ARTICLE III UTÉRUS
L’utérus, vulgairement appelé matrice (allem. Gebcirmulter , angl. Utérus), est un organe creux, à parois épaisses et contractiles, destiné à servir de réceptacle à l’ovule après la fécondation. 11 reçoit ce dernier au sortir de la trompe, le retient dans sa cavité pendant toute la durée de son évolution et, quand il est arrivé à sa maturité, contribue par ses contractions à l’expulser au dehors. L’utérus devient ainsi l’organe de la gestation et de la parturition. On le rencontre chez tous les animaux, dont les œufs ne portent pas en eux-mêmes les matériaux nutritifs nécessaires au développement de l’embryon et du fœtus : il fait défaut, par conséquent, chez les oiseaux, les reptiles, les batraciens et les poissons; mais son existence
UTERUS
est constante dans toute la série des mammifères depuis les monotrèmes jusqu’aux primates.
§ I . — Considérations générales
F 1° Situation. — L’utérus (fig. 684, 3 et 694, 16) occupe la partie moyenne de l’excavation pelvienne, autrement dit, l’espace compris entre le réservoir urinaire et le)'segment terminal du tube digestif. 11 est situé en dedans des trompes de Fallope, auxquelles il fait suite, au-dessus du vagin qui le continue, au-dessous du paquet intestinal qui roule non seulement sur son fond, mais sur la plus grande partie de sa surface extérieure.
2° Forme générale et division. — La forme de l’utérus est celle d’un cône aplati d’avant en arrière, dont la base regarde en haut et dont le sommet, fortement tronqué, s’engage plus ou moins dans l’orifice supérieur du vagin (fig. 697). Un rétrécissement circulaire , situé un peu au-dessous Pig 6g4.
de sa partie moyenne, a permis aux anatomistes, comme aussi aux chirurgiens et aux accoucheurs, de diviser l’organe en deux parties : une partie supérieure ou corps, qui, seule, répond à l’aspect conoïde indiqué ci-dessus; une par-
Les viscères infra-pelviens de la femme, vus d’en haut par le détroit supérieur.
(Du côté gauche, l'ovaire et la trompe ont été érignés en haut vers la fosse iliaque).
1, vessie. — 2, fossettes paravésicales. — 3, utérus. — 4, ligament large. — 5. ligament rond, s’engageant dans le canal inguinal et se bifurquant pour venir s’attacher au pubis par ses faisceaux internes (5’), sur le pénil et la grande lèvre par ses faisceaux externes (5”). — 6, trompe droite en place, plongeant en arrière dans la fossette ovarique. — 7, ovaire gauche. — 8, portion terminale du côlon ilio-pelvien, se continuant en bas avec le rectum. — 9, ligaments uléro-sacrés. — 10, vaisseaux utéro-ovariens. — il, aorte. — 12, veine cave inférieure. — 13, vaisseaux iliaques primitifs. — 14, vaisseaux iliaques externes. — 15, vaisseaux iliaques internes. — 16, uretère. — 17, péritoine. — 18, cul-de-sac vésico-utérin {cavum préutérin). — 19, cul-de-sac recto-vaginal ou cul de-sac de Doublas cavum rétroutérin). — 20, paroi abdominale. — 20’, petit oblique. — 21, quatrième vertèbre lombaire. — 22, pubis. — 23, psoas. — 24, carré des lombes. — 25, tissu celluloadipeux sous-péritonéal, compris dans l’angle que forment le psoas et le muscle iliaque. — 26, masse sacro-lombaire.
tie inférieure ou col , différant de la précédente en ce qu’elle est plus courte, moins large et à peu près cylindrique. La ligne de démarcation entre le corps et le col a reçu le nom d'isthme
de V utérus. Assez prononcé chez l’enfant, l’isthme s’atténue à la puberté et s’efface plus ou moins chez la femme qui a eu plusieurs grossesses.
3° Nombre. — L’utérus, dans l’espèce humaine comme chez tous les primates, est un organe unique, médian, symétrique. Dans certains cas, on l’a vu, frappé d’atrophie, se réduire à des proportions minuscules ou même faire entièrement défaut : toutefois, les faits d’absence totale de l’utérus sont excessivement rares et, parmi ces faits, il n’en est peut-être aucun, comme le fait remarquer Sappey, qui soit exposé en termes assez explicites pour lever tous les doutes. Par contre, la littérature anatomique renferme un certain nombre de cas bien constatés d’utérus double.
Cette duplicité de l'utérus est plus apparente que réelle, et l’anomalie à laquelle on a donné ce nom résulte bien plutôt d’un arrêt de développement que de l'apparition d’une formation surnuméraire. — Le conduit utéro-vaginal, en effet, comme nous le verrons plus tard en Embryologie, est primitivement constitué par deux conduits latéraux, tous les deux de même valeur; et, comme ces conduits sont à leur origine complètement indépendants, il existe alors deux vagins et deux utérus. — Bientôt, ces deux conduits s’adossent et se confondent sur la ligne médiane :
aux deux organes pairs de tout à l’heure, a succédé un organe unique, impair et médian. Toutefois, si les deux conduits sont confondus extérieurement, leurs deux cavités persistent encore, séparées l’une de l’autre par une cloison médiane et antéro-postérieure, qui répond au plan de soudure des deux tubes primitifs : l’organe est unique , mais cloisonné. — Plus tard, cette cloison disparaît peu à peu par résorption et, à leur tour, les deux cavités tubuleuses qu’elle séparait l’une de l’autre se fusionnent en une cavité unique, cavité impaire et médiane comme l’organe au sein duquel elle se trouve creusée. Or, comme cette résorption de la cloison médiane se fait de bas en haut, de la vulve vers le fond de l'utérus, nous avons successivement les trois dispositions suivantes : 1° vagin cloisonné et utérus cloisonné ; 2° vagin simple et utérus cloisonné ; 3° vagin simple et utérus simple, type de l’adulte.
Mais, ce processus formateur peut, dans certaines conditions que nous n’avons pas à examiner ici, s’arrêter à l’un quelconque de ses divers stades et créer ainsi des malformations qui, morphologiquement, varieront suivant le stade où survient l’arrêt du développement. — S’il survient tout à fait au début, on observera deux vagins et deux utérus. — Si l’évolution s’arrête plus tard, on aura, suivant les cas, les types suivants : 1°. vagin cloisonné avec double utérus ; 2° vagin cloisonné avec utérus également cloisonné; 3° vagin unique avec utérus cloisonné. — Enfin, dans certains cas, les deux utérus primitifs, tout en étant confondus inférieurement, restent indépendants par leur extrémité supérieure : c’est à l’utérus ainsi conformé qu’on donne le nom d 'utérus bifide ou d'utérus bicorne.
Toutes ces anomalies, on le voit, ne sont que des formes embryonnaires qui ont persisté. J’ajoute que chacune d’elles est la reproduction d’un type qui est constant dans la série des mammifères. C’est ainsi que nous rencontrons un double vagin et un utérus également double chez les marsupiaux et les monotrèmes ; un seul vagin et un utérus double, chez le lapin, le lièvre, l’écureuil, etc. ; un seul vagin et un utérus profondément bicorne chez le cobaye, chez le rat, etc. ; un seul vagin et un utérus légèrement bicorne chez les solipèdes, les ruminants, les carnassiers ; un seul vagin et un utérus à peine bicorne chez les chéiroptères et quelques singes inférieurs. Chez les primates, l’utérus est toujours simple comme le vagin et présente à peu de chose près la même configuration générale que chez l’homme.
4° Dimensions extérieures. — Les dimensions extérieures de l’utérus (nous étu-
Fi;x. 685.
Utérus et vagin doubles, femme de quarante-deux ans ayant eu cinq grossesses (d’après Ollivier).
a, cavité droite. — 6, cavité gauche. — c, ovaire droit. — d, ligament rond du côté droit. — e, ligament rond du côté gauche. — f, trompe gauche. — g, col gauche. — h, col droit. — i, vagin droit. — vagin gauche. — k, cloison médiane séparant les deux vagins.
UTÉRUS
dierons les dimensions de sa cavité à propos de la configuration intérieure de l organe, p. 743) diffèrent sensiblement suivant que la femme a eu ou n’a pas eu de grossesse.
Des mensurations comparatives fort nombreuses ont été faites à ce sujet sur des utérus nullipares et multipares. Nous consignons les principales dans le
tableau suivant
HUSCHIiE