C. — Glandes de la conjonctive
Les glandes de la conjonctive, signalées depuis longtemps par C. Krause (1842) et par Sappey (1853), ont été étudiées plus récemment par bon nombre d'histologistes, notamment par Ciaccio (d 874), par Terson (Th. Paris , 1892), et parHocEVAR (1900). Nous les distinguerons en trois groupes : 1° les glandes acineuses ; 2° les glandes tubuleuses ; 3° les glandes utriculaires.
1° Glandes acineuses. — Les glandes acineuses se développent sur deux points : 1° dans la région du cul-de-sac conjonctival, ce sont les glandes de Krause ; 2° dans la région des tarses, ce sont les glandes de Wolf ring ou de Ciaccio.
a. Glandes de Krause. — Les glandes de Krause se disposent, à la paupière
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 74
Fig. 507.
Epithélium de la conjonctive bulbaire de l’homme au voisinage de la cornée (d’après Villard).
1, membrane basale. — 2, un leucocyte migrateur. — 3, couche génératrice. — 4, couche moyenne. — 5, couche superficielle.
ORGANES DES SENS
supérieure et à la paupière inférieure, suivant une ligne arquée qui répond assez exactement au cul-de-sac de la conjonctive. C’est sur le côté externe du cul-de-sac qu’elles présentent leur maximum de développement ; à partir de là, elles vont en diminuant de volume et de nombre jusqu’à la partie moyenne du cul-de sac, pour augmenter légèrement au delà (Terson). Les observations de Kraose, de Ciacgio, de Terson s’accordent à démontrer que les glandes acineuses sont incomparablement
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plus nombreuses sur la paupière supérieure que sur la paupière inférieure : on en compte, d’ordinaire, de 30 à 40 sur la paupière supérieure ; 2 à 6 seulement, sur la
paupière inférieure. — Leur forme est assez irrégulière : la plupart d’entre elles, cependant, sont arrondies ou ovalaires., Leur diamètre mesure en moyenne, de 2 à 15 dixièmes de diamètre. — Envisagées au point de vue de leur constitution anatomique, les glandes de Krause se composent, comme les glandes en grappe, d’un canal central ou canal excréteur , ayant la forme d’un long tube sur les parois duquel viennent s’ouvrir un nombre plus ou moins considérable d’acini : de là le nom de glandes acinotubuleuses , qu’on leur donne quelquefois. Ces glandes sont situées dans le tissu cellulaire sous-conjonctival et occupent, pour la plupart, non pas le cul-de-sac lui-même, mais l’espace compris entre le cul-de sac et le bord distal des tarses. Histologiquement, elles présentent la même structure que la glande lacrymale (p. 397) et, en fait, les
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glandes acineuses de Ivrause, comme aussi celles de Ciaccio, ne sont que des glandes lacrymales accessoires. Tout autour d’elles se voit un riche réseau vasculaire et quelques filets nerveux.
b. Glandes de Woifring ou de Ciaccio. — Ces glandes, au nombre de 2 à 5 pour la paupière supérieure, de 1 à 3 pour la paupière inférieure, se trouvent situées au voisinage du bord orbitaire des tarses ou même dans l’épaisseur de ces lames fibreuses, tout à côté des extrémités distales des glandes de Meibomius. Wolfring en a même rencontré au-devant des tarses. Quelle que soit leur situation, qu’elles soient prétarsiennes ou intratarsiennes, leur canal excréteur, on le conçoit, doit nécessairement, pour se rendre à la conjonctive, traverser le tarse d’avant en arrière. Au point de vue structural, les glandes de la région tarsienne ne diffèrent pas de celles de la région du cul-de-sac.
karmans'/*/ ,
Fi^. 508.
Une soucie acineuse de la conjonctive au niveau du cul-de-sac supérieur (d après Terson).
2° Glandes tubuleuses. — Indépendamment des glandes acineuses que nous venons de décrire, Hknle a encore signalé, dans la portion de la conjonctive comprise entre le bord orbitaire des tarses et le cul-de-sac, des glandes tubuleuses (j glandes de Hente), lesquelles viendraient s’ouvrir dans le fond des sillons transversaux que présente cette portion de la muqueuse (p. 579).
ANNEXES DE L’OEIL
Mais si les histologistes sont d’accord pour admettre les glandes de Krause, il n’en est pas de même au sujet des glandes de Henle : tandis que certains d’entre eux, notamment Ciaccio et Reich, les décrivent avec force détails, d’autres, parmi lesquels je citerai YValdeyer et Terson, les rejettent complètement en tant qu’organes glandulaires et les considèrent comme de simples cellules de l’épithélium conjonctival amassées dans les sillons précités.
Z.aluskowski (1887), adoptant une opinion mixte, décrit à la fois des amas épithéliaux et des glandes tubuleuses. Il admet, en outre, que ces deux formations, ayant la même origine, peuvent se substituer l’une à l’autre dans une certaine mesure. Pour lui, ces glandes appartiennent à la classe des glandes muqueuses : elles renferment même, dans leur épithélium sécréteur, un certain nombre de cellules caliciformes.
3° Glandes utriculaires ou glandes de Manz. — Quant aux glandes utriculaires de Manz, que cet auteur a signalées chez les animaux tout près de la circonférence de la cornée et qui ont été retrouvées, chez l’homme, par Stromeyer, par Kleinshmidt, par Henle, par Ciaccio et plus récemment par Théodoroff (1895), elles ne sont encore, pour Waldeyer, que de simples paquets de cellules épithéliales, qui se sont amassées dans l’une des rainures que présente la conjonctive au voisinage du limbe. Chiari (1903), de son côté, estime que les cavités utriculaires en question ne sont que des productions artificielles, dues à la rétraction par places de la conjonctive au moment où on enlève cette membrane pour en faire l’étude.
Glande de Harder. — La plupart des vertébrés possèdent, dans l’angle interne de l’œil, une glande spéciale, connue sous le nom de glande de Harder , du nom de l’anatomiste suisse qui l’a découverte en 1693. Cette glande présente tous les caractères des glandes en grappe et vient s'ouvrir au-dessous de la membrane clignotante. Elle manque chez les poissons, mais elle est généralement bien différenciée à partir des amphibiens anoures jusqu’aux primates.
Du reste, quel que soit le groupe zoologique où on la considère, la glande de Harder est intimement liée, quant à son développement, à la membrane clignotante : toute petite chez les animaux qui n’ont qu’une membrane clignotante rudimentaire, elle acquiert des proportions considérables chez ceux où cette dernière membrane est bien développée. C est ainsi que, chez les oiseaux, la glande de Harder l’emporte de volume sur la glande lacrymale elle-même.
Au point de vue de sa valeur morphologique, la glande de Harder diilère de la glande lacrymale: tandis que cette dernière sécrète un liquide très pauvre en matières organiques, le produit de sécrétion de la glande de Harder est une matière plus ou moins épaisse. La première de ces glandes est une glande séreuse ; la seconde appartient à la classe des glandes muqueuses. On admet généralement que la glande de Harder fait complètement défaut chez l’homme et chez
Fig. 509.
Coupe transversale de la portion sus-tarsale de la conjonctive d’un homme adulte (d après Reich).
i et 2, couche superficielle et profonde de l’épithélium. — 3, derme muqueux avec infiltration lymphoïde. — 4, une glande tubuleuse, avec \tr ois prolongements plus ou moins cylindriques. — 5, son canal excréteur. — 6, 6, autres glandes tubuleuses coupées transversalement ou obliquement.
ORGANES DES SENS
tes singes. Giacomini, cependant, en a rencontré des vestiges sur un certain nombre de Nègres de l'Afrique centrale.
D. — Vaisseaux et nerfs de la conjonctive
1° Artères. — La circulation artérielle de la conjonctive est assez complexe et doit être étudiée sur chacune de ses portions :
a. Portion palpébrale . — Les artères de la conjonctive palpébrale ont été longuement décrites à propos de celles des paupières (p. 573). Nous n’y reviendrons pas ici. Nous nous contenterons de rappeler qu’elles proviennent principalement des palpébrales et, accessoirement, des nombreuses branches qui avoisinent le rebord de l’orbite : la lacrymale, la sus-orbitaire, la nasale, la sous-orbitaire et la temporale superficielle et la transversale de la face.
b. Portion du cul-de-sac et portion bulbaire. — La conjonctive du cul-de-sac et la plus grande partie de la conjonctive bulbaire reçoivent leur sang des* mêmes sources. De la région du cul-de-sac, on voit partir un grand nombre de rameaux, qui
i se dirigent en sens radiaire
Fig. 510.
Schéma représentant la circulation de la conjonctive bulbaire.
1, cornée. — 2, sclérotique. — 3, conjonctive bulbaire, avec 3’, son cul-de-sac. — 4, capsule de Tenon. — 5, espace supra-sclé rotical. — 6, tissu cellulaire-sousconjonctival. — 7, artère conjonctivale postérieure, irriguant la plus grande partie de la conjonctive bulbaire. — 8, grand cercle artériel de l’iris.
— 9, une artère ciliaire antérieure. — 10, une collatérale de ce dernier vaisseau destiné à 11 , territoire ciliaire de la conjonctive. — xx, limite des deux territoires vascula ires de la conjonctive.
CA
vers le pourtour de la cornée :
ce sont les artères conjonctivales postérieures de certains auteurs. Irrégulières et flexueuses, elles se divisentet s’anastomosent au cours de leur trajet et s’arrêtent à 3 ou 4 millimètres en dehors de la circonférence de la cornée.
Le mode de distribution des artères conjonctivales estassez uniforme. Elles forment tout d’abord, dans le tissu cellulaire sousconjonctival, un premier réseau à mailles larges et irrégulières. De ce réseau, réseau sous-conjonctival, se détachent une multitude de ramuscules ascendants, qui pénètrent dans l’épaisseur du chorion et y forment un deuxième réseau, réseau terminal, à mailles excessivement ténues. C’est de ce réseau terminal que se détachent, pour les portions de la muqueuse munies de papilles, les anses vasculaires destinées à ces éminences dermiques.
c. Portion péricornéenne . — Nous venons de voir tout à l’heure que les artères conjonctivales postérieures n’arrivaient pas jusqu’à la circonférence de la cornée, mais s’arrêtaient à une certaine distance de cette circonférence. Il existe là, au niveau du limbe, une petite zone circulaire, de 3 ou 4 millimètres de largeur, qui est respectée par elles : cette zone est irriguée par les ciliaires antérieures.
Les artères ciliaires antérieures proviennent, comme on le sait (voy. Angéiologie), des artères musculaires destinées aux quatre muscles droits. On compte d’ordinaire deux artères ciliaires pour chacun des muscles droit supérieur, droit inférieur et droit interne, une seulement pour le droit externe. Ces artères se séparent des musculaires au niveau des tendons des muscles précités et se portent en-
Fig. 510.
ANNEXES DE L’OEIL
suite vers la cornée, en suivant la même direction que les artères conjonctivales postérieures (fig. 51 0,9) . Elles sont, toutefois, plus profondément situées que ces dernières et cheminent directement sur la face externe de la sclérotique. Arrivées à 1 ou 2 millimètres de la ligne de soudure scléro-cornéenne, les artères ciliaires perforent la sclérotique et viennent se jeter dans le grand cercle artériel de l’iris, qu’elles contribuent ainsi à former. Mais, au moment de disparaître dans l’épaisseur de la sclérotique, elles envoient vers la conjonctive un certain nombre de branches, auxquelles on pourrait donner le nom d 'artères conjonctivales antérieures. Ces artères, suivant à partir de leur origine un trajet récurrent, se portent en arrière à la rencontre des artères conjonctivales postérieures, avec lesquelles elles s’anastomosent par quelques-uns de leurs rameaux. Le plus grand nombre d’entre eux se ramifient et s’épuisent dans l’anneau conjonctival, qui est placé immédiatement en dehors de la circonférence de la cornée.
d. Résumé. — En résumé, la conjonctive possède deux territoires vasculaires (fig. 510) :
1° Un grand territoire, qui comprend à la fois sa portion palpébrale, son cul-desac et la plus grande partie de sa portion bulbaire. Ce territoire est alimenté par les différentes artères qui se distribuent aux paupières : nous l’appellerons le territoire palpébral ;
2° Un territoire plus petit, qui répond à la circonférence de la cornée et qui comprend la portion de la conjonctive située en dehors de cette circonférence, dans une hauteur de 3 ou 4 millimètres : c’est le territoire ciliaire. Il est alimenté, en effet, par les artères ciliaires antérieures et, s’il n’a que des relations indirectes avec les paupières, il est, par contre, étroitement lié au muscle ciliaire et à l’iris, dans lesquels se terminent les artères ciliaires antérieures.
Quoique reliés à leurs confins par des anastomoses, les deux territoires précités conservent dans les processus pathologiques une certaine indépendance. C’est ainsi que les régions de la conjonctive qui appartiennent au territoire palpébral sont influencées par les affections des paupières et que, d’autre part, le réseau péricornéen ou périkératique, qui est peu visible dans les conditions ordinaires, s’injecte presque toujours dans les affections inflammatoires de la cornée et de l’iris, revêtant alors l’aspect d’une bandelette rosée ( cercle périkératique) qui se dispose tout autour de la cornée transparente.
2° Veines. — Les veines des paupières se répartissent, comme les artères, en deux territoires : territoire palpébral et territoire ciliaire.
a) Dans le territoire palpébral de la conjonctive, c’est-à-dire sur la conjonctive palpébrale, sur la conjonctive du cul de-sac et sur la partie postérieure de la conjonctive bulbaire, chaque branche artérielle est accompagnée d’une ou de deux branches veineuses, qui vont se jeter, en partie dans les troncs veineux tributaires de l’ophthalmique, en partie dans les veines des paupières et de là dans la faciale et la temporale superficielle.
p) Quant aux veines issues du territoire ciliaire, elles viennent s’ouvrir dans les veines ciliaires antérieures et aboutissent finalement, par l’intermédiaire de ces dernières, à la veine ophthalmique.
3° Lymphatiques. — Les lymphatiques de la conjonctive, injectées par Teichmann et par Sappey, forment dans toute l’étendue de la muqueuse un double réseau : un réseau superficiel, qui est placé immédiatement au-dessous des capillaires sanguins ; un réseau profond, qui occupe le tissu conjonctif sous-muqueux et se
ORGANES DES SENS
trouve relié au précédent par de nombreuses anastomoses à direction verticale ou oblique. Ces vaisseaux lymphatiques se dirigent les uns vers l’angle interne, les autres vers l’angle externe de l’œil. Là, ils se mêlent aux lymphatiques des paupières et aboutissent finalement, ceux de l’angle externe aux ganglions parotidiens, ceux de l’angle interne aux ganglions sous-maxillaires.
Le réseau lymphatique du limbe conjonctival est formé par des capillaires à la
fois plus ténus et plus serrés que ceux que l’on observe sur les autres régions de la conjonctive. Ils sont, en outre, en relation directe avec les lacunes et les canaux interstitiels de la cornée, comme le montre la figure ci -contre, quej’emprunte à Waldeyer. On les voit, en effet, se remplir avec la plus grande facilité ( Recklinghausen, Leber, Waldeyer) à la suite d’injections poussées dans le tissu propre de cette dernière membrane. A la périphérie du territoire ciliaire, les lymphatiques de cette région se confondent avec les lymphatiques de la conjonctive bulbaire et présentent le même mode de terminaison que ces derniers.
Vaisseaux lymphatiques de la conjonctive sclérale et cornéenne, injectés parla cornée (d’après Waldeyer).
A, cornée. — B, sclérotique. — xx , ligne qui limite approximativement la sclérotique et la cornée. — 1,1, espaces lacunaires de la cornée, remplis par l’injection. — 2, vaisseaux lymphatiques. — 3, lacunes unies entre elles d'abord, puis à l’origine d'un vaisseau lymphatique par un prolongement.
4° Nerfs. — Les rameaux nerveux sensitifs destinés à la conjonctive proviennent de plusieurs sources : en dehors, du nerf lacrymal; en dedans, du nerf nasal externe ; pour la partie centrale ou cornéenne de la conjonctive bulbaire, des nerfs ciliaires. Ces derniers nous sont déjà connus : ils ont été décrits à propos de la cornée (p. 452). Les rameaux conjonctivaux issus du lacrymal et du nasal externe se terminent en partie dans le derme , en partie dans f épiderme :
A. Terminaisons intra-drrmiques. — Les filets nerveux, après s’être plus ou moins ramifiés dans le derme, s’y terminent suivant cinq modalités : 1° par des extrémités libres ; 2° par les corpuscules de Krause ; 5° par des touffes nerveuses ; 4° par des plexus ; 5° par des bandelettes. On a signalé encore dans la conjonctive un certain nombre de corpuscules de Pacini et de corpuscules de Meissner, qui ne présentent ici rien de particulier.
a. Terminaisons par extrémités libres. — On les observe dans les papilles ou en plein chorion muqueux {nerfs sensitifs), sur les vaisseau n [nerfs vasculaires) et sur les glandes ( nerfs glandulaires). Pensa a décrit tout autour des glandes de Krause un riche réseau nerveux, dont les fibrilles ultimes, minces et variqueuses, venaient se terminer entre les cellules glandulaires.
ANNEXES DE L’OEIL
b. Terminaisons par corpuscules de Krause. — Découverts en 1858 par W. Krause et décrits à nouveau à une époque plus récente par Ciaccio, par Longworth, par Poncet et par Suchard. les corpuscules nerveux de la conjonctive (. Endkolben de W. Krause) sont situés dans les couches superficielles du derme muqueux et se présentent à l’œil sous la forme de petites masses sphériques, ovoïdes ou piriformes (fig. 512). On les rencontre sur plusieurs points de la conjonctive: mais les recherches de Ciaccio, confirmées par celles de Poncet, établissent qu’ils se développent de préférence à la partie supéro-externe de la muqueuse sur le territoire du nerf lacrymal On en compte, en moyenne, o ou6 par 40 millimètres carrés de surface (Poncet, Longworth, Waldeyer). Les plus petits mesurent de 25 à 30 p- ; les plus grands présentent 50 p. de hauteur sur 60 p de largeur.
Comme les corpuscules de Meissner, les corpuscules de Krause sont en relation chacun avec une ou deux fibres nerveuses, fibres afferentes du corpuscule , qui l’abordent par 1 un de ses pôles, s’enroulent plus ou moins autour de sa surface extérieure et, finalement, le pénètrent.
Envisagés au point de vue de leur structure intime, les corpuscules nerveux de la conjonctive de l’homme se composent d’une enveloppe conjonctive, parsemée de noyaux et renfermant à son centre des amas de cellules, qui ont vraisemblablement la même valeur morphologique que les cellules interstitielles ou cellules tactiles des corpuscules de Meissner.
Quant à la fibre nerveuse elle-même, elle se dépouille de sa myéline en pénétrant dans le corpuscule (voy. p. 321). Puis, elle se divise en un certain nombre de fibrilles, qui viennent se terminer entre les cellules précitées par de petits renflements arrondis ou ovalaires. Ces fibrilles terminales sont au nombre de deux ou trois seulement dans les petits corpuscules en voie de développement. Dans les corpuscules volumineux, elles forment de riches arborisations, qui parfois sont embrouillées au point de figurer un véritable lacis (Suchard). Mais, quels que soient leur nombre et leur degré de complexité, ces fibres nerveuses se terminent toujours, comme dans les corpuscules à forme simple, par des renflements en bouton qui occupent les interstices des cellules tactiles.
c. Terminaisons par touffes neroeuses. — Ce mode de terminaison en touffes ( flocchetï ) a été décrit d’abord parCiAccio, puis tout récemment (1903; par Chevatin. Voici en quoi il consiste : une fibre à myéline perd brusquement sa myéline et, aussitôt, se résout par voie de divisions et de subdivisions successives, en un pinceau ou un bouquet de fines fibrilles variqueuses, dont l’ensemble constitue la touffe. Ces touffes, dont nous figurons ici un spécimen (fig. 513, A), sont très variables, les unes étant ovoïdes, les autres manifestement allongées et comme eylindroïdes, mais leur nature est toujours la même. C’est un paquet de fibrilles plus ou moins entrecroisées, se distinguant nettement des corpuscules de Krause en ce qu'il ne présente ni tunique ni substance granuleuse.
Fiy. 512.
Corpuscules nerveux de la conjonctive d’après A. Key et Ketziijs).
1, enveloppe du corpuscule, avec 1’, son noyau. - 2, éléments cellulairesdu corpuscule. — 3, nerf afférent. — 4, périnèvre, avec 4’, ses noyaux. — 5, un étranglemeut annulaire. — 6, terminaisons nerveuses dans le corpuscule.
ORGANES DES SENS
d. Terminaisons par réseaux. — Çà et là dans le chorion de la conjonctive, on voit des fibres nerveuses dépouillées de leur myéline se diviser et se subdiviser sur place de façon à former un élégant réseau (fig. 513, G). Ces réseaux sont extrêmement variables dans leur forme et leurs dimensions, mais ils présentent tous ce caractère générique que les fibrilles qui les constituent sont très variqueuses, irrégulièrement contournées sur elles-mêmes et se terminent librement.
e. Terminaisons par bandelettes. — Crevatin désigne sous ce nom ( striscelle nervose) une sorte de ruban (fig. 513, B) résultant de
amyélinique. Ces bandelettes terminales sont, suivant les cas, droites ou plus ou moins infléchies, quelquefois nettement onduleuses. D’autre part, elles sont de largeur très inébords , au lieu
l’élargissement d’une fibre nerveuse
gale et leurs
d’être rectilignes
sont comme pointes
triangu-
hérissés de laires.
B. Terminaisons intra-épithéliales. — Les filets nerveux de la conjonctive ne se cantonnent pas dans le chorion, mais s’étendent jusqu’au revêtement épithélial.
Arrivées dans les couches les plus superficielles du chorion, les fibres nerveuses perdent leur myéline et forment un premier plexus, le plexus sous- épithélial y d’où s’échappent des fibrilles très fines. De ces fibrilles, les unes se distribuent vraisemblablement à la partie voisine du derme, notamment aux papilles; les autres, franchissant la membrane basale, viennent se terminer dans la couche épithéliale, où ils forment un deuxième plexus, le plexus inter épithélial.
Les fibrilles interépithéliales se terminent probablement ici, comme dans l’épiderme, par de petits renflements en forme de boutons, qui se rapprochent plus ou moins de la surface libre de la muqueuse. On rencontre même, entre les cellules épithéliales de la conjonctive, des corpuscules étoilés (Poncet), qui rappellent par leur aspect les cellules intra-épidermiques de Langherans et qui ont certainement la même signification : ce ne sont pas des cellules nerveuses, comme on l’a cru longtemps, mais de simples cellules de la lymphe qui ont émigré dans l’épithélium en traversant la membrane basale.
Fig. 513.
Terminaisons nerveuses dans le chorion de la conjonctive (d’après Crevatin).
A, terminaison en touffe. — B, terminaison par bandelette. — C, terminaison en plexus.
A consulter, au sujet de la conjonctive : Krause (W.), Ueber die Drüsen der Conjunctiva, Zeitschr. f. rat. Medic., 1854; — Kleinschmidt Ueber die Drüsen der Conjunctiva, Arch. f. Ophthalm., 1868 ; — Waldeyer, ln Græfe-Sœmisch-Handbuck ; — Wolfring, Untersucli. über die Drüsen der Bindehaut des Auges, Med. Centralbl., 1872; — - Du même, Contribution à l’étude des glandes du cartilage des paupières, Westnik ophthalmogii, 1885; — Ciaccio, Osservazioni intorno alla struttura délia conjunctiva umana , Bologne, 1874: — Reich, Zur Histologie der Conjunctiva des Mens -
ANNEXES DE L’OEIL
chéri, Arch. f. Ophthalm., 1875 ; — Poncet, Rech. critiques et histologiques sur Les terminaisons des nerfs dans la conjonctive, Arch. de physiol., 1875; — Longworth, lieber die Endkolben der Conjunctiva. Arch. f. mikrosk. Anat., 1875; — Tartuferi, Sulle forme cellulari che compongono l'epitelio delle porzione larsea délia congiuntiva umana. Giorn. internat, dellè Sc. med., 1879; — Suchaad, Rech. sur la structure des corpuscules nerveux terminaux de la conjonctive, Arch. de Physiol., 1884 ; — Probsting, Ein Reitrag zur feineren Anatomie des Lüles u. der Conjunctiva des Menschen u. des Affen, Zeilschr. f. vergleich. Augenheilk, IV, 1886; — Zaluskowsky, Bemerk. über den Bau der Bindehaut. Arch. f. mikrosk. Anat., 1887; — Stieda, Ueber die Caruncula lacrymalis der Menschen, Arch. f. mikr. Anat., 1890; — Dogiel, Die Nervenendlcürperchen in der Cornea und Conjunctiva bulbi des Menschen, Arch. f. mikrosk. Anat., XXXVII, 1891 ; — Teuson, Les glandes lacrymales conjonctivales et orbito-palpébrales, Th. Paris, 1892; — Bajadi, Examen microsc. de la circulation dans les vaisseaux de la conjonctive humaine , Ann. di ottalmologia, 1893; — Leedham Green, Ueber die Bedeutung der Becherzellen d. Conjunctiva , Diss. Heidelberg, 1894; — Theodoroff. Ueber die Balgdrüsen ( sogen . Manz'schen in der normalen Conjunctiva des Menschen, C. für Augenheilkund., Jg. 19, 1895; — Villard, Considérations sur l' histologie normale de la conjonctive, in Thèse de l’auteur, Montpellier, 1896; — Pensa, Ricerche anat. sui nervi délia congiuntiva palpébrale in alcuni mammiferi, Gazz. med. lomb., 1897; — Pfitzner, Bas Epithel der Conjunctiva, Zeitschr. Biol., 1897 ; — Pergens, Les dépôts pigmentaires dans la conjonctive des nègres, Ann. d’ocul., 1898; — Fumagalli. Sulla fina anatomia délia terza palpebra, Boll. di Oculist., 1899 ; — Hocevar, Zur Topographie der Thranendruse u. tubulo-acinôser Drüsen der Augenlider des Menschen, Wien. med. Woch., 1900; — Crevatin, Sulle terminazioni nervose délia congiuntiva, Boll. d. Sc. med., 1901; — Chiari. Archivio di Ottalmologia, 1903 ; — Coppez, Étude sur la pigmentation de la conjonctive, Bull. Acad. méd. Belgique, 1905; — Fischer, Ueb. Pigments in d. menschl. Conjonctiva, Anat. Ges. Genf 1905; — Enslin, Die Histol. d. Caroncula lacrymalis d. Menschen, Arch. Augenheilk, Bd. LI, 1905; — Most, Ueb. d. Lymphgefaesse u. d. regionàre Lymphdrüsen d. Bindehaut u. d. Lider des Auges, Arch. Anat. u. Physiol., 1905; — Steiner, Les taches pigmentaires de la conjonctive, Ann. Ocul., 1907 ; — Lieto-Volaro, Sulla disposition del leszuto elastico nella congiuntiva bulbare, etc.. Ann. Ottalmol., 1907 ; — Contino. Ueb. d. Entwick. d. Karunkel u. d. Plica semilunaris beim Menschen, Arch. f. Ophthalmol., 1909.
§ Y. — Appareil lacrymal
La conjonctive, que nous venons de décrire, est constamment lubréfiée chez l’homme par les larmes, liquide aqueux qui se répand à sa surface et semble avoir pour fonctions : 1° de favoriser le glissement l’un sur l’autre de deux organes en contact, les paupières et le globe de l’œil ;
2° de prévenir les conséquences de l’évaporation qui s’exerce sur la partie du globe oculaire exposée à l’air et d’assurer ainsi une réplétion toujours égale de la chambre antérieure et des espaces lymphatiques de la cornée.
Cette double fonction est naturellement remplie, chez les animaux qui vivent dans l’eau, par le liquide ambiant. Aussi voyonsnous l’appareil producteur des larmes faire complètement défaut chez les poissons.
Son apparition au cours du développement phjdogénique est la conséquence de l’abandon, par les animaux, à des milieux liquides et de leur passage à la vie aérienne. C’est ainsi qu’il commence à se montrer chez certains batraciens (urodèles) et qu’il persiste ensuite, à des degrés de développement divers, chez les reptiles, chez les oiseaux et chez les mammifères.
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
Vue d'ensemble de l’appareil lacrymal.
1, 1’, glande lacrymale (portion orbitaire et portion palpébrale). — 2,2, ses canaux excréteurs. — 3, face antérieure de l’œil, recouverte par la conjonctive. — 4, lac lacrymal. — 5, points lacrymaux. — 6, conduits lacrymaux. — 7, sac lacrymal. — 8, canal nasal, avec 8’, son ouverture dans les fosses nasales.
ORGANES DES SENS
Considéré dans la série, l’appareil sécréteur des larmes comprend deux glandes distinctes : 1° une glande externe, qui se développe sur le côté externe de l’œil et qui constitue la glande lacrymale proprement dite; 2° une glande interne, qui est intimement liée à la membrane clignotante et qui n’est autre que la glande de Harder. La glande de Harder, ainsi que nous l’avons déjà vu (p. 587), a disparu chez l’homme et chez les singes et, dans ces deux groupes zoologiques, la production des larmes est exclusivement dévolue à la glande lacrymale proprement dite.
Chez l’homme, par conséquent, l’appareil lacrymal se compose :
1° D’un organe producteur unique, la glande lacrymale, qui sécrète les larmes et les déverse sur la conjonctive ;
2° D’un ensemble de conduits, les voies lacrymales proprement dites , qui recueillent les larmes sur cette dernière membrane et les transportent jusque dans les fosses nasales.
A. — Glande lacrymale
La glande lacrymale (fig. 514, 1 et 1') est une glande en grappe, ayant pour fonction de sécréter les larmes et de les déverser à la surface de la conjonctive.
1° Conformation extérieure et rapports. — Située à la partie supérieure, antérieure et externe de l’orbite, la glande lacrymale se divise, chez l’homme, en deux
portions : une portion principale ou orbitaire et une portion accessoire ou palpébrale .
Les deux portions sont séparées l’une de l’autre par le muscle releveur de la paupière supérieure et par une expansion fibreuse qui, du bord externe de ce muscle et de son tendon, se rend au côté externe du rebord orbitaire : elle se fixe là (fig. 515, 8 et 8;), en partie sur ce rebord, en partie à la face profonde de la peau qui recouvre la commissure externe des paupières.
A. Portion orbitaire. — La portion orbitaire de la glande lacrymale ( glande innommée de Galien) est logée dans cette fossette que présente l’orbite au niveau de la partie supéroexterne de sa base, et que nous avons déjà décrite (voy. Ostéologie) sous le nom de fossette lacrymale. Elle est entourée sur tout son pourtour d’une mince lame de tissu conjonctivo-élastique, que certains auteurs désignent sous le nom, un peu prétentieux assurément, de capsule propre.
Fig. 545.
Les deux portions de la glande lacrymale, vues en avant, après dissection de la paupière (œil droit).
1. portion orbitaire de la glande lacrymale.— 2, sa portion palpébrale. — 3, peau doublée du muscle orbiculaire. — 4, septum orbitale. — 5, tarse supérieur. — 6, conjonctive. - 7, tendon du releveur. — 8, expansion latérale de ce tendon, séparant les deux portions de la glande lacrymale. — 8’ , attaches latérales de cette expansion sur le rebord orbitaire et à la face profonde des téguments. — 9, rebord de l’orbite. — 10, paquet graisseux. — 11, angle interne de l’œil.
ANNEXES DE L’OEIL
a. Forme et rapports. — Aplatie de haut en bas, allongée dans le sens transversal, la portion orbitaire de la glande lacrymale affecte la forme d’une amande, dont le grand diamètre se dirigerait obliquement en dehors et en bas. Elle nous présente ainsi : 1° deux faces, l’une supéro-externe, l’autre inféro-interne ; 2° deux bords, que l’on distingue en antérieur et postérieur; 3° deux extrémités, l’une interne, l’autre externe. — La face supéro-externe , convexe, répond à la voûte orbitaire ou, plus exactement, au périoste, auquel elle est reliée par un certain nombre de travées conjonctives, généralement peu résistantes. — La face inféro-interne, légèrement concave, repose à la fois sur le releveur de la paupière supérieure, sur l’expansion latérale de ce muscle et sur le droit externe. — Le bord antérieur , mince et tranchant, se dirige parallèlement à l’arcade orbitaire et arrive au contact du ligament large des paupières ou septum orbitale. — Le bord postérieur , un peu plus épais que l’antérieur, répond au tissu cellulo-graisseux de l’orbite. Il s’étend ordinairement, en arrière, jusqu’au plan frontal passant par le pôle postérieur de l’œil. Exceptionnellement (3 fois sur 12 sujets, Laffay, Th. Bordeaux, 1896), la glande se prolonge sous forme de traînées glandulaires jusqu’au voisinage du sommet de l’orbite. Le bord postérieur de la glande lacrj^male reçoit l’artère lacrymale et le nerf de même nom. — Les deux extrémités, plus ou moins arrondies, reposent, l’interne sur le releveur de la paupière supérieure, l’externe sur le muscle droit externe. Cette dernière descend d’ordinaire jusqu’à la suture fronto-malaire, mais sans la dépasser.
b. Dimensions. — Envisagée au point de vue de ses dimensions, la portion orbitaire de la glande lacrymale présente des variations individuelles très étendues. Merkel donne, à ce sujet, les chiffres suivants :
Longueur (diamètre transversal) 20 millimètres
Largeur (diamètre antéro-postérieur) 12 —
Epaisseur (diamètre vertical) 5 —
Ce ne sont là, bien entendu, que des moyennes, et il n’est pas rare de rencontrer, en dehors de tout état pathologique, pour la largeur comme pour la longueur, 3 ou 4 millimètres en plus ou en moins.
B. Portion palpébrale. — Située au-dessous de la portion orbitaire, la portion palpébrale de la glande lacrymale (glande accessoire de Rosenmüller) occupe la partie externe de la paupière supérieure (fig. 515,2). Elle est constituée par un amas de petits lobules, dont le nombre varie, d’après Sappey, de quinze à quarante.
a. Formes et rapports. — Considérée dans son ensemble, elle est aplatie de haut en bas et, d’autre part, aune forme irrégulièrement quadrilatère. — Sa face supérieure est en rapport avec le tendon du releveur et avec l’expansion fibreuse, ci-dessus indiquée, qui la sépare de la portion orbitaire. — Sa face inférieure répond, en partie au tissu cellulo-adipeux de l’orbite, en partie à la conjonctive. — Son bord postérieur, contournant l’expansion fibreuse qui la sépare de la portion orbitaire de la glande lacrymale, se confond en partie avec cette dernière portion. — Son bord antérieur, parallèle au bord supérieur du tarse, repose sur le cul-de-sac oculo-conjonctival, auquel l’unissent intimement les canaux excréteurs de la glande. — Son extrémité interne s’arrête ordinairement au même niveau que l’extrémité interne de la portion orbitaire. — Quant à son extrémité externe , elle s’étend jusqu’à la commissure des paupières et empiète même parfois, par un ou deux de ses lobules, sur la paupière, inférieure.
b. Dimensions. — Au point de vue de son développement, la portion palpébrale
ORGANES DES SENS
de la glande lacrymale est de beaucoup moins importante que la portion orbitaire : son volume représente à peine la moitié de celui de cette dernière.
2 Canaux excréteurs. — Les canaux excréteurs de la glande lacrymale ont été minutieusement étudiés en 1843 par Gosselin, en 1853 par Sappey, et en 1859 par Tillaux.
Sappey les divise en canaux principaux et canaux accessoires. Les canaux principaux (fig. 516,9), au nombre de trois à cinq, proviennent de la portion orbitaire de la glande et émergent soit de sa face inférieure, soit de son bord antérieur. De là, ils se dirigent obliquement en bas et en avant, traversent la portion palpébrale et reçoivent latéralement les canaux excréteurs de cette dernière portion. Seuls les
Fig. 516.
Les deux portions de la glande lacrymale et leurs canaux excréteurs, vus en arrière (œil droit).
La conjonctive oculaire a été disséquée et érignée en haut pour montrer le cul-de-sac oculo-conjonctival, tout particulièrement la partie supéro-externe de ce cul-de-sac où s’ouvrent les conduits excréteurs de la glande lacrymale.
1, bord libre de la paupière supérieure, avec les orifices des glandes de Meibomius. — -2, bord libre de la paupière inférieure. — 3, 3’ tendon direct et tendon réfléchi de l’orbiculaire. — 4, ligament externe des tarses. — 5, les glandes de Meibomius, mises à découvert. — 6, les mêmes glandes, vues à travers la Conjonctive palpébrale. — 7, portion orbitaire de la glande lacrymale. — 8, sa portion palpébrale. — 9, canaux excréteurs. — 10, orifices de ces canaux excréteurs dans le cul-de-sac conjonctival. — 11, conjonctive.
canaux qui émanent des régions extrêmes de la glande palpébrale conservent leur indépendance et restent isolés : ce sont les canaux accessoires. Leur nombre varie de deux à cinq.
La description donnée par Gosselin ne diffère que légèrement de celle de Sappey. D’après Gosselin, deux conduits seulement naîtraient de la portion orbitaire, six à huit proviendraient de la portion palpébrale et ces deux sortes de conduits (c’est là le point qui sépare les deux anatomistes) resteraient indépendants dans tout leur parcours.
Tillaux, dans ses propres recherches, a rencontré les deux dispositions que nous venons de décrire, mais dans une proportion fort inégale : sur quinze sujets examinés, il a observé treize fois celle qui a été signalée par Gosselin, deux fois seulement celle qui est considérée comme normale par Sappey.
Quoi qu’il en soit, que les canaux excréteurs de la glande palpébrale restent
ANNEXES DE L’OEIL
indépendants ou se jettent en partie dans les canaux issus de la glande orbitaire, il existe chez l’homme de six à dix canaux chargés de déverser à la surface de la conjonctive le liquide sécrété par les deux portions de la glande lacrymale. Ces canaux, larges chacun de trois ou quatre dixièmes de millimètre, ont une forme cylindrique et un trajet sensiblement rectiligne. Ils cheminent parallèlement les uns aux autres et viennent s’ouvrir, par des orifices distincts et plus ou moins rapprochés, dans la partie supérieure et externe du cul-de-sac oculo-conjonctival. L’ensemble de ces orifices se dispose toujours suivant une rangée régulière, qui a la forme d’une courbe à concavité dirigée en bas et en dedans (fig. 516,10). Du reste, elle est à peu près parallèle au bord supérieur du tarse et n’est séparée de ce bord que par un intervalle de 4 ou 5 millimètres.
3° Structure de la glande lacrymale. — Envisagée au point de vue de sa structure, la glande lacrymale, comme nous l’avons dit plus haut, appartient à la classe des glandes en grappe. Nous examinerons séparément la glande proprement dite et ses canaux excréteurs :
A. Structure de la glande proprement dite. — La glande lacrymale est une glande en grappe, présentant la plus grande analogie avec les glandes salivaires et tout particulièrement avec la parotide. Comme cette dernière, elle se décompose en lobes, les lobes en lobules et ceux-ci en acini. Les acini sont constitués par une membrane propre, tapissée sur sa face interne par deux ordres de cellules, des cellules basales et des cellules sécrétantes.
a. Membrane propre. — La membrane propre ou basale est une membrane mince, amorphe, circonscrivant l’acinus sur tout son pourtour. Sa face externe, convexe, répond au stroma conjonctif de la glande. Sur sa face interne se disposent les deux ordres de cellules que nous allons maintenant décrire.
b. Cellules basales. — Les cellules basales (cellules à panier de Boll) reposent directement, comme leur nom l’indique, sur la membrane propre ou basale. Ce sont des cellules basses, aplaties, présentant ce caractère particulier qu’elles ne sont pas en contact sur toute leur étendue, mais séparées les unes des autres par un espace plus ou moins considérable.
Leur forme est extrêmement variable (fig. 518) : les unes sont allongées et comme rubanées ; les autres sont ovalaires ou fusiformes avec, à chaque extrémité, des prolongements plus ou moins ramifiés ; on en voit de triangulaires, d’étoilées.
Mais, quelle que soit leur forme, leur constitution anatomique est toujours la même : autour d’un noyau volumineux, arrondi ou ovalaire, se dispose une masse protoplasmique manifestement striée en long, rappelant exactement les cellules musculaires des glandes sudoripares. En fait, les cellules basales sont des éléments contractiles, des éléments musculaires par conséquent, doublant à leur face profonde les cellules sécrétantes.
c. Cellules sécrétantes. — Les cellules sécrétantes, comme les cellules basales du
de
Fig. 547.
Un acinus
l’homme (d'après Zimmermann).
1, membrane propre. — 2, 2, cellules basales. — 3. cellules sécrétantes ordinaires. — 4. cellules sécrétantes spéciales, garnies de granulations. — o, lumière de l’acinus.
ORGANES DES SENS
reste, ont été bien décrites par Zimmermann, à qui j’emprunte les différents détails qui vont suivre. Tout d’abord, elles ont une forme pyramidale ou conique (fig. 517, 3) leur sommet arrondi répondant à la lumière de l’acinus, leur base reposant sur les cellules musculaires et, aussi, dans l’intervalle de celles-ci (car, comme nous l’avons
dit plus haut, elles ne se touchent pas), sur la membrane basale.
Chacune des cellules sécrétantes nous présente deux zones (fig. 517) : une zone externe ou basale, une zone interne ou centrale. — La zone basale est nettement striée en long, c’est-à-dire dans le sens de l’axe de la cellule. — La zone centrale diffère de la précédente en ce qu’elle est plus claire, non striée, formée par un protoplasma finement granuleux. Il existe, à sa partie moyenne, une partie arrondie, beaucoup plus claire que partout ailleurs, au centre de laquelle se voient deux petits corpuscules de couleur foncée en forme de bâtonnet ou d’haltère. Si nous examinons la figure 519, représentant des cellules en train d’expulser leur produit de sécrétion, nous voyons bien encore dans chacune d’elles les deux corpuscules en question ; mais, au lieu d’occuper comme tout à l’heure la partie moyenne de la zone centrale, ils se trouvent situés à sa partie interne, tout près de la lumière de l’acinus ; il est rationnel de penser que le produit de
sécrétion de la cellule s’est formé sur le côté interne des corpuscules et que c’est par le fait même de son expulsion que ceux-ci se sont rapprochés de la lumière de l’acinus.
Entre la zone basale et la zone centrale se place le noyau de la cellule. Gomme nous le montrent nette-
Fig. 518.
Glande lacrymale de l’homme :
les cellules basales, vues de face.
Sur le plan le plus superficiel existent quatre cellules basales avec leurs prolongements ramifiés ; au delà de ces cellules basales, sur un plan plus profond, se voient les grandes cellules sécrétantes avec leur novau et leur zone striée.
ment les figures 517 et 519,
il est arrondi où très légè-
rement allongé, un peu plus rapproché de la base de la cellule que de son sommet.
Sur certains points de l’acinus, principalement dans la région du fond, on rencontre une deuxième forme de cellules sécrétantes (fig. 517,4). Elles diffèrent des cellules sécrétantes ordinaires tout d’abord en ce qu’elles sont moins hautes, que leur noyau est aplati plutôt que sphérique et se trouve complètement refoulé dans la zone basale. Mais elles en diffèrent aussi et surtout par ce fait que leur protoplasma est comme farci de petites masses globuleuses qui ne sont bien certainement que des produits de sécrétion.
Ajoutons enfin qu’il existerait, d’après Nicolas, dans les acini de la glande lacrymale du chat, de véritables cellules caliciformes.
L’épithélium sécréteur de la glande lacrymale diffère sensiblement, comme l’a établi Reichel ( Arch . f. mikr. Anat ., 1880), sur la glande à l’état de repos et sur la glande fatiguée par une sécrétion prolongée. Dans le premier cas (fig. 520, A), les cellules sont plus transparentes, nettement séparées les unes des autres. Dans le second (fig. 520, B), elles sont plus petites, relativement sombres et fortement granu-
Fig. 519.
Glande lacrymale de l’homme (d’après Zimmermann).
1, membrane propre. — 2, cellules basales, à peine visibles. — 3, grandes cellules en voie d’expulsion de leur contenu 4 (à remarquer que des corpuscules noirs qui, dans la fig. 517 occupaient la partie moyenne de la zone centrale, se trouvent placés maintenant tout à côté de la lumière de l’acinus).
ANNEXES DE L’OEIL
leuses ; de plus, leurs limites respectives se sont en partie effacées et elles semblent maintenant, principalement du côté de leur base, plus ou moins confondues en une masse unique.
Les acini que nous venons de décrire, de même que les lobules et les lobes, sont unis les uns aux autres par des cloisons conjonctives (cloisons interacineuses , cloisons interlobulaires, cloisons interlobaires ), dont l’ensemble constitue le tissu interstitiel de la glande.
Il est essentiellement formé par des éléments du tissu conjonctif, auxquels viennent se mélanger de nombreuses fibres élastiques. Chaque acinus se trouve compris dans un réseau de fibres élastiques : B'umagàlli aurait même vu de très fines fibrilles élastiques pénétrer dans l’acinus lui-même et le traverser de part en part.
Le tissu interstitiel de la glande lacrymale s’hypertrophie avec les progrès de l’âge en même temps que les éléments sécréteurs de la glande subissent comme une sorte de régression : c’est ainsi que, chez les vieillards, les tubes glandulaires sont moins ramifiés et les cellules sécrétantes plus basses. Il est à remarquer que cette involution sénile de la glande lacrymale serait, d’après Kirschtein (1894), plus tardive chez la femme que chez l’homme.
Fig. 520.
Épithélium sécréteur de la giande lacrymale : A, à l’état de repos ; B, à l’état d’activité (d’après Reichel).
B. Structure des canaux excréteurs. — Les canaux excréteurs de la glande lacrymale nous présentent deux couches : une couche externe, de nature conjonctive ; une couche interne, épithéliale.
a. Couche externe. — La couche externe est formée par des fibres conjonctives de direction variable, les fibres internes étant longitudinales, les fibres externes affectent au contraire une direction circulaire.
b. Couche interne. — La couche externe est séparée de la précédente par une membrane basale fort mince, hyaline, se continuant, à l’origine du canal excréteur, avec la membrane basale de l’acinus. Elle se compose elle-même de deux rangées de cellules (fig. 521), ayant chacune sa signification morphologique propre : en dehors, tout contre la basale, se voient des cellules basses, à noyau aplati, de nature contractile : en dedans, entre les cellules précédentes et la lumière du
canal, se disposent des cellules de forme prismatique, d’autant plus hautes qu’on s’éloigne davantage de l’acinus. Axenfeld a décrit, dans la partie la plus interne de leur protoplasma, tout près de la lumière du canal par conséquent, quelques granulations graisseuses.
Fig. 521 .
Canal excréteur de la glande lacrymale de l’homme (d’après Zimmermann).
1, couche conjonctivo-élastique, avec 1’, ses noyaux. — ±, cellules de la couche profonde. — 3, cellules de la couche superficielle. — 4, une de ces cellules superficielles reposant, dans l’intervalle de deux cellules profondes, sur la membrane basale du conduit.
4° Vaisseaux et nerfs. — a. Artères. — Les artères de la glande lacrymale proviennent de l’artère de même nom (voy. Angéiologie). Elles cheminent entre les lobules de la glande, en se divisant en branches de plus en plus petites, et viennent former autour de chaque acinus un réseau capillaire à mailles très
ORGANES DES SENS
étroites, lâchement appliqué contre la face externe de la membrane propre.
b. Veines. — Les veines issues de la glande lacrymale se portent en arrière vers le fond de l’orbite et viennent se jeter dans l’ophthalmique, soit directement, soit après s’être préalablement réunies avec les veines des deux muscles droit supérieur et droit externe.
c. Lymphatiques. — Les lymphatiques de la glande lacrymale sont encore mal connus. Jusqu’ici, on n’a pu constater, soit à sa surface, soit dans son épaisseur, de canaux lymphatiques vrais. La lymphe circule ici, comme dans les glandes acineuses en général, dans un système de fentes qui entourent les acini ( espaces lymphatiques périacineux) et qui ont été parfaitement décrits par Boll et par Ranvier. Ces espaces sont revêtus par place de cellules endothéliales et ne diffèrent probablement pas, au point de vue de leur signification anatomique, de ceux que l’on observe en général entre les faisceaux du tissu conjonctif.
d. Nerfs. — Les nerfs destinés à la glande lacrymale émanent de la branche lacrymale de l’ophthalmique et suivent, dans la masse glandulaire, le trajet des vaisseaux et des canaux excréteurs. Ils sont constitués en majeure partie (F. Boll) par des fibres de Remak.
Leur mode de terminaison a été bien étudié dans ces derniers temps par Dogiel (1893), par Arnstein (1895) et, plus récemment, par Puglisi Allegra (1903) qui, dans ses recherches, a utilisé comparativement la méthode de Golgi, la méthode de l’or et le bleu de méthylène. Les filets nerveux sécréteurs, réduits par suite de leurs divisions successives à de simples fibres amyéliniques, forment tout autour des acini un riche réseau, le réseau périacineux ou réseau épilemmal cPArnstein. De ce réseau se détachent ensuite des fibrilles très fines et plus ou moins variqueuses. lesquelles traversent la membrane basale pour venir former dans la couche épithéliale un deuxième réseau, le réseau inlra-cellulaire ou réseau hypolemmal d1 Arnstein. Les fibrilles ultimes du réseau hypolemmal se terminent dans les intervalles des cellules épithéliales par des extrémités libres munies ou non de tout petits renflements.
5° Larmes. — L’humeur sécrétée par la glande lacrymale a reçu ]e nom de larmes. C’est un liquide clair, limpide, légèrement salé, à réaction alcaline. Sur un jeune sujet atteint de fistule lacrymale, Arlt ( Arch . fur Augenheilk., t. II, p. 137) a pu recueillir des larmes à l’état de pureté, c’est-à-dire débarrassées des autres produits de sécrétion provenant des glandes de la conjonctive et des paupières. Ces larmes, analysées par Lerch, ont présenté la composition suivante :
Eau
Chlorure de sodium
Albumine *
Parties salines
Matières grasses
Total
0,016 — des traces.
B. —Voies lacrymales proprement dites
De la partie supérieure et externe du cul-de-sac oculo-conjonctival, où les déversent les canaux excréteurs de la glande lacrymale, les larmes s’étalent uniformément sur toute la surface de la conjonctive, en se dirigeant en dedans. Elles s’amassent tout d’abord dans l’angle interne de l’œil (voy. fig. 522), d’où le nom de lac lacrymal donné à cette région. Là, elles s’engagent dans deux petits pertuis, appelés points lacrymaux. Aux points lacrymaux font suite deux petits canaux, les conduits lacrymaux , lesquels aboutissent, tout à fait à la partie interne et inférieure de l’orbite, à un réservoir plus considérable, le sac lacrymal. Les larmes, enfin, au sortir du sac lacrymal, passent dans un dernier canal, le canal nasal , qui les amène dans le méat inférieur des fosses nasales. Le lac lacrymal, les points
ANNEXES DE L’OEIL
lacrymaux, les conduits lacrymaux, le sac lacrymal et le canal nasal constituent les différentes portions de ce qu’on est convenu d’appeler les voies lacrymales proprement dites. Nous étudierons tout d’abord ces différentes formations au triple point de vue de leur conformation extérieure , de leur conformation intérieure et de leurs rapports. Nous décrirons ensuite leur structure, leurs valvules, leurs vaisseaux et leurs nerfs.
1° Conformation extérieure et intérieure, rapports. — Le lac
lacrymal et les points lacrymaux sont tout extérieurs et sont parfaitement visibles en dehors de toute préparation. Mais il n’en est pas de même des autres portions des voies lacrymales : celles-ci sont masquées, soit par des parties molles, soit par des parties osseuses et ne peuvent être bien étudiées qu’après avoir été isolées par la dissection.
A . Lac lacrymal. — On donne le nom de lac lacrymal à ce petit espace triangulaire qui se trouve compris entre la partie interne des deux paupières, plus exactement, entre cette portion des deux bords libres qui est dépourvue de cils.
Borné en dedans par l’angle de réunion des deux paupières, cet espace est limité en dehors d’une façon tout à fait conventionnelle par les deux tubercules lacrymaux et par la ligne verticale qui les unirait l’un à l’autre.
Dans l’aire du lac lacrymal se trouve, comme on le sait, la caroncule lacrymale , (p. 581) et, en dehors d’elle, le repli semi-lunaire (p. 582).
B. Points lacrymaux. — Les points lacrymaux (fig. 498, 3, 3’) sont deux petits orifices circulaires, qui occupent le sommet des tubercules lacrymaux. On les distingue, comme les tubercules eux-mêmes, en supérieur et inférieur. Le premier, large de 1/4 de millimètre, regarde en arrière et en bas. Le second, large de 1/3 de millimètre, un peu plus grand par conséquent que le précédent, regarde en arrière et en haut.
De plus, le point lacrymal supérieur est situé un peu en dedans de l’inférieur : tandis que le supérieur se trouve placé à 6 millimètres en dehors du ligament palpébral interne, l’inférieur est séparé de ce ligament par un intervalle de 6 millimètres et demi. Il résulte d’une pareille disposition que, lorsque les paupières sont rapprochées, comme dans le sommeil par exemple, les deux points lacrymaux ne sont pas superposés, mais simplement juxtaposés.
Les deux points lacrymaux plongent donc constamment dans le lac lacrymal, que les paupières soient rapprochées ou écartées. D’autre part, ils sont toujours béants, grâce à un tissu conjonctif dur et serré qui les entoure à la manière d’un anneau.
C. Conduits lacrymaux. — Les conduits lacrymaux (fig. 523, 5 et 5’) occupent la partie la plus interne du bord libre des paupières. Ils font suite aux points lacrymaux et se distinguent, comme eux, en supérieur et inférieur. — Le conduit lacrymal supérieur se dirige d’abord verticalement en haut, dans une étendue de
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
Les premières voies lacrymales (d’après Sappey).
1, 1, conduits lacrymaux. — 2, 2, ampoules, constituant l’origine de ces conduits. — 3, 3, cartilages tarses supérieur et inférieur. — 4, portion oculaire du bord libre des paupières, avec ses cils et les orifices des glandes de Meibomius. — 5, sac lacrymal. — 6, tendon de l’orbirulaire des paupières, avec 7, son poiut de bifurcation. — 8, 8, branches de bifurcation de ce même tendon, formant autour de chaque conduit lacrymal une gaine libreuse, laquelle a été excisée à sa partie antérieure pour montrer ces conduits.
ORGANES DES SENS
Fig. 523.
Les points lacrymaux, les conduits lacrymaux et l’abouchement de ces derniers dans le sac lacrymal.
1, pli semi-lunaire. — 2, caroncule lacrymale et lac lacrymal. — 3, 3’, points lacrymaux. — 4, 4’, portion verticale des conduits lacrymaux. — 5, 5’, leur portion horizontale. — 6, portion commune des deux conduits. — 7, son abouchement ( sinus de Maier) dans 8, le sac lacrymal.
2 millimètres environ. Puis, il se coude brusquement et se porte obliquement en bas et en dedans vers le sac lacrymal. — Le conduit lacrymal inférieur, analogue au précédent, se porte de même verticalement en bas. Puis, s’infléchissant en dedans, il se dirige vers le lac lacrymal, en suivant, dans cette deuxième partie de son trajet, une direction presque horizontale. Les deux conduits lacrymaux nous représentent donc chacun deux portions, une portion verticale et une portion horizontale :
a. Portion verticale. — La portion verticale, longue de 2 millimètres à 2 millimètres et demi, continue directement le point lacrymal. Si nous l’examinons sur une coupe faite suivant sa longueur (fig. 524), nous constatons que le point lacrymal a, tout d’abord, la forme d’un petit entonnoir dont la base regarde l’extérieur, et dont le sommet est tourné du côté du conduit lacrymal. Ce sommet répond à la partie la plus rétrécie des voies parcourues par les larmes ( angustia de Gerlach) : il mesure à peine 0mm,l de diamètre. — Au delà, le conduit lacrymal
s’élargit progressivement jusqu’au niveau du point où il change de direction, de telle sorte que, dans son ensemble, la portion verticale revêt la forme d’une ampoule, dont le sommet répond au point lacrymal et dont la base se dirige vers le bord adhérent des paupières. Si nous nous en rapportons aux figures données par Heinlein et par Gerlach, cette dilatation progressive ne s’effectuerait pas d’une façon régulière et la portion verticale du conduit lacrymal présenterait à sa partie moyenne un petit rétrécissement, comme le montre la figure ci-dessous que j’ai^ fait dessiner d’après une préparation d’HEiNLEiN — 11 en résulte que, au lieu de former une dilatation ampulaire simple, le conduit lacrymal, dans sa portion verticale, nous présenterait en réalité deux dilatations séparées l’une de l’autre par une partie rétrécie : une première dilatation fusiforme ou piriforme, située immédiatement au delà de l’angustia ; une deuxième dilatation, celle-là plus large et en forme de cul-de-sac, répondant à la base du tubercule lacrymal. C’est au niveau de cette deuxième dilatation que commence la portion horizontale du canal.
b. Portion horizontale. — La portion horizontale des conduits lacrymaux est régulièrement cylindrique et mesure en moyenne 5 à 7 millimètres de longueur sur 1/2 millimètre de diamètre. Elle est longée sur sa face postérieure par les faisceaux du muscle de Horner qui, comme on le sait (voy. Myologie), est une dépendance de l’orbiculaire. Ces fibres musculaires ont une direction longitudinale parallèle à la direction même du canalicule. D’après Kkehbiel cependant, elles suivraient un trajet flexueux et légèrement spiroïde. Arrivées à la base du tubercule lacrymal, là
Portion verticale du conduit lacrymal supérieur.
1, point lacrymal. — 2, augustia. — 3, première dilatation, piriforme. — 4. rétrécissement moyen. — 5, deuxième dilatation en cul-de-sac. — 6, portion horizontale du conduit lacrymal. — 7, paupière supérieure.
ANNEXES DE L’OEIL
Fig. 525.
La réunion dos deux conduits lacrymaux et leur abouchement dans le sac lacrymal (d’après Gerlach).
1, sac lacrymal. — 2, canal commun aux deux conduits lacrymaux. — 3, portion horizontale du conduit lacrymal. — 4, 4', sa portion verticale. — 5, point de réunion des deux portions. — 6, point lacrymal. — 7, tubercule lacrjmal ou papille lacrymale. — 8, faisceaux de l’orbiculaire.
où le conduit lacrymal se coude et change de direction, les fibres précitées se disposent d’une façon un peu spéciale : elles forment des anses, dont la concavité embrasse la base de l’ampoule que forme la portion verticale du conduit. Gomme ces anses sont multiples et se disposent sur tout le pourtour du conduit lacrymal, elles forment par leur ensemble une sorte de sphincter (Merkel, Walzberg) qui, lors des contractions de l’orbiculaire, amènera le rétrécissement et meme l’occlusion complète de la portion du conduit lacrymal située au-dessous de lui.
c. Réunion des deux conduits , leur abouchement dans le sac lacrymal. — Les deux conduits lacrymaux, marchant obliquement à la rencontre l’un de l’autre, se réunissent d’ordinaire un peu avant d’atteindre le sac lacrymal et s’ouvrent alors dans ce réservoir par un orifice commun. L’indépendance réciproque de ces deux conduits et leur abouchement dans le sac lacrymal par deux orifices distincts est une disposition plus rare. Le canal unique, résultant de la réunion des deux conduits lacrymaux, présente, comme ces derniers, une direction horizontale : il mesure, suivant les sujets, de 1 à 3 millimètres de longueur, chemine en arrière du ligament palpébral interne et s’abouche dans le sac lacrymal, non pas exactement sur son côté externe, mais un peu en arrière, comme l’ont établi les observations de Lesshaft.
D. Sac lacrymal. — Le sac lacrymal (fig.
526,1) est un réservoir membraneux, de forme cylindrique ou plutôt cylindroïde, situé sur le côté interne de la base de l’orbite, dans cette gouttière, toujours très accusée, que nous avons décrite en Ostéologie sous le nom de gouttière lacrymo -nasale.
a. Direction — Comme la gouttière lacrymonasale, qui se moule exactement sur lui, le sac lacrymal, tout en se rapprochant beaucoup de la direction verticale, est cependant un peu oblique de haut en bas, d’avant en arrière et de dedans en dehors. De plus, il n’est pas complètement rectiligne, mais décrit une légère courbe à concavité postérieure.
b. Dimensions. — La hauteur du sac lacrymal atteint, en moyenne, de 12 à 15 millimètres ; son diamètre antéro-postérieur est de 6 ou 7 millimètres ; son diamètre transversal, un peu plus petit, mesure 4 ou 5 millimètres seulement. Le
Fig. 526.
Le sac lacrymal, injecté et vu par son côté externe (œil droit).
A, os frontal. — B, maxillaire supérieur. — C, unguis.
1, sac lacrymal. — 2, orifice des conduits lacrymaux (enlevés dans la préparation). — 3, tendon direct de l’orbiculaire, érigné en avant. — 4, son tendon réfléchi. — 5, fibres de l'orbiculaire doublant la peau. — 6, tissu cellulaire placé en arrière de l orbiculaire. — 7, septum orbitale, s’insérant sur la crête de l’inguis. — 8, muscle de Horner. — 9, muscle petit oblique coupé en travers. — 10, périoste orbitaire.
ORGANES DES SENS
cylindre auquel nous avons comparé le sac lacrymal est donc légèrement aplati dans le sens transversal.
c. Conformation extérieure et rapports. — Envisagé au point de vue de sa configuration extérieure et de ses rapports, le sac lacrymal nous offre à considérer deux extrémités et quatre faces :
a) De ses deux extrémités , la supérieure est fermée en forme de cul-de-sac : c’est le fond du sac lacrymal, le fundus ou fornix des anatomistes allemands. L'inférieure s’ouvre dans le canal nasal, qui continue directement le sac lacrymal sans qu’aucun caractère extérieur ne révèle à l'œil les limites respectives de ces deux portions des voies lacrymales.
P) Les quatre faces se distinguent en antérieure, postérieure, interne et externe. — La face antérieure (fig. 5J27) est en rapport immédiat avec le tendon
direct de l’orbiculaire, et avec les faisceaux d’origine de ce muscle. Sur ce premier plan vient s’étaler une couche de tissu cellulaire, généralement fort mince, et, sur cette couche de tissu cellulaire, la peau de la commissure interne des paupières. Le tendon direct de l’orbiculaire répond, en hauteur, à la moitié supérieure du sac et divise ce dernier en deux portions fort inégales: au-dessus de lui, et ne le dépassant que de 2 millimètres, se dresse le culde-sac terminal; au-dessous, se trouve une bonne moitié, la moitié inférieure, du sac lacrymal. Cette moitié inférieure est libre et, comme elle n’est soutenue par aucun plan résistant, elle se distend et bombe en avant toutes les fois qu’une circonstance quelconque (accumulation de larmes, production du pus, injection artificielle) vient accroître la pression intérieure au delà des limites normales. — La face postérieure du sac lacrymal (fig. 527) répond au tendon réfléchi de l’orbiculaire, doublé du muscle de Horner. Au-dessus et au-dessous de ce tendon, le sac entre en contact avec le^ septum orbitale, qui s’insère comme nous l’avons vu (p. 569), sur la crête de l’unguis et qui le sépare ainsi du tissu cellulo-adipeux de l’orbite. — La face externe est située dans l’angle dièdre que forment, en s’écartant l’un de l’autre le tendon direct et le tendon réfléchi de l’orbiculaire. Cette face répond, à l’union de son tiers supérieur avec son tiers moyen, à la portion commune des conduits lacrymaux (fig. 526, 2), qui la perforent pour s’ouvrir dans la cavité du sac. A sa partie tout inférieure, elle entre en rapport avec le muscle petit oblique de l’œil, qui prend fréquemment sur elle un certain nombre de ses insertions. — La face interne , enfin (fig. 527 et 530), est couchée dans la gouttière lacrymo-nasale et répond, par conséquent, à la branche montante du maxillaire supérieur et à l’unguis. Ces parties osseuses sont naturellement recouvertes par le périoste et nous ferons remarquer qu’une couche de tissu plus ou moins dense unit à ce niveau le sac lacrymal et la lame périostale. Far l’intermédiaire de la mince lame osseuse qui forme la gouttière lacrymo-nasale, le sac lacrymal, par sa face interne, et en partie aussi par ses deux faces antérieure et postérieure, est en rapport (Stan-
Coupe transversale du sac lacrymal passant par le tendon de l’orbiculaire [schématique) .
1, sac lacrymal — 2, conduits lacrymaux. — 3, sinus de Maier. — 4, maxillaire supérieur. — 5, unguis. — 5’, os planum de l’elhmoïde. — 6, périoste. — 7, et?’, tendon direct et tendon réfléchi de l’orbiculaire. — 8, muscle de Horner. — 9, septum orbitale. — 10, tissu celluloadipeux de l’orbite. — 11, caroncule lacrymale. — 12, pli semi-lunaire. — 13, peau. - 14, point lacrymal inférieur. - 15, bord libre de la paupière inférieure. — 16, conjonctive oculaire.
ANNEXES DE L’OEIL
culaneu 1902, àubaret 1910), avec le groupe des cellules ethmoïdales antérieures qui, comme on le sait, viennent s’ouvrir dans la gouttière de l’infundibulum.
d. Conformation intérieure. — Vu intérieurement, le sac lacrymal nous apparaît avec une coloration franchement rougeâtre ou simplement rosée. Il nous présente un peu partout, mais principalement sur son côté interne, un certain nombre de replis muqueux qui sont éminemment variables par leur situation, par leur direction, par leur forme et surtout par leur développement. Ces replis sont, du reste, sans importance.
Nous devons signaler encore, sur la surface intérieure du sac lacrymal, l’ouverture de la portion commune des conduits lacrymaux. Cette ouverture, dont la situation nous est déjà connue, aune forme arrondie ou très légèrement ovalaire. A son niveau, la paroi du sac lacrymal se déprime en une petite fossette infundibuli forme, connue sous le nom de sinus de Maier. 11 n’existe, du reste, autour de l’orifice en question aucune valvule.
Tout à fait à la partie inférieure du sac lacrymal, nous rencontrons une nouvelle dépression ou fossette, qui se dirige en avant et en dehors : c’est le sinus ou recessus de Arlt. Cette dernière dépression n’est pas constante et se trouve formée bien plus par le développement d’un repli muqueux sous-jacent que par la projection en dehors de la paroi du sac.
E. Canal nasal. — Le canal nasal (fig. 528, 7), que nous avons déjà étudié sur le squelette (voy. Ostéologie), est pour ainsi dire creusé dans la paroi externe des fosses nasales. A sa constitution concourent à la fois le maxillaire supérieur, l’unguis et le cornet inférieur.
a. Forme générale et dimensions . — Sur le sujet revêtu de ses parties molles, il fait suite au sac lacrymal et vient s’ouvrir, d’autre part, dans le méat inférieur des fosses nasales.
Sa longueur totale, variable suivant que sa partie inférieure s’arrête au sommet du méat ou se prolonge quelque temps au-dessous de la muqueuse, oscille d’ordinaire entre 12 et 16 millimètres.
Comme le sac lacrymal, il a une forme à peu près cylindrique. Il est à remarquer, cependant, qu’il est légèrement aplati de dehors en dedans et, d’autre part, qu’il est un peu plus large en bas qu’en haut. Son diamètre mesure en moyenne de 2 millimètres et demi à 3 millimètres.
b. Direction. — Au point de vue de sa direction, le canal nasal continue d’abord celle du sac lacrymal. Puis, il s’infléchit peu à peu sur lui-même pour se porter obliquement en bas, en arrière et en dedans, en décrivant dans son ensemble une légère courbe, dont la convexité regarde en avant, en bas et un peu en dehors. Le canal nasal présente donc avec la verticale un double écartement, l’un dans le sens transversal ou latéral, l’autre dans le sens antéro-postérieur.
a) V écartement dans le sens transversal est très faible et on est, pour ainsi dire, autorisé par les observations à considérer le canal comme suivant un trajet parallèle au plan médian. Cet écartement se fait, suivant les sujets, tantôt en dedans (c’est le cas le plus fréquent), tantôt en# dehors, c’est-à-dire que l’orifice inférieur du canal est, par rapport à son orifice supérieur, tantôt interne, tantôt externe. Les variations individuelles que Ton rencontre à ce sujet dépendent du rapport variable qui existe entre la largeur de l’espace interorbitaire et la largeur des fosses nasales mesurée au niveau du méat inférieur.
P) L 'écartement dans le sens antéro-postérieur est toujours plus prononcé ; mais
ORGANES DES SENS
il présente, lui aussi, des variations individuelles fort étendues. L’angle qui le mesure et qui est formé, d’une part par la verticale, d’autre part par l’axe du canal oscille d’ordinaire entre 15 et 25°. Sur le vivant, la direction du canal nasal est assez bien indiquée par une ligne qui, partant du milieu de la commissure interne
des paupières, viendrait aboutir à la partie antérieure de la première molaire supérieure.
c. Configuration extérieure et rapports. — A un point de vue purement descriptif, le canal nasal nous offre à considérer : 1° un corps ; 2° deux extrémités, représentées chacune par un orifice, Y orifice supérieur et Y orifice inférieur.
a) Le corps, comme nous l’avons dit plus haut, a la forme d’un cylindroïde légèrement aplati de dehors en dedans. Il répond au canal nasal de l’ostéologie et est, par conséquent, en rapport avec les différentes pièces osseuses qui entrent dans la constitution de ce canal : en dehors, le maxillaire supérieur; en dedans, l’unguis et le cornet inférieur. Le canal nasal membraneux est uni aux parois du canal osseux, ou plus exactement à son périoste, par une couche de tissu conjonctif très dense et très riche en fibres élastiques. Nous y reviendrons plus loin.
P) L 'orifice supérieur du canal nasal, limite séparative du canal nasal et du sac lacrymal, n’est jamais bien accusé : le canal nasal, en effet, est la continuation du sac lacrymal. Il répond, extérieurement, à l’origine supérieure du canal nasal osseux, c’est-à-dire au maxillaire supérieur en dehors et en avant et, en dedans à l’unguis.
y) L 'orifice inférieur par lequel le canal nasal débouche dans les fosses nasales est plus important. C’est par cet orifice, on le sait, que se fait le cahétérisme du canal nasal par le procédé de Laforest le chirurgien aurait donc intérêt à être nettement fixé sur sa situation, sur sa forme, sur ses dimensions. Il est malheureusement sujet à des variations fort nombreuses et je ne peux oublier, à cet égard, que Osborne a examiné plus de cent cinquante fosses nasales sans pouvoir dégager de ses observations une formule générale. — En ce qui concerne sa situation, on admet ordinairement que le canal nasal s’ouvre dans le méat inférieur à la réunion de son quart antérieur avec les trois quarts postérieurs, à 30 millimètres environ de l’aile du nez correspondante. Mais ces données, fussent-elles constantes, ne seraient pas toujours suffisantes pour permettre l’introduction facile d'une sonde dans l’orifice en question : car cet orifice s’ouvre, suivant les cas, tantôt au sommet du méat, tantôt (et c’est là la disposition la plus fréquente) au-dessous de ce sommet, sur la paroi externe des fosses nasales. Or, dans ce dernier cas, il peut s’écarter du sommet du méat, dans le sens vertical, de 1 à 12 millimètres. Je l’ai vu, sur plusieurs
Coupe vertico-transversale du sac lacrymal et du canal nasal, vue antérieure.
1. fosse nasale droite. - 2, cloison. — 3, cornet moyen. — 4, cornet inférieur. — 5, méat inférieur. — 6, sac lacrymal, avec 6’, orifice des conduits lacrymaux. — 7, canal nasal. — 8, son orifice inférieur. — 9, valvule de Hasner. — 10, cellules etlimoïdales. — 11, deuxième prémolaire. — 12, sinus maxillaire.
ANNEXES DE L’OEIL
sujets, descendre jusqu’à quelques millimètres seulement du plancher des fosses nasales. — Quant à sa forme, l’orifice inférieur du canal nasal est ordinairement circulaire lorsqu’il occupe le sommet du méat inférieur (fig. 349, 13). Quand, au contraire, il s’ouvre sur la paroi externe des fosses nasales, il est ovalaire, à grand axe vertical ou oblique, et se prolonge ordinairement, sur cette paroi, en une gouttière plus ou moins profonde, le sillon lacrymal de Verga, qui se dirige verticalement en bas ou bien obliquement en bas et en arrière (fig. 329, A et B). A un degré d’allongement vertical plus prononcé, l’orifice ovalaire devient une simple fente, avec une lèvre antérieure et une lèvre postérieure, souvent très rapprochées ou même juxtaposées (fig. 529, D). Il n’est même pas rare de voir dans ce cas une nappe de
Fig. 529.
Différentes formes de l’oriûce inférieur du canal nasal.
A, orifice prolongé par une gouttière. — B, gouttière se terminant en bas par un petit cul-de-sac. — C, orifice situé très bas, presque sur le plancher. — D, orifice en forme de fente. — E, valvule en forme de diaphragme, percée à son centre d’un tout petit orifice circulaire. — F, double orifice, l’un supérieur arrondi, l’autre inférieur ovalaire et suivi d’une petite gouttière.
mucus, plus ou moins concrété, réunir l’une à l’autre les deux lèvres et masquer ainsi complètement l’étroite fente qui les sépare. Sappey rapporte que, sur les différentes fosses nasales qu’il a examinées sur les cadavres, il lui est arrivé quatre fois de ne pouvoir découvrir l’orifice inférieur du canal nasal, ni à la vue, ni à l’aide du stylet. Il n’est pas un anatomiste, pour peu qu’il se soit occupé du canal nasal, qui n’ait dans ses souvenirs un ou plusieurs faits analogues et qui, de guerre lasse, n’ait eu recours, pour découvrir un orifice qu'il avait vainement cherché dans le méat, à l’injection d’un liquide dans le sac lacrymal. On conviendra sans peine que les difficultés n’eussent pas été moindres si les sujets, qui présentaient de telles dispositions, eusssent été vivants et s’il se fût agi, non pas seulement de trouver l’orifice du canal nasal, mais encore d’y introduire un cathéter.
La description que nous venons de donner de l’orifice inférieur du canal nasal se rapporte aux formes les plus fréquentes. Mais il s’en faut de beaucoup qu’elles conviennent à tous les cas.
ORGANES DES SENS
Tels sont ceux où le canal nasal s’ouvre sur la paroi externe, du méat par une fente antéro-postérieure, dont les lèvres, rectilignes ou convexes, peuvent être régulières ou déchiquetées. On rencontre parfois un orifice arrondi, presque microscopique, au-dessus duquel l’extrémité du canal est dilatée en forme d’ampoule (fig. 529, E) : j’ai observé deux faits de ce genre et j’ose affirmer que le canal et son orifice n’étaient dans ces cas le siège d’aucune altération pathologique. J’ai rencontré, en juin 1891, un canal nasal qui possédait deux orifices distincts : l’un d’eux, le supérieur, était arrondi et occupait l’angle d’implantation du cornet sur la paroi de la fosse nasale ; audessous de lui, le canal se prolongeait sur la muqueuse dans une étendue de 5 ou 6 millimètres et se terminait par un deuxième orifice de forme ovalaire, auquel faisait suite une gouttière oblique en bas et en dehors (fig. 529, F). Une pareille disposition doit être fort rare : je n’en connais que deux autres faits, qui ont été rapportés l’un par Walzberg, l’autre par Schwalbe.
d. C on figuration intérieure. — Elle est à peu près la même que celle du sac lacrymal ci-dessus décrit. Comme ce dernier, le canal nasal nous présente, sur sa surface intérieure, des replis muqueux, particulièrement développés ici, déterminant au-dessus et au-dessous d’eux des creux, des dépressions, et parfois de véritables culs-de-sac. Nous y reviendrons plus loin (voy., p. 611, Valvules des voies lacrymales).
Le canal nasal, nous l’avons dit plus haut, est la continuation du sac lacrymal. Aucune limite ne les sépare à l’intérieur et ce n’est pas sans de sérieuses raisons que bon nombre d’anatomistes et d’ophtalmologistes les réunissent dans leur description en un seul et même canal, le conduit lacrymo -nasal .
Le calibre du conduit lacrymo-nasal varie beaucoup suivant les sujets. Mais il varie aussi suivant les âges.
Chez le fœtus, le canal est assez régulièrement cylindrique et il conserve cet aspect chez le nouveau-né. Mais, plus tard, au fur et à mesure que le sujet prend de l’âge, il se distend sur certains points, conservant sur les autres ses dimensions initiales et revêt, de ce fait, l’aspect plus ou moins irrégulier qui le caractérise chez l’adulte.
Chez l’adulte et chez le vieillard, on peut, avec Aubaret (1910), distinguer deux types : le type régulier et cylindrique et le type irrégulier et distendu : le type régulier et cylindrique n’est que la persistance du type fœtal, il est relativement rare ; le type irrégulier et distendu est le type acquis au cours du développement. Dans ce dernier type, Aubaret décrit les quatre variétés suivantes : 1 0 un type à distension supérieure ou cystique, avec portion inférieure rétrécie, c’est le type classique ; 2° un type à distension supérieure et inférieure, c’est le type en sablier; 3° un type à distension moyenne ; 4° un type à extrémité supérieure rétrécie, c’est le type interverti.
2° Constitution anatomique, muqueuse et sous-muqueuse. — Les voies lacrymales ne sont en réalité constituées que par une seule tunique, une tunique muqueuse. Cette muqueuse, que l’on pourrait appeler muqueuse lacrymale, se continue en haut, au niveau des points lacrymaux, avec la conjonctive. D’autre part, elle se confond en bas, au niveau de l’orifice inférieur du canal nasal, avec la portion de la membrane pituitaire qui revêt le méat inférieur.
a. Tissu conjonctif sous ‘muqueux. — Le conduit vecteur des larmes, depuis son origine aux points lacrymaux jusqu’à sa terminaison dans le cornet inférieur, est renforcé, sur sa surface externe, par une couche de tissu conjonctif que nous appellerons sous-muqueux.
a) Sur les conduits lacrymaux , tout d’abord, le conduit proprement dit est entouré par le tissu conjonctif du bord libre des paupières, lequel, on le sait, est très riche en fibres élastiques. Il est renforcé en même temps par les faisceaux du muscle de Horner, qui, comme nous l’avons déjà vu (p. 60.3), forment à la base du tubercule lacrymal une sorte de sphincter.
$) La paroi du sac lacrymal est renforcée, elle aussi, au niveau de la gouttière lacrymo nasale, par le périoste orbitaire, qui lui adhère à l’aide d’un tissu conjonctif lâche. Cette couche de tissu conjonctif sous-muqueux se prolonge ensuite sur toute la surface du sac qui n’est pas en rapport avec le périoste, en prenant toutefois une plus grande épaisseur et une texture beaucoup plus serrée (Robin et Cadiat).
y) Même disposition dans le canal nasal : la muqueuse lacrymale y est doublée ,
ANNEXES DE L’QEIL
surtout son pourtour, par le périoste qui tapisse le canal osseux. Ici encore, une nappe de tissu conjonctif, partout bien distincte par sa texture (Robin et Cadiat), s’interpose entre la muqueuse et la lame périostale, et il est inexact de dire, avec certains auteurs, que les deux formations, muqueuse si périoste, se trouvent confondues en une membrane unique et fort épaisse, que l’on désigne alors sous le nom de fibro-muqueuse. Cette nappe conjonctive, qui entoure le canal nasal mem-
Fig. 530.
Le sac et le canalicule lacrymal inférieur, vu sur une coupe horizontale chez un garçon nouveau-né (d’après Rochon-Duvigneaud).
(Côté droit, segment inférieur de la coupe comprenant la racine du nez et la partie interne de l’œil et de la paupière inférieure.)
s, sac lacrvrml. — l, tissu cellulo-vascuUire placé en arrière du sac ; v.s une va'vule du sac. — c.l., canalicule lacrymal inférieur. — p, peau. — or., muscle orbiculaire. — c, angle interne de l’œil et caroncule lacrymale. — s.,l, repli semi-lunaire. — sic., sclérotique. — r, rétine ciliaire. — m.H., muscle de Horner, s’insérant sur la crête de l’unguis (c. I p.) et à la face postérieure du canalicule lacrymal, dont la face antérieure est revêtue par les fibres de l’orbiculaire. — M , glandes de MeiDomius, — Q.o., tissu cellulo -adipeux de l’orbite.
braneux et l’unit au périoste du canal osseux, présente cette particularité anatomique qu’elle est très riche en vaisseaux veineux irrégulièrement dilatés et anastomosés en plexus. Il y a là comme une sorte de tissu caverneux qui n’est que le prolongement en haut de celui qui entoure le cornet inférieur. Les coupes sériées du canal nasal nous apprennent qu’il est plus développé sur son côté interne que sur son côté externe, plus développé aussi à sa partie inférieure qu’à sa partie supé-