PEAU ET SES ANNEXES
Le sens du tact, que l’on appelle encore sens du toucher , a pour siège la peau ou tégument externe.
La peau se présente chez l’homme sous la forme d’une vaste membrane, enveloppant le corps tout entier et renfermant dans son épaisseur, entre autres éléments constituants, toute une série de petits appareils nerveux destinés à recueillir les impressions dites tactiles.
Mais là ne se borne pas le rôle de la peau : par son épaisseur et sa résistance, elle garantit les organes sous-jacents contre les injures qui pourraient les atteindre dans leur fonctionnement ou même dans leur constitution anatomique. Elle acquiert ainsi toute la valeur d’un appareil de protection de premier ordre, auquel viennent s’ajouter encore, comme de précieux auxiliaires, les ongles et les poils, chez les animaux tout au moins qui possèdent ces deux ordres de formations à l’état de développement parfait.
Enfin, par les glandes nombreuses qui entrent dans sa constitution, glandes sudoripares et glandes sébacées, la peau joue un rôle important dans l’excrétion : elle est, au même titre que le rein, un vaste émonctoire à travers lequel s’échappent les matériaux de déchet qui proviennent des combustions organiques.
Nous avons donc à étudier à propos de la peau :
1° Sa conformation extérieure ;
2° Sa constitution anatomique ;
3° Ses annexes, comprenant, sous ce titre d’annexes, les glandes sudoripares , les glandes sébacées, les ongles et les poils.
ARTICLE I
Envisagée au point de vue de sa conformation extérieure, la peau nous offre à considérer : 1° ses caractères physiques ; 2° sa surface externe ; 3° sa surface interne ; 4° les formations sous-cutanées.
§ I. — Caractères physiques
1° Étendue. — La peau s’étale sur toute la périphérie du corps. Elle en recouvre successivement toutes les saillies, toutes les dépressions et reproduit exactement,
ORGANES DES SENS
en les arrondissant plus ou moins, toutes les formes extérieures des organes sousjacents.
Sa superficie devrait, ce semble, être égale à celle du corps lui-même. Elle est, en réalité, un peu plus considérable en raison des replis que forme le tégument externe dans quelques régions, notamment sur le prépuce, à la vulve, à l’entrée des fosses nasales, sur le pavillon de l’oreille. D’après les mensurations de Sappey, la superficie de la peau, chez un homme de taille et de corpulence moyennes, égale environ 15.000 centimètres carrés, ainsi répartis :
Pour la tête 1.323 cent, carrés.
Pour le cou 340 —
Pour le tronc 4.346 —
Pour les deux: membres supérieurs 3.538 —
Pour les deux membres inférieurs 5.516 —
Pour le scrotum, le périnée et le pénis 214 —
Pour les deux pavillons de l’oreille 62 —
Total 15.459 cent, carrés.
Sappey s’est servi, pour ses mensurations, d’un procédé dit géométrique : tour à tour il a considéré la tête comme une sphère, le cou, le tronc et les membres comme autant de cylindres, et il a pu, par une opération des plus simples, évaluer la surface de ces différents segments du corps ; puis, en totalisant les résultats partiels, il a obtenu la superficie totale du tégument externe. Plus récemment Wilmart {La Clinique, 1896), en employant deux procédés, qu’il désigne lui-même sous les noms de procédé de badigeonnage et procédé de tapissage, est arrivé, en ce qui concerne la superficie de la peau, à des chiffres un peu plus élevés que ceux obtenus par Sappey : le premier procédé lai a donné 18.700 centimètres carrés ; le second, 16.400 centimètres carrés. De son côté Bordier, à l’aide d’un appareil spécial, qu’il désigne sous le nom de « intégrateur des surfaces », a obtenu des chiffres qui sont assez concordants avec ceux de Wilmart : pour un sujet de tm,65, 16.717 centimètres carrés ; pour un sujet de lm,66, 17.067 centimètres carrés ; enfin pour un sujet de lm,75, 19.445 centimètres carrés.
La peau, partout continue à elle-même, forme pour ainsi dire une membrane sans fin. Au niveau des ouvertures naturelles du corps, elle se réfléchit sur le pourtour de ces ouvertures, pour se continuer, sans ligne de démarcation bien précise, avec le tégument interne ou membranes muqueuses. Ce mode de continuité, qui s’établit ainsi entre le tégument externe et le tégument interne au niveau des orifices naturels, n’est pas exactement le même pour tous ces orifices. 11 présente, au contraire, pour chacun d’eux, des dispositions plus ou moins spéciales, que nous étudierons ultérieurement à propos des paupières, de la bouche, de Y anus, de la vulve et de Yurèthre.
2° Épaisseur. — L’épaisseur de la peau varie suivant les sujets et, sur le même sujet, suivant les régions. Très mince sur certains points, les paupières et le pénis par exemple, la peau est très épaisse sur d’autres, comme la paume des mains et la plante des pieds, où son épaisseur semble s’accroître avec les frottements dont ces surfaces sont l’objet.
Il est à remarquer, en ce qui concerne les membres, que la peau est plus mince sur la face interne que sur la face externe, plus mince aussi sur la surface de flexion que sur la surface d’extension.
L’épaisseur de la peau, exprimée en chiffres, oscille en général de 1/2 millimètre à 2 millimètres. Elle est de 3 millimètres à la paume des mains et à la
plante des pieds ; elle peut atteindre jusqu’à 4 millimètres à la région de la nuque.
3° Résistance. — La résistance de la peau est considérable. Il résulte d’expériences fort précises entreprises sur ce sujet par Sappey que des bandelettes de peau, qui ont 2 millimètres de largeur sur 3 millimètres d’épaisseur, peuvent supporter un poids de 2 kilogrammes. Des bandelettes d’une largeur double supportent des poids d’une valeur double. Les bandelettes de 10 à 12 millimètres de largeur ne sont pas rompues par un poids de 7 ou 8 kilogrammes ; elles peuvent même résister à des poids de 10 à 12 kilogrammes.
Au cours de ces expériences, les bandelettes, cédant à l’action des poids, s’allongent très nettement. En même temps, on le conçoit, elles perdent de leur largeur et de leur épaisseur.
La résistance de la peau est due principalement aux fibres conjonctives et aux fibres élastiques qui entrent dans la constitution du derme.
4° Coloration. — La coloration de la peau varie suivant les âges , suivant les régions et suivant les races. .
Elle varie d’abord suivant les âges : on sait qu’à la naissance la peau est généralement d’un blanc rosé. Plus tard, chez l’enfant et chez l’adolescent, elle perd peu à peu sa coloration rosée et devient blanche. Cette coloration blanchâtre persiste et s’accentue chez l’adulte. Chez le vieillard, enfin, la peau, subissant les effets de eette déchéance générale qui frappe tous nos organes, s’amincit, se ride et revêt en même temps une teinte plus foncée ou même une nuance légèrement jaunâtre.
Certaines régions du corps ont la peau plus foncée que d’autres : tels sont les organes génitaux chez l’homme et, chez la femme, l’aréole du sein, les grandes et les petites lèvres. Chacun sait que les parties qui sont ordinairement découvertes, comme les mains, le cou et la face, sont plus foncées que les parties cachées par les vêtements. Il est à remarquer encore que la coloration de la peau est généralement un peu plus claire sur la face antérieure du tronc que sur sa face postérieure ; et, en ce qui concerne les membres, plus claire sur la surface de flexion que sur la surface d’extension.
Mais c’est surtout l’influence ethnique qui modifie la coloration du tégument externe. Depuis longtemps déjà les anthropologistes, se plaçant à ce point de vue spécial, ont divisé les races humaines en races blanches , races jaunes et races noires. Une pareille classification est véritablement trop sommaire : les hommes blancs, les hommes jaunes, les hommes noirs ne sont en effet que des types fondamentaux, entre desquels se déroule une longue série de types intermédiaires. C’est ainsi que Broca a pu introduire dans son tableau chromatique de la peau jusqu’à trente-quatre nuances différentes. On pourrait les multiplier encore, car c’est par des gradations à peu près insensibles qu’on passe d’une extrémité à l’autre de l’échelle ethnique, des blancs, qui habitent nos pays, aux populations nègres, qui vivent dans l’Afrique et dans la Mélanésie.
Quoi qu’il en soit, la coloration de la peau dans l’espèce humaine dépend de deux éléments : 1° de la matière colorante rouge du sang ou hématine , qui circule dans les réseaux capillaires du derme et qui est vue par transparence à travers la mince couche de l’épiderme ; 2° de la matière colorante noire ou mélanine, qui se dispose sous forme de granulations dans les cellules de la couche profonde de l’épiderme. A l’hématine et à la mélanine, il convient d’ajouter, à l’état pathologique tout au moins, les matières colorantes de la bile, qui se produisent dans
ORGANES DES SENS
le foie et qui, résorbées par les vaisseaux, viennent communiquer a la peau une teinte jaune plus ou moins marquée (teinte ictérique, teinte subictérique) .
§ II. — Face libre ou superficielle
La surface extérieure de la peau est loin d’être lisse et unie. Indépendamment des productions cornées, les ongles et les poils, que nous étudierons à propos des annexes, elle nous présente des saillies, des sillons et des orifices :
1° Saillies. — Les saillies sont de deux ordres :
a) Les unes, permanentes, sont formées par les papilles du derme, que nous retrouverons dans un instant. Elles sont principalement visibles à la paume des mains et à la plante des pieds, où elles se disposent en rangées régulières, tantôt rectilignes, tantôt curvilignes. Sur la pulpe des doigts, elles forment un système de courbes concentriques à concavité dirigée en haut (fig. 203).
P) Les autres, purement temporaires, sont déterminées par la projection au dehors des follicules pileux sous l'influence du froid ou à la suite d’une émotion vive. Leur apparition brusque à la surface de la peau est vulgairement connue sous le nom de chair de poule.
2° Sillons ou plis. — Les sillons ou plis que nous présente la face externe de la peau sont de quatre ordres, suivant leur mode de production :
a) Nous remarquerons, tout d’abord, les sillons interpapillaires, qui séparent les unes des autres les rangées de papilles ci-dessus décrites.
p) Nous avons ensuite les plis musculaires, qui se produisent sur les portions du tégument où viennent s’insérer les muscles, au front et à la face par exemple : ils résultent de la contraction des fibres musculaires sous-jacentes et il est à remarquer que leur direction est toujours perpendiculaire à celle des fibres qui les déterminent. Ces plis sont d’abord temporaires, durant seulement ce que dure la contraction elle-même. Mais plus tard, à force de se renouveler, ils s’impriment peu à peu sur les téguments, s’accusent de plus en plus et finissent par devenir permanents.
y) Nous avons en troisième lieu les^s articulaires ou plis de locomotion, dus aux mouvements qu’exécutent les uns sur les autres les différents leviers du squelette. Ces plis sont situés au voisinage des articulations et, comme leur position est ordinairement fixe, ils deviennent pour le chirurgien des points de repère précieux. Comme exemple de plis de locomotion, nous rappellerons les plis transversaux que l’on observe à la face antérieure du coude et du poignet. Nous rappellerons encore les plis transversaux ou obliques de la région palmaire, qui, sous le nom de lignes delamain, servent de base à la chiromancie (pour la disposition de ces plis palmaires et leurs rapports avec les vaisseaux sous-jacents, voy. les Traités d'anatomie topographique).
S) Enfin, un quatrième ordre de plis, qu’on pourrait appeler plis séniles, est constitué par les rides qu’amène la vieillesse. Ces rides résultent de la disparition progressive de la graisse au-dessous de téguments vieillis qui, ne pouvant plus se
Fig. 203.
Disposition des crêtes papillaires sur la face palmaire de la phalangette du pouce.
rétracter, restent trop étendus pour la surface qu’ils ont à recouvrir et sont dès lors obligés de former des plis.
3° Orifices. — La surface extérieure de la peau est, pour ainsi dire, criblée d’orifices. Ces orifices, de forme et de dimensions fort variables, appartiennent : 1° aux follicules pileux, qui livrent passage aux poils ; 2° aux glandes sébacées et sudoripares, par lesquelles s’écoulent la matière sébacée et la sueur. Nous les retrouverons plus loin à propos des annexes de la peau.
Les crêtes papillaires forment à la paume des mains et à la plante des pieds, principalement au niveau des phalangettes, des dessins plus ou moins complexes, qui varient pour chaque sujet et, sur le même sujet, pour chacun des doigts et des orteils. Déjà, en 1823, Purkinje signale l’intérêt qui s’attache à ces dessins, dont il fait du reste une description minutieuse. En 1868, Alix les étudie comparativement chez l’homme et chez les singes, cherchant surtout à mettre en lumière les différences qui existent à cet égard entre la main humaine et la main des autres primates. Plus récemment, en 1891, Galton publie dans le Philosophical Transactions un long mémoire basé sur l’examen des empreintes du pouce, prises sur 2.500 sujets environ. De l’étude méthodique de ces empreintes. l’anatomiste anglais a su dégager un certain nombre de types principaux dans lesquels peuvent trouver place tous les cas individuels. Voici sur quels principes repose cette classification :
Si nous jetons un coup d’œil sur la face palmaire de la phalangette du pouce (fig. 204), nous constatons deux ordres de lignes papillaires, savoir : 1° à la base de la phalangette, des lignes papillaires transversales , parallèles par conséquent aux plis articulaires;
2° sur la pulpe du doigt, des lignes courbes et concentriques, dont la concavité regarde en haut et dont les extrémités se perdent sur les deux côtés, le côté radial et le côté cubital, de la phalangette.
Les lignes courbes affectent dans leur disposition des formes fort diverses. Dans certains cas, elles se redressent graduellement au fur et à mesure qu’elles sont plus éloignées de l’extrémité libre du doigt, je veux dire qu’elles présentent une concavité de moins en moins prononcée au fur et à mesure qu’elles se rapprochent des lignes horizontales et qu’elles se confondent avec ces dernières par gradation insensible (fig. 205, 1). Cette disposition, que Galton désigne sous le nom de type primaire, est relativement rare. Le plus souvent, les lignes courbes les plus supérieures sont concaves comme les autres, de telle sorte que leur extrémité interne et leur extrémité externe tombent sur les lignes transversales suivant deux angles qui se regardent l’un l’autre ou, ce qui revient au même, qui regardent tous les deux l’axe du doigt. Ces deux angles se distinguent, pour chacun des doigts, en angle interne ou cubital et angle externe ou radial. Dans la nomenclature qui va suivre, nous désignerons ces deux angles ou plutôt le point où se trouve leur sommet par les lettres i et e, répondant la première à l’angle interne, la seconde à l’angle externe (fig. 205) .
D’autre part, et cela est la conséquence de la direction différente des lignes papillaires précitées, il existe entre le système des fibres courbes et le système des fibres transversales un espace intermédiaire, de forme triangulaire ou elliptique, dans lequel se développent d’autres lignes papillaires (. système intermédiaire ), se disposant suivant les cas en forme d’ovales ou de cercles concentriques, en forme de tourbillon simple ou double, en forme de spirale, de crosse, de raquette, etc- Cet espace intermédiaire est tout naturellement limité (fig. 201, 3), en bas par la plus élevée des lignes courbes (ligne C), en haut par la plus inférieure des lignes transversales (ligne T).
Les relations des lignes C et T avec les points e et i sont fort variables, et c’est précisément sur la variabilité de ces rapports qu’est basée la nomenclature de Galton. Ainsi, la ligne C peut passer à la fois par les points e et i, ou bien ne passer que par l'un de ces points seulement, soit le point e, soit le point i : de là, pour cette ligne trois dispositions différentes. Il en est absolument de même pour la ligne T qui, elle aussi, peut passer à la fois par les deux points e et i, ou bien par l’un d’eux seulement, présentant ainsi les trois modalités de la précédente. Or, comme chacune des trois dispositions de la ligne C peut se combiner avec chacune des trois dispositions de la ligne T, on voit qu’il existe neuf combinaisons, lesquelles réunies à la disposition signalée plus haut sous le nom de type primaire portent à dix les différentes modalités ou types suivant lesquels peuvent se disposer les lignes papillaires de la phalangette. Ces types sont les suivants :
Premier type ( type primaire). — Les lignes courbes se rapprochent graduellement de la direction rectiligne et finissent par se confondre avec les lignes transversales. Conséquemment, il
Fig. 204.
Empreintes du pouce droit {schématique.)
1, lignes courbes. — 2, lignes transversales. — 3, lignes intermédiaires. — C. la plus élevée des lignes courbes. — T, la plus inférieure des lignes transversales. — e, i, côte externe et côte interne du pouce.
ORGANES DES SENS
n'existe aucun espace intermédiaire entre les deux systèmes de lignes, comme cela s'observe" dans tous les types suivants (fig. 205, 1).
Deuxième type (G ei, T ei). — La ligne courbe la plus supérieure ou ligne G passe à la fois par
Fig. 205.
Figure schématique indiquant les divers types suivant lesquels se disposent d'après Galton, les lignes papillaires
de la phalangette du pouce.
Les majuscules C et T indiquent la situation respective des lignes courbes iC) et des lignes transversales (T); les minusculesc et i repondent au côté externe et au côté interne de la phalangette. — 1, premier type [type primaire). — 2, deuxième type (Cei Lei.). — 3, troisième type (Ce. Tt|. — 4, quatrième type (Ci, Te). — 5, cinquième tjpe [Ci, Tij. — 6, sixième type (Ce, Ti). — /. septième type (Ci, Tei). — 8, huitième type (Ce, Te). — 9, neuvième type (Ce, Tei). — 10, dixième type (Cei, Te).
les points e et i, et il en est de même de la ligne transversale la plus inférieure ou ligne T. Les deux lignes précitées se rencontrent par conséquent l'une avec l’autre sur le côté interne et sur le côté externe de la phalangette. On -désigne cette disposition par la formule abrégée Cei, T ei, dans laquelle les relations des deux lignes fondamentales G et T avec les points e et i sont nettement indiquées (fig. 205, 2).
Troisième type (Ce, Ti). — La ligne G passe par le point e et non par le point i ; par contre, la ligne T passe par le point i sans passer par le point e (fig. 205, 3) .
Quatrième type (Ci, Te). — La ligne G passe par le point i et non par le point e ; la ligne T passe par le point e et non par le point i (fig. 205, 4).
Cinquième type (Ci, Ti). — Les deux lignes G et T passent toutes les deux par le point i; aucune d’elles ne passe par le point e (fig. 205, 6).
Sixième type (Cei, Ti). — La ligne C passe par le point e et i; la ligne T passe seulement par le point i (fig. 205, 6).
Septième type (Ci, Tei). — Djins ce type, c’est la ligne T qui passe à la fois par les deux points e et i ; quant à la ligne C, elle passe seulement par le point i (fig. 205, 7).
Huitième type (Ce, Te). — Les deux lignes G et T passent l une et l'autre par le point e ; aucune d’elles ne passe par le point i (fig. 205, 8).
Neuvième type (Ce. Tei). — La ligne G passe par le point e seulement. La ligne T passe à la fois par les points e et i (fig. 205, 5).
Dixième type (Cei, Te). — La ligne C passe à la fois par les points e et i, tandis que la ligne T ne passe que par le point e (fig. 205. 10).
Est-il besoin de rappeler que, dans les neuf derniers types, la ligne G et la ligne T sont séparées l'une de l'autre par un Fig. 206. espace plus ou moins large, dans lequel se dispose Je système
Les lignes papilllaires de la paume de la intermédiaire des lignes papillaires, alïectant les formes maiu (d’après Ch. Féré).
Cette figure nous montre des lignes papillaires parallèles au pli d’opposition du pouce et aux plis de flexion des doigts; on y voit, entre autres détails, les lignes transversales de l’annulaire former une anse il convexité tournée vers la paume à la basede ce doigt.
diverses de ipirale, de cercles concentriques, de crosse, de raquette, etc., que nous avons déjà indiqués ci-dessus.
Ch. Féré, qui a étudié suivant la méthode de Galton les dessins papillaires de cent quatre-vingtdeux épileptiques, non pas seulement sur les doigts, mais encore sur le gros orteil, n’a rencontré sur ce dernier que sept types sur les dix que présentent les doigts. De ces sept types, ceux qu’il a observés le plus fréquemment sont le type primaire et le type Ce, Te (AR-PR de Féré). En ce qui concerne les doigts, le même auteur est arrivé à cette conclusion que le pouce et l’index, qui sont les deux doigts les plus différenciés au point de vue fonctionnel, sont précisément ceux où les variations morphologiques des crêtes papillaires sont les plus fréquentes.
Plus récemment (1900), Ch. Féré, étendant ses recherches à la paume de la main et à la plante du pied, a minutieusement décrit les lignes papillaires de ces deux régions. Sur la paume de la main (il suffit de jeter un simple coup d’œil sur la ffg. 206 pour le constater), elles affectent en général une direction parallèle aux plis primordiaux de flexion et d'opposition, lesquels, on le sait, sont les plis de flexion communs des doigts et le pli d’opposition du pouce. A la plante du pied, les lignes papillaires se portent transversalement du bord externe au bord interne : cela est, du moins, la direction générale que l’on observe à la partie postérieure et à la partie moyenne de la région ; à la partie antérieure, elles s’infléchissent plus ou moins en avant et affectent une direction oblique. Nous nous bornerons ici à ces données sommaires et renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails, aux mémoires originaux.
L’étude des dispositions variables que présentent chez l’homme les lignes papillaires, soulève une foule de questions, toutes intéressantes, mais encore incomplètement résolues. Telles sont leur hérédité, leurs relations avec la sensibilité tactile, leur symétrie, leurs manières d’être aux différents âges de la vie, leurs variations ethniques, etc.
Si nous nous en rapportons aux recherches de Galton, le type morphologique des lignes papillaires se transmet par hérédité des générateurs à leurs descendants au même titre que les dispositions dites familiales. Par contre, la comparaison des dessins avec la sensibilité tactile n’a fourni jusqu’ici à l’anatomiste anglais que des résultats négatifs.
Pour ce qui a trait à la symétrie, Galton admet que le type observé sur l’un des pouces s’observe le plus souvent sur le pouce opposé : toutefois la similitude est rarement parfaite. Féré a rencontré cette symétrie bilatérale avec une fréquence moins considérable. Mais il ne faut pas oublier que ce dernier n’a examiné que des épileptiques; et, dans ce cas, la divergence des résultats obtenus peut s’expliquer peut-être par la différence des milieux où ont opéré les deux observateurs. Quoi qu’il en soit, voici quelle a été, dans les observations de Féré, la fréquence de cette symétrie pour chacun des cinq doigts de la main :
Pour le pouce 52,19 p. 100
— l’index 41,09 —
— le médius 56,59 —
— l’annulaire 52,74 —
— l’auriculaire 75,27 —
Les observations d’HERscHEL et celles de Galton s’accordent à démontrer que les dessins des lignes papillaires ou, ce qui revient au même, les empreintes digitales ne varient pas avec l’âge, qu'elles conservent au contraire, de l’enfant à l’adulte et de l’adulte au vieillard, des caractères toujours identiques, non seulement dans leurs dispositions fondamentales, mais jusque dans leurs moindres détails. Les empreintes digitales deviennent ainsi un excellent élément identification et peuvent acquérir une grande importance en médecine légale, au même titre que la photographie du visage et les divers caractères fournis par l’anthropométrie. (Voy., pour plus de détails, les Traités de médecine légale et les mémoires spéciaux, notamment celui de Locard, Lyon, 1903.)
Consultez, au sujet des lignes papillaires de la main : Purkinje, Commentatio de examine physiologico organi visus et systematis cutanei , Breslau, 1823 ; — Alix, Annales des Sc. naturelles, 1868, t. VIII, p. 295, et t. IX, p. 5; — Galton, Nature, 1888, t. XXXVIII, p. 201 ; — Du même, Pkilosophical Transactions, 1891, t. CLXXX1I, p. 15 ; — de Varigny, Rev. scientifique , 1891 ; — Ch. Féré, C. R. Société de Riologie, 1891 et 1896 : — Forgeot, Th. de Lyon, 1891 ; — Féré (Ch.), Note sur lesmains et les empreintes digitales de quelques singes, Journ. de l’Anat. et de la Physiol., 1900; — Du même, Les lignes papillaires de la paume de la main, ibid. , 1900 ; — Du même, Les lignes papillaires de la plante du pied, ibid., 1900 ; — Locard, La dactyloscopie, Lyon, 1903 ; — Yvert, L’identification par les empreintes digitales palmaires , Th. Lyon, 1904.
§ 111. —Face adhérente ou profonde
La face adhérente de la peau (fig. 207) est très irrégulière. Elle est creusée tout d’abord d’une série de dépressions plus ou moins profondes, qui sont comblée&
ORGANES DES SENS
par des pelotons adipeux. Elle nous présente, ensuite, de très nombreux orifices, à travers lesquels pénètrent les vaisseaux destinés à la peau
§ IV Formations sous-cutanées
Dans toute l’étendue de la face profonde, la peau est reliée aux organes sousjacents, quelle que soit la nature de ces organes, par une couche de tissu conjonctif plus ou moins riche en graisse : c’est le tissu cellulaire sous-cutané que l’on appelle encore hypoderme , pannicule cellulo-adipeux, ou tout simplement pannicule adipeux. Il s’y développe parfois des bourses séreuses. On y rencontre aussi, sur certains points, des formations musculaires, que l’on désigne sous le nom de muscles peauciers. Étudions successivement ces divers éléments.
1° Pannicule cellulo-adipeux, fascia superficialis. — Le pannicule celluloadipeux (fig. 194, C) se dispose généralement de la façon suivante : les faisceaux conjonctifs sous-cutanés se ramassent à la face profonde de la peau pour former, au-dessous d’elle, une espèce de membrane réticulée intimement unie au derme. Ils se fusionnent de même au-dessus de l’aponévrose et donnent ainsi naissance à une nouvelle lame, constituée comme la précédente, mais beaucoup plus mince. Des tractus conjonctifs, à trajet vertical ou oblique, unissent l’une à l’autre ces deux lames et circonscrivent ainsi un système de loges ou aréoles, dans lesquelles s’amasse le tissu adipeux. Ainsi disposé, le pannicule cellulo-adipeux prend, en anatomie topographique, le nom de fascia superficialis et, il se compose, comme on le voit : 1° de deux feuillets conjonctifs, l’un superficiel ou dermique, l’autre profond ou sus-aponévro tique ; 2° d’une couche de graisse, comprise entre ces deux feuillets. C’est encore entre les deux feuillets du fascia superficialis que cheminent les vaisseaux et les nerfs dits superficiels ou sous-cutanés .
Tandis que le feuillet superficiel du fascia superficialis est intimement uni au derme et fait corps avec lui, le feuillet profond est séparé de l’aponévrose par une couche de tissu conjonctif lâche, qui lui permet de glisser facilement sur elle. Ainsi s’explique la mobilité des téguments sur les couches sous-jacentes : ce n’est pas la peau qui se meut sur le pannicule cellulo-adipeux, mais la peau et le pannicule qui, ensemble, glissent sur l’aponévrose.
Chacun sait que la mobilité de la peau n’est pas partout la même : très étendue sur certains points, elle est, sur d’autres, fort limitée. Il est même un certain nombre de régions où les téguments sont à peu près immobiles : telles sont la région du creux axillaire, la paume des mains, la plante des pieds. Dans ces régions, le tissu cellulaire sous-cutané présente une disposition toute particulière : au lieu et place des deux feuillets conjonctifs qui caractérisent le fascia superficialis, nous rencontrons des trousseaux fibreux, à la fois très courts et très résistants, qui se détachent de la face profonde du derme et vont, d’autre part, s’implanter directement sur l’aponévrose. Ils unissent ainsi ces deux membranes d’une façon intime, d’une façon tellement intime que la première ne peut glisser sur la seconde. Ici encore, les trousseaux fibreux qui vont du derme à l’aponévrose circonscrivent entre eux un système d’étroites aréoles où se tassent des pelotons adipeux. Il est à remarquer que la graisse s’y trouve pour ainsi dire dans un état de compression permanente : en effet, lorsqu’on vient à sectionner, dans ces régions, la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, on voit les pelotons adipeux faire hernie à la surface
de section. C’est à une .pareille disposition que les téguments, à la paume de la main et à la plante du pied, doivent cette élasticité et cette résistance qui leur sont propres et qui se trouvent merveilleusement adaptées à leur fonction.
2° Bourses séreuses sous- cutanées. — Les bourses séreuses sous-cutanées, encore appelées bourses muqueuses, sont des cavités plus ou moins spacieuses,
io
creusées dans le tissu cellulaire sous-cutané et destinées à favoriser le glissement de la peau sur les couches sous-jacentes.
A. Situation et mode de développement. — On en rencontre, en général, sur tous les points où la peau recouvre quelques parties saillantes du squelette, et leur développement est la conséquence même du glissement de la peau sur ces parties saillantes.
Fig. 207.
Coupe perpendiculaire de la peau du gros orteil (d’après Darier).
(Tons les détails qu’on aperçoit sur la figure ont été reproduits d’après nature; mais, observés sur des coupes différentes, ils ont été répartis à leur place exacte sur le dessin d’une première coupe servant de canevas).
1. couche cornée, avec 1’, éléidine diffuse dans cette couche. — 2, stratum lucidum. — 3, stratum granulosum. — 4, corps muqueux de Malpighi. — 5, couche génératrice. — 6, papilles du derme. — 7, faisceaux conjonctifs en coupe transversale. — 8, glande sudoripare, avec : 8’ un canal excréteur traversant le derme ; 8” un canal excréteur traversant la couche cornée. — 9, réseau élastique (en traits noirs) des papilles, du demie et de l’hvpoderme. — 10, lobules adipeux de l’hypoderme. — 11, cloison conjonctivo-élastique séparant les lobules adipeux. — 12, artères coupées en travers. — 13, veinule en coupe transversale. — 14, nerf coupé en travers. — 15, corpuscule du tact. — 16, un corpuscule de Pacini coupé en long. — 17, un corpuscule de Pacini coupé en travers.
ORGANES DES SENS
Sous l’influence de ces glissements, en eflet, les faisceaux conjonctifs qui unissent le derme à l’aponévrose ou au périoste, s’allongent, s'amincissent, se raréfient et finissent même par disparaître. Du même coup, les aréoles, délimitées par eux, s’agrandissent, puis se fusionnent de proche en proche, pour ne plus former bientôt qu’une seule cavité, cloisonnée ou non, qui n’est autre qu’une bourse séreuse.
Produites par les frottements de la peau, les bourses séreuses sous-cutanées sont, tout naturellement, d’autant plus spacieuses qu’elles occupent des régions où ces frottements sont plus étendus et plus souvent répétés. Pour la même raison, elles se développent graduellement avec les progrès de l’âge : elles sont plus marquées chez l’adulte que chez l’enfant, plus considérables encore chez le vieillard que chez l’adulte. La plupart d’entre elles n’apparaissent qu’après la naissance, alors que se montrent et se régularisent les différents actes de la locomotion. Quelques-unes cependant, fixées par l’hérédité, existent déjà chez le foetus à terme : elles sont dites congénitales, par opposition aux précédentes qui sont dites acquises, acquises au cours de la vie aérienne.
Retterer (1896), qui a étudié sur les pattes abdominales du lapin l’évolution que suit le tissu conjonctif embryonnaire pour aboutir à une bourse séreuse, distingue cinq stades :
a) Dans le premier stade [tissu conjonctif primordial) , le tissu conjonctif des membres est précédé par un tissu que Retterer appelle tissu conjonctif primordial : il se présente (tig. 208) sous la forme de noyaux ovalaires, serrés, que sépare et unit en même temps une substance transparente etjiomogène. Cette substance internucléaire, parfaitement indivise, formant par conséquent une masse unique, est Yhyaloplasma.
Fig. 208.
Fig. 209.
Fig. 210.
Tissu conjonctif primordial : embryon de lapin de 16 jours (d’après Retterer).
Tissu conjonctif embryonnaire, apparition du réseau fibrillaire (d’après Retterer).
Tissu réticulé à mailles pleines : les fibrilles, comme on le voit, se sont à la fois multipliées, allongées, ramifiées, anastomosées en réseau (d’après Retteker).
1, noyau au repos. —
2, cellule de division. —