ARTICLE PREMIER CORPS THYROÏDE
Le corps thyroïde (allem. Schilddrüse, angl. Thyroïd gland), organe impair, médian, symétrique, est une formation volumineuse, couchée sur la partie antérieure du conduit laryngo-trachéal, auquel il adhère d’une façon intime et qu’il accompagne dans tous ses mouvements. On l’appelle encore glande thyroïde ou, tout simplement, thyroïde.
Il provient génétiquement (voy. Embryologie) de la partie antérieure ou ventrale de l’intestin pharyngien.
Sa signification anatomo-physiologique a été longtemps fort obscure. On s’accorde aujourd’hui à considérer la thyroïde comme une glande à sécrétion interne et les faits expérimentaux, de même que les faits cliniques, nous apprennent que cette sécrétion, pour être encore incomplètement connue, n’en est pas moins très importante. On sait que l’ablation du corps thyroïde, chez l'homme comme chez les animaux, jette dans l’organisme une perturbation profonde, déterminant cet ensemble de troubles trophiques qui constitue le myxœdème ou cachexie strumiprive. Et ces accidents sont bien la conséquence de la suppression du corps thyroïde : ils ne surviennent pas, en effet, si on a le soin, comme l’a fait Schiff, de greffer préalablement un lobe du corps thyroïde dans la cavité abdominale et, d’autre part, ils sont grandement atténués, chez le sujet qui les présente, par des injections souscutanées de liquide thyroïdien.
§ 1. — Considérations générales
1° Situation, — Le corps thyroïde occupe la face antérieure du cou, où il répond à peu près à l’union de son tiei*s inférieur avec ses deux tiers supérieurs.
Il se trouve situé en avant et sur les côtés des deux conduits digestif et respiratoire, entre les deux carotides primitives, en arrière des muscles sous-hyoïdiens et des deux aponévroses cervicale superficielle et cervicale moyenne. Il fait
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
partie, au même titre que les organes précités, de la région sous-hyoïdienne.
Quelques anatomistes, en raison même de l’importance qu’il a acquise dans ces derniers temps, en font l’organe principal d’une sous-région, la région thyroïdienne, région qui a pour limites les limites mêmes de l’organe glandulaire.
2° Moyens de fixité. — Le corps thyroïde est entouré sur tout son pourtour par une enveloppe fibro-conjonctive, qui, d’autre part, présente des connexions intimes : 1° en avant, avec l’aponévrose cervicale moyenne ; 2° latéralement , avec la gaine des gros vaisseaux du cou ; 3° en arrière, avec l'aponévrose prévertébrale, au niveau du point où elle se fixe aux apophyses transverses.
Cette enveloppe, que nous désignerons sous le nom de capsule de la thyroïde, est très variable dans son épaisseur et sa résistance. Chez le fœtus, ce n’est le plus souvent qu’une simple toile celluleuse, peu ou point distincte du tissu cellulaire ambiant. Elle s’épaissit dans la suite au fur et à mesure que le sujet avance en âge ; mais, même chez l’adulte et chez le vieillard, elle est bien loin de présenter toujours les mêmes caractères. Chez les uns, et c’est le plus grand nombre, elle est mince, transparente, se laisse facilement déchirer. Chez d’autres, au contraire, elle est relativement épaisse, se rapprochant beaucoup des formations fibreuses, très résistante, facile à isoler, surtout à la partie postérieure de la glande. Dans ce dernier cas, on peut, après l’avoir ouverte à sa partie antérieure, énucléer le corps thyroïde en se servant du doigt ou du manche du scalpel. Les cloisons conjonctives que la capsule envoie à la glande cèdent facilement : elles sont, en effet, très minces, et les doigts n’ont point la sensation de l’obstacle qu’elles leur opposent, ni des déchirures qu’ils y pratiquent (Sébileau).
La capsule de la thyroïde est une dépendance des aponévroses du cou. Sébileau, à qui nous devons une étude approfondie des feuillets fibro-conjonctifs compris entre l’aponévrose cervicale moyenne et l’aponévrose prévertébrale, la décrit de la façon suivante. La lame fibro-conjonctive qui passe en avant de la jugulaire et de la carotide, continuant son trajet en dedans, rencontre bientôt les lobes latéraux du corps thyroïde et, là, elle se divise en deux feuillets : 1° un feuillet antérieur ou superficiel, qui revêt successivement la face latérale et la face antérieure de la thyroïde, contre laquelle elle applique le groupe des veines thyroïdiennes inférieures; 2° un feuillet postérieur ou profond, qui recouvre la partie postérieure des lobes thyroïdiens, puis s’insinue entre eux et les parois œsophago-trachéales, auxquelles elle adhère. Sur la ligne médiane, chacun de ces deux feuillets, superficiel et profond, se continue, naturellement, avec celui du côté opposé et ainsi se trouve complétée la coque fibreuse de la thyroïde.
L’enveloppe fibro-conjonctive que nous venons de décrire constitue, pour le corps thyroïde, un premier moyen de fixité. On lui décrit, en outre, trois ligaments (Gruber), que l’on dististingue en moyen et latéraux. — Le ligament moyen ou ligament médian (fig. 835,9) est situé sur la ligne médiane, comme son nom l’indique. Très court et très serré, il prend naissance, en bas, sur la face profonde de l’isthme, ainsi que sur la partie avoisinante des lobes latéraux. De là, il se porte en haut et vient s’attacher sur les points suivants : 1° sur la face antérieure du cartilage cricoïde, entre les deux muscles crico-thyroïdiens; 2° sur l’aponévrose qui recouvre ces muscles ; 3° sur le bord inférieur du cartilage thyroïde. C’est le ligament suspenseur de la glande thyroïde de Wôlfler. — Les ligaments latéraux (11g. 835, 8), l’un droit, l’autre gauche, se détachent de la face profonde des lobes latéraux. Us viennent se fixer, d’autre part, sur les deux ou trois premiers anneaux
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de la trachée et sur les parties latérales du cartilage cricoïde. On les voit remonter parfoisjusqu’aux cornes inférieures du cartilage thyroïde.
A ces trois ligaments, qui ne sont autre chose que des lames de tissu conjonctif dépendant de la capsule fibreuse de la thyroïde, il convient d’ajouter, comme contribuant encore à la fixité de cet organe, les artères thyroïdiennes supérieures, les artères thyroïdiennes inférieures et les veines thyroïdiennes moyennes, qui se séparent de l’organe (fig. 835), les premières (4) à sa partie postérieure et supérieure, les secondes (5) à. sa partie postérieure et inférieure, les veines thyroïdiennes (6) au niveau de sa partie moyenne. Ces gros vaisseaux, véritables pédicules vascu-
Fig. 835.
Le corps thyroïde, vue antérieure.
Le lobe gauche est entouré de sa capsule conjonctive et il en est de même de ses pédoncules vasculaires ; une sonde cannelée soulève cette capsule. L’isihme et le lobe droit sont, au contraire, débarrassés de leur capsule; ils sont, d’aulre part, fortement érignés en bas et en dehors, pour laisser voir les ligaments qui les unissent au conduit laryngo-trachéal.
1, os hyoïde. — 2, trachée. — 3, glande thyroïde, avec : 4, son pédicule vasculaire supérieur; 5, son pédicule vasculaire inférieur ; 6, son pédicule vasculaire moyen. — 7, pyramide de Lalouette. — 8, ligament latéral. — 9, ligament moyen. — 10, ligament supérieur ou suspenseur de la pyramide. — 11, artère larxngée supérieure. — 12. artère laryngée inférieure. — 13, nerf laryngé supérieur. — 14, nerf laryngé externe. — 15, carotide primitive. — 16, jugulaire interne. — 17, pneumogastrique. — 18, muscles crico thyroïdiens. — 19, muscles thyro-hyoïdiens.
laires de la thyroïde, sont d’autant plus aptes à remplir le rôle que nous leur attribuons ici, qu’ils sont entourés par des expansions fibreuses, souvent très résistantes, qui se détachent de la capsule fibreuse de la thyroïde, pour venir se fusionner, d’autre part, avec la gaine des vaisseaux du cou et. par l'intermédiaire de celle-ci, avec l’aponévrose prévertébrale (G. Marchait, Sébilkau).
Quelques anatomistes décrivent encore, comme ligament supérieur du corps thyroïde, un petit cordon fibreux de 2 à 3 millimètres de largeur (fig. 855, 10), qui se détache en bas, du sommet de la pyramide de Lalouette (voy. plus loin. et qui, de là, vient se fixer à l’os hyoïde, soit sur la ligne médiane, soit un peu à gauche de la ligne médiane ; on le désigne encore, en raison de ses
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relations avec la pyramide de Lalouette, sous le nom de ligament suspenseur de la pyramide. Mais c’est là un pseudo-ligament. En réalité, le cordon fibreux en question représente le reliquat d’un canal, le canal thyréo-glosse (voy. p. 909), qui, primitivement (voy. Embryologie), relie la base de la langue à l’ébauche thyroïdienne médiane. Cette interprétation est d’autant plus rationnelle qu'il est des cas où le prétendu ligament de la pyramide, au lieu de s’arrêter à l’os hyoïde, remonte jusque dans l'épaisseur de la langue, en se rapprochant ainsi plus ou moins du foramen cæcum, qui est le point de départ du canal thyréo-glosse.
3 Couleur. — Le corps thyroïde, à l’état normal, nous présente une coloration gris rosé, tirant un peu sur le jaune. Cette coloration varie suivant l’état de sa circulation : une congestion active donne à la glande une teinte rouge; une stase sanguine, survenant à la suite d’un obstacle quelconque apporté à la circulation de retour, lui communique une couleur plus ou moins violacée.
4° Consistance. — Le corps thyroïde est un organe mou, se laissant facilement déprimer ou déchirer.
Sa consistance varie, du reste, suivant le développement des cloisons conjonctives qui séparent ses lobes et ses lobules; mais elle varie aussi suivant la quantité et la tension de la substance liquide qui se trouve contenue dans les follicules glandulaires. D’ordinaire, elle est un peu plus grande que celle du thymus, mais moins grande que celle de la rate et celle du foie.
Lorsqu’on sectionne la glande thyroïde et qu’on promène le doigt sur la surface de coupe, on éprouve comme une sensation de viscosité particulière, qu’on ne retrouve pas sur les autres glandes et qui provient de la nature toute spéciale de son produit de sécrétion.
5" Volume. — Le corps thyroïde mesure, dans les conditions ordinaires, de 6 ou 7 centimètres de largeur sur 3 centimètres de hauteur ; son épaisseur est de 4 à 6 millimètres pour la partie médiane, de 15 à 20 millimètres pour les parties latérales. Ce ne sont là, bien entendu, que des chiffres moyens qui, pour bien des sujets, seront ou trop forts ou trop faibles. Le corps thyroïde est, en effet, l’un des organes qui varient le plus dans leurs dimensions, et c’est là une nouvelle analogie qu’il présente avec la rate.
a. Variations sexuelles. — Le corps thyroïde varie d’abord suivant les sexes : l’observation nous apprend qu’il est plus volumineux chez la femme que chez l’homme. La différence à cet égard est minime ; mais elle paraît plus grande qu’elle- ne l’est en réalité, en raison du peu de développement que présente chez la femme la saillie antérieure du cartilage thyroïde, vulgairement connue sous le nom de pomme d'Adam. Il convient d’ajouter que, chez la femme, le volume du corps thyroïde augmente au moment de la menstruation ou pendant la grossesse.
b. Variations individuelles. — Le volume du corps thyroïde varie encore suivant les individus. — Chez les uns, il est réduit à des proportions minuscules: les faits de cette nature sont relativement rares. — Chez d’autres, au contraire, il acquiert des proportions considérables, descend jusqu’au sternum ou même sur le thorax, soulevant la peau sous la forme d’une tumeur plus ou moins volumineuse. Chacun sait que cette hypertrophie de la thyroïde, appelée goitre , se rencontre avec une fréquence toute particulière chez les crétins et, d’autre part, est endémique dans un certain nombre de vallées profondes des Pyrénées et des Alpes.
c. Variations suivant les âges. — Le corps thyroïde varie-t-il de même suivant les âges? Les auteurs, à ce sujet, sont loin d’être d’accord. Les uns estiment que la thyroïde est relativement moins volumineuse chez l’enfant que chez l’adulte. Les autres, au contraire, pensent que cet organe est, toutes proportions gardées.
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plus développé chez le fœtus et chez l’enfant que chez l’adulte. Huschke, notamment, a écrit depuis longtemps que la thyroïde se rapetisse après la naissance : il a constaté, en effet, qu’elle représentait la 1/400 partie du corps chez le nouveauné, la 1/1166 partie chez l’enfant de trois semaines, la 1/1800 partie seulement chez le sujet adulte. La question, on le voit, n’est pas encore nettement résolue et appelle de nouvelles recherches.
6° Poids. — Le poids de la thyroïde est, naturellement, tout aussi variable que son volume. A un degré de développement moyen, elle pèse 2 ou 3 grammes chez le nouveau-né, 25 à 30 grammes chez l’adulte. Son poids spécifique est de 1,0361 à 1,0655 d’après Krause.
§ II. — Conformation extérieure et rapports
Envisagé dans son ensemble, le corps thyroïde peut être- considéré comme une sorte de demi-anneau, dont la concavité, dirigée en arrière, enlace étroitement les deux conduits alimentaire et respiratoire : cette disposition se voit très nettement sur des coupes transversales du cou (fig. 837, 1).
Si, maintenant, nous examinons la thyroïde par sa face antérieure, après l’avoir débarrassée des différentes formations qui la recouvrent, nous constatons (fig. 836) que sa partie moyenne nous présente deux échancrures : une échancrure inférieure, toute petite; une échancrure supérieure beaucoup plus grande, intéressant à peu près les deux tiers supérieurs de l’organe. La thyroïde nous apparaît ainsi sous la forme d’un croissant, dont la concavité est dirigée en haut, du côté de l’os hyoïde. On peut encore la comparer à un H majuscule, dont les deux jambages seraient inclinés en bas et en dedans et dont la barre transversale serait située, non à leur partie moyenne, mais à l’union de leur tiers inférieur avec leurs deux tiers supérieurs (V/).
Quoi qu’il en soit de toutes ces comparaisons, on peut considérer au corps thyroïde trois parties : 1° une partie moyenne, relativement étroite (par suite des deux échancrures signalées plus haut), c’est Y isthme ; 2° deux parties latérales, beaucoup plus volumineuses, ce sont les lobes latéraux de la thyroïde ou tout simplement les lobes thyroïdiens. Nous décrirons tout d’abord ces différentes parties de la thyroïde ; puis, nous dirons un mot des thyroïdes" accessoires.
1° Isthme du corps thyroïde. — L’isthme du corps thyroïde, auquel nous rattacherons la pyramide de Lalouette, s’étend d’un lobe à l’autre : c’est la barre transversale de l’H majuscule.
A. Ses variétés. — Disons tout de suite qu’il présente des variations individuelles considérables : on le voit parfois, plus développé que d’habitude, atteindre les mêmes dimensions verticales que les lobes latéraux; par contre, il peut se réduire de volume et même faire complètement défaut (1 fois sur 20 d’après Gruber, 1 fois sur 10 d’après Marshall, 1 fois sur 10 également d’après Bérard et d’après Chemin). Dans ce dernier cas, il existe en réalité deux corps thyroïdes, l’un droit, l’autre gauche, disposition que l’on rencontre normalement chez un grand nombre de vertébrés, notamment chez les oiseaux et, parmi les mammifères, chez les monotrèmes et beaucoup de marsupiaux. A l’état de développement ordinaire, l’isthme de la thyroïde mesure de 8 à 12 millimètres de hauteur, sur 5 ou 6 millimètres d’épaisseur.
B. Configuration extérieure et rapports. — Envisagé au point de vue de sa configuration extérieure et de ses rapports, le corps thyroïde nous offre à considé-
rer : 1° deux extrémités; 2° deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure; 3° deux bords , l’un inférieur, l’autre supérieur.
a. Extrémités. — Les deux extrémités, l’une droite, l autre gauche, se continuent chacune avec le lobe latéral correspondant. Aucune ligne de démarcation, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, ne sépare l’isthme des lobes latéraux.
b. Face antérieure . — La face antérieure, plane ou légèrement convexe, répond aux muscles sous hyoïdiens, contenus dans leur gaine et recouverts successivement
par l’aponévrose cervicale superficielle, le tissu cellulaire sous-cutané et la peau. Sur la ligne médiane, où les muscles font défaut, l’isthme n’est séparé de la peau que par le tissu cellulaire sous-cutané, par les deux aponévroses cervicales superficielle et profonde réunies l’une à l’autre et par quelques veines thyroïdiennes.
c. Face postérieure. — La face postérieure, con- 2 cave, embrasse le cartilage cricoïde et les deux premiers anneaux de la trachée, sur lesquels elle se moule. Entre elle et le conduit trachéal, se voit un plexus veineux plus ou moins important, d’où naissent en partie les veines thyroïdiennes inférieures. On y rencontre aussi un certain nombre de fines anastomoses jetées entre les vaisseaux laryngés inférieurs d’un côté et ceux du coté opposé.
d. Bord inférieur. — Le bord inférieur de l’isthme est généralement court, à concavité dirigée en bas. Il répond, sur la plupart des sujets, au deuxième anneau de la trachée. On peut admettre en principe que, la tête étant dans la rectitude normale, un intervalle de 25 à 30 millimètres chez l’adulte, de 15 à 20 millimètres chez l’enfant, sépare ce bord inférieur de la fourchette sternale. 11 est des cas où l’isthme, beaucoup plus développé que d’habitude, descend sur la trachée bien au-dessous des lobes latéraux, constituant alors ce qu’on désigne sous le nom de lobe médian.
e. Bord supérieur — Le bord supérieur, concave en haut, répond à la partie moyenne du premier anneau de la trachée. Mauclaiâe (Soc. anat., 1895), qui a examiné à cet égard 80 sujets, a constaté que le rapport précité existait dans les deux tiers des cas. Il est plus rare de voir le bord supérieur de l’isthme reposer sur le deuxième anneau, plus rare encore de le voir descendre jusqu’au troisième. Chez l’enfant, le corps thyroïde paraît être un peu plus élevé que chez l’adulte et il serait assez fréquent, toujours d'après Mauclaire, de le voir affleurer le bord inférieur du cartilage cricoïde. Du bord supérieur de l’isthme se détache un prolongement long et grêle, qui se porte ensuite en haut en s’appliquant contre le larynx (fig. 836,4) : c’est la pyramide de Lalouette.
C. Pyramide de Lalouette. — Ce prolongement ascendant de l’isthme thyroïdien, mentionné depuis longtemps par Eustache, par Bidloo et par Morgagni, a été étudié à nouveau en 1743 par Lalouette, qui lui donna le nom de pyramide : de là le nom de pyramide de Lalouette , sous lequel le désignent aujourd’hui la plupart des anatomistes.
Le corps thyroïde, vu en place par sa face antérieure.
1 el 2, lobe droit et lobe gauche dü corps thyroïde. — 3, son isthme, unissant les deux lobes. — - 4, pyramide de Lalouette. — 5, os hyoïde. — 6, cartilage thyroïde. — 7, cartilage cricoïde. — S, membrane thyro-hyoïdienne. — 9, muscle thyro-hyoïdien. — 10, muscle crico-thvroïdien. — 11, trachée.
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a. Forme générale. — La pyramide de Lalouette se présente habituellement sous la forme d’un cône très allongé et aplati d’avant en arrière. — Sa base, dirigée en bas, fait corps avec la thyroïde. — Son sommet , dirigé en haut, remonte, suivant les cas, jusqu’au bord supérieur du cartilage thyroïde, jusqu’à la partie moyenne de la membrane thyro-hyoïdienne ou plus haut encore jusqu’à l’os hyoïde lui-même. Il adhère intimement aux parties sous-jacentes, soit directement, soit à l’aide d’un petit cordon fibreux (fig. 83o, 10), que nous avons déjà signalé à propos des ligaments thyroïdiens et qui, comme nous l’avons vu, est un reste du trac tus thyréo-glosse de Ilis.
b. Variations diverses. — Le prolongement pyramidal de Lalouette est éminemment variable, comme le sont du reste toutes les formations qui n’ont pas de fonctions nettement définies.
Il varie tout d’abord par son origine : nous venons de voir tout à l’heure qu'il se détache du bord supérieur de l’isthme ; mais il naît aussi, dans bien des cas, soit sur le point où l’isthme se confond avec les lobes latéraux, soit sur les lobes latéraux eux-mêmes.
Il varie encore par sa situation et sa direction. Sur quelques sujets, il occupe la ligne médiane ; mais ces cas sont rares (9 fois sur 109 cas, Zoja). Habituellement, il longe l’un des côtés du plan médian, soit à droite, soit à gauche, mais le plus souvent à gauche. Quant à sa direction, elle est verticale ou oblique, suivant qu’il se détache de l’isthme ou des lobes latéraux.
Sa forme n’est pas moins variable : il peut être régulièrement triangulaire, cylindrique, rubané. D’autres fois, le prolongement, renflé à sa partie moyenne et étroit à ses deux extrémités, revêt plus ou moins la forme d’une ellipse ou d’un ovale. Je l’ai vu, dans un cas, renflé à son extrémité supérieure et constitué à son extrémité inférieure par un simple pédicule, de 2 millimètres de largeur, qui s’implantait sur le lobe gauche. La pyramide de Lalouette est simple dans la plupart des cas. On peut, cependant, la voir bifurquée à sa partie inférieure, je veux dire se diviser en bas, à la manière d’un Y renversé (a), en deux branches divergentes, qui viennent se fusionner chacune avec le lobe latéral correspondant. On peut même la voir double, l’une cheminant à gauche de la ligne médiane, l’autre se trouvant à droite de cette même ligne. J’ai observé, tout récemment, sur un sujet chez lequel l’isthme faisait défaut, cette duplicité de la pyramide : toutes les deux naissaient de la partie interne du lobe latéral correspondant; puis, se portant en haut et en dedans, elles marchaient à la rencontre l’une de l’autre et se fusionnaient, comme le font les deux branches d'un V renversé (a) au niveau du bord supérieur du cartilage thyroïde (pyramide en V). Par contre, la pyramide de Lalouette peut manquer et cette disposition est même loin d’être rare : Zoja l’a constatée 36 fois sur 147 sujets ; Chemin, 9 fois sur 40 sujets. L’absence de la pyramide s’observe donc dans 1/4 des cas environ.
Dans certains cas, la pyramide de Lalouette se trouve séparée du corps thyroïde au niveau de sa base, constituant alors une formation complètement indépendante, une véritable thyroïde accessoire (voy. plus loin). Dans d’autres, elle est comme moniliforme, je veux dire quelle est interrompue dans sa continuité une ou plusieurs fois, formant ainsi un certain nombre de grain's glanduleux indépendants, qui s’échelonnent de bas en haut et qui constituent, eux aussi, autant de petites thyroïdes accessoires.
c. Constitution anatomique . — Quant à sa constitution anatomique, la pyramide de Lalouette, quelles que soient sa forme et ses dimensions, est toujours un
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corps plein, sans canal central, formé dans toute son étendue par une substance homogène et absolument identique à celle du corps thyroïde lui-même. Suivant un grand nombre d’anatomistes, la pyramide thyroïdienne serait parfois musculaire. Je ne puis, pour ma part, accepter une pareille assertion. Sans doute, on rencontre assez souvent dans la région qu’occupe la pyramide un faisceau musculaire plus ou moins volumineux, qui de l’os hyoïde descend sur le corps thyroïde. Mais ce petit muscle, qui nous est bien connu depuis Soemmering sous le nom de levator glandulæ thyroï'deæ, n’a rien de commun avec la pyramide de Lalouette. C’est, comme nous l’avons déjà établi en myologie (voy. t. 1), un simple faisceau aberrant des muscles rubanés qui s’insèrent à l’os hyoïde, faisceau aberrant qui, au lieu de descendre comme les autres jusqu’au sternum, s’arrête sur le corps thyroïde et y prend une insertion anormale. Le muscle élévateur de la thyroïde et la pyramide de Lalouette doivent si peu être confondus, doivent si peu être pris l’un pour l’autre que les deux formations coexistent parfois sur le même sujet. On a même vu le faisceau musculaire en question s’insérer à la surface même du prolongement thyroïdien.
d. Signification morphologique. — La signification morphologique de la pyramide de Lalouette est aujourd’hui bien connue : ce prolongement ascendant de la thyroïde représente la partie tout inférieure du canal thyréo-glosse, qui, chez l’embryon, réunit la base de la langue à l’ébauche thyroïdienne médiane (voy. Embryologie). Nous rappellerons à ce sujet que la pyramide peut, dans certains cas, soit directement, soit à l’aide d’un tractus fibreux, remonter plus ou moins haut dans la région sus-hyoïdienne et jusque dans l’épaisseur de la langue, disposition qui s’explique nettement par la persistance plus ou moins complète du canal précité. Nous y reviendrons plus loin (p. 908), à propos des thyroïdes accessoires.
2° Lobes du corps thyroïde. — Les lobes du corps thyroïde se distinguent, naturellement, en lobe droit et lobe gauche. Larges et épais à leur extrémité inférieure, ils s’atténuent graduellement au fur et à mesure qu’ils s’élèvent, pour se terminer en haut et en arrière par une sorte de pointe. D’autre part, leur coupe transversale (fig. 837,1) revêt la forme d’un triangle à bord postérieur. Chacun d’eux, par conséquent, ressemble assez bien à une pyramide triangulaire à sommet supérieur et, de ce fait, nous offre à considérer : 1° une base; 2° un sommet; 3° trois faces; 4° trois bords.
A. Base. — La base regarde en bas, quelquefois en bas et en dedans. Convexe, plus rarement plane, elle répond au cinq uième ou au sixième anneau de la trachée. La distance qui la sépare de la fourchette sternale est, en moyenne, de 15 millimètres chez l’enfant de deux ou trois ans, de 2 centimètres chez l’adulte, la tête étant dans sa position normale. En portant la tête dans l’extension, cette distance augmente de 10 à 15 millimètres. La base du corps thyroïde est en rapport avec la branche inférieure de l’artère thyroïdienne inférieure et avec de nombreuses veines, qui, pour la plupart, sont tributaires de la veine thyroïdienne inférieure (voy. plus loin).
B. Sommet. — Le sommet, dirigé en haut et en arrière, est désigné par quelques anatomistes sous le nom de corne supérieure du corps thyroïde. Arrondi et mousse, il répond au bord postérieur du cartilage thyroïde, le plus souvent à son tiers inférieur, plus rarement à son tiers moyen. Il est, comme la base, en rapport avec de nombreuses veines qui proviennent, les unes de la face externe, les autres
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de la face interne de la glande. C’est à son niveau ou un peu en avant de lui que l’artère thyroïdienne supérieure aborde le corps thyroïde.
C. Faces. — Les trois faces du lobe thyroïdien se distinguent en externe, interne et postérieure (voy. fig. 837) :
a. Face interne. — La face interne, concave, embrasse successivement : 1° sur un premier plan , les parties latérales de la trachée et du cartilage cricoïde, la partie intérieure et latérale du cartilage thyroïde ; 2° sur un plan plus profond , les parties correspondantes du pharynx et de l’œsophage. Ces rapports, on le voit, ont une grande importance : ils nous expliquent la gêne, souvent très considérable, apportée à la respiration et à la déglutition par certains goitres qui, en se
Coupe transversale du cou passant par l’isthme du corps thyroïde (sujet congelé, segment inférieur de ta coupe, vu d’en haut).
1, corps thyroïde, avec sa capsule fibro-celluleuse. — 2, trachée-artère. — 3, œsophage. — 4, carotide primitive.
— 5, jugulaire interne. — 6, pneumogastrique. — 7, 7’, nerfs récurrents gauche et droit. — 8, veines thyroïdiennes.
— 9, sterno-thyroïdien. — 10, sterno-cléido-hyoïdien. — 11, omo-hyoïdien. — 12, sterno-cléido-mastoïdien. — 13, peaucier. — 14, aponévrose cervicale superficielle. — 15, aponévrose cervicale moyenne. — 16, muscles prévertébraux, avec l’aponévrose prévertébrale. — 17, jugulaire antérieure. — 18, scalène antérieur. — 19, grand sympathique. — 20, artère et veines vertébrales. — 21,. colonne vertébrale.
développant en dedans du côté de la ligne médiane, compriment le conduit aérifère et le conduit digestif et, de ce fait, réduisent plus ou moins leur calibre.
b. Face externe. — La face externe, convexe, est recouverte par une couche musculaire, que constituent, en allant des parties profondes vers les parties superficielles : 1° sur un premier plan, le sterno-thyroïdien avec sa gaine aponévrotique ; 2° sur un deuxième plan, le sterno-cléido-hyoïdien et l’omo-hyoïdien, revêtus eux aussi de leur gaine aponévrotique ; 3° sur un troisième plan, le sterno-cléidomastoïdien. Sur cette couche musculaire s’étale l’aponévrose cervicale superficielle, et, sur cette aponévrose, le tissu cellulaire sous-cutané, le peaucier et la peau.
c. Face postérieure. — La face postérieure, la moins étendue des trois ( bord postérieur de quelques auteurs), regarde en arrière et un peu en dehors. Elle est en rapport avec le paquet vasculo-nerveux du cou et, tout particulièrement avec la carotide primitive, qui la longe de bas en haut et qui, le plus souvent, se creuse sur elle, pour son passage, un sillon plus ou moins profond. Ces rapports de la thyroïde avec la carotide primitive sont intimes : il n’existe, en effet, entre
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la glande et le vaisseau, que la mince couche de tissu conjonctif qui forme la gaine des vaisseaux du cou. Rappelons, en passant, que la jugulaire interne est placée immédiatement en dehors de la carotide et que le pneumogastrique chemine dans l’espèce d’angle dièdre que délimitent, en arrière, les deux vaisseaux.
D. Bords. — Des trois bords des lobes thyroïdiens, l’un est antérieur , le second postéro-externe , le troisième postèro -interne :
a. Bord antérieur. — Le bord antérieur, relativement mince, se dirige obliquement de haut en bas, d’arrière en avant et de dehors en dedans. C’est lui qui forme, avec le bord antérieur du côté opposé et le bord supérieur de l’isthme, l’échancrure supérieure du corps thyroïde. Il répond successivement, en allant de haut en bas, à l’aile du cartilage thyroïde, au muscle crico-thyroïdien, au cartilage cricoïde. Le long de ce bord cheminent (fig. 835) l’artère crico-thyroïdienne et la branche externe du nerf laryngé supérieur (laryngé externe).
b. Bord postéro-externe. — Le bord postéro-externe, tantôt mince et tranchant, tantôt arrondi et mousse, répond à la face antérieure de la jugulaire interne, plus rarement à son côté externe.
c. Bord postéro-interne. — Le bord postéro-interne, ordinairement plus épais, s’insinue entre la carotide, qui est en dehors, et le conduit laryngo-trachéal, qui est en dedans. Il se dirige ainsi vers le pharynx et l’œsophage, avec lequel il présente des rapports plus ou moins intimes. Nous ferons remarquer à ce sujet que, par suite de la déviation à gauche du conduit œsophagien, les rapports de la thyroïde avec ce conduit sont toujours plus intimes du côté gauche que du côté droit. Le bord postéro-interne de la thyroïde est encore en rapport : 1° avec l’artère thyroïdienne inférieure et sa branche postérieure (voy. plus loin) ; 2° avec le nerf récurrent qui, comme on le sait, suit un trajet ascendant, le gauche sur la face antérieure de l’œsophage, le droit dans l’espace angulaire que forment en s’unissant l’un à l’autre l’œsophage et la trachée.
§ 1 II .— Thyroïdes accessoires
Nous désignerons sous le nom de thyroïdes accessoires de petites masses glandulaires, de forme et de dimensions variables, qui se développent au voisinage de la thyroïde et qui présentent la même structure fondamentale que cette dernière.
1° Classification. — Elles se distinguent, d’après leur situation, en préhyoïdiennes, sus-hyoïdiennes et sousrhyoïdiennes :
a. Thyroïdes accessoires préhyoïdiennes. — Les thyroïdes préhyoïdiennes se trouvent situées, comme leur nom l’indique, au-devant de l’os hyoïde. Des faits de cette nature ont été observés depuis longtemps par Kadyi (1879) et, plus récemment, par Streckeisen (1886). Ce dernier auteur insiste tout particulièrement sur ce point que les thyroïdes accessoires qui se développent au niveau de l’os hyoïde, se trouvent situées sur un plan antérieur à cet os.
b. Thyroïdes accessoires sus-hyoïdiennes. — Parmi les thyroïdes sus-hyoïdiennes nous signalerons, comme étant la plus connue, celle dite glande d,e Zuckerkandl (fig. 838, 9), qui se trouve placée immédiatement au-dessus de l’os hyoïde, dans l’interstice celluleux qui sépare les deux muscles génio-hyoïdiens. Sreckeisen a signalé cette glande dans 27 p. 100 des cas. Elle se présente habituellement sous la forme d’une petite masse sphérique, de coloration jaunâtre, d’un volume
CORPS THYROÏDE 909
rappelant celui d’un grain de chènevis. Elle est entourée par une enveloppe celluleuse et se trouve rattachée à l’os hyoïde par une sorte de pédicule.
c. Thyroïdes accessoires sous-hyoïdiennes. — Les thyroïdes accessoires soushyoïdiennes se développent de préférence au-devant de la membrane thyro-hyoïdienne ou sur la face antérieure des deux cartilages thyroïde et cricoïde. Elles remplacent d’ordinaire tout ou partie de la pyramide de Lalouette.
Il est des cas où, au lieu et place de la pyramide, se disposent en sens longitudinal trois ou quatre thyroïdes acccessoires réunies les unes aux autres par de simples tractus conjonctifs : on dirait, suivant la remarque de Streckeisen, une pyramide divisée par des étranglements en trois ou quatre segments superposés. Une autre variété de thyroïdes accessoires sous-hyoïdiennes est constituée par ce fait que l’isthme de la thyroïde est remplacé par une petite masse médiane complètement indépendante et du lobe gauche et du lobe droit.
On peut, enfin, rencontrer des thyroïdes accessoires au-dessous de la thyroïde normale et nous signalerons , à ce sujet, celle décrite par Wôlfler un peu au-dessus de la crosse de l'aorte, la glande sus-aortique de Wôlfler.
2° Signification morphologique. — Pour interpréter comme elles le méritent les formations aberrantes ci-dessus décrites, il importe de se rappeler l’origine de la thyroïde médiane. La thyroïde médiane se développe aux dépens d’un bourgeon impair et médian de l’épithélium bucco-pharyngien, qui se porte d’arrière en avant et de haut en bas jusqu'au bulbe aortique. C’est à l’extrémité inférieure de ce bourgeon épithélial que se forme la glande. Le reste du bourgeon prend alors l’aspect d’une sorte de long pédicule, creux d’abord (canal), plein ensuite (cordon), rattachant l’organe nouvellement formé à l’épithélium bucco-pharyngien.
Le pédicule épithélial de la thyroïde médiane disparaît ensuite au cours du développement. Mais sa persistance, partielle ou totale, est extrêmement fréquente et, dans ce cas, il se présente naturellement sous deux formes, rappelant chacune l’un des deux stades embryonnaires* précités : sous forme de canal ou sous forme de cordon. Dans le premier cas, c’est le canal tliyrèo-glosse de His ; dans le second cas, c’est le cordon ou tractus thyréo-glosse.
Le canal ou le tractus thyréo-glosse, quand il existe chez l’adulte, commence en haut au niveau du foramen cæcum, où depuis longtemps déjà, Morgagni d’abord (1741), puis Bochdaleck (1866), ont signalé l’existence (dans 1/4 des cas environ, dans 1/10 des cas, d’après Bland Sutton, 7 fois sur quarante cas d’après Chemin), d’un étroit conduit qui descendait dans l’épaisseur de la langue et que l’on désigne ordinairement, en France, sous le nom de canal de Bochdaleck. Ce conduit, qui naît le plus souvent en arrière de la papille caliciforme du foramen cæcum, plus rarement en avant d’elle, « est richement pourvu de glandes muqueuses ; il possède un épithélium cylindrique à cils vibratiles et envoie en avant un ou plusieurs
Fig. 8H8.
Thyroïdes accessoires (schématique).
1, trachée. — 2, cartilage thyroïde. — 3, muscle thyro-hyoïdien. — 4, mylo-hyoïdien érigné en bas. — 5, génio-hyoïdien. — 0, os hyoïde. — 7, corps thyroïde. — 8, 8’, deux thyroïdes accessoires sous-hyoïdiennes. — 9, thyroïde accessoire sus-hyoïdienne.
GLANDES A SECRETION INTERNE
diverticules tapissés par le même épithélium et recevant de fins canalicules analogues à des acini glandulaires : ces canalicules sont contenus dans l’épaisseur des
muscles génio-glosses et leur longueur peut atteindre 4 millimètres ». Le canal de Bochdaleck n’est que la partie toute supérieure du tractus thyréo-glosse de His; De la région du foramen cæcum, le tractus thyréoglosse descend dans le septum médian de la langue, puis dans la membrane hyo-glossienne et arrive ainsi au bord supérieur de l’os hyoïde. Poursuivant alors son trajet descendant, il .passe en arrière de cet os (en avant d’après certains auteurs) et gagne le sommet de la pyramide de Lalouette, qui le rattache à l’isthme thyroïdien.
Revenant maintenant à nos thyroïdes accessoires, nous constatons que, quels que soient leur siège, leur forme et leurs dimensions, elles se développent toujours sur le trajet du tractus thyréo-glosse et, lorsque ce tractus existe, lui sont intimement unies. Constater ce fait, c’est, du même coup, dégager la signification morphologique des thyroïdes accessoires : ces thyroïdes accessoires ne sont autre chose que des formations surnuméraires ou aberrantes, qui se sont développées aux dépens de l’ébauche de la thyroïde médiane ou de son pédicule.
Voilà pourquoi les thyroïdes accessoires possèdent la même structure que la thyroïde normale. Voilà pourquoi, encore, elles nous présentent les mêmes réactions pathologiques et notamment les mêmes dégénérescences: dégénérescence kystique, dégénérescence hypertrophique constituant le goitre des thyroïdes accessoires, etc.
Il est un fait qui s’accorde mal, en apparence tout au moins, avec l'interprétation morphologique qui précède : c’est que les thyroïdes accessoires qui apparaissent au niveau de l’os hyoïde se placent manifestement en avant de cet os (thyroïdes préhyoïdiennes), tandis que le tractus thyréo-glosse passe en arrière. Les recherches de His nous expliquent nettement ces deux faits, en apparence contradictoires. Le tractus thyréo-glosse, on le sait, précède dans son apparition l’os hyoïde et ses différents éléments. Or, sur une coupe sagittale d’un embryon humain de It> millimètres, His a constaté que l’ébauche de l’os hyoïde passait parle centre de la chaîne épithéliale représentant le tractus thyréo-glosse, de telle sorte qu'une partie de l’épithélium était rejetée en avant de l’os hyoïde tandis que l’autre partie se trouvait en arrière. Ainsi s’explique la possibilité, pour les thyroïde accessoires : 1° de se montrer en avant de l’os hyoïde, c’est le cas des thyroïdes préhyoïdiennes de Kadyi et de Streckeisen ; 2° de se développer en arrière, c’est le cas de la pyramide de Lalouette, lorsque cette pyramide remonte jusqu’à la langue.
Le tractus thyréo-glosse chez l’adulte.
1, base de la langue. — 2, foramen cæcum, avec 2’, papille caliciforme. — 3, os hyoïde. — 4. larynx.
— 5, trachée. — 6, corps thyroïde.
— 7, pyramide de Lalouette. — 8, tractus thyréo-glosse, avec : 8’, sa portion sus-hyoïdienne ; 8”, sa portion rétro-hyoïdienne ; 8”’, sa portion sous-hyoïdienne (ligament suspenseur de la pyramide), fusionnée avec la pyramide de Lalouette.
§ 1Y. — Constitution anatomique
Envisagée au point de vue de sa constitution anatomique, la thyroïde nous présente, comme toutes les glandes à sécrétion interne, les deux éléments suivants : 1° un élément de soutien, constituant le stroma conjonctif ; 2° un élément sécréteur, représentant le tissu propre de V organe. Nous ne parlerons pas ici des vaisseaux et des nerfs , auxquels nous consacrerons un paragraphe à part.
1° Stroma conjonctif. — Le stroma conjonctif forme, tout d’abord, à la glandé
CORPS THYROÏDE
thyroïde une enveloppe mince et continue, qui n’est qu’une dépendance de la cap-
sule fibreuse ci-dessus décrite.
De la face interne de cette enveloppe partent une multitude de prolongements (fig. 840,3) qui, sous forme de cloisons et de sous-cloisons ( septa et septula), pénètrent dans l’épaisseur de l’organe et le divisent en une série de petites masses, arrondies ou oblongues, souvent polyédriques par pressions réciproques, mesurant de 0mm,5 à 1 millimètre de diamètre : ce sont les lobules thyroïdiens , et les cloisons conjonctives qui les séparent les uns des autres prennent, de ce fait, le nom de cloisons interlobulaires .
Les cloisons interlobulaires, à leur tour, envoient dans l’épaisseur des lobules d’autres cloisons , extrêmement délicates, lesquelles décomposent ces lobules en un certain nombre de formations plus petites, que l’on désigne indistinctement sous le nom de grains thyroïdiens , de vésicules thyroïdiennes, de follicules thyroïdiens. On leur donne encore quelquefois le nom d 'acini, dénomination basée sur l’analogie, bien réelle comme nous le verrons plus loin, qui existe entre les grains en question et les cùls-de-sac sécréteurs des glandes en grappes.
Histologiquement, le stroma thyroïdien se compose essentiellement de faisceaux du tissu conjonctif , auxquels
s’ajoutent des fibres élastiques et, dans les parties toutes superficielles de la glande, un certain nombre d’ éléments adipeux. Ici, comme dans les autres formations glandulaires, le tissu conjonctif, soit interlobulaire, soit interacineux, sert de soutien aux vaisseaux et aux nerfs de l’organe.
Fig. 840.
Coupe du corps thyroïde.
1,1, 1, 1, follicules du corps thyroïde (leur contenu colloïde, légèrement rétracté, se trouve séparé par une fente étroite de la paroi épithéliale). — 2, 2, vaisseaux capillaires. — 3, stroma conjonctif.
2° Tissu propre : follicules thyroïdiens. — Nous venons de voir que la thyroïde est décomposable en une multitude de petites masses, morphologiquement équivalentes, les follicules thyroïdiens. Le follicule devient ainsi l’élément essentiel de la glande thyroïde : il est à celle-ci ce que le lobule hépatique est au foie, ce qu’est le lobule pulmonaire au poumon, ce qu’est l’acinus sécréteur à une glande en grappe. Nous pouvons donc regarder la thyroïde comme un composé de follicules ou bien encore considérer le follicule comme une thyroïde, petite mais complète, comme une thyroïde minuscule.
A. Forme et dimensions. — Les follicules thyroïdiens mesurent de 30 à 100 tu de diamètre : ils sont, en général, un peu plus volumineux chez le vieillard que chez l’enfant. Vus en coupe, ils sont délimités par un contour arrondi ou ovalaire, d’où
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
cette conclusion, qu’on trouve partout, que les follicules thyroïdiens ont une forme sphérique ou ovoïde. Les recherches de Streiff (reconstitution en cire des follicules d’après les aspects successifs qu’ils prennent sur des coupes sériées d’épaisseur connue) établissent, cependant, que quelques-uns sont manifestement tubuleux et que beaucoup présentent des renflements ampullaires ou même de véritables diverticulums.
B. Structure. — Quelles que soient leur forme et leurs dimensions, les follicules thyroïdiens nous présentent tous la même structure. Chacun d’eux, en effet, se compose: 1° d’une membrane propre ; 2° d’un épithélium ; 3° d’un contenu.
a. Membrane propre. — La membrane propre, admise par certains auteurs, rejetée par d’autres, a été parfaitement mise en évidence par Rivière (Th. de Lyon, 1893) : elle est mince, transparente, complètement homogène, d'une épaisseur de 1 jj. et demi environ. Elle est l’homologue de la membrane vitrée, qui, dans les acini des glandes tubuleuses ou en grappe, sert de base à l’épithélium sécréteur et le sépare des vaisseaux.
b. ÊmthéUum. — L’épithélium thyroïdien Forme, à la surface interne de la
membrane propre, un revêtement continu. Il est constitué par une couche unique de cellules prismatiques, dont la hauteur varie suivant les espèces animales, suivant l’âge du sujet et, sur le même sujet, suivant les conditions physiologiques du moment.
Langendorff les partage (fig. 841) en deux catégories : cellules principales et cellules colloïdes. — Les cellules principales (Hauptzellen de Langendorff) sont de beaucoup les plus nombreuses. Ce sont des cellules à contours nettement limités, à protoplasma clair, finement strié en sens longitudinal, ne renfermant çà et là que de rares granulations. Chacune d’elles possède un noyau, lui aussi relativement clair, de forme arrondie ou ovalaire. — Les cellules colloïdes (Colloidzellen de Langendorff) sont plus rares : on en compte ordinairement 1 pour 3 ou 5 cellules principales. Elles se distinguent des précédentes par leur teinte foncée, par l’état granuleux de leur protoplasma et aussi par ce fait que, en présence des réactifs colorants, elles se comportent exactement comme la substance colloïde.
Malgré cette diversité d’aspects, les cellules principales et les cellules colloïdes ne sont pas des éléments que l’on doive considérer comme essentiellement distincts. Elles ont, au contraire, la même origine et la même valeur morphologique, et, si elles sont si différentes dans leurs caractères extérieurs, c’est qu’elles se trouvent, en tant qu’organes sécréteurs, à des stades différents de leur évolution physiologique , la cellule principale représentant l’élément à l’état dé repos, la cellule colloïde représentant ce même élément à l’état d’activité. Du reste, entre ces deux états, qui sont des états extrêmes, se trouvent tous les intermédiaires.
Fig. 841.
Coupe, transversale de la thyroïde d’un chien de huit semaines (d’après Schmid).
On voit sur le revêtement des follicules, des cellules principales et des cellules colloïdes à divers stades de développement.
Les cellules thyroïdiennes, analogues en cela aux cellules épithéliales des glandes à sécrétion externe, jouissent d’une activité propre, dont le résultat est l’apparition dans le protoplasma cellulaire et le rejet au dehors d'un certain nombre de produits nouveaux, qui sont leurs produits de sécrétion. La cellule, au cours de l’acte sécrétoire, subit naturellement un certain nombre de transformations structurales, qui ont été soigneusement étudiées, en 1894, par Andersson. Cet his-
corps thyroïde
Fig. 842.
L’épithélium thyroïdien chez un lapin de quatre mois : A, follicule à l'état de repos; B, une partie du follicule à l’état de suractivité, provoquée par une injection de pilocarpine (d’après Andersson).
On voit nettement, en comparant ces deux figures, que dans la figure B les cellules sont plus longues, qu’elles bombent par leur extrémité interne vers la cavité du follicule et, enfin, que leur protoplasma renferme une multitude de gouttelettes représentant la substance colloïde (chromophobe!.
tologiste provoquait l’activité sécrétoire de la thyroïde chez les animaux par des injections de pilocarpine. Il enlevait alors la glande et examinait l’état de scs follicules. Puis, extirpant la thyroïde à des animaux de môme espèce et de même âge, auxquels il n’avait pas injecté de pilocarpine, il étudiait de même l’épithélium folliculaire.
Cette étude comparative d’une glande fonctionnant normalement avec la même glande placée artificiellement en état d’hyperactivité, ont amené Andersson à distinguer, dans l’évolution physiologique de l’épithélium thyroïdien, les trois phases successives suivantes (Gg. 842). — L& première phase répond à la cellule à l'état de repos. Les cellules thyroïdiennes ont des dimensions relativement petites et, d’autre part, se trouvent délimitées du côté de la cavité folliculaire par un contour rectiligne. Le protoplasma est fortement strié dans
le sens de la longueur de l’épi Ihélium. Le noyau est à la périphérie, tout contre la membrane propre. — - La deuxième phase est marquée par Y apparition du produit de sécrétion chromophobe . La cellule augmente de hauteur et son extrémité interne, plane tout à l'heure, bombe maintenant dans la cavité folliculaire. Le noyau, abandonnant la région de la base, vient se placer à la partie moyenne du corps cellulaire, situation qu’il conservera désormais. Dans le protoplasma apparaissent de nombreuses gouttelettes d'une substance spéciale, qui se colore difficilement et que, pour cette raison, Andersson a appelée substance chromophobe. Ces gouttelettes, d’abord toutes petites grossissent ensuite, soit par apport de particules nouvelles, soit par fusion de deux ou trois gouttelettes voisines : elles se rapprochent peu à peu de l’extrémité interne de la cellule, qu’elles soulèvent et, finalement, s’en échappent, pour tomber dans la cavité folliculaire. — La troisième phase est marquée par Vapparition du produit de sécrétion chromophile. Dans le corps cellulaire apparaissent de petites sphères d’une autre substance qui, celle-là, contrairement à la précédente, présente beaucoup d’affinités pour les colorants : c’est la substance chromophile. Ces sphérules chromophiles, que circonscrit une aire claire, grossissent peu à peu. Peu à peu aussi, elles se rapprochent de la cavité folliculaire et, comme les grains chromophobes, tombent dans cette cavité. La cellule thyroïdienne, une fois débarrassée de son double produit de sécrétion, revient sur elle-même, reprend sa teinte claire et son aspect strié ; c’est, de nouveau, une cellule au repos , un retour par conséquent à la phase initiale.
Comme on le voit, les cellules épithéliales de la thyroïde élaborent, par un double processus, deux substances profondément différentes (fig. 843) : l'une, la substance chromophobe, prend naissance directement dans le protoplasma cellulaire sous forme de gouttelettes hyalines ; l’autre, la substance chromophile est d origine nucléaire et se forme comme les grains de zymogène dans les glandes à ferment. La première de ces deux substances constitue la matière colloïde. La seconde . est vraisemblablement un ferment, le ferment thyroïdien , dont la nature, comme les propriétés, sont encore à déterminer.
Dans un travail plus récent (1897), Galeotti a confirmé les conclusions d'ANDERssoN touchant la double sécrétion des cellules thyroïdiennes. 11 a établi, en outre, que certaines substances toxiques activent l’une ou l’autre de ces deux sécrétions, ou bien les deux à la fois C’est ainsi que la leucine, l'urine humaine et la neurine déterminent une hypersécrétion des gouttelettes hyalines. Par contre, les injections de bile ou de sels biliaires augmentent la production des grains chromophiles. Enfin, la créatine, la xanthine et les produits de la putréfaction ont la propriété d’activer à la fois la production des grains chromophiles et celle des gouttelettes chromophobes.
Deux cellules thyroïdiennes de la tortue (d’après Galkotti).
Ces deux cellules nous présentent à la fois : 1° à leur partie moyenne, «le grosses boules de substance chromophobe : 2» un peu partout des granulations chromophiles (colorées en rougei, dont les plus grosses se trouvent situées au voisinage de l'extrémité interne.
c. Contenu du follicule. — La cavité du follicule thyroïdien est délimitée sur tout
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 113
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
son pourtour par l’épithélium sécréteur. Elle est comblée par une substance spéciale, molle, transparente, de coloration jaunâtre, complètement amorphe: c’est la substance colloïde ( thyro-collnïdine de Renaut).
Le carmin colore la substance colloïde en rose ; l’éosine hématoxylique, tantôt en rose, tantôt en violet, réaction variable, qui ne peut s’expliquer que par une composition également variable de la substance en question. Sous l’action de l’alcool fort, la substance colloïde se coagule en une masse homogène et réfringente : elle subit en même temps un mouvement de retrait, de telle sorte qu’il existe alors (fig. 840, l), entre le bloc colloïde et l’épithélium folliculaire, entre le contenant et le contenu, un espace libre, • délimité le plus souvent du côté du contenu par une ligne irrégulière, onduleuse ou même festonnée. La colloïde se coagule encore sous l’action de la chaleur: comme tout à l’heure, elle se rétracte en donnant lieu à la formation de vacuoles. Gomme le fait remarquer Lübcke, plus la colloïde est diluée, plus les vacuoles sont grandes et nombreuses : celles-ci représentent en quelque sorte de l’eau de condensation.
La composition de la substance colloïde n’est pas encore bien élucidée. Cette substance renferme, en tout cas, avec une forte proportion d’eau et quelques sels, les deux produits de sécrétion des cellules : le produit de sécrétion chromophobe et le produit de sécrétion chromophile. Elle peut contenir aussi des débris de cellules épithéliales ou même des cellules complètes, détachées de la paroi. On a signalé, enfin, l’existence de globules sanguins plus ou moins altérés.
Envisagée au point de vue de la chimie biologique, la colloïde se compose de deux substances principales (O^wald). L'une, plus ou moins riche en iode, est une tbyréoglobuline : sous l’influence des acides qui la décomposent, elle fournit Viodothyrine de Roos et Baumann. L’autre est une nucléoprotéide, ne présentant pas d’iode, mais renfermant par contre du phosphore et de l’arsenic.
C. Rapports des follicules entre eux. — Pour laplupart des auteurs, les follicules du corps thyroïde seraient absolument clos. Contrairement à cette opinion, Boéchat
et, après lui, Zeiss et Hitzig ont admis qu’ils pouvaient communiquer et, au fait, qu’ils communiquent fréquemment les uns avec les autres. Nous rappellerons à ce sujet que certains follicules présentent des diverticulums plus ou moins étendus, qui, toujours, sont en communication avec le follicule dont ils émanent. Schmid a établi, dans des recherches relativement récentes (1896), que les éléments épithéliaux peuvent, sur certains points, s’atrophier et disparaître par une sorte de liquéfaction. Cette atrophie, si elle se produit simultanément sur les deux surfaces épithéliales adossées, a naturellement pour conséquence la disparition, sur le même point, de la cloison qui sépare deux follicules voisins : et voilà comment deux follicules, primitivement indépendants, arrivent, grâce au processus que nous venons d’indiquer (fig. 844), à communiquer directement l’un avec l’autre.
D. Excrétion du contenu des follicules. — On admet généralement aujourd’hui
Fig. 844.
Follicules thyroïdiens d’un chien de huit semaines (d’après Schmid).
On voit, sur cette figure, deux follicules communiquant l’un avec l’autre, par suite de la régression partielle de la cloison qui les séparait primitivement.
CORPS THYROÏDE
que les produits de sécrétion de la thyroïde, représentés par la substance colloïde, s’échappent dans le système lymphatique. Toutefois, le mécanisme en vertu duquel s’opère ce passage de la cavité du follicule dans les lymphatiques périfolliculaires n’est pas encore bien connu.
Andersson suppose que, par suite de l’atrophie dont les cellules épithéliales sont le siège, des solutions de continuité surviennent dans leur intervalle, à travers lesquelles le contenu du follicule s’écoulerait dans les espaces lymphatiques : là, la substance colloïde serait diluée par la lymphe, perdrait ainsi sa consistance caractéristique et serait alors entraînée dans le torrent circulatoire.
Hurthle, de son côté, admet que, sous l’influence de la tension progressive du contenu folliculaire, des méats s’ouvrent entre les cellules du revêtement épithélial, méats à travers lesquels la substance colloïde s’échappe de sa cavité pour passer de là dans les lymphatiques. Ce n’est là encore que pure hypothèse.
Renaut n’a jamais rencontré, ni trous, ni lacunes, ni méats, même quand le follicule était très volomineux et surdistendu par le produit de sécrétion, et il en conclut que ce dernier passe dans les lymphatiques uniquement par dialyse.
§ Y. — Vaisseaux et nerfs
1° Artères. — Le corps thyroïde possède une vascularisation très riche, attestant nettement que les fonctions de cet organe, pour être encore mal connues, n’en sont pas moins très actives et par conséquent très importantes. Quatre artères volumineuses (fig. 845), deux de chaque côté, alimentent ses réseaux capillaires : ce sont les thyroïdiennes supérieures , branches de la carotide externe, et les thyroïdiennes inferieures , branches de la sous-clavière. A ces quatre artères, qui sont constantes, s’ajoute parfois (une fois sur dix) une cinquième artère, celle-ci impaire et médiane, la thyroïdienne moyenne ou thyroïdienne de Neubauer.
Nous avons déjà décrit, dans le tome II (voy. Angéiologie), ces différents troncs artériels et les nombreuses branches qu’ils fournissent à la thyroïde. Nous nous contenterons ici de les rappeler. — La thyroïdienne supérieure , après avoir fourni les deux laryngées supérieure et inférieure, aborde le corps thyroïde au niveau de son sommet.
Elle se divise généralement en trois branches : 1° une branche interne, qui descend obliquement le long du
Fig. 845.
Artères du corps thyroïde, vue antérieure.
1, corps thyroïde, avec 1\ pyramide de Lalouelte. — 1. trachée. — 3, cartilage thyroïde. — 4. membrane crico-thyroïdienne. — 5, membrane thvro-hyoïdienne. — fi, artère thyroïdienne inférieure, avec : 7, sa branche postérieure : 8, sa branche profonde ; 9, sa branche inférieure. — 10. artère thyroïdienne supérieure, avec: il, sa branche postérieure; 12, sa branche intene; 13, sa branche anléro-cxternc . — 14, artère laryngée supérieure. — 15, artère laryngée-inférieure ou crico-thyroïdienne. — 16, artère thyroïdienne de Necbaber (artère anormale' .
916 GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
bord antérieur de l’organe et vient s’anastomoser, an niveau de l’isthme, avec la branche similaire du côté opposé; 2° une’ branche externe , qui se jette sur la face externe du lobe latéral correspondant et s’y ramifie ; 3° une branche postérieure , qui descend sur le côté postéro-interne du lobe latéral, entre celui-ci et la trachée. — La thyroïdienne inférieure aborde la thyroïde au niveau de sa base, sur un point plus rapproché de sa partie postérieure que de sa partie antérieure. Elle se résout, comme la précédente, en trois branches terminales, savoir : 1° une branche inférieure , qui longe horizontalement le bord inférieur du corps thyroïde et s’anastomose, sur la ligne médiane, avec celle du côté opposé; 2° une branche postérieure, qui monte le long de son bord postérieur et s’anastomose avec la branche correspondante de la thyroïdienne supérieure; 3° une branche profonde, enfin, qui se porte sur la face interne du corps thyroïde. — La thyroïdienne de Neubauer , quand elle existe, aborde la thyroïde au niveau du bord inférieur de l’isthme. Elle s’anastomose, à la fois, avec la branche inférieure des deux thyroïdiennes inférieures et avec la branche interne des deux thyroïdiennes supérieures.
Ces différentes artères thyroïdiennes, avec leurs nombreuses ramifications, cheminent tout d’abord, irrégulièrement flexueuses, à la surface extérieure de l’organe, dans l’épaisseur de sa capsule conjonctive. Puis, pénétrant dans son épaisseur, elles suivent les cloisons, ci-dessus décrites, qui séparent les lobes et les lobules, en se divisant successivement en des rameaux de plus en plus nombreux, mais de plus en plus grêles. Finalement, elles forment autour des follicules un réseau capillaire à mailles très serrées, qui se place immédiatement en dehors de la paroi propre et entoure le follicule comme le ferait un filet.
Nous avons -vu plus haut que les différentes branches des troncs thyroïdiens s’anastomosaient entre elles à la surface de l’organe, sur le côté correspondant d’abord, puis d’un eôté à l’autre. Ces anastomoses, indéniables à la phériphérie de la glande, existent-elles aussi dans son épaisseur?
Hyrtl et Anna Bégoune répondent par la négative : pour eux, les branches artérielles qui pénètrent dans la thyroïde auraient le caractère terminal et les anastomoses intra-glandulaires n’existeraient paè. Ainsi formulée, cette opinion est trop exclusive. Les artères thyroïdiennes s’anastomosent réellement le long des cloisons conjonctives qui leur servent de soutien : mais il convient d’ajouter que ces anastomoses intra-glandulaires sont relativement rares, le plus souvent très fines et, partant, d’une injection assez difficile.
La question des rapports de l’artère thyroïdienne inférieure, avec le nerf récurrent a pris dans ces dernières années une certaine impor-
Rapports des nerfs récurrents et des arlères thyroïdiennes inférieures.
1, pharynx. — 2, ti'achée. — 3, 3, corps thyroïde. — 4, aorte. — 5. carotide primitive. — 6. sous-clavière. 7, thyroïdienne inférieure. — 8,8’. nerfs récurrents gauche et droit (le gauche passe en arrière des branches artérielles ; le droit s’engage dans une sorte de fourche formée par deux branches de la thyroïdienne, dont l’une, l’inférieure, passe en arrière du nerf, l’autre, la supérieure, passe en avant).
COUPS THYROÏDE
tance, en raison des interventions chirurgicales plus nombreuses sur la glande thyroïde. Il est malheureusement impossible de reconnaître à cette disposition un type constant. La situation variable du récurrent d’une part, d’autre part les variations que présente la thyroïdienne inférieure dans sa direction et son mode de ramescence expliquent sulïisammcnt la multiplicité des types décrits par les divers auteurs.
D’après Rocher ( Arch . f. /clin. Chir., 1883) « le nerf laryngé inférieur, au moment où il atteint le niveau du corps thyroïde, est situé derrière les plexus veineux de l’artère thyroïdienne qui recouvrent la face postérieure de la glande ». Pour Wolfler, le récurrent chemine en avanl du tronc de l’artère thyroïdienne inférieure. Rotter (Arch. f. klin Chirurg., 1883), sur une statistique de 13 préparations a vu, dans un tiers des cas, l’artère antérieure au nerf ; dans un autre tiers, l’artère est postérieure ; dans le reste des cas, l’artère est déjà divisée en branches et le nerf traverse leur entrecroisement. Drobnik (Wien. med. Wochenschr . . 1887) et Taguchi (Arch. f. Anat. u. Phys., 1889) concluent à la même variabilité et, par conséquent, à la non-existence d’un type constant.
Une notion nouvelle a été fournie par Jaboulay et Viclard (Lyon médical, 1893), qui ont insisté sur la différence de disposition à droite et à gauche, le récurrent droit, comme on le sait, étant généralement situé sur un plan plus antérieur que le récurrent gauche : à droite, le nerf passe le plus souvent en avant de l’artère; à gauche, il passe en arrière (voy. fig. 846). Quand l’artère est déjà divisée, le nerf s'entremêle à ses rameaux, en affectant toujours, sur le côté droit, une disposition plus antérieure.
Il n’existe donc pas de type habituel dans les rapports du récurrent et de l’artère thyroïdienne. La seule notion persistante est celle de leur contact très immédiat au voisinage de la trachée. Le chirurgien en doit conclure que, pour éviter les accidents paralytiques provoqués par la ligature simultanée du nerf et de l’artère, on devra toujours lier l’artère le plus loin possible en dehors de la trachée.
2° Veines. — Nées des réseaux périfolliculaires, les veines de la thyroïde se dirigent vers la surface extérieure de l’organe, en suivant, comme les artères, mais en sens inverse, les espaces interlobulaires. Arrivées à la périphérie de la glande, elles s’anastomosent les unes avec les autres, de façon à former tout autour de l’organe, mais principalement au-devant de lui, un riche plexus, le plexus thyroïdien (fig. 847). Les veines qui en émanent sont toujours très irrégulières, plus irrégulières que les artères. Nous pouvons cependant, d’après la direction qu’elles prennent, les diviser en trois groupes : 1° veines thyroïdiennes supérieures; 2° veines thyroïdiennes inférieures ; 3° veines thyroïdiennes moyennes. Disons tout de suite que toutes les veines thyroïdiennes, dans leur portion extra-glandulaire comme dans leur portion intra-glandulaire, sont dépourvues de valvules et, par conséquent, sont remplies facilement par une injection poussée du tronc vers les rameaux d’origine.
a. Veines thyroïdiennes supérieures. — Les veines thyroïdiennes supérieures (fig. 847,10’) répondent assez bien aux artères de même nom. Elles tirent leur origine de la partie supérieure du corps thyroïde et s’en dégagent généralement au voisinage de son sommet. De là, elles se portent en haut et en dehors, avec l’artère thyroïdienne supérieure, croisent de dehors en dedans le côté antérieur de la carotide et viennent s’ouvrir dans la jugulaire interne, soit directement, soit en se jetant préalablement dans un tronc qui leur est commun avec la faciale et la linguale, le tronc thyro-linguo -facial (10). Les deux veines thyroïdiennes supérieures, la droite et la gauche, sont réunies l’une à l’autre par une anastomose transversale, la veine communicante supérieure, qui passe à la manière d’une arcade au-dessus du bord supérieur de l’isthme. Kocher, auquel nous devons une bonne description des veines thyroïdiennes ( Langenheck's Archiv , 1883), a signalé l’existence d’une anastomose perforante jetée entre cette arcade et la jugulaire antérieure.
b. Veines thyroïdiennes inférieures . — Les veines thyroïdiennes inférieures (fig. 847,16 et 17) répondent à la fois aux artères thyroïdiennes homonymes et à l’artère de Neubauer, quand celle-ci existe. — Ces veines, remarquables par leur nombre et par leur volume, émergent du corps thyroïde au niveau de son bord inférieur.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Elles sont réunies là, les unes aux autres, par des anastomoses transversales ou obliques, qui constituent les veines communicantes inférieures. — Du bord inférieur de la thyroïde, les veines thyroïdiennes inférieures descendent en arrière des muscles sterno-thyroïdiens, en s’anastomosant plus ou moins entre elles et en formant parfois un important plexus, dont les mailles, toujours irrégulières, recouvrent la face antérieure de la trachée. Elles communiquent largement, du reste,
avec le réseau veineux trachéal et, par l’intermédiaire de ce dernier, avec le réseau broncho- pulmonaire. — Finalement, les veines thyroïdiennes inférieures viennent se jeter : 1° celles de droite, dans la veine jugulaire droite ; 2° celles de gauche, dans la veine jugulaire gauche ou dans la portion initiale du tronc veineux brachio-céphalique gauche; 3° celles qui répondent à la ligne médiane, dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche. On voit parfois quelques veines thyroïdiennes inférieures gauches descendre jusqu’à la veine cave supérieure.
c. Veines thyroïdiennes moyennes. — Les veines thyroïdiennes moyennes, situées entre les supérieures et les inférieures (fig, 847,13), ne sont pas constantes. Quand elles existent, elles se détachent de la partie externe des lobes latéraux, se portent transversalement en dehors et viennent s’onvrir, après un trajet toujours très court, à la face antérieure de la jugulaire interne.
3° Lymphatiques. — La thyroïde possède un riche réseau lymphatique et cela se comprend , les lymphatiques représentant ici l’une des voies d’excrétion (la plus importante même) de l’organe glandulaire. Nous les examinerons successivement : 1° dans l’épaisseur du lobule (: réseau d’origine intralobulaire) ; 2° dans l’intervalle des lobules (, lymphatiques interlobulaires) ; 3° à la surface extérieure de la thyroïde ( réseau périthyroïdien) ; 4° en dehors de la thyroïde ( efférents du réseau péri- thyroïdien).
a. Réseau d’origine intra-lobulaire. — Les lymphatiques forment tout d’abord, en plein lobule, un riche réseau capillaire, dont les mailles enlacent comme dans une sorte de filet tous les grains folliculaires. Ces capillaires, réduits à leur couche endothéliale, sont immédiatement appliqués .contre les follicules, de telle sorte que l’épithélium thyroïdien n’est séparé des vaisseaux lymphatiques que par la paroi propre des follicules. C’est à travers cette mince paroi, devenant ainsi une sorte de dialyseur, que passent, comme nous l'avons déjà vu plus haut, les produits de sécrétion de la thyroïde pour se déverser dans le système lymphatique. Par suite
Fig. 847.
Les vaisseaux thyroïdiens, vue antérieure.
1, lobe droit du corps thyroïde. — 2, sou lobe gauche, — 3, son isthme. — 4, pvramide de Lalouette. — 5, os hyoïde. — 6, cartilage thyroïde. — 7, trachée-artère. — 8, artère carotide primitive. — 9, veine jugulaire interne. — 10, tronc veineux Ihyro-linguo-f'acial. — 10’, veine thyroïdienne supérieure. — 11, artère thyroïdienne supérieure. — 12, vaisseaux laryngés inférieurs. — 13, veine thyroïdienne moyenne. — 14, artère sous-clavière — 15, artère thyroïdienne inféi’ieure. — 16, veines thyroïdiennes inférieures latérales. — 17, veines thyroïdiennes inférieures moyennes. — 18, tronc brachiocéphalique veineux gauche. — 19, crosse de l’aorte. — 20, 20, nerfs pneumogastriques.
CORPS THYROÏDE
de ce passage, les lymphatiques péri folliculaires renferment toujours de la substance colloïde, parfaitement reconnaissable par les réactifs propres de cette substance (Biondi, Langendorff, Benaut, Regaud et Petitjean, Thaon).
b. Lymphatiques interlobulaires. — Des réseaux intra-lobulaires partent des troncules de calibre très variable, qui chemineront désormais entre les lobules. Ils courent le long des cloisons interlobulaires, en compagnie des vaisseaux sanguins, auxquels ils s’accolenjt intimement et qu’ils entourent parfois à la manière de manchons (gaines lymphatiques). Ces lymphatiques interlobulaires ne sontconstitués tout d’abord, comme les lymphatiques intra-lobulaires, que par une simple paroi endothéliale . Ce n’est que plus loin qu’ils prennent une paroi propre et, aussi des dispositions valvuloïdes : ce sont des « cloisonnements incomplets réalisant des poches irrégulières, ouvertes en aval du cours de la lymphe, mais pour la plupart insuffisantes à réaliser la clôture du vaisseau » (Renaüt). Tous les lymphatiques interlobulaires se dirigent, comme les veines de même nom à la surface extérieure de la glande.
c. Réseau péri- thyroïdien. — Au sortir de la thyroïde, les lymphatiques, en s’anastomosant les uns avec les autres, forment à la superficie de l’organe un réseau à mailles assez fines, que nous appellerons réseau péri-thyroïdien. Ce réseau, qui est placé dans l’épaisseur de la capsule, recouvre de ses mailles irrégulières toute la surface extérieure de la glande. Bartels fait remarquer que, tandis que chez l’homme une injection poussée d’un seul côté passe difficilement du côté opposé, cette même injection unilatérale, chez certains animaux (chat, lapin), remplit facilement le réseau tout entier.
d. Efférents du réseau péri-thyroïdien. — Les troncs et troncules qui émanent du réseau péri-thyroïdien se divisent, d’après leur direction, en ascendants et descendants :
a) Les troncs ascendants ou supérieurs se subdivisent à leur tour, en médians et latéraux. — Les troncs médians, au nombre de 2 ou 3, proviennent du bord supérieur de l’isthme et du bord interne des lobes latéraux. Ils se rendent, après
Lymphatiques de la thyroïde (d’après une figure de Bartels, avec quelques modifications).
1, thyroïde. — 2, os hyoïde. — 3, carotide primitive. — 4, jugulaire interne. — 5, tronc veineux brachio-céphalique. — 6, pneumogastrique. — 7, récurrent. — 8, ganglions prélaryngés. — 9, ganglions pré- et paratrachéaux. — 10, ganglions rétro sternaux. —11, ganglions de la chaîne jugulaire. — 12, tronc jugulaire droit. — 13, tronc jugulaire gauche. — 14. lymphatiques transversaux, allant des ganglions rétro-sternaux à ce dernier tronc.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
un trajet toujours très court, à un ou deux petits ganglions qui sont placés en avant du larynx, de préférence en avant et un peu au-dessus du muscle cricothyroïdien. — ■ Les troncs latéraux, beaucoup plus nombreux (de 6 à 8), répondent aux vaisseaux thyroïdiens supérieurs. Ils s’échappent du sommet des lobes ou de leur voisinage et viennent se jeter : les uns, dans un ganglion situé entre la carotide et la veine jugulaire interne, au niveau de l’angle supérieur du cartilage thyroïde; les autres, dans les ganglions qui s’échelonnent le long de la jugulaire interne et de la paroi latérale du pharynx (< ganglions cervicaux profonds).
Les troncs descendants ou inférieurs se distinguent, comme les précédents, en médians et latéraux. — Les troncs médians se détachent du bord inférieur de l’isthme. De là, ils se portent en bas vers la fourchette sternale et viennent se terminer, après un parcours variable, dans un certain nombre de ganglions qui se trouvent situés au-devant de la trachée (< ganglions prétrachéaux ) et au-dessus du thymus. Ces ganglions prétrachéaux sont en relation avec les ganglions rétrosternaux, tout particulièrement avec un groupe qui a été décrit et figuré par Bartels en arrière de l’articulation sterno-costo-claviculaire droite, à l’angle de réunion des deux troncs veineux brachio-cephaliques (fi g. 848) . Ce dernier groupe ganglionnaire donne naissance à un ou deux efférents, qui cheminent transversalement de droite à gauche au-devant du tronc brachio-céphalique veineux gauche et vont se jeter dans le canal thoracique tout près de sa terminaison. — Les troncs latéraux partent de la base et du bord postérieur de la thyroïde. Ils se portent obliquement en bas et en dehors, en passant les uns en avant, les autres en arrière du paquet vasculo-nerveux du cou et, finalement, viennent se jeter dans les ganglions cervicaux profonds.
e. Résumé : ganglions régionnaires. — En résumé, les ganglions auxquels se rendent des lymphatiques de la thyroïde (< ganglions régionnaires) sont : 1° les ganglions prélaryngés ; 2e les ganglions prétrachéaux et paratrachéaux ; 3° les glanglions cervicaux profonds, depuis le bord supérieur du cartilage thyroïde jusqu’à la partie postérieure de la clavicule.
4° Nerfs. — Les filets nerveux destinés à la thyroïde proviennent en majeure partie du sympathique cervical. Ils s’en détachent à des hauteurs différentes, mais principalement, chez l’homme, au niveau du ganglion cervical moyen et du deuxième nerf cardiaque (Drobnik, Briau). Ces filets sympathiques se jettent, en partie sur l’artère thyroïdienne supérieure, en partie et surtout sur l’artère thyroïdienne inférieure, qu’ils enlacent de leurs anastomoses, en constituant le plexus thyroïdien supérieur et le plexus thyroïdien inférieur. Ils pénètrent dans la glande avec les diverses branches des deux artères précitées.
Les deux laryngés supérieur et récurrent, participent, eux aussi, à l’innervation de la- thyroïde. Le laryngé supérieur, après avoir fourni le laryngé externe, jette sur la thyroïde deux ou trois filets importants, assez gros, faciles à suivre (Briau). Les rameaux thyroïdiens du récurrent, bien décrits par Lindemann (1891), se séparent du récurrent au moment où ce tronc nerveux est caché sous la masse thyroïdienne, au niveau des deuxième et troisième anneaux de la trachée Ils disparaissent, après un court trajet, dans la partie postéro interne de la glande.
On a signalé encore, comme se rendant à la thyroïde, des filets provenant du grand hypoglosse (Berres d’abord, puis Awtokratow), du premier cervical (FührÏ du glosso-pharyngien (Führ), du pneumogastrique (Berard). Mais ces différents
CORPS THYROÏDE 921
filets doivent être tout à fait exceptionnels. Briau déclare ne les avoir jamais rencontrés dans ses dissections.
Arrivés dans l’épaisseur de la glande, les filets nerveux thyroïdiens cheminent pour la plupart avec les vaisseaux, dans les cloisons interlobulaires ; quelques-uns, cependant, suivent un trajet indépendant. Leur mode de terminaison a été étudié, dans ces derniers temps, soit à l’aide de la méthode de Golgi, soit à l’aide de la méthode d’Ehrlich, par Crisafülli, par Trautmann, par Saceiidotti, par Andersson. Les uns se terminent sur les vaisseaux, ce sont les nerfs vasculaires ; les autres vont jusqu’aux follicules, ce sont les nerfs glandulaires. — Les nerfs vasculaires forment autour des artères des plexus périvasculaires, d’autant plus simples que ces artères sont plus petites : de ces plexus partent de fins rameaux variqueux, qui vont se terminer dans la tunique moyenne. Sur les artérioles et sur les capillaires, ce plexus est beaucoup moins serré. Il est réduit parfois, surtout au niveau des capillaires, à quelques ramuscules variqueux, qui courent le long de la paroi vasculaire en se divisant de temps à autre et en se terminant, après un trajet variable, par des extrémités libres. Les plexus périvasculaires des veines sont constitués de la même façon, mais ils sont beaucoup moins riches (Andersson). — Les nerfs glandulaires o\i sécréteurs, à leur tour, forment autour des follicules thyroïdiens de riches plexus, très compliqués, constitués par de fins rameaux variqueux. De ces plexus périfolliculaires partent des fibrilles terminales, lesquelles viennent se terminer (Andersson) sur la face externe ou basale des cellules glandulaires par une extrémité renflée en bouton.
Poincaré, qui avait déjà décrit en 1875 les plexus nerveux périvasculaires, avait signalé en même temps l’existence, sur ces plexus, de nombreux ganglions. Crisafülli, Trautmann, Sacerdotti, tout en rejetantles ganglions de Poincaré, décrivent sur le trajet des filets nerveux thyroïdiens de nombreuses cellules ganglionnaires, de dimensions variées, de forme irrégulière, émettant des prolongements (de 2 à 5), qui s’entrecroisent avec les fibrilles nerveuses (Sacerdotti). Andersson a vainement cherché ces cellules ganglionnaires et, pour lui, elles résulteraient en réalité d’artifices de préparation. La question, on le voit, n’est pas encore nettement élucidée.
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ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6a ÉDIT. 116
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1, cellules épithéliales des follicules thyroïdiens. — 2, nerfs glandulaires. — 3, fibres nerveuses se terminant sur l'épithélium. — 4, nerfs vasculaires suivant un vaisseau capillaire.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
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ARTICLE II
parathyroïdes ou glandules parathyroidiennes
Les parathyroïdes ou glandules parathyroidiennes sont des corpuscules arrondis, de dimensions et de valeur diverses, qui sont annexés au corps thyroïde : ce sont les glandules thyroïdes de Nicolas, les glandules thyroïdiennes de Gley, les corps épithéliaux ( Epithelkôrper de Kohn). Nous adopterons de préférence la dénomination de parathyroïdes, qui, tout en indiquant nettement la situation de ces formations, ne préjuge en rien leur nature.
Quoique très rapprochées du corps thyroïde, les parathyroïdes ont une fonction spéciale, bien différente de celle qui est dévolue au corps thyroïde lui-même. Tandis que l’ablation de cette dernière glande détermine les troubles trophiques du myxœdème, l’extirpation des parathyroïdes est suivie d’accidents tétaniques qui sont toujours mortels.
Signalées pour la première fois en 1880 par Sandstrom, les parathyroïdes ont été étudiées depuis, chez l’homme et chez les animaux, par de nombreux anatomistes, parmi lesquels, nous signalerons, en Allemagne, Schaper (1893), Kohn (189b), Muller (1896), Jacoby (1897), Schreiber (1898), en France, Chàntemesse et Marie (1893), Nicolas (1893), Prenant et Simon (1896), Tourneux (1896) et Verdun, qui en a fait l’objet de sa thèse de doctorat en médecine (Toulouse, 1896) et de sa thèse de doctorat ès sciences (Paris, 1898).
1° Description macroscopique. — Les parathyroïdes, comme leur nom l’indique, se développent au voisinage du corps thyroïde. On les distingue, d’après leur situation, en externes et internes :
a. Parathyroïdes externes. — Les parathyroïdes externes ( corpuscules épithéliaux externes de Kohn, glandules thymiques de Prenant) se trouvent situées, dans la grande majorité des cas, sur la face postérieure des lobes latéraux (fig. 850,
5, 5'), soit à sa partie moyenne, soit à sa partie inférieure, plus rarement à sa partie supérieure.
Il n’existe le plus souvent qu’un seul corpuscule de chaque côté : des faits de parathyroïde double (l’une supérieure, l’autre inférieure) ont été signalés cependant par Chàntemesse et Marie et par Sandstrom lui-même.
Les parathyroïdes externes ont une coloration brun rougeâtre, tirant plus ou moins sur le jaune.
Elles présentent ainsi la plus grande analogie avec certains lobules adipeux et leur détermination n’est pas toujours facile : elles s’en distinguent, cependant, en ce que leurs contours sont mieux limités et leur consistance plus ferme.
Fi<r. 850.
Les deux parathyroïdes externes, vue postérieure.