GLANDE INTERSTITIELLE DE L’OVAIRE
Voinow admet ce rôle de défense générale de la glande interstitielle, mais il lui reconnaît en outre et surtout un rôle de défense génitale , c’est-à-dire de défense des cellules séminales : les cellules interstitielles seraient chargées d’arrêter ou de détruire des principes toxiques qui, en pénétrant dans les canalicules séminifères, exerceraient une action nocive sur les cellules séminales.
Voyez, au sujet de la glande interstitielle du testicule, parmi les travaux récents : Ganfini, Struttura e sviluppo delle cellule interstiziali del testicolo , Arch. di Anat. o EmbrioL, 1902: — Loisel, Sur V origine et la double signification des cellules interstitielles du testicule, C. R. Soc. Biol.. 1903 ; — Bouin et Ancel, De la glande interstitielle du testicule chez les mammifères , Journ. de Physiol. et de Pathol., 1904 : — Des mêmes, Rech. sur la glande interstitielle du testicule du cheval, Arch. de Zool. expérim., 1905 ; — Voinow, La glande interstitielle du testicule a un rôle de défense génitale, Arch. d. Zool. expérim. et génér., 1905; — Popoff, L’ovule mâle et le tissu interstitiel du testicule chez les animaux et chez l’homme, Arch. de Biol, et Thèse Lausanne, 1909. — Voyez aussi la bibliographie du testicule, p. 588.
§ IL — Glande interstitielle de l’ovaire
Le stroma ovarien, outre les éléments cellulaires que l’on rencontre dans toutes les formations conjonctives, renferme des cellules spéciales, présentant la plus grande analogie avec les cellules interstitielles du testicule, ce sont les cellules interstitielles de V ovaire. Leur ensemble constitue, ici comme dans le testicule, une glande à sécrétion interne, la glande interstitielle de V ovaire.
1° Caractères microscopiques. — Les
cellules interstitielles de l’ovaire, de forme assez irrégulière, sont suivant les cas, arrondies, ovalaires, allongées , plus ou moins polyédriques par pression réciproque.
Elles mesurent, d’ordinaire, de 10 à 15 u de diamètre.
A leur centre se voit un noyau sphérique, relativement volumineux, mais assez pauvre en chromatine. Leur protoplasma, finement réticulé, est comme parsemé de petites enclaves, renfermant une matière graisseuse, caractère qui a amené certains histologistes à identifier les cellules interstitielles aux cellules à lutéine des corps jaunes. Elles en diffèrent, cependant, en ce qu’elles sont plus petites d’abord, puis en ce qu’elles ne contiennent pas de lutéine.
Fig. 957.
Le tissu interstitiel de l’ovaire, vu sur une coupe d’ovaire de lapine gravide (d’après Limon).
1, cellules interstitielles. — 2, coupe d’un capillaire, avec 3, la coupe des cellules endothéliales, -r 4, coupe d’un petit ilôt de cellules interstitielles. — 5, tissu conjonctif ou stroma.
2° Signification morphologique. —
•Génétiquement, les cellules interstitielles de T ovaire dérivent, pour les uns (Tourneux, van Beneden, Plato), des éléments conjonctifs du stroma ovarien.
Pour d’autres, notamment pour Simon, pour Cohn, pour Ganfini (1908), elles se différencient aux dépens des follicules primordiaux (voy. Ovaire ) qui, au cours du
GLANDES A SECRETION INTERNE
développement de l’ovaire, ne sont pas arrivés à maturation ou, plus exactement, ont disparu par régression ou atresie , constituant ce que Kolliker a désigné sous le nom de corps jaunes atreiiques : les cellules interstitielles ne seraient autres
que celles qui, dans le corps jaune atrétique, envahissent la partie centrale de l’ovisac, chassant devant elles l’ovule et la granuleuse qui l’entoure ; on sait que ces cellules proviennent de la thèque interne.
Il est possible que ces deux modes d’origine existent simultanément, sinon chez le même animal, du moins dans des espèces différentes.
3° Signification physiologique.
— On s’accorde aujourd’hui à considérer les cellules interstitielles de l’ovaire comme .ayant une fonction glandulaire, je veux dire comme élaborant des produits spéciaux qui sont ensuite déversés dans les capillaires sanguins :
ce sont au même titre que les cellules interstitielles du testicule des cellules glandulaires à sécrétion interne. Toutefois la nature de cette sécrétion et, aussi son rôle dans l’organisme nous sont encore à peu près inconnus.
Voyez, au sujet de la glande interstitielle de l'ovaire : Bouin, Les deux glandes à sécrétion interne de l'ovaire, la glande interstitielle et le corps jaune, Rev. méd. de l’Est., 1902 ; — Limon, Etude histol. et histogenèse de la glande interstitielle de l'ovaire, Th. Nancy, 1901 ; — Du même, Transplantation des ovaires, observ. sur l'état de la glande interstitielle dans les ovaires transplantés, Journ. de physiol. et de pathol. génér., 1903 : — Regaud et Dubreuil, Rech. sur les cellules interstitielles de l'ovaire chez le lapin, Bibl. anat., t. XV, 1906 ; — Des mêmes, Notes diverses,. Soc. de Biologie, 1907. 1908 et 1909 ; — Frankel, Ver fri. -histol. Unters. üb. das Vorkommen drüsiger Formationem im inter stitiellen Eierstochgewebe, Arch. Gynak., 1905; — Aimé, Sur les cellules int rstitielles de l'ovaire chez quelques mammifères, Th.» Nancy, 1907 : — Ganfini, Sulla strutlura e sviluppo delle cellule interstiziali dell’ovajo, Arch. ital. di Anat. e Embriol., 1908.
§ III. — Corps jaune
Le corps jaune est une petite masse de cellules à signification glandulaire, qui remplit la cavité des ovisacs, une fois que ces ovisacs se sont rompus et débarrassés de l’ovule. Le corps jaune est donc intimement lié à l’ovulation.
1° Origine et évolution. — Le corps jaune a pour origine un follicule éclaté. Aussitôt après» son éclatement et l’expulsion de l’ovule qui en est la conséquence, le follicule se flétrit, revient sur lui-même et diminue de volume.
Très rapidement, l’ouverture qui a livré passage à l’ovule se ferme par affrontement et soudure de ses bords.
Puis, d’importantes modifications histologiques surviennent à la fois dans l'épithélium de la granuleuse (voy. Ovaire) et dans la thèque : — Du côté de la gra-
Fig. 958.
Ovaire d’un chat nouveau-né (d’après Ganfini).
E, épithélium superficiel. — P, tubes de Pflüger, sectionnés dans divers sens : superficiellement, ces tybes sont constitués par de simples cellules épithéliales ; profondément, par des ovules primordiaux. — CM, cordons médullaires, coupés eux aussi dans divers sens ; l’un d’eux (le 3e en allant de gauche à droite)ase continue avec la partie profonde du tube de Pflüger.
CORPS JAUNE
nuleuse, tout d’abord, les cellules deviennent très volumineuses et se chargent peu à peu de granulations graisseuses, qu’un pigment spécial, la luleine, colore en jaune : ce sont les cellules à luléine. — Du côte de la thèque conjonctive, la lame externe ( thèque externe) conserve son caractère de membrane fibreuse, mais il n’en est pas de même de la lame interne ( thèque interne). Celle-ci s’épaissit; ses cellules augmentent de volume, se multiplient, se chargent plus ou moins de granulations graisseuses et pénètrent en sens
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radiaire dans la granuleuse, entraînant avec elles dans leur migration des faisceaux conjonctifs et des vaisseaux sanguins. Mais ce n’est pas tout : en même temps que s’effectue cette invasion de la granuleuse par des bourgeons cellulo- vasculaires issus de la thèque interne, une multitude de leucocytes migrateurs s’échappent de la thèque pour faire irruption, eux aussi, dans la granuleuse et dans sa cavité centrale, de telle sorte que cette cavité centrale, qui contenait primitivement du sang épanché, est comblée peu à peu, et par la migration des leucocytes et par les bourgeons cellulo-vasculaires dont il vient d’être question.
Telle est la genèse du corps jaune.
Cette période de développement, comme durée, varie beaucoup suivant les espèces. Chez la souris (Sobotta), le corps jaune atteint son complet développement, autrement dit arrive à sa période d’état , trois jours après la rupture des follicules; chez la lapine (Cohn), huit jours après le coït; chez la femme (Villemin), dix jours après la ponte ovarique.
Le corps jaune, à sa période d’état, est, comme on le voit, constitué par les deux parties suivantes : 1° par une sorte de coque périphérique, de nature fibreuse, représentant la thèque externe du follicule; 2° par un noyau central, renfermant, au sein d’un stroma conjonctivo-vasculaire, des leucocytes migrateurs (éléments accessoires) et de grosses cellules chargées de grains (éléments essentiels). Ces cellules, nous venons de le voir, dérivent à la fois et des cellules épithéliales de la granuleuse et des cellules conjonctives de la thèque interne. Quant aux travées conjonctives et aux vaisseaux, ils proviennent exclusivement de la thèque interne, laquelle a disparu en se fusionnant avec les éléments de la membrane granuleuse.
Certains auteurs, à la suite de Hknle et de Pateb>on, ont émis l’opinion que le corps jaune résultait aussi, en totalité ou en partie, de la transformation surplace du sang qui, au moment de la déhiscence, s’épanchait dans la cavité folliculaire en formant ce que l’on désigne sous le nom de caillot central. Mais cette théoiie de
Fig. 959.
Corps jaune de la souris de 70 à 72 heures, vu en coupe, grossissement J Ou/l (d’après Sobotta).
1, enveloppe. — 2, cellules du corps jaune plus ou moins surchargées de graisse. — 3, vaisseaux, avec leurs cellules endothéliales.
GLANDES A S'ÉCRÉTi ON INTERNE
X origine hématique du corps jaune doit être abandonnée pour l’excellente raison qu’un grand nombre de follicules se rompent sans produire d’hémorragies et que les corps jaunes ne s’en forment pas moins, tout comme dans les follicules qui, après leur rupture, sont envahis et comblés par un caillot sanguin.
Fig. 960.
Coupe transversale d’un ovaire de vache, montrant un corps jaune (d’après His).
a, corps jaune récent, avec sa cavité centrale b . — c, corps jaune ancien. — d, lymphatiques. — e, hile de l’ovaire. — f, follicules ovariens.
2° Caractères macroscopiques. — Le corps jaune, chez la femme, nous apparaît « sous la forme d’une saillie peu marquée, si bien qu’on le reconnaît assez difficilement. Parfois, il peut être complètement inclus dans l’ovaire et ne se traduire à l’extérieur par aucune saillie. Seul le volume de l’ovaire et sa plus grande congestion permettent alors de soupçonner l’existence d’un corps jaune. Habituellement, si on regarde de près la surface de l’ovaire, on aperçoit une petite ulcération à fond rouge foncé , entourée d’une auréole d’un rouge plus vif, avec des taches jaunâtres et quelques vaisseaux très injectés. Cette zone congestionnée, de 2 centimètres de diamètre environ, faisant légèrement saillie et se perdant parfois sans limites nettes avec la coloration rosée du reste de l’ovaire, c’est la surface extérieure du corps jaune (Villemin).
Au point de vue de sa forme, le corps jaune est rarement sphérique. Il est, le plus souvent, un peu allongé et légèrement aplati. Ses dimensions sont en moyenne, d’après les mensurations de Villemin : pour la longueur, 15 à 20 millimètres; pour la largeur, 14 à 18 millimètres ; pour l’épaisseur, 8 à 12 millimètres.
Chez les autres mammifères, le corps jaune, moins enclavé dans le tissu ovarien que celui de% la femme, fait à la surface de l’ovaire une saillie toujours plus volumineuse . Elle est, comme précédemment, sphérique ou légèrement allongée, d’une consistance molle d’une coloration variable : rouge chez la truie, gris rosé chez la lapine, jaune ou brun jaunâtre chez la jument et chez la vache.