DITE, SON CANAL EXCRÉTEUR
La loge sous-maxillaire, vue en coupe frontale [schématique).
1° Couleur. — Vue extérieurement ou sur des coupes, la glande sous-maxillaire, au repos, revêt une couleur gris jaunâtre. Cette coloration devient d’un gris rosé, quand la glande fonctionne, et passe au rouge plus ou moins foncé dans le cas de stase veineuse.
2° Poids et volume. — Considérée au point de vue de son volume, la glande sous-maxillaire est de la grosseur d’une amande; elle pèse, en moyenne, 7 ou
1, maxillaire inférieur. — 1\ canal dentaire. — 2, os hyoïde. — 3, mylohyoïdien. — 4, aponévrose cervicale superficielle, se dédoublant au niveau de l’os hyoïde et formant : 4’, un feuillet supérieur ou profond, qui tapisse le mylo-hyoïdien ; 4”, un feuillet inférieur ou superficiel, qui ferme en bas la loge sous-maxillaire. — o, muscle peaucier du cou. — 6, peau et tissu cellulaire souscutané. — 7, loge sous-maxillaire.
(La flèche indique les différents plans qu'il faut traverser pour pénétrer de la région sus-hyoïdienne dans la loge sousmaxillaire).
8 grammes. Elle est, comme on le voit, bien moins volumineuse que la parotide, son poids ne représentant environ que le quart du poids de cette dernière. Par contre, elle est environ trois fois plus volumineuse que la sublinguale.
3° Forme et rapports. — La glande sous-maxillaire, comme la parotide, reproduit exactement la forme de la loge ostéo-fibreuse qu’elle occupe et dans laquelle elle est pour ainsi dire moulée (fig. 265, 2). Elle est irrégulièrement prismatique triangulaire, à grand axe dirigé d’arrière en avant et de dehors en dedans, parallèlement au maxillaire lui-même. Nous pouvons donc lui considérer : 1° trois faces , que l’on distingue en externe, interne, inférieure ; 2° deux extrémités, qui sont l’une antérieure, l’autre postérieure.
a. Face externe. — La face externe de la glande est légèrement convexe. Elle est en rapport, par sa partie postérieure, avec le muscle ptérygoïdien interne. Par sa partie antérieure, elle répond à la face interne du corps du maxillaire, qui, à son niveau, s’excave en fossette pour la recevoir [fossette sous-maxillaire, voy. Ostéologie). C’est sur la partie inférieure de cette face, le long du bord inférieur du maxillaire, que cheminent d’arrière en avant l’artère et la veine sous-mentales. Sur le même point se disposent en une série linéaire six ou sept ganglions lymphatiques : ces ganglions, dits sous-maxillaires , sont constamment situés au-dessous de l’aponévrose et, par conséquent, se trouvent immédiatement en contact avec le tissu glandulaire.
APPAREIL DE LA DIGESTION
b. Face interne. — La face interne, assez régulièrement plane, est en rapport (fig. 266) : 1° par sa partie inférieure, avec le tendon intermédiaire du digastrique et le tendon terminal du stylo-hyoïdien, qu’elle déborde ordinairement de 6 à 8 millimètres, quelquefois plus ; 2° par sa partie antérieure, avec le muscle mylohyoïdien ; 3° par sa partie postérieure, avec le stylo-hyoïdien et le ventre postérieur du digastrique; 4° par sa partie moyenne, avec le muscle hyoglosse, dont elle est séparée par le nerf grand hypoglosse et par la veine linguale ; quant à l’artère linguale, elle est plus profonde ; elle chemine, comme on le sait (voy. Angéiologie), sur la face interne de l’hyoglosse et, de ce fait, se trouve séparée de la glande par toute l’épaisseur de ce dernier muscle (fig. 267).
De cette face interne de la glande sous-maxillaire se détachent deux prolongements, l’un antérieur, l’autre postérieur. — Le prolongement postérieur est ordinairement peu marqué :
il se confond le plus souvent avec l’extrémité postérieure de la glande elle-même. Je l’ai vu cependant, sur plusieurs sujets, s’étendre jusqu’au bord postérieur du muscle ptérygoïdien interne, jusqu’à l’aponévrose parotidienne par conséquent. — Le prolongement antérieur, beaucoup mieux isolé et aussi beaucoup plus long, a la forme d’une languette conoïde, aplatie transversalement. Se portant obliquement d’arrière en avant et un peu de bas en haut, il s’insinue, comme le grand hypoglosse, entre les deux muscles hyoglosse et mylo-hyoïdien (fig. 266, 8) et s’étend, dans la plupart des cas, jusqu’à la partie postérieure de la glande sublinguale. Il est accompagné par le canal de Wharton, qui longe son côté supérieur et interne.
Il est des cas où la portion postérieure du prolongement antérieur de la sousmaxillaire ne s’est pas développée. Le prolongement glandulaire, réduit alors à sa portion antérieure, forme une sorte de lobe isolé et indépendant, que certains auteurs par analogie avec ce que nous avons déjà observé pour la parotide, désignent sous le nom de sous-maxillaire accessoire. Mais ici, comme pour la parotide, il convient de remarquer que le lobe en question, au lieu d’envoyer ses canaux
Fig. 264.
La glande sous-maxillaire du côté droit, après dissection, la tête étant dans l’extension et dans la rotation du côté opposé.
1, glande sous-maxillaire. — 2, glande parotide. — 3, bandelette sous-maxilloparotidienne. — 4, corps de l’os hyoïde, avec 4’, sa grande corne. — 5, mylohyoïdien. — 6, ventre antérieur du digastrique, avec 6’, son ventre postérieur. — 7, stylo-hyoïdieu. — 8, masséter. — 9, sterno-cléido-mastoïdien. — 10, artère faciale. — 11, carotide externe. — 12, carotide interne. — 13, veine faciale. — 14, veine jugulaire interne. — 15, artère thyroïdienne supérieure. — 16, artère linguale.
(La croix qui est figurée en noir sur la face externe de la glande indique le point de sa face interne où naît le canal de Wharton ; la ligne de croix (*****) indique la séparation de la face externe et de la face inférieure.)
GLANDE SOUS-MAXILLAIRE
excréteurs sur la muqueuse buccale, déverse son produit de sécrétion dans le canal de Wharton et, par conséquent, n’est pas une sous-maxillaire accessoire, mais un simple lobe accessoire de la sous-maxillaire.
c. Face inférieure. — La face inférieure de la sous-maxillaire, la plus étendue des trois, répond à la peau. Elle en est séparée par divers plans, qui sont en allant de dedans en dehors : 1° l’aponévrose cervicale superficielle, qui constitue la paroi inférieure de la loge sous-maxillaire; 2° le muscle peaucier, dont les fibres sont obliques en haut et en avant; 3° une nappe cellulo-graisseuse, peu développée chez les sujets amaigris, mais pouvant acquérir chez les sujets doués d’embonpoint une épaisseur considérable.
La face inférieure est encore en rapport avec la veine faciale, qui la croise obliquement dans son tiers postérieur, et avec quelques fines ramifications nerveuses qui proviennent, soit du facial, soit du plexus cervical superficiel.
C’est par cette face qu’on aborde l’artère linguale quand on veut en pratiquer la ligature. La figure 267 nous indique nettement quels sont les différents plans que devra traverser l’opérateur pour arriver sur le vaisseau. Il divisera tout d’abord, à égale distance de l’os hyoïde et du bord inférieur du maxillaire, la peau, le tissu cellulaire sous -cutané, le peaucier et l’aponévrose superficielle.
Puis, soulevant la glande sousmaxillaire, il aura sous les yeux une petite région triangulaire (fig. 266), qui est limitée comme suit : en bas, par le tendon du digastrique; en avant, par le bord postérieur du muscle myiohyoïdien; en haut, par le nerf grand hypoglosse. Il incisera le muscle hyo-glosse dans le milieu
de ce triangle et trouvera l’artère &
au fond de l’incision. Fi8- 266-
Rapports profonds de la glande sous-maxillaire.
Fig. 265.
Coupe vertico-transversale de la glande sous-maxillaire (sujet congelé, segment antérieur de la coupe).
1, coupe de la langue. — 2, coupe de la glande sous-maxillaire, avec 2’, son prolongement antérieur.
— 3, canal de Wharton. — 4, maxillaire inférieur.
— 5, os hyoïde, avec 5’, sa petite corne. — 6, aponévrose cervicale superficielle. — 7, muscle hyoglosse. — 8, muscles sous-hyoïdiens. — 9, mylohyoïdien. — 10, masséter. — 11, buccinateur. — 12, boule graisseuse de Bichat. — 13, nerf lingual. — 14, nerf grand hypoglosse. — 15, artère linguale, avec deux petites veines satellites. — 16, veine linguale.
— 17, tendon du digastrique. — 18, peau et tissu cellulaire sous-cutané. — 19, muscle peaucier du cou.
1, mylo-hyoïdien. — 2. hyo-glosse. — 3, 3’, venlres postérieur et antérieur du digastrique. — 4, stvlo-hyoïdien. — 5, nerf grand hyo-glosse. — 6, veine linguale. — 7, artère linguale. — 8, canal de Wharton et prolongement antérieur de la glande sous-maxillaire. — 9, carotide externe. — 10, jugulaire interne. — 11, corps de l’os hyoïde. — 12, sa grande corne.
(Le contour de la glande est indiqué par un trait pointillé ; la ligne verticale xx indique le plan suivant lequel est pratiquée la coupe de la figure suivante.)
APPAREIL DE LA DIGESTION
d. Extrémité antérieure. — L’extrémité antérieure de la glande sous-maxillaire, tantôt mince et effilée, tantôt arrondie et mousse, regarde le ventre antérieur du
digastrique, mais elle ne le recouvre que très rarement (lig. 266). Elle repose sur le mylo-hyoïdien.
e. Extrémité postérieure. — L’extrémité postérieure s’applique contre le ventre postérieur du digastrique et contre le stylo-hyoïdien. Elle est trop rapprochée de la parotide : comme nous l’avons vu précédemment, les deux formations glandulaires sont séparées l’une de l’autre par une cloison fibreuse, la cloison sousmaxillo-parotidienne (fig. 264, 3), qui est une dépendance de l’aponévrose cervicale superficielle et qui s’étend du sterno-cléido-mastoïdien à l’angle de la mâchoire. L’extrémité postérieure de la sous-maxillaire est encore en rapport immédiat avec l’artère faciale, qui la croise obliquement de bas en haut et de dedans en dehors, en se creusant en plein tissu glandulaire, soit une simple empreinte, soit une gouttière profonde ou même un canal complet. A ce sujet, nous rappellerons, en passant, qu’au niveau de l’extrémité postérieure de la sous-maxillaire, les deux vaisseaux homonymes, artère et veine faciales, qui se sont croisés sur le bord du maxillaire, se trouvent séparés maintenant par un certain intervalle : la veine, tout d’abord, est placée en avant de l’artère; p.uis, tandis que l’artère est profondément située sur le côté interne de la glande, la veine, relativement superficielle, descend sur son côté externe.
Fig. 267.
Coupe vertico-transversale de la région sous-maxillaire, la tête étant fortement étendue ( demi-schématique ).
1 , glande sous-maxillaire dans sa loge aponévrotique. — 2, canal de Wharton et prolongement antérieur de la glande. — 3, os hyoïde. — 4, mylo-hyoïdien. — 5, hyo-glosse.
— 6, tendon moyen du digastrique.
— 7, artère linguale, avec deux petites veines satellites. — 8. nerf grand hypoglosse. — 9, veine linguale. — 10. peaucier. — 11, peau.
— 12, ganglion lymphatique. — 13, os maxillaire inférieur.
4° Constitution anatomique. — La glande sous-maxillaire est constituée sur le même type fondamental que la glande parotide. Comme cette dernière, c’est une glande en grappe, successivement décomposable en lobules secondaires ou composés, lobules primitifs etacini , plongés ici encore dans un stroma conjonctif. Nous étudierons successivement : 1° les acini en général ; 2° leurs variétés ; 3° le tissu conjonctif interstitiel.
A. Acini en général. — L’acinus se présente tantôt avec une forme tubuleuse, tantôt avec une forme sphérique ou ovoïde. Dans l’un et dans l’autre cas, il se termine du côté distal par un cul-de-sac ou cæcum. Histologiquement, il se compose ici, comme dans la parotide, d’une membrane propre et d’un épithélium : a. Membrane propre. — La membrane propre présente exactement les mêmes caractères que pour les acini parotidiens. Ici encore elle est doublée intérieurement par des cellules en panier ou cellules de Boll (fig. 268), qui s’interposent entre elle et les cellules épithéliales, couvrant ces dernières de leurs ramifications. Rappelons que ces cellules de Boll sont des éléments contractiles, ayant probablement pour fonction de comprimer les cellules épithéliales et de favoriser ainsi l’excrétion dans la cavité de l’acinus des produits sécrétés par elles.
b. Epithélium. — Si la membrane propre des acini sous-maxillaires, rappelle
Fig. 268.
Cellules en panier de Boll, isolées par macération , glande sous-maxillaire du chien (d’après Frey) .
GLANDE SO US-MAXILLAIRE
exactement la membrane propre des acinis parotidiens, l’épithélium sécréteur, par contre, est tout à fait différent. En effet, tandis que les acini parotidiens ne nous ont présenté qu’une seule espèce de cellules, des cellules séreuses , nous rencontrons dans les acini de la sous-maxillaire deux ordres de cellules, les unes séreuses , les autres muqueuses . La sous-maxillaire est donc, morphologiquement, une glande mixte , une glande séro -muqueuse.
B. Variétés d’acini. — Le mode de répartition dans les acini des deux ordres de cellules sus-indiqués est très variable et nous pouvons, à ce sujet, distinguer trois variétés d’acini : 1° des acini séreux ; 2°des acini muqueux ;
3° des acini mixtes.
a. Acini séreux. — Les cavités sécrétantes séreuses ne renferment, comme leur nom l’indique, que des cellules séreuses présentant individuellement la plus grande analogie avec les cellules homonymes des acini parotidiens.
Elles diffèrent cependant de ces dernières (Laguesse et Jouvenel) par les caractères* suivants : l°une partie du corps cellulaire, celle qui avoisine la base, n’est pas alvéolisée et nous présente, par contre, un système de filaments, dits filaments basaux ; 2° les alvéoles sont généralement plus petits et plus nombreux; 3° le noyau est plus gros, arrondi, non dentelé; 4° les grains, de leur côté, sont plus abondants un peu moins sensibles aux réactifs,' un peu plus faciles à conserver. Ces différences, toutefois, ne sont pas essentielles. Laguesse et Jouvenel estiment, en . effet, qu’elles peuvent être attribuées simplement à un stade fonctionnel différent des deux glandes sur le sujet observé par eux, ou plutôt encore à une dissemblance dans le mode de fonctionnement de ces glandes : la sous-maxillaire paraissant fonctionner d’une façon continue, la parotide seulement au moment des repas.
b. Acini muqueux. — Les acini muqueux sont un peu plus rares que les acini séreux. Ils diffèrent de ces derniers, morphologiquement, en ce qu’ils sont beaucoup plus volumineux, à la fois plus longs et plus larges (fig. 271).
Ils en diffèrent aussi et surtout en ce qu’ils ne possèdent que des cellules mucipares. Ce sont des cellules claires, cylindriques, assez analogues aux cellules caliciformes, mais différant de ces dernières en ce quelles sont entièrement fermées. Le pied de la cellule, plus ou moins effilé, s’infléchit latéralement (fig. 270) de façon à s’implanter sur la paroi propre par l’une de ces faces plutôt que par son extrémité. Il renferme une mince couche de protoplasma condensé, à la surface duquel se voit un noyau aplati de haut en bas et parfois même creusé en cupule. La portion de la cellule comprise entre le
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 37
Fig. 270.
Mode d'implantation des cellules muqueuses sur la paroi propre de l’acinus.
1, paroi propre de l’acinus. — 2, 2, cellules muqueuses, avec : 3, leur noyau; 4, leur portion basale, chargée de granulations et recourbée latéralement. — 5, 5, boules de mucigène. — 6, cavité de l’acinus, avec :
7, 7, ses prolongements canaliculés dans les intervalles des cellules.
A Fig. 269. B
Constitution anatomique de la glande sous-maxillaire ; A, acini muqueux; B, acini séreux (d’après Beiser).
APPAREIL DE LA DIGESTION
Fig. 271.
Coupe d’une partie de la glande sous-maxillaire de l’homme (d’après Heidenhain).
(Sur le côté droit de J a figure se voient à la fois des acini muqueux et des acini mixtes ; le côté gauche ne nous présente que des acini séreux).
noyau et la lumière glandulaire est occupée par un réticulum protoplasmique, dans les mailles duquel s’amassent des boules de mucigène : c’est une sorte
d’éponge remplie de mucigène.
Les cellules mucipares sont séparées les unes des autres par de petits canaux, canalicules radiés (7), qui, ici comme dans les acini parotidiens, ne sont que des diverticules de la cavité centrale de l’acinus : le produit de sécrétion des cellules muqueuses s’échappe donc à la fois et par leur extrémité interne et par leurs faces latérales.
c. Acini mixtes. — Les acini mixtes de la sous-maxillaire possèdent en même temps des cellules muqueuses et des cellules séreuses, ces dernières étant les homologues des cellules parotidiennes.
Les cellules séreuses sont placées parfois sur la même rangée que les cellules mucipares, s’étendant comme elles de la paroi propre à la lumière de l’acinus.
D’autres fois, elles se trouvent situées audessous d’elles-, affectant le plus souvent alors la forme d’une calotte ou d’un croissant embrassant par sa concavité les cellules muqueuses sus-jacentes : ce sont les lunules de Heidenhain, les croissants de Gianuzzi. Les croissants de Gianuzzi (fig. 273, b), dont le nombre et les dimensions i sont toujours extrêmement variables, présentent ces
caractères communs : 1° qu’ils sont situés entre les cellules muqueuses et la paroi propre de la glande ; 2° qu’ils ont un aspect granuleux et une coloration foncée; 3° qu’ils renferment un certain nombre de noyaux (3 ou 4 ordinairement), répondant chacun à une cellule. Ces cellules, qu’on a prises tour à tour comme des cellules de remplacement (Heindenhain), comme des cellules muqueuses déchargées et au repos (Stôhr), sont considérées aujourd’hui par la grande majorité des histologistes comme étant de véritables cellules sérçuses. Du reste, si l’on suit, sur des coupes sériées, un groupe de croissants de Gianuzzi, il n’est pas rare de les voir (Solger, Laguesse et Jouvenel) s’allonger, prendre graduellement de l’importance et, finalement, constituer par leur ensemble un véritable cul-de-sac séreux, en tout semblable aux acini purement séreux. L’identification des croissants de Gianuzzi avec les cellules des acini séreux n’est donc pas douteuse.
Les cellules constitutives de ces croissants, ici comme dans les glandes purement séreuses, sécrètent un liquide clair, albumineux, sans mucus, renfermant en même temps les principes chimiques et les ferments de la salive.
Fig. 272.
Un acinus mixte de la sous-maxillaire de l’homme, vu à l’état d'isolement (d’après R. Krause et Tourneux) .
1, cellules muqueuses. — 2, cellules séreuses formant un croisssnt de Gianuzzi. — 3, paroi propre. — 4, une cellule de Boll.
(On voit nettement sur cette figure que la lumière glandulaire se prolonge entre les cellules séreuses sous la forme de fins canalicules intercellulaix-es.
GLANDE SOUS-MAXILLAIRE
Les cavités sécrétantes mixtes diffèrent d’aspect suivant qu’on les considère à l’état de repos ou après une période de sécrétion.
a) A l'état de repos (fïg. 273, A), les cellules mucipares sont très volumineuses, très allongées au point d’arriver au contact de celles du côté opposé et de rendre ainsi la lumière de l’acinus purement virtuelle. Tandis que sa partie basale nous présente un protoplasma granuleux et un noyau aplati, le reste du corps cellulaire est clair et rempli de mucigène, que l’éosine hématoxylique colore en bleu pâle. Au-dessous de ces cellules mucipares s’étalent les cellules séreuses des croissants de Gianuzzi avec leur teinte sombre, leur aspect granuleux, leur noyau arrondi, leur coloration rouge.
P) Sur la glande épuisée par un fonctionnement plus ou moins long (fîg. 273, B), les cellules mucipares persistent, formant, comme précédemment, une rangée régulière tout autour de l’acinus. Seulement, elles sont moins volumineuses, moins hautes, comme affaissées, ce qui agrandit d’autant la cavité de
l’acinus, laquelle main- .4^ 6 2
tenant est très accusée. D’autre part, le noyau est central, et le protoplasma granuleux, qui, 'tout à l’heure, avait été refoulé par le mucigène vers l’extrémité basale, occupe, maintenant que le mucigène a été expulsé, toute l’épaisseur du corps cellulaire. Quant aux cellules des croissants de Gianuzzi, elles sont toujours disposées au-dessous des précédentes; elles ont conservé leur forme générale et, surtout, elles n’ont pas augmenté de nombre. Ainsi tombe l’hypothèse, émise autrefois par Heidenhain, que les cellules muqueuses disparaissent au cours de leur fonctionnement et sont remplacées alors par les cellules des croissants, lesquelles, n’ayant d’autre fonction que d’être des éléments de remplacement, se multiplieraient au fur et à mesure que les cellules muqueuses tombent et disparaissent. L’examen comparatif de l’acinus glandulaire avant et après la sécrétion nous apprend que rien n’est moins exact. Comme nous l’avons vu plus haut, les cellules superficielles ou cellules claires et les cellules profondes ou cellules sombres sont des éléments morphologiquement très différents, non susceptibles de se transformer et de se remplacer mutuellement : les premières sont des cellules muqueuses et resteront des cellules muqueuses ; les secondes sont des cellules séreuses et ne changeront pas plus de nature que lçs précédentes.
B. Tissu conjonctif interstitiel. — Le tissu conjonctif interstitiel se dispose ici exactement comme dans la parotide. Il entoure d’abord la glande, puis envoie dans son épaisseur un système de cloisons, qui séparent successivement les acini (cloisons interacineuses) et les lobules (cloisons interlobulaires). Aux éléments conjonctifs se mêlent, ici encore, des vésicules adipeuses, mais en moins grande abondance que dans la parotide. C’est le long des cloisons conjonctives que cheminent les vaisseaux, les nerfs et les canaux excréteurs.
Acini mixtes de la sous-maxillaire ; A, l’état de repos ; B, après épuisement de la glande par un long fonctionnement ( schématique ).
1, un acinus coupé en travers. — 2, un acinus coupé en long. — 3, canal de Boll. — 4, cel Iules muqueuses. — 5, croissant de Gianuzzi. — 6, 6, cavité de l’acinus. — 7, tissu conjonctif. — 8, vaisseaux.
5° Appareil excréteur. — L’appareil excréteur de la salive sous-maxillaire comprend, comme pour la parotide deux ordres de canaux : 1° les canaux intraglandulaires ; 2° un canal extra-glandulaire, le canal de Wharton.
A. Canaux intra-glandulaires. — L’appareil d’excrétion intra-glandulaire est représenté par un système de canaux convergents qui, en allant de l’acinus à la surface de la glande prennent successivement les noms de canaux de Boll , canaux intralobulaires , canaux interlobulaires. Leur structure est exactement la même que pour les canaux homonymes de la parotide : nous ne saurions y revenir ici sans tomber dans des redites. Tous les canaux interlobulaires se résument en un canal unique, le canal de Wharton.
APPAREIL DE LA DIGESTION
B , Canal de Wharton. — Le canal de Wharton, rendez-vous commun de tous les
canal de Wharton et le prolongement antérieur de la S'»us-maxillaire (sujet congelé, segment intérieur de la coupe).
1, maxillaire inférieur. — 2, masséter. — 3, ptérygoïdien interne. - 4, digastrique. — 5, hyo-glosse. —
<i, mylo-hyoïdien. — 7, coupe de la langue. — 8, parotide. — 9, glande sous-maxillaire. — 10, son prolongement antérieur — U, canal de Wharton. — 12, pharynx. — 13, peau et tissu cellulaire sous-cutané. —
14, artère carotide externe. — 15, artère et veine faciales.
Plus loin, il s’adosse, sur la ligne médiane, à son homologue du côté opposé et glisse alors immédiatement au-dessous de la muqueuse buccale dans une étendue de 3 ou 4 millimètres.
Finalement, il vient s’ouvrir sur les côtés du frein de la langue, au sommet d’un tubercule spécial, par un tout petit pertuis à peine visible à i’œil nu, auquel, depuis Bordeu, on donne le nom d’ostium umbüicale (fig. 21, 3). Cet orifice n’est séparé de celui du côté opposé que par l’épaisseur du frein.
c. Structure. — Histologiquement, le canal de Wharton présente la plus grande analogie avec le canal de Sténon. Il se compose, comme ce dernier, d’une paroi
canaux excréteurs intra-glandulaires, est le canal excréteur proprement dit de la sous-maxillaire. Il a pour fonction de transporter sur le plancher de la bouche la salive sous-maxillaire.
a. Dimensions. — Ce canal, remarquable à la fois par son volume, par la minceur et la résistance de ses parois, mesure 4 ou 5 centimètres de longueur, sur 2 ou 3 millimètres de diamètre.
b. Origine et trajet. — Il naît de la face interne de la glande, à sa partie moyenne. De là, il se porte obliquement d’arrière en avant, de bas en haut et de de hors en dedans.
Il chemine, tout d’abord, sur la face externe de l’hyo-glosse, entre ce muscle et le mylo-hyoïdien.
Puis, en quittant l’hyo-glosse, il vient se placer entre la glande sublinguale, qui est en dehors, et les muscles génio-glosse et lingual inférieur, qui sont en dedans. Sur la face interne de la glande sublinguale, il entre en rapport intime avec le nerf lingual et l’artère sublinguale, qui le croisent obliquement l’un et l’autre en passant constamment sur son côté externe.
Fig. 275.
Coupe de la glande sous-maxillaire du chien.
1, canal intra-lobulaire. — 2, canal intercalaire. — 3, acinus glandulaire. — 4, cellules muqueuses. — 3, croissants de Gianuzzi. — 5, cloison conjonctive séparant les acini.
GLANDE SOUS-MAXILLAIRE
propre, qui tapisse intérieurement une double rangée de cellules épithéliales : les profondes, cubiques ; les superficielles* cylindriques ou cylindro-coniques. Le canal de Wharton présente cette particularité intéressante, c’est qu’il possède à la partie moyenne de sa paroi propre, entre deux plans conjonctivo-élastiques par conséquent, une couche de fibres musculaires lisses diversement entrecroisées en plexus.
' Contrairement à la parotide, dont la structure est assez fixe dans la série des mammifères, la sous-maxillaire est très variable au point de vue histologique suivant les espèces où on l’examine. Chez les rongeurs, notamment chez le lapin et le cobaye, elle est entièrement composée d'éléments séreux ; chez le rat, également, c’est une glande séreuse pure. Chez le chien, au contraire (fi g. 275), la sous-maxillaire ne renferme que dès acini muqueux : l’élément séreux n’y est représenté que par de rares et minces croissants de Gianuzzi. Chez l’âne et le cheval, la sousmaxillaire est, comme chez l’homme, une glande mixte.
6° Vaisseaux et nerfs. — La glande sous-maxillaire, comme la parotide, est un organe très riche en vaisseaux et en nerfs :
a. Artères. — Les artères proviennent de deux sources : 1° de la faciale, qui, en croisant sa partie postéro-interne, lui fournit deux ou trois grosses branches, naturellement très courtes ; 2^ de la sous-mentale , qui, en passant sur sa face externe, lui abandonne toujours un certain nombre de rameaux.
Ces vaisseaux pénètrent dans l’épaisseur de la glande, s’y divisent et s’y subdivisent en des rameaux de plus en plus ténus et, finalement, se résolvent en de riches réseaux capillaires, dont les mailles entourent les acini, sans jamais traverser la membrane propre.
Kowalewsky (1885) distingue dans la sous-maxillaire, et en général dans toutes les glandes salivaires, les artères des acini et celles des canaux excréteurs. Les premières sont plus longues et beaucoup plus résistantes. Cette différence de résistance en faveur des artères des acini est due à ce que, sur ces dernières, la tunique musculaire est plus développée et s’étend beaucoup plus loin que sur les artères destinées aux canaux excréteurs.
b. Veines. — Les veines issues des réseaux capillaires précités se jettent en partie dans la veine sous-mentale, en partie dans le tronc même de la veine faciale.
c. Lymphatiques. — Les lymphatiques de la sous-maxillaire présentent exactement la même disposition que dans la parotide (voy. Parotide , p. 283). Ils se jettent, au sortir de la glande, dans les ganglions sous-maxillaires, lesquels à leur tour envoient leurs efférents dans les ganglions cervicaux profonds. La glande sousmaxillaire nous présente, comme la parotide, des amas lymphoïdes (Rawitz, 1898), de forme et de développement variables, qui se disposent tout autour des acini.
d. Nerfs. — Les nerfs destinés à la glande sousmaxillaire sont fort nombreux. Ils proviennent pour la plupart du lingual mixte (lingual et corde du tympan réunis), soit directement, soit par l’intermédiaire du ganglion sous-maxillaire, qui s’interpose, comme on le sait, entre le nerf précité et la glande. La sous-maxillaire reçoit en outre, un certain nombre de rameaux nerveux du plexus qui entoure l’artère faciale et qui émane, comme tous les plexus vasculaires, du système sympathique. Ces différents rameaux ner-
Terminaisons nerveuses sur un acinus de la glande sous-maxillaire du chien (méthode de Golgi, d’après Retzius).
Les fibrilles nerveuses sont figurées par un trait fin parsemé de petites nodosités. Les gros traits noirs représentent la lumière de 1 acinus, et l’on voit très nettement qu’il envoie des prolongements jusque dans les croissants de Gianuzzi.
APPAREIL DE LA DIGESTION
veux se comportent ici exactement comme dans la parotide. Ils se terminent, en partie sur les vaisseaux ( nerfs vasculaires), en partie sur les acini et les canaux excréteurs ( nerfs sécréteurs ou glandulaires proprement dits). Nous rappellerons, à propos de ces derniers, que leurs fibrilles terminales traversent la membrane propre de l’acinus pour venir se terminer au-dessous et dans l’intervalle des cellules épithéliales (Fusari et Panasci, Ramon y Gajal, Retzius, Korolkow). L’ancienne opinion de Pflüger, qui faisait terminer les nerfs glandulaires dans l’épaisseur de la cellule, qui les faisait même se continuer, au niveau des canaux excréteurs, avec les bâtonnets des cellules épithéliales, cette opinion, dis-je, est aujourd’hui complètement abandonnée.
§ III. — Glande sublinguale
La glande sublinguale, la plus antérieure des glandes salivaires, est située sur le plancher de la bouche, immédiatement en dedans du corps du maxillaire, de chaque côté de la symphyse mentonnière et du frein de la langue.
1° Poids et volume. — Elle pèse 3 grammes en moyenne. C’est donc la plus petite des trois glandes salivaires. Son volume ne présente que le tiers de celui de
la glande sous-maxillaire, la dixième partie seulement de celui de la parotide.
2° Forme et dimensions. —
La glande sublinguale a la forme d’une olive, un peu aplatie dans le sens transversal et disposée de telle façon que son grand axe se dirige parallèlement au corps du maxillaire, c’est-à-dire d’arrière en avant et de dehors en dedans. Sa longueur, qui répond à son grand axe, mesure de 25 à 30 millimètres.
Sa largeur, représentée par son diamètre vertical, est de 10 à 12 millimètres. Son épaisseur, enfin, est de 6 à 8 millimètres.
3° Rapports. — La glande sublinguale n’est pas contenue, comme la parotide et la sous-maxillaire, dans une loge ostéo-aponévrotique plus ou moins fermée. Elle baigne tout simplement dans une atmocontinue avec le tissu conjoncde cloisons entre les différents
Fig. 277.
La glande sublinguale droite, vue en place, après résection de la moitié droite du maxillaire.
A, face dorsale de la langue, érignée en haut et en avant. — B, sa pointe. — C, sa. base. — D, épiglotte. — E, luette. — F. amygdale gauche. — G, voile du palais. — II, son pilier antérieur. — H\ son pilier postérieur. — K, maxillaire inférieur. — L, grande corne de l’os hyoïde. 1, branche droite du V lingual. — 2, follicules de la base de la langue.
— 3, repli glosso-épiglottique médian. — 4, glande de Weber, avec 4’, muqueuse de la langue, réséquée sur le bord droit pour découvrir cette glande. — 5, bord droit de la langue avec ses replis foliés. - 6, coupe du stylo-glosse. — 7, hyo-glosse. — 8, génio-glosse. — 9, génio-hyoïdien.
— 10, mylo-hyoïdien, coupé et érigné en bas. — 11, nerf grand hypoglosse. — 12, canal de Wharton, avec 13, son orifice sur le plancher de la bouche. — 14, nerf lingual. — 15, glande sublinguale, avec 16, l’un de ses canaux excréteurs.
sphère de tissu conjonctif lâche qui, d’une part se tif du voisinage, d’autre part s’insinue sous forme
GLANDE SUBLINGUALE
lobules de la glande. La sublinguale, avons-nous dit plus haut, a la forme d’une olive un peu aplatie dans le sens transversal. Nous pouvons, en conséquence, lui considérer deux faces, deux bords et deux extrémités.
A. Faces. — Les deux faces se distinguent en interne et externe :
a) La face externe , convexe, est en rapport avec la face postérieure du corps du maxillaire, qui, se moulant exactement sur elle, présente à son niveau une légère excavation, déjà étudiée en ostéologie (voy. 1. 1) sous le nom de fossette sublinguale.
p) La face interne répond aux deux muscles lingual inférieur et génio-glosse. Elle est séparée de ces deux muscles par le canal de Wharton, par le nerf lingual et par la veine ranine, qui la croise plus ou moins obliquement.
B. Bords. — Des deux bords de la sublinguale, l’un est inférieur, l’autre supérieur :
a) Le bord inférieur, relativement mince, repose dans l’espace angulaire que forment, en s’écartant l’un de l’autre, les deux muscles mylo-hyoïdien et génio-glosse.
Le bord supérieur , plus épais, répond dans toute son étendue à la muqueuse du plancher de la bouche. C’est lui qui, en soulevant la muqueuse, détermine de chaque côté du frein ces deux saillies oblongues qui ont naturellement la même orientation que la glande et que nous avons déjà décrites (p. 21) sous le nom de caroncules sublinguales.
C. Extrémités. — Les deux extrémités de la sublinguale se distinguent en postérieure et antérieure :
a) L ' extrémité postérieure répond au prolongement antérieur de la glande sousmaxillaire et souvent même paraît se continuer avec lui.
f) \ï extrémité antérieure est en rapport avec les apophyses géni et avec les quatre tendons ou muscles qui s’en détachent. Au-dessus de ces tendons, les deux glandes sublinguales, la gauche et la droite, arrivent au contact l’une de l’autre derrière la symphyse mentonnière.
4° Constitution anatomique. — La glande sublinguale présente, à peu de chose près, la même structure fondamentale que la sous-maxillaire : c’est une glande mixte, possédant à la fois, irrégulièrement mêlés les uns aux autres : 1° des acini séreux, de coloration foncée; 2° des acini muqueux, de teinte claire; 3° des acini mixtes, renfermant en même temps des cellules muqueuses et des croissants de Gianuzzi. Mais, contrairement à ce qu’on observe dans la sous-maxillaire, où Y élément séreux l’emporte sur Y élément muqueux , c’est ici l’élément muqueux qui prédomine manifestement.
Du reste, la sublinguale, comme la so\is-maxillaire, varie beaucoup suivant les espèces. Chez le chien et chez le chat, l’élément muqueux et l’élément séreux ont à peu près la même importance. Chez le cobaye et chez le rat, la glande ne renferme pour ainsi dire que des éléments muqueux. Chez l’homme, les recherches d’iLLiNG et de Stôhr, tendent à établir que la glande principale est manifestement une glande mixte, tandis que les sublinguales accessoires sont presque exclusivement formées par des éléments muqueux. Les deux groupes glandulaires, déjà différents au point de vue embryologique et aussi au point de vue anatomique (l’un s’ouvrant dans la bouche par un seul conduit, l’autre par des conduits multiples) seraient donc séparables encore au point de vue histologique.
5° Appareil excréteur. — L’appareil excréteur de la glande sublinguale comprend , comme pour la parotide : 1° des canaux intr a- glandulaires ; 2Û des canaux extraglandulaires.
A. Canaux intra-glandulaires. — Compris dans l’épaisseur de la glande, ils se distinguent ici encore en canaux intercalaires, canaux intra-lobulaires , canaux
APPAREIL DE LÀ DIGESTION
interlobulaires. Ils ont exactement la même structure que les canaux homonymes de la parotide et de la sous-maxillaire.
B. Canaux extra-glandulaires : canal de Bartholin et canaux de Walther. — Ils sont, comme leur nom l’indique, situés en dehors de la glande et ont pour fonction de transporter sur le plancher buccal la salive sécrétée par la sublinguale.
a . Leurs variations. — Ces canaux sont toujours multiples. Mais les auteurs sont loin d’être d’accord sur leur nombre et leur disposition anatomique. Les recherches anciennes de Rivinus, de Bartholin et de Walther, les travaux plus récents de Sappey, de Tillaux, de Guyon, de Suzanne, tout en faisant la lumière sur certains points controversés, n’ont pu encore réussir à faire disparaître toutes les divergences. Ces divergences, disons-le tout de suite, ont leur origine, non pas dans un vice quelconque de la méthode dont s’est servi l’observateur, mais plutôt
dans les nombreuses variations individuelles que présente la disposition anatomique observée : c’est assez dire qu’elles dureront autant que les variations elles -mêmes, qu’elles ne disparaîtront jamais.
b. Glande principale et glandes accessoires. — Comme dans toutes les dispositions anatomiques qui varient à l’infini, la description ne doit être ici qu’une moyenne, convenant à la majorité des cas, non à tous. En utilisant à la fois les recherches des anatomistes précités et mes propres dissections, je crois devoir indiquer, comme se rencontrant le plus souvent la disposition suivante. La masse glandulaire sublinguale se compose en réalité, non pas d’une seule glande, mais de glandes multiples. De ces glandes, l’une, relativement plus volumineuse constitue ce que nous appellerons la glande principale; les autres, beaucoup plus petites, forment des glandes accessoires.
a) La glande sublinguale principale ( glan dula sublingualis major de Stôhr) donne naissance à un canal unique, canal principal, que l’on doit appeler indistinctement canal de Rivinus ou canal de Bartholin, ce canal ayant été signalé pour la première fois par Rivinus, en 1679, et ayant été bien décrit par Bartholin cinq ans plus tard, en ' 1684. Le canal de Rivinus, né de la partie postérieure de la glande, se porte obliquement en avant et en dedans, s’accole au côté externe du canal de Wharton et finalement vient s’ouvrir sur le plancher buccal, tout à côté de ce dernier, un peu en dehors de l’ostium ombilicale (fig. 278, R).
p) Les glandes sublinguales accessoires ( glandula sublingualis minor de Stôhr) sont de simples grains glandulaires qui se disposent irrégulièrement autour de la
Fig. 278.
Coupe vertico-médiane de la face, pratiquée en arrière de la canine supérieure (sujet congelé).
(Les conduits excréteurs de la glande sublinguale sont figurés d’une manière demi-schématique).
A, maxillaire inférieur, scié au niveau de l’alvéole de la première prémolaire (a). — B, maxillaire supérieur.
1, glande sublinguale, avec l’,le canal de Bartholin et 1”, ses conduits excréteurs accessoires. — 2, canal de Wharton. — 3, langue. — 4, artère et veines canines. — 5, artère linguale. — 6, génio-glosse. — 7, mylo-hyoïdien. — 8, digastrique. — 9, peaucier. — 1Ô, carré du menton. — 11, buccinateur. — 12, tissu cellulo-graisseux de la joue. — 13, peau. — 14, muqueuse buccale. — 15, couche glandulaire de ta voûte palatine. — 16, sillon gingivo-labial.
GLANDE SUBLINGUALE
glande principale. Chacune d’elles possède un canal excréteur spécial, qui vient s’ouvrir isolément sur le plancher buccal au niveau de la caroncule sublinguale ou un peu en dedans de cette saillie. Ces canaux excréteurs des glandes sublinguales accessoires (fig. 278, i"), nous les appellerons canaux de Walther, du nom de l’anatomiste qui, le premier, en 1724, les a observés chez l’homme. Les canaux de Walther présentent les plus grandes variétés dans leur disposition : tantôt leurs orifices se disposent en une série linéaire qui suit la même direction que le bord supérieur de la glande; tantôt ils se. disséminent, sans ordre aucun, sur la caroncule ou dans son voisinage. Leur nombre n’est pas moins variable : tandis que Walther n’en admettait que 4 et Sappey 4 ou 5, Tillaux estime qu’ils sont, en moyenne, au nombre de 15 ou 20 et peuvent même atteindre le chiffre de 25 ou 30.
c. Abouchement possible des canaux de la sublinguale dans le canal de Wliarton. — Nous ajouterons qu’il n’est pas extrêmement rare de voir un ou plusieurs canaux accessoires, parfois même le canal principal, s’ouvrir dans le canal de Wharton un peu avant sa terminaison. Cette union de la glande sublinguale avec le canal excréteur de la glande sous-maxillaire permet de supposer que, suivant la judicieuse remarque de Gegenbaur, ces deux glandes ne sont que des différenciations d’une glande primitivement unique.
d. Structure. — Les canaux excréteurs de la sublinguale ont exactement la même structure que ceux de la parotide (voy. p. 270).
6° Vaisseaux et nerfs. — Les artères destinées à la glande sublinguale sont fournies, en partie par la linguale, branche de la carotide externe, en partie par la suus-mentale, branche de la faciale. Leur mode de distribution est exactement le même que pour les artères parotidiennes et sous-maxillaires. — Les veines se jettent dans la veine ranine et, de l'a, dans la jugulaire externe. — Les lymphatiques se rendent aux ganglions sous-maxillaires. — Quant aux nerfs , ils proviennent à la fois, comme pour la sous-maxillaire, du lingual mixte (lingual et corde du tympan réunis) et du grand sympathique. Ils se terminent exactement comme dans les deux autres glandes salivaires.
Voyez, au sujet des glandes salivaires et de leurs canaux excréteurs, parmi les travaux récents : Ebner, Ueber die Anfànge der Speichelgânge in den Alveolen der Speicheldrüsen, Arch. f. mikr. Anat., 1872; — Asp, On Nervernàs ândningsdtt i spottkôrlarna, Nord, medic. Arkiv, Bd. V, 1873; — Lavdowsky, Zur feineren Anat. und Physiol. der Speicheldrüsen , etc., Arch. f. mikr. Anat.. 1876; — Paladino, Pelle terminazione dei nervi delle cellule glandolari, etc., Napoli, 1876 ; — Klein, On the lymphatic System and the minute structure of the salivary glands and pancréas, The quat. Journal of microsc. Sc., 1882; — Reichel, Beitrag zur Morphol. der Mundhôhlendrüsen des Wirbelthiere, Morphol. Jahrh., 1882 ; — Kultschitzki, Histologie der Speicheldrüsen , Odessa, 1883 ; — Kowalewsky, Ueber das Blutgefassystem der Speicheldrüsen, Arch. f. Anat. u. Physiol., 1885 ; — Navalichin et Iyytmanoff, Terminaison des nerfs dans les glandes salivaires, Arch. slaves de Biol., 1886 ; — Langley, On the structure of mucous salivary glands , Proc, of the roy. Soc. of London, 1886; — Ranvier, Etude anat. des glandes connues sous les noms de sousmaxillaire et sublinguale chez les mammifères, Arch. de Physiol., 1886 ; — Perrando, Ricerche
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT.
Fig. 279.
Coupe transversale d’une glande salivaire mixte (sublinguale de l’homme, d’après Bôhm et Davidoff).
1, canal de Boll, bifurqué en bas. — 2, croissant de Gianuzzi.
APPAREIL DE LA DIGESTION
sopra alcuni rapporti anatomisci délia parotida, Genova, 1889; — Nitot, Rech. anat. sur la glande sous-maxillaire et son canal excréteur; Arch. de Physiol.. 1889; — Ricard, De quelques rapports anatomiques de la glande sous-maxillaire, Bull. Soc. Anat., 1889.
Pillet, Rech. sur la glande sous-maxillaire des vieillards, Bull. Soc. Anat., 1890 ; — Zumstein, Ueber die U nterkie fer drüsen einiger Sâuger, Marburg, 1891 ; — Soffiantini, Sulla topogr. délia ghiandola sottomascellare, Gaz. méd., Lomb., 1891 ; — Retzius, Ueber die Anfange der Drüsengange u. die Nervenendigungen in den Speicheldrüsen des Rundes, Biol. Unters., 1892 ; — Korolkow, Die Nervenendigungen in den Speicheldrüsen, Anat. Anz.. 1892 ; — Laserstein, Arch. f. ges. Physiol., 1893; — Muller, Zur Anat. der Speicheldrüsen, Nord. med. Arkiv., 1893; — Loewenthal, Zur Kenntniss der Glandula submaxillaris einiger Sâugethiere, Anat. Anz., 1893 ; — Seidenmann, Beitr. zur Mikrophysiologie der Sclileimdrüsen, Intern. Monatsschr. f. Anat., 1893 ; — Wildt, Ein Beitr. zur mikr. Anat. der Speicheldrüsen, In. Diss., Bonn., 1894 ; — Oltrogorsky, Zur Lehre über die Innervation der Speicheldrüsen, Wratsch,1894 ; — Solger, Zur Kenntniss der secernirenden Zellen der Glandula submaxillaris des Menschen, Anat. Anz., 1894; — du même, Même sujet, dans le Festschrift f. Gegenbaur, 1896; — Stôhr. Ueber Randzellen u. Sekretcapillaren, Arch. f. mikr. Anat., 1896; — Garnier et Bouin, Sur la présence de granulations graisseuses dans les cellules glandulaires séreuses, G. R. Soc. de Biol., 1897 ; — Krause, Beitr. zur Ristol. der Speicheldrüsen, Arch. f. mikr. Anat., 1897 ; — Rayvitz, Ueber Lymphknotenbildung in Speicheldrüsen, Anat. Anz., 1898 ; — Neisse, Ueb. den Einschluss von Parotisl'àppchen in Lymphknoten, Anat. Hefte, 1898 ; — Mongour, Consid. anatomiques sur le canal parotidien, Th. de Bordeaux, 1898 ; — Zimmermann, Beitr. z. Kenntniss einiger Drüsen u. Epithelium, Arch. f. mikr. Anat. Bd. LII, 1898 ; — Laguesse et Jouvenel ,Descript. histol. des glandes salivaires sur un supplicié, Bibliogr. Anat., 1899.
Maziarski, Ub. d. Bau der Speicheldrüsen, Anz. Akad. Wiss. Krakau, 1900; — Maschke, Ueb. die Nervenendigungen in der Speicheldrüsen bei Vertebraten u. evertebraten, Diss. Bern,1900 ; — Pensa, Sulla fina distribuzione dei nervi nelle ghiandole salivari, Rend. R. Ist. Lomb. 1901 ; — Maximow, Beitr. z. Histol. u. Physiol. der Speicheldrüsen, Arch. f. mikr. Anat. Bd. LVIII,1901; — Arsimoles, La fossette sus-amygdalienne et les abcès périamygdaliens, Th. Toulouse, 1902 ; — Colombieri, Ueb. einique F ettsezerninde Drüsen der mundschleimhaut der Menschen, Monatsch. prakt. Dermatol., 1902; — Flint, The ducts of the human submaxillary glands. Amer. Journ. Anat., 1902 ; — Jouvenel, Rech. sur quelques détails de structure des glandes salivaires, Th. Lille, 1902 ; — Tôpfer, Ueb. muskel u. Knorpel in der Tonsillen, Diss. Leipzig. 1902 ; — Noll, Das Verhalten d. Drüsengranula bei der Sekretion der Schleimzelle u.die Bedeutung der Gianuzzï schen Ilalbmonde, Arch. Anat. und Physiol., 1902; — Peiser, Ueb. die Form den Drüsen d. menschl. Verdauungsapparates, Arch. mikr. Anat., 1903; — Illing, Vergl. makr. u. mikr. Untersuch. über die submaxilldren Speicheldrüsen der Ilaussaugethiere, 1904; — Bordal, Anatomie des glandes salivaires de la Nepa cinerea, G. R. Soc. de Biologie, 1904 : — Petit et Krohn, Sur l'évolution des cellules des glandes salivaires, G. R. Soc. de Biologie, 1904; — Bizzozero, Sullo sviluppo delepitelio dei dotti escretori delle ghiandole salivari, Internat. Monatsschr. f. Anat. u. Physiol., 1905; — Dantschakoff (Frau), Les cellules plasmatiques dans les glandes sous-maxillaires du lapin, C. R. Assoc. Anat. Genève, 1905 ; — Pardi, Il ductus sublingualis major s. Bartholini, etc., Arch. ital. Anat. e Embriol., 1906; — Cahoe, The fner structure of the glandula submaxillaris of the rabbit, Amer. Journ. Anat., 1907 ; — Gôtt, Die Speichelkôrperchen, Intern. Monatsschr. Anat. u. Physiol., 1907 ; — Illing, Ein Beitr. z. vergl. Anat. u. Histol. d. Spei heldrüsen, Anat. Hefte, 1907; — Bensley, Observ. on the salivary glands of mammals, Anat. Rec., 1908 ; — Schaffer, Zur Histol. d. U nterkie fer speicheldrüsen bei Insektivoren, Zeitschr. Wiss. Zool., 1908 ; — Dieulafé et Mouchet, Sur la vascularisation des glandes salivaires, G. R. Assoc. Anat. Marseille, 1908 ; — Roscher, Ein Beitr. z. vergl. Histol. der, glandula parotis u. d. Ductus parotideus d. Haussàugetiere, Zeitschr. Tiermed, 1908. — Metzner, Zur Morphol. und Physiol. der Speicheldrüsen carnivorer Haustiere, Yerh. d. Naturf. Ges. in Basel, 1910.
ARTICLE II
FOIE
Le foie (allem. Leber, ang. hiver), le plus volumineux des viscères, est un organe glanduleux, auquel est dévolue la double fonction de sécréter la bile et de produire du sucre de glycose. Le sucre, au fur et à mesure de sa production, passe directement dans les radicules des veines hépatiques qui le transportent dans le cœur, lequel le répand ensuite dans tout l’organisme. Quant à la bile, elle se déverse dans le duodénum en suivant un système de canaux spéciaux (canal hépa-
tique, canal cystique et vésicule, canal cholédoque), que nous décrirons à part sous le nom d 'appareil excréteur de la bile.
§ I. — Considérations générales
1° Situation. — Le foie est situé dans la partie supérieure de la cavité abdominale, au-dessous du diaphragme, qui le recouvre à la manière d’une vaste coupole, au-dessus de l’estomac et de la masse intestinale, qui lui forme comme une sorte de coussinet élastique. A lui tout seul, il remplit la presque totalité de l’hypochondre droit, une grande partie de l’épigastre et la partie la pltfs élevée de l’hypochondre gauche (pour la valeur anatomique de ces différents termes, voy. p. 117).
2° Moyens de fixité. — Cet organe est maintenu en position : 1° par la veine cave inférieure, qui est essentiellement fixe et à laquelle il est intimement uni,
Fig. 280.
Le foie, vu par sa face supérieure et en place, sur une coupe horizontale du tronc pratiquée au niveau de la douzième .vertèbre dorsale.
A, fibro-cartilage de la douzième dorsale. — B, apophyse épineuse. — C, canal vertébral, avec la moelle. — D, coupe de la partie supérieure de la douzième côte. — E, coupe de la onzième côte. — F, coupe du sternum. — G, coupe du diaphragme, légèrement érignée en avant. — G’, centre phrénique de ce dernier muscle. — H, coupe des intercostaux. — I, masse sacro-lombaire. — K, muscle grand dorsal. — JV1, muscle grand pectoral. — L, N, muscles grand dentelé et grand oblique.
1, grosse tubérosité de l’estomac. — 2, rate. — 3, capsule surrénale gauche. — 4, paquet graisseux dépendant de l’épiploon gastro-colique. — 5, lobe gauche du foie. — 6, son lobe droit. — !,■ coupe des deux feuillets du ligament suspenseur. — 8, feuillet supérieur du ligament coronaire. — 9, feuillet antérieur du même ligament. — 10, ligament triangulaire gauche. — 11, limites du ligament triangulaire droit, situé sur un plan inférieur à la coupe. — 12, partie du bord postérieur du foie, directement en rapport avec le diaphragme. — 13, péritoine pariétal. — 14, veine cave inférieure (on voit, dans la profondeur, l’embouchure des deux veines sus-hépatiques). — 15, œsophage. — 16, canal thoracique. — 17, aorte.
dans une étendue de 3 ou 4 centimètres, par les veines sus-hépatiques (voy. plus loin); 2° par la veine ombilicale et le cordon fibreux qui la remplace chez l’adulte, cordon fibreux qui, se rendant de l’ombilic à la veine cave inférieure, passe audessous du foie et forme, pour ainsi dire, une espèce de corde tendue, le ligament rond du foie , sur laquelle repose ce dernier organe ; 3° par un certain nombre de replis du péritoine, qui, partant de sa surface extérieure, vont s’attacher d’autre
APPAREIL DE LA DIGESTION
part sur divers points de la paroi abdominale. Ces replis, que nous désignerons sous le nom collectif de ligaments du foie , seront décrits plus tard à propos du péritoine hépatique (p. 309).
Il convient de leur adjoindre, dans leur rôle d’appareils fixateurs du foie, un autre repli du péritoine, Y épiploon gastro-hépatique , qui relie la face intérieure du foie, d’une part à la portion tout inférieure de l’œsophage, d’autre part à la petite courbure de l’estomac et à la première portion du duodénum.
Malgré la multiplicité des dispositions anatomiques qui semblent avoir pour rôle de maintenir le foie dans la situation qu’il occupe, cet organe n’est pas absolument fixe. C’est ainsi qu’il s’abaisse à chaque inspiration pour reprendre, à l’expiration suivante, sa position première. De même, à l’état pathologique, nous voyons les épanchements pleurétiques droits le repousser en bas et, vice versa, les tumeurs et les épanchements abdominaux le refouler en haut du côté du thorax. Mais ce ne sont là, il faut en convenir, que de simples mouvements sur place ; ce ne sont pas des déplacements proprement dits.
3° Volume et poids. — Le foie est de beaucoup le plus volumineux et le plus pesant de tous les viscères. Mais il est aussi l’un de ceux qui présentent dans leur développement les variations individuelles les plus étendues.
Tous les anatomistes insistent avec raison sur les dimensions considérables que présente cet organe dans les premiers stades de son évolution ontogénique. Chez l’embryon de trois mois (fig. 281), il descend bien au-dessous de l'ombilic et, chez l’embryon de cinq ou six semaines, il occupe à lui tout seul la plus grande partie de la cavité abdominale. Les recherches déjà anciennes de Huschke et de Meckel nous apprennent à cet égard que le poids du foie est à celui du corps (poids relatif) :
Chez un embryon de 1 mois, comme le chiffre 1 est au chiffre 1
Chez un lœtus de 8 — — 1 -- 18
Chez l’adulte — 1 — 33
Le volume du foie, comparé à celui du corps, se réduit donc de plus en plus au fur et à mesure que le sujet grandit. Est-ce à dire, qu’au lieu de s’accroître, cet organe subit une atrophie graduelle et continue? Bien certainement non : le foie, semblable en cela aux autres viscères, s’accroît constamment depuis la période embryonnaire jusqu’à l’époque où il a atteint son complet développement; mais, comme le corps se développe lui aussi et cela dans des proportions beaucoup plus considérables, il en résulte que, bien que son poids absolu s’élève graduellement, son poids relatif , je veux dire son poids comparé à% celui du corps tout entier, diminue peu à peu.
Arrivé au terme de son complet développement, le foie pèse de 1 450 à 1 500 grammes. Son diamètre transversal (longueur) mesure de 24 à 28 centimètres; son diamètre antéro-postérieur (largeur), de 18 à 20 ; son diamètre vertical (hauteur ou épaisseur), de 6 à 8 centimètres. Ce ne sont là, bien entendu, que des moyennes qui se trouveront en défaut pour bien des sujets. L’observation nous démontre, en effet, qu’en dehors de toute influence pathologique, le foie le plus petit n’est que la moitié du foie le plus volumineux. Cruveilhier a même écrit qu’il n’en était que le tiers ; mais cette dernière appréciation me paraît peu fondée. J’ai remarqué que chez la femme, qui a l’habitude du corset, le diamètre transversal du foie diminue, tandis que son diamètre antéro-postérieur augmente. Chez elle, la
FOIE
largeur se rapproche beaucoup de la longueur ou même la dépasse. Du reste, chez la femme, le foie est un peu moins développé que chez l’homme : la différence oscille, d’ordinaire, entre 60 et 80 grammes.
On a considéré longtemps le tempérament bilieux et hypochondriaque comme lié, chez les sujets qui le présentent, à un foie volumineux. L’observation anatomique n’est nullement favorable à une semblable théorie, aujourd’hui surannée.
Parmi les conditions physiologiques qui influent directement sur le développement du foie, nous devons signaler en première ligne, l’état de sa circulation. Le foie, en effet, étant un organe très vasculaire, son tissu étant sillonné dans tous les sens par des canaux artériels et veineux d’un diamètre considérable, on conçoit sans peine que son volume sera modifié suivant que ces canaux seront eux-mêmes plus ou moins distendus par le sang. Chacun sait que lorsqu’on pousse une injection dans la veine porte, sous une certaine pression et d’une façon continue, on voit le foie se gonfler graduellement au fur et à mesure que pénètre l’injection et acquérir ainsi un volume bien supérieur à celui qu’il présentait au début de l’expérience. Mais le fait suivant démontre d’une façon plus nette encore cette influence de la circulation sur les dimensions du foie : si, sur un animal vivant dont on a ouvert la cavité abdominale, on comprime la veine porte avec le doigt, on voit immédiatement le foie diminuer peu à peu de volume et comme se flétrir ; puis, si on cesse brusquement la compression, la circulation un instant r , . .
interrompue se rétablit, le sang remplit de nouveau les rami- bryon de trois mois fications intra-hépatiques de la veine porte et, du même et demi, coup, l’organe revient à ses dimensions primitives. Sappey
estime à 450 grammes la quantité de sang que renferment, chez l’homme, les vaisseaux du foie. Le poids physiologique du foie (on entend parce mot le poids que présente l’organe sur le vivant) est donc représenté par le poids cadavérique augmenté de 400 à 450 grammes.
Cette influence qu’a sur le volume du foie l’état de réplétion variable de ses vaisseaux nous explique nettement ce double fait, à savoir : 1° que le foie est plus volumineux et comme turgescent dans toutes les affections cardiaques et pulmonaires, qui favorisent la stase veineuse dans le territoire de la veine cave inférieure; 2° qu’il est, au contraire, relativement petit et comme affaissé dans les conditions inverses, lorsque, par exemple, la veine porte se trouve comprimée au niveau du hile du foie, ou bien encore lorsque le sujet a succombé à une hémorrhagie abondante, qui laisse les viscères plus ou moins exsangues. Elle nous explique encore, par un mécanisme identique, comment il se fait que, sur le vivant, le diamètre vertical du foie diminue dans les grandes aspirations, qui favorisent le dégorgement des veines sus-hépatiques, tandis qu’il augmente quand on arrête la respiration et qu’on apporte ainsi une gêne à la circulation veineuse hépatocardiaque.
L’expérience d’une part, l’observation anatomo-clinique de l’autre, nous apprennent que le volume du foie augmente au moment de la digestion et diminue au contraire à la suite d’une abstinence plus ou moins prolongée : c’est ainsi que
APPAREIL DE LA DIGESTION
Frerichs, sur des lapins soumis au jeûne, a vu le poids relatif de l’organe descendre de à -j- .
Le volume du foie augmente encore pendant la grossesse, probablement à cause de la plus grande quantité de sang qui circule, à ce moment, dans ses réseaux vasculaires.
Le foie, analogue en cela à la plupart des viscères, s’atrophie chez les vieillards : chez les sujets de 70 à 80 ans, il n’est pas rare de rencontrer des foies de 1 000 grammes, de 800 grammes et même moins. Cette réduction sénile paraît être plus marquée chez la femme que chez l’homme.
4° Densité. — La densité ou poids spécifique du foie est, d’après Krause, de 1,0625 à 1,0853. Sappey estime que ces chiffres sont trop élevés : pour lui, cette densité serait de 1,0467.
5° Couleur. — Le foie a une coloration d’un rouge brun. Toutefois, cette coloration n’est pas entièrement uniforme. Vu de près, le viscère revêt comme un aspect granité et chaque grain, qui représente ce que nous appellerons plus tard un lobule, présente une double nuance, l’une occupant sa partie centrale, l’autre répondant à sa partie périphérique. Tantôt, c’est la partie centrale qui est la plus foncée; tantôt, au contraire, c’esl la partie périphérique.
Cette inégalité de coloration des différentes parties du lobule hépatique s’explique par une réplétion inégale de ses vaisseaux centraux et de ses vaisseaux périphériques, la partie la plus foncée étant naturellement celle où le sang s’est accumulé en plus grande quantité.
6° Consistance. — Le foie a une consistance beaucoup plus grande que celle des autres glandes, la parotide et la glande mammaire par exemple : il ne se déprime pas sous le doigt, à moins qu’il ne soit atteint de dégénérescence graisseuse.
Malgré sa grande consistance, le foie est friable et se laisse déchirer ou écraser avec la plus grande facilité ; on sait combien sont fréquentes les déchirures de cet organe à la suite d’une chute d’un lieu élevé ou d’un choc violent porté dans la région de l’hypochondre droit.
Nous ajouterons que le foie, comme un organe malléable, se moule exactement dans l’espace qui lui est réservé et subit l’influence de toutes les pressions exercées à sa surface, quand ces pressions sont lentes et continues. On connaît les déformations, parfois si profondes, que lui imprime le corset et nous verrons tout à l’heure, en étudiant la configuration de cet organe, face inférieure refléter fidèlement, sous forme d 'empreintes, la forme des organes sur lesquels elle repose.
§ II. — Conformation extérieure et rapports
Comme nous le verrons plus tard (voy. Emrryologie), le foie a pour origine une double évagination de la paroi de l’intestin moyen. Chez de très jeunes embryons, il se compose encore de deux lobes, l’un droit, l’autre gauche, et, comme ces deux lobes sont à peu près égaux en volume, le foie est, à cette période de son évolution, un organe pair, médian, symétrique (fig. 281). Plus tard, au cours de l’ontogenèse, le lobe gauche se développant beaucoup moins que le droit, celui-ci prend une prééminence qui va en s’accentuant de plus en plus. En même temps, la limite respective des deux lobes abandonne la ligne médiane, pour se porter légèrement de gauche à droite. Ce double fait embryologique, inégalité de développement des
FOIE
deux lobes et déplacement à droite de leur limite respective, nous explique pourquoi la plus grande partie de la masse hépatique occupe la moitié droite de l’abdomen et, comme conséquence, pourquoi le foie de l’adulte, ^
contrairement à ce qu’on observe chez l’embryon, est un organe impair, latéral, non symétrique. Ainsi transformé, le foie de l’adulte revêt une forme fort irrégulière. Nous pouvons cependant le considérer comme un ovoïde, à grand axe transversal et à grosse extrémité dirigée à droite, dont on aurait retranché par une section oblique (fig. 282) sa portion inférieure gauche. Il nous présente à étudier, par conséquent : 1° deux faces, l’une antéro-supérieure; l’autre, postéro-inférieure; 2° deux bords, l’un antérieur, l’autre postérieur; 3° deux extrémités, l’une
droite, l’autre gauche.
Forme du foie : ovoïde dont on aurait retranché la partie ininférieure et gauche.
1° Face antéro-supérieure ou convexe. — La face antéro-supérieure ( face supérieure de quelques auteurs), convexe et lisse (fig. 282), est limitée en arrière et sur les côtés par le ligament coronaire et les deux ligaments triangulaires droit et gauche, qui, de cette face, se portent sur le diaphragme. Le ligament suspenseur, en s’attachant sur elle d’avant en arrière, la divise en deux parties inégales : une partie droite, beaucoup plus étendue et beaucoup plus convexe; une partie gauche, plus petite, moins bombée, presque plane, parfois même déprimée par le cœur dans les cas d’hypertrophie de cet organe. De ces deux parties , la première répond au lobe droit, la seconde représente le lobe gauche. La ligne d’insertion hépatique du ligament suspenseur devient ainsi la limite respective des deux lobes du foie.
Envisagée maintenant au point de vue de ses rapports, la face supérieure du foie répond dans la plus grande partie de son étendue à la coupole diaphragmatique, qui se moule exactement sur elle. Ce n’est qu’au niveau de l’épigastre que le foie, perdant tout contact avec le diaphragme, vient se mettre en rapport immédiat avec la paroi antérieure de l’abdomen (fig. 283). Ces rapports du foie avec la paroi abdominale antérieure sont restreints, chez l’adulte, à la région épigastrique : ils sont limités, en bas, par une ligne obliquement ascendante qui, partant du cartilage de la 9e ou de la 10e côte droite, remonte vers le cartilage de la 7e ou de la 8e côte gauche.
Par l’intermédiaire du diaphragme, la face convexe du foie est en rapport : 1° en
Rapports du foie et de l’estomac avec le rebord costal.
A, estomac (en rouge), B, foie (en bleu). — Cv, Cvi, C^n, Cvin, Cix, cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième côtes. — L2, deuxième vertèbre lombaire.
xx, ligne médiane. — 1, lobe droit.
— 2, lobe gauche. — a, b , limite respective des deux lobes.
APPAREIL DE LA DIGESTION
haut , avec la base du poumon droit, la face postérieure et la pointe du cœur, la base du poumon gauche ; rappelons, en passant, que le diaphragme est séparé des poumons par un double feuillet pleural et du cœur par le péricarde ; 2° en avant, avec les dernières côtes du côté droit et avec les sixième, septième et huitième côtes du côté gauche. On admet généralement qu’à l’état normal, le sujet étant couché et en expiration, le foie remonte en haut et à droite jusqu’à la cinquième côte, tandis qu’en bas, il atteint le rebord des fausses côtes, mais sans le dépasser. Au moment de l’inspiration, ces rapports se modifient par cette double raison que la contraction du diaphragme, d’une part élève les côtes, d’autre part abaisse le foie. Celui-ci descend alors au-dessous des fausses côtes d’une quantité qui, variant naturellement avec l’amplitude même de l’inspiration, est légère dans les inspirations faibles, plus considérable dans les inspirations fortes, plus considérable encore dans les inspirations forcées.
2° Face postéro-inférieure ou concave. — La face postéro-inférieure du foie ( face inférieure de quelques auteurs) regarde obliquement en bas, en arrière et à gauche. Elle diffère de la précédente (fig. 284) en ce qu’elle est concave et surtout beaucoup plus accidentée. Nous y rencontrons, tout d’abord, deux sillons toujours très marqués, qui vont du bord antérieur du foie à son bord postérieur et qui, par conséquent, parcourent cette face dans toute son étendue : l’un d’eux, celui qui est à gauche, a reçu le nom (nous verrons tout à l’heure pourquoi) de sillon de la veine ombilicale et du canal veineux ; l’autre est le sillon de la vésicule biliaire et de la veine cave. Ces deux sillons divisent la face inférieure du foie en trois zones : une zone moyenne, une zone latérale droite et une zone latérale gauche.
A. Zone moyenne. — La zone moyenne, la plus importante des trois, est exactement comprise entre les deux sillons antéro-postérieurs que nous venons de signaler et que nous allons tout d’abord décrire :
a. Sillon de la veine ombilicale et du canal veineux. — Le sillon de la veine ombilicale et du canal veineux, encore appelé sillon longitudinal du foie (fig. 284,5), répond assez exactement à la ligne d’insertion hépatique du ligament suspenseur, et, comme elle, sert de limite respective aux deux lobes du foie.
a) Sa moitié antérieure loge la veine ombilicale chez le fœtus et, chez l’adulte, le cordon fibreux qui remplace cette veine. Habituellement, on voit une languette de tissu hépatique passer à la manière d’un pont d’un de ses bords à l’autre et transformer ainsi, à son niveau, la gouttière en un canal complet. Cette languette (fi) varie beaucoup dans ses dimensions suivant les sujets : elle peut être très étendue ou même double ; dans d’autres cas, elle est très petite ou même remplacée par une simple membrane fibreuse.
£) Sa moitié postérieure , un peu plus profonde que l’antérieure, livre passage, chez le fœtus, au canal veineux ou canal d’Arantius, qui s’étend de la branche gauche de la veine porte à la veine cave inférieure. Ce canal, sur lequel nous aurons à revenir plus loin, s’oblitère après la naissance comme la veine ombilicale : chez l’adulte, on ne trouve plus à son lieu et place qu’un simple cordon fibreux (fig. 284,8).
b. Sillon de la vésicule biliaire et de la veine cave. — Le sillon de la vésicule biliaire et de la veine cave est situé à 6 ou 7 centimètres à droite du précédent. Il lui est d’abord parallèle ; puis, il s’en rapproche légèrement au voisinage du bord postérieur du foie. Comme lui, il se divise en deux parties : 1° une partie antérieure, gouttière large mais peu profonde (fossette cystique), de forme ovoïde, dans laquelle se trouve couchée la vésicule biliaire (11): 2° une partie postérieure, beaucoup
FOIE
plus profondément excavée, dans laquelle se loge la veine cave inférieure (16).
c. Sillon transverse. — Les deux sillons que nous venons de décrire sont reliés l’un à l’autre par un troisième sillon, celui-ci dirigé transversalement de gauche à droite : c’est le sillon transverse ou hile du foie (9). Les trois sillons réunis rappellent assez bien, comme on le voit, les trois divisions d’un H majuscule.
Le sillon transverse est un peu plus rapproché du bord postérieur du foie que de son bord antérieur. Il représente une excavation large et profonde, mesurante à