‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 90 sur 176 · MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

MAXILLAIRE

Le mouvement d'élévation s'accomplit suivant le même mécanisme, mais en sens inverse. L'axe du mouvement étant toujours le même, le menton se porte en haut et en avant pour

Fig. 412.

Coupe sagittale de l'articulation tcmporo-maxillaire (sujets congelas) : A, la bouche fermée ; B, la bouche demi-ouverte ;

C, la bouche grandement ouverte.

1, condyle du maxillaire. — 2, rondyle du temporal. — 3, cavité glénoïde. — 4, ménisque. — fj, ptérygoidien externe. — 6, conduit auditif exterue. — 7, ligament postérieur de l'articulation temporo-maxillaire. — 8, tissu cellulaire rétro-condylieii.

revenir à sa position première. Quant au condyle, glissant maintenant d'avant en arrière, il reprend tout d'abord ses rapports avec le ménisque (1" temps), et tous les deux (2° temps) reprennent ensuite le chemin de la cavité glénoïde.

b. Mouvements de projection en avant et en arrière. — Ces mouvements, assez limités chez l'homme, mais très développés chez les rongeurs, s'exécutent dans le plan antéro-postérieur :

La projection en avant est un mouvement par lequel le maxillaire inférieur se porte en avant tout en conscr\ant le contact avec la mâchoire supérieure. Dans ce mouvement, les deux condyles quittent simultanément la cavité gléno'ide et viennent se placer au-dessous de la racine transverse. Comme conséquence, les arcades dentaires inférieures glissent d'arrière en avant sur les arcades dentaires supérieures et arrivent à les dépasser de 4 à 5 millimètres.

La projection en arrière est un mouvement par lequel le maxillaire inférieur, glissant en sens inverse, revient à son point de départ.

c. Mouvements de latéralité ou de diduction. — Les mouvements de latéralité ou de diduction peuvent être définis : des mouvements par lesquels le menton se porte alternativement à gauche et à droite. Ils ont pour but et pour résultat de promener les molaires inférieures sur les molaires supérieures et de broyer ainsi les aliments par ce frottement continuel des deux surfaces, jouant l'une et l'autre le rôle d'une meule.

Ces mouvements s'accomplissent de la manière suivante : l'un des condyles, alternativement le droit et le gauche, se porte en avant et vient se placer au-dessous de la racine transverse correspondante, tandis que l'autre reste à peu près immobile et lui sert de pivot. Le menton se porte naturellement du côté opposé au condyle qui se déplace. Ainsi, lorsque le menton se porte à gauche, le condyle droit glisse d'arrière en avant, en décrivant un petit arc de cercle autour d'un axe vertical qui passerait par le condyle du côté gauche. Lorsque, au contraire, le menton se porte à droite, c'est le condyle gauche qui se dirige en avant, le condyle droit restant immobile.

Comme on le voit, dans les mouvements de diduction, il n'y a jamais qu'un condyle qui se déplace à la fois. Mais chacun d'eux se déplace à son tour. Les deux condyles jouent donc alternativement, et l'un par rapport à l'autre, le rôle de pièce mobile et le rôle do pivot.

Muscles moteurs. — Les muscles moteurs du maxillaire inférieur se divisent, d'après les déplacements qu'ils produisent, en abaisseurs, élévateurs, projecteurs en avant, projecteurs en arrière et diducteurs :

1° Abaisseurs : le ventre antérieur du digastriquc et, accessoirement, le mylo-liyoïdien, le génio-hyoïdien, le peaucier du cou.

2° Élévateurs : le temporal, le masséter et le ptérygoidien interne.

3° Projecteurs en avant : les deux ptérygo'idiens externes, se contractant simultanément.

4° Projecteurs en arrière : le digastrique, le temporal (par ses faisceaux postérieurs qui présentent une direction à peu près horizontale).

5° Diducteurs : les ptérygoidiens internes, et surtout les ptérygo'idiens externes, se contractant d'un seul côté, alternativement du côte gauche et du côté droit.

Anatomie comparée. — L'étude comparative de l'articulation temporo-maxillaire chez les animaux nous montre cette articulation se modifiant beaucoup, morphologiquement, suivant les espèces. Mais elle nous montre aussi que ces variations, comme nous l'avons dit plus haut, sont

ARÏHROLOGIE

toujours en harmonie avec la structure rie Tapparcil dentaire ou, ce qui revient au môme, avec le régime alimentaire de l'animal. Examinons à ce sujet un rongeur, un carnassier et un herbivore :

Les rongeurs se servent surtout de leurs incisives et l'on voit, dans la mastication, les dents inférieures, pour râper les aliments, glisser alternativement d'arrière en avant et d'avant en arrière, au-dessous des dents supérieures. Le lapin et le cobaye nous offrent un exemple très net de ce genre de mastication. Or, chez ces animaus, le condyle, aplati transversalement, est allongé d'avant en arrière ; sa cavité de réception, allongée dans le même sens, revêt la forme d'une rainure antéro-postérieure, parfaitement limitée sur les côtés, mais largement ouverte en avant et en arrière. Avec une pareille disposition anatomique, le maxillaire inférieur ne saurait se déplacer latéralement ; par contre, il peut, en toute liberté, se porter d'avant en arrière et d'arrière en avant et exécuter ainsi ce mouvement de va-et-vient qui caractérise essentiellement la mastication chez les rongeurs.

Les carnassiers, dans la mastication, utilisent principaleineid leurs dents antérieures pour couper la chair, qui est la base à peu près exclusive de leur alimentation. Pour cela, les dents inférieures, implantées sur la mandibule, s'abaissent, puis se relèvent avec force pour appliquer leur bord tranchant contre celui des dents supérieures. Ces mouvements alternatifs d'abaissement et d'élévation de la mandibule sont les seuls que l'on rencontre chez les vrais carnassiers, le tigre et le lion par exemple. Les mouvements antéro-postérieurs, que nous avons signalés précédemment chez les rongeurs, les mouvements de latéralité, que nous allons décrire tout à l'heure chez les herbivores, n'existent pas et, il faut bien le reconnaître, leur existence aurait singulièrement nui à l'effet des mouvements d'élévation qui. pour être utiles, doivent amener exactement l'arcade dentaire inférieure sous l'arcade dentaire supérieure. Si nous examinons maintenant quel est, chez ces animaux, le mode d'articulation de la mandibule avec la tête, nous rencontrerons, d'une part un condyle à grand axe transversal, d'autre part une rainure également transversale, très profonde, embrassant étroitement le condyle précité. Cette disposition, 'qui rappelle assez bien ce qu'on observe dans une charnière, un cylindre plein roulant dans un cylindre creux, est éminemment favorable à l'accomplissement des mouvements d'abaissement et d'élévation et, de plus, s'oppose à toute autre espèce de mouvement.

Les herbivores broient leurs aliments et, pour cela, l'on voit les molaires inférieures, véritables meules mobiles, glisser alternativement de droite à gauche et de gauche à droite sur les molaires supérieures, qui représentent des meules fixes. Ici encore, le Jeu de la mandibule est admirablement favorisé, dans l'accomplissement de ses mouvements latéraux, par la conformation du condyle et de sa cavité de réception. Les condyles, tout d'abord, sont petits, arrondis, aplatis de haut en bas; à leur tour, leurs cavités de réception sont peu profondes et surtout très larges, beaucoup plus larges qu'il ne le faudrait pour contenir les condyles. Dans ces conditions, aucune barrière osseuse immédiate ne retenant le condyle, celui-ci se meut librement et dans toutes les directions.

Il convient d'ajouter que les muscles masticateurs eux-mêmes s'adaptent toujours au mode locomoteur de la mandibule, s'atténuant quand ils n'ont qu'un rôle secondaire à jouer, acquérant au contraire un grand développement quand ils ont besoin de produire un travail mécanique considérable. C'est ainsi que nous voyons prédominer, chez les rongeurs, les muscles dont la contraction détermine des mouvements antéi'o-postérieurs, chez les carnassiers les muscles élévateurs, chez les herbivores les muscles diducteurs.

Si nous voulons bien nous rappeler maintenant le mode de conformation de l'articulation temporo-maxUlaire chez l'homme, nous constatons sans peine que, chez lui, le condyle et la cavité glénoïde présentent, dans leur forme, dans leur orientation, dans leurs rapports volumétriques réciproques, des caractères qui tiennent le milieu entre les trois types que nous venons de décrire. C'est que l'homme est essentiellement omnivore. Suivant la nature de l'aliment que l'acte de préhension apporte dans sa cavité buccale, il râpe comme les rongeurs, décliire comme les carnassiers et broie comme les herbivores. Voilà pourquoi nous rencontrons chez l'homme une disposition anatomique mixte, qui permet à la fois, et suivant les besoins, des mouvements antéro-postérieurs, des mouvements verticaux et des mouvements de latéralité. Il existe donc chez lui, comme chez les animaux, une corrélation remarquable entre le mode de sa mastication et son appareil anatomique masticateur, une harmonie parfaite entre la fonction et l'organe.

A consulter, au sujet do l'articulation Lemporo-maxillaire, parmi les travaux récents : Albrecht, Si»' la valeur morphologique de l'articulation mandibulaii'e du cartilage de Mec/œl. etc., Bruxelles, 1883; — M.4NKiE\vrrz, Beilrag. z. Histol. des Vnterkiefer-Geleyikes. léna, 18^0; — Sher, Die Verschiebungsbahn des Unterkiefers am Schâdel. Arch. f. Anat. u. Physiol., 1890 ; — Behtrand, Conirib. à l'étude de l'aràculation tetnporo-maxillaire, Th.de Bordeaux, 1894.

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