‹ Traité d'anatomie humaine (volume 3)Chapitre 21 sur 176 · STERNUM · texte numérisé non relu

STERNUM

en conséquence, chacune entre deux lignes de soudure, 'sur le côté de la sternèbre correspondante.

4^ Conformation intérieure. — Le sternum, comme les côtes, appartient manifestement, par sa structure, à la classe des os plats. Il se compose de deux lames de tissu^compacte, interceptant entre elles du tissu spongieux, à travées minces et délicates, à cellules larges et remplies de moelle rouge.

Le sternum, dit Guuveilhier, est un des os les plus spongieux du corps humain.

Connexions. — Le sternum s’articule, de chaque côté, d’une part avec la clavicule, d’autre part avec les sept premiers carti-

Insertions musculaires. — Le sternum donne insertion à huit muscles, dont trois prennent leur origine sur la poignée, quatre sur le corps, un sur les bords de l’appendice. Nous résumons ces insertions dans le tableau suivant (voy. fîg. 107 et 108).

f 1, Sterno-cléido-mastoïdien.

) 2, Grand pectoral.

( 3, Grand droit de Tabdomen.

4, Sterno-cléido-hyoïdien.

3, Sterno-thyroïdien.

Triangulaire du sternum.

a. Face antérieure.

b. Face postérieure .

V 7, Diaphragme.

c. Appendice xiphoïde. \ 8, Aponévrose du transverse.

Fig. 106.

Coupe sagittale du sternum, pour montrer la structure aréolaire de Tos.

1, 2, première et deuxième pièce du sternum. — 3, périoste. — 4, 5, ligaments interrosseux.

Développement. — Le sternum se compose primitivement de deux moitiés symétriques, situées de chaque côté de la ligne médiane et affectant l’une et l’autre la forme d’une bandelette cartilagineuse, sur le bord externe de laquelle s’implantent les sept premières côtes. Ces deux moitiés sternales ou hémisternums séparées par un intervalle, qui correspond à la ligne médiane antérieure et qui, en persistant chez l’adulte, donne naissance à cette anomalie connue sous le nom de fissure sternale (voy. plus bas). Les deux hémisternums se rapprochent peu à peu l’un de l’autre, entrent en contact et finissent par s’unir. De cette union résulte une lame unique, impaire et médiane ; c’est le sternum cartilagineux .

L’ossilication du cartilage sternal ne commence guère qu’au 5= ou au 6® mois de la vie fœtale. Cette ossification présente des variations individuelles aussi nombreuses qu’étendues et il est bien difficile de dégager de toutes ces variations une formule générale. 11 convient d’étudier séparément la poignée., le corps et Vap~ pendice xiphoïde :

a) La poignée se développe le plus souvent par un seul point d’ossification, qui apparaît sur la ligne médiane vers la fin du 5® mois ou le commencement du 6®. Il est arrondi ou oblong transversalement et progresse avec une grande lenteur : à la naissance, il n’a encore envahi que la moitié du cartilage. Outre ce centre d’ossification, centre principal, Rambaud et Renault ont signalé l’existence de deux points accessoires ou épiphysaires, répondant aux deux facettes claviculaires.

Ces deux derniers points, destinés à modeler les facettes articulaires précitées, se soudent à la poignée proprement dite vers l’àge de vingt-cinq ou vingt-huit ans.

P) Le corps se développe, théoriquement, par huit points d’ossification, qui se disposent par paires en regard

des espaces intercostaux. — Nous devrions donc rencontrer quatre groupes, comprenant chacun deux noyaux osseux, situés sur une même ligne horizontale de chaque côté de la ligne médiane. Mais l’existence de ces huit points est fort rare. Le plus souvent, pour un ou deux espaces intercostaux, les deux noyaux théoriques sont remplacés par un noyau unique situé sur la ligne médiane elle-même. — Quoi qu’il en soit du nombre des points d’ossification destinés au corps,

Sleruum, vue antérieure, avec insertions musculaires.

Sternum, vue postérieure, avec insertions musculaires.

(Pour la légende, voir le tableau ci-dessus.)

OSTEOLOGIE

ces points se développent de haut en bas ; les plus élevés se montrent du 7® au 8« mois de la vie fœtale ; les inferieurs n’apparaissent qu’après la naissance, du 89 au 10® mois. — L’évolution ultérieure de ces divers points est la suivante : les deux points latéraux d’un môme groupe se soudent d’abord entre eux sur la ligne médiane [conjugaison latérale de Gruveilhieb). Quand cette soudure latéi'ale est effectuée pour les quatre groupes, le corps du sternum se compose, en réalité, de quatre pièces homologues, superposées dans le sens vertical : ce sont les sternèbres priniiiives, correspondant chacune à un espace intercostal. — Plus tard, ces pièces osseuses, abandonnant elles-mêmes leur indépendance, se soudent entre elles [conjugaison verticale). Nous ferons remarquer, à ce sujet, que ce travail de soudure s’effectue de bas en haut, dans un ordre inverse par conséquent à celui qui préside à leur ossification. La pièce inférieure s’unit à la troisième, vers la deuxième ou la troisième année. Ce n’est guère que de vingt à vingt-cinq ans que la première pièce s’unit aux pièces suivantes.

c) L’appendice xiphoïde ne nous présente, d’ordinaire, qu’un seul point d’ossification ; il occupe la base de l’appendice et apparaît dans le cartilage à l’àge de trois ou quatre ans, quelquefois bien plus tard, à dix, douze et même dix-huit ans.

Chez l’adulte, le sternum, ainsi que nous l’avons dit plus haut, n’est plus constitué que par trois pièces, que les progrès de l’àge vont encore réduire. De cinquante à soixante ans, l’appendice xiphoïde se soude au corps et, dans l’extrême vieillesse, de soixante-cinq à soixante-quinze ans, la poigaée elle-même finit par perdre son indépendance. Il est à remarquer, toutefois, que la soudure complète du corps et de la poignée est fort rare : il résulte, en effet, d’une statistique de Gray, qu’elle ne se rencontre que quatre ou cinq fois sur 70 sujets âgés de plus de soixante ans, soit une proportion de 6 ou 7 p. 100.

Dans les différents ordres de Primates, placés au-dessous derhomme, les dilférents sternèbres qui constituent le mésosternum se soudent moins profondément que chez nous. C’est ainsi que nous en trouvons encore trois chez l’orang et le chimpanzé, trois ou quatre chez le gorille, six chez le magot : seul, le sternum du gibbon est conformé d’après le type bumain et ne présente qu’une seule pièce (Broca). La multiplicité des pièces constituantes du sternum, chez l’homme, acquiert donc toute la valeur d’un caractère simien.

Variétés. — Les différentes formes anormales du sternum sont le résultat d’un arrêt de développement. Les deux moitiés du sternum ne se fusionnent quïncomplètemcnt sur la ligne médiane : de là, la production, entre les deux, d'un vide respecté par l’ossification et désigné en tératologie, suivant ses dimensions, sons les noms de hiatus ou de fissure.

La fissure est dite simple quand elle se limite à l’os et que les par-, ties molles qui la recouvrent sont normalement développées: elle est compliquée de hernie du cœur ou ectopie cardiaque, quand l’arrêt de développement a frappé en même temps les téguments. Dans le premier cas, le cœmr bat sous la peau, entre les deux moitiés du sternum ; dans le second, le cœur revêtu ou non de son péricarde, est entièrement à découvert. Si la fissure sinq)le n’est pas incompatible avec la vie, la fissure compliquée d’ectopie cardiaque entraîne rapidement la mort. Il n’est pas inutile de faire remarquer que cette indépendance complète ou incomplète des deux moitiés latérales du sternum, anormale chez l’homme, se rencontre normalement dans quelques espèces animales, notamment cliez le cachalot (Flower). Le cochon présente, lui aussi, pendant fort longtemps une suture médiane et, chez l’orang-outang, chaque segment transversal du mésosternum est formé de deux pièces homologues qui restent indépendantes jusqu’à l’âge où l’animal a atteint la moitié de sa taille (Flower).

Un degré moins avancé de l’anomalie précédente est la réunion, sur la ligne médiane, de deux ou plusieurs pièces homologues par des synchondroses verticales.

La longueur de l'appendice xiphoïde est fort variable. On l’a vu manquer entièrement, et il résulte d’une observation de Desault (Gavard, Traité d'ostéologie, 1805) que le xiphisternum peut descendre jusqu’à l’ombilic.

OErl et, après lui, Ruge, ont signalé sur l’appendice xiphoïde des restes de l’extrémité antérieure des 8® et 9® côtes, lesquelles ont perdu aujourd’hui, chez l’homme, toutes espèces de relation avec le sternum.

On rencontre parfois, sur l’angle supérieur du manubrium, un petit prolongement osseux, fusionné ou articulé avec lui : il représente le vestige de l’extrémité sternale d’une côte rudimentaire, qui est, selon le cas, ou la première thoracique, ou bien la dernière cervicale. Cet élément costal du sternum est constitué, dans certains cas, par un simple noyau cartilagineux. Nous ajouterons que, d’après Leboucq, le manubrium sternal renfermerait constamment, à l’état embryonnaire, l’extrémité antérieure de la septième côte cervicale.

Fig. 109.

Ossification du sternum [schématique).

I. poignée du sternum. — II, lit, fV, V, les quatre pièces du corps. — VI, appendice xiplioïde.

a, b, c, d. e, lignes de soudure des différentes pièces du sternum entre elles.

1, point osseux de la première pièce. — 2, noyau unique, résultant de la fusion des deux noyaux théoriques. — 3, -V, 5, doubles noyaux pour chacune des troisième, quatrième et cinquième pièces. — 6,

noyau pour l’appendice xiphoïde.

COTES ET CARTILAGES COSTAUX

Os suprasternaux. — Ce sont deux petites masses osseuses plus ou moins arrondies que l'on rencontre quelquefois sur le bord supérieur du sternum, de chaque côté de la fourchette, à laquelle elles sont reliées, soit par une lame cartilagineuse, soit par le ligament interarticulairc Les os suprasternaux ont été décrits pour la première fois par Breschet {Recherches sur différentes pièces du squelette des animaux vertébrés encore peu connues, 1838), qui les considéra à tort comme des rudiments de côtes cervicales. Lüschka {Denkschr. d. k. Acad, za Wien, Bd. XVI) ne voit, dans les os suprasternaux, que des débris de l'épisternum des vertébrés inférieurs. Gegenb'aur [Jen. Zeitschr., Bd. I), spécifiant encore dans ce travail de recherches homologiques, les rattache, non pas à la partie latérale de l’épisternum, laquelle serait représentée chez Thomme par le fibro-cartilage de l’articulation sterno-claviculaire, mais bien à sa partie interne ou médiane.

Au sujet de la morphologie du sternum et de son développement, consultez : Dwight, Sternum as an index of sex, height and âge, Journ. of Anat. and Physiol., 1890, vol. XXIV, p. o27 et o36 ; — Kraüse (W.), Ueher das weibliche Sternum, Intern. Monatsschr., 1897 ; — Mayet, Rech. sur V ossification du sternum chez les sujets normaux et chez les rachitiques, Bull, de la Soc. anat. de Paris, 1895 ; — Balducci, Contributo- alla morfologia dello sterno nei mammiferi, Firenze, 1895 ; — Anthony, Du sternum et de ses connexions avec le membre thoracique, etc. Th. de Lyon, 1898 ; — Ruge, Untersiich. über Entwick. am Rrustbeine und an der Sternoclavicularverbindung des Mens, chen, Morphol. Jahrb., Bd. VI, 1880; — Paterson, The sternum : Us early development and ossification in man and mamrnals, Journ. of Anat. and Physiol., vol. XV, 1900 ; — Markowski, Ueber die Varie tâten der Ossification des menschl. Brutsbeins u. übef deren morphologische Bedeutung , Polnisches Arch. f. biol., u. med. Wissensch.. Bd. I, 1902.

ARTICLE II

COTES ET CARTILAGES COSTAUX

Les côtes sont des os plats, qui se détachent de chaque côté de la colonne vertébrale et se dirigent, comme autant d’arcades, vers le sternum. Elles sont au nombre de vingt-quatre, douze pour le côté gauche et douze pour le côté droit. On les désigne sous le nom de première, deuxième, troisième,' quatrième côtes, etc., en allant de haut en bas.

Les sept premières arrivent jusqu’au sternum et se terminent sur cet os : on les appelle, de ce fait, côtes sternales ou vraies côtes. Les cinq dernières n’atteignent pas le sternum : ce sont les côtes asternales ou fausses côtes. Les fausses côtes se subdivisent elles-mêmes en deux groupes secondaires : les huitième, neuvième et dixième, s’articulant par leur extrémité antérieure sur l’un des cartilages situés au-dessus, constituent les fausses côtes proprement dites; les onzième et douzième côtes, qui restent libres et indépendantes dans toute leur étendue, sont appelées côtes flottantes. Ces divisions classiques, consacrées par l’usage, n’ont absolument aucune importance.

En morphologie générale, chacun des arcs costaux qui relient la colonne dorsale au sternum se compose essentiellement de deux portions : 1® une portion postérieure ou osseuse dépendant de la colonne vertébrale, c’est la côte osseiise, la côte proprement dite ou côte vertébrale ; 2® une portion antérieure ou cartilagineuse, dépendant du système sternal, c’est la côte cartilagineuse, le cartilage costal ou côte sternéhrale .

Nous étudierons séparément chacune de ces deux portions :

Page 1