l’épine de l’omoplate, dans toute son étendue. Ces diverses insertions d’origine se font, sur la clavicule par des fibres charnues, sur l’acromion par des fibres charnues entremêlées de fibres tendineuses fort courtes, sur l’épine de l’omoplate à l’aide d’un véritable tendon fort large et très résistant.

MYOLOGÏE

De cette longue ligne d’insertions supérieures, les faisceaux moyens ou acrose portent verticalement en l)as; les faisceaux antérieurs oviclainculaires^ obliquement en bas, en dehors et en arrière ; les faisceaux postérieurs owspinaux, obliquement en bas, en dehors et on avant. Tous convergent vers l’empreinte deltoïdienne de l’humérus (voy. Ostéol.) et s’y insèrent à l’aide d’un fort tendon de forme triangulaire. Il n’est pas rare de voir quelques-uns des faisceaux claviculaires du deltoïde se fixer sur le tendon meme du grand pectoral.

Comme le muscle grand fessier, le deltoïde est constitué par une série de colonnettes charnues plus ou moins isolables, mais dont le nombre, évalué à dix par Albinus, porté à dix-huit ou vingt par Cruveichier, varie, on peut le dire, avec chaque sujet et pour chaque observateur. Jamais, dans les conditions normales, le deltoïde n’est réellement divisé en portions distinctes : il forme toujours une nappe compacte et indivise et les expressions de j)ortion clcwiculaire , portion acromiale, portion spinale, empruntées à la myologie comparée (carnassiers) par quelques anatomistes, ne sont nullement applicables h l’homme.

Le chat, qui est à ce point de vue un excellent sujet d’étude, nous présente trois muscles deltoïdiens parfaitement distincts : un muscle deltoïdien antérieur, un muscle deltoïdien moyen, un muscle deltoïdien postérieur, que Str.\üss-Durckeim a décrit sous les noms significatifs de delto-clae iculaire , detto-acrominal, deltospinal et qui répondent aux faisceaux claeiculaires, acromiaux et spinaux de l’anatomie humaine. La division du deltoïde commence à apparaître chez les singes inférieurs et s’accentue chez les lémuriens.

2'^ Rapports. — Au point de vue de ses rapports, le deltoïde nous offre à conidérer deux faces, l’une externe, l’autre interne, deux hords^ un sommet Qi une

base :

a) La face externe, convexe, est recouverte par la peau, dont la sépare une aponévrose {aponévrose deltoïdienne) que nous décrirons plus loin.

f) La face interne, concave, recouvre l’articulation scapulo-humérale et toutes les formations musculaires ou osseuses qui l’entourent, savoir : en arrière , les muscles sous-épineux, petit rond, grand rond, longue portion du triceps ; en dehors, la longue portion du biceps et le tendon du sus-épineux; en avant, l’apophyse coracoïde et les muscles qui s’en détachent, plus le sous-scapulaire et

Fig. 785.

Muscle.s de l’épaule, vue postérieure.

1, scapuUmi, avec : 1’. ei)iiio de ronioi)lalo, I”, ucromion. — ], delluïde, avec 2", son aponévrose d'inserlionà l’épine ; 2” son tendon d'insei tion inférieur. — 3, Ira ))cze. — 4, rhomboïde. — y, sous-épineux. — ■ (J, polit rond. — 7, grand rond. — 8, longue porlion du triceps. — 0, vaste externe.

MUSCLES DE L’ÉPAULE

ie grand pectoral. Une bourse séreuse, très développée et constante, la bourse sous-deltoïdienne ou sous-acromiale (fig. 503,2), s’étale entre le deltoïde el la grosse tubérosité de rhumérus (voy. Arliculalion de V épaule).

y) Le sommet.^ dirigé en bas, répond au tendon huméral du deltoïde. Ce tendon s’enfonce comme un coin dans le bord supérieur du muscle brachial antérieur, qui présente à cet effet une échancrure en forme de V.

S) La base du deltoïde, qui représente la ligne d’insertion supérieure de ce muscle, correspond exactement à la ligne d’insertion scapulaire du trapèze. Le trapèze et le deltoïde semblent donc former un muscle unique, divisé en deux portions par une longue intersection osseuse , que constituent d’arrière en avant l’épine de l’omoplate, l’acroinjon , la clavicule. L’anatomie comparée justifie pleinement une pareille interprétation : nous voyons, en effet, chez les animaux non claviculés, faisceau antérieur du trapèze se continuer avec ie faisceau antérieur du deltoïde pour constituer un muscle unique, le muscle céphalo-huméral (hyène, blaireau, cheval), qui s’étend directement de la tête à l’humérus.

s) Le bord postérieur du eltoïde, oblique en bas et en dehors, croise successivement les cinq muscles sous-épineux, petit rond, grand rond, long triceps et vaste externe.

"Cl Le bord antérieur, également oblique en bas et en dehors, est séparé du grand pectoral par un interstice triangulaire à base supérieure, Vespace delto-pectoral . Dans cet espace cheminent, comme nous l’avons déjà vu à propos du grand pectoral (p. 825), la veine céphalique et, au-dessous d’elle, l’artère acromio-thoracique ou ses branches.

3*^ Innervation. — Le. muscle deltoïde est innervé par le nerf circonflexe, l’une des six branches terminales du plexus brachial. Ce nerf, après avoir contourné le col chirurgical de l’humérus et fourni quelques rameaux collatéraux, notamment le nerf du petit rond, s’épanouit, en un certain nombre de filets divergents, qui disparaissent dans la face profonde du deltoïde, à peu près à égale distance de son insertion supérieure et de son insertion inférieure.

4° Action. — Le deltoïde est le muscle abducteur ou élévateur du bras. .En outre, en raison de leur obliquité de sens contraire, les faisceaux antérieurs portent l’humérus en avant; les faisceaux postérieurs le portent en arrière. Par l’action seule du deltoïde, l’élévation du bras ne dépasse guère l’horizontale, l’humérus rencontrant alors le sommet de l’acromion, qui l’arrête. L’élévation de l’humérus au-dessus de l’horizontale résulte d’un mouvement de bascule de l’omoplate, en vertu duquel son angle inférieur se porte en avant et son angle antérieur en haut (voy. Articulation de V épaule).

Variétés. — On a constaté l’absence des faisceaux claviculaires (Otto), l’absence des faisceaux acromiaux (Macalister). — J’ai rencontré plusieurs fois l’indépendance de la portion claviculaire ; l’indépendance de la portion acromiale est signalée par Macalister. — Parmi les faisceaux •surajoutés, qui viennent parfois renforcer le deltoïde, nous signalerons ; 1° des faisceaux prenant naissance sur le bord spinal de l'omoplate [basio-deltoideus de Krause) ; c’est là une disposition essentiellement simienne ; des faisceaux insérés sur l’aponévrose du sous-épineux [fasciculus infraspinatus deltoideus de Gruber) ; 3° des faisceaux se détachant du bord axillaire, signalés pour la première fois par Albinus, décrits de nouveau plus tard par Meckel et Theile et auxquels Calori a donné [Mem. dell. Inslit. Accad. di Bologna, 1868, t. VI, p. 164) le nom de costodeltoideus. — J’ai décrit [Anom. miiscul.. p. 338), sous le nom de faisceau cléido-épiirochléen, un faisceau surnuméraire du d-eltoïde qui se détachait de la clavicule, descendait en dehors de la veine céphalique et se terminait, à l’aide d'un tendon aminci et fort grêle, sur l’épitrochlée. —

MYOLOCxIE

Grüber {Wirchow's Arch., vol. XXXlf, p. 218) a signalé, sous le nom de scapulo-hume7^alis digasificus, un faisceau charnu, situé entre le deltoïde et le sous-épineux, divisé par une intersection tendineuse en deux ventres : il s'insérait, d’une part, sur la base de l’acroinion et les deux tiers de l’épine de l’omoplate; d’autre part, sur l’humérus entre le delto'ide et le triceps. — Hvrtr {Anat. des Alenschen) décrit un petit faisceau surnuméraire, qui naissait profondément de l’acromion et se üxait, en bas, sur la capsule articulaire de l’épaule, dont il constituait un muscle tenseur . — Les formations musculaires que l’on a décrites sous le nom de tensor faciæ deltoideæ me paraissent devoir être rattachées au pannicule charnu des mammifères. — Le muscle deltoïde peut présenter des connexions plus ou moins intimes (fusion, échange de faisceaux) avec le grand pectoral, avec le trapèze, avec le brachial antérieur, avec le sous-épineux, avec le long supinateur.

2® — Sus-épineux

Logé dans la fosse sus -épineuse , le sus-épineux (fig. 786,3) est un muscle de forme triangulaire , s’étendant de cette fosse à l’extrémité supérieure de rhumérus.

1"^ Insertions. — 11 s’attache, en dedans, aux deux tiers internes de la fosse susépineuse, ainsi qu’à la face profonde de l’aponévrose qui le recouvre.

De là, ses fibres, se portant en dehors et en avant, se jettent autour d’un tendon, qui se dégage du muscle en atteignant l’articulation scapulohumérale et vient se fixer sur la facette supérieure du trochiter, en contractant à ce 1 niveau des connexions intimes avec la capsule articulaire.

2^ Rapports. — Le

sus-épineux est recouvert, tout d’abord, par le trapèze.

Plus en dehors, il glisse au-dessous de l’articulation acromioclaviculaire et du ligament acromio-coracoïdien.

Plus en dehors encore, au moment de s’insérer à l’humérus, il se met en rapport avec le deltoïde.

Par sa face profonde, il recouvre successivement la fosse sus-épineuse, le nerf et les vaisseaux sus-scapulaires, la capsule articulaire de l’épaule.

Fig. 786.

Muscles de l’épaule, vue postérieure, après ablation du deltoïde et du trapèze.

1, rhomboïde. — 1’, faisceau supérieur de ce muscle, consiiluaut le petit rhomboïde. — 2, angulaire de l’omoplalc. — .3, sus-épineux. — 3’, tendon de ce muscle. — 4, sous-épineux. — 4’, tendon de ce muscle. — .3, petit rond. — 5’, tendon de ce muscle. — G, grand rond. — 7, deltoïde. — 8, épine de l’omoplate, avec 8’, acromion. — 9, apophyse coracoïde. — 10, longue portion du ti’iceps. — 11, vaste externe.

3° Innervation. — 11 est innervé par le nerf su8-scapulaire, l’une des branches collatérales postérieures du plexus brachial.

4° Action. — Auxiliaire du deltoïde, le muscle sus-épineux élève le bras, tout en

MUSCLES DE L’ÉPAULE

lai imprimant (Duchenniî) un léger mouvement de rotation en dedans. Il est encore, pour l’articulation de l’épaule, une sorte de ligament actif, maintenant la tète humérale contre la cavité glénoïde de l’omoplate.

Variétés. — Le sus-épineu.v est un muscle singuiièremenL invariable, pour employer une expression de M.\c.\listei{. Cet anatomisle a vu, cependant, sur un sujet, le sus-épineux renl'orcé par un petit faisceau (jui se détachait du ligament supra-scapulaire (notre ligament coracoïdien).

3° — Sous- ÉPINEUX

Le sous-épineux (fig. 786, 4j est un muscle aplati et triangulaire, dont la base correspond à la fosse sous-épineuse et le sommet à l’extrémité supérieure de l’humérus.

Insertions. — Il prend naissance : 1° sur les deux tiers internes de la fosse sous-épineuse ; 2° sur la face profonde de l’aponévrose qui le recouvre ; 3® sur une cloison fibreuse qui le sépare du grand rond et du petit rond.

De la, ses faisceaux convergent tous vers l’articulation de Uépaule ; les supé~ rieurs suivent un trajet horizontal ; les inférieurs, un trajet presque vertical ; les moyens, un trajet oblique en haut et en dehors. En atteignant l’articulation, ils se jettent sur un tendon aplati qui vient s’attacher sur la facette moyenne du trochiter (fig. 787,2), en se confondant en partie, à ce niveau, avec la capsule articulaire.

2^ Rapports. — Recouvert par le trapèze, par le deltoïde et par la peau, le sousépineux recouvre la fosse sous-épineuse, dont le séparent le nerf et les vaisseaux sus-scapulaires. Le long de son bord externe, il répond successivement au grand rond et au petit rond.

3^ Innervation. — 11 est innervé, comme le précédent, par le nerf sus-scapulaire branche du plexus brachial. Les rameaux nerveux qui lui sont spécialement destinés le pénètrent par sa face profonde, à la réunion de son tiers externe avec son tiers moyen.

4° Action. — Envisagé au point de vue de son action, le sous-épineux imprime à l’humérus un mouvement de rotation en dehors. -En même temps, il applique la tête humérale contre la cavité glénoïde, jouant ainsi, comme le précédent, le rôle d’un ligament actif pour l’articulation de l’épaule.

Variétés. — Le sous-épineux peut être renforcé, au niveau de son tendon huméral, par un faisceau provenant du deltoïde (Meckel, Theile, Knott). — Knoït [Proc, of roy. Irish. Acad., 1881) a décrit, sous le nom de infra-spinatus minor, les faisceaux supérieurs du sous-épineux plus ou moins ditiérenciés en un muscle distinct. — Je désignerai sous le nom de sous-épineux superficiel un faisceau observé par Mac.xlister et par Wood, en arrière du sous-épineux, qui s étendait du bord spinal de l’omoplate à la grosse tubérosité de l’humérus. — Il n’est pas très rare de voir le sous-épineux entièrement confondu avec le petit rond.

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