‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 74 sur 176 · HOMOLOGIE DES MEMBRES · texte numérisé non relu

HOMOLOGIE DES MEMBRES

du péroné, absorption qui nous paraît légèrement fantaisiste, nous ne pouvons admettre l'assimilation de Folécràne à la rotule. Tout d'abord, la rotule n'est qu'un os sésamoïde, tandis que l'olécràne est une partie essentielle du squelette des membres. Puis, la rotule se rattache, par l'intermédiaire du tendon au sein duquel elle est développée, au tibia, qui est l'homologue, non du cubitus, mais du radius. Nous rappellerons, enfin, qu'il existe quelques mammifères, les chauvessouiis notamment, qui possèdent au-dessus de l'olécràne une véritable rotule cubitale, développée dans l'épaisseur du tendon du triceps brachial.

Nous devons reconnaître, d'autre part, que l'humérus ne pi-ésente nullement les traces de cette torsion de 180°, qui sert de base à la théorie de Ch. Martins. Le bord antérieur de l'os est en effet rectiligne, et il en est à peu près de même des bords interne et externe. Quant à la gouttière, dite de torsion, qui croise en diagonale sa face postérieure, elle n'est qu'une simple empreinte, qui est déterminée par le passage du nerf radial et de l'artère huméralc profonde et dont les bords se sont relevés par suite de l'insertion, à ce niveau, de deux muscles puissants, le vaste interne et le vaste externe. Et qu'on n'invoque pas, en faveur d'une torsion de 180°, le trajet du nerf radial, qui passe de la partie interne à la partie externe du bras ; car nous serions en droit de demander, alors, comment il se fait que quatre autres branches terminales du plexus brachial restent constamment parallèles à l'axe de l'humérus, comment il se fait que les vaisseaux huméraux sviivent constamment le côté interne du membre, comment il se fait que les corps musculaires qui se groupent autour de l'humérus présentent, eux aussi, une direction longitudinale et non oblique, etc. *

Mais l'objection la plus sérieuse est celle-ci. Ch. Martins, en constatant l'orientation inverse de l'humérus et du fémur et en admettant, pour expliquer ce fait, une torsion de l'humérus allant à 180°, considère la position actuelle du fémur comme étant une disposition typique et primordiale. Or, c'est là une assertion inexacte. L'embi^yologie nous démontre, en effet, que dans les premiers stades de leur développement, les membres supérieurs et inférieurs, identiquement constitués, présentent sur les côtés du tronc une orientation également identique : la saillie du coude et la saillie du genou sont l'une et l'autre dirigées en dehors; la ligne âpre du fémur regarde en dedans, et il en est de même du bord antérieur ou ligne âpre de l'humérus ; les deux os de l'avant-bras, ainsi que les deux os de la jambe, sont placés côte à côte dans un même plan qui est parallèle au plan vertébro-sternal, le radius et le tibia en avant, le cubitus et le péroné en arrière; lo pouce et son homologue le gros orteil sont tous les deux antérieurs, le petit doigt et le petit orteil tous les deux postérieurs. Plus tard, l'humérus subit un mouvement de rotation de dedans en dehors et d'avant en arrière; ce mouvement, qui est de 90° environ, a naturellement pour résultat de porter la saillie du coude en arrière, le plan de flexion de l'avant-bras en avant, le pouce en dehors, le petit doigt en dedans. En même temps, le fémur accomplit, lui aussi, un mouvement de rotation de 90°, mais en sens inverse^ c'est-à-dire de dehors en dedans et d'arrière en avant; ce mouvement, on le conçoit, a pour effet de placer la saillie du genou en avant, le plan de flexion du genou en arrière, le gros orteil en dedans et le petit orteil en dehors.

Ainsi s'explique, par une double rotation de 90° accomplie simultanément et en sens inverse par l'humérus et le fémur, la différence de 180°, qui sépare réellement chez l'homme adulte l'orientation des deux membres. Nous voyons ainsi toute la justesse des conclusions d' Alexis Julien, à savoir : que l'humérus n'est nullement un fémur retourné; que, d'autre part, le membre abdominal ne peut être

OSTÉOLOGIE

considéré comme le membre type et que sa position est acquise au même titre que celle du membre thoracique. C'était là encore l'opinion de Broca qui, à propos du sujet qui nous occupe, nous a laissé cette courte note publiée après sa mort par Manouvrier : « s'il est commode de prendre le fémur pour terme de comparaison et de considérer l'humérus comme un fémur modifié, il serait plus vrai de les rapporter l'un et l'autre à un type commun modifié doublement pour s'adapter respectivement aux fonctions du membre thoracique ou du membre abdominal. »

Comment s'accomplit ce mouvement de rotation des membres? A-t-il pour siège l'articulation du membre avec la ceinture {rotation articulaire), ou bien s'effectuet-il dans le corps de l'os lui-même {torsion) ? Julien et Sabatier se rallient à la première de ces deux hypothèses. En considérant la fixité des rapports que présentent, chez le fœtus comme chez l'adulte, les tètes humérale et fémorale avec les cavités glénoïde et cotyloïde, et en tenant compte aussi des recherches précitées de Gegenbaur, qui nous montrent la torsion de l'humérus s'accomplissant réellement au cours du développement ontogénique, j'incline vers l'hypothèse de la rotation dans le corps de l'os et je considère l'orientation différente des deux membres de l'adulte, comme le résultat d'une double torsion en sens inverse de llmmérus et du fémur.

Dès lors, pour ramener les deux membres au parallélisme ou, autrement dit, à leur position primordiale, ce qu'il faut toujours faire quand on veut les comparer l'un à l'autre, il suffit de détordre l'humérus de 90° en dedans, le fémur de 90° en dehors. Les homologies sont ainsi tout aussi faciles à établir qu'avec la planchette de MaStins. Ces homologies sont, du reste, absolument les mêmel dans l'une et l'autre des deux méthodes et nous pouvons maintenant les résumer :

a. Homologies du bras et de la cuisse. — Le bras et la cuisse se composent chacun d'un seul os, l'humérus et le fémur. Les homologies des deux os peuvent s'établir comme suit :

HUMÉnUS FÉJIUn

Cord antérieur Bord postérieur.

Bord interne Bord externe.

Bord externe Bord interne.

Epitroctilée Condyle externe.

Epicondyle Condyle interne.

Trochiter Grand trochanter.

Troctiin Petit troclianter.

b. Homologies de Vavant-bras et de la jambe. — L'avant-bras se compose de deux os, disposés parallèlement à l'axe du membre : le cubitus en dedans, le radius en dehors. La jambe comprend également deux os : le tibia en dedans et le péroné en dehors. La rotule n'est qu'un os sésamoïde qui fait défaut dans le membre supérieur. Le tibia répond au radius, le péroné au cubitus, d'où le tableau suivant :

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