LIVRE XI
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Les glandes, nous le savons, sont des formations anatomiques ayant pour fonctions d’élaborer des produits spéciaux, lesquels sont ensuite, suivant leur nature, ou bien déversés dans le milieu intérieur (s’ils sont utiles à l’organisme), ou bien rejetés au dehors (s’ils sont nuisibles ou simplement inutiles).
Suivant les destinées de leur produit de sécrétion, les glandes se divisent en deux grands groupes : les unes, comme les glandes sudoripares, comme les glandes salivaires, comme les glandes de l’estomac, jettent leurs produits dans un canal excréteur qui, à son tour, les déverse, soit dans le milieu extérieur, soit dans le tube digestif, ce sont les glandes à sécrétion externe ou exocrines (de xpCvw, trier, séparer et !<;w, en dehors) ; les autres, comme le corps thyroïde, comme le thymus, comme l’hypophyse, entièrement dépourvues de canal excréteur, déversent leurs produits de sécrétion dans le milieu intérieur (vaisseaux sanguins ou vaisseaux lymphatiques), ce sont les glandes à sécrétion interne ou endocrines { de xptvw, séparer, trier, et IvSov, en dedans).
Fig. 833.
Figure schématique indiquant le mode de constitution d’une glande à sécrétion interne.
1. vaisseaux capillaires veineux (capillaires sinusoïdaux), avec 2, les noyaux de leur revêlement endothélial. — 3, cellules glandulaires, disposées en cordons. — 4, produits de sécrétion de ces cellules, se collectant au niveau du pôle interne de la cellule glandulaire, lequel est alors plus ou moins bombé du côté du vaisseau.
Les petites flèches indiquent le trajet que suivent les granulations élaborées par la cellule pour passer du cytoplasmadans le capillaire ; les grandes flèches indiquent le Cours du sang.
A ces deux groupes principaux, il convient d’en joindre un troisième : des glandes mixtes, fonctionnant à la fois comme glandes à sécrétion externe et glandes à sécrétion interne. Le foie nous en fournit un exemple très net : en sécrétant la bile ( glande biligénique), qui, par les canaux hépatiques, gagne l’intestin et de là l’extérieur, il se rattache nettement aux glandes à sécrétion externe ; en élaborant le glycose ( glande glycogénique ) qui des cellules hépatiques passe dans les capillaires sanguins, il appartient tout aussi nettement aux glandes à sécrétion interne.
Morphologiquement, les glandes à sécrétion interne, les seules que nous ayons à envisager ici, ont une structure très simple, que l’on peut ramener à la formule suivante : elles sont essentiellement constituées par des amas de cellules glandu-
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 113
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
laires (fig. 833 et 834), se disposant les unes à côté des autres dans les mailles d’un riche réseau sanguin. Ce sont les glandes vasculaires sanguines ou bien, encore, les glandes closes des anciens auteurs.
Les cellules constitutives des glandes à sécrétion interne, en contact immédiat avec les capillaires sanguins, puisent dans le sang de ces capillaires les matériaux nécessaires à leur nutrition et à leur fonctionnement. Ces matériaux, elles les élaborent et les transforment, c’est la sécrétion. Puis, dans un nouvel acte qui est
V excrétion, elles les rejettent dans ces mêmes capillaires, lesquels, par l’intermédiaire des veines qui leur font suite, les apportent au cœur, lequel à son tour, par les deux artères qui partent des ventricules, les disséminent dans toute l’économie. Les capillaires des glandes à sécrétion interne sont donc, pour ces dernières glandes, les représentants des canaux excréteurs des glandes à sécrétion externe : ils ne sont pas ces canaux, mais ils les suppléent, ils les remplacent.
Envisagés dans leur ensemble et d’une façon très générale, les glandes à sécrétion interne nous apparaissent comme essentiellement variables par leur situation, par leur origine , par leur structure , par leur valeur fonctionnelle. — Au point de vue de leur situation, tout d’abord, on les rencontre un peu partout dans l’organisme :j dans la cavité crânienne, au contact de la base du cerveau ; au cou, au-devant du conduit laryngo-trachéal ; dans les deux grandes cavités thoracique et abdomino-pelvienne, en relation intime, soit avec la trachée, soit avec le canal alimentaire, soit encore avec la chaîne ganglionnaire du sympathique; enfin, dans l’épaisseur même des glandes sexuelles, plus ou moins mélangées avec les ovules ou les conduits séminifères. — Au point de vue de leur structure , les unes sont presque exclusivement formées par des cellules épithéliales, ce sont les glandes à type épithélial (comme exemple, la thyroïde et les parathyroïdes) ; les autres présentent tous les attributs des formations lymphatiques, ce sont les glandes à type lymphoïde (comme exemple, la rate et les organes hémo-lymphatiques). — Au point de vue génétique , la diversité est encore plus grande. Tandis que l’hypophyse est un dérivé de l’ectoderme stomodæal, la thyroïde et le thymus proviennent de l’ectoderme pharyngien. Tandis que la capsule surrénale (par sa partie corticale tout au moins) provient de l’épithélium du cœlome, les paraganglions tirent leur origine de l’ébauche du grand sympathique. De leur côté, les glandes à sécrétion interne que l’on trouve incorporées dans l’ovaire et le testicule paraissent se rattacher également à l’épithélium cœlomique. — Au point de vue de leur valeur fonctionnelle , enfin, on peut dire que chacune d’elles a une fonction spéciale, une fonction qui lui appartient en propre. INous y reviendrons plus loin.
Une glande endocrine type : une partie de la glande surrénale du porc, renfermant à la fois de la substance corticale {en rose) et de la substance médullaire [en jaune), vue en coupe (d’après Srdinko).
On voit nettement, sur cette coupe, les rapports des cellules épithéliales glandulaires avec les capillaires sinusoïdaux.
COUPS THYROÏDE
Comme on le voit, les glandes à sécrétion interne sont extrêmement disparates, tellement disparates qu’il me paraît bien difficile, pour ne pas dire impossible, dans l’état actuel de nos connaissances, de les répartir méthodiquement dans le cadre d’une classification quelconque, soit anatomique, soit physiologique. Nous les décrirons dans l’ordre suivant :
1° Le corps thyroïde ;
2° Les parathyroïdes ;
3Ù Le thymus ;
4° Les hypophyses ;
5° La rate ;
6° Les glandes hémo-lymphatiques ;
7° Les îlots de Langerhans;
8° Les organes paraganglionnaires ou paraganglions ;
9° Les corps surrénaux ;
10° Les glandes à sécrétion interne incorporées aux glandes sexuelles.