‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 14 sur 176 · C. — Va.ce antérieure du sacrum · texte numérisé non relu

C. — Va.ce antérieure du sacrum

I. Il, III, IV, V, points primitifs du corps des cinq pièces sacrées. — /', /', P. [loints latéraux des cinq segnicnis du sacrum. — c', c-, c', c\ c'K points des pièces costales des cinq segments du sacrum. — «', épiplijse de l'auricule. — «', épiplijse du bord droit — il\d' d'-', d \ plaques épiplij saires supérieures et inférieures des corps des vertèbres sacrées.

sacrée rappelle exacteiuent ce qui se passe pour les autres vertèlires. Un voit tout d'abord les deux points latéraux s'unir entre eux sur la ligne médiane et fermer en arrière le canal sacré. Puis, les points costaux se réunissent à la masse épiphysaire pour former avec elle une pièce unique. Cette pièce, enfin, se soude au corps et complète ainsi la vertèbre.

1). Soudure réciproque des différentes pièces du sacrum. — .Vinsi constituées individuellement, les vertèbres sacrées conservent leur indépendance réciproque

.\i^ATOMlE HUMAINE. T. I, 4"^ ÉDLT. 12

OSTÉOLOGIE

jusqu'à ràge de quinze ans. Mais, à cètte époque, elles se rapprochent, entrent en contact immédiat et finissent par se souder : aux cinq vertèbres sacrées a succédé une pièce unique, le sacrum. Cette soudure marche de bas en haut, c'est-àdire de la cinquième vertèbre vers la première, et s'effectue, pour deux vertèbres contiguës, dans l'ordre suivant : les lames d'abord, puis les apophyses épineuses et enfin le corps.

La soudure des vertèbres sacrées est complète d'ordinaire de vingt-cinq à trente ans. Mais déjà, de dix-huit à vingt ans, se sont développées quatre nouvelles pièces, deux de chaque côté. Ces pièces, que nous appellerons pièces marginales, occupent la région des facettes auriculaires et complètent latéralement le sacrum (flg. 64, G, a' et a^).

d. Résumé. — Au total, le sacrum se développe par 40 points d'ossification, que nous résumerons dans le tableau suivant :

vertèbre sacrée.

Plus, pour les côtés du sacrum Total. . .

f'oiiiLs

Poiiils

Total

primitils.

complémcntaii'es .

Coccyx. — Chaque pièce coccygienne, représentant le corps d'une vertèbre, se te développe, comme le corps d'une vertèbre ordinaire,

par un point d'ossification primitif, auquel viennent se joindre plus tard deux points complémentaires. Au total, le coccyx possède quinze points d'ossification, cinq primitifs et dix complémentaires, plus deux points jîour les cornes.

Les points primitifs des différentes pièces coccygiennes apparaissent de quatre à cinq ans pour la première, de six à neuf ans pour les deuxième, troisième et quatrième, de neuf à dix ans pour la cinquième.

La soudure des cinq pièces coccygiennes entre elles s'efftictue de bas en haut, comme pour le sacrum, mais elle commence plus tôt. La cinquième est déjà soudée à la quatrième, à l'âge de douze à quatorze ans. Les deux premières se soudent en dernier lieu et conservent parfois leur indépendance jusqu'à vingt ou vingt-cinq ans. Enfin, il n'est pas rare de voir, chez le vieillard, le coccyx se réunir au sacrum pour constituer une pièce unique, le sacro-coccyx.

Voyez, au sujet du développement de la colonne vertébrale, RoseiNberg, Ueber die Enlwick. (les Vyî'èersauZe, Morph. Jahrb., 1876: — IIoll, Sit:unr/sb. d. K. Akad . der Wissensch., 187-2 ; — Pi,.VNTEAu, Th. dagrég., Paris, 1883 ; — Moseh, (Jeber dus Wachsluin der menschl. Wirbelsâule Th. Strasbourg, 1889; — Posth, Récit, sur le développement du sacrum, Bull. soc. anat., 1897.

3-' Développement de la colonne vertébrale en général. — Vers la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine, la colonne vertébrale représente les trois quarts environ de la longueur totale du corps. Cette proportion se modifie peu à peu, au fur et à mesure que se développent les membres inférieurs. C'est ainsi que, au cinquième mois, la longueur du rachis ne présente plus que les trois cin-

Ossification du coccyx.

1, H, 111, IV, V, points primitifs tlu corps des cinq vertèbres coccygiennes.

n, point secondaire |iour les cornes du coccjx. — d\ plaques épiplijsaircs supérieure et inférieure de la première vertèbre coccygienne. — d'd-, d'd\ d'd\ d'd'\ jjlaques épiplijsaires des quatre dernières vertèbres coccvgiennes.

COLONNE VERTÉBRALE

quièmes de la longueur totale du fœtus ; elle n'en représente plus que les deivx cinquièmes à la naissance et chez l'adulte.

L'ossification vertébrale, telle que nous l'avons décrite, n'envahit pas simultanément et parallèlement toutes les pièces dont se compose la colonne. — En ce qui concerne les lames et la masse apophysaire, elle débute par la région cervicale et progresse ensuite régulièrement de haut en bas jusqu'au coccyx. Pour les corps, l'ossification apparaît tout d'abord dans la région dorsale et puis, de cette région comme d'un centre, elle rayonne vers les deux extrémités. — Du reste, le travail d'ossification progresse ici avec une extrême lenteur; il ne prend tin d'ordinaire que de la vingt-cinquième à la trentième année. Ce n'est donc qu'à cette époque que la colonne vertébrale a atteint son complet développement, son état adulte. — Chez le vieillard, on voit les corps vei^tébraux s'affaisser, la colonnes'incurver en avant, des vertèbres perdre peu à peu de leur mobilité et acquérir ainsi de la tendance à se souder entre elles. Le coccyx s'unit fréquemment au sacrum, celui-ci à la cinquième lombaire. Ce travail de soudure peut, dans certains cas, envahir successivement de nouvelles vertèbres et, finalement, transformer la colonne tout entière en une pièce unique.

Les courbures de la colonne vertébrale ne sont pas jor»;u7/«es, nmh acquises. Pendant la première période de la vie intra-utérine, en effet, la colonne est sensiblement rectiligne ou plutôt décrit dans son ensemble une légère courbe, concave en avant. Au cinquième mois, commence à s'accuser l'angle sacro-vertébral, établissant la limite respective des deux régions lombaire et coccygienne. Mais, même à la naissance, il n'existe aucune trace (Cunsigh.^m), des inflexions qui caractérisent la région cervicale et la région lombaire. Ces inflexions ne se dessinent que plus tard : la première dans les troisième, quatrième ou cinquième mois qui suivent la naissance; la seconde de trois à cinq ans. Cette dernière se modifie graduellement pendant longtemps encore et ne se consolide guère que de la douzième à la vingtième année. Cunningham, à la suite d'expériences fort ingénieuses, qu'il a entreprises sur des sujets congelés et sciés dans différentes attitudes, croit devoir rattacher la production de la courbure cervicale au relèvement de la tète, attitude de l'enfant à partir du deuxième ou ti'oisième mois. Il explique, de même, la production de la courbure lombaire par le redressement des membres inférieurs, redressement qui s'opère chez l'enfant vers la deuxième année, lorsque celui-ci commence à marcher.

Contrairement à l'assertion de la plupart des naturalistes, Cunningham a démontré que les courbures caractéristiques de la colonne vertébrale, la courbure loinbaii'c notamment, se retrouvent chez les singes antliropoïdes, avec quelques variantes portant, soit sur le degré, soit sur les limites verticales de ces courbures. Je renvoie à son mémoire pour les détails. Mais je veux rappeler ici que des variations nombreuses, soit ethniques, soit individuelles, s'observent également chez l'homme et que, ici comme sur d'autres points, la nature vient combler les distances qui existent entre l'homme et les anthropoïdes. C'est ainsi qu'on rencontre des sujets où la courbure lombaire est très faible, d'autres où elle n'existe pas du tout. Turner a môme signalé, dans quelques races inférieures (Hawa'is, Australiens, Boschimans), des sujets où la courbure lombaire est renversée, c'est-à-dire concave en avant.

Voyez, au sujet des courbures de la colonne vertébrale : Bouland, Recherches anatomiques sur les courbures du rachis chez l'homme et les cuitmauj-, Journal de l'Anatouiie et de la l^hysiologic, 1872; — CiiAiipy, De la courbure lombaire et de Vinclinaison du bassin, ibid., 1885; — Cunningham, The lumbar curve in man and apes, Dublin, 1886 ; — Turner, The lumbar curve in several races ofman, Edimbourg, 188G : — Cunningham, The proportion of boite and cartilar/e in the lumbar

OSTÉOLOGIE

section of the vertébral colinnn of the apes C(?id several races of inan, Journ. of Anat. and Physiol., 1889 ; — BcscAuosr, La ciirva dorsale nella colonna vertébrale delV uomo e degli aiiimali, Arch. di Ortopedia, 1891 ; — Ballantyne, The spinal column in tfie Infant, Edimb. med. Journ.,

§ Y. — Anomalies

Les anomalies dont la colonne vertébrale peut être le siège portent sur la forme des vertèbres ou bien sur leur nombre. Do là la division toute naturelle de ces anomalies en deux groupes : anomalies de forme ou morphologiques et anomalies de nombre ou numériques.

1° Anomalies morphologiques. — Les apophyses épineuses peuvent se dévier plus ou moins à gauche ou à droite ; ces déviations s'observent plus spécialement à la région dorsale. — A la région lombaire, on a vu (Soemmebing) les sommets des apophyses épineuses entrer en contact et même s'articuler entre eux. — Sur Ces mêmes vertèbres lombaires, on observe assez l'réquemnient, mais à un état de développement fort variable, des apophyses dites stylo'ides, telles qu'on les rencontre normalement chez un grand nombre de quaprupèdes. A la région cervicale, le trou situé à la base des apophyses transverses peut être double sur une ou plusieurs vertèbres, d'un seul côté ou des deiw côtés.

Indépendamment de ces anomalies qui frappent d'ordinaire plusieurs vertèbres et que l'on pourrait appeler générales, il en est d'autres qui sont particulières à certaines vertèbres :

A. Atlas. — Sa facette articulaire supérieure, plus ou moins étendue, plus ou moins oblique, plus ou moins excavée, se divise parfois, comme nous l'avons déjà dit, en deux facettes secondaires, l'une antérieure, l'autre postérieure. Cette disposition correspond i\ une division similaire de la surface articulaire du condyle de l'occipital. — L'arc postérieur peut manquer ou être considérablement réduit par l'absence de développement de sa partie moyenne. — L'arc antérieur se trouve également réduit sur certains sujets, mais par un mécanisme tout différent, parle développement exagéré des surfaces articulaires, qui s'étendent dans ce cas jusqu'au voisinage de la ligne médiane. — W. Allen, auquel nous devons une excellente étude des variations de l'atlas, a vu le bord supérieur de l'arc postérieur s'articuler en partie avec le rebord postérieur du trou occipital. — L'apophyse transverse peut être bifide à son sommet. Je l'ai vue (Allen et SEiiGi rapportent des faits analogues) s'articuler avec l'apophyse jugulaire de l'occipital, anormalement développée. — Le trou de l'artère vertébrale est parfois transformé en une simple échancrure, sa partie antérieure faisant défaut. Par contre, on voit quelquefois (j'en ai observé un grand nombre de cas) une ou deux languettes osseuses réunir la partie postérieure de la cavité glénoide de l'atlas à son arc postérieur et constituer ainsi un ou deux anneaux supplémentaires pour le passage de l'artère vertébrale et du premier nerf cervical. — Voy., au sujet de l'atlas. Zoja, Intorno air Atlante, Memor. dell. It. Istit. Lombardo, 1881; Macalister, Notes on the devclopment and variations of the allas, Journ. of Anat. and Physiol., 1893.

B. Axis, os ODONTO'iDiEN. — Le sommet de la dent peut s'articuler, comme nous le verrons plus loin, avec le rebord antérieur du trou occipital. Mais l'anomalie la plus intéressante que nous présente l'axis est l'isolement de son apophyse odontoide en un os odontoidien. Giacomini, Ro.Mm et d'Ajutolo ont observé chacun un cas de cet isolement. Dans le cas de Giacosu.m (Turin, 1886). l'os odontoidien, complètement libre, s'unissait à l'axis par une articulation vraie du genre des diarthroses. Dans le cas de RoMrn (Sienne, 1880;, il était soudé à l'arc antérieur de l'atlas, qui avait ainsi retrouvé son corps. Sur le sujet observé par D'A.mT0L0, il était relié à l'axis par un cartilage en forme de coin. La présence d'un os odontoidien est une disposition qui est normale chez certains reptiles, chez les crocodiliens par exemple. — A consulter, au sujet de l'axis, Macalister, Development and varieties of the second cervical vertebra, Journ. of Anat. and Physiol., 1894.

C. Septième cervicale. — Le trou de son apophyse transverse peut manquer d'un seul côté ou des deux côtés à la fois.

D. Sacrum. — Il n'est pas très rare de rencontrer des sacrums constitués par six vertèbres et présentant par conséquent cinq trous sacrés antérieurs et cinq trous sacrés postérieurs. Cette anomalie provient le plus souvent de ce que la cinquième vertèbre bunbaire s'est soudée complètement ou incomplètement avec la première vertèbre sacrée; le promontoire, dans ce cas, se trouve reporté jusqu'à l'union de la c|uatrième et de la cinquième vertèbre lombaire. D'autres fois, malgré l'adjonction d'une sixième pièce au sacrum, la colonne lombaire n'en possède pas moins cinq vertèbres. — Dans uia ordre de faits tout à fait inverse, le sacrum peut perdre une de ses pièces, et, dans ce cas, il ne présente naturellement que trois paires de trous antérieurs et trois paires de trous postérieurs. Avec cette anomalie, la colonne lombaire peut avoir six vertèbres ou bien conserver sa constitution normale. — Outre les faits précités, relevant d'une augmentation ou d'une réduction numérique de ses pièces constituantes, le sacrum ne présente que peu de variétés. Je signalerai seulement : 1» l'absence plus ou moins étendue des lames, déterminant une ouverture plus ou inoins considérable du canal sacré ; 2" les dimensions fort variables

COLONNE VERTÉBRALE

des trous sacrés, soit antérieurs, soit postérieurs ; 3» l'aspect tout particulier de la première pièce du sacrum, qui se comporte d'un côté comme une vertèbre sacrée, de l'antre côté comme une vertèbre lombaire. — (Au sujet des variations sexuelles et ethnic[ues du sacrum, voj-ez Bacarisse, Thèse de Paris, 1873.)

E. Coccyx. — Le coccyx se compose habituellement de 4 ou 5 vertèbres rudimentaires ; mais ce chiffre 5 peut être dépassé dans certains cas. — Nous savons, en effet, depuis les intéressantes recherches de IIosenberg [Morpli. Jahrb., 1876) c[ue neuf fois sur douze, dans les trois quarts des cas par conséquent, le coccyx comprend primitivement six vertèbres, et, tout récemment, Foi- (C. R.Acad. des Se, 1885) et Piiisalix 1887) ont compté sur des jeunes embryons humains

f|uatre ou cinq vertèbres éphémères, soit un total de trente-huit vertèbres. — La. persistance de ces dispositions embryonnaires crée chez l'enfant et chez l'adulte un coccyx plus long qu'il ne l'est d'ordinaire, un véritable appendice caudal, dont nous possédons aujourd'hui de nombreux exemples. Si nous devons, avec la plupart des anthropologistes, reléguer dans le domaine de l.i légende les récits merveilleux des voyageurs qui nous parlent de races à queue, nous devons aussi accepter avec la plus grande confiance les observations autrement précises de IMoxod, de ViRCiiow, de Gerlach, de Braln, de Corre, de Zaborowski, etc.. qui nous décrivent en termes précis des hommes à queue, après les avoir vus et soigneusement étudiés par eux-mêmes. On trouvera l'analyse de ces différentes observations dans un intéressant mémoire de Bi.ancharu {l'Atavisme chez /'/(o»»«e), publié dans la Revue d'Au/hropoJof/ie de 1885. — • Voyez, au sujet du coccyx chez l'homme : Steinuach, Zahlder Caudalwirbel beim Menschen, Th. Berlin, 1881); — ScH.EFFER, Beitrag zur jEtiolor/ie der Schwanzbildunr/en beim Menschen, Arch. f. Anthropologie, 1891 ; — BiANCHi, SulV in/erpretazione morfolof/ica délia prima verlebra coccir/ea neW uomo, Atti délia R. Accad. d. fisiocritici in Siena, 1895.

2° Anomalies numériques. — Les anomalies de nombre de la colonne vertébrale sont relativement fréquentes et les variétés auxquelles elles donnent lieu sont fort nombreuses. Elles s« divisent, dans le langage ordinaire, en anomalies par excès et anoumlies par défaut, dénominations fjui n'ont pas besoin d'être définies.

Les unes et les autres peuvent, en outre, être compensées ou non compensées : les anomalies compensées ou avec compensation (Toimnard) sont celles dans lesquelles, une région possédant une vertèbre en plus, il manque une vertèbre dans l'une des régions voisines ; dans les anomalies non compensées ou sans compensation, au contraire, on rencontre dans une région quelconque une vertèbre de plus ou une vertèbre de moins, les autres régions conservant leur nombre habituel de vertèbres. Dans le premier cas, on le conçoit, le nombre total des pièces du rachis reste le même, malgré l'anomalie ; dans le second, il est nécessairement augmenté ou diminué, selon fjue l'on a affaire à une anomalie par excès ou à une anomalie par défaut.

Ce serait dépasser les limites d'un livre classique que de signaler, même sommairement, les différentes observations d'anomalies numériques des vertèbres qui ont été publiées jusqu'ici. Nous renvoyons pour cela aux mémoires spéciaux et nous nous contenterons, pour l'instant, de formuler quelques considérations générales sur la signification et le mode de genèse de ces anomalies.

Nous poserons d'abord en principes les quatre points suivants :

1° Doivent être considérées coumie vertèbres dorsales toutes les vertèbres f|ui portent des côtes non soudées ;

2» Sont vertèbres cervicales toutes les vertèbres comprises entre la première dorsale et l'occipital; 3° Sont vertèbres lombaires toutes les vertèbres qui sont situées au-dessous de la dernière dorsale et qui ne présentent avec l'os coxal aucune connexion articulaire ; 4» Toutes les autres vertèbres appartiennent au sacrum et au coccyx. La colonne vertébrale de l'homme a donc pour formule à l'état normal :

7 c -f- 12 (/ 4- 3 Z 5 s -f 4 ou 5 c = 33 ou 34.

Sur ce nombre de 33 ou 34 vertèbres r.i'présentant le chiffre total des pièces vertébrales, 24 sont situées, à l'état normal, au-dessus du sacrum et portent le nom de vei-tèbres présacrées.

Ceci posé, étudions les circonstances anatomiques f)ui peuvent modifier la formule ci-dessus énoncée. — La plus commune, sinon la plus inq)ortante, est un trouble quelconque apporté au développement des éléments costaux dans l'une ou l'autre des régions cervicale, dorsale ou lombaire et amenant comme conséquence, soit l'appaiition d'une côte supplémentaire, soit la disparition d'une côte normale. C'est ainsi c[ue ra[ii)arition d'une côte sur l'apophyse Iransverse de la septième cervicale, disposition C|ui est loin d'être rare, augmente d'une unité le chiffre des vertèbres dorsales, tout en diminuant d'une unité aussi celui des vertèbres cervicales. Le chiffre total des vertèbres présacrées reste le même : 6 c -l- 13 4- 5 Z = 24. De même le développement d'une côte indépendante sur l'apophyse transverse de la première lombaire nous fournil le type suivant : 7 c -j- 13 (/ -(- 4 Z = 24. — Dans un troisième ordre de faits, la soudure et par suite la disparition de la douzième côte nous conduit à ce nouveau type : 7 c -|- 11 tZ -|- 6 Z = 24. — On pourrait raisonner de même pour les vertèbres lombaires, sacrées et coccygiennes : ces quelques exemples sutïisent pour nous démontrer les relations intimes qui existent entre les anomalies numériques des côtes et les anomalies numériques des vertèbres, celles-ci étant la conséquence de celles-là.

OSTÉOLOGIE

Mais si une pareille interprétation convieijtà la plupart des faits, il faut reconnaître qu'elle ne saurait convenir à tous, à ceux-ci notamment :

Premier fait : la colonne cervicale était normale, nous comptons treize vertèbres dorsales portant chacune une côte libre, plus cinq vertèbres lombaires (7 c ^- 13 + 5 i = 25 présacrées). J'ai rencontré jusqu'ici cinq cas de cette nature, dont l'un sur un microcéphale.

Deuxième fait : la région cervicale et la région dorsale étant entièrement normales, nous rencontrons six vertèbres lombaires (7 c + 12 r/ + G Z = 25 présacrées).

Troisième fait : les régions cervicale et dorsale possédant encore leur constitution normale, nous ne rencontrons que quatre vertèbres lombaires au lieu de cinq (7 c + 12 rf + 4 Z= 23 présacrées).

Les trois ordres d'anomalies 72on compensées ne peuvent s'expliquer, comme tout à l'heure, par une modification préalable survenue dans le nombre des côtes. Il existe, en réalité, dans le chiffre total des vertèbres présacrées une unité en plus [anomalie par excès) ou une unité en moins [anomalie par défaut) : il faut donc chercher ailleurs une explication.

A cet égard, trois opinions ont été émises :

1° La première, qui n'en est pas une et C|ui appartient à Meckel, rattache les anomalies par excès à une suractivité formative dans le développement du rachis, les anomalies par défaut à une faiblesse formative. N'est-ce pas ici le cas de rappeler le vieil adage : obscurum per obscurius '.'

2° La deuxième opinion, soutenue par le professeur Taruffi, nous fait remonter encore à la période embryonnaire et suppose une segmentation originellement anormale de la colonne membraneuse : celle-ci présenterait une augmentation numérique de ses segments chez les sujets t|ui devront avoir plus tard des vertèbres en plus, une diminution des ces mêmes segments dans le cas contraire.

3° La troisième opinion, nettement et longuement formulée par Kegai.ia en 1880, repose tout entière sur ce fait embryologique mis en lumière par Rosenderi;, à savoir : que le bassin dans le cours de son développement onlof/énique n'est nullement fixe, mais remonte lentement le long de la colonne vertébrale, en prenant successivement contact avec des vertèbres de plus en plus élevées. C'est ainsi que, chez l'embryon humain, les os coxaux sont unis d'abord avec les vertèbres 26% 27"', 28% puis avec les vertèbres 2.5", 26" et 27« : ils sont remontés jusqu'à la vertèbre 25° et ont perdu tout rapport avec la 28". On conçoit facilement les modifications que doit apporter ce mouvement ascensionnel du Jiassin dans la constitution anatomique du sacrum et de la colonne lombaire : le sacrum, en elfet, s'incorpore des éléments nouveaux au furet à mesure qu'il s'élève : la colonne lombaire, par contre, se voit successivement dépouillée de ses éléments propres aux dépens du sacrum.

Mais, avec ce mouvement d'ascension du bassin, nos anomalies numériques non compensées s'expliquent maintenant d'une façon tout aussi simple que précise. Le bassin s'arrête le plus habituellement à la 25" vertèbre. Mais supposons qu'il dépasse ce point et qu'il remonte jusqu'à la 24'= : il y aura une vertèbre lombaire en moins [1 c -\- 12 rf -|- 4 Z = 23) ; ou bien, si la 12" côte ne se développe pas, une vertèbre en moins dans la région dorsale (7 c -|- li d b l = 23). Supposons au contraire, que le bassin, au lieu de remonter jusqu'à la 25° vertèbre, s'arrête en chemin et se fixe définitivement à la 26« : il y aura une vertèbre lombaire en plus [1 c -\- i2d -\- 6 l — 25) ; ou bien, si la côte en rapport avec la première lombaire se développe, une vertèbre dorsale en plus (7c -|- Và d -\- 5 Z = 2o), etc., etc.

J'adopte pleinement, en ce qui me concerne, la théorie de Regama, non pas seulement parce qu'elle est ingénieuse et nous rend nettement compte des faits, mais aussi et surtout parce qu'elle repose sur un l'ait embryologique qui me parait précis. Est-ce à dire qu'il faille rejeter l'idée d'une modification originelle apportée par une cause quelconque dans le nombre des segments de la colonne membraneuse ? Je ne le crois pas : après les recherches si nettes et si instructives de Fol et de Phisalix. la possibilité d'une augmentation ou d'une diminution des segments vertébraux primitifs me parait indéniable. Du reste, il faut bien le reconnaître, les deux théories explicatives que nous venons de résumer sommairement sont loin de s'exclure. Que la colonne vertébrale possède primitivement 33, 34 ou 35 segments, le mouvement ascensionnel du bassin ne s'effectuera pas moins, soit normalement, soit d'une façon anormale, et conservera par suite toute sa valeur morphogénique.

A consulter, au sujet des anomalies numériques de la colonne vertébrale : Calori, Sopra due casi di vai-ieta numeriche délie vertèbre, etc., Memorie delta Accademia délie Scienze, Bologna, 1877; — LEGGE.Z)/e alcune anomalie d'ossificazione deicorpi vo'tebrali e loro significato morfologico, Camerino, 1885 ; — D'Ajutolo, Contribuzione cdlo studio dette variela numeriche délie vertèbre, Thèse, Bologne, 1888: ■ — Tenchim, .S'<<r les variétés numériques vertébro-costales chez l'homme, Arch. de biol. italiennes, t. XII, 1889; — Du même, Anomalie numeriche costo-vertebrali, rinvenale in 31 sc/iele/ri di criminuli essaminati, etc., Arch. de Psichiatria, 1889; — Birmingham, Variabililg in Ihe level of attac/unent of Ihe lower limb lo vertébral axis, Journ. of Anat. and Physiol., 1891 ; — Balr, On intcrridation of verlebrœ, Journ. of Morphol., 1891 ; — Launay, Deux anomalies de la colonne vrrléhnde, Bull. Soc. anat., 1893 ; — ïe.ncihni. Di una nuova maniera dicoinpenso nette anomalie u ii mcriche vertebrali dell' iiomo, Arch. p. l'Antroj)., 1894 ; — Stadkrim, Ricerche statisliche sulla frequenza délie variela numericlie délie vertèbre nell'uomo e considerazioni sulla loro genesi, Monit. zoolog. ital., et Arch. ital. de Biol., 1894 ; — Regalia, Sulla causa générale dette anomalie numeriche del rachide, Arch. per l'Anlrop., 1894, et Monit. zool. ital., 1895.

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