CÉPHALIQUE DE L’OUVERTURE PALPÉBRALE
Femmes annamites 81,33 4°, 99
— chinoises 81,50 4°, 61
— minh-huongs 83,52 4°, 90
— cambodgiennes 85,11 5°, 39
On voit par ce tableau que l'angle d'inclinaison de l’ouverture palpébrale, sur les sujets examinés, est en moyenne de 4°, 97. Mondière a observé, comme chiffres extrêmes, 10° et 0°. Pour expliquer ce relèvement de l’angle externe de l’œil chez les peuples mongols, on a invoqué tour à tour l’obliquité particulière des orbites et le développement exagéré de l’os malaire, qui repousserait en haut l’apophyse orbitaire du frontal et le ligament palpébral externe. Ce sont là de simples suppositions, attendant encore l’appui de preuves anatomiques .
y) Le troisième caractère de l’œil mongol est une espèce de boursouflure des paupières, laquelle a pour effet de renverser en dedans leur bord libre et de les rapprocher l’une et l’autre du centre de la cornée. La boursouflure en question s’observe sur les deux paupières ; mais elle est toujours plus prononcée sur la supérieure. Cette dernière se compose en réalité de deux parties : 1° une partie inférieure. mobile, qui se relève et s’abaisse sous l’influence alternative des deux muscles releveur et orbiculaire ; 2° une partie supérieure, fixe, qui répond à notr'e sillon orbito-palpébral et qui surplombe la précédente. Entre les deux s’étend un sillon transversal, toujours très profond.
8) La bride, qui constitue le trait le plus caractéristique de l’œil mongol , est un repli cutané, de forme semi-lunaire et à direction verticale, qui occupe l’angle interne de l’œil et le masque en partie.
Il fait suite en haut, dans la paupière supérieure, au repli de la peau que nous avons déjà signalé. De là, il se porte en bas en longeant les tubercules lacrymaux et vient se perdre- insensiblement sur la partie interne de la paupière inférieure (fîg. 483, 3). Ce repli est exclusivement cutané et n’a aucun rapport avec les os ou les ligaments de la région. Il se tend quand la paupière s’élève et présente alors son maximum de développement. Au contraire, il se détend et s’atténue quand la paupière s’abaisse et disparaît même d’une façon complète quand on tire en dedans la peau de l’angle interne de l’œil.
Dans son mémoire sur les paupières des Mongols, inséré dans le Zeitschrift für Ethnologie de 1874, Metchnikoff considère les dispositions anatomiques précitées, qui caractérisent l’œil mongol, comme étant la persistance d’un état fœtal, qui s’atténuerait avec les progrès de l’âge et disparaîtrait même chez le vieillard. Mais comment concilier cette hypothèse avec les observations de Deniker (Rev. d’ Anthropologie, 1883), qui, sur les Kalmoulks du Jardin d’acclimation, a cons-
Fig. 483.
Œil mongol , vu de face .
xx. horizontale.
1, partie supérieure delà paupière supérieure, avec 1’, sa partie inférieure ou mobile — 2, paupière inférieure. — 3, bride semi-lunaire de l’angle interne.
ORGANES DES SENS
taté l’absence de bride chez le nouveau-né, l’absence de bride encore chez les enfants, alors que, chez les sujets adultes, ce pli était nettement formé !
Quoi qu’il en soit, l'œil mongol est un caractère anatomo-ethnique de premier ordre, s’observant, à des degrés de développement divers, sur la plupart des races altaïques. Il existe encore, mais à l’état sporadique, dans quelques races sauvages, notamment chez les Peaux-Rouges, les Galibis, les Fuégiens et les Hottentots. On le rencontre enfin, mais beaucoup plus rarement, dans nos races européennes, et le repli, plus ou moins développé et plus ou moins pathologique, que les oculistes désignent sous le nom d ’épicanthis, n’est bien certainement qu’une disposition homologue de la bride mongole.