CHAPITRE II
NERFS RACHIDIENS
Les nerfs rachidiens, que l’on désigne encore sous le nom de nerfs spinaux, peuvent être définis : les nerfs qui naissent de la moelle épinière et qui traversent les trous de conjugaison (voy. Ostéol.), pour se rendre aux territoires organiques auxquels ils sont destinés. Ils diffèrent ainsi nettement des nerfs crâniens, qui naissent du bulbe et de l’encéphale et qui, eux, traversent les trous de la base du crâne. Envisagés au point de vue physiologique, les nerfs rachidiens appartiennent tous à la classe des nerfs mixtes, c’est-à-dire qu’ils possèdent à la fois, diversement entremêlées, des fibres motrices et des fibres sensitives. Du reste, comme les nerfs crâniens, ils naissent par paires {paires rachidiennes ) à droite et à gauche de la moelle épinière.
1° Nombre et division. — Les nerfs rachidiens se divisent, comme les vertèbres, en cervicaux, dorsaux, lombaires, sacrés, et coccygien :
a) Les nerfs cervicaux sont au nombre de huit de chaque côté. Le premier passe entre l’occipital et l’atlas, le huitième entre la septième vertèbre cervicale et la première dorsale.
P) Les nerfs dorsaux sont au nombre de douze. Le premier s’échappe par le trou de conjugaison qui est formé par la première vertèbre dorsale et la seconde ; le douzième, par le trou de conjugaison que circonscrivent la dernière vertèbre dorsale et la première lombaire.
y) Les nerfs lombaires sont au nombre de cinq. Ils passent par les cinq trous de conjugaison suivants.
8) Les nerfs sacrés, au nombre de cinq également, s’échappent du canal vertébral, les quatre premiers par les trous sacrés, le cinquième entre le sacrum et le coccyx.
e) Le nerf coccygien enfin, situé au-dessous du précédent, longe tout d’abord la corne coccygienne, en contourne la base et passe sous un ligament oblique de haut en bas et de dehors en dedans, qui va de cette base à la deuxième pièce du coccyx (Trolard). C’est à tort que certains anatomistes désignent ce nerf sous le nom de sixième nerf sacré : le sacrum, ne possédant que cinq vertèbres, ne peut avoir que cinq nerfs, et celui-ci est un véritable nerf coccygien répondant au trou de conjugaison, naturellement rudimentaire chez l’homme, qui sépare la première vertèbre coccygienne delà deuxième.
Au total, il existe chez l’homme, à l’état normal, 62 paires rachidiennes, soit 31 nerfs de chaque côté.
Il n'est pas rare de rencontrer dans le canal lombo-sacré, sur le pourtour du filum terminale (voy. t. Il), un ou deux autres petits nerfs extrêmement grêles, qui partent de l’extrémité inférieure de la moelle et, sans s’extérioriser, je veux dire sans sortir du canal rachidien, se perdent d’uûe façon ou d’une autre dans le tissu conjonctif du filum. Ce sont les rudiments des nerfs caudaux des mammifères à queue. Ces nerfs s’atrophient chez l’homme comme s’atrophient les segments vertébraux auxquels ils sont destinés. Mais, comme tous les organes atrophiés, ils sont
5 Paires lombaires. 12 Paires dorsales. 8 Paires cervicales.
susceptibles de prendre sur certains sujets un développement voisin de. l’état normal. J’ai rencontré plusieurs fois deux nerfs coccygiens, représentant les 31° et 32° paires, et l’on trouve signalée dans un mémoire de Schlemm ( Müller’s Arch., 1834), l’existence d’un troisième nerf
coccygien représentant la 33e paire (voy., à ce sujet, R aubf.r, Die letzten spinalen Nervenu. Ganglien, in Morphol. Jahrbuch de 1877).
2° Mode d origine. — Les nerfs rachidiens se détachent de la moelle épinière par deux ordres de racines, les unes antérieures ou ventrales, les autres postérieures ou dorsales. Nous savons déjà que les premières sont motrices, les secondes sensitives. Du reste, comme les nerfs crâniens, les racines rachidiennes ont une origine apparente et une origine réelle :
a. Origine apparente. — L’origine apparente est le point de la surface de la moelle d’où émergent les racines : c’est là, en effet, qu’elles semblent prendre naissance. Les racines antérieures, comme nous l’avons déjà vu en étudiant la moelle épinière, naissent par plusieurs filets irrégulièrement superposés sur la partie antéro-latérale de la moelle, un peu en dehors du sillon médian antérieur. Les racines postérieures, nous l’avons encore vu à propos de la moelle épinière, émergent par des filets également multiples sur la partie postéro-latérale de la moelle, un peu en dehors du sillon médian postérieur, dans un sillon spécial, que nous avons appelé sillon médian collatéral postérieur.
b. Origine réelle. — Ici, comme pour les nerfs crâniens, les fibres constitutives des racines rachidiennes pénètrent dans la moelle et, après un parcours variable, aboutissent à des noyaux de substance grise, qui deviennent ainsi leurs noyaux d'origine s’il s’agit de fibres motrices (racines antérieures), leurs noyaux de terminaison s’il s’agit de fibres sensitives (racines postérieures). Ces origines et terminaisons réelles des nerfs rachidiens ont été longuement décrites à propos du système nerveux central (voy. t. II). Nous n’y reviendrons pas ici.
3° Trajet extramédullaire. — Les fibres radiculaires de la racine antérieure se portent obliquement en dehors et un peu en arrière vers le trou de la dure-mère ( canal durai) qui doit leur livrer passage. Un peu avant d’atteindre cet orifice ou au moment de l’atteindre, ils se réunissent en un faisceau unique, tronc radiculaire antérieur, lequel s’engage dans la partie antérieure du canal durai. De même, les filets radiculaires postérieurs se diriy— gent obliquement en dehors et un peu en avant, se réunis-
sent en un seul faisceau, tronc radiculaire postérieur , et Fig. 120. ^
Fig. 120. — Face antérieure de la moelle, montrant l’ensemble des paires rachidiennes dans leurs rapports avec le cordon du sympathique.
a , ganglion cervical supérieur du grand sympathique. — 6, ganglion cervical moyen. — c, ganglion cervical inférieur. — d , d\ ganglions thoraciques. — e, ganglions lombaires. — f , ganglions sacrés. — g, filum terminale. — Co, nerf coccygien. — Les chiffres romains indiquent numériquement les paires rachidiennes.
vu
lX.fi