‹ Traité d'anatomie humaine (volume 4)Chapitre 85 sur 107 · SES · texte numérisé non relu

SES

Ils

Fig. 961.

Une partie de la coupe du corps jaune de la figure 959, vue à un grossissement plus fort (500/1 , d’après Sobotta) .

1, enveloppe. — 2, cellules du corps jaune plus ou moins surchargées de graisse. — 3, vaisseaux avec leurs cellules endothéliales.

3° Structure. — Histologiquement, le corps jaune (abstraction faite du caillot central, qui n’est pas constant et qui d’ailleurs ne présente aucun intérêt), nous offre à considérer : 1° le tissu conjonctif ; 2° les cellules à lutéine ; 4° les capillaires.

CORPS JAUNE

a. Tissu conjonctif. — Les éléments conjonctifs, représentés à la fois par des fibres et par des cellules se disposent d’abord à la périphérie du corps jaune sous la forme d’une couche plus ou moins épaisse, mais continue. De cette coque périphérique se détachent de très nombreuses cloisons, qui se portent en sens radiaire dans l’épaisseur de l’organe jusqu’à la cavité centrale. Chemin faisant, elles se divisent et s’anastomosent de façon à circonscrire entre elles une multitude d’aréoles de dimensions variables. C’est dans ces aréoles que se tassent les cellules à lutéine.

b. Cellules à lutéine. —

Les cellules à lutéine qui constituent l’élément caractéristique du corps jaune, se disposent sous forme de cordons orientés le plus souvent en sens radiaire. Ce sont des cellules relativement volumineuses (de 20 à 30 ji), de forme plus ou moins polyédrique, à contours très nets.

Leur noyau, également volumineux, occupe ordinairement une position excentrique. Il est clair, très visible, présentant çà et là de fins filaments de chromatine.

Fig. 9(52.

Corps jaune du porc (d'après Cesa-Bianchi).

1, 1, cellules à lutéine, chacune avec son noyau. — 2, 2, travées conjonctives, passant entre les cellules. — 3, les mêmes passant au-dessus des cellules.

Le cytoplasme, pour les cellules arrivées à maturité et en plein fonctionnement, se divise en deux zones : une zone centrale, foncée, entourant le noyau, c’est Y endoplasme ; une zone périphérique, plus claire, c’est Y exoplasme . Dans l’endoplasme se voient parfois, après coloration à l’hématoxyline ferrique, deux petits corpuscules autour desquels le cytoplasme est encore épaissi (Villemin). L’exoplasme, à son tour, nous présente les éléments suivants : 1° une quantité considérable de granulations très fines, qui embrassent le noyau, quelquefois la moitié seulement du noyau à la manière d’un fer à cheval ; 2° des formations ergastoplasmiques (Regaud et Policard) ;3° des grains lipoïdiens, extrêmement abondants; 4° une substance spéciale, colorée en jaune, qui n’est autre chose que la lutéine. Il est à peine besoin de faire remarquer que c’est à cette substance que le corps jaune est redevable de la coloration jaunâtre ou brun jaunâtre qui le caractérise à sa période d’état.

c. Capillaires. — Un caractère essentiel au corps jaune est sa richesse en capillaires. Ici, comme dans les autres glandes à sécrétion interne, ces capillaires sont volumineux, fréquemment anastomosés, irrégulièrement calibrés, formant çà et là comme des espèces de lacunes. Ici encore, toutes les cellules constitutives du corps jaune sont en contact immédiat avec eux.

4° Variétés de corps jaunes. — On distingue deux variétés de corps jaunes : 1° le corps jaune de la menstruation ; 2° le corps jaune de la grossesse. Le premier se forme à chaque période menstruelle, alors que l’ovule n’a pas été fécondé et

GLANDES A SECRETION INTERNE

tombe au dehors. Le second est celui qui se produit dans le cas tout spécial où l'ovule, après avoir été fécondé, se fixe sur la muqueuse utérine pour s’y développer .et parcourir successivement (grossesse) tous les stades de la vie embryonnaire et foetale.

Le corps jaune de la menstruation est encore appelé corps jaune périodique, parce qu’il se produit régulièrement, périodiquement, a chaque menstruation, tous les vingthuit jours par exemple chez la femme : c’est le faux corps jaune de certains auteurs. De son côté, le corps jaune de la grossesse prend encore le nom de corps jaune gestatif , de corps jaune vrai.

Les deux variétés de corps jaunes, assez analogues par leur origine et par leur structure, diffèrent surtout par leur durée. Le corps jaune périodique est essentiellement transitoire : sa période d’état dure seulement quelques jours ; il disparaît, ne laissant à son lieu et place qu’une petite cicatrice blanchâtre. Le corps jaune gesfatif dure beaucoup plus longtemps : sa période d’état se maintient jusqu’au tiers ou au milieu de la grossesse. Ce n’est que vers le quatrième ou le cinquième mois qu'il commence à régresser. Et, encore, cette régression est-elle fort lente : elle ne s’achève parfois qu’après l’accouchement.

Corps jaune du Bos taurus (bleu de méthyle-éosine, d’après Cesa-Bianchi).

1, 1, cellules à lutéine, avec leur noyau, remplies de granulations colorées en rouge. — 2, une cellule dans laquelle le noyau est masqué par les granulations. — 3, réticulum conjonctif, dont les noyaux sont colorés en bleu. — 4, un vaisseau rempli de globules rouges.

5° Signification morphologique. — On a cru pendant longtemps que les corps jaunes étaient des formations atrophiques, entièrement dépourvues d’une signification fonctionnelle quelconque : c’étaient de simples bouchons, destinés à fermer les follicules après leur rupture. Cette opinion est aujourd’hui complètement abandonnée. *

La structure spéciale du corps jaune, sa riche vascularisation, l’origine épithéliale des cellules qui le constituent, la disposition systématique de ces cellules le long des capillaires et, aussi et surtout, la présence dans leur protoplasma d’un riche matériel de sécrétion, que l’on retrouve parfois dans les capillaires voisins (fig. 964), tout nous autorise à voir dans ces éléments des formations

Fig. 964.

Deux cellules à lutéine du bœuf, séparées par un capillaire (d’après Cesa-Bianchi).

Les deux cellules nous présentent dans leur protoplasma de nombreux grains colorés et» noir et l’on voit très nettement qu’un certain nombre de ces grains ont passé dans le capillaire.

de

nature glandulaire.

Comme la glande interstitielle de l’ovaire, le corps jaune est une glande à sécrétion interne , chargée, au même titre que cette dernière, d’élaborer un certain nombre de produits, qu’elle déverse

CORPS JAUNE

ensuite dans les capillaires voisins. Il est à remarquer, toutefois, que ce n’est qu’une glande transitoire , durant seulement ce que durent les corps jaunes, tandis que la glande interstitielle est une glande permanente , fonctionnant régulièrement pendant toute la durée de la vie génitale.

6° Signification physiologique. — De nombreuses recherches, toutes intéressantes, sinon également démonstratives, ont été faites dans ces dernières années à l’effet d’établir les fonctions, locales ou générales, du corps jaune périodique et du corps jaune gestatif.

a .'Corps jaune périodique. — Le corps jaune périodique ou corps jaune de la menstruation, atteignant son complet développement juste au moment où apparaissent les règles, semble avoir pour action de déterminer, par action réflexe, cette congestion momentanée de l’utérus, qui aboutit, dans la plupart des cas, à une extravasation sanguine. Nous rappellerons à ce sujet les deux faits suivants : Frænkel, au cours d’interventions chirurgicales chez des femmes régulièrement menstruées, détruit au thermocautère des corps jaunes en voie de développement ou des follicules mûrs sur le point d’éclater : comme conséquence, le flux menstruel suivant ne se produit pas. De son côté, Lindenthal, toujours chez la femme, rupture un follicule de Graaf quelques jours avant l’époque où il se serait rompu de lui-même : comme conséquence, les règles sont avancées de plusieurs jours. Cette double expérience dénote bien, dans le corps jaune, une influence, mal définie encore dans son mécanisme, mais réelle, sur le phénomène de la menstruation.

b. Corps jaune gestatif. — En ce qui concerne le corps jaune de la grossesse, son action physiologique a été étudiée expérimentalement par un grand nombre d’auteurs, parmi lesquels je citerai Frænkel,- Skrobansky, M11c Nicoübina, Ancel et Bouin, Regaud. Ces expériences, sans préciser nettement le mode d’action des produits élaborés par le corps jaune, paraissent établir : 1° que le corps jaune gestatif tient sous sa dépendance toutes les modifications, structurales ou autres, qui surviennent après la conception, dans les organes génitaux de la femme ; 2° que cette action est réellement due au corps jaune et non au fait lui-même de la conception, puisque les modifications en question se manifestent également bien chez les lapines (Ancel et Boom), après des coïts non fécondants, déterminant la production d’un corps jaune sans amener la fixation à la paroi utérine d’un ovule fécondé ; 2° que l’action du corps jaune sur l'appareil génital se manifeste seulement durant la première moitié de la grossesse et qu’elle est nulle dans la deuxième moitié. Cette dernière conclusion est en parfait accord avec ce que nous avons dit plus haut que le corps jaune gestatif commence à régresser dans le quatrième et le cinquième mois qui suivent la fécondation.

c. Action du corps jaune en général sur la mamelle. — Ancel et Bouin. en se basant surtout sur des faits expérimentaux, attribuent au corps jaune en général, au corps jaune périodique comme au corps jaune gestatif, une influence sur l’évolution de la glande mammaire: « la glande mammaire, écrivent-ils, est un organe soumis au corps jaune, qui conditionne son développement », non seulement pendant la première partie de la gestation, mais en dehors de la grossesse.

Pour expliquer cette action, Ancel et Bouin estiment que le corps jaune sécrète une hormone essentiellement cynétogène pour la mamelle, provoquant chez elle les poussées congestives qui se manifestent à la puberté, à chaque menstruation, à chaque grossesse, mais incapable, cependant, de faire apparaître la sécrétion. Us inclinent à penser que cette sécrétion est soumise à une autre hormone, hormone

ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT.

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crisogène, qui est déversée dans le sang maternel pendant la deuxième partie de la gestation.

Cette hormone crisogène, qui provoque et assure la sécrétion lactée, ne nous est pas connue. Ancel et Bouin émettent l’hypothèse qu’il faudrait en chercher l’origine dans une glande à sécrétion interne, qu’ils ont découverte dans l’épaisseur du muscle utérin chez la lapine en gestation et qu’ils désignent sous le nom de glande myométriale.

7° Involution du corps jaune. — Les corps jaunes, qu’il s’agisse de corps jaunes périodiques ou de corps jaunes gestatifs, n’ont qu’une existence temporaire. Après qu’ils ont atteint le degré d’organisation que nous avons indiqué comme constituant leur période d'état, ils se maintiennent à cette période d’état pendant sept ou huit jours s’il s’agit d’un corps jaune périodique, pendant quatre ou cinq mois s’il s’agit d’un corps jaune gestatif. Puis ils commencent à régresser, entrant ainsi dans leur dernière période, la période d' involution :

a) Macroscopiquement, ils diminuent de volume, en même temps que leur consistance devient plus ferme. La saillie qu’ils faisaient s’atténue peu à peu, comme si elle s’enfonçait dans l’épaisseur de l’ovaire. Bientôt après, elle a entièrement disparu et sur la surface ainsi nivelée de l’ovaire, il ne reste plus, comme trace de l’existence du corps jaune, qu’une petite cicatrice blanchâtre.

p) Microscopiquement, les cellules constitutives du corps jaune diminuent de volume et perdent peu à peu, avec leur lutéine, les granulations diverses que renfermait le cytoplasma. Par contre, les éléments du tissu conjonctif, proliférant dans des proportions considérables, étouffent, pour prendre leur place, les cellules et les capillaires sanguins. Finalement, le corps jaune est tout entier transformé en une petite masse de tissu fibreux. Il n’a plus désormais aucune fonction : c’est un organe mort.

Voyez, au sujet du corps jaune, parmi les travaux récents : Prenant, De la valeur morphol. du corps jaune, etc. Rev. génér. des Sc., 1898; — Bouin, Figure caryocinétique des cellules du corps jaune du cobaye, G. R. Soc. Biol., 1898 ; — Cornil, Histologie du corps jaune. Bull. Soc. Anat., 1899 ; — Paladino, A propos de la question controversée relative à Vessence du corps jaune, Arch. ital. di Biol., 1900 ; — van der Stricht, Ponte ovarique et histogenèse du corps jaune , Bull. Acad. Méd., Belgique, 1900 et G. R. Assoc. des Anat., 1901 ; — Regaud et Policard, Phénomènes sécrétoires, formations ergastoplasmiques et participation du noyau dans les cellules du corps jaune chez le hérisson, G. R. Soc. Biol., 1901; — Cohn , Zur Iiistol.u. Histogenèse des corpus luteum u. d. inter stitiellen Ovarialgewebes, Arch. mikr. Anat., Bd. LXI1. 1905: — Marshall, The formation of the corpus luteum in the sheep , Philosoph. Transact. Roy. Soc., London, 1904; — Jankowski, Beitr. z. Entstehung d. Corpus luteum der Sàugetiere, Arch. f. mikr. Anat., Bd. LX1V, 1904; — Sobotta, Ueb. die Entstehung d. Corpus luteum d. Sàugetiere , Ergebn. d. Anat. u. Entwick., VIII. 1898 et IX, 1901 ; — Du même, Ueb. d. Bildung d. Corpus luteum beim Meerschweinchen, Anat. Hefte, 1906 ; — Cesa-Bianchi, Di alcune particolarità di struttura e dei fenomeni di secrezione del corpo luteo. Internat. Monatsschr. f. Anat u. Physiol.. 1908; — Villemin, Le corps jaune considéré comme glandes à sécrétion interne de l'ovaire, Th. Lyon, 1908 ; — Regaud et Dubreuil, A propos du corps jaune de la lapine, G. R. Soc. Biol., 1908 : — Des mêmes, Sur les relations fonctionnelles des corps jaunes avec T utérus gravide, G. R. Soc. Biol., 1909; — Ancel et Bouin, Sur la fonction du corps jaune (diverses notes), G. R. Soc. Biol.. 1909: — Nicoubina, Sur la structure du corps jaune pendant et après la gestation, G. R. Soc. Biol., 1909; — Bouin et Ancel, Glande mammaire et corps jaune, Presse méd., 1911 . — Yoy. aussi les indications bibliographiques de l'ovaire (p. 709).

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