‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 115 sur 154 · NON EN · texte numérisé non relu

NON EN

Ces chiffres sont certainement trop élevés. A la suite de recherches analogues portant sur 500 sujets, Marro n’a observé l’oreille en anse que dans 7,8 p. 100 des cas ; le maximum était de 15 p. 1 00 chez les vagabonds et le minimum de 2 p. 100 chez les violateurs.

Mais si les anomalies du pavillon sont très fréquentes chez les aliénés et chez les criminels, le sont-elles davantage chez eux que chez les sujets sarns d’esprit et à conscience nette ? Toute la question est là, et elle ne peut être résolue, on le conçoit, que par des statistiques comparatives faites par des esprits impartiaux, les unes sur des aliénés et des criminels, les autres en dehors des asiles et des prisons. Or ces statistiques comparatives font encore à peu près complètement défaut. Entreprises en dehors de toute idée préconçue par le même observateur et sur des sujets de même âge (ces deux dernières conditions ont. dans l’espèce, une importance capitale 1), elles établiront sans doute que les anomalies du pavillon se rencontrent dans l’un et dans l’autre cas avec une fréquence égale et qu'en conséquence, elles n’ont pas plus de valeur au point de vue de l’anthropologie criminelle que le dédoublement de la première frontale, lequel, comme nous l’avons déjà vu (voy. Cerveau), s’observe tout aussi fréquemment sur les sujets de nos hôpitaux que sur les criminels de nos prisons. Je suis heureux de rapporter ici. en faveur de cette opinion, l’observation de Lannois qui, après avoir examiné en 1887 à la prison Saint-Joseph de Lyon un certain nombre de détenus, nous déclare très nettement que tous les pavillons étudiés par lui ne lui ont pas présenté plus d’anomalies qu’on aurait pu en trouver chez un certain nombre de sujets à conscience nette et sans casier judiciaire. Féré. de son côté, a noté la parité, chez les aliénés et les personnes dites saines . des différentes malformations auriculaires que l’on a considérées depuis comme des stigmates de dégénérescence. Tout récemment ( 1909) Mac Auliffe, ayant examiné êomparalivem< nt à ce point de vue 100 assassins ou meurtriers, 100 élèves du cours d’identité judiciaire (à Paris) et 1 00 visiteurs du Service anthropométrique, est arrivé à ces conclusions, parfaitement concordantes avec les. nôtres, « que les honnêtes gens ont l’oreille aussi mal ourlée que les assassins et que les signes qu’on a décrits comme stigmates de dégénérescence se rencontrent avec la même fréquence dans toutes les «-lasses de la société ».

Un fait sur lequel les anthropologistes sont beaucoup mieux d’accord, c’est la transmission héréditaire des anomalies du pavidon. Ces anomalies devienrient parfois de véritables dispositions

ORGANES DES SENS

familiales, se perpétuant de générations en générations avec une ténacité extrême. Cette ténacité est telle qu’un membre de la Société d Anthropologie a pu dire, avec un peu d’exagération sans doute : « donnez-moi une oreille et j’en retracerai la paternité. » Les observations de transmission héréditaires de certaines dispositions anormales siégeant sur le pavillon sont nombreuses. L’une des plus intéressantes et en même temps des plus instructives à cet égard est celle qui a été rapportée par Laloy. Il s’agit d’un arrêt de développement du pavillon, lequel se trouvait réduit pour ainsi dire à la concavité de la conque. Or, cette anomalie avait persisté durant quatre générations au moins : sur 26 membres de la famille, 12 la présentaient avec des caractères entièrement semblables. Dans tous les cas, sauf un, la malformation était bilatérale.

Consultez, au sujet de la morphologie du pavillon de l’oreille, parmi les travaux récents : Féré et Séglas, Contrib. à l'étude de quelques variétés morphologiques du pavillon de l'oreille humaine, Rev. d’Anthropologie, 1886 ; — Lannois, De l’oreille au point de vue anthropologique et médicolégal , Arch. de l’Anthrop. criminelle, 1887 ; — Frigerio, L'oreille externe, étude cVanthrop. criminelle, ibid.. 1888 ; — Gradenigo, Lo sviluppo delle forme del padiglione dell' orecchio con riguarclo alla morfologia e teratologia del medisimo, Arch. per la scienze mediche, 1888 ; — Du meme, Le pavillon de l'oreille au point de vue anthropologique , Annales des mal. de l'oreille et du larynx, 1889 ; — Du même, Zur Morphologie der Ohrrriuschel bei gesunden u. geisteskranken Menschen u. bei Delinquenten, Arch. f. Ohrenheilk., 1890; — Schwalbe. Das Darwin’ sche Spitzohr beim menschl. Embryo, Anat. Anzeiger, 1889 ; — Du même, In wiefern ist die menschliche Ohrmuschel ein rudimentares Organ, Arch. f. Anat. u. Phys., 1889 : — Chiarugi, Il tuberculo di Darwin e la direzione del peli nel padiglione dell’ orecckio umano, Siena, 1889: — Binder. Das Morel’sche Ohr, Arch. f. Psychiatrie, 1889 ; — His, Zur Anatomie des Ohrldppchens, Arch. f. Anat. u. Phys.. 1889 ; — Julia, Th.de Lyon, 1889; — Laloy, Malformation héréditaire du pavillon de l'oreille, L’Anthropologie, 1890 ; — Ellis, The ear in criminals, The Lancet, 1890 ; — Warner, For of ear asasignof defective development , ibid., 1890; — Israël, Division congén. du lobule de V oreille, Zeitschr. f. Ethnologie, 1890; — Kress, Ueber Missbildung des ausseres Ohres, Thèse Würzbourg, 1890; — Eyle, Ueber Bildungsanomalien der Ohrmuschel, Th. de Zurich, 1891 ; — Schwalbe. Beitrage z. Anthropologie des Ohres, Vircbow-Festschrift, 1891 ; — Gradenigo, Ueber die F ormanomalien der Ohrmuschel , Arch. f. Ohrenheilk., 1891 : — Wilhelm, Matériaux pour servir à l'étude anthropologique du pavillon de l'oreille , Revue biologique du Nord de la France, 1892 ; — Gradenigo, Missbildung en der Ohrmuschel , Arch. f. Ohrenheilk., Bd. XXXIV, 1893: — Variot, Malformations congénitales du pavillon de l'oreille et de l’oreille externe chez les enfants. Journ. de clin, et de thérap. inf. de Paris, 1894; — Schwalbe, Zur methoclikstatisticher Untersuch. über die Ohrformen von Geiteskranken und Verbreichern, Arch. f. Psych., Bd. 28, 11,3, 1895; — Schülzke, Zur topographischen Anatomie des Ohres, in Bucksicht auf die Schaedelform, Arch. f. Ohrenh., 1896 : — Paithos, Du pavillon de l’oreille, contrib. à son étude anthropologique , Arch. Psych. Sc. pen., Anthrop. crim., 1897 : — Gaupp. Ontogenie u. Phylogénie der Schalleitenden, Apparate bei den Wirbeltieren, Ergeb. Anat. u. Entw., 1899 ; — Karutz. Ein Beitrag. z. Anthropologie des Ohres, Arch. Anthrop., 1900; — Launois et Marc’hadour, Les malformations congénitales de l'oreille externe, leur interprétation embryologique, Rev. d’Orthop., 1903 ; — Mac-Auliffe, L'oreille et ses stigmates de dégénérescence, La clinique, 1909.

B. — Constitution anatomique

Envisagé au point de vue de sa structure, le pavillon de l’oreille comprend : 1° une lame fibro-cartilagineuse, le cartilage de t oreille, qui forme pour ainsi dire son squelette ; 2° des ligaments, qui en assurent la forme et le maintiennent en position ; 3° des muscles , destinés à le mouvoir; 4° un revêtement cutané.

1° Cartilage. — Le cartilage de l’oreille (fig. 547 et 548) est une lame mince et élastique, occupant toute l’étendue du pavillon à l’exception du lobule, lequel est constitué par un simple repli cutané.

A. Conformation extérieure. — Envisagé au point de vue de sa conformation extérieure, le cartilage auriculaire reproduit fidèlement, sur l’une et sur l’autre de ses deux faces, toutes les inégalités que nous avons décrites plus haut sur le pavillon. 11 présente, en outre, les quelques particularités suivantes :

a) En avant, au niveau du point où l’hélix sort de la conque et se redresse pour devenir ascendant, il existe une petite saillie en forme d’épine qui se dirige en bas et en avant, immédiatement au-dessus du tragus ; c’est f épine ou apophyse de

OREILLE EXTERNE

V hélix (fig. 547, 1’). Elle mesure 2 à 3 millimètres de longueur et donne insertion, comme nous le verrons tout à l’heure, à trois muscles du pavillon.

P) Le bord libre de l’hélix, remarquable par sa minceur, nous présente, quand il est dépouillé de son enveloppe cutanée, une série de petites dépressions ou échancrures, qui lui donnent un aspect irrégulièrement dentelé. Ces échancrures sont très variables suivant les sujets. Elles font souvent défaut.

y) En arrière, au niveau du point où l’anthélix se continue avec la queue de l’hélix,' le cartilage s’isole et se prolonge en bas sous la forme d’une languette plus ou moins longue : c’est la languette caudale de V hélix et de V anthélix (fig. 547,4). Elle est séparée de l’antitragus par une échancrure triangulaire à sommet supérieur, que l’on pourrait appeler la fissure postérieure du cartilage de l’oreille ( fissura anlritago-helicina de Schwalbe).

8) Sur la face interne ou crânienne (fig. 548), les deux saillies, qui répondent à la conque et à la fossette triangulaire, sont plus marquées sur la lame cartilagineuse que sur une oreille encore revêtue de ses téguments.

Ces deux saillies sont séparées l’une de l’autre par un sillon transversal, le sillon transversal de V oreille (7), qui répond à la branche inférieure de l’anthélix. Audessous de ce sillon et à la partie moyenne de la saillie de la conque, nous rencontrons un épaississement linéaire du cartilage, affectant une direction à peu près verticale (2’) et occupant presque toute, la hauteur de là conque : cet épaississement linéaire, qui forme une sorte de crête rugueuse, est connu sous le nom de ponticule. Il répond à l’insertion du muscle auriculaire postérieur.

B. Structure. — Le cartilage du pavillon appartient, par sa structure, au groupe des cartilages élastiques ou réticulés. La substance fondamentale y est traversée en tous sens par des réseaux de fibres élastiques, qui circonscrivent les capsules cartilagineuses. Celles-ci sont peu développées, arrondies ou ovalaires, souvent anguleuses et ne renfermant chacune qu’une seule cellule (Coyne). Le cartilage du pavillon est revêtu, sur ses deux faces, d’un péricbondre épais et d’aspect nacré. 11 nous présente çà et là de petits nodules isolés : on les rencontre de préférence (Tataroff) le long du bord libre de l’hélix, au niveau du tubercule de Darwin.

2° Ligaments. — Les ligaments du pavillon de l’oreille sont de deux ordres : les uns, ligaments extrinsèques, unissent le pavillon aux régions voisines ; les autres, ligaments intrinsèques , relient entre elles les différentes parties du pavillon.

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