MAMELLES
Les mamelles (allem. Milchdrüse, angl. Mammary glands ), que l’on désigne encore sous le nom de seins, sont des organes glanduleux destinés à sécréter le lait. Ce sont elles qui, pendant toute la période que dure l’allaitement, assurent l’alimentation du nouveau-né et nous pouvons, à ce titre, les considérer comme de véritables annexes de l'appareil de la génération. Elles font défaut chez les ovipares ; mais on les rencontre invariablement chez tous les vivipares, c’est-àdire chez tous les animaux dont les petits, en naissant, non seulement sont incapables de se procurer eux-mêmes leur nourriture, mais encore ne sauraient se contenter des substances qui forment la base de l’alimentation de l’adulte et ont réellement besoin d’un liquide nourricier spécial, élaboré et apporté dans leur tube digestif par les générateurs.
L’existence des mamelles constitue, en zoologie, un caractère sériaire d’une importance considérable : leur présence, on le sait, caractérise tous les animaux qui forment la première classe des vertébrés, les mammifères.
Les mamelles existent à la fois chez l’homme et chez la femme, mais avec des dimensions et une signification morphologique bien différentes. Nous les étudierons séparément dans l’un et l’autre sexes.
ARTICLE 1
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
La femme, comme nous l’avons vu plus haut, retient dans son utérus l’ovule fécondé et lui fournit, pendant toute la durée de la gestation, les matériaux nécessaires à son développement. C’est encore à la femme, et à la femme seule, qu’incombe le soin d’alimenter le nouveau-né. Aussi l’appareil mammaire, en raison même de la fonction bien définie et essentiellement active qui lui est dévolue, arrive-t-il chez elle à un état de développement parfait, bien différent de celui de l’homme qui, comme nous le verrons plus loin, n’existe qu’à l’état rudimentaire.
§ I .— Considérations générales
1° Situation. — Les mamelles sont situées, chez la femme, sur la partie antérieure et supérieure de la poitrine, à droite et à gauche du sternum, en avant des muscles grand et petit pectoral, dans l’intervalle compris entre la troisième et la septième côte. Placées à la hauteur des bras, elles sont admirablement disposées pour que l’enfant, porté par sa mère, puisse facilement prendre le mamelon.
2° Nombre. — Le nombre des mamelles varie beaucoup suivant les espèces et il est à remarquer qu'il y a presque toujours une concordance entre ce nombre et celui des petits faits à chaque portée : on admet généralement qu’il existe autant de paires de mamelles que de petits, mais ce n’est pas là une règle absolue. Chez certains animaux de l’ordre des marsupiaux ou des rongeurs, on rencontre jusqu’à six ou sept paires de mamelles. On en compte cinq paires chez le chat, trois paires chez le blaireau et l’ours, deux paires seulement chez le lion et la loutre. Chez les singes, notamment chez les singes anthropoïdes, il n’en existe qu’une seule paire. L’homme ne nous présente également que deux mamelles symétriquement placées, l’une sur le côté droit, l’autre sur le côté gauche.
Variations numériques des mamelles. — Les variations numériques des mamelles comportent deux ordres de faits : réduction du nombre des mamelles existant normalement ; augmentation de ce même nombre.
a. Réduction du nombre des mamelles : amastie et athélie. — La réduction du nombre de mamelles existant normalement constitue Y amastie (de à privatif et pasTOc;, mamelle). Elle peut être unilatérale ou bilatérale. — L’absence des deux mamelles est un fait tout à fait exceptionnel dans l’espèce humaine : elle coïncide ordinairement avec des monstruosités incompatibles avec la vie. L’absence unilatérale est relativement peu fréquente : Puech, dans sa thèse ( Les anomalies de la mamelle , Paris, 1876), en a rapporté dix cas observés sur des femmes d’ailleurs bien conformées. D'un autre côté, l’amastie est totale ou partielle : totale, quand la glande et le mamelon font simultanément défaut ; partielle, quand, de ces deux parties de la mamelle, l’une seule est
Fig. 765.
Schéma de Williams montrant quelle est la situation des mamelles surnuméraires par rapport à la mamelle normale.
I, II. III, IV, V, VI, VII, première, deuxième, troisième, quatrième cinquième, sixième et septième paires /le mamelles. — La quatrième paire (IV) représente les mamelles normales. — Les trois premières paires (I, II, III) répondent aux mamelles surnuméraires supérieures.— Les trois dernières paires (V, VI, VII), aux mamelles surnuméraires inférieures.
absente. — L'absence seule du mamelon, je veux dire l'absence du mamelon avec persistance de la glande, constitue l’a thélie (de a privatif et Ôtjàt', mamelon). Dans les cas d’athélie, les conduits galactophores viennent s’ouvrir au centre de l’aréole, le plus souvent au fond d’une petite cavité plus ou moins accusée.
b. Augmentation du nombre des mamelles : hypermaslie et hyperthélie. — L’augmentation numérique des mamelles constitue Y hypermastie (de u itép, au-dessus et garco;, mamelle) ou polymastie (do tco/ uç, beaucoup et gaaxoç, mamelle). Cette augmentation est relativement fréquente, tant chez l’homme que chez la femme. Ici encore elle peut porter sur le mamelon seul ou sur la glande tout entière : l’anomalie, dans le premier cas est appelée hyperthélie ou polythélie (de ousp au-dessus, itoÀoç, beaucoup et 6rjAr) mamelon). C’est pour les cas ou la formation surnuméraire possède à la fois une glande et un mamelon, qu'on réserve les termes précités d 'hypermastie et de polymastie.
Dans la polythélie, le ou les mamelons surnuméraires donnent du lait comnfe le mamelon principal. Tantôt, ils sont situés sur l’aréole même, à côté du mamelon principal [polythélie sus-aréolaire) ; tantôt, ils se développent en dehors de l’aréole, entre celle-ci et la circonférence de la glande ( polythélie exo-aréolaife ou susmammaire)..
L’ hypermastie, encore appelée multimammie. est caractérisée, comme son nom l’indique, par l’apparition d'une ou plusieurs mamelles surnuméraires. Ces ma-
melles surajoutées sont toujours très variables dans leur développement : rudimentaires dans certains cas, elles atteignent dans d’autres des dimensions relativement considérables. Le plus souvent, pendant la période de lactation, elles augmentent de volume et sécrètent du lait comme les mamelles principales.
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
C. Situation des mamelles surnuméraires : schéma de Williams. — Un des traits caractéristiques des mamelles surnuméraires, c'est qu’elles se développent, non pas dans des régions quelconques, mais sur des points qui, chez les animaux, présentent des mamelles normales : la polymastie, chez la femme, devient ainsi la reproduction d'un type qui est constant dans la série zoologique et, de ce fait, acquiert toute la signification des anomalies dites réversives. A cet effet, et pour indiquer les différents sièges des mamelles surnuméraire s, Williams a créé un sujet hypothétique (fïg. 765) qui posséderait sept paires de mamelles. Ces mamelles, toutes théoriques à l’exception de deux, occupent les points suivants, en allant de haut en bas :
1° La première paire Dans le creux de faisselle;
2° La deuxième paire Sur le bord antérieur de l’aisselle ;
3° La troisième paire Immédiatement au-dessus et un peu en dehors des mamelles normales ;
4° La quatrième paire Sur le grand pectoral (ce sont les mamelles normales) ;
5° La cinquième paire Au-dessous et un peu en dedans des mamelles normales ;
6° La sixième paire Sur le thorax, entre les points précédents et l’ombilic;
7° La septième paire Sur la paroi addominale.
Il existe donc, quant au siège, six paires de mamelles surnuméraires, dont trois se développent au-dessus des mamelles normales et trois au-dessous. La littérature anatomique renferme aujourd’hui un nombre considérable de faits qui se rapportent à l’une ou à l’autre des six paires sus-indiquées. — Les mamelles axillaires ou préaxillaires ont été observées par Lf.ichtenstern, Quinquaud, Hausemann, d’Outrepont, Perreymond et moi-même. — Les mamelles surnuméraires qui répondent par leur situation à la cinquième paire de Williams, sont de beaucoup les plus fréquentes : j’en ai publié un fait (fïg. 766), dans le Bull, de la Soc. d’ Anthropologie de Paris, de 1883. — Hamy et Sinéty ont observé chacun un cas de mamelles surnuméraires se rapportant à la sixième paire de Williams. — Quant aux mamelles abdominales, elles sont relativement très rares. Tarnier en a signalé un cas des plus remarquables ; il s’agit d'une femme qui portait à la partie supérieure de l’abdomen^ à peu près sur le trajet d’une verticale passant par les seins normaux, deux mamelles parfaitement développées. Bruce et deMortillet ont observé des faits analogues chez l’homme.
Les limites assignées par le schéma de Williams aux mamelles surnuméraires sont de beaucoup trop étroites.
On peut, en effet, rencontrer ces formalions anormales, d’une part, au-dessus de la première paire, d’autre part au-dessous de la septième. — Parmi les faits appartenant au premier groupe, nous signalerons les deux observations de Klob et de Puech, relatives à des mamelles surnuméraires situées sur l’épaule. Nous signalerons aussi, quoiqu’un peu anciens peut-être, les deux cas de mamelles dorsales observées par Paulinus et par Salewsky. —
Au deuxième groupe (mamelles situées au-dessous de la septième paire hypothétique de Williams) appartient le fait de Robert, relatif à une femme qui présentait une mamelle sur la face externe de la cuisse, un peu au-dessous du grand trochanter. J'ai observé moi-même, en 1885, chez une femme d’une quarantaine d’années, une petite mamelle surnuméraire (fïg. 767, 3), située sur la faceantérointerne de la cuisse droite, à 65 millimètres au-dessous du pli de l’aine, sur le trajet d’une verticale passant par l’épine du pubis : elle était surmontée d’un gros mamelon et augmentait de volume à chaque période menstruelle. Plus récemment, Steinhorn a observé un fait analogue chez un homme de quarante-sept ans. De son côté, Romiti a rencontré chez un homme une mamelle surnuméraire située dans le triangle du Scarpa, et. dans un mémoire tout récent, Cutore (1903) décrit une autre mamelle crurale occupant le tiers inférieur de la cuisse droite. A ces cinq faits de mamelles crurales, il convient d’ajouter le fait, jusqu’ici unique, signalé par Hartung, d’une masse glandulaire de la grosseur d'un œuf d’oie située dans l’épaisseur de la grande lèvre gauche : elle possédait un mamelon rudimentaire et, d’ailleurs, l’examen microscopique révéla, dans la glande précitée, la même structure que dans la mamelle normale.
Toutes les variétés de mamelles surnuméraires que nous venons de signaler sont relatives à des formations latérales, je veux dire à des formations siluées à gauche ou à droite de la ligne médiane. Des mamelles surnuméraires développées exactement sur la ligne médiane ont été observées, chez la femme, par Gorre et par Percy. Bartels en a signalé un cas chez l’homme.
d. L’ hypermaslie dans ses rapports avec V anatomie comparée. — Nous avons dit plus haut que les mamelles surnuméraires, chez la femme, se montraient sur des points où, chez les animaux, se développent les mamelles normales. Ceci est manifeste pour celles des mamelles surnuméraires
Fig. 766.
Mamelle surnuméraire, située au-dessous du'sein droit (jeune femme de vingt-quatre ans).
APPAREIL URO GENITAL
qui répondent aux six paires hypothétiques de Williams. Il suffît, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur certaines espèces de l’ordre des insectivores, qui présentent deux rangées de mamelles allant de la région de l’aisselle à la région inguinale. Mais la formule précitée est encore applicable aux formations plus rares qui se développent au-dessus et au-dessous des paires de Williams. C'est ainsi que nous rencontrons des mamelles dorsales chez quelques rongeurs, notamment chez le Capromys Fournieri , chez le Myopotamus coypus. chez le Lcigostomus Lrichodactylus. Les mamelles scapulaires existent normalement chez Y Iiapalemur griseus (Beddaiid).
Nous rencontrons des mamelles crurales chez le Capromys Fournieri. La mamelle vulvaire d’HARTUNG peut être considérée comme l'homologue des mamelles, semblablement placées, que
l’on rencontre chez beaucoup de cétacés.
Enfin, il n'est pas jusqu’aux mamelles médianes qui n’aient leurs formations correspondantes dans la série animale : on observe, en effet, des mamelles médianes chez quelques didelphiens, notamment chez le Didelphys virginiana (opossum de Virginie).
e. Nombre et fréquence. — Envisagées au point de vue de leur nombre, les mamelles surnuméraires se réduisent le plus souvent à une seule glande, quelquefois à deux, beaucoup plus rarement à trois.
Mais on peut en observer un plus grand nombre et nous rappellerons, à ce sujet, le cas remarquable de Neugebauer qui, sur le même sujet, a rencontré jusqu'à huit mamelles surnuméraires, dont six audessus des mamelles normales et deux audessous. Toutes ces mamelles, y compris les normales, fournissaient du lait.
D'après Leichtenstern, il y aurait un cas de polymastie sur 500 sujets et, d’autre part, l’anomalie serait aussi fréquente chez l’homme que chez la femme. Iwaï nous donne des chiffres différents : d’après sa statistique, la proportion des cas de polymastie serait de 1,47 p. 100 chez l’homme, de 4,71 p. 100 chez la femme.
Le mode de fréquence des différentes variétés topographiques de la polymastie nous est indiqué par la statistique suivante que j’emprunte en grande partie aux mémoires de Leichtenstern et de Laloy. Sur 113 mamelles surnuméraires, 100 étaient placées sur le thorax, 5 dans l’aisselle, 2 dans le dos. 2 sur l’épaule, 2 sur la cuisse, 1 sur les grandes lèvres. Des 100 cas de mamelles thoraciques, 93 (la presque totalité par conséquent) étaient situées au-dessous des mamelles normales ; 2 se trouvaient à la hauteur des normales et 4 au-dessus ; enfin, dans un cas, celui de Neugebauer, les mamelles surnuméraires étaient placées, comme nous l'avons déjà vu. en partie au-dessus, en partie au-dessous.
Il existe très probablement une relation entre la polymastie'et les grossesses multiples. Sur 21 cas de grossesse double, triple, quadruple et quintuple observés par Iwai, il existait des mamelles surnuméraires sur 14, soit la proportion, vraiment énorme, de 66,60 p. 100.
f. Influence ethnique. — La polymastie n’a pas été observée seulement dans nos races européennes. Les mamelles surnuméraires ont été signalées encore dans de nombreuses races exotiques, notamment chez les Japonais (Kuroïwa, Sato, Iwai, Katayama, Otani), chez une négresse, une Malaise, une Mongole, une Hindoue, etc. Il est probable que cette anomalie existe dans toutes les races, et il me paraît même rationnel d’admettre que, comme les anomalies réversives, elle est plus fréquente dans les races inférieures que dans nos races civilisées. Mais sur ce dernier point, nous manquons encore d’observations suffisamment nombreuses pour asseoir une conclusion quelque peu précise.
g. Hérédité. — Enfin, des faits relativement nombreux tendent à démontrer que la polymastie, analogue en cela à un grand nombre d’anomalies, est héréditaire. Cette influence de l’hérédité se manifesterait environ dans 1/3 des cas, d’après les observations analysées par Leichtenstern. Four ne citer qu’un seul fait, nous rappellerons cette famille observée par Pétrequin, dans laquelle le père, ses trois fils et ses deux filles portaient chacun une mamelle thoracique surnuméraire. Iwaï, sur les 285 cas qu’il a publiés, en a trouvé 21 (soit 7,36, p. 100) chez lesquels la transmission héréditaire était manifeste. Otani rapporte un cas, observé à Nagasaki, dans lequel la polymastie s’est transmise durant quatre générations, de l’arrière-grand’mère à la grand’mère et de la mère à six enfants (trois garçons et trois filles).
h. Hypermastie normale chez l'embryon humain. — Schultze, en 1892, a décrit chez les
Fig. 767.
Un cas de mamelle surnuméraire située sur la face antéro-interne de la cuisse droite, chez une femme de quarante-cinq ans.
1, pli de l’aine. — 2, épine du pubis. - 3, mamelle surnuméraire.
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
Fig. 708.
Embryon humain de 30 à 35 jours, vu par la face latérale droite (d’après Kallius).
La tète de l’embryon, qui manquait sur le sujet examiné par Kallius, a été représentée sur la figure d’après les tableaux de His.
L tête. — 2, ébauche du membre supérieur. — 3, ébauche du membre inférieur. — 4, ligne mammaire : la f qui est placée à le partie supérieure de cette ligne indique le point où se développera la mamelle normale.
récentes da Schmidt et de Kallius (1896). Ce
embryons de certains mammifères, notamment chez le porc, le chien, le chat, le renard, etc., un soulèvement épithélial linéaire, allant obliquement de haut en bas et d'arrière en avant, depuis la racine, du membre supérieur jusqu’à la racine du membre inférieur. Il lui a donné le nom de ligne mammaire (Milchlinie, Milchleiste).
Le long de cette ligne, apparaissent ensuite des épaississements locaux, ovalaires ou fusiformes, unis les uns aux autres par des parties intermédiaires à la fois moins larges et moins saillantes.
Ces espèces de ponts intermédiaires, non seulement ne se développent pas. mais ils s’atténuent peu à peu et finissent par disparaître. Les parties renflées, au contraire, continuent à s’accroître, à la fois en dehors et en dedans, et deviennent plus tard, à la suite d’une série de transformations que nous n’avons pas à exposer ici (voy.
Embryologie), les mamelles de l’adulte; de là les noms divers d 'ébauches en fuseau (Rein), de points mammaires (Schultze), de monticules mammaires (Bonnet) sous lesquels les désignent les auteurs. Du reste, tous les renflements précités n’aboutissent pas nécessairement à une mamelle adulte : un certain nombre d’entre elles peuvent disparaître au cours du développement (Burckhard), fait important qui a pour conséquence une réduction dans le nombre des mamelles.
On pouvait penser a priori que l’embryon humain, comme l’embryon des animaux, possédait lui aussi sa ligne mammaire primitive. C’est ce que démontrent nettement les recherches dernier anatomiste, sur un embryon humain de trente-quatre jours environ, a constaté, sur le plan latéro-dorsal du tronc, tant à droite qu’à gauche, la présence d'une crête linéaire, longue de 15 à 20 millimètres, haute de 1/5 de millimètre, s’étendant sans interrupti n (fîg. 768,4) depuis l'ébauche du membre thoracique (futur creux axillaire) jusqu’à l’ébauche du membre abdominal (futur pli de l’aine). Cette ligne, du reste, d’abord peu élevée, atteignait son maximum de développement un peu au-dessous de son origine supérieure (point marqué par une + sur la fîg. 768) et, puis, allait en s’atténuant un peu jusqu’à son extrémité inférieure. 11 est à peine besoin de faire remarquer que le point où la crête est le plus élevé (-)- de la figure 768) est précisément celui où doit se développer ultérieurement la glande mammaire de l’adulte.
Les coupes transversales sériées de la crête en question établissent nettement que cette crête est le résultat d'une prolifération locale de l'ectoderme. Peu marquée à la partie supérieure (fig. 769, A) et à la partie inférieure (fig. 769, C) de la crête, cette prolifération ectodermique est, au contraire, très active au niveau du point où s’édifiera la glande mammaire normale. On voit nettement, à ce niveau,
(fîg. 769, B) l’épithélium ectodermique se pro- C
jeter à la fois en dehors pour former le marne- p.
Ion et en dedans pour former les lobes glan- „ . , '
dulaires. lrois coupes transversales de la ligne mammaire représentée
dans la précédente figure (d’après Kallius).
Tt à 1®,P^rtie.toute supérieure de la ligne mammaire ; le soulèvement ectodermique est à peine indiqué
^UP.?:i3?ssant. Par ) ébauché de la mamelle normale ; l’épaississement ectodermique (future mamelle) est bien accusé, et
on le voit se projeter à la fois en dehors et en dedans. — C, coupe passant au voisinage de l’extrémité inférieure de la liè-ne ^“a^f’Ai:e„paisslssement épidermique est encore très visibl^, £ais il est beaucoup mofns a“usé^ que dans les cou|es
situées au-dessus.
Le long de la ligne mammaire de l’embryon humain, Schmidt a constaté dans un grand nombre de cas, au-dessus et au-dessous de l’ébauche mammaire principale, une série d’accroissements épithéliaux, jusqu’à douze et quatorze du même côté, les uns coniques, les autres lenticulaires, qui ont exactement la même signification que les points mammaires décrits chez les animaux par Schultze : ce sont des ébauches de glandes mammaires, au même titre que l’ébauche principale. Toutes ces ébauches, d’ailleurs, étaient localisées dans la région thoracique. Ce n’est que dans un seul cas, chez un embryon de 35 millimètres, que Schmidt a trouvé, dans la région inguinale, deux épaississements ectodermiques semblables aux ébauches mammaires thoraciques.
Ces faits, on le conçoit, ont une importance considérable : ils nous fixent nettement sur la valeur des variations numériques de la mamelle chez l’homme, que ces variations portent sur une réduction ou sur une augmentation du chiffre normal. Dans l’immense majorité des cas, toutes les ébauches mammaires, sauf l’ébauche principale, disparaissent sans laisser de traces, et l'adulte ne nous présente alors que deux mamelles, l’une droite, l’autre gauche : tel est le type humain. Si, avec les ébauches surnuméraires, disparaît aussi l’ébauche principale (cas excessivement rare, comme nous l’avons vu plus haut), nous aurons Yamastie , amastie unilatérale ou bilatérale. Si, au contraire, une ou plusieurs de ces ébauchés, qui sont ordinairement éphémères, persistent et se développent en même temps que l’ébauche principale, nous aurons Yhypermastie laquelle, à son tour, pourra suivant les cas être unilatérale, bilatérale, constituée par un nombre plus ou moins considérable de mamelles surnuméraires.
Quoi qu’il en soit de ses variétés, l’hypermastie est une disposition normale chez l’embryon, et la réduction numérique des mamelles chez l'homme ne s’est pas effectuée seulement au cours de la phylogénie; elle s’effectue encore, comme nous venons de le voir, au cours du développement ontogénique. Nous pouvons donc, en manière de conclusion, considérer l’hypermastie chez l'homme comme une anomalie doublement réversive, reproduisant à la fois, chez l'adulte, une disposition qui est typique chez les animaux et constante chez l’embryon.
Voyez au sujet des mamelles surnuméraires chez la femme et chez l’homme, parmi les travaux récents : Blanchard, Sur un cas de polymastie et sur la signification des mamelles surnuméraires, Bull, de la Soc. d’Anthrop., 1385 ; — du même, Sur un cas remarquable de polythélie héréditaire , ibid., 1886; — Fauvelle, Origine de la polymastie. Bull, de la Soc. d’Anthrop., 1886 ; — Edwards, Philos, med. News, 1886; — Neugebauer, Centrabl . f. Gynâkol., 1886 ; — de Sinéty, Deux cas de polymastie chez la femme , Gaz. méd. de Paris, 1887 ; — Haussmann, Zeitschr. f. Ethnologie, 1890; — Hennig, Ueber menschl. Polymastie und iiber Utérus bicornis , Arch. f.
Anthrop., 1890 : — Evelt, Ein Fall von Polymastie, Arch. f. Anthr., 1891 ; — Testut, Note sur un cas de mamelle surnuméraire . Bull, de la Soc. d’Anthrop., 1883 ; — nu même. Note sur un cas de mamelle crurale observé chez la femme , Bull. Soc. d’Anthrop. de Paris, 1891 ; — Laloy, Un cas nouveau de polymastie, L’Anthropologie, 1892; — Stoyanov, La polymastie et la polythélie chez V homme , etc., L'Anthrop., 1899 : — Yoshinaga, Zur Hypermastie. Mitt. med. Ges. Tokio, 1899; — Steinborn, Ein Fall von Brustdrüse an Oberschenkel , Munch. méd. Woch., 1900 ; — Cutore, Caso rari&simo di mammella sopranumeraria nella donna in vicinanza del ginocchio destro, Monit. zool. ital., 1903; — Iwai, La polymastie au Japon. Arch. de Méd. expér. et d’Anat. pathol., 1904 ; — Blasio, Polimastia perivulvare, Arch. Psich., Neuropat. An trop ol. crim., 1905.
3° Forme — La mamelle revêt l’aspect d’une demi-sphère, reposant sur le thorax par sa face plane et présentant, sur le milieu de sa face convexe, une saillie en forme de papille, appelée mamelon.
Cette forme fondamentale nous offre de nombreuses variétés. Le diamètre antéropostérieur, tout d’abord, peut s’allonger ou se réduire : dans le premier cas, nous avons la mamelle conique et la mamelle piriforme ; dans le second cas, la mamelle aplatie ou discoïdale.
Chez certains sujets, principalement chez les femmas grasses et chez les multipares, la mamelle, au lieu de se terminer en pointe, conserve jusqu’à son extrémité libre un diamètre à peu près invariable : elle revêt alors une forme plus ou moins cylindrique . Quelquefois même, la mamelle présente son plus petit diamètre au niveau de sa base et, dans ce cas, se trouve rattachée à la poitrine par une sorte de pédicule : elle est dite pédiculèe.
4° Volume. — A la naissance, les mamelles ne mesurent que 8 à 10 millimètres de diamètre. Elles sont encore, comme on le voit, tout à fait rudimentaires et elles conservent ce caractère jusqu’à la puberté. A ce moment, elles présentent un accroissement brusque, comme les organes génitaux, et arrivent en très peu de
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
temps à leur état de développement parfait. Elles mesurent alors, en moyenne, 10 à 11 centimètres de hauteur, sur 12 ou 13 centimètres de largeur et 5 ou 6 centimètres d’épaisseur.
Sous l’influence de la grossesse, on le sait, les seins augmentent de volume. Ce gonflement qui se manifeste d’ordinaire peu de temps après la fécondation, disparaît souvent vers le quatrième ou cinquième mois, pour reparaître à la fin de la gestation (Tarnier). La mamelle augmente encore et surtout après l’accouchement, quand s’établit la sécrétion lactée et que le lait s’accumule dans les alvéoles et dans les canaux excréteurs : elle peut acquérir ainsi un volume double ou même triple de celui qu’elle avait avant la grossesse. Enfin, quand l’allaitement est terminé, la mamelle, ne sécrétant plus, revient à ses dimensions ordinaires. C’est pour elle la période de repos et elle restera comme endormie jusqu’au jour où surviendra une nouvelle grossesse, entraînant pour elle une nouvelle période de gonflement et de sécrétion.
Après la ménopause, la glande mammaire, devenue inutile, subit l’atrophie qui frappe à ce moment la plupart des organes génitaux. Celte atrophie s’accuse avec les progrès de l’âge et l’on sait les dimensions minuscules, que présente parfois la mamelle sénile.
Nous ne faisons que signaler ici les variations volumétriques que présente la mamelle au cours de son évolution fonctionnelle. Nous y reviendrons plus loin et nous verrons alors quelles sont les variations qui leur correspondent dans la structure intime de la glande.
Si maintenant nous comparons l’une à l’autre les deux mamelles, nous constatons qu’elles n’ont que très rarement des dimensions identiques : l’inégalité est pour ainsi dire la règle. La différence volumétrique que l’on observe entre les deux organes, différence qui est tantôt en faveur du droit, tantôt en faveur du gauche, est parfois considérable. Chacun sait qu’il existe des femmes qui ne nourrissent que d'un seul sein, l’autre ne produisant pas de lait ou n’en produisant que très peu.
Les mamelles présentent dans leurs dimensions des variations ethniques, certainement très étendues, mais encore mal étudiées. En général, elles sont plus volumineuses dans les climats chauds que dans les climats froids, plus volumineuses aussi dans les contrées marécageuses et dans les vallées que dans les pays secs et les pays montagneux (Huschke). Parmi les races que caractérise un développement remarquable des seins, nous signalerons certaines peuplades de l’Afrique méridionale. Les boschimanes notamment, quand elles allaitent, ont des mamelles pendantes, plus ou moins pédiculées, suffisamment longues pour leur permettre de les rejeter par-dessus les épaules et de les donner ainsi à leur nourrisson qu’elles portent sur le dos.
Le volume des mamelles nous présente encore de nombreuses variations individuelles, mais ces variations individuelles ne nous sont guère mieux connues que les variations ethniques. Il ressort, cependant, des quelques observations recueillies à ce sujet, que le développement des mamelles n’est en rapport, ni avec la taille, ni avec la constitution du sujet : on voit des femmes de haute taille et de constitution robuste, avec des seins d’un développement médiocre et, par contre, on observe assez fréquemment des femmes petites, maigres, d’aspect chétif, qui possèdent des seins dépassant la moyenne. Du reste, hâtons-nous de le dire, on aurait grand tort déjuger une nourrice exclusivement d’après le volume du sein. Le sein se compose, en effet, comme nous le verrons plus loin, de deux éléments , de valeur bien différente : un élément essentiel, qui est la glande mam-
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 104
APPAREIL URO-GÉNIT A L
maire proprement dite ; un élément tout à fait accessoire, qui est le tissu adipeux. Or, ces deux éléments ne se mélangent pas toujours dans une proportion égale et bien définie : sur certains sujets, la graisse est excessivement rare et la mamelle alors est presque entièrement constituée par la glande ( mamelle glandulaire) ; sur d’autres, au contraire, la glande est peu développée et la graisse domine manifestement ( mamelle graisseuse). On conçoit, par conséquent, qu’à volume égal, une mamelle à type glandulaire aura toujours des aptitudes fonctionnelles supérieures à celles d’une mamelle à type graisseux. On conçoit même qu’une mamelle, qui est relativement petite, mais qui possède peu de graisse, puisse fournir plus de lait qu’une mamelle qui est beaucoup plus volumineuse, mais dans laquelle domine l’élément adipeux.
Un fait intéressant que l’on trouve énoncé un peu partout et qui ressort de l’examen comparatif des femmes des villes et des femmes de la campagne, c’est que ces dernières ont des seins plus développés et incomparablement beaucoup plus aptes à l’allaitement. Ce fait provient de deux causes. — La première , c’est que les femmes des villes (je parle bien entendu de la femme qui occupe une certaine position sociale et non de la femme d’ouvrier), en consacrant la plus grande partie de leur temps, jusqu’à l’âge de seize à dix-huit ans, à leur éducation intellectuelle, dérivent ainsi, au profit de leur appareil cérébral, un certain nombre d’éléments qui auraient dû servir au développement des autres appareils, tout particulièrement de l’appareil génital. On arrivera certainement un jour à reconnaître qu’il y a comme une sorte de balancement entre le développement des fonctions cérébrales et celui des fonctions sexuelles et que tout ce que l’on fait en faveur de l’un de ces deux facteurs est au détriment de l’autre. — La deuxième cause , c’est que, tandis que toutes les femmes de la campagne allaitent ellesmêmes leurs enfants, les femmes de la ville, pour une raison ou pour une autre, les nourrissent au biberon ou les confient à des nourrices mercenaires. Dans l’un et l’autre cas, leurs seins ne fonctionnent pas et, de ce fait, subissent naturellement le sort qui attend tous les organes devenus inutiles : ils s'atrophient. Sans doute, cette atrophie, si on la considère sur un seul sujet, est fort légère, peut-être même peu visible. Mais, l’hérédité aidant, elle se transmet de générateurs à descendants et, au bout d’un certain nombre de générations, devient très appréciable. « Nous avons eu l’occasion, écrit de Sinéty, d’observer des familles dont les enfants étaient nourris au biberon depuis plusieurs générations et dont les femmes, quoique belles et vigoureuses en apparence, avaient des seins très peu développés. » Que de médecins, que d’accoucheurs pourraient confirmer les observations de Sinéty ! Les mamelles s’atrophient donc peu à peu quand elles ne remplissent pas les fonctions qui leur sont dévolues, et il n’est pas irrationnel de penser que, si nos femmes des villes continuent à ne pas allaiter leurs enfants, un jour viendra où leurs seins, leurs glandes mammaires tout au moins, se trouveront réduites aux proportions minuscules que nous présentent aujourd’hui celles de l’homme. Ce sera la conséquence fatale de cette grande loi morphologique, qui régit l’évolution des êtres, qu’un organe qui perd sa fonction, qui devient inutile par conséquent, s’atténue peu à peu phylogénétiquement, tombe à l’état d’organe rudimentaire et parfois même finit par disparaître.
5° Poids. Le poids de la mamelle varie naturellement comme son volume. A la naissance, elle ne pèse que 30 à 60 centigrammes (Puech). Chez la jeune fille, en dehors de la lactation, leur poids moyen est de 150 à 200 grammes. Chez la
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
nourrice, ce poids oscille d’ordinaire entre 400 et 500 grammes ; mais il peut atteindre jusqu’à 800 et 900 grammes.
6° Consistance. — Les mamelles sont fermes et élastiques chez la jeune fille vierge et chez la jeune femme nullipare. Elles perdent de leur consistance sous l’action des attouchements répétés et principalement! sous l’inQuence des grossesses, surtout quand chacune de ces grossesses a été suivie d’une période d’allaitement. Chez les femmes qui ont eu de nombreux enfants, elles sont, comme on le sait, molles, flasques, plus ou moins pendantes au-devant de la poitrine.
§11— Conformation extérieure et rapports
La mamelle, avons-nous dit plus haut, a la forme d’une demi-sphère reposant, par sa face plane, sur la face antérieure du thorax. Nous pouvons donc lui considérer : 1° une face postérieure ; 2° une face antérieure ; 3° une circonférence.
1° Face postérieure. — La face postérieure, plane, repose sur le grand pectoral et souvent aussi, par sa partie inféro-externe, sur le grand dentelé. La glande est séparée de ces muscles (fig. 773,4) par leurs aponévroses, d’abord, puis par le fascia superficialis auquel elle adhère intimement. Le fascia superficialis, à son tour, est uni à l’aponévrose sousjacente par une couche de tissu cellulaire qui, suivant les sujets, est très serré ou excessivement lâche : dans le premier cas, la mamelle est solidement fixée à la paroi thoracique, tandis que, dans le second, elle jouit de mouvements fort étendus. C’est cette couche de tissu cellulaire lâche, aréolaire, à grandes mailles, que Chassaignac a décrite comme une bourse séreuse, la séreuse rétromammaire ou séreuse du sein.
2° Face antérieure. —
La face antérieure ou cutanée (fig. 770,1), fortement convexe, répond à la peau. Dans la plus
Fig. 770.
La mamelle chez la femme, vue antérieure (jeune femme nullipare).
i , mamelle. — 2, aréole. — 3, mamelon. — 4, silloii sous-mammaire.
APPAREIL URO-GENIT A L
grande partie de son étendue, cette face est lisse et unie, de coloration blanchâtre, recouverte de poils de duvet. A sa partie moyenne (2 et 3) se voit une région spéciale, formée par Y aréole et le mamelon :
A. Aréole. — L’aérole ou auréole (fig. 771, 2) est une région régulièrement circulaire, de 15 à 25 millimètres de diamètre, située à la partie la plus proéminente de la mamelle.
Elle se distingue nettement des régions voisines par sa coloration, qui est plus foncée.
Elle s’en distingue encore -par la présence, à sa surface extérieure, d’un certain nombre de petites saillies ou élevures, douze à vingt en moyenne, que l’on désigne sous le nom de tubercules de Morgagni. Ces élevures, qui donnent à l’aérole un aspect rugueux, sont ordinairement disséminées d’une façon irrégulière ; sur certains sujets, cependant, on les voit se disposer suivant une ligne circulaire dont le mamelon occupe le centre. Mais, quelle que soit leur disposition, les tubercules de Morgagni ont toujours la même signification : ce sont des glandes sébacées qui présentent ici un développement tout particulier et qui, à leur niveau, soulèvent le tégument. Au centre de chacune d’elles, se trouve un poil, presque toujours de petites dimensions.
L’aréole subit, sous l'influence de la grossesse, des modifications importantes (fig. 772, 2) portant à la fois sur ses dimensions et sur son aspect extérieur.
Tout d’abord, elle change de couleur : rosée chez la jeune fille et chez la femme nullipare, elle prend, peu de temps aprèsla fécondation, une teinte plus foncée, teinte qui varie, suivant les sujets, du jaune brun au brun noirâtre. Elle est, chez la négresse, d’un beau noir d’ébène.
Puis, tout autour d’elle en apparaît une autre, qui s’étend plus ou moins loin du côté de la
Fig: 771. Fig. 772.
Le mamelon et son aréole chez une femme vierge. Le mamelon et son aréole, chez une femme enceinte.
1, mamelon. — 2, aréole. — 3, tubercules de Morgagni (fig.'771) et tubercules de Montgomery (fig. 772). — 4, sillons à la base du mamelon. — 3, peau du sein. — 3’, aréole secondaire. — 6, cercle veineux de Haller.
circonférence de la mamelle. Cette deuxième aréole ( aréole secondaire des acéoucheurs) se distingue de l’aréole décrite plus haut ( aréole primitive ou aréole vraie des accoucheurs) en ce que sa coloration est un peu moins foncée et surtout moins uniforme. Si on la regarde de près, en effet, on constate qu’elle est parsemée çà et là de petits îlots de peau non pigmentée, formant autant de taches plus ou moins circulaires : de là les noms divers d ’ aréole tachetée, mouchetée , tigrée, pommelée, que l’on donne indistinctement à l’aréole secondaire.
Enfin, sous l’influence de la grossesse, les tubercules de Morgagni deviennent plus volumineux et forment à la surface de l’aréole des saillies semi-hémisphériques, qui mesurent de 2 à 5 milli-
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
mètres de diamètre : les accoucheurs les désignent alors sous le nom de tubercules île Montgomery. Vers la lin de la grossesse, ces tubercules laissent sourdre., quand on les presse latéralement, un liquide qui présente tous les caractères du colostrum, ce qui a déterminé un grand nombre d’auteurs à lès considérer comme des glandes mammaires rudimentaires ou bien comme des formations intermédiaires entre la glande mammaire et les glandes sébacées ordinaires. — Les tubercules de Montgomery persistent pendant tout le temps que dure l’allaitement .
B. Mamelon. — Le mamelon (fig. 771, 1 et 773, 3) se dresse, comme une grosse papille, au centre de l’aréole. Il se dirige obliquement d’arrière en avant et un peu de dedans en dehors.
a. Forme. — Considéré au point de vue de sa forme, il revêt ordinairement l’aspect d’un cylindre ou d’un cône, arrondi à son extrémité libre. Mais ce n’est pas la une disposition constante : on voit des mamelons semi-hémisphériques, des mamelons aplatis ou discoïdes, des mamelons plus volumineux à leur extrémité libre qu’à leur base, plus ou moins pédiculés par conséquent.
D’autres fois, son sommet, au lieu d’être convexe, nous présente une dépression plus ou moins accusée, qui est le résultat d’une sorte d’invagination du tégument. Cette disposition peut s’exagérer et, dans ce cas, le mamelon tout entier est rentré dans la glande mammaire sousjacente : à son lieu et place, l’œil ne rencontre plus qu’une excavation plus ou moins profonde ( mamelon rentré) , rappelant assez biep la dépression ombilicale. Cette disposition, du reste, n’est pas nécessairement permanente : le plus souvent, sous des influences diverses, telles que Fattouchement, l’action du froid, la grossesse et surtout la lactation, le mamelon rentré sort de la loge profonde où il est habituellement enfermé et se dresse en saillie à la surface de l’aréole.
b. Dimensions. — Les dimensions du mamelon ne sont pas moins variables. Habituellement, son développement est proportionnel à celui de la glande elle -même, mais ce n’est pas là une règle absolue : on
Fig. 773.
Coupe verticale et antéro-postérieure de la mamelle droite (sujet congelé, vingt-deux ans : segment externe de la coupe).
Ci, Ch, Cm, Civ, Cv, Gvi, première, deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième côtes. — A, clavicule. — B, grand pectoral. — B’, petit pectoral. — C, grand oblique. — D, intercostaux. — E, plèvre. — F, poumons. — xx, plan horizontal, passant par le mamelon.
1, peau de la mamelle. — 2, aréole. — 3. mamelon. — 4, glande mammaire (portion centrale), avec 4’, sa portion périphérique. — 5, canaux galactophores, avec o’, leur sinus. — 6, crêtes de la glande mammaire. — 7. les cloisons fibreuses qui les continuent jusqu’au derme cutané. — 8, loges adipeuses, remplies de graisse. — 9, couche graisseuse réiro-mammaire. — iü, traînées graisseuses intra-mammaires. — 11, aponévrose du grand pectoral. — 12, fascia superficialis (ligament suspenseur de la mamelle). — 13, couche de tissu cellulaire lâche, située entre le fascia superficialis et l'aponévrose sous-jacente (séreuse de la mamelle). — 14, sillon sous-mammaire.
voit assez souvent de tout petits
mamelons surmonter des mamelles bien développées et, vice versa, des mamelons
volumineux coïncider avec des mamelles de petites dimensions ou même rudimentaires. Le mamelon nous présente, en moyenne, une longueur de 10 à 12 millimètres ; sa largeur, mesurée au niveau de la base, est de 9 ou 10 millimètres.
c. Aspect extérieur. — Extérieurement, le mamelon est irrégulier, rugueux, parfois même comme crevassé. Il doit cet aspect à une multitude de rides et de papilles qui se dressent à sa surface. Sur son sommet se voient douze à vingt orifices, qui ne sont autres que les embouchures des canaux galactophores.
3° Circonférence. — La circonférence de la mamelle sépare la face antérieure de la face postérieure. A sa partie inférieure, elle répond à un sillon demi-circulaire, le sillon sous-mammaire ( fig. 770,4). A sa partie supérieure, rien ne l’indique extérieurement : à ce niveau, en effet, la face antérieure de la mamelle se continue insensiblement, dans la plupart des cas tout au moins, avec la paroi thoracique.
§ i 1 1 . — Constitution anatomique
Envisagée au point de vue de sa constitution anatomique, la mamelle se compose essentiellement des trois parties suivantes : 1° une glande, la glande mammaire proprement dite; 2° une enveloppe cutanée; 3° une enveloppe cellulograisseuse.
A. — Glande mammaire proprement dite
La glande mammaire, partie essentielle de la mamelle, varie beaucoup suivant les âges et aussi, chez l’adulte, suivant les périodes où on la considère. Nous l’étudierons tout d’abord chez l’adulte, mais en dehors de la grossesse, autrement dit à P état de repos. Nous la décrirons ensuite aux différentes périodes de son évolution, soit anatomique, soit fonctionnelle.
1° — La glande mammaire chez /’ adulte, à l'état de repos.
1° Caractères macroscopiques — La glande mammaire, une fois débarrassée par la dissection des parties molles qui la recouvrent, se présente à nous (fig. 774) sous la forme d'une masse grisâtre ou gris jaunâtre, aplatte d’avant en arrière, à contour irrégulièrement circulaire, revêtant en un mot la même configuration générale que la mamelle elle-même.
A. Forme et rapports. — Nous pouvons, comme à cette dernière, lui considérer une face postérieure , une face antérieure et une circonférence :
a. Face postérieure. — La face postérieure, plane, n’esl autre que la face homonyme de la mamelle, ci-dessus décrite : elle présente naturellement le même aspect et les mêmes rapports. Nous n’y reviendrons pas ici.
b. Face antérieure. — La face antérieure, fort accidentée, nous présente ç'a et là des excavations plus ou moins profondes, séparées les unes des autres par des parties saillantes en forme de crêtes. Parties déprimées et parties saillantes sont partout recouvertes par une couche de tissu conjonctif, le tissu conjonctif périmammaire. Mais celte couche n’est ni suffisamment épaisse, ni suffisamment isolable pour mériter le nom, que lui donnent certains auteurs, d 'enveloppe fibreuse de la mamelle. La face antérieure de la glande mammaire répond à la peau, dont
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
elle est séparée par une couche cellulo-adipeuse généralement très développée. Nous la décrirons plus loin.
c. Circonférence. — Le contour de la glande mammaire, avons-nous dit plus haut, est très irrégulièrement circulaire, et il diffère ainsi considérablement de celui de la mamelle. Au lieu d’être circonscrite, comme cette dernière, par une ligne courbe assez régulière et partout continue, la glande mammaire nous présente, à sa périphérie, des incisions plus ou moins nombreuses et plus ou moins
Fig. 774.
La mamelle, vue en place (T. -J.).
1, 1’, lambeaux, cutanés interne et externe (incisions en x). fortement érignés. — 2, 2’, fascia superficialis, disposé également en deux lambeaux. — 3, grand pectoral, recouvert par son aponévrose. — 4, grand dentelé, également recouvert par son aponévrose. — 5, mamelle, avec : 5’, son prolongement axillaire ; 5”, son prolongement supérieur (peu marqué) ; 5”’, son prolongement intéro-inlerne (peu marqué). — 6, mamelon. — 7, aréole. — 8, artère mammaire externe. — 9, branches artérielles provenant des intercostales. — 10, nerf du grand dentelé. — H, rameau perforant latéral du deuxième intercostal. — 12, rameaux perforants antérieurs.
profondes, qui ont pour effet de découper dans sa masse une série de prolongements, plus ou moins nettement différenciés, que l’on désigne sous le nom prolongements mammaires.
Ces prolongements (fig. 774) se distinguent, d’après la direction qu’ils prennent, en : 1° prolongement supérieur ou claviculaire, se dirigeant en haut vers la clavicule; 2° prolongement inféro-externe ou hypochondrique ainsi appelé parce qu’il se dirige vers l’hypochondre ; 3° prolongement inféro-interne ou épigastrique,
APPAREIL LIRO- GENITAL
se'portant vers l’épigastre ; 4° un prolongement interne ou sternal, se dirigeant en dedans vers le sternum ; 5° prolongement supéro-externe ou axillaire, se portant en dehors, contournant le bord inférieur du grand pectoral et empiétant plus ou moins sur le creux de l’aisselle.
De ces cinq ordres de prolongements, les quatre premiers sont relativement rares et peu importants. Le prolongement axillaire (fig. 774, 5’), de beaucoup le plus développé, est en même temps celui qu’on rencontre le plus souvent : Tarnier et Maschat le considèrent comme extrêmement fréquent : Godefrain admet qu’il est presque constant; Rieffel, sur vingt mamelles qu’il a examinées à ce sujet, l’a toujours rencontré et déclare son existence absolument normale.
B. Aspect sur les coupes. — Si, maintenant, on divise la glande mammaire proprement dite en deux moitiés par une coupe, soit horizontale, soit verticale, passant par le mamelon, on constate tout d’abord, à l’aspect de la surface de coupe (fig. 773), que la glande est plus épaisse à sa partie moyenne qu’à sa périphérie, plus épaisse aussi à sa partie inférieure qu’à sa partie supérieure.
On constate ensuite que la masse glandulaire comprend deux parties bien différentes : une partie périphérique , de coloration jaunâtre ou rougeâtre, molle, friable, formée manifestement par des grains glandulaires ; une partie centrale, de coloration blanchâtre, renfermant, avec des grains glandulaires beaucoup plus rares, du tissu conjonctif et les conduits excréteurs de la glande.
L’étude de la structure de la glande mammaire va nous fixer nettement sur la signification morphologique de chacune de ces parties.
2° Structure microscopique. — La glande mammaire est essentiellement constituée par des tubes plus ou moins ramifiés qui se terminent par des extrémités
plus ou moins renflées en forme d’alvéoles ou acini : c’est une glande tubulo-acineusé. Unique en apparence, elle se compose en réalité d’un certain nombre de glandes distinctes, que l’on désigne ordinairement sous le nom de lobes. Ces lobes, au nombre de douze à vingt, sont en contact immédiat par leur surface extérieure. Ils se pénètrent même plus ou moins à leur périphérie.
Mais, quelle que soit l’étendue de cette pénétration réciproque et quelque difficulté , qu’on éprouve à les isoler par la dissection, les différents lobes de la glande mammaire n’en conservent pas moins leur indépendance fonctionnelle : chacun d’eux, du reste, comme nous le verrons plus loin, possède un canal excréteur qui lui appartient en propre. Les lobes mammaires, à leur tour, comme dans toutes les glandes en grappe, se subdivisent en un certain nombre de lobules et ceux-ci en acini. Ici, comme ailleurs, un tissu conjonctif interstitiel unit les uns aux autres les divers éléments constitutifs de la glande.
Nous étudierons, tout d’abord, les acini sécréteurs. Nous décrirons ensuite les canaux excréteurs et le tissu conjonctif interstitiel.
A. Acini sécréteurs. — Les acini constituent les parties essentielles de la glande mammaire. Chacun d’eux se compose d’une membrane propre, que tapissent intérieurement deux assises épithéliales, l’une interne, l’autre externe :
a. Membrane propre. — La membrane propre est mince, continue, complètement
Un lobule isolé de la glande mammaire sur une jeune lille de 18 ans (d'après Tourneux).
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
anhiste. Elle ne se traduit sur les coupes que par un simple trait, qui se confond plus ou moins avec la base des cellules épithéliales externes.
b. Assise cellulaire interne. — Les cellules internes forment une rangée continue, circonscrivant la lumière de l’acinus.
Ce sont des cellules prismatiques basses, toutes d’égale hauteur, étroitement juxtaposées.
Leur protoplasma est clair, d’apparence spongieuse comme celui des cellules séreuses, parfois très finement granuleux. Chacune d’elles possède un noyau ovoïde, aplati parallèlement à la mem- Fig. 777.
brane propre de l’acinus. Épithélium sécréteur d’un
Les cellules internes sont des nouveau-né en période d’ac- „ , . , , . , , ,, tivité (d'après Brouha).
cellules glandulaires : c est a elles
, . , , , . , 1, assise interne, renfermant de»
qu incombent, dans la période globules de lait. — 2, assise externe
d’activité de la glande, l’importante fonction de sécréter, le colostrum d’abord, le lait ensuite. De ce fait, l’assise épithéliale interne devient V assise sécrétoire de l’acinus.
c. Assise cellulaire externe. — Les cellules externes se disposent au-dessous des précédentes, entre elles et la membrane propre. Leur forme et leurs dimensions sont fort variables. Dans l’acinus au repos, comme aussi dans la glande en voie de développement, ce sont (fig. 776) de grosses cellules irrégulièrement cubiques, juxtaposées les unes aux autres, fixant mal la couleur tant par leur noyau que par leur protoplasma (Brouha).
Dans la glande en état d’activité , ces cellules s’aplatissent , s’allongent et revêtent peu à peu tous les
caractères de ces cellules en . . . „
, , . panier doublant l’épithélium, vu en coupe optique, du canal excreleur mtra-
pamer qui ont ete signa- lobulaire. — 4, cellules glandulaires restées en place, vues de front à la ^ surface interne du grain glandulaire. — 5, tissu conjonctif interalvéolaire.
léeS par oOLL dans la glande 6, noyaux des cellules fixes de ce tissu conjonctif très dense.
Fig. 778.
Les cellules en panier de Boll, vues sur une coupe de la glande mammaire de la chatte en lactation.
1. nauiers de Boll. — 2. novaux des cellules de Boll. — 3, cellule en
Fig. 776.
Épithélium sécréteur de la mamelle du murin adulte, au repos génital (d’après Brouha).
1, cellules épithéliales de l’assise interne(cellules sécrétoires), avec 2, leurs noyaux. — 3, cellules épithéliales de l’assise externe (cellules contractiles avec 4, leurs noyaux.
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT.
lacrymale et que nous avons déjà décrites (p. 277) à propos des glandes salivaires.
Ici encore ce sont des cellules aplaties, ramifiées et anastomosées, formant par leur ensemble un vaste réseau qui embrasse comme dans un panier l’épithélium sécréteur.
Plusieurs caractères des cellules de Boll, notamment leur situation entre la membrane propre et l’épithélium glandulaire, la fibrillation délicate de leur protoplasma et, aussi, la situation constante des noyaux à la surface et non dans le plein du réseau, permettent de le rapprocher des formations myo-épithéliales (Lacroix) que nous présentent les glandes sudoripares. Il paraît rationnel d’admettre qu’elles ont pour fonction, dans une glande qui est entièrement dépourvue de fibres musculaires nettement différenciées, de favoriser l’expulsion des produits de sécrétion. De ce fait, les cellules épithéliales externes ou myo-épithéliales deviennent l’ assise contractile de l’acinus. Nous retrouverons ces éléments contractiles dans toute la longueur des canaux excréteurs.
Depuis longtemps déjà Gegenbaur avait cru devoir rapprocher les glandes lactées des glandes sébacées. Cette opinion avait été acceptée à la fois par les histologistes et les physiologistes et on lisait dans tous les traités classiques que les différents lobes de la glande mammaire n’étaient que des glandes sébacées modifiées.
Les recherches déjà anciennes de Benda (1894), celles plus récentes de Brouha (1903) s’élèvent contre une pareille interprétation et tendent à cette conclusion que les glandes lactées, non seulement chez l’homme, mais chez tous les mammifères, ont la signification de glandes sudoripares.
Parmi les faits qui militent en faveur de cette parenté morphologique entre la glande mammaire et les glandes sudoripares, nous citerons les suivants. C’est, d’abord, le développement similaire, dans le champ glandulaire primitif, des glandes lactées et des glandes aréolaires qui, elles, sont manifestement des glandes sudoripares (voy. Aréole). C’est ensuite, entre les deux formations glandulaires, la communauté du type : les glandes sudoripares sont des glandes tubuleuses; les glandes lactées aussi, du moins chez l’enfant, sont des glandes constituées par des tabes ; et si plus tard, chez l'adulte, surtout à la période de la lactation, ces tubes se chargent à leur extrémité profonde de diverticules plus ou moins renflés qui deviennent des acini, il n’en persiste pas moins ce fait que la portion du tube primitif qui fait immédiatement suite à l'acinus conserve sa structure glandulaire et prend part lui aussi à la production du lait.
Nous rappellerons enfin, et c’est là un argument dont on reconnaîtra toute la valeur, que, dans les cavités sécrétoires de la glande mammaire, tant dans les cavités tubuleuses que dans les cavités acineuses, l’assise épithéliale préposée à la sécrétion se double, sur son côté externe, d’une assise myo-épithéliale, disposition qui fait défaut dans les glandes sébacées et qui, au contraire, caractérise les glandes sudoripares.
B. Canaux excréteurs. — Les canaux excréteurs de la glande mammaire se distinguent, d’après leur situation et leur importance, en trois groupes : 1° canaux intralobulaires ; 2° canaux interlobulaires ; 3° canaux collecteurs communs ou canaux galactophores.
a. Canaux intra-lobulaires. — Les canaux intra-lobulaires, comme leur nom l’indique, sont contenus dans l’épaisseur même du lobule. Ils font suite aux acini et, chemin faisant, se réunissent les uns aux autres pour donner naissance à des canaux de plus en plus volumineux. Ils sont nettement cylindriques et leur coupe transversale est assez régulièrement circulaire. Histologiquement, les canaux intra-lobulaires comprennent dans leur paroi une membrane propre , une couche de cellules de Boll et un épithélium :
a) La membrane propre continue celle de l’acinus. Elle est pourtant un peu plus épaisse que cette dernière : elle se traduit, sur les coupes, par un double contour.
P) Les cellules de Boll , bien décrites par Lacroix, continuent de même celles qui revêtent la membrane propre de l’acinus Elles forment une couche serrée (fig. 778,3), séparant la membrane propre de l’épithélium. Ici, comme au niveau de l’acinus,
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
Il 3
S'il
Fig.
Cellules myo-épithéliales provenant de la paroi d’un canal excréteur de la mamelle et vues suivant leur longueur (d’après Herrmaxx et Tourneux).
elles ont la valeur de cellules myo-épithéliales, diminuant par leur contraction le calibre du canal et concourant ainsi, par action mécanique, à la progression du colostrum et du lait.
y) V épithélium est formé par une seule rangée de cellules prismatiques hautes, différant essentiellement des cellules prismatiques basses qui revêtent l’intérieur de l’acinus. Elles renferment, au milieu d’un protoplasma clair, un noyau volumineux, de forme ovalaire, allongé dans le sens même de la cellule.
b. Canaux interlobulaires. — Les canaux interlobulaires ou lobulaires résument les canaux excréteurs d’un même lobule. Ils s’échappent du sommet de ces derniers en leur servant pour ainsi dire de pédicules.
Les canaux lobulaires présentent la plus grande analogie avec les précédents. Ils nous offrent cette particularité, cependant, qu’ils ne sont pas régulièrement cylindriques, mais qu’ils sont plissés, longitudinalement ou très obliquement à la manière des petites bronches (Renaut) : Il en résulte que, sur des coupes transversales, leur lumière est plus ou moins festonnée. Au point de vue structural, ils possèdent exactement les mêmes éléments que les canaux intra-lobu-
laires, savoir : 1° une membrane propre, assez épaisse; 2° sur la surface interne de la membrane propre, une couche très nette de cellules myo-épithéliales ; 3° sur le côté interne de ces cellules myo-épithéliales, une couche épithéliale, formée par des cellules prismatiques un peu moins hautes que dans les canaux intra-lobulaires.
c. Canaux galaclophores. — Tous les canaux interlobulaires d’un même lobe se jettent dans un canal collecteur commun, que l’on désigne indistinctement sous le nom de canal lobaire ou de canal galactophore (de yofXa, lait et cpépco, je porte). Ce dernier terme est de beaucoup le plus usité.
Les canaux galactophores sont au nombre de douze à vingt, comme les lobes glandulaires dont ils émanent. Ils sont (fig. 780,1) irréguliers, flexueux, parfois coudés sur eux-mêmes ; mais ils présentent ce caractère commun qu’ils se dirigent tous vers la base du mamelon. Un peu avant de l’atteindre, chacun d’eux présente une dilatation fusiforme, de 12 à 15 millimètres de long sur 6 à 8 de large : c’est Y ampoule ou le sinus galactophore. Le lait s’y amasse dans l’intervalle de l’allaitement et l’ensemble de ces sinus représente jusqu’à un certain point le réservoir collecteur que l’on rencontre sur le trajet de certains canaux excréteurs, l’uretère et les canaux biliaires par exemple. Au sortir de leur sinus, les canaux galactophores s’engagent dans le mamelon, le parcourent dans toute son étendue en suivant un trajet rectiligne et, finalement, viennent s’ouvrir à son sommet par des orifices arrondis.
Les lobules delà glande mammaire et les conduits galactophores (d’après Play fair).
1, conduits galactophores.
2, lobules de la glande mammaire.
dont le diamètre est toujours inférieur à celui des canaux eux-mêmes. L'ensemble de ces orifices constitue, au sommet du mamelon, une sorte de crible ou depomme d’arrosoir, qui présente la plus grande analogie avec ce que l’on observe au sommet des papilles ou mamelons du rein : on pourrait l’appeler Varea cribrosa du mamelon.
Les canaux galactopbores, tout en étant cylindriques, sont plissés longitudinalement comme les canaux interlobulaires auxquels ils font suite : ces plis longitudinaux sont même plus accusés que dans les précédents canaux. Ils sont nettement visibles sur les coupes transversales.
Les canaux galactophores sont entièrement dépourvus de valvules.
Contrairement aux assertions anciennes de Nuck et de Verheyen, émises de nouveau à une époque plus récente par Dubois et par J. Duval, les canaux galactophores ne paraissent pas s’anastomoser entre eux au cours de leur trajet. Sappey, en se basant sur les résultats de nombreuses injections, rejette formellement l’existence
de ces anastomoses et je partage entièrement sa manière de voir sur ce point : les canaux galactophores sont tout aussi indépendants que les lobes mammaires, où ils prennent leur origine.
Chez la plupart des mammifères, il existe un mamelon présentant, comme chez l’homme, des orifices multiples. Chez la vache, qui n’a pas de mamelon au sens anatomique du mot, tous les canaux galactophores débouchent au fond d’un réservoir central, lequel s’ouvre à l’extérieur par un orifice unique.
Histologiquement, les conduits galactophores nous présentent à peu de chose près la même structure que les canaux qui les précèdent. Nous trouvons ici encore, dans la paroi du canal (fig. 781), en allant de dehors en dedans : 1° une membrane propre ; 2° une couche très développée de cellules de Boll ; 3° un épithélium continu, prismatique bas ou même cubique. Il convient d’ajouter que la membrane propre est plus épaisse que sur les canaux interlobulaires et, d’autre part, se trouve renforcée en dehors par une couche de tissu conjonctif, sorte d 'adventice, très riche en éléments élastiques.
Quelques auteurs ont décrit, dans l’adventice des galactophores, un certain nombre de fibres musculaires lisses. Mais ces fibres ont été vainement cherchées par Eberth, par Henle, par Iyolliker, etc. Leur existence est unanimement rejetée aujourd’hui. Il est à peine besoin de rappeler que l’élément contractile est représenté sur les canaux galactophores, comme sur les canaux intra-et interlobulaires, par les cellules myo-épithéliales de Boll.
Fig. 781.
Coupe longitudinale d’un gros canal galactophore au voisinage du mamelon (chatte, d’après Renaut).
1, 1, épithélium cylindrique du canal excréteur.
— 2, 2, rang des noyaux des cellules en panier de Boll. — 3, membrane propre. — 4, 4, cellules plates du tissu conjonctif doublant la membrane propre.
— 5, lumière du canal galactophore.
C. Tissu conjonctif interstitiel. — Tous les éléments constitutifs de la glande mammaire sont unis les uns aux autres par un tissu conjonctif dense, de coloration blanchâtre, qui s’étend jusque dans les intervalles des acini (fig- 788, 3). Il sert de substratum aux vaisseaux et aux nerfs.
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
Ce tissu conjonctif renferme toujours des cellules adipeuses, souvent même, chez les sujets doués d’un certain embonpoint, de véritables lobules adipeux (fig. 773,10). Il renferme aussi un certain nombre de leucocytes mono- ou polynucléés : ces leucocytes sont surtout abondants au moment de la grossesse et pen dant la lactation.
Ces derniers éléments se multiplient pendant la grossesse : on les voit alors traverser la membrane propre et venir se loger, soit entre les cellules de l’épithélium glandulaire, soit dans la lumière même de l’acinus. Nous rappellerons, à ce sujet, que les leucocytes, ainsi immigrés dans les cavités glandulaires, y phagocytent les granulations graisseuses sécrétées par les cellules mammaires et forment ainsi les globules du colostrum (voy. Colostrum).
2° — La Glande mammaire aux différentes périodes de son évolution.
Nous venons de voir que la glande mammaire, chez l’adulte et à la période de repos, est constituée par une multitude de cavités tubulo-acineuses, nous présentant chacun une membrane propre, sur la face interne de laquelle se disposent deux assises cellulaires : une assise interne, formée par des cellules glandulaires, c’est L’assise sécrétoire ; une assise externe, formée par des cellules myo-épithéliales, c’est Yassise contractile. Étudions maintenant les particularités structurales que présente la glande aux différentes périodes de son évolution, savoir : 1° à sa période de développement ; 2° à la puberté ; 3° pendant la grossesse; 4° pendant la lactation; 5° après la ménopause.
1° A sa période de développement. — La mamelle, comme nous l’avons déjà dit plus haut, a pour première ébauche un épaississement de l’ectoderme, de forme arrondie (fig. 769), qui s’enfonce plus ou moins dans l’épaisseur du derme. Tout autour de ce bourgeon épithélial, qui constitue le bourgeon mammaire primitif ou encore le corps mammaire primitif , le tégument se déprime en une sorte de sillon circulaire qui le délimite et circonscrit ainsi à la surface ectodermique, un petit champ également circulaire :
c’est le champ glandulaire primitif de Huss.
Dans les stades suivants, sa portion centrale se soulèvera en une petite saillie cylindroïde qui sera le mamelon; sa partie périphérique ne se soulevant pas, conservant son niveau initial, deviendra Y aréole.
De la face profonde du corps mammaire primitif partent des prolongements cylindriques, qui descendent dans le derme d’abord, puis dans le tissu cellulaire
Fig. 782.
Coupe verticale de la mamelle embryonnaire, embryon de porc de 16 centimètres de longueur (d’après Profe).
1, bourgeon mammaire primitif. — 2, repli de la peau. — 3, un bourgeon épithélial, ébauche d’un canal galactophore. — 4, future zone aréolaire. — 5, un vaisseau sanguin coupé en travers. — 6, un follicule pileux.
APPAREIL URO-GENITAL
sous-cutané. Ces prolongements épithéliaux, pleins à leur origine, creusés ensuite 2i ^ d’une lumière centrale, sont les rudiments des
futurs canaux galactophores. Tandis que leur extrémité externe vient s’ouvrir à la surface du champ glandulaire primitif, leur extrémité interne se divise un certain nombre de fois pour donner naissance à un système de tubes secondaires, intimement accolés ou plus ou moins divergents, se terminant tous, à leur extrémité interne, par un cæcum plus ou moins accusé.
En même temps que se produit cette multiplication des tubes glandulaires, l’épithélium qui les délimite se différencie nettement en deux couches superposées : 1° une couche superficielle, formant la couche sécrétoire; 2° une couche profonde, constituant la couche contractile.
Fig. 783.
Coupe transversale de la mamelle chez l’homme (fœtus de 35 centimètres, d’après Tourneux).
1, épiderme. — 2, bourgeon primitif de la mamelle. — 3, canaux galactophores. — 4, 4, sillon délimitant le champ aréolaire. — 6, muscle lisse sous-aréolaire. — 7, pannicule adipeux souscutané.
Telle est la glande du nouveau-né.
Dès ce moment, elle est un organe. pour ainsi dire complet, capable d’entrer en fonction. En fait, immédiatement après la naissance ou même plus tôt, dans les derniers jours de la vie fœtale, les cellules sécrétoires élaborent dans leur protoplasma et aux dépens de celui-ci de fines granulations graisseuses, qu’elles rejettent ensuite dans la lumière glandulaire : c’est la sécrétion lactée
du nouveau-né (H é xenmüch , lait des sorcières des Allemands), sécrétion incomplète, mais sécrétion véritable, ne différant de celle de l’adulte que parce qu’elle est moins abondante et simplement momentanée. Elle ne dure, en effet, que quelques jours. Après cet essai de sa fonction sécrétoire, l’épithélium s’arrête. Le lait qu’il avait produit et qui s’était collecté dans la lumière de l’acinus, se résorbe peu à peu et la glande tout entière entre dans une période de repos qui ne prendra fin qu’à la puberté.
2° A la puberté. — A la puberté, quand s’établit la fonction menstruelle, la glande mammaire, sortant brusquement de son long sommeil, est de nouveau le siège d’un travail essentiellement actif, qui a pour but, en la perfectionnant au point de vue structural, de la mieux préparer encore au rôle qu’elle sera bientôt appelée à remplir. Les ramifications tubuleuses augmentent à la fois en nombre et en dimensions, en même temps que, à leur extrémité terminale se multiplient et s’accusent les acinis. Le stroma conjonctif s’accroît à son tour, assez lâche au voisius dense et très riche en fibres élastiques à la péri-
Fig. 784.
Épithélium de la glande mammaire d’un fœtus au cours du neuvième mois (d’après Brouha) .
1, cellules épithéliales de l’assise interne. — 2, 2, assise épithéliale externe. — 3, plateau de la cellule sécrétoire. — 4, tissu coujonctit. — 5, un leucocyte migrateur.
nage des acinis, beaucoup pl phérie de la glande.
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
Comme conséquence de ces modifications histologiques, la mamelle augmente beaucoup de volume. En même temps, elle devient dure, compacte, laissant parfois percevoir au toucher une surface irrégulièrement bosselée, indice de sa constitution lobulaire.
Ce développement brusque, que présente la mamelle à l’époque de la puberté, coïncide avec un développement de même ordre se manifestant sur l’ovaire et sur les divers segments du conduit génital. Ancel et Bouin ont émis l’opinion qu’il se produirait sous l’influence des premiers corps jaunes de la menstruation : si, en effet, on provoque, chez des lapines vierges et en rut la rupture des follicules par un coït non fécondant, on amène la production de corps jaunes et, comme conséquence, un accroissement rapide des glandes mammaires, lesquelles atteignent leur plus grand développement en une douzaine de jours et reviennent ensuite peu à peu à leurs dimensions initiales.
Quoi qu’il en soit de cette explication, la glande mammaire, après les modifications structurales qu’elle subit à la puberté, est la glande de V adulte. C’est un complexe de 12 à 20 canaux galactophores, chacun d’eux, avec les ramifications qui lui appartiennent en propre, constituant un lobe glandulaire. L’appareil mammaire a acquis maintenant, au point de vue anatomique, son plus haut degré de développement. Il n’attend plus, pour entrer en scène, que le stimulus physiologique qui rendra nécessaire son fonctionnement, la grossesse.
3° Pendant la grossesse. — La grossesse, à son tour, amène dans la glande mammaire, par un mécanisme qui nous échappe (peut-être encore par l’action du corps jaune?), de nouvelles modifications, portant à la fois sur sa constitution anatomique et sur son fonctionnement. Nous les envisagerons successivement : 1° dans la première partie de la grossesse, c’est-à-dire dans les trois ou quatre premiers mois ; 2° dans la deuxième partie, soit dans les cinq ou les six derniers mois.
A. Dans la première partie : période présécrétoire. — Dès le début de la grossesse, la mamelle est le siège d’une congestion active qui détermine chez elle, avec une augmentation de volume, un nouveau développement de ses éléments sécréteurs. Les tubes glandulaires s’allongent et se multiplient. En même temps ils émettent latéralement ou à leur extrémité des bourgeons épithéliaux, d’abord pleins, creux ensuite, qui constituent autant d’acinis nouveaux.
Par contre, le stroma conjonctif, comme le démontrent les recherches de Steinhaus et de Duclert, diminue d’importance : il se réduit, entre les acinis, à de rares fibrilles et à quelques cellules, et il arrive même que deux acinis voisins sont directement au contact l’un de l’autre.
Somme toute, les modifications structurales apportées par la grossesse à la glande mammaire se réduisent : 1° à un accroissement volumétrique des tubes et des acinis déjà existants ; 2° à l’apparition d’acinis nouveaux, présentant eux aussi des dimensions considérables.
B. Dans la deuxième partie : période colostrogène. — Dans les derniers temps de la grossesse, le mamelon laisse sourdre une quantité plus ou moins considérable d’un liquide clair, d’une coloration jaunâtre, d’une consistance légèrement visqueuse : ce liquide a reçu le nom de colostrum . Sa production continue deux ou trois jours encore après l’accouchement, jusqu’au moment où s’établit franchement la sécrétion lactée.
a. Caractères histologiques du colostrum. — Si nous examinons le colostrum
APPAREIL URO GENITAL
au microscope, nous y reconnaissons, baignant dans un liquide séreux, les éléments suivants (fig. 785, B) :
1° Des globules graisseux, analogues à ceux que Ton rencontre dans le lait normal. Ils diffèrent de ces derniers, cependant, en ce qu’ils sont un peu plus volumineux et qu’ils ont une tendance plus grande à s’accoler les uns aux autres.
2° Des corps granuleux, sphériques ou ovoïdes, de 3 à 25 ^ de diamètre : ce sont les corps granuleux de Donné, les corpuscules du colostrum de Henle. Ces corpuscules du colostrum sont constitués par des amas de gouttelettes graisseuses, entourées ou non d’une enveloppe albuminoïde. Un certain nombre d’entre eux, ordinairement les plus petits, possèdent un noyau, qui, comme le corpuscule lui-même, est arrondi ou ovalaire.
3° Des leucocytes polynucléaires, de 12 à 15 g, à cytoplasma clair et peu abondant, à noyau petit, parfois contourné ou même fragmenté, présentant des mouvements amiboïdes .
b. Origine et signification morphologique du colostrum. — La signification morphologique des globules du colostrum a soulevé de nombreuses controverses et, malgré toutes les recherches entreprises sur ce sujet, la question n’est pas encore complètement résolue.
On ne cite plus aujourd’hui que pour mémoire l’opinion émise par Henle, qui considérait les corpuscules du colostrum comme de simples amas de granulations graisseuses, sans enveloppe et sans noyau. Ces corpuscules, en effet, à l’un de leurs stades évolutifs, présentent toujours un noyau et, de ce fait, ont manifestement une origine cellulaire.
Mais quelle est la nature de cette cellule? D’où vient-elle et comment s’est-elle ainsi transformée en cet amas muriforme, avec ou sans noyau, qu’est le globule du colostrum ? Nous nous trouvons ici en présence de deux théories absolument différentes.
La première, soutenue d’abord par Heidenhain, puis par von Brunn, par Nagel, considère les globules du colostrum comme de simples cellules de l’épithélium glandulaire qui, après s’être chargées de gouttelettes graisseuses, seraient tombées dans la cavité de l’acinus. Et voici le processus suivant lequel se produirait cette transformation épithéliale. Dans les derniers temps de la grossesse, l’épithélium des acini glandulaires se multiplierait de manière à remplir entièrement l’acinus. Les cellules centrales ou superficielles produiraient au sein de leur protoplasma des granulations graisseuses, qui, augmentant graduellement de nombre et de volume, finiraient par occuper tout le corps cellulaire et masquer le noyau. En même temps que les cellules superficielles subissent cette dégénérescence graisseuse, il apparaîtrait autour d'elles un liquide séreux sécrété par les cellules profondes. Ce liquide séreux, avec les cellules précitées transformées en corps granuleux, ne serait autre que le colostrum. Une pareille interprétation, on en conviendra, est en opposition formelle avec l’opinion aujourd’hui courante que la cellule mammaire, au cours de son fonctionnement ne passe jamais en totalité ,
Produits de la glande mammaire : A. une goutte de colostrum, B, une goutte de lait.
1,1, globules du lait. — 2, 2, corpuscules du colostrum ; 2’, un corpuscule du colostrum, au centre duquel se voit le noyau de la cellule primitive.
LA MAMELLE CHEZ LA FEMME
mais en partie seulement, dans la cavité de l’acinus, autrement dit appartient au type glandulaire mérocrine et non holocrine.
La deuxième théorie attribue aux globules du colostrum une origine leucocytaire. Des leucocytes, venus du stroma conjonctif périacineux, immigreraient dans la cavité des acini, se chargeraient là par phagocytose des sphérules graisseuses sécrétées par les cellules glandulaires et, ainsi transformées, constitueraient les globules du colostrum. Cette théorie, à laquelle se sont rangés successivement Rauber, von Ebner, Czerny, Michaelis, etc., est celle qui est le plus généralement acceptée aujourd’hui. Elle a pour elle un certain nombre de faits, parmi lesquels je citerai les suivants. Tout d’abord les globules colostraux sont animés de mouvements amiboïdes (Stricker, ISchwarz , Czerny), mouvements que ne présentent pas les cellules glandulaires. Autre fait : Czerny, en étudiant le produit de la sécrétion mammaire à la suite d’une suspension brusque de l’allaitement, a pu retrouver tous les intermédiaires entre le leucocyte ordinaire ( leucocyte récemment immigré ) et le globule du colostrum ( leucocyte chargé de granulations graisseuses). Enfin le même observateur, en injectant du lait dans le sac lymphatique de la grenouille, voit les leucocytes que renferme le sac phagocyter les globules du lait
injecté, s’en charger entièrement et revêtir ainsi tous les caractères des globules du colostrum.
Coupe transversale d’une glande mammaire de chatte à un degré avancé de gravidité (d’après Klein).
a , cellules épithéliales revêtant les alvéoles, vues de profil. — b, les mêmes, vues de face (plusieurs cellules épithéliales renferment un globule graisseux). — Dans la cavité de quelques alvéoles se voient des globules du lait et de fines granulations graisseuses.
c. Écoulement du colostrum. — Quoi qu’il en soit de son origine et de sa signification morphologique, le colostrum se forme en pleine cavité acinienne. De l’acinus, il s’engage dans les canaux excréteurs et, de proche en proche, gagne l’area cribrosa, pour s’écouler au dehors. L’écoulement du colostrum s’effectue sous l’influence d’une sorte de vis à tergo , à laquelle s’ajoute vraisemblablement l’action des cellules de Boll, à laquelle s’ajoute aussi, lors de l’allaitement, la succion exercée par le nouveau-né. L’acinus, une fois débarrassé des corpuscules du colostrum qui remplissaient sa cavité, ne renferme plus qu’une seule rangée de cellules appliquées contre sa paroi. Ce sont ces cellules qui vont sécréter le lait.
4° Pendant la lactation : période lactogène. — Deux ou trois jours après 1 accouchement, la sécrétion du colostrum, sécrétion provisoire , est remplacée par la sécrétion définitive, la sécrétion lactée.
A. Modifications structurales de la glande. — La glande mammaire, au moment de la lactation, possède exactement les mêmes éléments qu’à la période précédente, avec cette particularité toutefois que les acini, distendus par leur produit de sécrétion, ont des dimensions beaucoup plus considérables. Le stroma conjonctif parait
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT.
s’être raréfié encore. Il est très vasculaire et parcouru par de nombreux leucocytes.
Les cellules myo-épithéliales de Boll qui, à leur origine, avaient la forme de grosses cellules cubiques, sont maintenant aplaties, ramifiées, anastomosées.
Les cellules glandulaires, tout en conservant leurs caractères fondamentaux,
varient de dimensions et d’aspect suivant les conditions physiologiques de l’acinus où on les considère. Car tous les acini ne fonctionnent pas parallèlement, les uns se reposant, tandis que les autres sont en pleine activité. Il en résulte que l’on peut, sur une même glande et parfois même sur une même coupe, saisir tous les stades évolutifs de la cellule mammaire. Nous les décrirons dans un instant.
B. Caractères histologiques du lait. — Le lait, produit de sécrétion de la glande mammaire est un liquide opaque, blanc bleuâtre, de saveur douce, d’odeur fade, de densité voisine de 1,030, de réaction légèrement acide.
Malgré le nombre très considérable de recherches dont le lait a été l’objet, sa constitution chimique n’est encore que très imparfaitement connue. On trouvera ci-dessous les analyses de lait de femme effectuées par un certain nombre d’auteurs :