ENTRE EUX ET AVEC LE CRANE
Comme ceux du crâne, les os de la mâchoire supérieure s’articulent entre eux en formant des sutures. La suture harmonique est ici la variété prédominante. 11 est à remarquer, toutefois, que les surfaces articulaires, au lieu d’être planes et unies, sont le plus souvent hérissées de rugosités ou même de petites dents, qui s’engrènent les unes dans les autres avec la plus grande solidité. L’articulation des deux apophyses palatines, celle de l’os malaire avec le maxillaire supérieur, etc., nous offrent des exemples très nets de cet engrènement.
La mâchoire supérieure, prise dans sa totalité, s’unit à la partie antérieure de la base du crâne {zone faciale, p. 183) en formant une nouvelle série de synarthroses.
Ces synarthroses cranio-faciales se rattachent aux trois types suivants : la suture dentée, la suture harmonique, la schindylèse (voy. p. 435). — Nous observons la suture dentée dans l’articulation des os propres du nez avec le frontal, dans l’articulation de l’os malaire, soit avec l’apophyse zygomatique, soit avec l’apophyse orbitaire externe du frontal. Nous rencontrons la suture harmonique dans l’articulation du palatin avec l’apophyse ptérygoïde, dans celle de l’ethmoïde avec le frontal. — La schindylèse, enfin, nous est offerte par l’articulation du bord supérieur du vomer avec le corps du sphénoïde (fig. 469, D).
Voyez, au sujet des articulations des os de la mâchoire supérieure avec le crâne, Zoja, Sopra alcune suture cranio-fasciali, la sutura temporo-zygomatica, Bollet. scientifico, 1892.
§ III. — Articulation de la mâchoire inférieure avec
LE CRANE ou ARTICULATION TEMPORO-MAXILLAIRE
La mâchoire inférieure, constituée par un seul os, le maxillaire inférieur ou mandibule, s’articule en haut, par la partie supérieure et postérieure de ses deux branches, avec la zone moyenne de la base du crâne : c’est l’articulation temporomaxillaire (allem. Kiefergelenk, angl. Temporo-maxillary articulation). Cette articulation, où se passent tous les mouvements de la mastication, se modifie considérablement, comme nous le verrons plus loin, suivant le mode de locomotion
ARTHROLOGIE
de la mandibule ou, ce qui revient au même, suivant le régime alimentaire auquel est soumis l’animal. Chez l’homme, la configuration de ses surfaces articulaires l’a fait ranger dans le genre des articulations bi-condyliennes.
1"^ Surfaces articulaires. — Des deux surfaces articulaires de l’articulation temporo-maxillaire, l’une, inférieure, appartient au maxillaire inférieur, c’est la surface maxillaire; l’autre, la supérieure, au temporal, c'est la surface temporale :
a. Surface maxillaire. — Du côté du maxillaire, nous avons les deux condyles de cet os (OsTÉoLOGiE, p . :2ïî5). Ce sont deux saillies ellipsoïdes, mesurant en moyenne 20 à 22 millimètres de longueur sur 7 ou 8 millimètres de largeur. Chez l’homme, ces deux saillies se dirigent obliquement de dehors en dedans et d’avant en arrière^ de telle façon que les grands axes prolongés en dedans, se rencontreraient un peu en avant de la partie centrale du trou occipital ; leurs petits axes, prolongés en avant, se rencontreraient de même un peu en avant de la symphyse du menton.
Les condyles du maxillaire occupent, comme nous l’avons dit plus haut, la portion postérieure et supérieure des branches montantes, et nous ferons remarquer à ce sujet que la hauteur de ces branches, très variables suivant les espèces, est d’autant plus considérable que la voûte palatine se trouve plus éloignée de la base du crâne. Autrement dit, il y a une corrélation constante entre la hauteur de la branche du maxillaire et la hauteur du massif facial : c’est ainsi que cette branche, à peine ébauchée chez les rongeurs, s’accentue chez les carnassiers, pour acquérir chez l’homme et chez les anthropoïdes son plus haut degré de développement.
Envisagé dans ses rapports avec la branche du maxillaire, le condyle est supporté par une portion rétrécie appelée col. Le col, arrondi et mousse à sa partie postérieure, nous présente à sa partie antérieure, dans ses trois quarts internes, une dépression toujours très marquée, dans laquelle vient s’insérer le muscle ptérygoïdien externe. Le condyle, avec son col, est fortement déjeté en dedans, mais il est inexact de dire, avec certains auteurs, qu’il est situé tout entier en dedans du plan sagittal passant par la branche du maxillaire. Si, en effet, nous menons une verticale par la face externe de cette branche et si nous regardons alors le condyle par sa face postérieure, nous constatons qu’une partie de ce condyle, son quart ou son cinquième externe environ, est constamment placée en dehors de la verticale précitée.
Chacun des deux condyles, considéré isolément, nous présente deux faces : une face antérieure ou cersant antérieur, qui regarde en haut et en avant, presque directement en haut ; une face postérieure ou versant postérieur, qui regarde en arrière. Ces deux versants se réunissent au point culminant du condyle, en foi-mant à ce niveau une arête mousse à direction transversale. 11 en résulte que le condyle, dans son ensemble, représente une sorte de dos d'âne, qui est convexe a la fois dans le sens antéro-postérieur et dans le sens transversal.
A l’état frais, les deux versants du condyle sont revêtus par une mince couche de parties molles, qui régularise la surface articulaire, sans la modifier dans sa configuration générale. 11 est à remarquer que cette couche non ossifiée est constituéenon pas par du cartilage hyalin, mais par un simple tissic fibreux. La raison en est dans ce fait embryologique que le condyle du maxillaire se développe directement, comme les os de revêtement du crâne, au sein du tissu conjonctif, sans cartilage préexistant. 11 s’ensuit que, lorsqu’il est arrivé à son complet développement, sa partie toute superficielle et non ossifiée, je veux dire cette mince couche de parties molles qui recouvre sa surface articulaire, est une formation conjonctive et nullement cartilagineuse.
ARTICULATION TEMPORO -MAXILLAIRE
b. Surface temporale. — Le temporal poro-maxillaire, mie saillie transversale, le condyle du temporal, et en arrière du condyle une cavité dite cavité glénoïde.
a) Le condyle du temporal (fig. 373, 1) n’est autre que la racine transverse de l’apophyse zygomatique. C’est une saillie transversale, fortement convexe d’avant en arrière, légèrement concave de dehors en dedans* Partant du tubercule zygomatique, elle se dirige obliquement en dedans et un peu en arrière. Elle regarde en bas et un peu en dehors, autrement dit son extrémité externe est placée à un niveau sensiblement plus élevé que celui qu’occupe son extrémité interne.
P) La cavité glénoïde (fig. 473, 2) est une dépression profonde, de forme ellipsoïde, dont le grand axe présente exactement la même direction que celle du condyle du maxillaire. Elle est délimitée : 1° en avant, par le tubercule zygomatique et par la racine transverse de l’arcade zygomatique ou condyle du temporal ; 2® en arrière, par l’apophyse vaginale et par la crête pétreuse ; 3° en dedans, par l’épine du sphénoïde ; 4° en dehors, par la racine longitudinale de l’apophyse zygomatique, par la branche de bifurcation inférieure de cette racine et par la paroi antérieure du conduit auditif externe. Une scissure, longuement étudiée en ostéologie (p. 167), la scissure de Glaser, divise notre cavité glénoïde en deux parties fort inégales : une partie antérieure, plus petite, creusée à la base de l’écaille, c’est la cavité glénoïde proprement dite; une partie postérieure, plus grande, qui est formée en grande partie par la paroi antérieure du conduit auditif et qui, embryologiquement, appartient à l’os tympanal. De ces deux parties, la première, plus régulièrement évidée et plus lisse, fait partie de l’articulation. Quanta la partie postérieure, celle qui est située en arrière de la scissure de Glaser, elle est extra-articulaire et n’est en rapport qu’avec du tissu cellulo-graisseux.
Réunis l’un à l’autre, le condyle du temporal et la portion articulaire de la cavité
nous présente, pour l’articulation tem-
Fig. 473.
Surfaces articulaires de l’articulation temporomaxillaire : A, surface temporale du côté gauche, vue d’en bas : B. le ménisque en place, vu par sa face supérieure ; C, le condyle du ^maxillaire, vu d’en haut, avec le ménisque soulevé et récliné en arriére pour montrer sa face inférieure.
1, condyle du temporal. — 2, cavité glénoïde. — 3, partie non articulaire de cette cavité située en arrière de la scissure de Glaser. — 4, capsule articulaire sectionnée. — 5, apophyse styloïde réséquée. — 6, arcade zygomatique. — 7, trou ovale. — 8. trou spliéno-épineuv oli petit rond. — 9, crête mousse séparant les deux versants antéi’ieur et postérieur du condyle du maxillaire inférieur. — 10, muscle ptérygoïdicn externe. — 11, bord antérieur du ménisque. — 12, face inférieure du ménisque. — 13, bord postérieur du ménisque. — 14, ligament postérieur de l'articulation. — 15, conduit auditif externe.
AllTHROLOGlE
glénoïde représentent dans leur ensemble une surface quadrilatère, convexe à sa partie antérieure, concave à sa partie postérieure, mesurant en moyenne 22 millimètres dans le sens transversal, 20 millimètres dans le sens antéro-postérieur. A l’état frais, elle est revêtue par une mince couche de parties molles. Cette couche non ossifiée est encore formée, comme sur la surface articulaire du maxillaire et pour les mêmes raisons, par du tissu fibreux.
2° Ménisque interarticulaire. — Il résulte de la description qui précède que l’articulation temporo-maxillaire est essentiellement constituée, au point de vue squelettique, par deux surfaces, qui, abstraction faite de la cavité glénoïde, sont l’une et l’autre convexes et, par conséquent, ne se correspondent pas. Pour rétablir rharmonie, il existe entre elles un disque fibreux, qui se moule exactement, en bas sur la partie correspondante du condyle, en haut sur la face articulaire du temporal. Ce disque ou ménisque interarticulaire (fig. 473, B et G) a une forme elliptique : son grand axe, comme celui du condyle, se dirige obliquement de dehors en dedans et d’avant en arrière. Vu en place, il ne se développe nullement suivant un plan horizontal, mais s’incline fortement en bas et en avant, comme l’ont établi depuis longtemps les recherches de Gosselin {Thèse de Paris, 1843j. Nous pouvons, du reste, lui considérer deux faces, deux bords et deux extrémités :
a) Des deux faces, l’une est antéro-supérieure, l’autre postéro-inférieure. — La face antéro-supérieure est à la fois concave et convexe : concave en avant, où elle s’applique contre le condyle du temporal ; convexe en arrière, où elle répond à la cavité glénoïde. Cette partie convexe est beaucoup moins étendue que la partie concave; elle est, sur quelques sujets, à peine marquée. — La face postéro-inférieure coiffe le condyle du maxillaire et, par conséquent, se trouve concave dans toute son étendue. Nous ferons remarquer, au sujet des rapports précis du condyle du maxillaire avec le ménisque que, à l’état de repos de l’articulation, je veux dire lorsque l’arcade dentaire inférieure est appliquée contre l’arcade dentaire supérieure, le ménisque en question recouvre seulement (lig. 476, 3) le versant antérieur du condyle et la crête transversale qui le surmonte. Quant au versant postérieur, il est libre de tout contact avec le disque fibreux et se trouve en rapport immédiat avec la partie postérieure de la capsule articulaire.
jî) Des deux bords du ménisque, le bord postérieur est beaucoup plus épais que le bord antérieur; il mesure 3 ou 4 millimètres de hauteur, tandis que l’antérieur n’en présente que i ou 2. Comme nous le montre nettement la coupe sagittale représentée dans la figure 476, le bord postérieur continue en haut la direction du versant postérieur du condyle du maxillaire ; l’antérieur s’avance jusqu’à la limite antérieure du condyle du temporal.
y) Les deicx extrémités du ménisque temporo-maxillaire se distinguent en externe et interne. Contrairement- à ce qu’écrivent certains auteurs, la première m’a toujours paru beaucoup plus épaisse que la seconde. Toutes les deux s’infléchissent légèrement en bas et se fixent, à l’aide de minces faisceaux fibreux, aux extrémités correspondantes du condyle du maxillaire. Il s’ensuit que, dans les différents mouvements dont l articulation temporo-maxillaire est le siège, le ménisque fibreux accompagne toujours le maxillaire dans ses déplacements.
Au total, le ménisque temporo-maxillaire est un disque fibreux, de forme elliptique à grand axe transversal, concave à la fois sur sa face supérieure et sur sa face inférieure et, par conséquent, beaucoup plus mince à sa partie centrale qu’à