GLANDE INTERSTITIELLE DU TESTICULE
3° Signification morphologique. — La signification morphologique des cellules interstitielles n’est peut-être pas encore complètement élucidée. L’opinion de Nüssbaüm et de Mihalkowicz, d’après laquelle ces éléments seraient des cellules de l'épithélium séminal (cordons de Pflüger) arrêtés au cours de leur évolution, ne compte plus guère de partisans. La grande majorité des histologistes aujourd'hui (Tourneux, Hansemann, Plato, Ancel et Bouin) estiment que les cellules interstitielles tirent leur origine des cellules fixes du tissu conjonctif. Elles peuvent aussi provenir, par voie de différenciation, des globules blancs qui, émigrés des vaisseaux, cheminent au sein du tissu conjonctif (Regaud et Sénat, Ancel et Bouin, Moreaux).
Quoi qu’il en soit de leur origine, les cellules interstitielles, une fois développées, ont tous les caractères morphologiques des cellules glandulaires : elles présentent même, dans leur vie fonctionnelle, une série de stades successifs qui constituent pour elles comme une sorte de cycle sécrétoire. C’est donc avec raison qu’on condense toutes ces. cellules en une seule masse glandulaire, la glande interstitielle du testicule. Le testicule se trouve ainsi formé par deux glandes bien distinctes : 1° une glande à sécrétion externe, la glande séminale , située à l’intérieur des tubes séminifères, ayant pour fonction de former des spermatozoïdes ;
2° une glande à sécrétion interne, la glande interstitielle , placée entre les tubes séminifères et jetant ses produits de sécrétion dans les vaisseaux voisins.
Les cellules interstitielles se montrent de très bonne heure chez l’embryon : leur apparition remonte parfois à l’époque'où l’ébauche génitale, jusque-là indifférente, se différencie sexuellement. Elles vont ensuite en augmentant de nombre et de volume au fur et à mesure que le sujet avance en âge. Elles atteignent leur maximum de développement à la puberté et restent telles pendant toute la durée de la vie génitale. Puis chez le vieillard, elles subissent, comme les éléments de la glande séminale, une véritable involution ( involution sénile) : elles diminuent de volume, se chargent de pigment et se transforment peu à peu en de petits éléments aplatis, dégénérés, impropres désormais à un acte sécrétoire quelconque.
4° Signification physiologique. — En ce qui concerne le rôle dévolu aux produits de sécrétion de la glande interstitielle du testicule, on peut dire que, d’après les histologistes qui se sont occupés de la question, cette glande exerce une triple action : 1° une action locale ; 2° une action générale ; 3° une action de défense.
a. Action locale. — Depuis longtemps déjà, Leydig et après lui Plato ont émis l’opinion, acceptée depuis par la plupart des histologistes, que certains produits
fit* s.
Fig. 955.
Cellules interstitielles de divers vertébrés, fixation Hermann, coloration à la safranine et à l’acide picrique,sauf pour la ceilulle 6 qui a été traitée par le sublimé et colorée avec Thématoxyline ferrique (d’après Ganfini).
1, cellule interstitielle du Triton cristatus. — 2, cellule de la Lacerta viridis. — 3, cellule du Zamenis viridifl. — 4. cellule du Mus decumanus. — 5, 6, cellules du canis familiaris. — 7, cellule de l’homme. — On voit quelle est, dans ces cellules, la diversité du matériel de sécrétion.
GLANDES A SECRETION INTERNE
élaborés par les cellules interstitielles passent dans les tubes séminifères pour assurer la nutrition des éléments séminaux. La glande interstitielle exercerait donc une action trophique sur les canalicules séminifères et sur leur contenu.
b. Action générale. — Ancel et Bouin, qui ont tout récemment repris la question, sont d’avis que la glande interstitielle, à côté du rôle que lui reconnaissent Leydig
et Plato, en possède bien certainement un autre non moins important. C’est dans ses éléments, en effet, que la sécrétion interne du testicule a sa source et c’est cette sécrétion interne seule qui possède cette action générale sur l’organisme que, jusqu’ici, on a attribuée au testicule tout entier. Ce rôle du testicule est bien connu aujourd’hui grâce aux études qui ont été faites sur les eunuques et les animaux castrés :
elles ont montré que l’action du testicule s’exerce sur tous les systèmes de l’organisme, et que, en particulier, elle tient sous sa dépendance Yactivité génitale et les caractères sexuels. Il faudrait donc, d’après Ancel et Bouin, déposséder la glande génitale proprement dite ou glande séminale de ce rôle général pour l’attribuer exclusivement à la glande interstitielle.
Angel et Bouin ont appuyé leur manière de voir à ce sujet sur de nombreuses observations et expérimentations. Nous rappellerons seulement les quelques faits suivants :
1° Certains cryptorchides sont absolument semblables aux entiers et, cependant, on ne trouve dans leurs testicules que la glande interstitielle ; la glande séminale, on le sait, est complètement absente ou dégénérée ; '
2° La ligature ou la section du canal déférent ou une sténose pathologique des voies excrétrices du sperme fait dégénérer la glande séminale, mais laisse la glande interstitielle intacte ; les animaux ainsi traités demeurent semblables aux entiers; ils deviennent inféconds, mais non impuissants :
3° Si l’on enlève un testicule à un animal et si on ligature le canal déférent du côté opposé, on voit la glande séminale dégénérer et, au contraire, la glande interstitielle s’hypertrophier ; l’opéré garde son activité génitale et les caractères de l’entier ;
4° Si on fait dégénérer ou si l’on arrête le développement de la glande interstitielle par certaines sections du canal déférent, on voit les opérés devenir semblables à des castrats. La glande interstitielle paraît donc bien être la seule partie du testicule qui possède un rôle général sur l’organisme.
c. Rôle de défense de la glande interstitielle. — A côté de cette action sur l’activité génitale et les caractères sexuels, Ancel et Bouin reconnaissent encore à la glande interstitielle un rôle de défense générale. On voit, en effet, la glande interstitielle s’hypertrophier chez l’homme au début de certaines maladies, et particulièrement dans l’anémie pernicieuse (Hansemann), dans le cancer, dans la tuberculose.
Testicule de verrat cryptorchide (d’après Ancel et Bouin)..
1, tubes séminifères, à l’intérieur desquels on ne rencontre que des noyaux sertoliens semés dans un protoplasma indivis ; les divers représentants de la lignée spermatogénétique sont absents. — 2, 2, glande interstitielle, normalement développée. — 3, vaisseau sanguin.