II. - M ODE DE CONFORMATION ET RAPPORTS
L’œsophage nous offre à considérer, comme le pharynx, une surface extérieure, une surface intérieure et deux extrémités, l une supérieure, l’autre inférieure.
1° Surface intérieure. — La surface intérieure de l’œsophage, formée par la muqueuse, a une coloration blanchâtre, qui contraste, d’une part avec la couleur rosée du pharynx supérieur, d’autre part avec la couleur cendrée de l’estomac. Elle est sillonnée par de longs plis longitudinaux, qui s’atténuent ou s’effacent lors du passage du bol alimentaire, pour se reformer aussitôt après quand le conduit œsophagien revient de l’état de distension à l’état de vacuité. Ces plis sont formés exclusivement par la muqueuse doublée de la sous-muqueuse, et ils résultent de ce que cette membrane est beaucoup trop large, à l’état de vacuité du conduit, pour recouvrir la surface sur laquelle elle repose.
2° Surface extérieure et rapports. — La surface extérieure de l’œsophage, assez régulièrement lisse et unie, est entourée sur tout son pourtour par une couche de tissu cellulaire; plus ou moins dense, que nous désignerons sous le nom de couche celluleuse périœsophagienne : c’est la gaine celluleuse , la gaine viscérale, Y adventice de certains auteurs. Continuation de la couche celluleuse péripharyngienne (p. 75), elle recouvre successivement la portion cervicale et la portion thoracique de l’œsophage, mais non sans changer d’aspect : assez développée à sa partie toute supérieure, elle s’atténue graduellement au fur et à mesure qu’elle descend et, arrivée dans le thorax, elle ne tarde pas à se confondre avec le tissu cellulaire du médiastin postérieur. Par l’intermédiaire de sa gaine celluleuse, l’œsophage présente, avec une foule d’organes, des rapports importants, que nous étudierons séparément : 1° pour sa portion cervicale ; 2° pour sa portion thoracique ; 3° pour sa portion diaphragmatique ; 4° pour sa portion abdominale .
A -. Portion cervicale. — L’œsophage, dans sa portion cervicale, occupe la partie la plus profonde de la région sous-hyoïdienne :
a. En avant , il est en rapport avec la portion membraneuse de la trachéeartère : un tissu cellulaire, très lâche à la partie inférieure, plus dense à la partie supérieure, unit l’un à l’autre ces deux conduits. Par suite de sa déviation de la ligne médiane, l’œsophage déborde la trachée à gauche et sa partie ainsi débordante (qu’on me permette cette expression) est recouverte par le muscle sternothyroïdien, le corps thyroïde et l’artère thyroïdienne inférieure.
b. En arrière, l’œsophage répond à la colonne cervicale, dont il est séparé par les muscles prévertébraux et par l'aponévrose prévertébrale. Il est uni à cette aponévrose par une nappe de tissu cellulaire lâche qui se continue, en haut, avec le tissu cellulaire rétro-pharyngien et, en bas, avec celui du médiastin postérieur.
Sous le nom de cloisons sagittales de l’œsophage, Charpy a décrit deux lames fibreuses. Tune droite, l'autre gauche, qui, partant des bords latéraux de l’œsophage, se portent directement en arrière et viennent se terminer sur l'aponévrose prévertébrale. Ces cloisons sagittales, qui font suite aux cloisons similaires que nous avons décrites plus haut au niveau du pharynx, sont
OESOPHAGE
Fig. 86.
Coupe transversale du corps thyroïde, pour montrer ses rapports avec la trachée et le paquet vasculo-nerveux du cou (en partie d’après Braune).
1, trachée. — 2, œsophage. — 3, corps thyroïde, avec son enveloppe conjonctive. — 4. nerf récurrent gauche. — 5, nerf récurrent droit. — 6, carotide primitive. — 7. jugulaire interne. 8, pneumogastrique. — 9, ganglion sympathique. — 10, muscles prévertébraux. — Di, corps de la première dorsale.
une dépendance de la couche celluleuse périœsophagienne. Elles forment les parois latérales d'un espace, dit espa e périœsophagien, dont la paroi antérieure est formée par l’œsophage lui -même et la paroi postérieme par l’aponévrose prévertébrale.
L’espace périœsophagien, que l’on met en évidence, soit en l’injectant soit (sur une coupe horizontale du cou) en atlirant fortement l’œsophage en avant, est la continuation au niveau de l’œsophage de l’espace rétro-pharyngien. Comme ce dernier, il est comblé par un tissu cellulaire lâche, favorisant les mouvements de l’œsophage.
c. Sur les côtés (fig. 86), l’œsophage répond au corps thyroïde, à l’artère thyroïdienne inférieure, à l’artère carotide primitive, à la veine jugulaire interne, au nerf récurrent, au grand sympathique. L’œsophage cervical élant dévié à gauche, ces rapports sont, tout naturellement. plus immédiats du côté gauche que du côté droit. Cette déviation a encore pour effet de modifier la situation des deux nerfs récurrents :
tandis que le récurrent droit longe la face latérale droite de l’œsophage (fig 86), celui du côté gauche chemine sur sa face antérieure dans l’angle dièdre que forme cette face avec la trachée (voy. Nerfs récurrents) .
B . Portion thoracique. — Dans sa portion thoracique, l’œsophage se trouve situé dans le médiastin postérieur :
a. En avant , ses rapports varient suivant qu’on les considère au dessus ou au-dessous de la bifurcation de la trachée. — Au-dessus de la bifurcation de la trachée, l’œsophage thoracique répond successivement à la portion membraneuse de la trachée, à la bifurcation de ce conduit et à l’origine de la bronche gauche.
L’œsophage est intimement uni à la trachée (fig. 87) par des tractus conjonctifs, auxquels se mêlent des faisceaux musculaires lisses ef de petits cordons élastiques. Nous y reviendrons plus loin. Au niveau de l’extrémité inférieure de la trachée, on observe assez souvent un faisceau musculaire qui s’étend de la face postérieure de la bronche gauche à la face antérieure de l’œsophage : c’est le muscle broncho-œsophagien.
On rencontre aussi dans cette même région, mais moins fréquemment, un faisceau p! euro-œsophagien, qui se détache de la plèvre gauche, passe en avant de l’aorte et vient se confondre, comme le précédent, avec les fibres longitudinales de l’œsophage. Ces deux petits muscles broncho- œsophagien et pleuro- œsophagien.
mm
Moitié supérieure de l’œsophage ; ses connexions musculaires avec la trachée (d’après Laimer).
APPAREIL DE LA DIGESTION
découverts par Hyrtl, en 1844, et décrits à nouveau par Luschka et par Cunningham, se composent exclusivement de fibres lisses. Gillette a encore décrit dans la même
région un faisceau aortico - œsophagien , qui s’étend de la crosse aortique à l’œsophage. Ce faisceau est loin d’être constant suivant la remarque de Gillette. Lorsqu’il existe, le faisceau broncho-œsophagien ferait défaut et réciproquement. — Au-dessous de la bifurcation de la trachée, dans l’angle de séparation des deux bronches, l’œsophage est en rapport avec une masse de ganglions lymphatiques (ganglions intertrachéo-bronchiques de Baréty) , qui enlacent sa moitié antérieure comme dans un demi-collier et la séparent des gros vaisseaux de la base du cœur.
Au-dessous de ces ganglions, le conduit œsophagien est en rapport immédiatement avec le péricarde (fig. 89), et tout particulièrement avec le cul-de-sac de Haller (voy.
Péricarde), qui le sépare de l’oreillette gauche.
b. En arrière , l’œsophage thoracique répond à la colonne vertébrale.
Tout à fait en haut, jusqu’à la quatrième dor- F|S- 88- sale , il repose directe-
L’œsophage, vu par son côté droit, pour montrer ment sur elle Plus bas il
ses principaux rapports.
A, portion cervicale de l’œsophage ; A', sa portion thoracique; A”, sa portion abdominale. — B, larynx. — C, corps thyroïde. — D, trachée-artère. — E, coupe de la bronche droite. — F, cœur, avec F\ son péricarde. — G, diaphragme.
— H, foie. — I, estomac. — K, rachis. — L, poumon gauche.
1, constricteur inférieur du pharynx. — 2, veine jugulaire interne. — 3, sterno-cléido-mastoïdien. — 4, scalène antérieur. — 5, tronc brachiocéphalique artériel. — 6, carotide primitive droite, avec 6’, carotide externe. — 7, artère thyroïdienne supérieure. — 8, artère axillaire. — 9, artère thyroïdienne inférieure. — 10, aorte ascendante, avec : 10', sa crosse; 10”, aorte descendante. — 11, artère pulmonaire, avec 11’, sa branche droite. — 12, veines pulmonaires droites. — 13, veine cave supérieure. — 14, grande veine azygos. — 15, veine cave inférieure. — 10, oreillette droite. — 17, 17’, canal thoracique. — 18, nerf phrénique. — 19. grand sympathique. — 20, grand splanchnique.
— 21, ganglion semi-lunaire droit. — 22, pneumogastrique droit, avec 23, sa branche récurrente. — 24, rameaux qui ■contournent l’œsophage pour s’anastomoser avec 25, le pneumogastrique gauche. — 26, plexus solaire.
OESOPHAGE
en est séparé par le canal thoracique, par la petite et la grande azygos (la grande azygos à sa partie supérieure, tout en étant postérieure à l’œsophage, se trouve placée un peu sur sa droite), par les artères intercostales droites, et, enfin, par l’aorte elle-même qui, à la partie inférieure du thorax, vient se placer sur la ligne médiane.
c. Sur les côtés, les rapports de l’œsophage diffèrent suivant que l’on considère le côté droit ou le côté gauche. — A droite , il répond, dans toute sa hauteur, à la plèvre médiastine droite, qui le sépare du poumon droit. Au niveau de la quatrième dorsale, il est croisé d’arrière en avant par la crosse de l’azygos (fig. 88,14), qui abandonne la colonne vertébrale pour aller se jeter dans la veine cave supérieure. — A gauche, il répond également à la plèvre et au poumon gauches, mais à la partie supérieure du thorax seulement. Plus bas, il en est séparé par la crosse de l’aorte, qui se porte d’avant en arrière vers la troisième vertèbre dorsale, puis par l’aorte descendante, qui, comme lui, suit un trajet vertical, tout en occupant un plan plus postérieur. —
Les faces latérales de l’œsophage sont longées enfin, à droite et à gauche, par les deux nerfs pneumogastriques, les- Fig. 90.
quels changent de posi- L'œsophage, vu sur une coupe transversale du thorax, passant
tion à la partie inférieure Par la Partie inférie’ire de Ja dixième vertèbre dorsale (sujet r congelé, segment inférieur de la coupe).
Fig. 89.
L’œsophage, vu sur une coupe transversale du thorax passant par la huitième vertèbre dorsale (sujet congelé, segment inférieur de la coupe).
1, œsophage, avec les deux pneumogastriques. — 2, "aorte. — 3, grand azygos, recevant à droite une veine intercostale et, à gauche, la petite azygos. — 4, une artère intercostale. — 5, canal thoracique. — 6, poumons. — 7, plèvre. — 8, coupe du cœur. — 9, valvule auriculo-ventriculaire gauche. — 10, oreillette droite. — 11, veine coronaire, s’abouchant dans l’oreillette. — 12, veine cave inférieure. — 13, péricarde. — 14, cul-de-sac de Haller, séparant l’œsophage de la face postérieure du cœur. —7 15, huitième vertèbre dorsale.
1, œsophage, avec les pneumogastriques. — 2, aorte. — 3, grande azygos. — 4 petite azygos. — 5, canal thoracique. — 0, poumons. — 7, plèvres, avec, 7’, cul-de-sac préœsophagien. — - 8, lame conjonctive allant d’une plèvre à l’autre (ligament interpleural de Morosowï. — 9, diaphragme. — 10, foie. — 11, veines sus-hépatiques. — 12, veine cave inférieure. — 13, estomac. — 14, péritoine. — 15, nerf grand splanchnique. — 16, dixième vertèbre dorsale.
APPAREIL DE LA DIGESTION
du thorax pour se porter, le gauche sur la face antérieure rlu conduit digestif, le droit sur sa face postérieure. Au cours de leur trajet, ces deux nerfs s’envoient mutuellement de nombreuses anastomoses et enlacent pour ainsi dire l’œsophage dans une espèce de plexus nerveux, le plexus péri œsophagien. Ce plexus est nécessairement tiraillé toutes les fois que le conduit sur lequel il repose se trouve distendu au delà de ses limites ordinaires : ainsi s’explique vraisemblablement la sensation douloureuse qui accompagne la déglutition d un corps trop volumineux. — Nous rappellerons ici, en passant, que dans la partie inférieure du
Fier. 91.
L’œsophage abdominal, vue antérieure après ablation de la plus grande partie du loie.
1, diaphragme, érigné en haut. — 2, son orifice œsophagien. — 3, œsophage abdominal. — 4, grosse tubérosité de l’estomac. — 5, ligameut phréno-gastrique, dont l’extrémité supérieure 5’ se termine sur le côté gauche de l'œsophage. — 6, portion toute supérieure de l’épiploon gastro-hépatique, soulevée sur une sonde cannelée. — 7, lobule de Spigel. — S, péritoine pariétal, tapissant la paroi postérieure de l’abdomen.
Fig. U2.
Le même, après incision et écartement de l’épipion gastro-hépatique.
1, diaphragme, érigné en haut. — 2, son orifice œsophagien. - 3, œsophage. — 4. estomac. — 3, ligament phrénogastrique, dont l’extrémité supérieure 5’ se termine sur le côté gauche de l’œsophage. — ti, épiploon gastro- hépatique, incisé et érigir* en dehors. — 7, lobule «le >pigel — 8, péritoine pariétal. — 9, cul-de-sac laléro-œsophagien. — 10, aorl-* recouverte par le péritoine. — il pilier droit du diaphragme, également recouvert par le péritoine.
thorax, la plèvre pariétale en se jetant de la colonne vertébrale sur le médiastin postérieur, s’insinue plus ou moins en arrière de l’œsophage et forme ainsi deux culs-de-sacs : l’un à droite, entre l’œsophage et la grande azygos ( cul-de-sac azy go-œsophagien) ; l’autre à gauche, entre l’œsophage et l’aorte (cul de-sac aortico-œsophagien) . Nous rappellerons encore que, au niveau de ces deux culs desac, la plèvre gauche et la plèvre droite, sont réunies l’une à l’autre par une lame conjonctivo-élastique, le ligament inlerpleural de Morosow (fig. 90, 8), qui, à son niveau, sépare l’œsophage de l’aorte (voy. Plèvres). Outre ces deux culs de sac rétro-œsophagiens, certains auteurs ont encore décrit, en avant de l’œsophage, entre celui-ci et le péricarde, deux culs-de-sac préœsophagiens , l’un droit, l’autre gauche. Mais ces culs-de-sac sont bien loin d’être constants et, quand ils existent, ils sont bien moins prononcés que les précédents.
C. Portion diaphragmatique. — Dans l’anneau œsophagien du diaphragme, l’œsophage est entouré sur tout son pourtour par les faisceaux charnus du muscle.
OESOPHAGE
Mais il n’y a pas seulement contiguïté entre le conduit alimentaire et Panneau qui lui livre passage : on voit, en effet, chacun des piliers du diaphragme donner naissance, à ce niveau, à un certain nombre de fibres musculaires, un peu plus paies que le reste du muscle, fibres musculaires qui se portent ensuite sur l’œsophage et se terminent dans ses parois (muscle phréno-œsophagien), ou bien décrivent sur sa face antérieure des espèces d’anses s’entrecroisant avec celles du côté opposé. Cette disposition, qui a été parfaitement étudiée par Rouget en 1851, est constante chez l’homme et doit être considérée comme le rudiment du sphincter œsophagien, que l’on rencontre, à un état de développement parfait, chez certains rongeurs.
D. Portion abdominale. — Au-dessous du diaphragme, l’œsophage, situé maintenant en pleine cavité abdominale, est en rapport : 1° en avant, avec le pneumogastrique gauche et le bord postérieur du foie; 2° en arrière, avec le pneumogastrique droit, les piliers du diaphragme et l’aorte abdominale ; 3° à droite , avec le lobe de Spigel, situé à ce niveau entre deux feuillets péritonéaux que nous décrirons tout à l’heure ; 4° à gauche, avec la grosse tubérosité de l’estomac, qui s’élève ordinairement au-dessus du cardia, en refoulant le diaphragme vers la cavité thoracique.
L’œsophage abdominal présente avec le péritoine des rapports importants. Sa face antérieure, tout d’abord, est entièrement recouverte par la séreuse : ce feuillet préœsophagien n’est autre que la continuation de celui qui revêt la face antérieure de l’estomac. Arrivé tout en haut, contre le diaphragme, il se réfléchit en avant pour tapisser la face inférieure de ce dernier muscle. A gauche, il passe de même sur la face inférieure du diaphragme. A droite, il se porte vers le foie, en formant le feuillet antérieur de l’épiploon gastrohépatique. La face postérieure de Pœsophage (fig. 117) est complètement dépourvue de périloine, le feuillet qui tapisse la face postérieure de l’estomac ne s’élevant pas d’ordinaire au-dessus du cardia.
Les deux bords de l’œsophage donnent ainsi naissance à des replis péritonéaux qui, en allant se fixer ensuite sur les organes voisins, constituent pour l’œsophage comme autant de moyens de fixité. Ces replis ou ligaments sont au nombre de trois. — Le premier (fig. 91, 5) naît sur le côté gauche du conduit et, de là vient se terminer à la fois sur la coupole diaphragmatique et sur la grosse tubérosité de l’estomac : il n’est autre chose que la portion la plus élevée du ligament phréno-gastrique voy. Péritoine). — Les deux autres ligaments partent du côté droit de l’œsophage. L’un, superficiel (fig. 91,6), constitué par deux feuillets adossés l'un à l’autre, va de l’œsophage au foie et au diaphragme : il n’est autre que l’extrémité supérieure de l’épiploon gastro- hépatique. L’autre, profond, visible seulement quand on a incisé et érigné le précédent (fig 92), est formé par un simple feuillet. Ce feuillet n’est autre que le feuillet
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 14
Fig. 93.
L’œsophage abdominal, vu en coupe transversale (la coupe est vue d’en bas).
I, œsophage. — 2, aorte. — 3, 3’, pilier droit et pilier gauche du diaphragme. — 4, lobule de Spigel.
— 5, épiploon gastro-hépatique, avec ses deux feuillets. — 6, 6, poumons. — 7, plèvre. — 8, lame cellulo-fibreuse unissant entre eux les deux culs-de-sac pleuraux. — 9, grande azygos. — 10, petite azygos.
— 11, canal thoracique. — 12, colonne vertébrale.
APPAREIL DE LA DICxESTION
profond de l’épiploon gastro-hépatique qui, après avoir tapissé d’avant en arrière le flanc droit de l’œsophage, se réfléchit en dehors et en bas pour devenir pariétal et revêtir alors l’aorte abdominale et le pilier droit du diaphragme. Le flanc droit de l’œsophage abdominal répond à une sorte de cul-de-sac péritonéal, cul-de-sac qui regarde en bas et à droite et dans lequel s’insinue, comme nous le montre nettement la figure 93, la portion supéro- interne du lobe de Spigel.
3° Extrémité supérieure. — L’extrémité supérieure de l’œsophage se confond avec l’extrémité inférieure du pharynx : c’est l’orifice, de forme elliptique, par lequel les deux conduits se continuent réciproquement. Nous avons déjà vu plus haut (p. 74), et nous nous contenterons de le rappeler en passant : 1° que la limite du pharynx et de l’œsophage, toute conventionnelle du reste, est déterminée par un plan horizontal passant par le bord inférieur du cartilage cricoïde ; 2° que ce plan rencontre en arrière le corps de la sixième ou de la septième cervicale; 3° que l’extrémité supérieure de l’œsophage se trouve séparée des arcades dentaires par une distance de 15 centimètres chez l’homme, de 13 centimètres chez la femme.
4° Extrémité inférieure. — A son extrémité inférieure, l’œsophage s’ouvre dans l’estomac par un orifice auquel on donne le nom de cardia. Nous décrirons cet orifice à propos de l’estomac (voy. Estomac, p. 124 et 126).
§ 111. — Constitution anatomique
Envisagé au point de vue de sa constitution anatomique, l’œsophage se compose essentiellement, chez l’homme, de trois tuniques concentriques et régulièrement
superposées, savoir : une tunique externe ou musculeuse ; une tunique moyenne ou celluleuse; une tunique interne ou muqueuse. Quelques histologistes décrivent encore, en dehors de la tunique musculeuse, une quatrième tunique de nature con joncti vo-élastique (< adventice de V œsophage de Renaut) . Mais cette dernière tunique est une dépendance de la couche celluleuse, déjà signalée plus haut, qui enveloppe l’œsophage dans toute sa hauteur et, de ce fait, ne mérite pas en histologie une description spéciale.
1° Tunique musculeuse. —
La tunique musculeuse (muscle œsophagien de certains auteurs) comprend deux ordres de fibres : des fibres externes ou longitudinales et des fibres internes ou circulaires. Ces éléments contractiles
Fig. 94.
Coupe horizontale de l’œsophage d'un nouveau-né au niveau de son segment inférieur (d’après Tourneux).
1, épithélium pavimenteux stratifié. — 2, musculaire muqueuse. — 3, glandules. — 4, couche musculaire interne (fibres circulaires). — 5, couche musculaire externe (fibres longitudinales.
OESOPHAGE
sont réunis les uns aux autres par du tissu conjonctif qui, en se condensant sur la surface externe de la tunique musculeuse, constitue la couche conjonctivo-élastique dont il a été question tout à l’heure.
a. Fibres longitudinales. — La plus grande partie des fibres longitudinales se détache cte la face postérieure du larynx a l’aide d’une languette fibro-cartilagineuse, que nous désignerons, en raison de son rôle, sous le nom de tendon anté-
Fig. 95. Fig. 96.
Fig. 95. — La tunique musculeuse de l’oesophage, vue sur la face antérieure de l’organe.
(Le pharynx et l’œsophage ont été incisés sur la ligne médiane et érignés en dehors ; la muqueuse a été enlevée pour
laisser voir la tunique musculeuse.)
1, constricteur inférieur du pharynx. — 2, fibres transversales de l’œsophage. — 3, 3, bandelettes longitudinales, avec 3, leur ligament cricoïdien ou ligament suspenseur de l’œsophage. — 4, petit faisceau de fibres transversales naissant du bord latéral du ligament suspenseur. — 5, muscle crico-aryténoïdien postérieur. — 6, muscle ary-aryténoïdien. — 7, cartilage thyroïde. — 8, épiglotte.
Fig. 96. — Cette même tunique musculeuse, vue sur la face postérieure.
1, constricteur inférieur du pharynx. — 2, fibres circulaires de l’œsophage, se continuant en haut avec les fibres inférieures du constricteur. — 3, 3, bandelettes longitudinales. — 4, 4, corps thyroïde.
rietir des fibres longitudinales : c’est le ligament suspenseur de V œsophage de Gillette. C’est une lame triangulaire (fig. 95, 3'), impaire et médiane, immédiatement sous-jacente à la muqueuse, qui se fixe solidement, par sa partie supérieure, à la crête médiane du cricoïde, entre les deux muscles crico-aryténoïdiens postérieurs. Son bord inférieur donne naissance, dans toute son étendue, à des fibres descendantes, qui, peu après son origine, se partagent en deux bandes latérales (3,3), l’une droite, l’autre gauche. Chacune d’elles, relativement étroite à son origine, s’épanouit peu à peu en une sorte d’éventail qui recouvre toute la moitié correspondante du conduit œsophagien : les fibres antérieures descendent sur la face antérieure de l’or-
APPAREIL DE LA DIGESTION
gane, en suivant une direction légèrement oblique en bas et en dehors ; les fibres moyennes, dirigées obliquement en bas et en arrière, recouvrent la face latérale; les fibres postérieures, obliques elles aussi en bas et en arrière, se portent vers la face postérieure, atteignent la ligne médiane et, là, sans s’entrecroiser avec celles venues du côté opposé, s’infléchissent en bas pour suivre désormais une direction verticale. Les deux bandes latérales, par suite de l’obliquité de leurs fibres postérieures, circonscrivent entre elles, à la partie postérieure et supérieure de l’œsophage, un espace triangulaire en forme de V (fig. 96), dont la hauteur mesure deux fois la largeur de la trachée, soit 3 ou 4 centimètres. Cet espace est comblé par la couche des fibres circulaires, sur laquelle s’étalent, en une nappe toujours mince, des fibres obliques ou arciformes, qui se continuent en haut avec les fibres transversales du constricteur inférieur du pharynx.
Outre les bandes latérales que nous venons de décrire, la couche externe de l’œsophage renferme encore un certain nombre d’autres fibres à direction longitudinale, dont l’insertion se fait, en partie sur les cricoïdes, en partie sur l’aponévrose du pharynx.
Quelque nombreux et quelque distincts qu’ils soient à leur origine, les faisceaux musculaires longitudinaux se mêlent les uns aux autres au fur et à mesure qu’ils descendent et déjà, à 4 ou 5 centimètres au-dessous du cricoïde, ils forment une couche régulière et continue, qui entoure sur tout son pourtour le conduit œsophagien. Cette couche, que renforcent çà et là des faisceaux ordinairement venus de la trachée, des bronches, du diaphragme (voy. plus haut, p. 105), augmente d’épaisseur en allant de haut en bas. Arrivée au cardia, elle se continue avec la couche externe de la tunique musculeuse de l’estomac (voy. Estomac).
b. Fibres circulaires. — Les fibres internes ou circulaires (fig. 95,2), comme leur nom l'indique, se disposent en forme d’anneaux horizontaux, croisant à angle droit les fibres longitudinales qui descendent en dehors d’elles. Il est à remarquer, cependant, que toutes les fibres de cette couche ne sont pas rigoureusement horizontales et circulaires. Un grand nombre d’entre elles, surtout dans les deux quarts moyens du conduit œsophagien, s’inclinent plus ou moins sur le plan horizontal et, de ce fait, sont elliptiques, quelques-unes légèrement spiroïdes. Il en résulte, l’obliquité des fibres ne se faisant pas toujours dans le même sens, que ces dernières s’entrecroisent avec leurs voisines sous des angles aigus.
Ce défaut de parallélisme entre les fibres de la couche profonde est beaucoup
Coupe
Fig. 97.
transversale de l'oesophage schématique).
(demi-
A, tunique muqueuse, avec : 1, épithélium ; 2, chorion et ses papilles ; 3, muscularis mucosæ. — B, tunique celluleuse, avec : 4, 4, culs-de-sac glandulaires ; 5, un canal excréteur ; 6, vaissseaux. — C, tunique musculeuse, avec : 7, couche des fibres transversales ; 8, couche des fibres longitudinales, 9, couche périphérique de tissu conjonctif (adventice de l’œsophage).
OESOPHAGE
plus accusé sur la face interne que sur la face externe. On voit même assez fréquemment, sur cette face interne (fig. 98), un certain nombre de petits faisceaux, qui s’échappent de la couche interne pour suivre à la surface un trajet plus ou moins vertical et qui y rentrent de nouveau après s’être bifurqués ou trifurqués. Ces faisceaux, que j’appellerai aberrants , sont essentiellement irréguliers par leur forme et par leurs dimensions : les uns sont filiformes, à peine visibles; les autres mesurent jusqu’à 2 millimètres de largeur. En ce qui concerne leur direction, ils sont suivant les cas rectilignes, arciformes, contournés en S italique, etc.
A la partie toute supérieure de l’œsophage, les fibres circulaires font suite aux fibres transversales du constricteur inférieur : cette continuité entre les deux lames musculaires se voit très nettement sur la paroi postérieure de l’organe (fig. 95) et sur ses côtés. En avant, les fibres circulaires adhèrent intimement à la lame élastique, ci-dessus décrite, qui donne naissance aux deux bandelettes longitudinales; on en voit ordinairement quelques-unes, les plus élevées de la série, se détacher des parties latérales de cette lame élastique. Plus bas, au-dessous du cartilage cricoïde, les fibres circulaires, dépourvues de tout substratum squelettique, n’ont d’autre élément de soutien que la tunique celluleuse. Au niveau du cardia, elles se continuent avec les fibres circulaires de l’estomac.
b. Nature histologique des fibres musculaires de V œsophage. — Histologiquement, le muscle œsophagien se ^
compose de fibres striées et de fibres ri ,. .