VERTÈBRES SACRÉES ET COCCYGIENNES
(K.^USSES VErrrÈBRES de queiriues auti?ui-s)
Les vertèbres de la région sacro-coccygienne, au nombre de neuf ou de dix suivant les sujets, se soudent plus ou moins entre elles, dans l'âge adulte, de façon à former deux os seulement : les cinq premières forment le sacrum ; les quatre ou cinq dernières constituent le coccyx.
§ L — Sacrum
Le sacrum, chez l'adulte, est un os impair, médian, symétrique, situé à la partie postérieure du bassin, entre les deux os iliaques, au-dessous de la colonne lombaire à laquelle elle fait suite, au-dessus du coccyx qui le continue. Considéré en place.
COLONNE VERTÉBRALE
cet os est loin d'être vertical : il se dirige obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, formant ainsi ave&.-kt'^rnière vertèijre lombaire un angle saillant en avant, connu sous le nom cV angle sacro-vertébral ow promontoire. D'autre part, l'axe du sacrum, au lieu d'être rectiligne, décrit une couiije très prononcée, dont la concavité regarde en bas et en avant. Aplati d'avant en arrière, beaucoup plus volumineux en haut qu'en bas, le sacrum revêt la forme d'une pyramide quadrangulaire et nous présente par conséquent : 1" une base ; 2" un sommet; 3° quatre faces, que l'on distingue d'après leur orientation en face antéi'ieure, face posti'rieure et faces latérales.
1" Face antérieure. — La face antérieure (tig. 65) du sacrum est concave à la fois dans le sens vertical et dans le sens transversal : elle nous offre ainsi une
Fig. 6.J.
Sacrum, face antérieure.
1. 11, 111, IV, V, les cinq verlùbres sacrées. — t. 1, (rous sacrés antérieurs. — 2, 2, faces latérales du sacrum. — .3. lacelle articulaire de la base du sacrum. — 4, apophyses articulaires supérieures de la première vertèbre sacrée. — '6, sommet du sacrum, avec sa facette articulaire pour le coccyx. — 6, ailerons du sacrum.
double courbure et nous ferons remarr{uer, à ce sujet, (pie la courbure (cansversale est plus accusée au niveau de la moitié supérieure de l'os, tandis que la courbure verticale est plus prononcée, au contraire, dans la moitié inférieure.
La face antérieure du sacrum nous présente sur la ligne médiane une colonne osseuse, constituée par la superposition des corps des cinc{ vertèbres sacrées : elle est segmentée, à des intervalles réguliers, par des lignes transversales, indices de la soudure de ces différentes vertèbres.
Ces lignes, généralement saillantes, sont au nombre de c[uatre. Elles sont d'autant plus visibles que le sujet est plus jeune. A l'extrémité de chacune d'elles, se voit un trou elliptique, que l'on désigne sous le nom de trou sacré antérieur. On en compte naturellement quatre de chaque côté.
Placés sur deux lignes presque verticales et distantes l'une de l'autre de 3 centimètres en moyenne, les trous sacrés antérieurs sont constinués en dehors par
OSTÉOLOGIE
des gouttières transversales qui logent les branches antérieures des nerfs sacre's. Chacun de ces trous est séparé de son voisin, supérieur ou inférieur, par une cloison transversale, plus ou moins large et plus ou moins saillante, sur laquelle viennent s'insérer les faisceaux d'origine da muscle pyramidal.
Le développement respectif des cinq pièces sacrées n'est pas le même pour toutes. Chez la femme, oit le sacrum acquiert, à cause des accouchements, une importance toute particulière, la première pièce mesure environ 35 millimètres de hauteur. La seconde, un peu moins élevée, ne dépasse guère 25 millimètres. Chacune des trois autres mesure à peine 2 centimètres. Il en résulte que la deuxième des lignes transversales, indiquées ci-dessus^ correspond sensiblement au milieu de l'os.
2" Face postérieure. — Fortement convexe dans le sens vertical et hérissée d'aspérités dans toute son étendue, la face postérieure du sacrum (fig. 66) nous
Fig. 66.
Sacrum, face postérieure.
i, I, apophyses épineuses des vertèbres sacrées souciées entre elles (crête sacrée). — 2, gouttières sacrées. — 3, 3, trous sacrés postérieurs. — 4, orifice suiiérieur du canal sacré. — 5. apophyses articulaires supérieures de la première vertèbre sacrée. — 6, sommet du sacrum, avec sa facette articulaire pour le coccyx. — 7, cornes du sacrum. — 8, 8, facettes auriculaires.
présente d'abord sur la ligne médiane une crête saillante, qui continue la ligne des apophyses épineuses de la colonne lombaire : c'est la crête sacrée. Cette crête se termine, ordinairement à la hauteur du troisième trou sacré, assez souvent au niveau du quatrième, par deux branches divergentes, qui circonscrivent la portion inférieure du canal sacré.
De chaque côté de la crête sacrée et en allant de dedans en dehors, nous rencontrons successivement : 1° une gouttière longitudinale, la gouttière sacrée, continuant exactement, au niveau du sacrum, la direction des gouttières vertébrales de la région lombaire ; 2° une première série de tubercules plus ou moins marqués, au nombre de cinq, les tubercules sacrés 2^ostéro-interne ; 3° une série
COLONNE VERTÉBRALE 11
de trous, ovalaires plutôt qu'arrondis,, au nombre de quatre, les trous sacrés postérieurs, livrant passage aux brancties postérieures des nerfs sacrés ; 4° une nouvelle série de tubercules,, les tubercules sac7'és postéro-externes, placés immédiatement en dehors des trous précités.
Les trous sacrés postérieurs sont toujours plus petits que les trous sacrés antérieurs correspondants. Comme ces derniers, ils s'étagent régulièrement suivant deux lignes verticales,, à peu près parallèles, offrant cependant une légère tendance à converger en bas. L'intervalle qui sépare ces deux lignes est sensiblement plus grand que celui qui existe entre les trous sacrés antérieurs.
3° Faces latérales. — Les faces latérales du sacrum (fig. 67), larges en haut où elles méritent véritablement le nom de faces,, s'amincissent en descendant et finissent par dégénérer en de simples bords. — On y remarque, en haut et en avant, une large surface articulaire (fig. 67,5), que l'on a comparée, au point de vue de sa conliguration, au pavillon d'une oreille, d'où le nom de facette auriculaire du sacrum qui lui a été donné. Elle affecte la forme d'un croissant ou d'une équerre à concavité dirigée en arrière et s'articule avec une facette analogue, placée sur la partie postérieure de l'os iliaque. Elle ne dépasse pas, en bas, le niveau de la deuxième pièce sacrée. — En arrière de la facette auriculaire et dans la concavité que décrit son rebord postérieur, se trouve une dépression circulaire, la fosse criblée du sacrum, au fond de laquelle s'ouvrent de nombreux trous destinés à laisser passer des vaisseaux. La fosse criblée est limitée en bas par une surface plane et rugueuse, où viennent s'insérer des ligaments. — En avant et en bas, la facette auriculaire est assez souvent limitée par un sillon plus ou moins marqué, qui occupe en réalité la face antérieure de l'os : c'est le sillon pré auriculaire du sacrum, analogue au sillon homonyme de l'iléon (voy. Os coxal). Comme ce dernier, le sillon préauriculaire du sacrum sert, d'après Zaaijer, à l'insertion du ligament sacro-iliaque antérieur.
4° Base. — La base du sacrum, à l'état statique, regarde en avant et un peu en haut. Au point de vue de sa configuration, elle rappelle de tous points la face supérieure d'une vertèbre lombaire. Nous y remarquons, en effet (fig. 68) :
a. Sur la ligne médiane et en allant d'avant en arrière : i° une facette articulaire plane, ovalaire ou réniforme, à grand diamètre transversal, qui n'est autre que la face supérieure du corps de la première vertèbre sacrée ; 2° en arrière de cette facette, une ouverture triangulaire, qui est l'orifice supérieur du canal sacré ; 3° enfin, le commencement ou extrémité supérieure de la crête sacrée.
b. De chaque côté de la ligne médiane : 1° une surface triangulaire à base externe, qui s'incline en avant pour former une partie du grand bassin ; on la désigne sous le nom aileron du sacrum; 2° deux saillies verticales ou apophyses articulaires
Fig. G7.
Sacrum, face latérale droite.
1,1, apophyses épineuses des vertèbres sacrées (crête sacrée). — :2, base du sacrum. ~ ,S, son sommet. — 4, cornes du sacrum. — 5, facette auriculaire. — 6, fosse criblée. — 7, trous sacrés postérieurs. — 8, 8, flèche parcourant le canal sacré.
OSÏEOLOGIE
du sacrum, dont les facettes.
légèrement
concaves dans le sens transvei^sal.
regardent en ain-ière et en dedans ; elles s'articulent avec les apophj'ses articulaires
inférieures de la dernière vertèbre lombaire ; 3° enfin, deux échancrures placées en avant de ces dernières, les échmicrures du sacrum, qui contribuent à former, de concert avec les échancrures inférieures de la dernière lombaire, le \ungtcincjuième trou de conjugaison.
Fig. 68.
Sacrum, vu d'en haut.
1 , facette articulaire supérieure pour la cinquième verICbrc lombaire (corps de la vertèbre). — 2, orifice supérieur du canal sacré. — 3, crête sacrée. — 4, ailerons du sacrum. — 5, apopbjses articulaires.
5° Sommet. — Le sommet du sacrum est constitué en avant par une facette elliptique, à grand diamètre transversal. c|ui s'ai'ticule aA^ec la base du coccyx. En arrière de cette facette se voit l'orifice inf(M ieur ou orifice terminal du canal sacré. Cet orifice en forme de V renversé (/y) est limité latéralement par deux petites saillies descendantes, plus ou moins marquées suivant les sujets : ce sont les
cornes du sacrum, destinées à s'unir à deux saillies similaires provenant du coccyx ou cornes du coccyx.
6° Canal sacré. — Le sacrum est parcouru dans toute sa hauteur par un canal, le canal sacré (fig. 69). — Ce canal est placé immédiatement en avant de la crête sacrée et fait suite, en Iraut, au canal rachidien de la colonne lombaire. Triangulaire à son extrémité supérieure, il s'aplatit bientôt d'avant en arrière et hnaleinent se transforme en une simple gouttière. — De chaque côté du canal sacré, partent quatre conduits transversaux, simples à leur origine, mais se bifurquant presque immédiatement, pour aboutir à la fois aux trous sacrés antérieurs et aux trous sacrés postérieurs. — Dans le canal lui-même, chacun de ces conduits, véritable trou de conjugaison, est séparé du conduit voisin par une colonnette osseuse à direction antéro-postérieure, cj[ui rappelle les pédicules des vraies vertèbres. — Dans le canal sacré se trouvent logés le cul-de-sac terminal de la dure-mère rachidienne, le filum terminale de la moelle et les nerfs qui constituent la queue de cheval. Ces nerfs s'engagent dans les canaux latéraux ci-dessus décrits et s'y bifurquent, comme nous le verrons plus tard, chacun en deux branches : une branche antérieure qui se dirige vers le trou sacré antérieur correspondant, et une branche postérieure qui s'échappe par le trou sacré postérieur.
Coupe sagittale du sacrum pour montrer le canal sacré.
1, 11, 111, IV, V, les cinq pièces sacrées.
1, crête sacrée. — 2, cornes du sacrum. — 3, base. — 4, sommet. — o, facettes articulaires. — G, 6', canal sacré.
7" Signification morphologique. — L'os sacrum, aA'ons-noas dit plus haut, est
COLONNE VERTÉBRALE
le produit de la soudure de cinq vertèbres. Nous devons en conséquence retrouver dans sa constitution les divers éléments osseux d'une vertèbre, sinon à l'état parfait,, du moins à l'état de vestige. — Nous avons déjà vu, dans la description précédente, le corps, les pédicitles et le t7'0U rachidien. — Nous avons vu aussi les échancrures, réunies en canaux de conjugaison. — Les apophyses épineuses des vertèbres sacrées, nous les retrouvons dans la crête sacrée. — ■ Les lames constituent les gouttières sacrées. — Les apophyses articulaires ne sont autre chose ({ue la série verticale des tubercules sacrés postéro-internes. — Quant aux apophyses transoerses, elles se présentent à nous sous la forme de cette deuxième série verticale de tubei-cules. que nous avons appelés tubercules sacrés postéro-externes.
Connexions. — Le sacrum s'articule avec quatre os : en haut, avec la cinquième vertèbre lombaire; en bas, avec le coccyx; latéralement, à droite et à gauche, avec les deux os coxaux.
Développement. — (Voy. plus loin, p. 88. j
Insertions musculaires. — (Voy. plus loin, Coccyx, p. 80.)
Variétés. — (Voy. plus loin p. 92.)
A consulter au sujet du sacrum, Racarisse, Du sacrum suirunl les sexes et les races, Th. Pans, 1873. — Paterso.n, The humait sacrum, Transact. of the roy. Dublin Society, 1893.
Coccyx (tig. 70 el 71).
Le coccyx, rudiment chez Fliomme de la queue des mammifères, est situé immédiatement au-dessous du sacrum, dont il continue la direction. Quatre ou cinq vertèbres, considérablement ati^ophiées et le plus souvent soudées entre elles (fig. 70 et 7r), constituent ce
7 ^ 7 fi 7
dernier segment de : G 7
la colonne vertébrale.
(Connue tous les éléments vertébraux, le coccyx est un os impair, médian et symétrique. Fortement aplati d'avant en arrière, beaucoup plus large en haut qu'en bas, il revêt dans son ensemble la forme d'un triangle et nous
présente, par conséquent : une base, un sommet, deux faces et deux bords.
Fig. 70.
Coccyx, face antérieure.
Fig. 71.
(^iccyx, face postérieure.
I, 2, 3, 4 et 3, première, deuxième. Ii'(3isième, quatrième et cinquième pièces du coccyx (vertèbres coccygiennes) . — ti, base du coccyx, avec sa facette articulaire pour le sacrum. — 7, 7, cornes du coccyx. — 8, sommet du coccyx.
1" Faces. — La face antérieure (llg. 70) est concave ; la face postérieure (flg. 71j est convexe. L'une et l'autre nous présentent des lignes transversales, vestiges de la soudure des vertèbres coccygiennes.
2" Base. — Ladjase, située en haut comme pour le sacrum, nous présente tout d'abord, sur la ligne médiane, une petite facette elliptique à grand diamètre transversal, destinée à s'articuler avec une facette similaire que nous avons déjà
OSTÉOLOGIE
décrite sur le sommet du sacrum. — En arrière de cette facette, à droite et à gauche de la ligne médiane, se dressent deux coloîinettes à direction verticale : ce sont les cornes du coccyx, répondant, dans l'articulation sacro-coccj'gienne, aux cornes du sacrum. — Enfin, de chac|ue côté des cornes du coccyx, la base de l'os s'étale en dehors, de façon à former deux prolongements transversaux que nous désignerons sous le nom d'angles latéraux du coccyx. Le sommet de cet angle établit la limite respective entre la base de l'os et ses bords latéraux. Son bord supérieur, concave, forme avec la partie tout inférieure du bord correspondant du sacrum une large échancrure c{ui, à l'état frais, est convertie en trou par un ligament : ce trou, situé sur la même ligne C[ue les trous sacrés antérieurs, acquiert la même signification que ces derniers. Il livre passage au cinquième nerf sacré.
3° Sommet. — Il est formé par un petit tubercule osseux (fig. 70,8), qui tantôt se trouve sur la ligne médiane, tantôt se dévie latéralement, soit à droite, soit à gauche.
4° Bords. — Obliques et plus ou moins sinueux, les bords du coccyx donnent insertion au grand ligament sacro-sciatique et à la plupart des faisceaux d'origine du muscle ischio-coccygien.
5° Signification morphologique. — Comme le sacrum, le coccyx n'est que le produit de la soudure de plusieurs vertèbres, dites coccygiennes ; mais ces vertèbres sont j)rofondément modifiées et presque méconnaissables. Le sacrum nous a offert encore tous les éléments osseux d'une vertèbre-type ; ici, la vertèbre est pour ainsi dire réduite à son corps. Seule, la première vertèbre coccygienne nous présente deux autres éléments : les apophyses transverses, qui sont représentées par les angles latéraux et les apophyses articulaires supérieures, lesquelles ont perdu icLir nom dans la terminologie classique, pour prendre celui de cornes du coccyx.
Connexions. — Le coccyx, portion terminale de la colonne vertébrale, ne s'articule qu'avec un seul os, le sacrum. 11 est en outre uni à l'os coxal par des ligaments.
Insertions musculaires sur le sacrum et le coccyx. — Le sacrum donne insertion à huit
Fig. 7i. Fig. 73.
Sacro-coccjx, vue anUTicurc avec insertions Sacro-coccyx, vue postérieure avec insertions
musculaires. " musculaires.
(Pour la sif:nification des cliiffres, se reporter au taljleaa ci-conlre, p. 81.)
muscles : un sur sa base ; un sur sa face antérieure; un sur son sommet; les cinq autres sur
COLONNE VERTÉBRALE
sa face postérieure. Le coccyx, de son côté, donne attache à quatre muscles. Nous résumons ces diverses insertions dans les deu.K figures 72 et 73 et dans le tableau synoptique suivant. Dans ce tableau, les chiffres placés en regard de chaque muscle se rapportent aux deux figures précitées :
Développement. — (Voy. plus loin, p. 88.) Variétés. — (Voy. plus loin. p. 9:2.)
, ARTICLE III
COLONNE VEllTÉBUALE CONSIDÉRÉE DANS SON ENSEMBLE
SON DÉVELOPPEMENT, SE.S AXOM.VLIES
Envisag(ée dans son ensemble, la colonne vertébrale nous offre à considérer ses dimensions, sa direction, sa configuralion, son développement, ses anomalies .
1° Longueur ou hauteur. — Cbez un homme adulte et de taille moyenne., la hauteur de la colonne vertébrale, mesurée du point le plus élevé de l'atlas au sommet du coccyx, est de 73 à 75 centimètres, qui se répartissent de la façon suivante : pour la portion cervicale, 13 ou 14 ; pour la portion dorsale, 27 à 29 : pour la portion lombaire, 17 ou 18 ; pour la portion sacro-coccygienne, 12 à 15.
Les dimensions longitudinales de la colonne vertébrale, relativement très considérables chez l'enfant naissant, augmentent encore juscju'à l'âge de vingt-cinc( ans. Elles restent stationnaires chez l'adulte et diminuent ensuite chez le vieillard, par suite de l'affaissement des discfues intervertébraux, entraînant comme conséquence une exagération des courbures antéro-postérieures.
2° Largeur ou diamètre transverse. — La colonne vertébrale présente son maximum de largeur au niveau de la base du sacrum, où elle mesure de 10 à 12 centimètres. Au-dessous et au-dessus de ce point, le diamètre transverse diminue graduellement : au-dessous, il descend jusqu'à zéro (sommet du cocc^'x) ; au-dessus, il mesure successivement 7 ou 8 centimètres sur la dernière lombaire, G ou 7 centimètres sur la première lombaire, 5 à 9 centimètres sur la dernière dorsale. 6 ou 7 centimètres sur la première dorsale, S ou 6 centimètres sur l'axis. L'atlas, s'élargissant consid('rablement pour supporter la tète, atteint jusqu'à 8 centimètres.
3° Épaisseur ou diamètre antéro-postérieur. — Le diamètre antéro-postérieur de la colonne verti'bi'ale varie surtout avec le degré de projection jiostérieure des apophyses épineuses. Mesurant 4 centimètres à la région cervicale, il atteint 6 cen-
\ 8. Grand fessier.
. I. Grand fessier, j II. Releveur anal. ( III. Ischio-coccygien.
, IV. Sphincter anal.
B. Coccvx .
a. Face postérieure . . .
' h. Bords {lècre antérieure) \ c. Sommet
t< I. — Dimensions
OSÏÉOLOGIE
timètres à la région dorsale et 7 centimètres au niveau du sacrum ou de la dernière lombaire. Au-dessous du sacrum, il diminue rapidement par suite de l'atténuation et de la disparition graduelles des apophyses épineuses et du canal vertébral.
§ II. — Direction
La colonne vertébrale n'est pas rectiligne ; elle présente, chez tous les mammifères, une série d'inflexions ou courbures antéro-postérieures, fort variables pour chacun d'eux dans leur degré et dans leur nombre. Chez l'homme, il existe quatre courbures (fig. 73) : la première correspond à la région cervicale et est convexe en avant ; la deuxième correspond à la région dorsale et présente sa convexité dirigée en arrière ; la troisième, convexe en avant comme la courbure cervicale, occupe la région lombaire ; la quatrième, enfin, correspond à la région sacrococcygienne et dirige sa convexité en arrière.
Les courbures de la colonne vertébrale varient beaucoup dans leurs dimensions suivant les individus et suivant les âges. Elles doivent également varier suivant les sexes : la courbure lombaire, notamment, est plus développée chez la femme que chez l'homme, non seulement à l'état adulte, mais même dans l'enfance. Ciiarpy, qui a mis ce fait en évidence par des mensurations précises, l'attribue avec raison à l'influence des circonstances qui sont spéciales au sexe féminin : « en première ligne, dit-il, se place la grossesse qui oblige la colonne dorsale à se reporter en arrière et impose aux muscles lombaii"es extenseurs et incurvateurs un effort proportionnel au poids surajouté du côté de la flexion. Et ce n'est pua seulement pendant quelques mois que cet effort se manifeste ; souvent, toute la vie, persiste un affaiblissement de la paroi abdominale qui laisse prédominer les muscles redresseurs antagonistes. Il est naturel de croire que c'est l'attitude de la grossesse qui, poursuivie dans une série incalculable de générations, a fini par créer un type héréditaire et originel, indiqué vaguement dès le premier âge, nettement accusé à la puberté et recevant tout son développement par les fonctions maternelles de la gestation et du port de l'enfant allaité. »
Les diverses inflexions que présente la colonne vertébrale ont pour effet d'augmenter sa résistance, en vertu de ce jDrincipe de physique que, de deux colonnes élastiques égales d'ailleurs, celle qui présente des courbures alternatives, oppose plus de résistance aux pressions verticales que celle qui est rectiligne : la résistance de cette dernière étant de 1, la résistance de la colonne courbe est égale au nombre de ses courbures élevé au carré plus lui (= 1). Si ce principe était applicable dans toute sa rigueur à la colonne vertébrale des mammifères, la résistance de cette colonne chez l'homme, serait plus que décuplée par la présence de ses quatre courbures. Sa résistance, en effet, serait représentée par la formule : 4^ + 1 =17.
Indépendamment des courbures antéro-postérieures que nous venons de décrire, BiCHAT avait signalé sur le côté gauche de la colonne dorsale une courbure latérale, dont la concavité regarderait à gauche et dont il expliquait ingénieusement l'existence par l'habitude que nous avons de nous servir de préférence de la main droite, le corps s'inclinant naturellement à gauche toutes les fois que nous faisons un effort quelconque avec cette main. Il est généralement admis aujourd'hui que cette courbure latérale de Bichat n'est qu'une simple gouttière ou empreinte ai'térielle, déterminée sur les 3^ 4", 5" et 6" vertèbres dorsales par la premièi'e portion de l'aorte
COLONiNE VERTÉBRALE
descendant'^. Une pareille interprétation est si bien fondée que, dans les cas de transposition des viscères chez des individus non gauchers, la crosse aortique se dirigeant à droite, c'est sur le côté droit de la colonne dorsale qu'on rencontre la prétendue courbure de Bichat (fait de Chuyeilhier, fait de Géry, fait de Beaunis). J'ai observé tout récemment plusieurs faits de cette nature; la gouttière aortique était très maiT|uée sur le coté droit de la colonne vertébrale.
§ III, — Configuration extérieure et intérieure
Il 'suffit d'un simple coup d'œil jeté sur la colonne vertébrale (fig. 74 et 76), pour constater que cette longue tige osseuse est constituée, au point de vue morphologique, par deux pyramides, qui seraient réunies par leur base au niveau de l'articulation sacro-lombaire. — L'une de ces pyramides ou pyramide supérieure commence à la dernière lombaire et se termine à l'atlas. Elle est fort longue et comprend les trois premières régions cervicale, dorsale et lombaire de la colonne vertébrale. — L'autre ou pyramide inférieure s'étale surtout dans le sens transversal et s'étend de la base du sacrum au sommet du coccyx. Elle est, comme on le voit, beaucoup plus courte que la précédente.
La colonne vertébrale, étant essentiellement constituée par la superposition d'une série d'éléments osseux similaires, les vertèbres, présente comme ces dernières une configuration qui est fort irrégulière sans doute, mais dont les détails se déduisent facilement des descriptions qui précèdent. Nous lui considérerons quatre faces et un canal central :
1° Face antérieure. — Vue. par sa face antérieure (fig. 74), la colonne vertébrale s'offre à nous sous la forme d'une tige cylindrique, que constitue l'ensemble des corps vertébraux. Dans les trois premières régions, région cervicale, région dorsale et région lombaire, les corps vertébraux sont séparés, comme nous le verrons plus tard en t'tudiant leurs divers modes d'union, par la série alternante des disc[uel fibreux intervertébraux (voy. Artiirologie). Dans la région sacrococcygienne, où les vertèbres sont soudées entre elles, ces disques sont remplacés par de simples crêtes osseuses à direction transversale.
2° Face postérieure. — Vue par sa face postérieure (fig. 76), la colonne vertébrale nous présente, sur la ligne médiane tout d'abord, la série régulière des apophyses épineuses, formant par leur ensemble ce qu'on appelle la crête épinière. Nous avons déjà dit que quelques-unes de ces apophyses, s'écartant de l'alignement général, peuvent se dévier, soit à gauche, soit à droite ; c'est surtout à la région dorsale que l'on observe cette disposition. Sur le sacrum, les apophyses épineuses sont soudées entre elles, comme les autres éléments de la vertèbre sacrée : elles constituent la crête sacrée.
De chaque cùté de la crête épinière et parallèlement à elle, s'étendent deux gouttières profondes, les gouttières vertébrales, que limitent en dehors les extrémités régulièrement superposées des apophyses transverses. Ces gouttières sont formées, en dedans: 1° par les faces latérales des apophyses épineuses; 2° en dehors, par les apophyses articulaires et la face postérieure des apophyses transverses ; 3" dans leur partie moyenne, par les lames vértébrales imbric|uées de haut en bas à la manière des tuiles d'un toit.
84 OSTÉOLOGIE
Par suite de récartement que nous avpns noté, sur les vertèbres lombaires, entre l'appendice costiforme (^improprement appelé apophyse transverse) et le tubercule mamillaire, il existe dans la ro^^gion lombaire une nouvelle gouttière, qui longe
Fig. 74. Fig. 75. Fig. 76.
Colonne vertébrale, vue Colonne vertébrale, vue Colonne vertébrale, vue
antérieure. latérale. postérieure.
' Les flèches rouges indiquent la séparation des dillerentes régions de la colonne (voir fig. 54) ; les chiffres 1, 7, 19, 24, l9, indiquent le numéro d'ordre de la vertèbre en regard de laquelle ils sont situés, en allant de haut en bas.
la ijréce'dente en dehors et qui se trouve comprise entre la série des tubercules mamillaires et la série des apophyses costiformes. La série des apophyses articulaires sépare à ce niveau les deux gouttières.
3" Faces latérales. — Vue par ses faces latérales (fig. 75), la colonne vertébrale nous présente successivement : 1° les sommets des apophyses transverses, portant sur leur partie antérieure, mais à la région dorsale seulement, les facettes articulaires destinées à la tubérosité des côtes ; 2° la face latérale des corps vertébraux, portant sur leur partie la plus l'eculée, à la région dorsale, la série des facettes et des demi-facettes correspondant à la téte des côtes ; 3° la série des pédicules :
COLONNE VERTÉBRALE
4° enfin, entre ces derniers, la série des trous de conjugaison, par où s'établissent les relations entre le canal vertébral et les régions situées en dehors de ce canal.
Ces trous de conjugaison augmentent de grandeur en se rapprochant du sacrum. Leurs dimensions sont en rapport moins avec le volume des nerfs qu'avec le calibre des grosses veines qui les traversent.
Nous avons déjà fait remarquer plus haut que des trous de conjugaison existaient sur le sacrum tout comme sur les autres portions de la colonne vertébrale, mais qu'ils différaient de leurs homologues placés plus haut en ce qu'ils s'ouvraient à l'extérieur par deux orifices distincts, l'un à la face antérieure du sacrum [trou sacré antérieur), l'autre à sa face postérieure [Irou sacré postérieur).
4° Canal vertébral. — Le canal vertébral, constitué par l'ensemble des trous vertébraux, s'étend dans toute la hauteur de la colonne vertébrale et en suit régulièrement toutes les inflexions. 11 se termine en bas par une simple gouttière ouverte en arrière, que limitent latéralement les cornes du sacrum et du coccyx. Il se continue en haut, au-dessus de l'atlas, avec la grande cavité crânienne.
En traversant ainsi les différentes régions de la colonne vertébrale, ce canal, destiné à loger la moelle épinière et ses enveloppes, varie de forme et de dimensions. ■ — ■ Sa forme se déduit naturellement de la forme des trous vertébraux, telle que nous l'avons décrite plus haut : il est prismatique triangulaire à la région cervicale, cylindrique à la région dorsale et, de nouveau, ijrismatique triangulaire dans les deux autres régions. • — Quant à ses dimensions, elles sont en rapport, non pas avec le volume du segment de la moelle qu'il est destiné à protéger, mais bien avec le degré de mobilité de la région où on le considère : c'est ainsi que chez l'homme, le canal vertébral, ti-ès considérable au cou et aux lombes, où la colonne vertébrale est très 'mobile, se rétrécit à la région dorsale, où les vertèbres sont à peu près immobiles et descend à des dimensions moindres encore à la région pelvienne, où les vertèbres sacrées sont frappées d'une immobilité absolue. L'anatomie comparée (E.arle, Physiol. Trans., 18!22) confirme de tous points ces conclusions empruntées à l'anatomie humaine.
Fig. 77.
Coupe médiane antéro postérieure de la colonne vertébrale.
A, limite des réglons cervicale et dorsale. — B, limite des régions dorsale et lombaire. — C, limite des régions lombaire et sacrée. — D, limite des régions sacrée et coccjgienne.
§ IV. DÉVELOrPEMENT
Envisagée au point de vue de son évolution, la colonne vertébrale comprend : i" le développement des vertèbres en général; le développement de quelques vertèbres en particulier; 3° le développement de la colonne en général.
1° Développement des vertèbres en général. — Chaque vertèbre se développe
OSTÉOLOGIE
individaellement par trois points d'ossification primitifs, auxquels viennent s'ajouter plus tard un certain nombre de points complémentaires : -
a. Points primitifs. — Des trois points primitifs, l'un, point médian (fig. 78,1), double suivant Serres, apparaît au milieu du corps vertébral, un peu en arrière
Fig. 78.
Vertèbre de fœtus, au moment où commence l'ossificatioa de la pièce cartilagineuse.