‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 30 sur 176 · VERTÈBRE-TYPE · texte numérisé non relu

VERTÈBRE-TYPE

appendices costiformes, un peu en dehors des apophyses articulaires supérieures. Du sternum, il n'en reste d'autre trace que la ligne hlanche ahdominale, à laquelle viennent ahoutir, comme homologues des cartilages costaux, les insertions aponévrotiques du muscle grand droit.

A la région sacrée, pas de sternum et pas de côtes apparentes : l'emhryologie nous démontre qu'il faut chercher les éléments de ces dernières dans les parties antéro-latérales du sacrum, oii l'on voit encore, à la période foetale trois ou quatre points d'ossification spéciaux, correspondant exactement à la série des points d'ossification des côtes. Les apophyses transverses des vertèbres sacrées sont visibles encore à la face postérieure de l'os, où elles affectent la forme de simples tuber- "Cales placés en dehors des trous sacrés.

A la région coccygienne, la vertèbre se trouve réduite à son corps ; encore ce corps est-il le plus souvent très rudimentaire. L'arc neural a disparu sans laisser le moindre vestige. Il en est de même de l'arc hœmal, du moins chez l'homme ; car chez les poissons, chacjue pièce coccygienne possède en avant du centrum un anneau complet (os en Y de l'anatomie ichthyologique), véritable arc hœmal destiné à protéger l'artère caudale.

Si nous renrontons maintenant au-dessus du thorax, nous voyons l'arc htcmal tout aussi réduit à la région cervicale qu'à la région lombaire. Ici encore la côte, extrêmement réduite, s'est fusionnée avec l'apophyse transverse correspondante : elle est représentée, sur cette apophj'se, par le tubercule antérieur et la portion d'os qui lui correspond en avant de la gouttière où chemine le nerf rachidien {lame costale de Vapophyse transverse). Quant au sternum, il a, lui aussi, en grande partie disparu. Nous ne voyons, en effet, comme éléments homologues de la formation sternale qu'un tout petit os, le corps de l'os hyoïde, et les deux raphés médians sus-hyoïdien et sous-hyoïdien. En revanche, la région cervicale nous offre un élément nouveau que nous chercherions vainement dans quelque autre région de la colonne : c'est le trou de l'artère vertébrale, que l'on peut appeler, en raison de sa situation, le trou transversaire. On admet généralement que ce trou est compris entre l'élément osseux qui constitue l'apophyse transverse proprement dite {lame transversaire) et celui qui représente la côte {lame costale).

3" Lois de ces variations. — Toutes ces transformations de la vertèbre sont soumises à une grande loi, celle de l'adaptation de l'organe à la fonction qu'il est appelé à remplir. — En arrière de la colonne formée par les corps vertébraux un organe délicat, la moelle, descend sans interruption de la première vertèbre cervivale à la dernière vertèbre sacrée (disposition fœtale ) ; sans interruption aussi, l'anneau neural se développe autour d'elle, depuis l'atlas jusqu'à l'extrémité inférieure du sacrum. La moelle, à aucune période de son évolution, n'est en rapport avec le coccyx : l'arc neural ne s'y montre jamais. — Il en est de même en ce qui concerne l'arc hiemal : en avant de la colonne vertébrale, il est une région, importante entre toutes, où se trouvent réunis l'appareil essentiel de la fonction respiratoire, les poumons, et l'organe central de la circulation, le cœur. i\. ce niveau, l'arc hasmal apparaît avec tous ses éléments et forme à ces organes une sorte de cuirasse protectrice, qui commence au centrum, contourne d'un côté à l'autre la ligne médiane antérieure et vient se terminer à son point de départ, en formant un anneau complet. Au-dessus comme au-dessous de la l'égion cardiopulmonaire, nous ne rencontrons aucun organe aussi important, aucun organe qui ait besoin d'une protection aussi immédiate ; du l'este, la présence d'un système

d'arcs costaux articulés avec un sternum eut été grandement préjudiciable au libre jeu des colonnes cervicale et lombaire : pour cette double raison, ces éléments squelettiques, qui eussent été à la fois inutiles ou nuisibles, ne s'y montrent qu'à un état profondément rudimentaire.

Un argument d'un autre ordre peut être invoqué en faveur de cette subordination de l'organe à la fonction, c'est que, dans les cas oh la moelle ne se développe pas ou bien subit un simple arrêt dans son développement, comme dans le spina bifida, l'anneau neural, lui aussi, ne se montre pas ou tout au moins reste incomplet. Ne dirait-on pas que la nature se refuse à façonner un organe que n'attend aucune fonction ?

Examinons maintenant la transformation que subit la vertèbre-type dans le segment le plus élevé de la colonne vertébrale, le crâne.

§ V. ThÉOIUE vertébrale du CRANE

L'encéphale n'étant que la continuation de la moelle épinière, il était tout naturel de penser que la cavité crânienne, qui l'abrite, n'est pareillement que la continuation de la colonne vertébi^ale. Et cependant, jusqu'à la fin du siècle dernier, nous ne trouvons à ce sujet, dans la littérature anatomique, que quelques allégations très vagues et toujours incidentes.

Le 4 mai 1790, Goethe, dans une lettre qu'il écrivait de Venise à M""® de Harder, formule en termes très précis l'analogie qui existe entre le crâne et le rachis. Malheureusement, l'illustre naturaliste attendit dix-sept ans pour faire connaître son opinion au monde scientifique, laissant à L. Oken le temps de le devancer et de recueillir à son profit tout l'honneur d'une pareille découverte.

C'est, en effet, en 1807 que Oken prend possession de sa chaire de professeur à l'Université d'Iéna et établit, dans une leçon restée célèbre, le fait de la constitution vertébi^ale du crâne. « Comme je descendais, dit-il, de l'IIenstein, par l'ancienne route du côté du sud, je vis à mes pieds un superbe crâne de biche ; le ramasser, le retourner, le considérer me suffit ; l'idée que c'était une colonne vertébrale me traversa l'esprit comme un coup de foudi'e et, depuis cette époque, le crâne n'est plus pour moi qu'une colonne vertébrale. » Oken distingua tout d'abord trois vertèbres dans la constitution de la boîte crânienne : 1° une vertèbre postérieure ou occipitale, constituée par l'occipital ; 2° une vertèbre moyenne ou sphéncpariétale, formée par la partie postérieure du sphénoïde et par le pariétal (Oken fait abstraction du temporal, comme ne faisant pas partie du crâne) ; 3° une vertèbre antérieure ou sphéno-frontale, comprenant la partie antérieure du sphénoïde et le frontal. Plus tard, il en ajouta une quatrième, la vertèbre ethmoïdo-nasale, qui a été également admise depuis par de Blai.wille et par Richard Owen.

1° Vertèbres crâniennes. — Avant de faire connaître le mode de constitution de ces différentes vertèbres, il nous paraît indispensable de rappeler que le sphénoïde, qui constitue une pièce unique sur le crâne adulte, se compose en réalité de deux pièces distinctes : une pièce antérieure ou sphénoïde antérieur, comprenant la partie antérieure du corps et les petites ailes ou apophyses d'Ingrassias ; une pièce postérieure ou sphénoïde postérieur, formée par la partie postérieure du corps et les grandes ailes. Les deux sphénoïdes, dont l'indépendance est complète et permanente chez la plupart des mammifères, sont encore distincts chez l'homme au septième mois de la vie fœtale.

Page 1