‹ Traité d'anatomie humaine (volume 4)Chapitre 74 sur 107 · VS · texte numérisé non relu

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ou moins intimes avec les parathyroïdes externes : ils sont, suivant les cas, immédiatement accolés à ces dernières ou complètement indépendants.

b. Structure. — Les nodules thymiques, vus sur des coupes (fig. 858, 2), nous présentent deux zones : une zone externe ou corticale et une zone interne ou médullaire. La première ne diffère pas de celle du thymus en général. La seconde est essentiellement formée par des cellules épithéliales. Ces cellules, « disposées, tantôt en tractus d’épaisseur variable, tantôt en îlots irréguliers ou en amas arrondis, présentent par place des modifications dont le caractère régressif ne peut être mis en doute : le corps cellulaire, assez large, mais d’une faible épaisseur, est à peine teinté par l’éosine : le noyau, généralement volumineux, est pauvre en chromatine, et l’on rencontre dans son voisinage des grains vivement colorés, qui se rapprochent de la kératohyaline par leur aspect et leurs réactions ; enfin, en quelques points, le protoplasma cellulaire paraît creusé de vacuoles »

(Verdun). On trouve assez souvent, à la partie centrale des grains thymiques, des formations épithéliales à disposition concentrique (fig. 858, 3), qui rappellent les corpuscules de Hassal (voy.

Thymus ) et qui en ont toute la valeur.

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Fig. 838.

La parathyroïde externe et le nodule thymique externe, vus sur une coupe transversale de la thyroïde d’un chat de cinq semaines (d’après Schmid).

La provenance des grains thymiques qui apparaissent au voisinage des parathyroïdes n’est pas encore nettement élucidée. Tandis que Jacob y et Simon les considèrent comme des fragments détachés de la portion céphalique du thymus, Kohn les fait dériver d’une ébauche spéciale. Groshuff (1896), dont l’opinion sur ce point a été acceptée par Verdun, attribue même à chacun des deux groupes, une origine distincte. Les grains thymiques externes (ceux qui accompagnent les parathyroïdes externes) ne sont que des

fragments de la tète du thymus, qui. au cours du développement, se sont détachés de la masse principale de l'organe pour rester en connexion avec les parathyroïdes précitées. Quant aux grains thymiques internes (ceux qui sont annexés aux parathyroïdes internes), ils proviennent d’un bourgeon spécial, issu de la paroi externe de la quatrième poche, tout à côté de l’ébauche de la parathyroïde interne.

1, parathyroïde externe. 7— 2, nodule thymique externe, avec 3, un corpuscule de Hassall. — Une mince couche de tissu conjonctif, avec, des vaisseaux, unit ces deux formations au lobe correspondant de la thyroïde, dont on voit les follicules sur leur côté interne.

B. Vésicules ciliées. — Au voisinage de la parathyroïde interne et de son nodule thymique ou même dans leur épaisseur, on rencontre assez souvent des cavités de dimensions diverses, à contour arrondi ou elliptique, que l’on désigne indistinctement sous les noms de vésicules ou de kystes. Des cavités de même nature (fig. 859, 3) se rencontrent aussi, mais plus rarement, dans le groupe parathyroïdien externe (parathyroïde et nodule thymique externes). On les a signalées, enfin, dans l’épaisseur même des lobes thyroïdiens (fig.. 860,1).

Envisagées au point de vue histologique, les vésicules en question se composent d’une paroi propre et d’un épithélium. La paroi propre, d’épaisseur variable, est de nature conjonctive. Quant à l’épithélium, il est essentiellement polymorphe : cubique, cylindrique, pavimenteux, simple ou stratifié, portant dans la plupart des cas sur son extrémité interne de longs cils vibratiles.

GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE

Ces vésicules ciliees renferment un liquide d’aspect muqueux, tenant en suspension des débris cellulaires ou même des cellules complètes détachées de la paroi.

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La signification morphologique des vésicules ciliées, annexées aux parathyroïdes et aux nodules thymiques; est encore fort discutée. En tenant compte des nombreuses recherches qui ont été faites sur ce point par Kohn, par Schaper, par Muller, par Chiari, par Nicolas, par Simon, par Verdun, on doit admettre, ce me semble, que toutes les vésicules ne relèvent pas de la même interprétation et qu’on peut, à cet égard, les distinguer en trois groupes : 1° vésicules par rétention ; 2° vésicules par régression ; 3° vésicules dérivant de cavités embryonnaires.

cl) Les vésicules par rétention, admises par Kohn, par Müller, par Schaper, résulteraient, pour ces divers auteurs, dune sorte de sécrétion rudimentaire qui rappellerait, tantôt celle de la glande pituitaire (hypophyse), tantôt celle de la thyroïde elle-même. Celte sécrétion venant à s’exagérer, le produit sécrété s'écoulerait plus difficilement, s’accumulerait sur place, d’où formation de cavité.

(3) Les vésicules par régression se rencontrent exclusivement dans les nodules thymiques. Elles se développent au niveau des corpuscules de Hassal par le processus suivant : les cellules centrales des corpuscules de Hassal sont le siège de phénomènes régressifs, qui aboutissent peu à peu à la destruction de ces cellules. Par suite de cette disparition, « il se constitue une cavité, limitée par plusieurs couches de cellules plates et renfermant des détritus cellulaires ou même des portions de perles épithéliales laissant encore reconnaître la structure concentrique ; ces cavités peuvent s’agrandir peu à peu, de façon à prendre un volume plus notable et ne sont plus limitées que par une ou deux couches de cellules cubiques ou aplaties » (Verdun).

y) Les vésicules dérivées de cavités embryonnaires (Nicolas) trouvent leur explication dans la persistance de cavités diverses, qui existent normalement dans les systèmes thyroïdien et thymique de l’embryon (voy. Lmrryologie) : la vésicule thymique primitive, la lumière centrale de l’ébauche thyroïdienne latérale, le conduit épithélial qui. sous le nom de canal thyréo-pharyngien, unit la thyroïde latérale à la cavité pharyngienne.

Toutes ces formations vésiculeuses ou kystiques, quelle que soit leur origine, sont délimitées primitivement par un épithélium non cilié. Les cils n'apparaissent que plus tard, au cours du développement : la présence des cils sur le revêtement épithélial des vésicules en question est donc un fait d’importance secondaire.

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Fig. 859.

Coupe transversale d’une parathyroïde externe, montrant une vésicule ciliée (chien adulte, d’après Kohn).

1, 2, cordons cellulaires appartenant à la parathyroïde externe. — 3, vésicule ciliée, tapissée intérieurement par un épithélium cubique et renfermant dans sa cavité de nombreuses cellules épithéliales, détachées de sa paroi; les cellules épithéliales sont en partie surmontées par des cils vibratiles.

Fig. 860.

Partie d'une coupe transversale d’un lobe thyroïdien d’un lapin nouveau-né (d’après Kohn).

1, une vésicule thyroïdienne. —2, canal central de la thyroïde, avec son revêtement épithélial formé par des cellules cubiques simples ou stratifiées (le dessin ne représente qu'une moitié du canal). — 3, cellule épithéliale à l’état de dégénérescence ; des cellules semblables se voient dans la lumière du canal.

6° Vaisseaux et nerfs. — Les vaisseaux sanguins et les nerfs se confondent avec ceux de la thyroïde. Quant aux lymphatiques, ils ne sont pas encore bien connus : je ne sache pas, en effet, qu’on ait pu jusqu’ici les mettre en évidence par les injections. Benjamin (1902) parle cependant de fentes tapissées par un endothélium, qu’il suppose être des lymphatiques et, dans un

THYMUS

cas pathologique, il retrouve ces fentes avec, dans quelques-unes d’entre elles, un contenu colloïdal. Pepere, de son coté représente (fig. 853, 10) sur ses coupes de parathyroïdes des espaces arrondis, probablement tubulaires, qu’il considère comme étant des vaisseaux lymphatiques.

Voyez, au sujet des parathyroïdes : Sandstrom, Oui ny Kijrlei hos menniskan oc h âtskilliga doggdjur, Upsala Lakaref. Fôrhandligar, 1880 ; — Chantemesse et Maiue, Les glandes parai hyroïdiennes de l'homme , Soc. inéd. des Hôpit., 1803 ; — Schaper, Ueb. die sogen. Epithel/côrper (Glandulæ parathyroidæ ), Arch. f. mikr. Anat., 1893; — Nicolas, Nouvelles rech. sur les glandules parathyroïdes, Bibliogr. anat., 1897 ; — Christiani et Ferrari, De la nature des glaiulules parathyroïdiennes , Soc. Biol., 1897 ; — Verdun, Contrib. à l'étude des glandules satellites de la thyroïde chez les mammifères et en particulier chez l'homme, Th. Toulouse, 1897 ; — nu même, Contrib. à l'étude des dérivés branchiaux chez les vertébrés supérieurs, Th. doct. ès Sciences, Paris, 1898 ; — Kursteiner, Die Epithelleôrperchen des Menschen. Anat. Ilefte, 1898 : — Velah, Glandes parathyroïdiennes, Journ. of. Anat. and. Physiol., 1898 ; — Schreiber, Beitr. zur Kennt niss d. Entwick. u. d. Baues der Glandulæ parai liyroideæ des Menschen , Arch. f. mikr. Anat., 1898 ; — Fusari, Contrib. allô studio d. formazioni paratiroideæ nell'embrione umano, Giorn. délia R. Accad. di Medicina, Torino, 1898; — Kohn, Die Epithelleôrperchen, Anat. Hefte, 1899 et Ergebn. d. Anat., 1900 ; — Kursteiner, Epithelleôrperchen u. Thymusstrang beim Menschen, Gorr - Bl. schw. Aerzte, 1900 ; — Civalleri, Sulle glandulæ paratiroüleæ dell'uomo, Policl., 1902 ; — Bénjamin, Ueb. d. Glandula par athyroulea, Ziegler’s Beitr. z. allgem. Pathol., 1902 ; — Petersen, Anat. Studie iib. d. Glandula parathyroideæ d. Menschen, Virchow’s Arch. Bd. 174, 1903 ; — Jouty, Les glandes parathyroïdes , Th. Lyon, 1904; — Ivanoff, Contrib. à l'étude des glandules parathyroïdes, Th. Genève, 1905 ; — Alquié, Rech. sur le nombre et sur la situation des parathyroïdes, G. R. Soc. Biol., 1906 ; — Kônigstein, Sécrétion parat hyroïdienne , Soc. impér. rov. des médecins de Vienne, 1906; — Gazzi, Alcune osservazioni sull' anatomia delle ghiandole paratiroüli, Bull. Soc. med.-chir., Pavia, 1907 ; — Pepere, Les glandes parathyroïdes, Arch. ital. Biologie, 1907 ; — du même, Di un sistema paratiroideo accessorio ( timico ) costante in alcuni mammifari, Giorn. R. Acad. Med., Torino, 1908; — Bérard et Alamartine, Les parathyroïdes externes de l'homme, C. R. Soc. Biol., 1909 : — Rulison, A study of the parathyroïd Glands in man, Anat. Record., 1909 ; — Bobeau, Rech. cytol. sur les glandules parathyroïdes du cheval, Journ. de l’Anat. et de la Physiol., 1911. — Maranon. Rech. anal, sur l'appareil parathyroïdien de l'homme, Madrid 1911 (Voy. aussi les indications bibliographiques de la thyroïde, p. 921.)

ARTICLE III

THYMUS

Le thymus (angl. Thymus gland, allem. Thymus) est, comme le corps thyroïde, une glande à sécrétion interne développée au-devant du conduit aérifère. Il dérive génétiquement de la troisième poche branchiale. Le thymus diffère de la thyroïde en ce qu’il constitue un organe transitoire, appartenant essentiellement à la vie embryonnaire et foetale. Il fait son apparition vers le commencement du deuxième mois de la vie intra-utérine'et s’accroît ensuite graduellement jusqu’au neuvième. Après la naissance, il progresse encore jusqu’à la deuxième ou troisième année. Puis, il s’atrophie peu à peu, de telle sorte qu’il est déjà fort réduit à l’âge de quinze ou seize ans et qu’il n’existe plus, chez l’adulte, qu’à l’état de vestige. Sa fonction est encore énigmatique. On s’accorde assez généralement, cependant, à le rattacher aux organes lymphoïdes. Il serait, d’après Beard, le plus ancien, je veux dire le premier développé des organes lymphoïdes et, à ce titre, jouerait un rôle capital dans la production des leucocytes chez l’embryon.

§ I. — Considérations générales

1° Situation. — Le thymus (fig. 861, 5 et 6) est situé dans le médiastin antérieur, entre la partie antérieure des deux poumons, en avant du cœur et des gros vaisseaux qui en partent, en arrière du sternum qu’il déborde légèrement

GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE

en haut. Il occupe à la fois la cavité thoracique et la partie inférieure du cou.

2° Couleur. — Sa couleur est rosée chez le fœtus, d’un blanc grisâtre chez le jeune enfant. Plus tard, le thymus revêt une teinte jaunâtre et cette dernière coloration s’accuse de plus en plus, au fur et à mesure que le tissu propre de l’organe est envahi par les éléments du tissu adipeux.

3J Consistance. — Le thymus est un organe mou, facilement dépressible. Sa consistance est plus faible que celle du corps thyroïde, plus faible aussi que celle de la rate et des glandes salivaires.

4° Volume. — Les dimensions du thymus varient avec l’âge, cet organe, ainsi que nous l’avons dit plus haut, augmentant de volume jusqu’à la deuxième année et se réduisant ensuite graduellement jusqu’à l’âge adulte. — Chez le nouveau-né, sa longueur, mesurée par son diamètre vertical, est en moyenne de 5 centimètres. — Sa largeur, représentée par son diamètre transverse, est de 12 à 14 millimètres. — Son épaisseur, représentée par son diamètre antéro-postérieur, mesure également de 12 à 14 millimètres. Sur un sujet congelé, que j’ai débité en une série de coupes transversales, ce dernier diamètre l’emportait de 2 millimètres sur le précédent.

5° Poids. — Le poids du thymus varie naturellement dans les mêmes proportions que son volume. Chez l’enfant naissant, le thymus pèserait de 8 à 12 grammes d’après Haugstedt, 13 grammes d’après Friedleben, 16 grammes d’après Meckel, 3 grammes seulement d’après Sappey. Les chiffres donnés par Haugstedt, par Friedleben et par Meckel sont beaucoup exagérés. Par contre, celui de Sappey est un peu trop faible. Si je m’en rapporte à mes propres recherches, qui portent sur une série de 20 sujets, j’estime que le poids du thymus du nouveau-né doit être évalué à 5 grammes en moyenne. Mais ce poids est très variable : j’ai rencontré, dans la série précitée, un maximum de 1 1 grammes chez un fœtus à terme et un minimum de 1 gramme et demi chez un enfant de quinze jours.

Le poids spécifique du thymus est de 1,099 chez le fœtus de sept mois. Puis, il diminue graduellement : il n’est plus que de 1,071 chez le nouveau-né ; il était de 1,020 chez un enfant de quatorze jours (Haugstedt).

§ î I Conformation extérieure

Pour prendre une notion exacte de la conformation extérieure du thymus, il suffit, sur un nouveau-né ou sur un enfant de un ou deux ans, d’enlever le plastron sterno-costal et d’écarter les deux poumons. L’organe est alors mis à découvert dans toute sa hauteur et dans toute sa largeur.

11 nous apparaît (fi g. 861) sous la forme d’un corps allongé de haut en bas, occupant la ligne médiane, avec un corps et deux extrémités, l’une inférieure, l’autre supérieure. — Le corps représente la plus grande partie de l’organe. C’est, dans la plupart des cas, la plus large. Du reste, rien, ni en haut, ni en bas, ne la sépare nettement des deux extrémités : toute limite entre les extrémités et le corps sont artificielles. — U extrémité inférieure , presque aussi large que le corps, quelquefois aussi large et même plus large, constitue la base de l’organe. Elle répond au péricarde et s’arrête, d’ordinaire, au niveau du sillon auriculo-ventriculaire antérieur. On peut, cependant, lavoir descendre plus bas, jusque sur le diaphragme, mais ces cas sont rares. — L 'extrémité supérieure prend le nom de sommet. Elle se divise habituellement en deux prolongements conoïdes, les cornes du thymus , qui sont presque toujours d’inégale hauteur : la plus longue est tantôt la droite, tantôt la

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gauche, mais le plus souvent la gauche(60p. 100 d’après mes recherches). Les cornes du thymus s’élèvent jusqu’au voisinage du corps thyroïde, sans toutefois l’atteindre. Un intervalle de 6 à 10 millimètres sépare en général les deux organes ; les cas où le thymus arrive au contact de la thyroïde m’ont paru tout à fait exceptionnels.

Le thymus se compose de deux lobes, un lobe droit et un lobe gauche , adossés l’un à l’autre par leur lace interne. Le plan de séparation des deux lobes est rarement médian : dans la plupart des cas, il est placé à droite de la ligne médiane quand on examine le thymus par sa face antérieure, à gauche de cette même ligne

Fig. 861.

Le thymus en place, après ablation du plastron sterno-costal.

1, trachée artère. — 2, corps thyroïde. — 3, tronc brachio-céphalique veineux droit. — 4, tronc bvachio-céphaliquc veineux gauche. — 5, lobe droit du thymus. — 6, son lobe gauche. — 7, 7, coupe de la plèvre médiastine. — 8, péricarde. — 9, diaphragme. — 10, lu’, poumons droit et gauche, érignés en dehors. — 11, coupe de la paroi thoracique. — 1 i, coupe de la clavicule. — 13, coupe du muscle sterno-cléido-mastoïdien.

médiane quand on regarde l’organe par sa face postérieure. Autrement dit, le plan de séparation interlobaire se dirige obliquement d’avant en arrière et de droite à gauche. Cette disposition se voit très nettement sur les coupes horizontales du thorax pratiquées sur des sujets congelés (fig. 862). Ces coupes nous montrent en même temps que chacun des deux lobes thymiques revêt la forme d’un triangle, dont le sommet est postérieur pour le lobe gauche et antérieur pour le lobe droit.

Les deux lobes thymiques sont intimement unis l’un à l’autre par leurs faces correspondantes : ils ne sont séparés, en effet, que par une mince couche de tissu conjonctif. Il est des cas où cette cloison séparative disparaît sur un point plus ou moins étendu : sur ce point, les deux lobes sont complètement fusionnés ou, plus exactement, ils sont réunis l’un à l’autre par une partie commune, à direction transversale, représentant une sorte d’isthme. Suivant que cet isthme occupe la partie inférieure ou la partie moyenne des lobes, le thymus prend la forme d’un H ( thymus en H) ou d’un V ( thymus en V).

La surface externe du thymus, lisse et unie, nous présente dans toute son étendue de petits champs polygonaux, indice de la constitution lobulaire de l’organe.

GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE

Le thymus se compose, en effet, comme nous allons le voir tout à l’heure, d’une multitude de lobules et chacun des polygones sus-indiqués représente la base d’un de ces lobules.

Thymus accessoires. — On rencontre assez souvent, dans la région du thymus, des lobules plus ou moins volumineux, entièrement isolés du reste de l’organe. Ces thymus erratiques ou accessoires sont uniques ou multiples : on en a observé jusqu’à cinq sur le même sujet (Jendrassik). Ils se développent, de préférence, sur les parties latérales du thymus ou au voisinage de son extrémité postérieure. Sur ce dernier point, ils sont ordinairement situés entre les cornes du thymus et la partie inférieure du' corps thyroïde, qui parfois les recouvre entièrement.

J’ai rencontré en février 1893, chez un nouveau-né, un thymus accessoire couché sur la partie antéro-externe du lobe droit ; il mesurait 3 centimètres de longueur sur 8 millimètres de largeur. Sur ce sujet, le thymus se composait réellement de trois lobes au lieu de deux. Dans un autre cas, j’ai observé deux petits lobes accessoires, situés sur le péricarde immédiatement audessous de la base du lobe droit.

Suivant la remarque d Amman, la présence de lobes accessoires autour du thymus paraît coïncider régulièrement avec un développement très prononcé de cet organe.

§ I!l.— Rapports

Le thymus, avons-nous dit plus haut, occupe à la fois la cavité du thorax et la partie inférieure du cou. Nous pouvons donc, au point de vue de ses rapports, lui considérer deux portions : une portion cervicale et une portion thoracique . De ces deux portions, la dernière est incontestablement la plus importante : elle représente, à elle seule, les quatre cinquièmes de l’organe.

1° Portion cervicale — Dans sa portion cervicale, le thymus, un peu aplati d’avant en arrière, nous offre à considérer : 1° deux faces, l une antérieure, l’autre postérieure; 2° deux bords latéraux, l’un droit, l’autre gauche.

a. Face antérieure . — La face antérieure, convexe, est en rapport, sur la ligne médiane, avec la ligne blanche sous-hyoïdienne et, de chaque côté de la ligne médiane, avec les muscles 'sterno-thyroïdiens et sterno-cléido-hyoïdiens, que recouvrent successivement l’aponévrose cervicale superficielle, le tissu cellulaire sous-cutané et la peau.

b. Face postérieure. — La face postérieure, concave, repose par sa partie moyenne sur la face antérieure de la trachée et, par ses parties latérales, sur les deux carotides primitives.

c. Bords latéraux. — Les bords latéraux se dirigent obliquement en haut et en dedans. Ils croisent à angle aigu les carotides primitives qui, elles, sont légèrement obliques en haut et en dehors.

2° Portion thoracique. — Tous les auteurs considèrent la portion thoracique du thymus comme étant aplatie d’avant en arrière. C’est là, en effet, la forme que revêt l’organe quand on l’examine sur le cadavre après ablation du plastron sterno-costal. Mais, dans ces conditions, le thymus, grâce à sa faible consistance, s’est déformé : il s.’est étalé transversalement par le seul fait de l’opération qui a été pratiquée pour le mettre à découvert. Pour prendre une notion exacte de sa configuration et de ses rapports, la meilleure méthode consiste à pratiquer des coupes horizontales du thorax sur des sujets préalablement congelés. On constate alors (fig. 862, 1) que le thymus n’est nullement aplati d’avant en arrière, qu’au contraire son diamètre antéro-postérieur est un peu supérieur à son diamètre transverse et qu’en somme il peut être comparé, dans son ensemble, à une pyramide quadrangulaire dont les quatre faces se distingueraient en antérieure , postérieure et latérales :

a. Face antérieure . — La face antérieure, plane, répond à la face postérieure du

THYMUS

sternum, dont elle est séparée, en haut, par les insertions d’origine des muscles sterno-thyroïdens. Elle répond encore plus ou moins (cela dépend du développement de l’organe) à l’articulation sterno claviculaire, aux trois ou quatre premières articulations sterno-costales et, un peu en dehors de ces articulations, aux vaisseaux mammaires internes.

b . Face postérieure. — La face postérieure, légèrement excavée, est en rapport : l°à sa partie inférieure, avec le péricarde qui la sépare de l’oreillette droite et de

Fig. 862.

Coupe horizontale du tronc d’un nouveau-né, pratiquée au niveau de la crosse aortique, pour montrer la forme et les rapports du thymus (sujet congelé, segment inférieur de la coupe).

A, quatrième vertèbre dorsale. — B, omoplate. — G, humérus. — D, sternum. — E, deuxième côte. — E, quatrième côte- 1, thymus, avec ses deux lobes. — 2, 2’, poumons droit et gauche, entourés par les plèvres. — 2”, scissure interlobaire du poumon gauche. — 3, veine cave supérieure. — 4, crosse aortique. — 5, 5’, nerfs phréniques droit et gauche. — 6, trachée. — 7, cèsophage. — 8, vaisseaux mammaires internes. — 9, muscle grand pectoral. — 10, petit pectoral. — 11, deltoïde. — 12, tendon de la longue portion du biceps. - 13, coraco-brachial et courte portion du biceps. — 14, longue portion du biceps. — 15, sous-épineux. — 16, sous-scapulaire. — 17, grand dentelé. — 18, muscles intercostaux. — 19, trapèze. — 20, rhomboïde. — 21, muscles des gouttières vertébrales. — 22, vaisseaux axillaires. — 23 et 23’, pneumogastriques droit et gauche. — 24, .nerf récurrent gauche.

la portion verticale des deux artères aorte et pulmonaire; 2° à sa partie moyenne, avec l’aorte descendante et, sur le côté droit de l’aorte, avec la veine cave supérieure; 3° 'à sa partie supérieure, avec le tronc artériel brachio-céphalique, l’origine de la carotide primitive gauche et de l’artère sous-clavière gauche, la face antérieure de la trachée et le tronc veineux brachio-céphalique gauche.

c . Faces latérales . — Les faces latérales, assez régulièrement planes, répondent aux poumons, dont elles sont séparées par la plèvre médiastine. Elles répondent également aux nerfs phréniques, mais ce dernier rapport est un peu différent à droite et à gauche : à droite (fig. 862, 3), le nerf phrénique longe le bord postérieur du thymus ; à gauche (fig. 862, 5’), il chemine un peu en arrière de ce bord et, par conséquent, n’est pas en contact immédiat avec l’organe.

§ I Y. —Constitution anatomique

Envisagé au point de vue de sa constitution anatomique, le thymus se compose, comme le corps thyroïde, d’un stroma conjonctif et d’un tissu propre :

1° Stroma conjonctif. — Le thymus est entouré, dans toute son étendue, par une

ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 118

GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE

enveloppe fibreuse ou plutôt conjonctive, mince, délicate, difficile à isoler : c’est la capsule du thymus. — Sa surface extérieure se continue avec le tissu cellulaire du voisinage. Elle s’unit intimement : en bas, avec le péricarde; en haut, avec l’aponévrose cervicale. : — Sa surface intérieure donne naissance à une série de prolongements qui, sous le nom de cloisons et de souscloisons ( septa et septula ), pénètrent dans l’épaisseur du thymus et le divisent en une multitude de segments plus petits, que nous décrirons tout à l’heure.

La capsule du thymus, avec ses prolongements intrathymiques, sert de soutien aux vaisseaux et aux nerfs destinés à l’organe.

Histologiquement, elle est essentiellement constituée par des fibres du tissu conjonctif, auxquelles viennent se mêler des fibres élastiques fines et un certain nombre de cellules adipeuses. Ces éléments adipeux, très rares chez le nouveau-né, très rares encore chez le. jeune enfant, se- multiplient plus tard quand l’organe subit son évolution régressive (voy. plus loin).

2^ Tissu propre. — Le thymus, avons-nous dit plus haut, se compose de deux lobes latéraux , l’un droit, l’autre gauche. Ces deux lobes sont morphologiquement équivalents et le thymus peut, en réalité, être considéré comme un organe pair et symétrique.

A. Mode de division des lobes thymiques. — Les lobes thymiques, à leur tour, se décomposent en lobules et ceux-ci en follicules.

a Lobules thymiques . — Si on examine chacun des lobes du thymus avant toute préparation on constate qu’il s’est pelotonné sur lui-même, comme s’il avait voulu diminuer sa longueur et disposer sa masse sous le plus petit volume possible.

Si alors on le déroule, en détruisant à l’aide du ciseau et du scalpel les attaches conjonctives qui unissent entre eux les différents replis, on le voit diminuer de largeur, mais acquérir en même temps une longueur triple ou quadruple (fig. 863, A et B). Ainsi déroulés, les deux lobes du thymus nous présentent chacun un cordon central, qui occupe toute leur longueur et tout autour duquel viennent se fixer un nombre considérable de petites masses irrégulières : ce sont les lobules thymiques. Ces lobules sont très irréguliers, comme le montre la figure ci-dessus, et il en est de même de leur mode d’implantation sur le cordon central. On les a comparés dans leur ensemble, non sans raison;, à ces champignons des prés que l’on enfile dans une corde pour les faire sécher.

Chaque lobe thymique, on le voit, est essentiellement constitué par un nombre considérable de lobules appendusà un cordon central. Cette disposition répond au mode de développement de l’organe. Le thymus, en effet, se compose au début (voy. Embryologie) d’une sorte de cordon épithélial, qui. engendre tout autour de lui une série de petits bourgeons pleins, formant comme les grains d’une grappe

Fig. 863.

Thymus du nouveau-né, déroulé et vu par sa face antérieure .

À, lobe droit. — B, lobe gauche.

1, base du lobule — 2, son sommet. — 3, 3, cordon central. — 4, 4, 4, 4, divers lobules du thymus, isolés par la dissection.

THYMUS

dont le cordon serait l’axe principal. Toutefois, chez l’adulte, le cordon épithélial n’existe plus : il est remplacé par une masse de tissu conjonctif servant à la fois de chemin aux vaisseaux et de lien commun aux différents lobules. L’axe épithélial du début n’est donc qu’un organe transitoire, qui disparait (après avoir engendré les lobules) à mesure que le thymus perd sa forme primitive de glande en grappe et que les grains de cette grappe deviennent en quelque sorte indépendants les uns des autres, indépendants aussi du cordon épithélial qui les a produits.

Chaque lobule, pris à part, s’offre à nous sous la forme d’une masse irrégulièrement polyédrique, présentant en coupe cinq ou six cotés et autant d’angles. De ses deux extrémités, l’une, plus large, constitue sa base ; l’autre, plus étroite et plus ou moins terminée en pointe, prend le nom de sommet. C’est par ce- dernier point, disons-le tout de suite, que le lobule reçoit ses artères : le sommet devient ainsi le hile du lobule. Les lobules thymiques sont séparés les uns des autres par des cloisons conjonctives dépendant de la capsule : ce sont les cloisons interlobulaires.

b. Follicules thymiques. — Les lobules thymiques nous présentent à leur surface extérieure une série de sillons ou de fentes qui s’enfoncent plus ou moins bas dans l’épaisseur du lobule et qui ont pour effet de décomposer ce dernier en une série de segments plus petits : ce sont les follicules thymiques et l’on désigne sous le nom de cloisons inter folliculaires les cloisons conjonctives qui, en descendant dans les sillons précités, les limitent latéralement.

Les follicules mesurent chacun 0mm,3 à 0mm,6 de diamètre. Ils sont tous morphologiquement équivalents et ils sont au thymus ce qu’est à la thyroïde le follicule thyroïdien : chacun d’eux est un thymus minuscule.

Il convient d’ajouter' cependant, que les follicules ne sont pas aussi nettement isolés que les lobules. Les cloisons séparatives qui les découpent à la surface extérieure du lobule ne descendent jamais jusqu’à la partie centrale de ce dernier. Comme nous le montre nettement la figure 864, elles sont relativement superficielles et, dans ce cas, on peut concevoir les follicules comme de simples mamelons périphériques implantés sur une masse centrale commune, masse centrale qui ne serait autre chose que la substance centrale ou médullaire du lobule.

B. Structure. — Vus sur des coupes passant par leur partie moyenne, les lobules thymiques nous apparaissent comme formés par deux couches, d’aspect différent :

Fig. 864.

Un lobule thymique, vu en coupe (d’après Schafer).

1, subslance corticale (cortex) du lobule, divisée en nodules plus ou moins isolés (, follicules ) par des travées conjonctives 2.— 3, substance médullaire. — b, b, vaisseaux sanguins et c, c, corpuscules thymiques situés dans la substance médullaire.

GLANDES A SECRETION INTERNE

une couche externe ou périphérique, constituant la substance corticale; une couche interne ou centrale, formant la substance médullaire.

a. Substance corticale . — La substance corticale (fig. 864/1), relativement foncée, est constituée par les deux éléments suivants : 1° un réticulum ; 2° des cellules.

a) Le réticulum est formé par des éléments cellulaires, irrégulièrement étoilés, munis de prolongements lamelleux ou filiformes, qui s’anastomosent les uns avec les autres pour donner naissance à ce réseau. Le long de ce réseau se dispose, accompagné ou non par quelques fibres conjonctives, un lacis de capillaires sanguins, fournis par une artère folliculaire centrale, qui le plus souvent provient de Taxe conjonctif en traversant la substance médullaire. Nous y reviendrons plus loin (voy.

Vaisseaux) .

P) Les cellules se disposent, en les remplissant, dans les mailles du réticulum. Ces cellules, cellules corticales, rondes ou légèrement ovalaires, pourvues d’un noyau volumineux occupant la majeure partie du corps cellulaire, sont tout à fait analogues aux cellules que l’on trouve dans les gan- \ glions lymphatiques : ce sont des cellules lymphatiques à différents degrés d’évolution.

b . Substance médullaire.— i La substance

médullaire (fig. 864, 2), que caractérise une coloration plus claire, nous présente, comme la précédente, un réticulum et

Fig. 865.

Coupe transversale du thymus d’un enfant de 14 mois (d’après Sobotta).

1, lobé thymique. — 2, cordon médullaire. - 3, substance corticale. — 4, substance médullaire . — 5, corpuscules de Hassall. — 6, vaisseaux sanguins.

Fie. 866.

Coupe de la substance médullaire du thymus d'un chien de 6 mois, avec deux corpuscules de Ilassall (d’après Szymonowicz).

1, cellules lymphoïdes. — 2. noyaux des cellules concentriques d’un corpuscule de Hassall.

des cellules :

a) Le réticulum est ici plus développé que dans la substance corticale. Il est aussi plus délicat et plus lâche. Par contre, il est moins riche en vaisseaux. La plus grande partie des rameaux artériels auxquels il sert de substratum se rendent à la substance corticale.

TU YM US

[J) Les cellules, de leur côté, diffèrent par certains caractères, de celles contenues dans le réticulum cortical. Parmi ces cellules médullaires , nous rencontrons tout d’abord des cellules lymphoïdes, présentant les plus grandes analogies avec les cellules lymphoïdes de la corticale. Mais, à côté d’elles se trouvent plusieurs autres éléments, savoir : 1° des cellules granuleuses, de coloration jaunâtre; 2° des cellules géantes , à noyaux multiples, assez analogues aux myéloplaxes; 3° des cellules musculaires striées (S. Mayer, Nussbaum, Hammar), n’existant que chez un certain nombre de vertébrés et dont la signification est encore fort obscure ; 4° enfin des formations spéciales, que l’on désigne sous le nom de corpuscules concentriques de Hassall ou, tout simplement, de corpuscules de llassall. Parmi ces divers éléments, les corpuscules de Hassall méritent d’attirer spécialement l’attention. Nous y reviendrons tout à l’heure. Demandons-nous, auparavant, quelle est l’origine et la signification des deux substances corticale et médullaire.

Le thymus, comme nous l’avons déjà dit plus haut, est primitivement (jusqu’à la 6e semaine chez l’homme) une formation exclusivement épithéliale, et ce n’t st que plus tard, au cours du développement qu’il revêt peu à peu les caractères histologiques des organes lymphoïdes. L’origine de ses éléments constitutifs, réticulum et cellules- lymphatiques, est encore controversée.

Pour le réticulum d’abord, les uns avec Schultze, Nussbaum, Maurer, le considèrent comme de nature conjonctive et, par conséquent, comme ayant une origine étrangère. D’autres, au contraire, parmi lesquels je citerai Prenant, Hammar, Stôhr, le font provenir des cellules épithéliales qui constituent le thymus primitif : ces cellules émettent des prolongements sur tout leur pourtour; ces prolongements, d’abord courts et isolés, s’étendent et entrent en contact avec les prolongements des, cellules voisines; finalement, ils s'anastomosent aux points de rencontre et ainsi se trouve formé le réseau en question. Ce serait donc un réseau épithélial ou, plus exactement, un réseau à! origine épithéliale.

En ce qui concerne les cellules lymphatiques, même divergence. Tandis que certains histologistes (Schaffer, von Ebner, Lewis) les considèrent comme venues d’ailleurs, comme immigrées, par conséquent, d’autres (O. Schultze, Hammar, Nussbaum, Ghika) les font naître sur place aux dépens du tissu épithélial primitif : elles ne seraient autres que des cellules épithéliales modifiées. A côté de ces deux opinions qui sont on ne peut plus discordantes et nettement inconciliables, nous devons placer une opinion mixte, qui a été émise par Stôhr et d’après laquelle le thymus, une fois développé, renfermerait deux espèces de cellules, génétiquement fort différentes : 1° des cellules petites, rondes, que l’on voit apparaître dans le thymus en voie de développement et qui se forment sur place aux dépens des cellules épithéliales primitives ; 2° des cellules volumineuses, véritables leucocytes celles-là, qui proviennent du dehors et qui, peu à peu, envahissent le thymus, en venant se tasser dans les mailles du réticulum.

Revenons maintenant à nos corpuscules de Hassall que nous n’avons fait qu’indiquer.

c. Corpuscules de Hassall. — Les corpuscules concentriques du thymus, signalés tout d’abord par Hassall et par Virchow, minutieusement étudiés plus tard par Eceer et par Bruch, sont des corpuscules arrondis ou ovoïdes (fig. 866, 2J, situés dans la substance médullaire du thymus, de préférence autour des vaisseaux. Ils mesurent ordinairement de 17 u à 20 u. (Kolliker). Il en est de plus volumineux, qui atteignent jusqu’à 160 et 180 p. de diamètre : mais ces derniers, dits corpuscules composés , résultent de la réunion d’un certain nombre de corpuscules simples.

Histologiquement, les corpuscules de Ilassal se composent (fig. 867) de cellules ou d’une cellule centrale, plus ou moins atteinte par la dégénérescence graisseuse qu’entourent d’autres cellules, celles-ci aplaties et disposées en lamelles concentriques comme les écailles d’un oignon. Leur aspect se rapproche beaucoup de celui des perles épithéliales contenues dans les cancroïdes.

La signification morphologique des corpuscules de Hassall a été longtemps fort obscure. On les a considérés tour à tour : avec Tourneux et Herrmann, comme des for-

Deux corpuscules de Hassall du thymus humain, vus à l'état d’isolement (d’après Klein),

GLANDES A SECRETION INTERNE

mations lymphoïdes; avec Friedeleben, comme des follicules thymiques en voie d’atrophie ; avec Kôlliker, comme des cellules thymiques autour desquelles se seraient déposées des couches concentriques de substance amorphe. On s’accorde généralement aujourd’hui à les faire provenir des cellules épithéliales du thymus, non pas des cellules épithéliales de l’ébauche primitive comme le pensait His, mais des cellules épithéliales déjà transformées en réticulum. Hammar a pu suivre pas à pas le processus évolutif qui, d’un certain nombre de cellules épithéliales, fait un corpuscule de Hassall : une cellule de ce réticulum s’hypertrophie ; tout autour d’elles un certain nombre d’autres cellules épithéliales s’aplatissent et se disposent à sa surface sous forme de lamelles concentriques; telle est la genèse du corpuscule de Hassall. C’est un complexe de cellules épithéliales dont l’une est centrale, les autres corticales , la première arrondie et volumineuse, les autres aplaties en lamelles. Plus tard, la cellule centrale subit une dégénérescence, soit graisseuse, soit hyaline et se présente alors sous les aspects les plus divers. Plus tard encore, le centre du corpuscule est envahi par les leucocytes.

A côté de cette opinion, qui est l’opinion courante, l’opinion classique pourraiton dire, nous devons en rappeler une autre, soutenue autrefois par Afanassiew. Cet histologiste, ayant remarqué les connexions que présentent les corpuscules de Hassall avec les vaisseaux, les avait considérés comme le produit de la différenciation de la paroi endothéliale de ces derniers : l’endothélium, d’abord simple, proliférerait, se disposerait en plusieurs couches et arriverait ainsi peu à peu à oblitérer complètement le vaisseau. Une pareille explication a été reprise plus récemment par Nussbaum, par Machowski, par Dustin : pour ce dernier, le corpuscule concentrique de Hassal ne serait que la cicatrice d’un vaisseau sanguin oblitéré. Comme on le voit, la signification morphologique des corpuscules de Hassal n’est pas encore nettement établie : la question appelle de nouvelles recherches.

§ Y. — Involution du thymus

Organe transitoire, le thymus, aussitôt qu’il n’a plus de rôle à jouer dans l’organisme, subit dans sa structure des transformations régressives, que l’on désigne

ordinairement sous le nom d 'involution thymique. Le processus consiste ici dans l’envahissement progressif de l’organe par le tissu adipeux, lequel détruit peu à peu les éléments propres du thymus et prend leur place.

Le phénomène commence dans le courant de la deuxième année : le thymus diminue peu à peu de volume, en même temps qu’il prend une coloration plus ou moins jaunâtre, Fig. 868. indice non équivoque de son

Involution du thymus : groupe de petites cellules lym- envahissement par la graisse, phoïdes, situées dans le vestige graisseux du thymus et ^ page de la puberté il est entourées par une zone de cellules plus grosses avec ® ^

noyau pâle (d’après Sultan). déjà considérablement réduit.

THYMUS

A l’âge de vingt ans, il est plus réduit encore. A vingt-cinq ou trente ans, on ne le retrouve plus qu’à l’état de simple vestige. On a cru longtemps qu’il disparaissait d’une façon complète. Les recherches de Sappey et de Waldeyer établissent, au contraire, que les vestiges thymiques persistent jusque chez le vieillard et, cela, d’une façon constante : ils sont représentés par une masse graisseuse, de forme et de dimensions variables, couchée dans le médiastin antérieur entre la fourchette sternale et les gros vaisseaux. Waldeyer, d’abord (1890), puis Sultan (1897) ont même constaté la persistance, dans cet organe si profondément frappé par la dégénérescence graisseuse, de certaines parties du tissu thymique : ce sont des formations adénoïdes (fig. 868), soit à l’état diffus, soit disséminées en petits îlots, provenant manifestement de lobules incomplètement dégénérés.

Nous rappellerons enfin que, dans des cas qui sont loin d’êtrè rares, on a rencontré chez l’adulte et même chez le vieillard, des thymus aussi volumineux, parfois même plus volumineux que chez le nouveau-né.

§ VI . — Vaisseaux et nerfs

1° Artères. — Le thymus reçoit de nombreuses artères (fig. 869), que nous distinguerons, d’après leur provenance, en supérieures, latérales, postérieure. — Les artères thymiques supérieures , au nombre de deux, l’une droite, l’autre gauche.

Fig. 869.

Vaisseaux sanguins du thymus.

(Après ablation du plastron sterno-costal’ les deux côtés du thymus ont été séparés et écartés.)

1, thyroïde. — 2, trachée. — 3, thymus. — 4, poumons, érignés en dehors. — 5, carotide primitive. — 6, artère sousclavière. — 7, artère mammaire interne, avec ses deux veines. — 8, artère thyroïdienne inférieure. — 9, jugulaire interne. — 10, veine sous-clavière. — 11, tronc veineux brachio-céphalique gauche. — 12, artère thymique supérieure. — 13, artère thymique latérale. — 14, artère thymique postérieure. — 15, veine thymique postérieure.

naissent des thyroïdiennes supérieures. Elles sont très courtes. Elles descendent sur l’extrémité supérieure du thymus et se distribuent aux parties voisines de cette extrémité. — Les artères thymiques latérales, également au nombre de deux, se détachent, à droite et à gauche, de la mammaire interne à la hauteur du premier

GLANDES A SECRETION INTERNE

espace intercostal. Elles sont généralement plus volumineuses que les précédentes. Se portant transversalement en dedans, elles gagnent la face externe de l’organe et se ramifient sur cette face. On trouve, dans certains cas, plusieurs thymiques latérales. — L 'artère thymique postérieure, qui constitue l’artère principale du thymus, naît du tronc brachio-céphalique, à sa partie supérieure, quelquefois mais plus rarement dans son tiers moyen. De là, il se porte obliquement en bas et en avant, s’insinue dans l’espace conjonctif qui sépare les deux lobes et s’y termine en jetant sur chacun d’eux une série plus ou moins nombreuse de rameaux et de ramuscules.

Quelle que soit leur origine, les artères thymiques, après avoir pénétré dans l’épaisseur du thymus, cheminent dans les cloisons interlobulaires ( artères interlobulaires), en se dirigeant pour la plupart vers le cordon central.

Au niveau de chaque lobule, les artères interlobulaires émettent une branche qui pénètre dans le hile de ce dernier : c’est X artère lobulaire. Cette artère lobulaire, toujours plus ou moins flexueuse chemine de dedans en dehors le long des délicates travées de la substance médullaire et, finalement, vient se terminer dans la substance corticale par les riches réseaux capillaires que nous avons signalés plus haut.

2° Veines. — Les veines, issues à la fois des réseaux capillaires de la médullaire et de ceux de la corticale, se portent en sens radiaire vers la surface extérieure du lobule, où elles se réunissent en plus ou moins grand nombre avec les veines provenant du même lobule ou fournies par les lobules voisins : ces veines constituent les veines interlobulaires.

De ces veines interlobulaires, les unes, se portent vers le cordon central pour, de là, gagner la surface extérieure de l’organe. Les autres s’y rendent également, mais sans passer par le centre, en suivant la voie la plus courte.

A la surface extérieure du thymus les veines sont fort nombreuses.

Elles suivent, du reste, les trajets les plus divers. Un certain nombre d’entre elles se rendent aux veines mammaires internes, aux thyroïdiennes inférieures, aux péricardiques et aux diaphragmatiques supérieures : mais ces veines sont en général excessivement grêles.

Les plus volumineuses s’échappent du thymus à la partie moyenne de sa face postérieure et viennent se jeter, après un trajet très court, dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche. Il n’est pas rare de voir un certain nombre de veines thymiques, issues de la face antérieure de l’organe, venir s’aboucher dans les jugulaires internes tout près de leur terminaison.

Fig. 870.

Circulation artérielle et veineuse du lobule thymique chez le lapin, demi-schématique (d’après Pigache et Worms).

Dans les lobules, la substance médullaire est en clair, la substance corticale en gris. Les artères sont en rouge ; les veines, en bleu.

THYMUS

3° Lymphatiques. — Les lymphatiques du thymus naissent à l’intérieur même des follicules, où ils forment, d'après His, un système de sinus identique à celui qui a été décrit dans les ganglions lymphatiques. Tout récemment, Pigache et Worms (1910) ont signalé la présence de gaines lymphatiques autour de quelques vaisseaux en plein parenchyme lobulaire

Des follicules et des lobules, les lymphatiques passent dans les espaces interlobulaires, où ils constituent de véritables canaux, d’abord simples capillaires, puis troncules et troncs. Us se portent tous vers la surface extérieure de l’organe et, là, se divisent en trois groupes (Sevéréanu, 1909) : supérieurs, antérieurs, postérieurs. — Les lymphatiques supérieurs se portent en haut, comme leur nom l’indique, et viennent se jeter dans deux ganglions ( ganglions supra-thymiques), qui se trouvent placés, à droite et à gauche, sur le côté des cornes du thymus, un peu en dedans du eonOuent de la veine sous-clavière et de la jugulaire interne. A ces ganglions se rendent encore quelques lymphatiques venus de la thyroïde. — Les lymphatiques antérieurs sortent de l'organe au niveau de la face antérieure et se jettent dans un groupe de 2 ou 3 ganglions ( ganglions préthymiques), qui sont situés entre le thymus et le sternum. — Les lymphatiques postérieurs s’échappent du thymus par sa face postérieure. Ils viennent s’ouvrir, après un très court trajet, dans un groupe de 3 ou 4 ganglions (ganglions rétro- thymiques), qui se trouvent situés au-devant du péricarde.

En résumé, les lymphatiques du thymus aboutissent à trois groupes de ganglions (ganglions régionnaires) : 1° les ganglions supra-thymiques ; 2° les ganglions préthymiques ou rétro-sternaux ; 3° les ganglions rétro-thymiques ou prépéricardiques. De ces trois groupes, le premier peut être considéré comme faisant partie des ganglions cervicaux profonds ; les deux autres se rattachent aux ganglions médiastinaux antérieurs. Les efférents de ces trois groupes ganglionnaires se rendent tous, par des trajets divers : du côté gauche , au canal thoracique ; du côté droit, à la grande veine lymphatique ou directement à la veine sous-clavière.

4° Nerfs. — Les nerfs du thymus proviennent du grand sympathique et peut-être aussi du pneumogastrique. La plupart d’entre eux, tous peut-être, arrivent à l’or gane en suivant le trajet des vaisseaux.

Dans l’épaisseur même du thymus, ils cheminent le long des cloisons conjonctives, irrégulièrement flexueux et plus ou moins plexiformes.

Leur mode de terminaison n’est pas encore bien connu. Tout récemment, Bovero (1899), en utilisant tour à tour la méthode de Golgi et la méthode d’Ehrlich, a pu les suivre jusque dans la substance médullaire, où ils se terminent par des extrémités libres légèrement renflées. 11 ne lui a pas été jusqu’ici possible de voir quelles sont les relations intimes de ces terminaisons nerveuses avec les éléments cellulaires du thymus. Il n’a pu réussir non plus à mettre en évidence, dans le thymus, ces éléments ganglionnaires qui ont été signalés par Fusari dans la rate et les capsules surrénales, par Pensa dans le rein, par Sacerdotti dans la glande thyroïdienne.

A. consulter au sujet du thymus, parmi les travaux récents : Tourneux et Herrmann, Sur révolution histol. du thymus chez l'embryon humain , Soc. de Biol., 1887; — Waldeyer, Die Rückbildung der Thymus , Sitz. d. Akad. der Wissensch. , Berlin, 1890 ; — Capobianco, Contribuzioni alla morfologia del timo, Giorn. dell’ Ass. dei naturalisti e medici Napoli, 189 1 ; — Tarulli e Marchinesi, Ricerche istolog. sul timo, Bull. d. Soc. Lancisiana di osped. di Koma, 1895 ; — Sultan, Beitr. zur Involution des Thymus, Virchow's Arch. t. G IV, 1897 ; — Versari, Le arterie timiche nell uomo ed in altri mammiferi , Bull. Soc. Lancisiana di Osped. di Borna, 1897 : — Bovero, Sui nervi délia ghiandola timo, Giorn. R. Acad. méd. Torino, 1899 ; — Jossifow, Zur Frage über die Nerven der

anatomie humaine — T. iv, 6e édit. 119

946 GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE

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ARTICLE IV

HYPOPHYSES

Les hypophyses dérivent, génétiquement, de la voûte du pharynx primitif. Elles sont au nombre de deux. L’une, l’hypophyse principale, la seule que l’on décrivait jusqu’à présent, se trouve située dans la cavité crânienne, à la partie inférieure du cerveau : c’est Y hypophyse crânienne ou hypophyse cérébrale. L’autre, beaucoup moins importante, se développe au-dessous du crâne, dans l’épaisseur de la muqueuse qui forme la voûte du pharynx : c’est Y hypophyse pharyngée.

§ I. — Hypophyse cérébrale

L’hypophyse cérébrale ou tout simplement Y hypophyse (de ôirô, sous et cpùu pousser, croître, excroissance inférieure par opposition à Y épiphyse ou excroissance supérieure qui n’est autre que la glande pinéale) se trouve située à la face inférieure du cerveau. C’est une petite masse ellipsoïde, impaire et médiane, à grand axe transversal, appendue à l’extrémité inférieure de la tige pituitaire (voy. T. Il, hg- 642), dont elle paraît être au premier abord un simple prolongement. Ôn l’appelle encore corps pituitaire , glande pituitaire, parce que l’on croyait autrefois que le liquide ventriculaire ou pituite était recueilli par l’hypophyse (glans pituitam excipiens, Ves.ale), laquelle l’expulsait ensuite au dehors par les fosses

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