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ARTICLE IV APONÉVROSES DU COU

Depuis l'époque déjà éloignée (1811) où Allan Burns nous donna la première description des aponévroses cervicales jusqu'à nos jours, le plus grand nombre des anatomistes et aussi bon nombre de chirurgiens ont étudié et décrit les aponévroses cervicales ; et pourtant,, il serait peut-être bien difficile de rencontrer ^ans la littérature anatomiqiie deux descriptions qui se ressemblent entièrement. yUrdirait vraiment, pour employer une expression aussi pittoresque que judicie^eiTle Malgaigne, que les aponévroses du cou sont un véritable Protée, revêtant une forme nouvelle au fur et à mesure qu'elles se trouvent sous les yeux d'un observateur nouveau. De telles divergences au sujet de ces aponévroses relèvent en partie sans doute des méthodes différentes que chaque observateur apporte dans leur étude ; mais elles ont pour cause avant tout les variations individuelles, tel feuillet qui présente chez l'un tous les caractères des vraies aponévroses, descendant chez un autre aux proportions plus modestes d'une simple toile celluleuse.

Que faire alors au milieu de tant de variations ? Ce qu'il faut faire, c'est ne pas se perdre dans les détails, c'est bien se placer dans l'esprit une disposition typique de ces organes, un véritable schéma auquel il sera toujours facile de ramener les dispositions particulières, quels que soient leur siège et leur étendue. C'est ce schéma que nous allons essayer d'esquisser. Nous admettrons, avec la plupart des auteurs, trois aponévroses cervicales :

1° Une aponévrose superficielle ;

2° Une aponévrose moyenne ;

3° Une aponévrose jjrofonde ou prévertébrale.

§ I . — A P 0 N lî V R 0 s E CERVICALE S L" P E R l' I C I E L L E

Placée immédiatement au-dessous de la peau, l'aponévrose superficielle entoure le cou et la nuque à la manière d'un manchon ou d'un cylindre creux. Partie de la ligne médiane antérieure, où elle s'entrecroise avec celle du côté opposé en formant le raphé médian antérieur ou ligjie blanche cervicale, elle se dirige en dehors et rencontre tout d'abord le bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien. Elle se divise alors en deux feuillets, l'un qui passe en avant de ce muscle, l'autre qui passe en arrière : arrivés sur le bord postérieur du sterno-cléidomasto'idien, ces deux feuillets se réunissent de nouveau^ après avoir fourni, comme on le voit, une gaine complète au muscle précité. Notre aponévrose cervicale, ainsi reconstituée, traverse d'avant en arrière le triangle sus-claviculaire et atteint le trapèze. Là encore, elle se partage en deux feuillets, qui revêtent, l'un la face superficielle, l'autre la face profonde du trapèze et viennent finalement se fixer aux apophyses épineuses des vertèbres cervicales et dorsales. Ainsi entendue, l'aponévrose

APONÉVROSES DU COU

cervicale superficielle nous offre à considérer au point de vue descriptif : deux surfaces, l'une exte'rieure, l'autre intérieure, et deux circonférences, l'une supérieure, l'autre inférieure.

1" Surface extérieure. — La surface extérieure est en rapport avec la peau, dont la séparent par place le muscle pcaucier, les nerfs sous-cutanés et les veines superficielles ; la plus importante de ces veines est la jugulaire externe, c|ue nous avons déjà vue (p. 7:24) cheminer entre le peaucier et l'aponévrose. Tous ces organes, dits sous-cutanés, sont en réalité situés dans un dédoublement du fascia superficialis.

2" Surface intérieure. — La surface intérieure répond aux différents organes qui occupent les importantes régions du cou et de la nuc|ue. De cette surface

Fig. G19.

Coupe transversale du cou, pratiquée au niveau de la sixième cervicale.

i, aponévrose cervicale superficielle, se dédoubknl sur 2, le sterno-cléido-mastoïdien. — 3, aponévrose cervicale moyenne, se dédoublant sur les 4, 4', muscles sous-hyoïdiens. — fi, omo-liyoïdien. — G, aponévrose cervicale profonde ou prévertébrale — 7, larynx. — 8, corps thyroïde. — 9, œsophage. — 10, nerf récurrent. — 11, artère carotide primitive. — 12, veine jugulaire interne. — 13, nerf pneumogastrique. — 14, veine jugulaire antérieure. — 13, vaisseaux thyroïdiens. — 16, veine jugulaire externe. — 17, artère et veine vertébrales. — 18, un nerf du plexius brachial. — 19, canal rachidien. — 20, nerf phrénique. — 21, nerf grand sympathique. — 22, nerf spinal. — 23, scalône antérieur. — 24, scalène postérieur. — 25, trapèze. — 20, angulaire de l'omoplate. — 27, splénius. — 28, 28', les deux complexus. — 29, muscles des gouttières vertébrales. — 30, peaucier. — 31, peau. — 32, tissu cellulaire sous-cutané.

s'échappent, de chaque côté, trois prolongements : un prolongement latéral, le prolongement sous-maxillaire et le prolongement sous-parotidien.

a. Prolongement latéral. — Le prolongement latéral (fig. 619) représente une cloison placée de champ entre l'aponévrose cervicale superticielle et les apophyses transverses de la colonne cervicale. Partie de la région sus-claviculaire, elle se porte vers les scalènes et se divise, en atteignant ces muscles, en deux feuillets : l'un, antérieur, qui vient se fixer aux tubercules antérieurs des vertèbres cervi-

ANATOMIE HUMAINE. — T. I, 4'= ÉûlT. 91-

MVOLOGIE

cales, après avoir fourni une gaine au scalène antérieur ; l'autre, postérieur, qui enveloppe de même le scalène postérieur et vient s'attacher ensuite aux tubercules postérieurs des vertèbi^es précitées. Entre ces deux lames se trouve un espace important, Vespace intermédiaire aux deux scalènes, où prennent place l'artère sous-clavière et les troncs nerveux d'origine du plexus brachial. Constatons, avant d'aller plus loin, que les deux prolongements latéraux divisent, à la manière de cloisons, la cavité circonscrite par notre aponévrose cervicale en deux grandes régions : l'une, placée en arrière de la colonne vertébrale, c'est la région rétrovertébrale ou région de la nuque; l'autre, placée en avant, c'est la région antévertébrale ou région du cou proprement dite.

b. Prolongement sous-maxillaire. — Le prolongement sous-maxillaire répond à la région sushyoïdienne. En quittant l'os hyoïde, auquel elle adhère, l'aponévrose cervicale superficielle fournit une gaine aux deux ventres du muscle digastrique, puis se divise en deux feuillets : un feuillet superliciel, qui gagne le bord inférieur du maxillaire et qui n'est autre que l'aponévrose cervicale superficielle elle-même ; un feuillet profond ou prolongement sous-maxillaire de cette aponévrose, ordinairement très mince, souvent même mal différencié, qui passe en dedans de la glande sous-maxillaire, s'applique contre le mylo-hyoïdien et vient se fixer, avec ce dernier muscle, sur la ligne oblique interne du maxillaire. Entre ces deux feuillets se trouve une loge prismatique et triangulaire que complète, en dehors le maxillaire lui-même ; elle est comblée (fig. 620) par la glande sous-maxillaire.

c. Prolongement parotidien. — Le prolongement parotidien, situé en arrière et en dedans de la parotide, présente avec le ijrolongement précédent de grandes analogies. Il se sépare de l'aponévrose cervicale superficielle au moment où cette aponévrose

abandonne le bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien pour se porter sur le masséter. Contournant immédiatement la glande parotide de dehors en dedans et d'arrière en avant, elle entre successivement en rapport : 1° avec l'apophyse styloïde, à laquelle elle adhère et au niveau de laquelle elle jette des gaines sur les muscles styliens ; 2° avec le pharynx ; 3° avec le bord postérieur du muscle ptérygoïdien interne ; 4° avec le bord postérieur de la branche du maxillaire. Elle vient finalement se j)erdre sur l'aponévrose massétérine. — Ce prolongement, on le voit, entoure dans ses parties profondes la loge parotidienne (voy. Parotide). Il présente, à son passage sur la paroi latérale du pharynx, une solution de continuité, véritable ouverture à travers laquelle s'échappe un prolongement (prolongement pharyngien) de la glande parotide. — Les deux loges parotidienne et sous-maxillaire sont séparées l'une de l'auti'e par une cloison fibreuse, nouvelle déiDendance de l'aponévrose cervicale superficielle, qui s'étend du bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien à l'angle et à la face interne du maxillaire (voy. t. IV, Glandes salivaires).

Fig. 620.

Coupe vertico-transversalc de la loge sous-maxillaire.

1, maxillaire inférieur. — 1', canal dentaire. — 2, os hyoïde. — 3, niylolij'oïdieu. — 4, aponévrose cervicale superficielle, se dédoublant au niveau de l'os hyoïde et l'ormant : 4', un feuillet supérieur, qui tapisse le mylo-hy oïdien ; 4", un feuillet inférieur, qui ferme en bas la loge sous-maxillaire. — .l, peaucier du cou. — 6, peau et tissu cellulaire sous-culané. — 7, loge sousmaxillaire.

(La floche indique les différents plans qu'il faut traverser pour pénétrer de la région sus-hj o'i'dienne dans la loge sousmaxillaire.)

APONÉVROSES DU COU

3° Circonférence supérieure. — La circonférence supérieure de l'aponévrose cervicale superficielle est fortement inclinée d'arrière en avant et de haut en bas : son point le plus élevé se fixe, en effet, sur la protubérance occipitale externe, tandis que son point le plus déclive s'attache à la symphyse mentonnière. Entre ces deux points d'insertion extrême, la circonfér-ence supérieure de l'aponévrose cervicale superficielle se fixe successivement (abstraction faite de ses prolongements sous-maxillaire et parotidien qui nous sont déjà connus) : 1° sur le bord inférieur du maxillaire ; 2° sur l'aponévrose massétérine ; 3" sur le tubercule zygomatique ; 4° sur la portion cartilagineuse du conduit auditif externe ; 5° sur la face externe de l'apophyse mastoïde ; 6° sur la ligne courbe supérieure de l'occipital.

4° Circonférence inférieure. — En procédant d'avant en arrière, nous voyons l'aponévrose cervicale superficielle s'attacher, en bas, sur la fourchette du sternum, sur le bord antérieur de la clavicule, sur l'acromion et sur le bord postérieur de l'épine de l'omoplate. Au delà de cette épine, l'aponévrose descend le long de la face postérieure du trapèze et se confond, audessous de ce muscle^ avec l'aponévrose d'enveloppe du grand dorsal.

L'insertion à la fourchette sternale mérite de nous arrêter c^uelques instants. Si nous suivons l'aponévrose cervicale superficielle, en nous tenant sur la ligne médiane et en allant de haut en bas, nous constatons que, un peu au-dessus du sternum, cette aponévrose, simple jusque-là, se divise en deux feuillets légèrement divergents (fig. 621), l'un antérieur, l'autre postérieur, qui viennent se fixer en bas, le premier sur la lèvre antérieure, le second sur la lèvre postérieure de la fourchette sternale. Ils circonscrivent ainsi, par leur écartement réciproque, un espace triangulaire à base inférieure. Cet espace a reçu le nom d'espace sus-ste7'nal et il suffit de jeter les yeux sur la figure 621 pour se faire une idée très nette de son mode de constitution : en arrière, il est délimité par le feuillet postérieur de dédoublement de l'aponévrose cervicale superficielle; en avant, par le feuillet de dédoublement antérieur de cette même aponévrose ; en haut, par l'angle dièdre résultant de l'écartement des deux feuillets précités ; en bas, par la fourchette sternale. Latéralement, l'espace sus-sternal s'étend, à droite et à gauche, jusqu'au bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien.

Vu de face, après injection d'une substance coagulabie dans sa cavité, l'espace sus-sternal nous apparaît encore avec une forme triangulaire, mais cette fois, la base est en haut, le sommet en bas. Il comble exactement l'espace, de même configuration, qui sépare, dans leur portion initiale, les deux muscles sterno-cléidomastoidiens. Sa hauteur est de 3 ou 4 centimètres. De chaque côté, l'espace sussternal envoie un prolongement transversal, qui vient se placer en arrière du

Coupe vertico-médiane des aponévroses du cou.

I, os hyoïde. — 2, sternum. — 3, tronc veineux brachio-céphalique gauche. — 4, aponévrose cervicale superficielle, se dédoublant en bas et limitant ainsi un espace triangulaire où chemine une petite veine 4'. — j, aponévrose cervicale moyenne, entourant en bas le tronc veineux brachio-céphaliquc et envoyant des expansions 5', vers le péricarde, 5" vers la colonne vertébrale.

MYOLOGIE

sterno-cléido-mastoïdien, immédiatement au-dessus de l'extrémité interne de la clavicule. Ce diverticulum, de forme arrondie ou ovalaire, mesure 15 à 20 millimètres de largeur, sur une hauteur à peu près égale. Il communique avec la cavité principale par un orifice relativement étroit, qui répond naturellement au bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien.

L'espace sus-sternal renferme, au milieu d'une masse cellulo-graisseuse : 1° les deux jugulaires antérieures, avec l'anastomose transversale qui les relie l'une à l'autre, d'autres veines de moindre importance; 2° un certain nombre de ganglions lymphatiques.

§ II. — Aponévrose cervicale moyenne

L'aponévrose cervicale moyenne remplit l'espace compris entre l'omo-hyoïdien d'un côté et l'omo-hyoïdien du côté opposé. Elle s'étend, dans le sens vertical, de

l'os hyoïde au sternum et, dans le sens transversal, d'une omoplate à l'autre. Ainsi délimitée, l'aponévrose cervicale moyenne nous présente deux faces, l'une antérieure, l'autre postérieure, et trois bords, un bord inférieur et deux bords latéraux.

1° Face antérieure. — La face antérieure répond dans la plus grande partie de son étendue à l'aponévrose cervicale superficielle, dont la sépare seulement une nappe fort mince de tissu cellulaire.

2° Face postérieure. — La face postérieure entre successivement en rapport avec le larynx, le corps thyroïde, la trachée, le pharynx, l'œsophage et le paquet vasculo-nerveux du cou ; elle envoie sur ces différents organes des expansions celluleuses qui les entourent à la manière de gaines. Ces gaines, qu'on peut isoler avec un peu d'habileté manuelle, sont toujours très minces, tellement minces qu'elles ne méritent dans aucun cas le nom d'aponévroses. La plus importante d'entre elles est celle qui entoure le paquet vasculo-nerveux : elle renferme la carotide primitive, la jugulaire interne et le nerf pneumogastrique. Le nerf grand sympathique, situé en dehors de cette gaine, repose, un peu en arrière et en dehors d'elle, sur l'aponévrose prévertébrale.

3" Bords latéraux, — Les bords latéraux répondent aux omo-hyoïdiens, qu'ils engainent, et décrivent, comme ces muscles, une longue courbe à concavité dirigée en haut et en dehors. Avec le plus grand nombre des anatomistes, j'estime que l'aponévrose cervicale ne dépasse pas en dehors les omo-hyoïdiens. La disposition la plus ordinaire me paraît être la suivante : dans les points où l'omo-hyoïdien est croisé par le sternocléido-mastoïdien, l'aponévrose en question adhère assez intimement parfois à la gaine de ce dernier muscle ; mais, en dehors de ces points, tant dans la région sus-claviculaire que dans la région sous-hyoïdienne, elle se perd insensiblement dans le tissu cellulaire voisin.

9 2 Fig. 621 bis.

Coupe verticale et antéro-posLérieure des aponévroses du cou, pratiquée dans le triangle susclaviculaire.

1, clavicule. — 2, première côte. — 3, muscle omo-lij oïdien, coupé pcrpcndiculairemenl à sa longueur. — 4, muscle sous-clavier. — 5, muscle grand pectoral. — 6, veine sous-clavière. — 7, aponévrose cervicale superficielle, se confondant en bas avec l'aponévrose qui recouvre le grand pectoral. — 8, aponévrose cervicale moyenne, se confondant en bas avec la gaine du sous-clavier et fournissant une enveloppe au tronc veineux. — 9, aponévrose clavi-pectorale.

APONÉVROSES DU COU

4» Bord inférieur. — Le bord inférieur s'étend d'une échancrure coracoïdienne à l'autre. Elle se comporte un peu différemment suivant les points où on l'examine. Sur la ligne médiane d'abord, l'aponévrose cervicale moyenne se fixe à la lèvre postérieure de la fourchette sternale ; mais en s'y fixant, elle envoie sur le tronc veineux brachio-céphalique gauche une forte expansion qui, après avoir entouré ce vaisseau, vient se terminer sur le péricarde. Au niveau de la clavicule (fig. 621 bis), elle s'attache sur le bord postérieur de cet os et envoie de même sur les gros troncs veineux situés en arrière, veine sous-clavière et veine jugulaire interne, des expansions très résistantes qui les entourent et se fixent ensuite sur la première cote, sur l'aponévrose du sous-clavier, voire même sur l'aponévrose prévertébrale. Dans le voisinage de l'apophyse coracoïde, ces expansions jetées sur les muscles sous-claviers, s'engagent jusque dans l'aisselle et entrent ainsi en connexion avec les aponévroses de cette région.

L'aponévrose cervicale moyenne se fixe donc, au niveau de l'orilice supérieur du thorax, sur tous les points, osseux ou fibreux, qui peuvent lui offrir une surface d'attache : sternum, clavicules, première côte, péricarde, aponévrose du sous-clavier. RicHET l'a décrite sous le nom d'aponévrose omo-claviciilaire, dénomination qui me paraît devoir être abandonnée comme ne rappelant que deux de ses insertions, l'insertion à l'omoplate et l'insertion à la clavicule. Paulet substitue à la dénomination précitée celle d'aponévrose omo-hyoïdo-claviculaire ; cette dénomination est meilleure, mais elle est encore trop restreinte, puisqu'elle ne rappelle nullement l'insertion à la première côte et au sternum. Je propose, à mon tour, de lui donner le nom d'aponévrose thoraco-hyoïdienne, qui a le double avantage d'être fort courte et de rappeler, à la fois, son attache supérieure à l'os hyoïde et son attache inférieure sur le thorax.

Dans le voisinage de la ligne médiane, l'aponévrose thoraco-hyoïdienne se dédouble au niveau des muscles sterno-cléido-hyoïdien, sterno-thyroïdien et thyrohyoïdien, pour foi^iner à ces muscles autant de gaines distinctes.

Il résulte de la description qui précède (jue les gro-ises veines de la ijase du cou sont doublées, sur tout leur pourtour, d'une enveloppe libreuse dépendant de l'aponévrose cervicale moyenne. Une pareille disposition a pour résultat, on le conçoit, de rendre les parois de ces vaisseau.>c plus ou moins incompressibles et de favoriser ainsi la circulation de retour. Au moment de l'inspiration en elfet, alors que la pression atmosphérique tend à repousser vers la cavité du thorax tous les organes du cou, les vaisseau.v; précités, résistant à cette pression, conservent leur calibre ordinaire : de ce l'ait, le sang peut y circuler librement pour descendre dans" le thorax, où l'appelle le vide produit par l'inspiration. Rappelons, en passant, que cette disposition anatomique, heureuse à l'état normal, peut parfois devenir désastreuse : elle favorise, en effet, et par le même mécanisme, l'entrée de l'air dans une veine accidentellement ouverte, accident qui est pres(iue toujours mortel.

Cette action de l'aponévrose cervicale moyenne sur le calibre des grosses veines du cou me paraît indiscutable. Mais je ne puis accepter, pour ma part, qu ! la nature nous ait donné ce feuillet aponévroti(iue pour i-emplir un tel rôle. J'accepte moins encore l'assertion émise par RiCHET relativement aux fonctions du muscle omo-hyoïdien qui, se contractant à chaque inspiration, tendrait raponévro.se moyenne et dilaterait ainsi les veines en question. Outre que cette contraction des omo-hyoïdiens au moment de l'inspiration a été supposée, mais non démontrée, l'opinion à laquelle elle sert de base est peu compatible avec certains faits empruntés, soit à l'anatomie conqiarée, soit à l'anatomie anormale. L'anatomie comparée nous apprend, en effet, ((ue l'omo-liyoïdien fait défaut chez un grand nombre de mammifères, notamment chez le chien et le chat, sans que la circulation veineuse du cou ait le moins du monde à souffrir de l'absence de ce muscle. L'anatomie anormale, de son côté, nous a fait connaître un certain nombre de sujets (faits de Cheselden, Schultze, Otto, Wallet, Buchner, etc.), qui manquaient d'omo-hyoïdien, sans compensation par un autre muscle et chez lesquels on n'avait vraisemblablement pas noté de troubles circulatoires dans la région du cou. La chirurgie s'élève à son tour contre l'opinion de Richet, en nous montrant qu'on peut impunément, dans les opérations pratiquées sur le cou, sacrifier l'omo-hyoïdien (voy. à ce sujet Tekrieh, OEsophaçiotomie externe, p. 97, et Tillaux, Anal, topogv.. G" édit., p. 463). .

MYOLOGIE

Dans un important mémoire publié en 1876 {Ueber den Musc, omo-hyoideus und seine Schlûsselbeinverbindung, in Morph. Jalu'b., p. 243), le professeur Gegenbaur a jeté sur l'aponévrose cervicale moyenne un jour tout nouveau. Après avoir établi que le tendon intermédiaire de romo-hyoïdien a toute la valeur d'une intersection aponévrotique et ne représente, à ce titre, qu'un vestige des cloisons connectives qui décomposent en segments transversaux la musculature de l'embryon, Gegenbaur, faisant une excursion sur le terrain de l'anatomie comparée, rappelle que dans certaines espèces de vertébrés (sauriens, notamment le platydactylus et Vuromaslix), le sterno-liyoïdien et l'omo-hyoïdien sont fusionnés en une lame musculaire unique qui, partant de l'os hyoïde, se porte en s'élargissant sur le thorax et l'épaule. Une disposition analogue se rencontre jusque chez le phoque, d'après les dissections d'Hu.MPHRY. Tii-ant de pareils faits les conclusions qu'ils renferment, je n'hésite pas à considérer, avec Gegenbaur, l'existence d'un muscle unique sterno-omo-hyoïdien comme étant la disposition primitive et typique de la constitution anatomique des vertébrés, et à déduire, comme corollaire, que là « où chez les mammifères existe une division en un premier muscle naissant du sternum et un deuxième muscle naissant de l'omoplate, cette division est le résultat de l'absence de la portion claviculaire ». L'aponévrose cervicale moyenne, qui réunit de chaque côté l'omo-hyoïdien au sterno-hyoïdien, doit donc être considérée comme le reliquat des faisceaux cléido-hyoïdiens disparus et que l'anatomie anormale fait, du reste, reparaître de temps à autre : il n'est pas rare, en effet, de voir l'aponévrose cervicale moyenne remplacée, sur une étendue plus ou moins grande (j'en ai rapporté de nombreux exemples) par des faisceaux charnus cjui s'étendaient de la clavicule à l'os hyoïde.

Voyez à ce sujet Testut, Les anomalies musculaires expliquées par l'analoinie comparée, 1884, p. 251, et Marcondes Rezende, Thèse de Rio-Janeiro, 1884.

§ m. A PO XÉ vil OSE CERVICALE PROTON DE OU PRÉVERTÉBR.VLE

L'aponévrose cervicale profonde s'étale aii-devant des muscles prévertébraux,

d'où le nom d'aponévrose prévertébrale sous lequel on la désigne le plus souvent. Elle affecte, dans son ensemble, une forme quadrilatère et nous présente par conséquent deux faces et quatre bords :

1° Face antérieure. — La face antérieure est en rapjiort, sur la ligne médiane, avec le pharynx et l'œsophage, auxquels elle se trouve unie par une couche de tissu cellulaire lâche. Sur les côtés (fig. 622j, elle répond à la carotide et à la jugulaire interne et complète pour ainsi dire, en arrière, la gaine de ces vaisseaux. Le pneumogastrique est renfermé lui aussi dans cette gaine, occupant l'angle dièdre postérieur que foiuïient en s'adossant l'une ù l'autre l'artère et In veine. Quand au grand sympathique, il repose, ainsi que nous l'avons dit plus haut, sur l'aponévrose prévertébrale, en arrière un peu en dedans de la gaine précitée.

2° Face postérieure. — La face postérieure recouvre les muscles prévertébraux

Fig. 622.

Coupe transversale du cou passant par la partie supérieure de la sixième cervicale (côté droit, segment supérieur de la coupe).

A, sixième cervicale. — B, cartilage lliyro'i'de. — C, cartilage arylénoïde .

I, pharynx. — 2, sterno-cléiclo-masto'ulien. — 3, peaucier du cou.

— 4, onio-hyoïdieii. — 5, stcrno-cléido-hyoïdicn. — 6, llijro-liyoïdien. — 7, scalène antérieur. — 8, scalcne postérieur. — 9, muscles prévertébraux.

rt, carotide interne. — h, jugulaire interne. — c, jugulaire externe.

— (/, artère et veines vertébrales. — e, artère thyroïdienne 54^périeure. — f, pneumogaslrique. — (/, grand sympathique. — h, phrénique. — i, branche descendante de l'hypoglosse. — j, branches antérieures des nerfs cervicaux.

APONÉVROSES DU COU ''^i

(grand droit antérieur, petit droit antérieur et long du cou) et jette autour de chacun d'eux une gaine celluleuse, toujours fort mince.

3° Bords. — Par ses quatre bords, l'aponévrose prévertébrale se fixe comme suit : en haut, sur l'apophyse basilaire de l'occipital ; latéralement, sur les apophyses transverses (fig. 622), où elle se continue avec l'aponévrose du scalène antérieur et, par son intermédiaire, avec l'aponévrose cervicale superficielle ; enfin, en bas, elle s'amincit graduellement et se confond, à la hauteur des premières vertèbres dorsales, avec le tissu cellulaire du médiastin postérieur.

§ IV. — Loges inteuaponévrotiques du cou

En résumé, les aponévroses du cou, au nombre do trois, circonscrivent en avant de la colonne vertébrale quatre loges distinctes, dont le mode de formation et les limites respectives apparaissent très nettement sur des coupes \% ] de la région, soit hori- l"F\lil zontales, soit sagittales.

Ce sont, en allant d'avant en arrière (fig. 623) :

i" Une p7'eniiè7'e loge ou loge sous-cutanée, \Kh, comprise entre la peau \^ et l'aponévrose cervicale superficielle et renfermant le peaucier, la veine jugulaire externe et les nerfs f cutanés ;

2° Une deuxième loge, com entre l'aponévrose cervicale superfi- " cielle et l'aponévrose cervicale moyenne et contenant la veine jugulaire antérieure et les muscles hyoïdiens ;

3° Une troisième loge, celle-ci très vaste et très importante, limitée en avant par l'aponévrose cervicale moyenne, en arrière par l'aponévrose prévertébrale et renfermant le corps

Fis. 023.

thyroïde, le lai^ynx, la trachée, le pha-

Goupe vertico-inédiane du cou, pour montrer SCS différentes aponévroses et les quatre logos qu'elles circonsci'ivent.

maxillaire inférieur. — i, sternum. — o, peau. — C. apo- 8, aponévrose cervicafe profonde. — 9, colonne

i, apophyse basilaire de l'occipilal. — 2, os hyoïde, névrose cervicale superficielle. — 7, aponévrose cervicale moyenne, vertébrale. — x, x, limite conventionnelle entre le cou et le thorax.

A, loge superficielle, comprise entre la peau et l'aponévrose cervicale superficielle. — B, deuxième loge, comprise entre l'aponévrose cervicale superficielle et l'aponévrose cervicale moyenne. — C, troisième loge, comprise entre Taponévrosc cervicale mo;enne et l'aponévrose cervicale profonde, — D, quatrième loge ou loge prévertébrale, comprise entre l'aponévrose cervicale profonde et la colonne vertébrale.

(Les fièches placées au-dessous des lettres A, B, C, D, indiquent la direction des collections liquides, qui passent en avant du sternum pour la première loge, sont arrêtées par le sternum pour la deuxième, descendent librement dans le tliorax pour la troisième cl pour la quatrième.)

MYOLOGIE

rynx, l'œsophage, le grand sympathique, les carotides, la jugulaire interne et le nerf pneumogastrique, ces trois derniers organes contenus dans une gaine commune ;

4" Une quatrième loge, enfin, ou loge prévertébrale, comprise entre l'aponévrose préverhétralc et la colonne cervicale et occupée par les trois muscles prévertébraux.

En ce qui concerne les relations de ces loges avec les différentes régions du thorax, il suffit de jeter un coup d'œil sur la figure 623 pour s'apercevoir : 1° que la première loge se continue librement avec le tissu cellulaire sous-cutané de. la face antérieure de la poitrine ; 2° que la deuxième loge est fermée en bas par la fourchette sternale et par la face supérieure de la clavicule ; 3^^' que les deux autres loges, enfin, s'ouvrent librement dans la cavité thoracique. Ces dernières notions présentent, on le conçoit, en pathologie et en médecine opératoire, une importance considérable (voy., pour plus de détails, les traités d'anatomie topographique).

Voyez au sujet des aponévroses du cou, parmi les travau.x; récents : Merkel, Ueber die Halsfascie, in Anatoniische Ilel'te, Bd. 1,1891. — Pol'lsen% Ueber die Fascien und die inlerfascialen Râiime des Ilalses, 1896 ; — Du même. Sur les abcès du cou. Semaine médicale, 189.5 ; — Gruber, Ueber das spalium intra-aponoreuiicum sus-slerjicde, Mém. de l'Acad. de St-Pelersb.. 1867; — Taguchi. Der si/jvasiernale spaUrauin des Hcdses, Arch. f. i\nat.. 1890.

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