‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 157 sur 176 · II. — RÉGION POSTÉRO-INTERNE · texte numérisé non relu

II. — RÉGION POSTÉRO-INTERNE

Huit muscles constituent cette importante re'gion. Ce sont : le droit interne, le pectiné, les trois adducteurs de la cuisse, le biceps crural, le demi-tendineux et le demi -membraneux .

1° Droit interne

Le droit interne (fig. 742,12) est un muscle rubané et fort mince, situé à la partie interne de la cuisse : c'est le gracilis des anatomistes anglais et allemands. 11 s'étend de la partie antérieure du bassin au côté interne de la jambe.

1° Insertions. — 11 s'insère, en haut, sur les côtés de la symphyse pubienne, depuis l'angle du pubis jusqu'à la branche ascendante de l'ischion.

De là, ses faisceaux charnus se portent verticalement en bas et se jettent successivement, à partir du milieu de la cuisse, sur un tendon long et grêle, lequel contourne d'arrière en avant le condyle interne du fémur et vient se fixer sur la partie supérieure de la face interne du tibia, où il contribue à former la patte d'oie (fig. 749).

2° Rapports. — Par sa face supei'ficielle ou interne, le droit interne répond à l'aponévrose et à la peau, dans la plus grande partie de son étendue. A sa partie inférieure, cependant, il est en partie recouvert par le couturier et croisé d'arrière en avant et de bas en haut par la veine sapliène interne. — Par sa face profonde ou externe, il répond succesivement au bord interne des adducteurs, au condyle interne du fémur et au ligament latéral interne de l'articulation du genou, sur lequel il glisse à l'aide d'une synoviale qui lui est commune avec le demi-tendineux.

3° Innervation. — Le droit interne reçoit son nerf de l'obturateur, branche du plexus lombaire. Ce nerf le pénètre par sa face profonde, un peu au-dessus de sa partie moj^enne.

4° Action. — Il fléchit la jambe et la porte un peu en dedans : il est, du même coup, adducteur de la cuisse, la cuisse suivant naturellement la jambe dans son mouvement de translation en dedans.

Variétés. — Ce muscle présente quelques variations de volume et d'étendue qui sont sans importance. — Quelques-uns de ses faisceaux peuvent se terminer, soit sur l'aponévrose fémorale, soit sur l'aponévrose jambière. — Bianchi [Lo Sperimentale, 1886) a vu un faisceau du droit interne se terminer, à l'aide d'un fort tendon, sur la portion du grand adducteur.

2" Pectine

Situé à la partie supérieure et interne de la cuisse, le pectiné (fig. 743,10 et 453,5 et 5') est un muscle aplati, de forme quadrilatère, s'étendant du pubis à la portion supérieure de la diaphyse fémorale.

RÉGION POSTÉRO-INÏERNE DE LA CUISSE

1° Insertions. — 11 s'insère en haut : 1" sur l'épine du pubis; 2« sur la crèle pectinéale et sur le ligament de Cooper, qui la surmonte (\oj. p. 819), depuis l'épine du pubis jusqu'à l'éminence ilio-pectine'e ; 3° sur la face profonde de l'aponévrose qui le recouvre et qui se détache, en haut, du ligament de Cooper ; 4° sur la lèvre antérieure de la gouttière sous-pubienne et, par quelques fibres, sur le ligament pubio-fémoral.

L'insertion à l'épine pubienne se fait par de courtes fibres tendineuses. Sur tous les autres points, l'insertion supérieure du muscle se fait par l'implantation directe des fibres charnues.

De leur surface d'insertion pubienne, les faisceaux constitutifs du muscle pectine se portent obliquement de haut en bas, de dedans en dehors et un peu d'avant en arrière. Ils viennent se fixer sur la ligne rugueuse qui s'étend de la ligne âpre au petit trochanter et que nous avons décrite en ostéologie sous le nom de creïe du pectiné.

Au cours de son trajet descendant, le pectiné subit un léger mouvement de torsion, en vertu duquel sa face antérieure tend à devenir externe.

2° Rapports. — Sa face antérieure, recouverte par une aponévrose, forme la partie interne du plancher du triangle de Scarpa (voy. plus loin). Elle est successivement en raj^port avec le ligament de Gimbernat qui repose sur elle (fig. 668,2') avec la veine et les lymphatiques fémoraux qui la croisent obliquement, avec le muscle moyen adducteur qui la recouvre en partie. — Sa face postérieure recouvre, à son tour, la partie supéro-externe de la capsule fibreuse de la hanche, le petit adducteur, l'obturateur externe, les vaisseaux et nerf obtui'ateurs à leur sortie du canal sous-pubien. — Son bord interne répond au moyen adducteur. — Son bord externe longe le bord interne du psoas-iliaque, formant avec celui-ci une gouttière longitudinale dans laquelle chemine l'artère fémorale.

3" Innervation. — Ce muscle est innervé par le nerf musculo-cutané externe, branche du crural. Il reçoit en outre, sur certains sujets et par sa face profonde, un tout petit rameau issu de l'obturateur. Dans ce dernier cas, le pectiné peut être divisé en deux corps musculaires distincts, chacun d'eux recevant un nerf spécial. P.\TERSON a rencontré cette dernière disposition 3 fois sur 20.

4° Action. — Le pectiné est adducteur de la cuisse, à laquelle il imprime en même temps un double mouvement de flexion et de rotation en dehors.

Variétés. — Le muscle peut être douljle, le faisceau surnuméraire étant juxtaposé au muscle normal ou se trouvant situé en arrière. — Le pectiné envoie quelquefois au moyen adducteur un faisceau anastomolique, qui croise en arrière l'artère fémorale et qui, dans une observation de KôLLiKER ot Flesch (Vai'ieUiten Beobachtuwjen, etc., Wûrsbourg, 1879), recouvrait l'artère fémorale profonde. — Dans un cas de Macalister (Zoc. cit.), le pectiné avait envoyé un faisceau à l'obturateur externe. — Le même observateur Ta vu recevoir lui-même un faisceau de renforcement du muscle iliaque. — A consulter ; Paterson, Pecfi'news muscle and ils nerve-siipply, Journ. of Anat. and i'hys., 1891, vol. XXVL p. 43.

3" Adducteuks de i.a cuisse

Situés en arrière et en dedans des muscles précédemment décrits, les adducteurs de la cuisse (fig. 746) constituent par leur ensemble un vaste éventail dont les divers faisceaux rayonnent de la colonne ischio-pubienne vers le bord postérieur du fémur ou ligne âpre. On rencontre^énéralement, chez l'homme, trois adducteurs. Ce sont, par ordre de superposition et en allant d'avant en arrière : le pre-

AlYOLOGIE

mier, le deuxiètne et le troisième ; par ordre de grandeur, le moyen, le petit et le grand. Tous les trois, aplatis et minces, revêtent la forme d'un triangle, dont le sommet répond au bassin et la base à la ligne âpre. Tous les trois encore, affectant

la même direction, se portent obliquement de haut en bas et de dedans en dehors.

1° Insertions. — Les trois adducteurs, avons-nous dit plus haut, s'étendent du bassin à la ligne âpre du fémur. Mais chacun d'eux nous présente, tant à son origine qu'à sa terminaison, une insertion qui lui est propre.

a. Insertions du premier adducteur. — Le premier ou moyen adducteur prend naissance, en haut, sur le corps du pubis, entre la symphyse et l'épine. Il vient se fixei% en bas, sur la portion moyenne de l'interstice de la ligne âpre, à l'aide d'une aponévrose tendineuse que traversent les vaisseaux dits perforants.

b. Insertions du deuxième adducteur. — Le deuxième ou petit adducteur, situé audessus et en arrière du précédent, s'insère d'une part sur la face antérieure du corps du pubis, ainsi que sur sa branche descendante, entre l'obtuivateur externe et le droit interne. Il vient se fixei% d'autre part, au corps du fémur par deux faisceaux : un faisceau inférieur, qui se porte sur la partie la plus élevée de l'interstice de la ligne âpre ; un faisceau supérieur, qui se rend à la branche de bifurcation externe de cette même ligne âpre.

c. Insertion du troisième adducteur. — Le troisième ou grand adducteur se détache, en haut, de la tubérosité ischiatique, ainsi que des deux tiers inférieurs de la branche ischio-pubienne. De là, ses faisceaux d'origine s'étalent en un vaste triangle, dont le

£ Dm Fig. 746.

Muscles adducteurs de la cuisse.

1, cxlréniité inférieure du premier ou moyeu addueleur, érignée en dehors. — 1', son extrémité supérieure, érignée et rejetée en liaut pour laisser voir l'insertion de 2, deuxième ou petit adducteur. — 3, troisième ou grand adducteur. — 3', portion supérieure de ce muscle. — 4, anneau du grand adducteur. — 5, pectiné, sectionné et érigné en haut. — 5', extrémité inférieure de ce muscle, érignée en dehors. — 6, tendon direct et 6', tendon réfléchi du droit antérieur. — 7, tendon d'origine du tenseur du fascia lata. — 8, obturateur externe.

bord externe ou bord de terminaison vient se fixer : 1° sur l'interstice de la ligne âpre, dans toute son étendue ; 2° sur sa branche de bifurcation inférieure et interne ; 3° sur ce tubercule, dit tubercule du troisième adducteur, que l'on voit à la partie supérieure et interne du condyle interne. L'insertion de ce muscle au fémur se fait à l'aide d'une aponévrose tendineuse, qui ménage de distance en distance, entre son bord terminal et la ligne âpre, une série d'orifices en forme d'arcades, destinés à livrer passage à des vaisseaux {vaisseaux perforants). Le plus large et le plus

important de ces orifices est situé à 8 centimètres environ au-dessus du condyle interne : il est connu sous le nom d'anneaic du troisième adducteur et livre passage, comme nous le verrons plus tard, à l'artère et à la veine fémorales.

2" Rapports. — Ils varient naturellement pour chacun des trois adducteurs :

a. Le premier adducteur répond : en avant, tout d'abord, à l'aponévrose et à la peau; plus bas, dans le voisinage de ses insertions fémorales, au vaste interne et aux vaisseaux fémoraux. — En arrière, il recouvre le deuxième adducteur et le muscle obtui^ateur externe, dont il est séparé par les branches du nerf obturateur. — Son bord interne répond, supérieurement, au droit interne et s'en écarte plus bas. — Son bord externe longe le pectine. Le premier adducteur, par ce bord externe, constitue le bord interne d'une région chirurgicale importante, \ç triangle de S car pa (voy. plus bas).

b. Le deuxième adducteur, recouvert en avant par le pectiné et par le premier adducteur, repose en arrière sur le grand adducteur. Son bord interne répond au droit interne; son bord externe, à l'obturateur externe et au tendon du psoas-iliaque.

c. Le troisième adducteur est recouvert successivement, en avant, par le pectiné, par le deuxième et par le premier adducteur. — Sa face postérieure est recouverte, en haut, par le grand fessier et, plus bas, par les trois muscles de la région postérieure de la cuisse, le demi-tendineux, le demi-membraneux et la longue portion de biceps. Entre le troisième adducteur et cette couche musculaire chemine le nerf grand sciatique. — Le bord supérieur ou externe du troisième adducteur, à peu près transversal, longe le bord inférieur du carré crural, dont il est séparé par l'artère circonflexe postérieure. — Son bord interne, oblique en bas et en dehors, répond successivement, en allant de haut en bas, à l'aponévrose et à la peau, au droit interne et au couturier.

3" Innervation. — Les adducteurs de la cuisse sont innervés tous les trois par des branches issues du plexus lombaire. — Le premier adducteur reçoit ses rameaux à la fois de l'obturateur, branche du plexus lumbaii'c et du musculocutané interne, branche du nerf crural. — Le deuxième adducteur reçoit les siens de l'obturateur. — Le troisième adducteur possède, comme le premier, une double innervation : en haut et en avant, ses i*ameaux nerveux proviennent de l'obturateur; en bas et en arrière, ils lui sont fournis par le grand sciatique.

A" Action. — Les trois adducteurs ont une action commune : ils portent la cuisse en dedans (adduction) et lui impriment en même temps un léger mouvement de rotation en dehors. S'ils se contractent simultanément des deux côtés, les adducteurs appliquent fortement les deux cuisses l'une contre l'autre (ce sont les custodes virginitatis de JIildebrandï) ou contre un corps interposé {le cheval dans Véquitation).

Variétés. — Le moyoïi adducteur peut être constitué par deux faisceaux (duplicité). — Macai.isTER (Loc. cit.) a vu descendre ce muscle jusqu'au genou. — Les faisceaux supérieurs du grand adducteur peuvent se dilférencier en un muscle distinct {adductor quartus de Diemeriihock, adduclor minimus de GiiNTiiEn). — De même, le faisceau interne, qui s'insère au tubercule du condyle interne, peut s'isoler du reste du grand adducteur et former ainsi un muscle surnuméraire (muscle ischio-condylien). Ce faisceau ischio-coudylien, entièrement différencié, se rencontre dans presque toutes les espèces simiennes. — On peut observer, dans un ordre de faits absolument inverse, la fusion plus ou moins complète : 1» du grand adducteur avec le court ; 2" de celui-ci avec le moyen ; 3° du moyen adducteur avec le pectiné ; V du grand adducteur avec le carré crural.

Triangle de Scarpa. — On désigne sous ce nom, en anatomie topographique, une région triangulaire, à base supérieure et à sommet inférieur, située à la partie antérieure et supérieure de la cuisse.

MYOLOGIE

a. Limites. — On lui considère trois bords et trois an^es : le bord supérieur, qui représente la base du triangle, correspond au pli de l'aine et est formé par l'arcade fémorale ; le bord externe est constitué par le couturier ; le bord interne, par le premier ou moyen adducteur. Des trois angles, les deux supérieurs répondent, l'un à l'épine iliaque antéro-supérieuro, l'autre à l'épine du pubis; l'angle inférieur est formé par la rencontre du couturier et du premier adducteur.

b. Aire ou plancher. — Le plancher du triangle de Scarpa est constitué : à sa partie externe par le psoas-iliaque, qui s'échappe du bassin en dehors de la bandelette ilio-pectinée; à sa partie interne, par le pectiné, qui s'insère sur l'os coxal en dedans de cette même bandelette. Ces deux

muscles, inclinés l'un vers l'autre et juxtaposés par leurs bords correspondants, forment une espèce d'angle dièdre ou, si l'on veut, une gouttière longitudinale à ouverture dirigée en avant ; c'est dans cette gouttière que chemine l'artère fémorale.

Le plancher du triangle de Scarpa est recouvert par une lame aponévrotique, que nous étudierons plus tard (voy. Aponévrose de la cuisse, p. 946).

c. Paroi antérieure. — Sur ce triangle s'étalent, en forme de paroi, trois plans successifs, qui sont, en allant des régions superlîciellos vers les régions profondes :

1° La peau, très mobile et plus ou moins recouverte de poils ;

2" Le fascia superficialis et le tissu cellulaire sous cutané, avec ses ganglions lymphatiques superliciels, ses nerfs, ses veines et ses artères sous-cutanés ;

3» L'aponévrose fémorale, criblée à ce niveau de nombreux orifices nerveux et vasculaires et appelée pour cette raison fascia cribriformis : ces orifices établissent des communications nombreuses et souvent fort larges entre la région sous-cutanée et le contenu du triangle.

d. Contenu. — Dans le triangle de Scarpa sont logés : 1° l'artère fémorale et ses cinq premières branches collatérales ; 2» la veine fémorale et ses principaux affluents ; 3" un nombre variable de vaisseaux et de ganglions lymphatiques, dits ganglions profonds; 4» le rameau crural du nerf génito-crural, qui traverse le fascia cribriformis pour se rendre à la peau; .5° le nerf crural et ses branches. Tous ces organes reposent sur l'aponévrose profonde. D'autre part, ils pénètrent dans le bassin ou en sortent par l'anneau crural, à l'exception du nerf crural, qui est séparé de l'anneau par la bandelette ilio-pectinée et qui est directement situé sur les fibres du psoasiliaque, au-dessous de l'aponévrose précitée par conséquent.

4" Biceps crural

Le biceps crural (fig. 747 et 748) est un long muscle, situé à la partie externe de la région, entre l'ischion et le péroné. Comme son nom l'indique, il est simple en bas et formé en haut par deux portions distinctes, une longue portion et une courte portion.

1° Insertions. — Des deux portions constitutives du biceps crural, l'une remonte au Muscles de la région postérieure de la bassin, l'autre s'arrête au fémur : cuisse, couche superficielle.

1, moyen fessier. — 2, pjramidal, avec 2', son insertion au grand trochanter. — 3, obturateur interne, avec 4, son tendon trocliantérien. — 5, carré crural. — 6. extrémité inférieure du grand fessier. — 7, aponévrose fémorale, recouvrant le vaste externe T. - - 8, longue portion du biceps, avec 8', sa courte portion et 8", son tendon inférieur inséré sur le péroné. — 9, artère poplitée. — 10, plantaire grêle. — 11, jumeau externe. — 12, jumeau interne. — 13, 13', droit interne. — 14, ischion. - 15, demi-tendineux, avec 15', son expansion pour l'aponévrose jambière. — 16, grand adducteur, avec 16', l'anneau de l'artère fémorale. — 17, aponévrose jambière. — 18, couturier. — 19, demi-membraneux.

RÉGION POSTÉRO-LXTERNE DE LA CUISSE

La longue portion ou portion ischiatique (8) se détache de la partie la plus externe et la plus élevée de la tubérosité de l'ischion, en dehors du demitendineux, avec lequel il est toujours plus ou moins fusionné à ce niveau.

La courte portion ou portion fémorale (8'), dissimulée sous la précédente, prend naissance sur la cloison intermusculaire externe (voy. plus loin, p. 947) et sur la partie inférieure de l'interstice de la ligne âpre.

L'une et l'autre de ces deux portions se portent en bas et en dehors et se réunissent sur un tendon commun, long et cylindrique (8"), lequel vient se fixer sur l'apophyse styloïde du péroné. Ce tendon terminal du biceps envoie généralement deux expansions fibreuses, l'une à l'aponévrose jambière, l'autre à la tubérosité externe du tibia. Il en résulte que le biceps se termine à la fois suj- les deux pièces squelettiques de la jambe et sur l'aponévrose jambière.

2° Rapports. — Le biceps crural est recouvert, en haut, par le grand fessier et, plus bas, par l'aponévrose et la peau. — Il recouvre successivement le grand adducteur et le vaste externe, dont il est séparé par le grand nerf sciatique. — Son bord externe, recouvert d'abord par le grand fessier, répond à la peau dans le reste de son étendue. — Son bord interne est en contact avec le demi-tendineux dans ses deux tiers supérieurs. Dans son tiers inférieur, il s'écarte de ce muscle pour former le bord supérieur et externe d'une importante région chirurgicale, le creux poplité ; il répond, à ce niveau, aux vaisseaux poplités d'abord, puis aux deux muscles jumeau externe et plantaire grêle. Le bord interne du biceps crural est en outre longé, dans sa portion inférieure, par le nerf sciatique poplité externe, qui accompagne le tendon du muscle jusqu'au péroné.

Une bourse séreuse, déjà signalée à propos du genou (p. 598), favorise le glissement du tendon du biceps sur le côté externe de l'articulation du genou (voy. Authrologie).

3° Innervation. — Les rameaux nerveux destinés à la longue portion et à la courte portion du biceps proviennent du grand sciatique.

4" Action. — Le biceps fléchit la jambe

Muscles de la région postérieure de la cuisse, couche profonde.

Pour les uumôios I i 19, voir la légende de la figure 747. — 20, tendon supérieur et 21, tendon intérieur du demi-membraneux. — 22, muscle poplité. — 23, soléaire. — 24, petit Icssier. — 25, obturateur externe. — 26, grand ligament sacro-sciatiquc. — 27, petit ligament sacro-sciatique. — 28, grande échancrure sciatique. — 29, petite échancrure sciatique.

MYOLOGIE

sur la cuisse et lui imprime en même temps un léger mouvement de rotation en dehors. Accessoirement et par sa longue portion, il étend la cuisse sur le bassin.

Variétés. — La longue portion et la courte portion peuvent être complètement indépendantes Macalister, Hepburn), disposition normale dans quelques espèces simiennes. — Macalister a signalé l'absence de la courte portion. — Le muscle biceps peut être renforcé par des faisceaux surnuméraires, provenant suivant les cas : 1° du condyle externe (Grubee) ; 2° de la partie supérieure de la ligne âpre (Meckel) ; 3° de la ligne rugueuse qui réunit le grand trochanter à la ligne âpre (Giacomini) ; 4° du fascia latafHENi.E) ; .5" du vaste externe; 6" du grand adducteur. — J'ai observé chez un nègre (Dissection d'un Boschiman, in Arch. du Muséum, 1885) un faisceau surnuméraire, de forme triangulaire, qui partait du coccyx pour aller grossir la masse commune du biceps et du demi-tendineux. — Turner a signalé [Journ. of Anat. and Phys., 1872), sous le nom de tensor fascise popliteaîis, un petit faisceau musculaire qui se rendait du biceps à l'aponévrose poplitée. — Des faisceaux plus singuliers encore, se rendant du biceps au tendon d'Achille et aucalcanéum, ont été observés par Kelsch (Beitr. z. path. Anat., 1813), par Gruber (Beobacl(t. ans d. menscld. v. vergl. Anatomie, Heft. Il, Berlin, 1878) et par Halliburton (Journ. of Anat. and Phys., 1881); une pareille disposition se rencontre normalement chez les mammifères. — KôLLiKER et M. Flesch (toc. cit.) ont vu le biceps envoyer un faisceau de renforcement au demi-tendineux. — Le tendon du biceps peut présenter un os sésamoïde (Titone). — A consulter GiDON, Note sur l'insertion inférieure du biceps fémoral et ses rapports avec le liganient latéral externe de Varticulation du genou, Gaen, 1895.

5" Demi-texdineux

Le demi-tendineux (fig. 7474S) occupe la partie interne et superficielle de la région postérieure de la cuisse. Charnu en haut, tendineux en bas (d'où son nom), il s'étend de l'ischion au tibia.

1° Insertions. — Il s'insère, en haut, sur la face postérieure de l'ischion, en se confondant, à ce niveau, avec la longue portion du biceps.

De là, il se porte verticalement en bas et se jette, à la partie moyenne de la cuisse, sur un tendon arrondi, qui vient se fixer sur le côté interne de l'extrémité supérieure du tibia, en constituant, avec les tendons du droit interne et du couturier, l'appareil aponévrotique connu sous le nom de patte d'oie (fig. 749).

Les faisceaux charnus du demi-tendineux sont interrompus, à la réunion du tiers supérieur et du tiers moyen, par une intersection tendineuse, qui se dirige obliquement en bas et en dehors et que Soemmering,

1, couturier. — 2, demi-tendineux. - 3 droit in- ^^^^^ y,-, çj^g ^ rCnCOntréC dOublC. Icrne. — 4, demi-membraneux. — 1 , z , d , 4 , tendons inférieurs de ces muscles. — 5, moyen adduc- . „ i i • x i-

leur. — 6, grand adducteur. — 7, droit antérieur 2° RappOrtS. En amcre, le dCmi-tCUdl-

de la cuisse. — 8, vaste interne. t u j. l„ ™v.r>^^

neux est recouvert, en haut, par le grand fessier; en bas, par l'aponévrose et la peau. — En avant, il i^ecouvre le grand adducteur et le demi-membraneux. — En dehors, il est d'abord contigu au biceps, dont il s'écarte, en bas, pour former le bord supérieur et interne du creux poplité.

Fig. 749.

Muscles de la patte d'oie.

Au niveau du genou, son tendon glisse sur le ligament late'ral interne à l'aide d'une bourse se'reuse, déjà de'crite, qui lui est commune avec le droit interne.

3" Innervation. — Le demi-tendineux reçoit son nerf du grand sciatique. Ce nerf, souvent double, le pe'nètre par sa face profonde et dans son tiers supérieur.

4° Action. — Envisagé au point de vue de son action, ce muscle, prenant son point fixe sur l'ischion, fléchit tout d'abord la jambe sur la cuisse et lui fait exécuter en même temps un léger mouvement de rotation en dedans. Secondairement, il agit sur la cuisse qu'il étend sur le bassin.

Lorsque le demi-tendineux prend son point fixe sur la jambe, il étend le liassin

sur la cuisse et fléchit celle-ci sur la jambe.

Variétés. — J'ai vu, dans un cas, le demi-tendineux et le demi-membraneux aboutir à un tendon unique. — Comme le biceps, le demi-tendineux peut donner naissance à des faisceaux surnuméraires qui s'insèrent d'autre part sur l'aponévrose jambière (voy. à ce sujet Gbubeb, liull. de l'Acad. des Se. de Saint-Pélersbourg , 1872). . — Luschka a signalé, au-dessus du demimembraneux, un faisceau surnuméraire, qui descendait de la ligne âpre sur le condyle interne et la partie postérieure de la capsule articulaire du genou. Ce faisceau pourrait bien être l'homologue de la courte portion du demi-tendineux des oiseaux.

6" Demi-membraneux

Le demi-membraneux (flg. 748, 20), ainsi appelé parce qu'il est constitué dans son tiers supérieur par une large membrane, est situé au-dessous du précédent. Il s'étend, comme lui, de l'ischion au côté interne de l'articulation du genou.

1° Insertions. — Il s'insère, en haut, sur la partie inférieure et externe de l'ischion, au-dessous et en avant du demi-tendineux et du biceps.

De là, il se porte verticalement en bas et se jette, à la partie inférieure de la cuisse, sur un tendon fort résistant, affectant la forme d'un demi-cône et occupant le côté interne du corps musculaire. Ce tendon terminal glisse en arrière du condyle interne et se divise, au niveau de l'interligne articulaire, en trois faisceaux (flg. 748, 21), que nous désignerons d'après leur direction en descendant, récurrent et antérieur. — Le faisceau descendant, se porte verticalement en bas, comme son nom l'indique. Il se fixe à la partie postérieure de la tubérosité interne du tibia. — Le faisceau récurrent, triangulaire ou en éventail, se dirige en haut et en dehors et vient s'attacher, en partie sur la coque fibreuse qui recouvre le condyle externe, en partie sur le fémur lui-même dans l'espace compris entre les deux condyles. — Le faisceau antérieur ou horizontal , contourne d'arrière en avant la tubérosité interne du tibia, en passant au-dessous du ligament latéral interne, dans une gouttière spéciale. Il vient se terminer sur la partie antéroexterne de cette tubérosité. Une synoviale, le plus souvent indépendante, accompagne ce dernier faisceau dans sa gouttière osseuse.

2° Rapports. - — Le demi-membraneux est recouvert successivement par le grand fessier, par le demi-tendineux et par l'aponévrose fémorale. ■ — • II recouvre à son tour le carré crural, le grand adducteur, l'extrémité supérieure du jumeau interne et le condyle interne du fémur, sur lequel il glisse à l'aide d'une bourse séreuse. — Son bord interne répond au muscle droit interne. — Son bord externe, longé dans la plus grande partie de son étendue par le grand nerf sciatique et par la longue portion du biceps, se sépare plus bas de ce dernier muscle, pour constituer, avec le demi-tendineux, le bord supérieur et interne du creux poplité. Tout à fait en bas, ce bord répond au muscle jumeau interne, dont il est séparé

ANATOMIE HUMAINE. — T. r, 4<' ÉDIT. 119

MYOLOGIE

pai' une bourse séreuse, la bourse commune au jumeau interne et au demimembraneux.

3" Innervation. — Il est innervé par le grand sciatique. Le rameau qui lui est destiné, souvent double, le pénètre par sa face profonde et à sa partie moyenne.

4'' Action. — Le demi-membraneux a la même action que le demi-tendineux. — S'il prend son point ilxe sur l'ischion, il fléchit la jambe sur la cuisse, en même temps qu'il lui imprime un léger mouvement de rotation en dedans. Secondairement, il étend la cuisse sur le bassin. — S'il prend au contraire son point fixe sur le tibia, il étend le bassin sur la cuisse et fléchit celle-ci sur la jambe.

Variétés. — Le demi-membraneux peut remonter ses insertions jusque sur le grand ligament sacro-sciatique. — L'absence du demi-membraneux a été notée par Loschge et de Souza. — San- DiFORT (1769) et, plus récemment, Giacomin: {Annotazioni sopra VAnatomia del negro, 1882) ont vu un petit faisceau se séparer du demi-membraneux et venir se perdre dans le creux poplité. — Galori (loc cit.) e't Bianchi {Lo Sperimentale, 1885) ont constaté, chacun une fois, la duplicité du muscle. J'ai observé moi-même cette duplicité chez un cercopithèque.

§ in. — Aponévrose de la cuisse

Gomme l'aponévrose brachiale, avec laquelle elle présente la plus grande analogie, l'aponévrose fémorale, que l'on désigne encore sous le nom de fascia lata, entoure la cuisse à la manière d'un cylindre ou d'un luanchon, dont l'extrémité supérieure r-épond au bassin, l'extrémité inférieure au genou. Nous lui considérerons, comme à l'aponévrose du bras, une extrémité supérieure, une extrémité inférieure et deux surfaces, l'une extérieure et l'autre intérieure.

1° Extrémité supérieure. — Du côté du bassin, l'aponévrose fémorale s'insère, en avant et en dedans, sur le bord antérieur de l'arcade fémorale, sur le corps du pubis et sur la branche ischio-pubienne. En arrière et en dehors, elle se continue avec l'aponévrose fessière, déjà décrite ; les limites respectives des deux aponévroses sont purement conventionnelles.

2° Extrémité inférieure. — Du côté du genou, elle prend de solides attaches sur le péroné, sur les deux tubérosités externe et interne du tibia, sur la face antérieure de la rotule. Puis elle se continue, sans ligne de démarcation aucune, avec l'aponévrose jambière.

3" Surface extérieure. — La surface extérieure ou cutanée répond à la peau, dont elle est séparée par les rameaux nerveux superficiels et par de nombreuses veines, dont la plus importante est la saphène interne.

4° Surface intérieure, cloisons intermusculaires. — La surface intérieure ou musculaire est en rapport avec les muscles de la cuisse, auxquels l'aponévrose crurale fournit des gaines celluleuses, généralement peu importantes. Il est à noter, cependant, que le couturier est contenu, dans toute son étendue, dans une gaine aponévrotique nettement différenciée, résultant du dédoublement du fascia lata au niveau de ce muscle.

a. Cloisons intermusculaires . — Indépendamment de ces prolongements celluleux destinés aux muscles, l'aponévrose fémorale envoie vers le fémur deux cloisons fibreuses, plus résistantes en bas qu'en haut, connues sous le nom de cloisons intermusculaires. De ces deux cloisons, l'une est interne, l'autre est externe. — La cloison intermusculaire interne (fig. 750, 4) se détache du côté interne du manchon

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