D. — DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME LYMPHATIQUE
Le développement dusystème lymphatique a été longtemps mal connu. Florence Sabin l’a observé chez le Porc. Chez l’embryon de I4mm.5, un petit bourgeon creux, le cœur lymphatique antérieur , apparaît sur chaque veine sous-clavière au point où elle rencontre la veine cardinale antérieure. Bientôt ce cœur s’éloigne de la veine à laquelle il reste attaché par un long pédicule. Il a émis précédemment deux bourgeons périphériques et un bourgeon central.
Les deux bourgeons périphériques forment des canaux situés dans la peau; ils donnent par une prolifération active les premiers lymphatiques cutanés de la tête et du thorax. Le bourgeon central se comporte différemment dans le cœur lymphatique droit et dans le gauche : à droite, il se développe peu et devient plus tard la grande veine lymphatique; à gauche il se développe davantage, se divise, embrasse l’aorte et se poursuit en arrière pour former le canal thoracique.
Dans la moitié postérieure du corps, il se forme un peu plus tard (embryon de 2 centimètres) deux cœurs lymphatiques postérieurs, situés l’un à droite, l’autre à gauche, à la bifurcation de la veine sciatique et de
Fig. 1054.
Embryon de Porc de 2cm,7 rence Sabin).
(d’après Flo-
1, cœur lymphatique antérieur. — 2, tronc d'origine des lymphatiques de la tète. — 3, tronc d'origine des lymphatiques du thorax et du membre antérieur. — 4, tronc d’origine du canal thoracique. — 5, cœur lymphatique postérieur. — fi, veine sciatique. — 7, veiue cardinale postérieure. — 8, veine cardinale antérieure. — 9, aorte. — 10, corps de Wollï. — 11, rein définitif. — 12, diaphragme.
EMBRYOLOGIE
la veine cardinale postérieure. Ces cœurs se comportent comme les antérieurs et deviennent le siège d’un bourgeonnement actif de canaux cutanés dont le centre d’irradiation dans la peau est situé au-dessus de la crête iliaque. Plus tard, lorsque le corps de Wolff disparaît et que les veines cardinales postérieures sont remplacées par la veine cave inférieure, les deux cœurs lymphatiques postérieurs perdent leurs connexions avec le système veineux et entrent en relation avec l’extrémité postérieure des canaux thoraciques, primitivement doubles (par suite de la bifurcation du bourgeon central du cœur antérieur gauche) dont ils deviennent de simples branches afférentes.
D’après cette description l’on pourrait croire que le système lymphatique des Mammifères répète dans son ontogenèse celui des Anoures qui présente en effet quatre cœurs, mais il n’en est rien. Contrairement aux données de Sabin, Lewis a montré que les lymphatiques naissent en divers points sur les grosses veines (jugulaire interne, veine cave postérieure, veine mésentérique, etc.), sous la forme d’extrôflexions de la paroi veineuse qui poussent à la périphérie des culs-de-sac irréguliers, puis s’anastomosent pour former les voies lymphatiques. Celles-ci perdent bientôt tout rapport avec les veines, sauf dans les points où se trouve chez l’adulte leur embouchure. Les premiers lymphatiques formés sont ceux de la région jugulaire, ils engendrent bientôt, par confluence, un vaste sac qui répond au prétendu cœur antérieur. Il n’y a point de cœurs lymphatiques vrais. Fl. Sabin elle-même a reconnu que les dilatations ainsi nommées par elles étaient dépourvues de muscles et de contractilité.
D’après les recherches de Fl. Sabin les lymphatiques cutanés ne possèdent d’abord pas de valvules ; ce sont des vaisseaux moniliformes, irréguliers, largement anastomosés entre eux et que l’on peut injecter par une seule piqûre, l’injection filant dans toutes les directions par suite cle l’absence de valvules. Dans un embryon de 6cm,5, la peau est pourvue de lymphatiques dans toute son étendue. Les valvules commencent à se montrer (embryons de 10 centimètres) dans les lymphatiques cutanés qui forment jusqu’à présent un seul plan, à la limite du derme et du tissu sous-cutané, puis ces lymphatiques bourgeonnent des lymphatiques intradermiques. Fl. Sabin ne donne pas de renseignements histologiques sur la formation des valvules, c’est pourquoi nous rappellerons ici les anciennes observations de Ranvier (1897). Pour cet auteur, la formation des valvules des lymphatiques est liée à l'accroissement même de ces vaisseaux. En etfet, les lymphatiques valvulés déjà existants produisent sur divers points de leur pourtour un ou plusieurs bourgeons cellulaires pleins. Au centre de chacun de ces derniers apparaît bientôt une cavité ou lumière qui, en se développant, refoule en dedans du tronc primitif les cellules du col d’insertion du bourgeon, lesquelles font saillie à l’intérieur du vaisseau préexistant et constituent l’ébauche des valvules bien connues qui existent entre les divers segments d'un tronc lymphatique. Le bourgeon en se développant forme lui-même un de ces segments intervalvulaires qui devient à son tour le siège d’un bourgeonnement analogue, de telle sorte que, suivant que le ou les bourgeons seront placés dans la direction du vaisseau préexistant ou autrement, le vaisseau s'allongera simplement ou bien se divisera et se ramifiera. Lorsque ces vaisseaux sont arrivés à la périphérie ils engendrent les capillaires lymphatiques, toujours dépourvus de valvules, par des bourgeons creux dès leur apparition et qui s’étendent progressivement au loin, s’anastomosent fréquemment entre eux et se terminent finalement toujours par un cul-de-sac.
Les ganglions lymphatiques naissent sur le trajet des lymphatiques préexistants, au niveau de réseaux capillaires sanguins qui interrompent le cours du lymphatique, et autour desquels les deux extrémités sectionnées de ce dernier bourgeonnent activement, donnant ainsi le tissu caverneux du ganglion (Ranvier). Ils sont reconnaissables chez un embryon humain de trois mois (ganglions inguinaux, Chiewitz), et à trois mois et demi on distingue leur substance médullaire de la substance corticale.
TABLE DES MATIÈRES