DERME
Couche papillaire ..
Coruhcvt excréteur ci glande sudoripaxe
Couche réticulée. --
Glande sudoripare
2° Conformation extérieure. — Le derme présente, comme la peau elle-même, deux faces, l’une profonde, l’autre superficielle :
a. Face profonde. — • La face profonde n’est autre que la face profonde de la peau elle-même : rappelons-nous qu’elle répond au tissu cellulaire sous-cutané, qu’elle est creusée d’aréoles plus ou moins profondes comblées par des glandes sudoripares ou par des pelotons adipeux, qu’elle présente enfin un grand nombre d’orifices dans lesquels s’engagent les vaisseaux et les nerfs cutanés.
b. Face superficielle. — La face superficielle répond à l’épiderme. Elle est hérissée dans la plus grande partie de son étendue
d’une multitude de petites éminences, ordinairement coniques, connues sous le nom de papilles. Nous les décrirons tout à l’heure.
Le derme cutané est limité du côté de l’épiderme par une mince bordure hyaline, que l’on rencontre sans interruption aucune sur toute l’étendue du tégument externe : c’est la basement membrane des histologistes anglais, la membrane basale de Ranvier, la couche vitrée de Renaut. Elle est régulièrement plane sur tous les points qui sont dépourvus de papilles. Dans les régions qui en possèdent, elle se soulève en même temps qu’elles et les suit régulièrement dans toutes leurs sinuosités.
La partie toute superficielle du derme a reçu le nom de couche réticulaire ou de corps réticulaire. Le corps réticulaire répond à la base des papilles et, entre les papilles, aux bourgeons épithéliaux de l’épiderme qui reposent sur lui. 11 se distingue du reste du derme ou chorion proprement dit, par une délicatesse plus
COUCHE SOUS CUIANEE-
Fig. 213.
Coupe perpendiculaire de la peau du doigt d’un homme adulte (d’après Stôhr).
ORGANES DES SENS
grande de son tissu et aussi par sa coloration gris rouge, indice d’une riche vascularisation.
Au point de vue des rapports réciproques des deux couches fondamentales de la peau, le derme et l’épiderme, Bl.vscko (1887), décrit les quatre types suivants. — Dans le premier type , les deux couches entrent en contact par des surfaces parfaitement planes. 11 n’y a aucune trace de papilles. Exemple : la peau du front, le raphé du périnée, la peau de la conque de l’oreille. — Dans le deuxième type, les couches profondes de l’épiderme forment des bandes linéaires parallèles à la direction des poils. Il n’y a pas encore de papilles. Exemple : la peau du cou. — Dans le troisième type, les bandes précitées sont croisées par des bandes de sens contraire et, en fait, il existe une sorte de réseau incomplet. Exemple : la peau de l’abdomen, la peau du dos, la peau des fesses et la peau de la face d’extension des membres. — Dans le quatrième type, le réseau du type précédent devient un réseau complet. Dans les mailles de ce réseau s’enfoncent des saillies dermiques qui ne sont autre chose que les papilles. Exemple : le cuir chevelu et la peau du plan de flexion des membres.
3 ' Papilles dermiques. — Découvertes en 1664 par Malpighi, les papilles dermiques sont très variables dans leur nombre, leurs dimensions, leur direction, leur forme, leur nature morphologique :
a. Nombre. — Sappey a compté en moyenne, par millimètre carré. 36 papilles à
7a paume des mains et à la plante des pieds, 75 à 130 sur les autres régions du corps.
b. Dimensions. — Au point de vue de leurs dimensions, elles se distinguent en grandes, moyennes et petites. Les plus petites mesurent de 35 à 55 p de hauteur : on les rencontre sur la mamelle de la femme, sur le scrotum et à la racine du pénis, sur la face et plus spécialement sur les paupières, le front, le nez, les joues et le menton (Kôlliker). Les plus longues atteignent 110 à 225 g : on les trouve à la paume des mains, à la plante des pieds, au-dessous de l’ongle, au niveau des petites lèvres.
c. Direction. — Les papilles dermiques sont en général perpendiculaires à la surface du derme. On en voit aussi qui sont obliques, je veux dire qui sont plus ou moins inclinées sur leur surface d'implantation, mais cette inclinaison est peu accusée. Suivant quelques auteurs, les papilles seraient primitivement obliques et ce n’est que plus tard, au cours du développement, qu’elles se redresseraient pour prendre peu à peu la direction verticale qui les caractérise chez l’adulte.
d. Forme : papilles simples et papilles composées. — Envisagées au point de vue de leur forme extérieure, les papilles se divisent en papilles simples et en papilles composées :
a) Les papilles simples n’ont qu’un seul sommet. Elles affectent de préférence la forme conique. On en voit, cependant, qui sont hémisphériques, cylindriques ou même légèrement renflées à leur extrémité libre.
p) Les papilles composées sont ainsi appelées parce que, avec une seule base, elles possèdent deux ou trois sommets, quelquefois quatre ou cinq. Elles se voient à la
les
Fig.. 214.
Section horizontale à travo sommets des papilles d’une crête entière des deux moitiés de crête; gross. de 60 diamètre (d’apres Kôlliker).
I, couche cornée de l’épiderme dans l’inlervalle des crêtes, intéressée (dans la section a travers le sommet des papilles) à cause de sou trajet ondulé. — 2, couche de Malpighi. — 3, pap lles composées. — 4, couche de Malpighi entre les papilles qui reposent sur une base commune. — 5. canaux sudorilères.
paume des mains et à la plante des pieds, où elles se disposent d’une façon toute particulière. En effet, au lieu de se disséminer sans ordre comme dans la plupart
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
des régions du corps, elles se juxtaposent régulièrement les unes à la suite des autres et forment ainsi des séries linéaires, connues sous le nom de crêtes der-
Fig. 2 15.
Papilles de la peau vues à plat ; elles sont dessinées ici par une pigmentation pathologique des espaces interpapillaires (d’après Darier)
a , région non pigmentée, où les papilles ne se voient pas. — b , région pigmentée, où les saillies papillaires apparaisssent en blanc sur fond coloré. — c, c’ papilles cylindro-coniques. — d' d\ élevures papillaiies allongées, disposées en séries parallèles ou rayonnantes. — e, aspect du réseau coloré, résultant de la pigmentation des espaces interpapillaires.
iniques. Ces crêtes dermiques, séparées les unes des autres par des sillons de même direction, mesurent en largeur de 2 à 7 dixièmes de millimètre et se voient
très nettement à la surface de l’épiderme sans le secours d’aucun instrument gros-
Papilles du derme, avec leurs vaisseaux et un corpuscule du tact.
1, papille simple, avec une anse vasculaire. — 2, 2, papilles bifides avec deux anses vasculaires. — 3, papille bifide avec une anse vasculaire et un corpuscule du tact. 4. — 5, tubes nerveux se rendant au corpuscule du tact. — • 6, réseau sanguin sous-papillaire.
sissant. A la paume des mains, elles sont rectilignes ou se disposent suivant une ligne courbe à long rayon. Sur la pulpe des doigts, ce sont surtout, nous l’avons
ORGANES DES SENS
déjà vu (p. 290), des courbes à courts rayons, assez régulièrement concentriques et regardant par leur concavité la racine des doigts. Vues d’en haut (fig. 214, 5), les crêtes dermiques nous présentent les sommets des papilles qui les constituent, lesquelles se disposent, pour chacune d’elles, en deux rangées principales. Ces deux rangées sont séparées l’une de l’autre par un sillon irrégulier et peu profond, au fond duquel viennent s’ouvrir les glandes sudoripares.
d. Papilles vasculaires et papilles nerveuses. — Les papilles du derme renferment à leur centre soit des vaisseaux, soit un corpuscule du tact : de là une nouvelle division de ces papilles en papilles vasculaires et en papilles nerveuses (fig. 216). — Les premières sont uniformément répandues sur toute la surface du tégument externe. — Les papilles nerveuses se rencontrent exclusivement à la face palmaire de la main et à la face plantaire du pied. Elles sont particulièrement nombreuses au niveau des doigts, comme le démontrent les chiffres suivants : Meissner, au niveau de la troisième phalange de l’index, en a compté jusqu’à 108 sur une étendue de 22 millimètres carrés. Sur une surface de même dimension, ce nombre descendait à 40 au niveau de la deuxième phalange de l’index, à 15 au niveau de la première phalange du même doigt. Il n’était plus que de 8 sur la peau de l’éminence thénar et sur celle qui recouvre la partie moyenne de la paume de la main.
4° Structure générale du derme. — Le derme cutané est essentiellement constitué par du tissu conjonctif, des fibres élastiques, des fibres musculaires lisses et de la
graisse. A ces divers éléments s’ajoutent des vaisseaux et des nerfs que nous décrirons plus loin (voy. p. 313 et 316).
a. Tissu conjonctif. — Le tissu conjonctif est l’élément prédominant du derme. 11 se montre sous forme de faisceaux, cylindriques ou aplatis, qui s’entrecroisent dans tous les sens, en formant une espèce de feutrage qui est beaucoup plus serré dans les couches superficielles que dans les couches profondes. Ces faisceaux se disposent pour la plupart parallèlement à la surface du derme; on en rencontre un certain nombre, cependant, qui sont perpendiculaires ou obliques. Le long des faisceaux conjonctifs du derme se disséminent de nombreuses cellules du tissu conjonctif, fusiformes ou étoilées, envoyant à distance des prolongements qui s’anastomosent avec les prolongements similaires des cellules voisines.
A côté de ces cellules du tissu conjonctif, cellules fixes , se trouvent un certain nombre de cellules mobiles ou migratrices. Ce sont tout d’abord des globules blancs ou leucocytes de dimensions et de types variés; puis, d’autres cellules, probablement dérivées des leucocytes, qui constituent les Plasmazellen et les Mastzellen des histologistes allemands. — Les Plasmazellen {cellules plasmatiques de 4V aldeyerj sont plus volumineuses que les leucocytes. Elles sont sphériques ou polyédriques ; mais, quelle que soit leur forme, elles sont toujours dépourvues de prolongements. — Les Mastzellen ( cellules d'Ehrlich, cellules engraissées , cellules gavées) sont des éléments dont la forme, comme les dimensions, est extrêmement variable : on en voit de sphériques, de polyédriques, de triangulaires, de fusiformes. Ce qui les
Fig. 217.
Fibres élastiques larges et ondulées du tissu cellulaire sous-cutané (d’après Tourneux).
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
caractérise essentiellement, c’est que leur protoplasma est bourré de fines granulations qui se colorent en violet rouge sous l’action de la thionine.
En s’entrecroisant les uns avec les autres, les faisceaux conjonctifs du derme ménagent un certain nombre d’espaces dans lesquels se logent les glandes, les vaisseaux et les nerfs. C’est encore dans ces espaces que circulent les sucs nutritifs. Tous les vides sont comblés par de la matière amorphe.
b. Fibres élastiques. — Le tissu élastique est représenté par des fibres de la variété dartoïque. Ces fibres, richement ramifiées et anastomosées entre elles, forment un vaste réseau qui s’entremêle aux faisceaux conjonctifs et qui occupe toute la hauteur du derme. Il est à remarquer, cependant, que les fibres élastiques deviennent plus minces et moins ramifiées au voisinage des papilles.
c. Fibres musculaires lisses. —
Le derme cutané, outre les fibres musculaires que lui envoient les muscles peauciers que nous avons déjà décrites (voy. p. 299), possède des fibres musculaires lisses qui lui appartiennent en propre :
elles forment les muscles redresseurs des poils. Ces petits muscles, dont nous devons la première description à Kôlliker, se montrent au voisinage des follicules pileux sous la forme de faisceaux cylindriques ou aplatis, larges de 4b à 200 g. Ils prennent naissance dans les couches toutes superficielles du derme.
De là, ils se portent obliquement vers le fond du follicule auquel ils sont annexés et s’implantent sur ce follicule, un peu au-dessous de ses glandes sébacées (fig.
218,10).. Chaque follicule pileux possède deux ou trois de ces faisceaux musculaires. On conçoit sans peine, que, lorsque ces faisceaux viennent à se contracter, les follicules se projettent en dehors, formant ainsi à la surface extérieure de la peau ces myriades de petites élevures dont l’ensemble constitue le phénomène connu sous le nom de chair de poule.
d. Tissu adipeux. — Le tissu adipeux fait complètement défaut dans les couches superficielles du derme. Il fait son apparition seulement dans les couches profondes, d’abord sous formes de vésicules isolées, puis sous forme de petits pelotons adipeux (fig. 207), qui forment la transition entre les simples vésicules adipeuses et ces lobules adipeux qui remplissent les aréoles de la face profonde du derme.
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 39
Fig. -18.
Coupe transversale cle la peau pour montrer le follicule pileux et son muscle redresseur.
1, épiderme. — 2, derme. — 3, tige du poil. — 4, sa racine.
5, son bulbe. — 6, sa papille. — 7, follicule pileux, avec : a , sa tunique externe; b. sa membrane vitrée; c, sa gaine épithéliale externe ; d, sa gaine épithéliale interne. — 8, glandes sébacées, avec 8’, leur conduit excréieur. — 9, espace libre, par lequel s écoule la matière sébacée. — 10, 10’, muscle redresseur du poil.
ORGANES DES SENS
Isolées ou agminées, les vésicules adipeuses se disposent toujours dans les interstices des faisceaux conjonctifs.
5 Structure spéciale des papilles. — Quant aux papilles, parties intégrantes du
derme, elles présentent en principe la même structure que ce dernier. Toutefois, les faisceaux conjonctifs et les fibres élastiques y sont beaucoup plus minces. Par contre, les éléments cellulaires, sont beaucoup plus multipliés dans les papilles que dans le derme proprement dit; ils y affectent, en outre, ce caractère particulier, qu’ils sont pour ainsi dire réduits à de simples noyaux, par suite de l’atténuation considérable du protoplasma cellulaire. Comme nous le montre nettement la figure ci-contre, les faisceaux conjonctifs de la papille se disposent parallèlement à son axe, autrement dit affectent une disposition verticale.
Outre les éléments conjonctifs, les papilles dermiques nous présentent des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Nous y reviendrons plus loin.
La surface des papilles n’est pas entièrement lisse, comme on l’a cru pendant longtemps : elle est, au contraire, fortement plissée et présente ainsi des crêtes plus ou moins obliques qui, vues de profil (fig. 238), simulent des dents (Ranvier).
§ Il . — Épiderme
L’épiderme ou couche superficielle de la peau s’étale à la manière d’un vernis protecteur à la surface externe du derme. Dérivé du feuillet externe du blastoderme, il se caractérise anatomiquement par ce double fait qu’il se compose de cellules épithéliales et qu’il ne présente jamais de vaisseaux canaliculés, soit sanguins, soit lymphatiques.
1° Épaisseur. — Son épaisseur, parfaitement étudiée en 1879 par Drosdoüff, varie beaucoup suivant les points où on le considère. Dans la plupart des régions du corps,, elle est de 0mm,05 à 0mm,10 au niveau des papilles, de 0mm,06 à 0a,m,15 au niveau des espaces interpapillaires ; sur certains points cependant, on la voit s’élever à 0mm,28 et 0mm,30. Sur les extrémités, l’épiderme présente un développement beaucoup plus considérable : c’est ainsi qu’il atteint, en dehors de tout état pathologique, 0mm,60 à lmm,50 à la paume des mains et à la plante des pieds, 0mm,80 à lmœ,o6 au niveau de la pulpe des doigts. Cet épaississement tout spécial de l’épiderme sur les extrémités des membres thoraciques, et des membres pelviens, tient évidemment aux pressions et aux frottements presque continuels dont les surfaces précitées sont le siège.
2° Conformation extérieure. — Comme le derme, l’épiderme nous présente deux faces, l’une superficielle, l’autre profonde :
Coupe longitudinale d’une papille dermique, provenant de la face antérieure de l'index (d’après von Brunn).
1. couche superficielle du derrue. — 2, faisceaux conjonctifs de la papille avec ses noyaux. — 3, un vaisseau sanguin — 4, un autre vaisseau sanguin. — 5, lymphatique central.
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a. Face superficielle. — La face superficielle n’est autre que la surface extérieure de la peau elle-même. Elle a été précédemment décrite. Nous nous contenterons de rappeler : 1° qu’elle présente de nombreuses saillies, permanentes ou temporaires; 2° qu’elle possède des sillons et des plis de plusieurs ordres; 3° qu’elle est, enfin, criblée orifices pour le passage des poils, de la matière sébacée et de la sueur.
b. Face profonde. — La face profonde, se moulant sur le derme, reproduit fidèlement en creux toutes les saillies que présente ce dernier. Mais ce n’est pas tout :
l’épiderme, comme nous le verrons plus loin, envoie des prolongements épithéliaux dans les glandes sudoripares, dans les glandes sébacées et dans les follicules pileux , qui occupent l’épaisseur du derme.
Il en résulte que, lorsque par un procédé quelconque, la macération dans l’eau par exemple, on sépare l’épiderme, du derme, on voit pendre à sa face profonde tous les prolongements sus-indiqués (fig. 220), lesquels se sont rompus à une profondeur plus ou moins considérable dans le derme. Ces prolongements sont très variables par leur forme, par leur largeur et par leur longueur; mais tous sont canaliculés, chacun d’eux représentant le revêtement interne,, soit d’un follicule pileux, soit d’une glande.
Fig. 220.
Papilles dermiques séparées de leur revêtement épidermique après macération [schématique).
1, 1, i, papilles dermiques distribuées en séries géminées. — 2, 2, 2, dépressions de la face profonde de l’épiderme, dans lesquelles sont reçues les papilles. — 3, 3’, canaux excréteurs des glomérules sudoripares, dont quelques-uns sont rompus par le soulèvement de l’épiderme.
3° Structure. — L’épiderme est essentiellement constitué par des cellules épithéliales, dites cellules épidermiques, qui s’étagent au-dessus du derme en assises régulières. Quoique procédant d’une origine commune, ces cellules se modifient dans leur forme et dans leurs propriétés biologiques au fur et à mesure qu’elles s’éloignent du derme. Il en résulte que l’épiderme, examiné sur des coupes perpendiculaires à la surface du tégument, n’est pas uniforme, mais présente un aspect tout différent dans ses parties superficielles et dans ses parties profondes. A cet égard, on l’a divisé en deux couches : une couche profonde ou corps muqueux de Malpighi, et une couche superficielle ou couche cornée : la première, légèrement brunâtre, est relativement molle ; la seconde, incolore, transparente, dure, plus ou moins kératinisée (de xépaç, corne).
Une pareille division, qui pendant longtemps est restée classique, n’est plus en harmonie aujourd’hui avec les récents progrès de l’anatomie générale. C’est ainsi que, dans le corps muqueux de Malpighi, on a fait une place à part à la première
ORGANES DES SENS
rangée de cellules, sous le nom de couche basilaire ; une place à part également aux assises les plus superficielles sous le nom de couche granuleuse ; les cellules
moyennes, c’est-à-dire celles qui sont comprises entre la couche basilaire et la couche granuleuse, forment une couche spéciale qui a conservé le nom de couche de Malpighi. De même, dans la couche cornée, les assises cellulaires les plus profondes ont été distraite^ de cellules cornées proprement dites, pour former une couche spéciale à laquelle on a donné le nom de couche transparente .
L’épiderme se compose donc de cinq couches régulièrement superposées, qui sont, en allant des parties profondes vers les 1° la couche basilaire ; 2° la couche de Malpighi ; 3° la
couche granuleuse ; 4° la couche transparente ; 5° la couche cornée.
Fig. 221.
Coupe perpendiculaire de la peau de la paume de la main (d’après von Biujnn).
1, derme. — 2, papilles dermiques. — 3, couche basilaire de l’épiderme. — corps de Malpighi. — 5, stratum granulosum. — 6, stratum lucidum. — , couche cornée.
parties superficielles
A. Couche basilaire. — La couche basilaire (fig. 222, 1) est formée par une rangée unique de cellules cylindriques ou prismatiques, qui s’implantent sur le derme 'perpendiculairement à la surface de la peau. Leur hauteur est de 12 à 14 p., leur largeur de 6 à 8 p.. Elles contiennent à leur centre un noyau, allongé comme elles et dans le même sens.
Ce noyau, qui rappelle assez bien la forme d’un bâtonnet, mesure en moyenne 8 p de longueur et 4 g de
Fig. 222.
Coupe transversale de la peau, pour montrer les différentes couches de l’épiderme [schématique.)
A, épiderme. — B, derme. — 1, couche basilaire ou génératrice, audessous de laquelle se voit la membrane basale. — 2, couche de Malpighi. — 3, couche granuleuse ( stratum granulosum) . — 4, couche transparente (sfraturn lucidum ). — 5, couche cornée [stratum corneum ).
largeur.
Tout autour du noyau et dans toute l’étendue du protoplasma, s’amassent des
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
granulations pigmentaires de mélanine : leur nombre varie naturellement suivant l’état de coloration de la peau. Nous y reviendrons tout à l’heure.
Du côté de la couche de Malpighi, les cellules basilaires se terminent par un contour très net et il en est dë même sur leurs faces latérales. Du côté du derme, leur limite est moins nettement marquée : elles présentent à ce niveau de grossières dentelures protoplasmiques, qui s’engrènent avec les saillies et les dépressions de la surface dermique.
L’expérimentation nous a appris depuis longtemps déjà que l’on peut enlever toutes les couches épidermiques qui surmontent la couche basilaire sans détruire pour cela l’épiderme. Il suffit de laisser intacte cette dernière couche pour voir se régénérer au-dessus d’elle le corps de Malpighi d’abord, puis sa couche granuleuse et enfin les couches cornées. La couche des cellules basilaires devient ainsi le milieu générateur d’ou dérivent toutes les autres cellules de l’épiderme : de là le nom de couche génératrice {stratum germinativum ) qui lui a été donné par Ch. ÜEMYet qui a été adopté depuis par un grand nombre d’histologistes.
Herxeimer (Congrès de Prague, 1889), en appliquant à l’étude de l’épiderme la méthode de Weigert, a constaté, entre les cellules de la couche basilaire, la présence de fibres spirales qui, d’une part, pénètrent dans la membrane basale, et d’autre part peuvent s’étendre jusque sous la première rangée du stratum malpighien. Ces fibres ont été décrites à nouveau par Kromayer {Arch. f. Dermatol. u. Syph., 1890) et par Eddoyves ( Monatschr . f.prakt. Dermatol.). Ce dernier auteur a constaté qu’elles étaient plus nombreuses dans certaines inflammations de la peau qu’à l’état normal : de plus, il les a vues se continuer par des filaments très fins avec les dépôts fibrineux du derme; enfin il les a vues disparaître sur les coupes soumises par lui à l’action >l'un suc digestif. Pour ces différentes raisons, il estime que les fibres spirales d’HERXHEiMER ne sont autre chose que de petits cylindres fibrineux qui sont déposés entre les cellules de l’épiderme, probablement dans les fentes lymphatiques.
B. Couche de Malpighi. — La couche de Malpighi ( stratum malpighien, corps muqueux ou lacis de Malpighi , couche rétiforme de Renaut) se compose (fig. 222,2), de plusieurs assises de cellules polyédriques, mesurant de 10 à 12 de largeur et possédant à leur centre un noyau arrondi ou ovalaire de 5 à 6 ^ de diamètre. Leur protoplasma se divise en deux portions morphologiquement bien différentes : une partie interne ou périnucléaire, avec un aspect clair ; une partie externe ou périphérique avec un aspect nettement fibrillaire. La première de ces deux portions a reçu le nom d ’exoplasme ; le second constitue Yendoplasme.
Les cellules malpighiennes sont légèrement aplaties et se disposent d’une façon telle que leur plus grande surface est parallèle à la surface extérieure de la peau. Renaut fait observer avec raison que, si ces cellules procèdent réellement (et le fait ne parait pas douteux) des cellules de la couche basilaire qui sont orientées d’une façon toute différente, elles ont subi une espèce de retournement évoluant de 90° environ autour de leur axe primitif.
Les cellules épithéliales du stratum malpighien, de même que celles de la couche génératrice, sont circonscrites par des bords finement dentelés, d’où
Coupe verticale de l’épiderme, partie grossie de la figure 221 ; la portion superficielle de la couche cornée n’a pas été représentée (d’après von Brunn).
ÎSTl, couche basilaire. — 2, couche de Malpighi. — 3, stratum granulosum. — 4, statum lucidum. — 5, portion inférieure de la couche cornée.
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s’échappent des prolongements protoplasmiques en forme de pointes, qui hérissent littéralement toute leur surface (fig. 224, 1). Cette disposition, vraiment caractéristique, a fait donner à ces cellules le nom de cellules dentelées , cellules à piquants, cellules à pointes. Les piquants des cellules de Malpighi, décrits pour la première fois par Schron, sont admis aujourd’hui par tous les histologistes, et, s’il existe encore à leur sujet des divergences d’opinions, elles portent moins sur le fait d’observation lui-même que sur la façon dont il convient de l’interpréter. Schultze avait pensé que les pointes en question s’engrenaient avec les pointes des cellules voisines comme s’engrènent les dents de deux roues dentées. Bizzozero a démontré depuis que les piquants de deux cellules voisines se mettaient en rapport, non pas parleurs parties latérales, mais par leur extrémité libre, et qu’à ce niveau, elles se soudaient deux à deux, unissant ainsi l’une à l’autre les deux cellules dont ils procèdent. Ranvier, à son tour (C. R. Acad, des Sciences , 1882), a été amené à considérer les prolongements protoplasmiques qui se montrent à la surface extérieure d’une cellule isolée, comme les restes de filaments (filaments d'union) qui, à l’état normal, unissent les cellules les unes aux autres. Cette opinion se rapproche beaucoup en apparence de celle de Bizzozero. Elle en diffère, cependant, par un point qui est celui-ci : tandis que Bizzozero admet que les cellules de Malpighi sont unies les unes aux autres par des filaments soudés bout à bout, Ranvier enseigne que ces cellules sont réunies par des filaments absolument continus.
Dans cette dernière hypothèse, le protoplasma du stratum malpighien, partout continu (nous avons dit plus haut que sa partie périphérique était manifestement fibrillaire et les filaments d’union ne sont qu’une dépendance de ces fibrilles protoplasmiques) forme dans son ensemble un vaste réseau dans les mailles duquel se dispose le ciment intercellulaire et circulent les sucs nutritifs.
Nous ajouterons que, outre les filaments d’union précités, qui vont d’une cellule à la partie adjacente d’une cellule voisine et que l’on désigne pour cette raison sous le nom de filaments courts, il en est d’autres, dits filaments longs (fig. 224, 4), qui, partant d’une cellule, se jettent sur la cellule voisine en la traversant dans toute sa longueur pour aller se terminer, soit sur le pôle opposé à celui qui lui a donné entrée, soit sur une cellule plus éloignée. Les filaments longs ont exacte-
Fig. 224.
•Structure filamenteuse du corps muqueux, épiderme de la région anale (d’après Darier).
1, cellule malpighienne. — 2, noyau renfermant plusieurs nucléoles. — 3, filaments d'union, fibrilles passant d’une cellule à une autre. — 3’, filaments d’union présentant en leur milieu un petit renflement ou nodule. — 4, longs filaments, fibrilles dont on peut suivre le trajet à travers plusieurs cellules. — 5, coupe transversale de filaments ou fibrilles intracellulaires. — 6, portion d’une cellule dont le noyau n’est pas compris dans la coupe. — 7, espaces intercellulaires canaliculés iraversés par les filaments d’union. — 8, coupe du noyau d’une cellule migratrice qui circulait dans les espaces intercellulaires et qui a distendu ou rompu quelques filaments d’union.
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
ment la même signification morphologique que les filaments courts : ce sont d’anciens filaments courts, qui, par suite du déplacement et de l’écartement réciproque de deux cellules primitivement voisines se sont distendus et allongés.
C’est dans les cellules de la couche basilaire et du stratum malpighien que s’amasse le pigment d’où dépend la coloration de la peau. Il se présente sous la forme de petites granulations sphériques, répandues un peu partout dans le corps cellulaire, mais se groupant de préférence autour du noyau, qu’elles masquent parfois d’une façon complète. Le pigment existe également bien dans la race blanche et dans la race nègre : toutefois, dans cette dernière, les granulations pigmentaires sont à la fois beaucoup plus considérables et beaucoup plus nombreuses. La différence de coloration de la peau chez le nègre et chez le blanc dépend donc, non pas de la présence chez l’un, de l’absence chez l’autre, du pigment mélanique, mais bien d’une différence quantitative dans la répartition de ce pigment. Il convient d’ajouter que sur un même sujet, quelle que soit la race à laquelle il appartienne, les cellules épidermiques sont d’autant plus riches en pigment qu’elles sont plus rapprochées du derme : c’est ainsi que le pigment est plus abondant dans les cellules basilaires que dans les cellules profondes du stratum malpighien, plus abondant dans ces derniers que dans les cellules moyennes, etc. Les granulations pigmentaires disparaissent graduellement au fur et à mesure qu’on se rapproche de la couche cornée.
C. Couche granuleuse. — La couche granuleuse ( stratum granulosum de Unna) se compose (fig. 222, 3.), de deux ou trois rangées de cellules aplaties suivant la surface de la peau. Elles renferment à leur centre un noyau aplati dans le même sens et plus ou moins atrophié. Mais ce qui caractérise avant tout ces cellules, c’est la présence, dans leur intérieur, de granulations spéciales qui se colorent vivement, soit par le carmin, soit par l’hématoxyline . Ces granulations, qui, au niveau de la coupe, s’échappent de la cellule pour former des plaques irrégulières, sont liquides : la substance qui les constitue a reçu de Ranvier le nom d 'éléidine.
Il est à remarquer que les granulations d’éléidine, toutes petites encore dans les cellules profondes de la couche granuleuse, sont plus volumineuses dans les cellules moyennes, plus volumineuses encore dans les cellules les plus superficielles : dans ces dernières, leur diamètre atteint jusqu’à 20 y.. L’apparition de l’éléidine au sein des cellules de la couche granuleuse se fait donc, comme le remarque fort judicieusement Ranvier, d’une manière graduelle mais continue, comme dans , les processus glandulaires. Les- cellules en question acquièrent ainsi la signification de véritables cellules sécrétoires. La plupart des histologistes sont d’accord sur ce point, mais le désaccord survient quand il s’agit de spécifier la partie de la cellule qui produit l’éléidine : les uns, avec Renaut et Kromayer, considèrent cette substance comme un produit de l’élaboration du protoplasma cellulaire ; d’autres, avec Rabl et Ernst, pensent au contraire qu’elle dérive du noyau. Enfin Rosenstadt (1897) émet l’avis qu’elle provient à la fois et du noyau et du protoplasma.
Envisage au point de vue chimique, l’éléidine diffère de la graisse en ce qu’elle
Fig. 22 o.
Trois cellules du stratum granulosum de la peau de la tête d’un fœtus de sept mois (d’après Rabl).
ORGANES DES SENS
ne se colore pas en noir sous l’action de l’acide osmique. Elle résiste à l’ébullition et à l’action de la potasse ; par contre, elle disparaît sous l’influence des acides. D’autre part, elle présente les plus grandes affinités pour les colorants : le picrocarmin la colore en rouge, l’hématoxyline en violet. Ranvier considère l’éléidine comme une substance albuminoïde, liquide, se disposant en gouttelettes. Pour Waldeyer et Unna, elle serait, au contraire, entièrement solide. Quant à son rôle, l’éléidine paraît être l’agent actif de la kératinisation : de là le nom de prokératogène que lui donne Waldeyer. De là encore le nom de couche kératogène sous lequel Ranvier désigne la couche granuleuse de l’épiderme.
D. Couche transparente. — Cette couche ( stratum lucidum de ÜEhl) se présente sur les coupes sous la forme d’une bande transparente (d’où son nom), située
immédiatement au-dessus de la couche granuleuse et, au premier coup d’œil, entièrement homogène (fig. 222, 4). L’examen microscopique y décèle, comme dans les précédentes couches, des cellules épidermiques, mais des cellules épidermiques qui présentent ici un aspect tout spécial : fortement aplaties, elles affectent chacune la forme d’une lame mince disposée parallèlement à la surface du tégument externe. Leur noyau est profondément atrophié.
Les piquants protoplasmiques ou filaments d’union, déjà très rares et très irréguliers sur les cellules de la couche granuleuse, ont ici complètement disparu. Quant au corps cellulaire lui-même, quoique imprégné encore d’éléidine, il est maintenant dur, desséché et transparent comme du verre. Tout récemment, Ranvier a fait de la partie la plus profonde du stratum lucidum une couche à part, qu’il désigne sous le nom d c stratum intermedium.
C’est une bande mince, irrégulière et festonnée ' à sa limite profonde, rec-
Fig. 226.
Le stratum lucidum. vu en coupe transversale (d’après Weidenreich).
Fi g. 227.
Coupe verticale de la portion de l’épiderme comprise entre le stratum granulosum et le stratum lucidum ou stratum intermedium de Ranvier (d’après Weidenreich).
tiligne au contraire à sa
limite superficielle, comprenant deux ou trois assises de cellules seulement. Elle se différencie du reste du stratum lucidum en ce que le picrocarminate la colore en rouge vif après l’action de la couche osmique.
E. Couche cornée. — La couche cornée (stratum corneum ) est la couche la plus superficielle de l’épiderme. Comme nous le montre la figure 222 (5), elle se compose de cellules affectant la forme de lamelles fort minces et régulièrement étagées suivant leurs faces. L’éléidine a complètement disparu de leur surface comme de leur intérieur : leur kératinisation est parfaite.
Outre la kératine, les cellules cornées renferment de la graisse : sous l’action de l’acide osmique, en effet, le stratum corneum tout entier se colore en noir, tandis que le stratum lucidum reste incolore. Cette graisse épidermique a une teinte jaunâtre et, comme elle fond à 35° seulement, elle est solide en temps ordinaire. Ran-
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
vier fait remarquer qu’elle a la consistance et la plasticité de la cire et il ajoute : « Nous sommes protégés par une couche subéreuse, dont les cellules sont remplies de cire ; le stratum corneum, autant que le permet sa faible épaisseur, nous défend par sa structure subéreuse contre les injures mécaniques et, par sa cire, contre les actions chimiques. » L’origine de la graisse épidermique n’est pas encore nettement élucidée : on a émis l’hypothèse qu’elle provenait des glandes cutanées, soit des glandes sudoriques, soit des glandes sébacées ; mais la sécrétion sudorale ne renferme que de très faibles proportions de graisse et, d’autre part, la graisse en question s’observe dans des régions où précisément les glandes sébacées font défaut. Il est plus rationnel de considérer la graisse épidermique comme un produit de sécrétion de la cellule elle-même, au même titre que l’éléidine et la kératine.
On admet généralement que les lamelles épidermiques de la couche cornée ne possèdent pas de noyau et on a même émis l’hypothèse que la disparition de cet élément histologique pourrait bien être le résultat d’un phénomène d 'autodigestion cellulaire. Contrairement à cette opinion, les observations de Uetterer (C. R. Acad, des Sc., 1883) tendent à démontrer que le noyau existe réellement dans les cellules du stratum corneum, et que, s’il est difficile de le voir, c’est qu’il se trouve entouré d’une coque de kératine qui le rend pour ainsi dire inaccessible aux prnicipes colorants. Il suffirait en effet, pour le mettre en évidence, de traiter préalablement l’épiderme par les alcalins dilués et de le colorer ensuite suivant les procédés ordinaires.
Comme nous l’avons fait remarquer au début de ce paragraphe, toutes les cellules de l’épiderme sont originellement identiques, et les formes variées qu’elles revêtent successivement au fur et à mesure qu’elles s’éloignent de leur lieu d’origine, correspondent chacune à un état particulier de leur évolution. Les cellules de la couche basilaire ou génératrice, manifestement allongées dans le sens vertical, prennent la forme sphéroïdale en passant dans le corps muqueux de Malpighi. Puis, elles s’aplatissent peu à peu. parallèlement à la surface- de la peau, pour constituer les deux ou trois assises du stratum granulosum. Elles s'aplatissent encore dans le stratum lucidum et ne sont plus, dans la couche cornée, que de simples lamelles dures et fort minces. Enfin, les plus superficielles de ces lamelles ( couche desquamante de Renaut), impropres désormais à des fonctions animales, se détachent de l’épiderme et, comme les éléments morts, tombent dans le milieu extérieur : c’est la desquamation physiologique. Les cellules constitutives de l’épiderme évoluent donc sans cesse, et, dans chaque couche, elles sont remplacées, au fur et à mesure qu’elles vieillissent, par des cellules plus jeunes, lesquelles revêtent peu à peu leurs caractères et, à leur tour, passent dans les couches plus superficielles pour faire place à d'autres. C’est ainsi que l’épiderme est le siège d’une rénovation toujours continue, et, en voyant cette cellule épidermique parcourir successivement tous les stades qui la conduisent de la forme cylindrique à l’état de simple lamelle desquamante, on ne peut s’empêcher de songer aux différentes périodes évolutives de l’animal tout entier, la période embryonnaire, la jeunesse, l’âge mûr, la sénilité et la décrépitude.
Fig. 228.
Portion basale du stratum corneum (d’après Weidenreich).
1, slratum granulosum. — 2, stratum corneum. — 3, espaces intercellulaires.
§ III. - Vaisseaux de la peau
1° Vaisseaux sanguins. — Les artères destinées à la peau forment tout d’abord dans le tissu cellulaire sous-cutané, immédiatement au-dessous du derme, un
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
ORGANES DES SENS
premier réseau que l’on peut appeler le réseau sous-dermique ou hypodermique ; c’est le réseau plexiforme profond des vaisseaux de distribution de Renaut.
De ce réseau partent de nombreuses branches qui pénètrent dans l’épaisseur du derme, verticalement ou obliquement, à travers les aréoles que présente la face inférieure de cette membrane.
Arrivées dans le derme, ces branches (fig. 229) se divisent et se subdivisent en rameaux divergents, de façon à former chacune une sorte d’arborisation conique, dont le sommet répond à l’entrée de la branche-mère dans le derme, et dont la
Fig. 229.
Coupe verticale de la peau du doigt d’un nouveau-né : les artères et les lymphatiques ont été injectés, les artères en rouge, les lymphatiques en bleu (d’après Neumann).
i, épiderme. — 2, derme, avec 2’, 2”, papilles. — 3, tissu cellulaire sous-cutané ou hvpoderme. — 4, troncules artériels pénétrant dans le derme. — 5, réseau artériel sous-papillaire. — 6, artères des papilles. — 7, lymphatiques intrapapillaires. — 8, réseau lymphatique sous-papillaire. — 9, troncules collecteurs descendant dans l’hypoderme. — 10, une glande sébacée.
base, plus ou moins élargie, répond à la base des papilles. Chaque branche artérielle intradermique possède donc un territoire spécial, un territoire qu’elle irrigue et qu’elle nourrit ; mais il convient d’ajouter que ces territoires vasculaires sont reliés lés uns aux autres par de nombreuses anastomoses et, de ce fait, peuvent se suppléer mutuellement.
Chemin faisant, les ramifications artérielles intradermiques abandonnent des ramuscules aux glandes sudoripares, aux glandes sébacées, aux follicules pileux. Puis elles viennent former, immédiatement au-dessous des papilles, un riche réseau, le réseau sous-papillaire, d’où s’échappent les vaisseaux propres des papilles ou bouquets sous-papillaires.
A l’état le plus simple, le bouquet papillaire se compose d’une artère afférente et
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
d’une veine efférente, réunies l’une à l’autre par un capillaire recourbé en forme d’anse (fig. 216). Du reste, les deux vaisseaux sont verticaux et cheminent parallèlement ou bien se contournent en huit de chiffre, à la manière des vaisseaux ombilicaux. Dans les papilles volumineuses, l’artère afférente donne naissance, non pas à un capillaire unique , mais à plusieurs capillaires, lesquels se disposent en arcades comme précédemment et viennent s’ouvrir ensuite dans la veine efférente, soit à son sommet, soit sur différents points de son trajet.
Les veinules issues des papilles se jettent tout d’abord dans un réseau veineux sous-papillaire. Puis,
traversant le derme, elles recueillent de nombreux affluents provenant des follicules et des glandes, et finalement viennent s’aboucher dans les veines sous-cutanées.
Deux papilles dermiques des doigts avec leurs vaisseaux sanguins et lymphatiques.
1, derme. — 2,2’, papilles. — 3, vaisseaux sanguins. — 4, 4’, lymphatique central, double dans la papille 2, simple et terminé en masse dans la papille 2’. — 5, troncule collecteur.
2° Vaisseaux lymphatiques. — Comme les lymphatiques forment à la base des papilles un réseau à mailles très serrées, qui présente son maximum de développement à la paume des mains, à la plante des pieds, à la face palmaire des doigts et à la face plantaire des orteils, c’est le réseau sous-papillaire.
Ce réseau sous -papillaire est formé en grande partie par les lymphatiques des papilles. Chaque papille ne possède ordinairement qu’un seul lymphatique : il occupe le centre de celle-ci, d’où le nom de lymphatique central que lui donnent la plupart des auteurs. Il est rare de le voir occuper toute la hauteur de la papille : le plus souvent, il commence à son tiers supérieur ou même à sa partie moyenne, tantôt par un simple cul de-sac, tantôt par une extrémité effilée, tantôt par une extrémité bifurquée, ou bien encore par une sorte d’anneau semblable à un anneau de clef (Ranvier). De son point d’origine, le lymphatique central se porte en bas, en suivant plus ou moins l’axe de la papille et, arrivé à la base de cette dernière, se jette dans le réseau sous-papillaire.
Dans le réseau lymphatique sous-papil-
vaisseaux sanguins, les vaisseaux
Leucocytes migrateurs dans l’épiderme (peau du doigt au voisinage d’un foyer d’ostéite, d’après Darier).
a, couche cornée. — b, stratum granulosum, lucidum et intermedium. — c, corps muqueux de Malpighi. — d, corps papillaire. — e, e\ e”, cellules migratrices : leurs prolongements filiformes et ramifiés s’insinuent dans les espaces interceliulaires de l’épiderme. — f, leucocytes dans une papille.
ORGANES DES SENS
laire se rendent aussi un certain nombre de vaisseaux lymphatiques, issus des glandes de la peau et des follicules pileux.
Le réseau sous-papillaire, à son tour, donne naissance à de nombreux troncules, irrégulièrement calibrés, plus ou moins tortueux et bosselés, qui descendent obliquement vers l’hypoderme et là s’ouvrent dans les lymphatiques du tissu cellulaire sous-cutané. On sait que les lymphatiques sous-cutanés se rendent systématiquement, suivant la région à laquelle ils appartiennent, à des groupes ganglionnaires placés comme eux sous la peau et appelés pour cette raison ganglions superficiels (voy. Angéiologie).
Dans tout le derme proprement dit, et cela jusqu’au tissu cellulaire de l’hypoderme, les vaisseaux vecteurs de la lymphe sont des capillaires, c’est-à-dire des canaux sans valvule, sans tunique conjonctive distincte et, aussi, sans fibres musculaires. Leur paroi est tout simplement formée par des cellules endothéliales denticulées (Darier).
L’épiderme est entièrement dépourvu de vaisseaux. Les liquides nutritifs, issus des réseaux vasculaires du derme, y circulent dans la substance molle du ciment intercellulaire, baignant les cellules épidermiques sur tout leur pourtour et leur abandonnant les matériaux nécessaires à leur rénovation. Mais ce n'est pas là le seul mode de nuirition de l’épiderme. Il est admis aujourd’hui (Ranvier, Renaut) que les globules blancs passent du derme dans l’épiderme et, grâce à leurs mouvements amiboïdes, cheminent de proche en proche, dans les interstices du stratum malpighien, où ils apparaissent sous la forme de corps étoiles. Eux aussi sont pour les cellules épidermiques des agents vecteurs de matériaux nutritifs : ils leur apportent notamment l’oxygène, le pigment, la graisse et le glycogène. On ne sait pas encore bien exactement ce que deviennent les globules blancs qui ont ainsi émigré dans l’épiderme : il est probable qu’ils sont rejetés dans le milieu extérieur avec les lamelles de la couche desquamante.
§ IV. — Nerfs de la peau
Les nerfs destinés à la peau sont fort nombreux et s’y terminent suivant les modalités les plus diverses. Les uns s’arrêtent dans le tissu conjonctif sous-dermique. D’autres, et c’est le plus grand nombre, pénètrent dans le derme. D'autres, enfin, traversent la membrane basale et viennent se terminer dans l’épiderme. Nous étudierons successivement les trois ordres de terminaison : 1° les terminaisons nerveuses sous-dermiques ; 2° ces terminaisons nerveuses intra-dermiques; 3° les terminaisons nerveuses intra-épidermiques.
1° Terminaisons nerveuses sous dermiques. — Les fibres nerveuses destinées au tissu cellulaire sous-cutané ou hypoderme se terminent par de petits renflements
ovoïdes qui constituent, les uns les corpuscules de Pacini , les autres les corpuscules de Ruffini.
A. Corpuscules de Pacini. — Les corpuscules de Pacini, ainsi appelés du nom de l’anatomiste qui, en 1836, les a le premier étudiés au microscope, avaient été déjà observés par Vater en 1741, d’où le nom de corpuscules de Vater que leur donnent encore certains anatomistes.
a. Forme et répartition topographique. — Les corpuscules de Pacini ou de Vater (fig. 232) sont de petits corps ovoïdes, opalins et nacrés, qui sont comme suspendus aux extrémités des ramuscules nerveux sensitifs. Ils mesurent de 1 à
Fig. 232.
Gaines périnévriques cl’un tube nerveux, se continuant avec les lamelles conjonctives d’un corpuscule de Pacini (d’après Jobert).
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
5 millimètres de longueur. On les rencontre à peu près dans toutes les régions du tégument externe ; mais ils sont toujours abondants aux doigts et aux orteils, particulièrement sur la troisième phalange. Rauber a pu en compter, pour une moitié du corps, jusqu’à 1051, ainsi répartis :
Sur l’épaule
Sur l’avant-bras et l’extrémité inférieure du bras 161
Sur la main 414
Sur la hanche 5
Sur la jambe et l’extrémité inférieure de la cuisse 138
Sur le pied ’ 275
Sur une moitié du tronc 4P
Total 1 051
- Ji
Les corpuscules de Pacini n’appartiennent pas exclusivement aux nerfs de la peau. On les trouve encore sur le trajet des nerfs intercostaux, sur les nerfs articulaires, sur les nerfs des os, jusque dans le mésentère où ils atteignent parfois leur plus haut degré de développement.
b. Structure. — Envisagés au point de vue de leur structure, les corpuscules de Pacini se composent essentiellement (fig. 235) d’une coque périphérique de nature conjonctive et d’une cavité centrale.
a) V enveloppe conjonctive, toujours très épaisse, fait suite au périnèvre du nerf (fig. 235). Gomme le périnèvre, elle est constituée par une série de lamelles concentriques ou capsules qui sont très visibles sur des coupes, soit longitudinales (fig. 235), soit transversales (fig. 234) , du corpuscule de Pacini : chacune d’elles nous présente, sur l’une et l’autre de ses faces, un revêtement endothélial que met nettement en évidence l’imprégnation d’argent (fig. 233). Envisagées isolément, les capsules ellesmêmes se composent de fibres conjonctives séparées par de la substance amorphe. Ces fibres, du reste, sont longitudinales ou annulaires : les fibres longitudinales sont plus nombreuses que les fibres annulaires dans les capsules profondes et dans les capsules superficielles ; les fibres annulaires, au contraire, prédominent dans les capsules de la partie moyenne du corpuscule (Ranvier).
(3) La cavité centrale du corpuscule de Pacini, allongée suivant le grand axe du corpuscule, est connue sous le nom de massue centrale \lnnenkolben des anatomistes allemands). Elle est constituée en majeure partie par des éléments cellulaires, les cellules de la massue ( Kolbenzellen ), que W. Krause considère comme une espèce particulière de cellules conjonctives. Rax\vier, tout en admettant l’existence des cellules de la massue, estime qu’elles ne forment pas à elles seules toute
Fig. 233.
Corpuscule de Pacini imprégné au nitrate d’argent (d’après Tourneux).
Ou voit plusieurs couches de cellules endothéliales qui tapissent les faces des lamelles concentriques du périnèvre.
Fig. 234.
Coupe transversale d’un corpuscule de Pacini (d’après T ourneux) .
1, lamelles périphériques. — 2, bulbe central. — 3, cylindraxe.
318 ORGANES DES SENS
la massue centrale et qu’à ces [cellules viennent se joindre des fibres à direction longitudinale.
c. Rapports avec le nerf. — Nous avons dit plus haut que les corpuscules de Pacini étaient comme suspendus aux extrémités des fibres sensitives. La libre nerveuse aborde le corpuscule par l’un de ses pôles, traverse directement son enveloppe et arrive à la massue centrale.
Jusque-là, elle a conservé sa myéline. Elle s’en dépouille à ce niveau, et, réduite désormais à l’état de cylindraxe, elle s’élève vers l’extrémité opposée de la massue, où elle se divise et se subdivise en un certain nombre de ramifications. Chacune de ces ramifications, après un trajet plus ou moins flexueux, se termine par un petit renflement ou bouton.
d. Vaisseaux. — Les corpuscules de Pacini possèdent des vaisseaux sanguins qui leur appartiennent en propre. Ces vaisseaux, comme l’a établi Ranvier, se disposent en un réseau capillaire dans les capsules les plus superficielles, tandis qu’ils forment des anses simples dans les capsules profondes.
B. Corpuscules de Ruffini. — Ruffini a découvert, en 1894, dans la pulpe des doigts de l’homme, ainsi que dans le tégument des régions palmaire et plantaire, des organes nerveux terminaux d’une nature toute spéciale qui, depuis, portent son nom. Les corpuscules de Ruflîni ont été retrouvés et décrits à nouveau par plusieurs histologistes, notamment par Murri (1894) et par Sfameni (1900).
a. Situation et forme. — Ils se trouvent situés dans le tissu cellulaire souscutané, tout à côté des corpuscules de Pacini et des glomérules des glandes sudoripares : les uns, superficiels, sont appliqués contre la face profonde du derme; les autres, plus profonds, sont comme noyés dans l’épaisseur de l’épiderme. Leur forme est très variable, mais ils sont toujours plus longs que larges, cylindroïdes ou fusiformes. Leurs dimensions aussi sont extrêmement variables : leur longueur mesure de 240 à 1350 ^ ; leur largeur, de 50 à 200 \i. On pourrait donc les diviser en grands, moyens et petits.
b. Structure . — Histologiquement, les corpuscules de Ruffini sè composent des trois parties suivantes : 1° un tissu de soutien ; 2° un réseau nerveux ; 3Ù un réseau
Un corpuscule de Pacini, coupé suivant son grand axe.
1, enveloppe conjonctive du corpuscule, avec : 1’, ses capsules internes, 1”, ses capsules externes. — 2, massue centrale ( Innen kolben), avec ses éléments cellulaires (Kolbenzellen) . — 3, nerf afférent du corpuscule — 4, son périnèvre, se continuant en 4’ avec l’enveloppe conjonctive. — 5, entrée du nerf dans la massue centrale. — ti, ses ramifications terminales. — 7, boutons terminaux.
sanguin.
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
a) Le tissu de soutien est une sorte de fuseau ( fuseau élasti co-conjonctif de Rüffini) de nature conjonctive. Il renferme des fibres du tissu conjonctif, des cellules fixes et des fibres élastiques.
P) Le réseau nerveux, qui est la partie essentielle du corpuscule, provient des ramifications nerveuses sous-cutanées. La fibre nerveuse destinée à le former se divise, un peu avant d’atteindre le corpuscule, en un certain nombre de fibres secondaires (de 2 à 7), lesquelles se portent à un même corpuscule ou bien à deux ou trois corpuscules différents. Quoi qu’il en soit, chaque fibre, après avoir perdu sa gaine de myéline, se jette sur le corpuscule et s’y résout, par voie de divisions et de subdivisions successives, en un nombre très considérable de fibrilles irrégu-
( Préparation obtenue par la méthode de l’or et colorée successivement par le carmin de Beale.)
1, fibres nerveuses. — 2, gaine de Henle, avec 2’, sa continuation sur le corpuscule. — 3, 3, deux corpuscules nerveux de Rüffini. avec : 4, tissu de soutien. — 5, réseau nerveux terminal. — 6, noyaux de l’arborisation du cylindraxe. — 7,7, 7, capillaires s tnguins.
lières, renflées par places, s’enchevêtrant de la façon la plus capricieuse. Leur ensemble, qui rappelle beaucoup les corpuscules nerveux terminaux des tendons (voy. Tendons), forme une petite masse, cylindroïde plutôt qu’aplatie, disposition quia porté Rüffini à lui donner le nom de cylindre terminal , de préférence à celui de plaque terminale.
c. Vaisseaux. — Tout autour du corpuscule de Rüffini se trouve un riche réseau de capillaires, dont les mailles (fig. 236,7) sont très irrégulières, mais généralement allongées dans le sens même du corpuscule. Ces capillaires proviennent des ramuscules artériels qui accompagnent les fibres nerveuses du corpuscule.
d. Signification morphologique. — Les corpuscules de Rüffini constituent des organes du tact au même titre que les corpuscules de Pacini, et, à ce propos, je rappellerai le fait, observé par Sfameni, d’une même fibre nerveuse qui se divisait en plusieurs rameaux, dont les uns se terminaient dans des corpuscules de Pacini, tandis que les autres allaient former des corpuscules de Rüffini. Murri, dans la pulpe des doigts, n’a jamais observé de corpuscules de Pacini et, par contre, il y a rencontré de nombreux corpuscules de Rüffini : on dirait que ces derniers ont remplacé les corpuscules de Pacini.
ORGANES DES SENS
Outre les corpuscules que nous venons de décrire, Kuffjni a encore signalé la présence, dans la pulpe des doigts de l’homme, de quelques-uns de ces organes nerveux terminaux que Golgi d’abord,
puis Mazzoni ( corpuscules de Golgi-Mazzoni) ont signalé sur les tendons. Très variables par leur taille, ces corpuscules varient encore dans leur forme : les uns sont sphériques, les autres ovoïdes. Chacun d’eux se trouve enlacé, comme le corpuscule de Ruffîni, dans un réseau de capillaires.
2° Terminaisons nerveuses intra-dermiques. — Les fibres nerveuses destinées au derme se divisent, dans l’épaisseur de cette membrane, en ramuscules de plus en plus ténus et se terminent, les uns dans les corpuscules spéciaux appelés corpuscules de Meissner, les autres par des extrémités libres.
A. Corpuscules de Meissner. — Les corpuscules de Meissner, ainsi appelés du nom de l’anatomiste qui les a, non pas découverts (ils ont été découverts par Wagner en 1852), mais parfaitement décrits en 1853, sont de
Fig. 237.
Corpuscule de Meissner dans une papille du doigt de l’homme dépouillée de son épiderme (d’après Pouchet etïouRNEux).
petits appareils sensoriels affectés au tact. Ils sont encore connus sous le nom de
corpuscules du tact.
a. Forme et répartition topographique. — Les corpuscules de Meissner ou corpuscules du tact se rencontrent exclusivement aux extrémités terminales des membres, sur la main et le pied, là où le sens du tact semble s’être spécialisé chez l’homme : ils sont particulièrement abondants à la pulpe des doigts et des orteils.
10 Au point de vue de leur disposition, ils se présentent sous la forme de petits corps olivaires, logés dans les papilles dermiques 9 et, dans la plupart des cas, les remplissant presque entièrement
Ils mesurent en moyenne 150 p de longueur sur 40 y. de largeur et se disposent toujours, au centre de la papille, d’une façon telle que leur grand axe est perpendiculaire à la surface générale de
, la peau. De leurs deux extrémi- Corpuscule du tact, vu sur une coupe longitudinale ( demi-schématique ) .
1, couche génératrice de l’épiderme. — 2, papille, avec 2’, ses noyaux du tissu conjonctif. 3, gaine fibreuse du coi puscule. - 4, gaine du nerf. - 5, cloisons de la charpente du corpuscule. - 6. cellules propres du corpuscu e [cellules interstitielles ou tactiles ). — 7, nerf afférent, revêtu de myéline. — B, cylindraxe nu. 9, disque tacli e.
10, bouquet de cylindraxes nus parlant d'un étranglement annulaire.
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
tés ou pôles, l’externe est dirigée du côté de la membrane basale et confine le plus souvent à cette membrane sans la traverser jamais ; l’interne repose sur le derme comme la papille elle-même et se met en rapport avec un tube nerveux, son tube nerveux afférent. Ce tube nerveux, encore entouré de sa myéline, s’applique à la surface extérieure du corpuscule, décrit autour de lui plusieurs tours de spire et finalement disparaît dans son épaisseur. Nous verrons tout à l’heure comment il s’y termine.
b. Structure. — Chaque corpuscule de Meissner, envisagé au point de vue de sa structure, se compose d’une enveloppe conjonctive, de la face profonde de laquelle se détache un système de cloisons transversales qui se dirigent vers l’intérieur du corpuscule et le divisent en un certain nombre de loges superposées (fig. 238). Ces loges renferment de nombreuses cellules, cellules interstitielles ou tactiles , superposées dans le même sens que les loges elles-mêmes, mais ne les remplissant pas entièrement : entre elles, en effet, se trouvent des espaces libres.
c. Rapport avec le nerf. — Quant au tube nerveux que nous avons vu pénétrer dans l’épaisseur du corpuscule, il se dépouille de sa myéline, au niveau d’un segment interannulaire, et son cylindraxe se résout bientôt après en un certain
Trois variétés de corpuscules du tact : A, corpuscule unisegmenta ire; B, corpuscule bisegmentaire C, corpuscule trisegmentaire {schématique) .
1, segment unique. — i’, segment supérieur d’un corpuscule composé. — 1”, segment inférieur. — 1”\ segment moyen. — 2, gaine du corpuscule. — 3, gaine du nerf. — 4, cloisons formées par la gaine du corpuscule. — 5, nerf afférent. — 5’, nerf du segment supérieur. — 5”, nerf du segment inférieur. — 5’”, nerf du segment moyen.
nombre de rameaux dont l’ensemble forme une arborisation terminale. Chacun des rameaux de l’arborisation se termine ensuite, soit par un renflement olivaire, soit par un renflement aplati en forme de disque. Mais, quelle que soit leur forme, ces renflements terminaux occupent toujours les espaces que ménagent entre elles les cellules interstitielles ci-dessus décrites et doivent être soigneusement distingués de ces dernières. Contrairement à l’opinion émise par Merkel, aucun filament cylindraxile ne se rend aux cellules interstitielles ; conséquemment, ces cellules ne sauraient être considérées comme étant des cellules nerveuses ganglionnaires. Ce sont, pour Renaut, de simples cellules conjonctives et, pour Ranvier, des cellules du mésoderme qui se seraient différenciées en' vue d’une adaptation spéciale.
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 41
ORGANES DES SENS
d. Corpuscules composés. — Le corpuscule que nous venons de décrire est le corpuscule simple, c’est-à-dire un corpuscule constitué par un seul segment. A coté de ces corpuscules uni-segmentaires s’en trouvent d’autres, dits corpuscules composés , qui se composent de deux ou trois segments superposés (fig. 239,B et C). Les différents segments des corpuscules pluri-segmentaires présentent la même structure que le corpuscule simple : chacun deux reçoit un tube nerveux à myéline, lequel se termine dans sa masse suivant la modalité ci-dessus indiquée.
Timofeew a décrit en 1895, dans les corpuscules de Pacini du pourtour de la prostate et de la
muqueuse uréthrale (portions prostatique et membraneuse), une disposition spéciale de l’appareil nerveux. Autour de leur terminaison nerveuse centrale bien connue, il vit un second « appareil filamenteux » de nature nerveuse, qui entoure la terminaison centrale sans s’anastomoser avec elle. Ces deux sortes de terminaisons proviennent de fibres distinctes : la centrale, d’une grosse fibre à myéline ; la périphérique, d’une fibre fine, pas toujours pourvue d'une gaine myélinique bien démontrable.
Dogiel, Sokolow, Sala (G.), et Crevatin étendirent cette découverte aux corpuscules d’Herbst et de Golgi-Mazzoni ; Dogiel et Wilanen, puis P. Sfameni, aux corpuscules de Grandry ;et enfin Ruffini, aux corpuscules de Meissner.
Tous ces corpuscules ont donc deux sortes de fibres : une, centrale, déjà connue ; l’autre, périphérique.
Dans les corpuscules de Meissner, les fibres qui terminent la fibre myélinique ont, dans l’intérieur du corpuscule, une disposition hélico-spirale ; les fibres de Timof'cew s’enroulent d’une manière plus désordonnée , et, sans former un réticulum, s’anastomosent assez fréquemment ; d’autre part, elles sont périphériques et entourent les précédentes. Ruffini crut d’abord que ces deux sortes de terminaisons étaient en continuité l’une avec l’autre ; mais il est maintenant moins affirmatif et fait remarquer que dans la figure ci-contre, au point 8 où il semble y avoir continuité des deux sortes de fibres, il y a, vu à un fort grossissement, une simple superposition ; de même au delà du point 7 où la grosse fibre semble s’amincir pour se poursuivre dans l’appareil de Timofeew, la continuité cesse bientôt entre les deux parties du filament aminci. Mais, comme les imprégnations métalliques ne sont pas toujours parfaites. Ruffini ne pense pas que cette interruption de substance ait une valeur décisive, et il laisse en suspens la question de continuité ou de contact entre les deux sortes de fibres. Résumant ses observations et celles des auteurs signalés plus haut, il conclut que les terminaisons nerveuses jusqu'ici connues dans les corpuscules sensitifs de l’homme et des vertébrés ne représentent pas les terminaisons vraies , car il existe au delà d’elles un appareil nerveux (Timofeew), ou bien un système de fibrilles à caractères morphologiques propres , qui s’associent à la terminaison par continuité ou par contact.
A cause de la différence qui existe entre la fibre centrale et les fibrilles périphériques des corpuscules du tact, Ruffini suppose que les terminaisons centrales pourraient provenir des fibres nerveuses cérébro-spinales, tandis que les fibrilles périphériques tireraient leur origine du sympathique.
Corpuscule de Meissner de la pulpe des doigts de l'homme (d’après Ruffini).
1. appareil de Timofeew. — 2, fibrilles amyéliniques très fines, de provenance inconnue. — 3, grosse fibre nerveuse centrale de la terminaison centrale primaire. — 4, fibres nerveuses minces de l’appareil de Timofeew. — S, tours hélico-spiraux de la fibre centrale. — 6, entrelacement de fibres amyéliniques variqueuses de provenance inconnue. — 7, fibre mince de l’appareil de Timofeew, paraissant provenir de la grosse fibre centrale, et bientôt interrompue. — 8, entrecroisement d’une fibre mince avec la grosse fibre centrale.
B. Terminaisons libres. — - Les fibres nerveuses du derme, abstraction faite de celles qui se rendent aux corpuscules du tact, se terminent en grande partie sur les glandes (nerfs glandulaires) et sur les poils ( nerfs des poils ) : nous les décrirons plus loin. D’autres, fibres motrices, se rendent aux fibres musculaires, notamment aux muscles redresseurs des poils. D’autres, nerfs vaso-moteurs, se jettent sur les vaisseaux, soit sanguins, soit lymphatiques. D’autres enfin, fibrilles sensitives , libres, se perdent entre les éléments constitutifs du derme : elles forment d’ordi-
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
naire au-dessous des papilles un réseau à mailles horizontales, le réseau souspupillaire (fig. 241).
Les papilles vasculaires elles-mêmes (je parle de celles qui ne renferment pas des corpuscules du tact) nous présentent des fibres nerveuses qui leur appartiennent en propre (Ruffini, Sfameni). Ces fibres, dépourvues de myéline, se détachent du réseau sous-papillaire et, suivant un trajet ascendant, parcourent la papille dans toute sa hauteur. Elles sont extrêmement variables dans leur nombre et leur disposition : uniques dans
Fig. 241.
Papilles et couche sous-papillaire de la région palmaire, chez le singe (d’après Sfameni).
1, 1, réseau amyélinique sous-papillaire. — 2, fibres nerveuses inlra-papillaires (on voit que ces fibres émanent du réseau sous-papillaire). — 3, une fibrille nerveuse variqueuse. — 4, capillaires sanguins.
certaines papilles de
petit volume, elles sont, dans les papilles de grandes dimensions, multiples et plus ou moins ramifiées. Elles se terminent toujours par des extrémités libres, soit minces, soit plus ou moins renflées. La valeur morphologique des fibres nerveuses intra-papillaires n’a pas encore été nettement élucidée. Ruffini est d’avis qu’elles se terminent sur les vaisseaux de la papille, autrement dit qu’elles sont vaso-motrices. De son côté, Sfameni croit pouvoir affirmer qu’elles ne se distribuent nullement aux vaisseaux et qu’elles sont de nature sensitive.
Il convient, à propos de l’innervation du derme, de signaler les terminaisons hédérif ormes de Ranvier, ainsi appelées parce qu’elles rappellent par leur disposition le lierre rampant à la surface d’une muraille. Voici la description qu’en donne Ranvier : « On voit arriver dans le voisinage du canal excréteur des glandes sudoripares une ou plusieurs fibres à myéline qui, après s’être contournées d’une manière variée, atteignent l’espace interpapillaire élargi où le canal glandulaire débouche dans l’épiderme. Au delà, elles perdent leur myéline et, se divisant et se subdivisant , elles constituent une arborisation d’une grande élégance qui couvre de ses branches la surface du derme et dont les derniers rameaux se terminent par des ménisques tactiles qui simulent par leur forme des feuilles de lierre » (fig. 242). Cette terminaison par des renflements aplatis ou ménisques tactiles a été décrite à nouveau,
Fig. 242.
Les terminaisons nerveuses par ménisques tactiles à la limite du derme et de l’épiderme (d’après Leontowitsch) .
Coupe transversale (légèrement oblique), de la peau du doi°-t ; la coupe représente la partie inférieure du stratum mafpigliien avec la partie avoisinante du derme. On voit une libre nerveuse dépourvue de myéline se bifurquer plusieurs fois et se résoudre ainsi en un certain nombre de fibrilles, qui se terminent chacune par des renflements aplatis et irréguliers, représentant les ménisques tactiles.
ORGANES DES SENS
en 1900, par Léontowitsch, à qui nous empruntons la figure ci-dessus. Ajoutons que les ménisques, bien qu’occupant pour la plupart les couches inférieures du corps de Malpighi, peuvent se rencontrer également dans les parties les plus superficielles du derme. Le mode de terminaison en question est donc à la fois intra-dermique et intra-épidermique.
3° Terminaisons nerveuses intra-épidermiques. — En 1868, Langherans a signalé, dans le stratum malphigien. des cellules ramifiées qui, contrairement aux éléments
constitutifs de l’épiderme, se colorent énergiquement sous l’action du chlorure d’or, et qu’il n’hésite pas à considérer comme des cellules nerveuses. Ces cellules, du reste, donnent naissance à de nombreux prolongements en tout semblables à des fibrilles nerveuses terminales. Les cellules et les fibrilles de Langherans ont été retrouvées, après lui, par bon nombre d’histologistes, notamment par Eberth, par Merkel, par Arnstein, par Ranvier, etc Mais, si le fait anatomique lui-même n’est pas contestable, l’interprétation qu’il comporte est bien différente de celle qui a été donnée par Langherans.
Les fibrilles sont bien de nature nerveuse ; mais elles ne procèdent pas des éléments cellulaires sus-indiqués. Elles s’échappent du réseau nerveux du derme, traversent la membrane basale à l’état de cylindraxes nus et cheminent alors dans le stratum malphigien. Après un trajet irrégulier et plus ou moins sinueux , pendant lequel elles se divisent et s’anastomosent, elles se terminent par des extrémités libres légèrement renflées audessous du stratum granulosum (fig. 243). Aucune d’elles ne dépasse cette couche.
Quant aux cellules elles-mêmes, elles ne sont plus considérées aujourd’hui (Arnstein, Ranvier) que comme de simples eellules migratrices qui, comme nous l’avons vu plus haut, ont passé du derme dans l’épiderme pour apporter aux éléments de ce dernier les matériaux nécessaires à leur entretien et à leur rénovation. Si ces cellules présentent avec les fibrilles nerveuses des rapports de situation assez immédiats pour qu’on ait pu voir dans ces fibrilles une émanation directe du corps cellulaire, c’est que les cellules migratrices, en cheminant de bas en haut dans le stratum malphigien, ont suivi les interstices occupés par les fibrilles nerveuses. Les deux éléments histologiques sont contigus, mais non continus.
L’application de la méthode de Golgi à l’étude des nerfs de la peau ont confirmé de tous points les résultats acquis par la méthode de l’or. Nous reproduisons ici
Fig. 243.
Coupe verticale de la peau de la pulpe du doigt, après l’action du chlorure d’or (d’après Ranvier).
i, derme. — 2, corps muqueux. — 3, stratum granulosum. — 4, couche cornée. — 5, nerf afférent. — ■6, fibrilles nerveuses intra-épidermiques. — 7, boutons nerveux terminaux. — 8, une cellule de Langherans.
CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PEAU
une figure de van Gehuchthen qui nous montre, mieux encore que la figure 243, le mode de distribution des fibres nerveuses dans le derme et l’épiderme. Comme on le voit, les troncules nerveux, arrivés à la face profonde du derme, s’y divisent, chacun en deux branches divergentes, branches divergentes à trajet horizontal qui forment par leur ensemble une sorte de plexus, le plexus sous-cutané ou sous-dermique. De ce plexus partent de très nombreux fascicules nerveux, vertica-
Terminaisons nerveuses dans le derme et l’épiderme, méthode de Golgi (d’après van Gehuchten).
1, derme. — 2, épiderme. — 3, tissu cellulaire sous-cutané. — 4, 4, quatre troncules nerveux destinés à la peau, leur division en Y. — 5, plexus nerveux sous-cutané. — 6, nerf du derme. — 7, nerf de l’épiderme.
lement ou obliquement ascendants, qui, après avoir traversé le derme et abandonné à cette membrane les filets qui lui sont destinés, arrivent à la base de l’épiderme. Là ils se résolvent en de fines fibrilles verticalement ascendantes quelque peu moniliformes, qui finissent dans la couche muqueuse de Malpighi par un petit bouton terminal. Comme le fait remarquer van Gehuchten, quelques-unes de ces fibrilles, avant de se terminer, présentent un petit trajet horizontal ; d’autres se recourbent sur elles-mêmes et redescendent quelque peu vers les couches profondes avant de présenter leur bouton terminal.
A consulter, au sujet de la structure de la peau parmi les travaux récents (1883-1909) : Grefberg, Die Haut uncl dteren Drüsen in ihrer Entwickelung , Mitth. auss. dem embryol. Institut in Wien, 1883 ; — Flemming, Zur Kenntniss der Régénération der Epidermis beim Sàugethiere, Arch. f. mikr. Anat., Bd. XXIII, 1884 ; — Ranvier, De Véléidine et de la répartition de cette substance dans la peau, la muqueuse buccale et la muqueuse œsophagienne des vertébrés, Arch. de Phys., 1884; — Riehl, Zur Kenntniss des Pigmentes immense hlichen Haare, Vierteljahrsschr. f. Dermatol. u. Syphilis, 1884 ; — Unna, Ueber das Pigment der menschlichen Haut, Monatschr. f. prakt. Dermatol., IV, 1885 ; — Minot, Sedgwigk, Structure of the human skin, American Naturalisé June, 1886 ; — Behn, Studien über die Hornschichte der menschl. Oberliaut, speciell. über die Bedeutung des stratum lucidum, Kiel, 1887 ; — Podwyssozki, Bezieh. der quesgestr. Muskeln zum Papillarkôrper der Lippenhaut, Arch. f. mikr. Anat., 1887 ; — Blaschko, Beitrâge z. Anatomie der Oberhaut, Arch. f. mikrosk. Anat., Bd. XXX, 1887 ; — Reinke, Enter suchungen über die Horngebilde der Sâugelhierhaut, Arch. f. mikrosk. Anat., Bd. XXX, 1887 ; — Renaut, Sur l’évolution épidermique et l'évolution cornée des cellules du corps muqueux de Malpighi, Gompt. Rend. hebd. de l’Acad. d. Sc., t. 104. 1887 ; — Fria. Recherches sur la peau du nègre, Lavori eseguiti nell’istituto fisiolog. di Napoli. fasc. II, 1888 ; — Buzzi, Keratohyalin und Eleidin, Monatsschr. f. prakt. Dermatol., 1888 ; — Zander, Der Bau der menschlichen Epidermis , Arch. f. Anat. u. Phys., Anat. Abth., 1888 ; — Blaschko, Ueber den Verhornungsprocess, Arch. f. Anat. u. Phys. Physiol. Abth., 1889 ; — List, Zur Herkunft des Pigments in der Oberhaut, Anat. Anz.. 1889 ; — Pavloff, Entstehung und Schicksale des Keratohyalins, vor und nach der Geburt, Monatshefte f. prakt. Dermatolog., Bd. IX, 1889 ; — Wernann, Beitrâge zur Lehre vom Hautpigment, Yerhandl. d. deutsch. dermatol. Gesellsch., 1 Gongr. zu Prag., 1889 ; — Beddoe, Observa-
ORGANES DES SENS
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ANNEXES DE LA PEAU
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ARTICLE III
ANNEXES DE LA PEAU
Nous comprendrons sous ce titre d’annexes de la peau : 1° les glandes sudoripares ; â° les glandes sébacées; 3° les ongles ; 4° les poils.
Les glandes sudoripares et les glandes sébacées, bien que situées dans l’épaisseur du derme ou même au-dessous de lui, présentent à leur intérieur un revêtement épithélial qui dépend manifestement de l’épiderme.
Quant aux ongles et aux poils, ils sont entièrement constitués (abstraction faite de leur organe producteur) par des éléments de provenance épidermique et n’ont avec le derme que de simples rapports de voisinage. Les uns et les autres font partie du groupe des phanères, mot introduit dans la science par de Blatnville pour désigner l’ensemble des organes défensifs qui font saillie (de çavepoç, évident) à la surface des membranes tégumentaires dermo-papillaires.
§ I. — Glandes sudoripares
Les glandes sudoripares ont pour fonction de sécréter la sueur et de la répandre à la surface de la peau.
1° Conformation extérieure. — Chacune d’elles (fig. 246) est constituée par un tube long et mince, dont l’une des extrémités s’ouvre à la surface libre de l’épiderme, tandis que l’extrémité opposée se termine en cul-de-sac. Suivi de son extrémité ouverte vers son extrémité fermée, ce tube est d’abord rectiligne ; puis, il s’infléchit et se pelotonne sur lui-même, de façon à former une petite masse
ORGANES DES SENS
plus ou moins régulièrement sphéroïde. Cette dernière portion constitue le corps de la glande proprement dit, le glomérule glandulaire . La partie rectiligne qui en émane lui sert de canal excréteur et porte le nom de canal sudorifère.
2° Nombre. — Les glandes sudoripares sont fort nombreuses. Sappey, qui s’est appliqué à les compter chez l’homme, après Leuwenhoek et Eichorn, en a rencontré 38 en moyenne pour une surface de 25 millimètres carrés, sur la presque totalité du corps. A la paume des mains et à la plante des pieds, elles sont beaucoup plus nombreuses : le même observateur en a compté 106 environ sur une
surface de même étendue. En tenant compte de ces différentes évaluations d’une part, et, d’autre part, de la superficie io totale du tégument externe, Sappey est arrivé au chiffre de 2 000 000 comme représentant approximativement le nombre des glandes sudoripares de l’homme.
3° Répartition topographique. — Considérées au point de vue de leur répartition topographique, les glandes sudoripares existent presque sur tous les points de la surface cutanée. Elles sont pourtant très rares sur les paupières et sur la face externe du pavillon de l’oreille. Elles font , même complètement découpe perpendiculaire de la peau montrant quatre glandes faut à la face antérieure sudoripares (demi-schématique). des ongles, sur les petites
A, épiderme. — B, derme. — C,Jissu cellulaire sous-cutané. lèvres , Sur la portion
1, tige d’un poil, avec : 2, sa racine; 3, son bulbe ; 4, son follicule; 5, sa inférieure des grandes
papille. — 6, un muscle redresseur du poil. — 7, glande sébacée, avec 7’, son x .
canal excréteur s’ouvrant dans le follicule pileux. — 8, espace libre par lequel lèvres, SUT la face interne s’écoule la matière sébacée. — 9, glomérule d’une glande sudoripare. — 10, son , , 1 1 ]
canal excréteur ou canal sudorifère, avec : a, sa portion rectiligne; 6, sa por- du prépuce, SUT le gland,
tion flexueuse. — 11, aréoles du derme et du tissu cellulaire sous-cutané dans Fllpc cprnipnt nhcpntpci
lesquelles s’amassent de petits paquets adipeux. Haies Seraient aDSeniCb
également , d’après les
recherches de Robin et Ficatier (Th. de Paris, 1881), sur la peau des sourcils et sur les points de la peau du front, des joues et des ailes du nez où viennent s’insérer les muscles peauciers. Par contre, Desfosses a constaté leur présence dans la caroncule lacrymale.
4° Parties constituantes. — Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les glandes sudoripares se composent de deux parties : le glomérule et le conduit excréteur.
ANNEXES DE LA PEAU
a. Glomérule. — Le glomérule (fig. 246, 5) occupe les couches profondes du derme ou même le tissu cellulaire sous-cutané. Pour le former, le tube glandulaire ne s’enroule pas sur lui-même d’une façon simple et régulière, comme semble l’indiquer son nom. 11 s’infléchit plutôt sur lui-même à plusieurs reprises et dans toutes les directions. Ces portions flexueuses se ramassent ensuite en une masse unique, à la constitution de laquelle ne préside aucun ordre, mais seulement le caprice.
Ainsi formé, le glomérule revêt les configurations les plus diverses : il est, suivant les cas, sphérique, pyramidal, conique, »
ovoïde, etc.
Au point de vue de leur volume, les glomérules sudoripares se distinguent en gros, moyens et petits. — Les gros glomérules occupent le creux de l’aisselle et l’aréole du sein. Leur diamètre mesure 4 millimètre,
2 millimètres et même plus. — Les glomérules moyens ont de 3 à 5 dixièmes de millimètre. — Les petits glomérules, enfin, descendent jusqu’à un dixième de millimètre. Les glomérules moyens et petits se rencontrent indistinctement sur tous les points de la surface cutanée.
11 est à remarquer que les glandes sudoripares sont plus développées dans les races nègres que dans les races blanches. 11 ne faut voir là vraisemblablement qu’un produit de l’adaptation, les nègres habitant pour la plupart les zones tropicales et ayant pour ainsi dire constamment à lutter, par l’évaporation, contre les chaleurs torrides du milieu dans lequel ils vivent.
b. Conduit excréteur. — Le conduit excréteur fait suite au conduit glomérulaire, avec lequel il se con-
tinue sans ligne de démarcation extérieure . Une fois
Fig. 246.
Une glande sudoriparc de la paume de la main, vue isolément sur une coupe perpendiculaire de la peau et du tissu cellulaire souscutané.
dégagé du glomérule, il se porte en dehors en suivant un trajet perpendiculaire à la surface extérieure de la peau. Il traverse ainsi successivement le derme et l’épiderme (fig. 246, 6) et vient s’ouvrir à la surface libre de cette dernière membrane par un petit orifice en forme d’entonnoir.
Dans le derme, le canal excréteur des glandes sudoripares décrit quelques flexuosités irrégulières et généralement peu étendues. Il est de règle qu’il sort du derme au niveau des dépressions interpapillaires. A la paume des mains et à la plante des pieds, où existent les crêtes dermiques (p. 302), il émerge au sommet de ces crêtes entre les deux rangées de papilles qui les surmontent (fig. 246, 6).
Dans l’épiderme, le canal sudorifère se comporte différemment suivant que l’épiderme est épais ou mince. S’il est mince, le conduit est* sensiblement rectiligne et se contente de s’infléchir légèrement en demi-spirale tout près de sa terminaison. Si l’épiderme est épais au contraire, comme cela s’observe à la paume des mains et à la plante des pieds, il décrit toute une série de tours de spire (10, 15, 20 et 30),
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
1, épiderme (couche cornée). — 2, couche de Malpighi. — 3, derme.
— 4, papille du derme, avec sa membrane basale. — 5, glomérule sudoripare. — 6, son canal excréteur.
— 7, partie de ce canal qui traverse la couche cornée. — 8, son orifice à la surface du tégument. — 9, cellules adipeuses contenues dans le tissu cellulaire sous-cutané.
ORGANES DES SENS
autour d’un axe central imaginaire qui continuerait la direction de son trajet primitif.
5° Structure. — Les glandes sudoripares sont constituées dans toute leur étendue par des éléments anatomiques qui appartiennent en partie au derme, en partie à l’épiderme. Leur structure varie toutefois dans le glomérule et dans le conduit excréteur.
A. Structure du glomérule. — Le tube glomérulaire, véritable organe sécréteur, est formé de dehors en dedans par une membrane propre, sur la face interne de laquelle se disposent, en deux plans distincts, une couche musculaire et une couche épithéliale.
a. Membrane propre. — La membrane ( membrane limitante, membrane basale de quelques auteurs) se présente sous la forme d’un liséré fort mince, transparent
et entièrement amorphe (fig. 247, 2).
Elle se prolonge , comme nous le verrons tout à l’heure, sur le conduit excréteur et se continue plus loin avec la membrane basale que nous avons décrite à la limite du derme et de l’épiderme (fig. 222).
b. Couche musculaire . — La couche musculaire (fig. 247,3) est directement appliquée contre la face interne de la membrane propre.
Signalée par Kôlliker en 1849, elle a été décrite à nouveau par Heynold en 1874 et, en 1879, par Herrmann et par Ranvier.
Elle est formée par des éléments musculaires assez analogues, comme forme, aux fibres musculaires lisses.
Comme ces derniers, ils sont allongés, fusiformes, disposés longitudinalement, c’est-à-dire parallèlement au grand axe du tube glandulaire, disposition que l’on voit très nettement sur les coupes longitudinales ou tangentielles (fig. 248). Il est à remarquer, cependant, que ces fibres musculaires de l’appareil sudoripare ne sont pas absolument longitudinales. Comme le fait observer Ranvier, elles sont légèrement obliques à l’axe du tube sudoripare, autour duquel elles décrivent des spires très allongées II résulte d’une pareille disposition que, « lorsqu’elles se contractent, elles diminuent à la fois leur longueur et leur calibre, remplissant ainsi le même rôle que les deux couches longitudinale et transversale que l’on observe dans d’autres canaux, l’intestin par exemple » (Ranvier).
Histologiquement, chaque élément musculaire se compose d’un corps cellulaire et d’un noyau. Le corps cellulaire, à son tour, nous offre à considérer deux zones : une
Coupe transversale du tube sécréteur d'une glande sudoripare de la pulpe du doigt de l'homme (d’après Ranvier).
1, tunique conjonctive. — 2, membrane propre. — 3, fibres musculaires, avec 3’, leurs dents d’insertion sur la membrane propre. — 4, cellules glandulaires. — 5, lumière centrale du tube. — 6, gouttelette d’une substance homogène se dégageant des cellules.
ANNEXES DE LA PEAU
zone externe, d’aspect fibrillaire, en rapport immédiat avec la membrane limitante ; une zone interne, finement granuleuse, en rapport avec les cellules épithéliales glandulaires. Quant au noyau, il est situé dans cette dernière zone, très rapproché par conséquent des cellules épithéliales ; il est, du reste, allongé comme le corps cellulaire et dans le même sens..
Nous ajouterons : 1° que les fibres musculaires en question sont unies à la membrane propre par une série de pointes ou de dents, qui rappellent exactement les pointes protoplasmiques que les cellules profondes de l’épiderme envoient dans l’épaisseur de la membrane basale du derme ; 2° que ces fibres musculaires ne sont pas contiguës, mais séparées les unes des autres par des espaces plus ou moins considérables, à travers lesquels les cellules glandulaires viennent se mettre directement en contact avec la membrane propre; 3° qu’au point de vue embryogénique elles sont dues à la transformation des cellules épithéliales de la couche externe du bourgeon glandulaire; ce sont donc des éléments musculaires d’origine ectodermique (cellules myoépitheliales), contrairement aux autres muscles, qui, comme on le sait, proviennent du mésoderme.
c. Couche épithéliale. — La couche épithéliale enlin (fig. 247,4) se compose d’une rangée unique de cellules prismatiques, transparentes, striées en long et renfermant à leur centre un volumineux noyau. Ce sont là les véritables cellules sécrétoires de la glande.
Klein n’hésite pas à les comparer aux cellules sécrétoires des glandes salivaires et des glandes gastriques : comme ces dernières, en effet, elles produisent dans leur masse protoplasmique de nombreuses disparaissent, pendant la sécrétion, de la périphérie
On a signalé dans ces derniers temps l’existence, entre les faces adjacentes de deux cellules voisines, de fins canalicules qui viennent s’ouvrir dans le canal central du tube glandulaire et qui, de ce fait, peuvent être considérés comme des prolongements de ce canal central dans les intervalles des cellules sécrétoires : ce sont là les canalicules inter cellulaires de la glande.
Zimmermann les a vus, dans certains cas, se prolonger jusque
dans l’intérieur de la cellule et former ainsi, en plein protoplasma cellulaire, de nouveaux canalicules, les canalicules intracellulaires.
d. Tunique conjonctive. — Ainsi constitué dans ses parties essentielles, le tube glomérulaire est entouré, sur tout son pourtour, d’une nappe de tissu conjonctif
Pi g. 248.
Coupe longitudinale ou tangentielle de la paroi d’une glande sudoripare de l’aisselle de l’homme (d’après Bôhm et Davidoff).
1, noyaux des fibres musculaires lisses ou cellules myo-épitli^liales (ou voit nettement qu’ils sont allongés, comme les fibres elles-mêmes, parallèlement à l’axe du tube sudoripare). — 2, noyaux des cellules épithéliales ou glandulaires.
granulations au centre.
lesquelles
Cellules épithéliales du tube sudoripare (d’après Ficatier).
A, deux cellules isolées, avec des expansions basilaires très longues et dont la partie hyaline fait saillie en forme de gouttelettes au sommet des cellules. — B, cellules cubiques. — C, une cellule a deux noyaux.
1, zone hyaline. — 2, zone granuleuse. — 3, expansions basilaires. — 4, novau.
ORGANES DES SENS
qui constitue pour lui une quatrième tunique, la tunique conjonctive (fig. 247, 1), Cette tunique conjonctive est toujours fort mince et se continue avec le stroma conjonctif qui enveloppe le glomérule.
B. Structure du conduit excréteur. — Les fibres musculaires ont complètement disparu sur le conduit excréteur des glandes sudoripares. Ce conduit, dont la structure est fort simple, se compose : 1° d’une tunique conjonctive et d’une membrane propre , continuant celles du conduit sécréteur du glomérule ; 2° d’une couche de cellules épithéliales, directement appliquées contre la membrane et s’y disposant en deux rangées. Les cellules de la rangée interne portent à leur surface libre une mince cuticule, qui limite latéralement la lumière centrale du conduit
sudorifère.
Le canal excréteur commence dans le glomérule lui-même et, de ce fait, prend part à sa formation : il constitue environ le quart ou même le tiers du tube enroulé. Il en résulte que, sur les coupes de la peau passant par un glomérule (fig. 250) , on aperçoit nettement deux tubes distincts, le tube sécréteur et le tube excréteur, chacun avec les caractères histologiques qui lui sont propres.
Au moment où le canal excréteur des glandes sudoripares quitte le derme pour passer dans l’épiderme, sa tunique conjonctive se confond peu à peu avec le tissu conjonctif des papilles. — Sa membrane propre se continue de même avec la membrane basale que nous avons vue s’étaler à la surface libre des papilles. — Seules, les cellules de sa couche épithéliale passent dans l’épiderme et contractent avec celles du stratum malpighien une union intime. Elles évoluent comme ces dernières et, comme elles, présentent déjà des gouttes d’éléidine audessous du niveau du stratum granulosum. Il semble cèpendant que leur évolution est plus rapide que pour les cellules épidermiques en général (Ranvier).
6° Vaisseaux et nerfs. — Les glandes sudoripares, comme toutes les formations glandulaires à fonctions actives et importantes, possèdent une riche vascularisation, soit sanguine, soit lymphatique.
a. Vaisseaux sanguins. — Les vaisseaux sanguins des glandes sudoripares, parfaitement décrits dès 1845 par Todd et Bowmann, forment autour du glomérule un réseau capillaire à mailles polygonales, dont la richesse tranche nettement sur la vascularisation pauvre du tissu conjonctif environnant. De ce réseau périglomérulaire partent des capillaires plus fins, qui pénètrent dans l’épaisseur du glomérule et se perdent sur le tube sudoripare. Il est à remarquer que ces capillaires ne traversent jamais la membrane propre.
Quant aux vaisseaux sanguins du canal excréteur proprement dit, ils proviennent souvent de deux sources : du réseau glomérulaire pour sa partie profonde ; du réseau sous-papillaire, pour sa partie voisine de l’épiderme. D’après Heynold
Fig. 250.
Coupe transversale de la peau de l’homme, passant au niveau d’un glomérule sudoripare (Klein).
«, un tube excréteur ou sudorifère, vu en coupe longitudinale. — b , le même, vu en coupe transversale. — c, un tube sécréteur ou sudoripare, vu en coupe longitudinale. — d, le même, vu en coupe transversale.
ANNEXES DE LA PEAU
Fig. 251.
Plexus nerveux péri-glanduiaire ou épilemmatique d’une glande sudoripare (d’après Arnstein).
1, une portion du tube sécréteur de la glande. — 2, canal excréteur ou sudoripare. — 3, plexus péri-glandulaire. — 4, fibres nerveuses amyéliniques.
( Virchow' s Arch., t. LXI, 1874, p. 72), qui le premier a mis ce fait en lumière, ces deux systèmes vasculaires seraient indépendants l’un de l’autre.
b. Lymphatiques. — Les lymphatiques des glandes sudoripares viennent se jeter dans les troncs et troncules qui descendent du réseau sous-papillaire.
c. Nerfs. — Les excitations expérimentales du système nerveux déterminant des modifications considérables dans l’activité sécrétoire des glandes sudoripares, il est rationnel d’admettre à priori l’existence de nerfs qui leur appartiennent en propre et qui tiennent sous leur dépendance la sécrétion de la sueur. Déjà depuis longtemps,
Sappey a signalé autour de chaque glande sudoripare un plexus nerveux presque aussi riche que le réseau sanguin. Ce réseau périglandulaire, constitué par des fibres dépourvues de myéline, a été signalé à nouveau par Tomsa, par Herrmann, par Ficatier, par Coyne, par Ranvier (1887). Ce dernier histologiste a même décrit, partant du réseau périglandulaire, un certain nombre de fibres dépourvues de myéline, qui traversaient la membrane propre et arrivaient ainsi à la couche épithéliale.
Huit ans plus tard, Arnstein (1895) signale à son tour l’existence de fines fibrilles qui traversent la basale pour venir se terminer dans la couche des éléments sécréteurs. De ces fibres ( fibres hypolemmatiques d’ARNSTEm), les unes restent indivises, les autres se divisent ou même se ramifient. Finalement, elles forment de petits appendices, soit latéraux, soit terminaux, qui pénètrent dans les intervalles des cellules et s’appliquent contre leurs parois.
Tout récemment,
Sfameni (1898) a constaté l’existence, sur les glandes sudoripares du bout des doigts et de la paume de la main de l’homme, d’un véritable réseau sousépithélial (fig. 252).
Ce réseau, d’après Sfameni, serait situé dans l’épaisseur de la basale, ou plutôt il remplacerait cette basale. Quoi qu’il en soit de ses rapports intimes avec la basale, il nous présenterait deux faces : une face externe ou convexe, en rapport avec le tissu conjonctif et aussi avec le réseau nerveux péri-glandulaire; une face interne ou concave, immédiatement en contact avec les cellules sécrétoires. De cette face
Fig. 252.
Le plexus nerveux sous-épithélial des glandes sudoripares, vu sur une coupe transversale d’un tube sécréteur (d’après Sfameni).
1, 1, tissu conjonctif péri-glandulaire. — 2, 2, plexus nerveux. — 3, 3, cellules épithéliales (l’auteur n’a jamais rencontré les cellules myo-épithéliales sur les glandes qu’il a étudiées). — 4, lumière du tube glandulaire.
ORGANES DES SENS
interne partent de petits prolongements, qui s’élèvent entre les cellules « arrivent à des hauteurs différentes et servent sans aucun doute à augmenter les rapports entre la terminaison nerveuse et les éléments sécréteurs de la glande » (Sfameni) .
En résumé, les glomérules sudoripares nous offrent à considérer deux réseaux nerveux : un réseau péri-glandulaire ou fondamental {réseau hypolemmatique d’ÀRNSTEiN), dont les mailles embrassent le tube sudoripare ; un réseau sous-épithélial {réseau épilemmatique d’ARNSTEix), situé immédiatement au-dessous des cellules épithéliales et envoyant ses fibrilles terminales sur la surface même de ces cellules. Il nous paraît rationnel d’admettre en manière de conclusion : 1° d’une part, que les fibres constitutives du plexus péri-glandulaire (abstraction faite de celles qui vont au plexus sous-épithélial) se distribuent aux vaisseaux du glomérule et ne sont alors que de simples fibres vaso-motrices ; 2° d’autre part, que les fibres du réseau sous-épithélial, qu’elles se perdent sur les cellules sécrétoires ou sur les cellules myo-épithéliales situées au-dessous, acquièrent la valeur de véritables nerfs glandulaires.
7" Glandes sudoripares spéciales. — Bien que réductibles par leur nature au type commun que nous venons de décrire, quelques glandes sudoripares méritent une description à part. Ce sont les glandes axillaires , les glandes cérumineuses et les glandes de Moll. Quant aux glandes spéciales qui ont été signalées par Gay dans la peau qui entoure l’anus {glandes circumanales ), elles ont été vainement recherchées par Ficatier, qui estime, avec Heynold, que les glandes sudoripares de cette région ne diffèrent pas des glandes sudoripares ordinaires.
a. Glandes sudoripares de Vaisselle. — Les glandes sudoripares de faisselle se caractérisent tout d’abord par le volume considérable de leur glomérule, qui peut atteindre jusqu’à 3 et même 4 millimètres de diamètre. Le tube sécréteur lui-même
est plus large que dans les glandes sudoripares ordinaires : il mesure en moyenne l ou 2 dixièmes de millimètre. La lumière du canal est, elle aussi, très large et se trouve limitée par une seule rangée de cellules épithéliales, parmi lesquelles Ficatier distingue trois formes : 1° des cellules cylindriques, allongées, mesurant 0mm, 024 à‘0mrn,036 de longueur, sur une largeur extrêmement variable; 2° dans d’autres points, les cellules sont aplaties, ne dépassant pas 0mm,012 de hauteur; 3° enfin, la forme la plus ordinaire est celle d’éléments cubiques, dont la hauteur est d’environ 0mm,010 à 0mm,025. Quelle que soit sa forme, chacune de ces cellules nous présente deux zones : une zone basilaire, granuleuse, renfermant un noyau arrondi; une zone superficielle, hyaline, qui, contrairement à la précédente, ne se se colore pas par les réactifs.
Des glandes analogues aux glandes axillaires se rencontrent encore, disséminées au milieu des glandes sudoripares ordinaires : 1° dans la région inguinocrurale ; 2° sur la face externe des grandes lèvres ; 3° sur l’aréole du mamelon ; 4° sur les portions pileuses de la face et du cou.
b. Glandes cérumineuses, cérumen. — Les glandes cérumineuses, ainsi appelées parce qu'elles sécrètent le cérumen, appartiennent à la peau du conduit auditif
Fig. *2*3,
Coupe transversale d’un fragment de la paroi d’une glande sudoripare de l’aisselle (d'après Tour-
NEUX) .
1, cellules épithéliales entre lesquelles la lumière glandulaire se prolonge sous la forme defentes intercellulaires. — 2; cellules mvoépithéliales. — 3, paroi propre. — 4, couche conjonctive.
ANNEXES DE LA PEAU
externe (voy. Oreille externe). Ces glandes, comme l’a démontré Alzheimer, s’ouvrent primitivement dans les follicules pileux, tout comme les glandes sébacées. C’est là encore la disposition qu’on rencontre chez le nouveau-né. Puis, au cours du développement, leur orifice d'abouchement se déplace peu à peu vers la surface libre de la peau, et finalement vient s’ouvrir sur cette surface après avoir perdu tout rapport de contact avec le follicule du poil. Cette migration graduelle de l’orifice extérieur des glandes cérumineuses se produit pour le plus grand nombre d’entre elles (72 pour 90, d’après Alzheimer) : il n’en est que quelques-unes qui, conservant leur état primitif, continuent à s’ouvrir dans le follicule pileux.
Le tube sécréteur des glandes cérumineuses est très irrégulier dans son calibre, tellement irrégulier que l’on peut dire qu’il est formé par une série de dilatations et de rétrécissements successifs. D’autre part, il est généralement très dilaté, ce qui fait que, vu en coupe (fig. 255, 4), il revêt un « aspect alvéolaire remarquable » (Pxssot). Quant à sa structure, il diffère de celui des glandes sudoripares ordinaires par les quelques particularités suivantes. Tout d’abord, les cellules musculaires y sont très développées et forment,
sur le côté interne
Fig. 234.
Une glande cérumineuse, vue sur une coupe transversale de la peau du conduit auditif d'un nouveau-né (d’après Sthôr).
1, épiderme. — 2, derme. — 3, follicule pileux. — 4, un jeune poil.
— 5, glande cérumineuse (glomérule). — 6, son canal excréteur.
de la basale, une couche continue, je veux dire sans interruption d’aucune sorte : il en résulte que, sur aucun point, les cellules
sécrétoires ne sont en rapport immédiat avec la basale. Ces cellules sécrétoires, de forme cubique ou cylindro-conique (suivant le stade de fonctionnement où on les considère), présentent trois zones : 1° une zone externe ou basale, formée par un protoplasma homogène bien coloré; 2° une zone moyenne, renfermant le noyau et, tout autour du noyau, une partie granuleuse constituée probablement par des granulations pigmentaires; 3° une zone interne, répondant à la lumière du canal, formée par du protoplasma clair et renfermant parfois de véritables granulations graisseuses.
Le canal excréteur des glandes cérumineuses, n’ayant à traverser ici qu’une couche relativement mince d’épithélium corné, ne présente nullement ces tours de spire qui caractérisent son abouchement sur les parties à épiderme épais comme à la paume de la main par exemple. Il est étroit, régulièrement coloré, présentant des sinuo-
Fig. 255.
Coupe transversale de la peau du conduit auditif externe chez l'adulte (d’après Pissot).
1, épiderme. — 2, derme, formé par du tissu fibreux. — 3, 3, deux follicules pileux coupés obliquement. — 4, 4, glomérules des glandes cérumineuses, revêtant dans leur ensemble un aspect alvéolaire. — 5, glandes sébacées.
ORGANES DES SENS
sites très peu accentuées. Il est relativement court, contrairement à ce qui arrive pour les glandes sudoripares ordinaires, où la glande paraît appendue à l’extrémité d’un long fil qui est le canal excréteur. Il n’y a autour du canal excréteur des glandes cérumineuses, ni fibres élastiques, ni membrane très nette (Pissot).
On donne le nom de cérumen à cette matière onctueuse, de coloration jaunâtre et de saveur amère, qui s’amasse dans le conduit auditif externe. C’est le produit des glandes sudoripares, auquel s’ajoute, dans des proportions qu’il est difficile d’établir, le produit des glandes sébacées de la région. Pour certains auteurs, notamment pour Schwalbe, la matière grasse qui entre dans la composition du cérumen proviendrait des glandes sébacées, et les glandes sudoripares ne lui fourniraient que sa partie liquide et ses granulations jaunes. Contrairement à cette assertion, Alzheimer a démontré l’existence de matières grasses dans l’épithélium sécréteur des glandes sudoripares, et il admet en conséquence que ces dernières glandes élaborent à elles seules tous les principes constitutifs du cérumen.
Molle et semi-liquide quand elle est de sécrétion récente, la matière cérumineuse s’épaissit quand elle reste exposée à l’air et prend alors la consistance et l’aspect de la cire. Chevalier, qui en a fait l’analyse chimique, lui attribue la composition suivante :
Eau 180
Matière grasse dissoute par l’éther (stéarine et oléine) 260
Savon de potasse soluble dans l’alcool 380
Savon de potasse soluble dans l'eau 140
Matière organique insoluble, à base de potasse 120
Chaux et traces de soude indices
Total 1000
c. Glandes de Moll. — Signalées pour la première fois par Moll en 1857, et particulièrement bien décrites en 1877 par 11. Sattler, ces glandes, au lieu d’être t s glomérulées comme les glandes sudo-
ripares ordinaires, se présentent sous la forme d’un canal très simple, contourné en zizgags ou en S italique.
Elles occupent l'épaisseur des paupières et viennent s’ouvrir au niveau de leur bord Jibre, dans l’intervalle des cils. Il en existe une d’ordinaire entre deux cils consécutifs. Leur longueur moyenne est de 450 p (voy. Paupières), Lorsqu’on suit dans leur développement les glandes sudoripares, on observe, dans les stades qui précèdent le pelotonnement d’où résulte le glomérule, toutes les formes que présentent les glandes de Moll. Aussi admet-on généralement que ces dernières sont de même nature que les glandes sudoripares et n’en diffèrent que parce qu’elles se sont arrêtées dans leur développement : ce sont des glandes sudoripares fixées à leur stade embryonnaire.
Du reste, malgré les différences profondes qu’elles présentent dans leur configuration extérieure, les glandes de Moll ont la même structure que les glandes sudo-
Développement des glandes sudoripares.
A, B, C, premier, second et troisième stades.
1, couche profonde de l’épiderme. — 2, canal excréteur de la glande. — 3, crosse (futur glomérulej.
ANNEXES DE LA PEAU
ripares. Sattler a même rencontré, dans leur partie profonde ou sécrétante, une couche de fibres musculaires nettement caractérisées.
8° Sueur. — La composition chimique de la sueur a fait l’objet d’un assez grand nombre de recherches, dont les résultats présentent quelques différences dues aux difficultés qu’on éprouve à recueillir à l’état de pureté le liquide sécrété par les glandes, à l’exclusion des déchets épidermiques et des produits altérés qui recouvrent la peau.
La sueur est un liquide aqueux, incolore, de réaction franchement acide, bien que Trumpy et Luchsinger ( Arch . f. g. Phys.,XY III, 1878) aient observé une réaction alcaline dans un cas de sudation provoquée par la pilocarpine. L’acidité de la sueur normale est due aux phosphates acides de soude et de potasse qu’on peut précipiter par l’alcool. Mais cette acidité disparaît rapidement, pour faire place à une réaction alcaline par suite de la fermentation ammoniacale de substances organiques azotées, particulièrement de l’urée. C’est donc à tort que la plupart des auteurs attribuent l’acidité de la sueur physiologique aux acides gras d’origine sébacée. Sauf peut-être à la paume de la main, la sueur est constamment acide.
La sécrétion de la sueur est très variable suivant un grand nombre de conditions. A la température de 13°, au repos, Funke (Moleschott’s Untersuch. z. Nalurlehre, IV) a évalué la quantité excrétée à 53 grammes par heure. A la température de 27°,5, après un violent exercice, le poids de sueur s’élevait à 815 grammes dans le même laps de temps. Chez l’adulte, on peut évaluer l’excrétion quotidienne à 1 kilogramme environ ; mais les chiffres réels s’écartent fréquemment de cette moyenne tout approximative.
En général, la proportion des corps solides en solution dans la sueur est en raison inverse du volume du liquide sécrété dans l’unité de temps ; d’où la variation du poids spécifique de 1004, chiffre habituellement admis pour représenter la densité de la sueur.
C’est Fourcroy qui, le premier, a signalé la présence de l’urée dans la sueur. Ce fait a été confirmé depuis par un grand nombre d’observateurs, dont les données quantitatives sont très divergentes. Favre évalue la quantité d’urée à 0sr, 0428 par litre, Picard à 0gl\88, Funke à lgl,55. Schottin n’en a pas trouvé trace. L’imperfection des procédés chimiques est la principale cause de ces différences que l’altération rapide de la sueur contribue aussi à expliquer.
Indépendamment de l’urée, Leube a signalé, parmi les matériaux azotés, une substance albuminoïde, provenant peut-être de la destruction des débris épidermiques. Favre a découvert dans la sueur humaine un autre composé quaternaire, auquel il a donné le nom d 'acide sudorique et dont l’existence mériterait confirmation.
Au nombre des éléments organiques ternaires, on a signalé l’acide lactique et des graisses, mais ce fait n’a pas été suffisamment établi. Il n’en est pas de même des acides gras volatils (formique, acétique, propionique, butyrique), dont la présence est facile à mettre en évidence en traitant par une goutte d’acide sulfurique le résidu de l’évaporation de la sueur. La prédominance de tel ou tel de ces acides varie suivant les individus, les régions, l’alimentation, le régime et un grand nombre d’autres circonstances. Ce sont les acides gras qui donnent à la sueur des pieds ou des aisselles son odeur spéciale. Les odeurs particulières et très différentes qu’on perçoit dans les salles d’un hôpital ou d’un asile d’aliénés, et en général dans les locaux où se trouvent réunis un grand nombre d’individus soumis au
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
ORGANES DES SENS
même régime, n’ont pas d’autres causes que les variations quantitatives et qualitatives d’acides gras sudorifiques (Ch. Bouchard).
La sueur renferme, en outre des sels minéraux : des chlorures de sodium et de potassium, des sulfates alcalins, des phosphates de soude, de potasse et peut-être de chaux.
En résumé, la sueur contient des matières fixes en proportions très variables, de 4 à 20 p. 100 et plus, dont on trouvera la liste ci-dessous, d’après une analyse de Favre :
Eau ! . .
Matières solides
Graisse
Lactates
Sudorates
Matières extractives indéterminées,
Urée
Chlorure de sodium
Chlorure de potassium
Sulfates alcalins
Phosphates alcalins et terreux. . .
0,011 — traces .
Comme l’urine, avec laquelle elle a tant d’analogies, la sueur peut entraîner des principes chimiques introduits dans l’organisme ou fabriqués par les tissus à l’état pathologique. Ainsi Bizio et Hofmann ont extrait l'indigo des sueurs bleues. D’autres auteurs ont observé des sueurs colorées quelquefois par les matières colorantes de la bile. Gamgee et Dewar ont trouvé la cystine. Semmola, Griesinger, Koch ont extrait et dosé le sucre dans la sueur des diabétiques. Après l’administration des médicaments ou des poisons, Schottin, Bergeron et Lemattre ont trouvé dans la sueur, l’iode, l’arsenic, le mercure, etc.
Voyez, au sujet des glandes sudoripares : — Hermann, Soc. de Biol., 1881 : — Ficatier, Etude anatomique des glandes sudoripares, Th. Paris, 1881 ; — Ranvier, Sur la structure des glandes sudoripares, C. R. Acad, des Sc., 1869: — Ranvier. Le mécanisme des Sécrétions, Journ. de micrographie, 1887; — Alzheimer, Ueber die Ohrenschmaldrüsen, Inaug. Dissert. Würzburg, 1888 ; — Renaut, Dispositif anatomique de l'excrétion des glandes sudoripares, Ann. de Dermat., 1894; — Arnstein, Zur Morphologie der secret. Nervenendapparate, Anat. Anz., vol. X, 1895 ; — Sfameni, Des terminaisons nerveuses dans les glomérules des glandes sudoripares de l’homme, Arch. ital. de Biologie, 1898; — Pissot, Essai sur des glandes du conduit auditif externe, Th. Paris, 1889.
§ II. — Glandes sébacées
Les glandes sébacées sont des glandes en grappe situées dans les couches superficielles du derme. Elles sécrètent une matière grasse, le sébum ou matière sébacée, qu’elles déversent ensuite, soit dans un follicule pileux, soit directement à la surface de l’épiderme. Il résulte des recherches d’ARNOzAN (1892) et de Gréciet (1892) que la sécrétion sébacée ne commence que vers l’âge de cinq ou six ans ; elle présente son maximum d’activité chez l’adulte et, puis, va en s’atténuant chez le vieillard.
1° Situation. — Les glandes sébacées, beaucoup moins nombreuses que les glandes sudoripares, se rencontrent sur toute l’étendue du tégument externe, à l’exception des régions suivantes ; la paume des mains, la plante des pieds, la face palmaire des doigts et la face plantaire des orteils.
2° Division des glandes sébacées d’après leurs rapports avec les poils. — Considérées dans leurs rapports avec les poils, les glandes sébacées peuvent être divisées en trois groupes :
ANNEXES DE LA PEAU
a. Premier groupe. — Le premier groupe comprend les glandes qui s’ouvrent dans les follicules pileux, glandes pileuses (fig. 257, 5). Ce sont de beaucoup les plus nombreuses : on en compte une seule ou deux pour chaque poil , quelquefois davantage. Quand il y en a deux, ce qui est la disposition la plus commune, ces deux glandes, égales ou inégales en volume, s’ouvrent ordinairement dans le follicule à la même hauteur et sur deux points diamétralement opposés. Quand il en existe un plus grand nombre, trois ou quatre par exemple, elles s’étagent les unes audessus des autres et s’ouvrent alors dans le follicule pileux à des hauteurs différentes; ou bien elles s’ouvrent toutes à la même hauteur, formant alors tout autour du follicule une sorte de couronne. Il est à remarquer que le volume des glandes pileuses est presque toujours en rapport inverse avec le développement des poils auxquels elles sont annexées : relativement petites au niveau des poils complètement développés, les cheveux par exemple, elles sont beaucoup plus volumineuses au niveau de ces poils minces et courts connus sous le nom de poils de duvet.
b. Second groupe. — Le second groupe renferme les glandes sébacées qui s ouvrent directement à la surface extérieure de la peau, sans présenter aucun rapport avec les poils (fig. 258). Ces glandes sont peu nombreuses et ne s’observent guère que sur les petites lèvres et sur l’aréole du mamelon. On sait que les, glandes sébacées de l’aréole sont particulièrement développées pendant la période de la grossesse, constituant ainsi tout autour du mamelon une série d’élevures semihémisphériques, bien connues des accoucheurs sous le nom de tubercules de Montgommery.
Fig. 257.
Glandes sébacées, s'ouvrant à titre d’annexes, dans un follicule pileux.
1, épiderme. — 2, derme. —3, cul-de-sac de la glande sébacée. 4, son canal excréteur. — o, follicule. — 6, poil.
Quelques anatomistes signalent encore, au
Fig. 258.
Glande sébacée indépendante des follicules pileux.
1, épiderme. — 2, derme. — 3, cul-de-sac glandulaire. — 4, canal excréteur.
nombre des régions qui possèdent des glandes sébacées du second groupe, la face interne du prépuce et le sillon circulaire qui circonscrit la couronne du gland. Mais, contrairement à cette assertion, Cadiat et Ch. Robin ( Journ . de
V Anatomie, 1874) affirment qu’ils n’ont jamais rencontré de glandes sébacées dans ces deux régions.
c. Troisième groupe. — Le troisième groupe de glandes sébacées tient le milieu
ORGANES DES SENS
entre les deux groupes précédents. Il est constitué par des glandes, ordinairement très volumineuses, qui s’ouvrent directement à la surface de la peau et qui renferment, à titre d’annexe, un follicule pileux minuscule. Ce follicule occupe le plus souvent l’espace compris entre deux lobules de la glande sébacée. Le poil rudimentaire qu’il contient pénètre dans le canal excréteur de la glande, le parcourt de dedans en dehors et s’échappe à l’extérieur par son orifice externe
(fig. 259,6). Chaque glande sébacée du troisième groupe ne possède d’ordinaire qu’un seul follicule pileux. On en rencontre quelquesunes cependant qui en renferment deux : ils se disposent alors d’une façon variable, mais sont toujours, quant à leur développement, très rudimentaires.
3° Parties constituantes. — Les glandes sébacées, avons-nous dit plus haut, sont des glandes en grappe. Elles présentent, comme telles, deux parties distinctes, une partie sécrétante ou glande proprement dite et un canal excréteur.
a. Glande proprement dite. — La partie sécrétante ou glande proprement dite se compose de culs-de-sac ou acini, arrondis ou piriformes , qui viennent s’ouvrir dans le canal excréteur. Le nombre de ces culs-de-sac varie pour chaque glande : quelques-unes sont réduites à un seul cul-de-sac; d’autres en possèdent 10, 15, 20 et même plus. On conçoit dès lors que les glandes sébacées présentent , dans leurs dimensions, des variations fort étendues : les plus petites, celles qui n’ont qu’un seul cul-de-sac, mesurent en moyenne 70 g de diamètre; les glandes à culs-de-sac multiples atteignent jusqu’à 2 millimètres.
b. Canal excréteur. — Le canal excréteur, cylindrique ou infundibuliforme, fait suite aux culs-de-sac glandulaires et, comme nous l’avons vu, vient s’ouvrir après un trajet toujours très court, soit dans un follicule pileux, soit à la surface libre des téguments. Son diamètre, tout aussi variable que celui de la glande ellemême, mesure de 10 g à 350 p.
Fig. 259.
Glande sébacée s’ouvrant à la surface de la peau et renfermant, à titre d'annexe, un poil rudimentaire.
1, épiderme. — 2, derme. — 3, cul-de-sac de la glande sébacée. — 4, son canal excréteur. — 5, follicule pileux. — 6, poil.
4° Structure. — Les glandes sébacées, comme les glandes sudoripares, se composent d’éléments qui appartiennent en partie au derme, én partie à l’épiderme. 11 convient de les examiner séparément : 1° dans les culs-de-sac glandulaires ; 2° dans le canal excréteur.
A. Structure des culs-de-sac glandulaires. — Les culs-de-sac des glandes sébacées se composent essentiellement d’une paroi propre, tapissée à son intérieur par des amas de cellules épithéliales :
a. Paroi propre. — La paroi propre (260, 6), appelée encore membrane limitante, est transparente et fort mince. Son épaisseur varie de 5 p à 40 g.
b. Cellules épithéliales. — Les cellules épithéliales (fig. 260, c, d, é) remplissent entièrement le cul-de-sac glandulaire. Ces cellules, qui sont une dépendance de l’épiderme au même titre que les cellules sécrétantes des glandes sudoripares, pré-
ANNEXES DE LA PEAU
sentent ca caractère biologique particulier qu elles sécrètent au sein de leur proto-
plasma des gouttelettes huileuses, revêtant à leur origine la forme de granulations sphériques, jaunâtres et fortement réfringentes. Au fur et à mesure que les cellules évoluent, les gouttelettes en question deviennent de plus en plus volumineuses et arrivent bientôt à remplir tout le corps cellulaire. Celui-ci devenant lui aussi de plus en plus volumineux, finit par éclater et met alors en liberté ses produits de sécrétion, qu’il est impuissant à contenir.
Cette description sommaire des cellules épithéliales qui remplissent les culs-desac glandulaires nous explique nettement les différences d’aspect que nous présentent ces cellules (fig. 260), suivant les points où on les examine. Celles qui sont directement appliquées contre la mem-
Fig. 260.
Une glande sébacée, coupée parallèlement à l’axe du poil {demi-schématique) .
1, poil. — 2, follicule pileux. — 3, espace libre servant à l’écoulement de la matière sébacée (deux flèches placées dans cet espace indiquent la direction que suit la matière sébacée). — 4, canal excréteur de la glande. — 5, cul-de-sac glandulaire, avec : a, le derme ambiant ; b, la membrane propre ; c, les cellules épithéliales profondes ou périphériques ; d, les cellules moyennes ; e, les cellules centrales.
brane propre (cellules encore jeunes) sont petites, polyédriques, sans granulations, avec un noyau central arrondi ou ovalaire. Celles qui viennent après (cellules plus avancées dans leur évolution) présentent déjà autour de leur noyau un certain nombre de granulations graisseuses. Plus loin encore, en se rapprochant du centre du cul-de-sac, les cellules nous présentent des granulations plus volumineuses, se pressant tout autour d’un noyau atrophié. Enfin, au centre même du cul-de-sac et dans le canal excréteur, nous ne rencontrons plus que des corps cellulaires remplis de gouttelettes graisseuses, des gouttelettes graisseuses libres et des corps cellulaires qui, ayant éclaté, sont maintenant vides et flétris.
Fig. 262.
Types divers de cellules épithéliales contenues dans les culs-de-sac des glandes sébacées.
Fig. 261.
Cellules épithéliales d’une glande sébacée remplies de gouttelettes graisseuses (d’après Ch. Robin).
B. Structure du canal excréteur. — Le canal excréteur des glandes sébacées se compose,
1, petites cellules polyédriques ne renfermant encore que quelques granulations graisseuses : noyau très visible. — 3, cellules plus volumineuses renfermant de nombreuses granulations graisseuses : noyau peu ou point visible. — 3, cellules dont la graisse devient confluente : noyau entièrement masqué. — 4, cellules entièrement remplies de graisse. — 5, cellules dont la graisse s’est échappée en grande partie.
lui aussi, d'une membrane propre, recouverte à son intérieur d'une ou plusieurs couches épithéliales. — La membrane propre fait suite à celle du cul-de-sac et se continue, d’autre part, avec la membrane vitrée du poil pour les glandes pileuses, avec la membrane basale du derme pour les glandes qui s’ouvrent directement à la surface libre des téguments. — Quant aux cellules épithéliales , elles se continuent avec les cellules du stratum malpighien et présentent les mêmes caractères histologiques que ces dernières.
5° Vaisseaux et nerfs. — Gomme les glandes sudoripares, les glandes sébacées sont enveloppées par une couche de tissu conjonctif, qui se confond peu à peu avec celui du derme : il sert de substratum à un réseau capillaire qui apporte à la glande les matériaux nécessaires à son fonctionnement. Les lymphatiques des glandes sébacées nous sont encore inconnus. Il en est de même des nerfs : ces nerfs doivent cependant exister, car nous savons, de par les expériences d’ÀRLoiNG, que la section du sympathique a pour conséquence une suractivité des glandes sébacées de l’oreille. Du reste, des nerfs sécréteurs ont été vus, sur les glandes de Meibomius par Arnstein, par Pensa et par Fumagalli (voy. Paupières) .
6° Matière sébacée. — La matière sébacée est un produit de consistance molle, de réaction acide, contenant de la graisse, de la caséine, de l’albumine, sans trace de sucre. La proportion d’eau est très variable. Quant aux acides qui entrent dans la composition des graisses, ils sont encore fort mal connus, bien que Schmidt ait signalé les acides butyrique, valérique et caprique.
Voici du reste l’analyse du contenmd’une loupe :
Eau 317
Débris épithéliaux et albumine 617,5
Graisse 41,6
Acides gras 12,1
Gendres 11,8
Total 10ûü,0
Chez le nouveau-né, la matière sébacée, qui forme une couche plus ou moins épaisse à la surface de la peau [sébum), présente une composition chimique un peu différente : elle contient, notamment, une proportion plus élevée d’eau et de graisse.
A voir, au sujet des glandes sébacées : Bhilipson, Bermerk. u. Histol. tl. normale n Sekrectes der menschl. Talgdrüsen. Monatshefte f. prakt. Dermatol., 1890 ; — Arnozan, Répartition des sécrétions g > asses de la peau , Ann. de Dermatol., 1892; — Gréciet, Th. de Bordeaux, 1892; — Hoffmann, Ueber Talg. u Schweissdrüsen , Diss. Tübingen, 1898 ; — Kolosso^, Arch. f. mikr. Anat., 1898 ; — Zander, Talgdrüsen in der Alund- u. Lippenschleimhaut , JVlonatsschr. prakt. Dermatol., 1901 ; — Gieselberg, Zur Kenntnis der Sdugetiere , Tübingen, 1901. — Bovero, Ghiandole sebacee libéré, Arch. Sc. med., 1904.
§ III. — Ongles
Les ongles sont des productions épidermiques, se présentant chez l’homme sous la forme de lames quadrilatères, blanchâtres et demi -transparentes, situées sur la face dorsale de la dernière phalange des doigts et des orteils. Ils font partie d’un système défensif, rudimentaire dans l’espèce humaine, mais très développé chez un grand nombre de mammifères, où il constitue les griffes des carnivores, les cornes des ruminants, le sabot des ongulés, etc.
A Conformation extérieure
L’appareil unguéal se compose essentiellement de deux parties ; 1° la for-
ANNEXES DE LA PEAU
mation épidermique elle-même ou ongle proprement dit; 2° la partie du derme sur laquelle elle repose et qui joue à son égard le rôle d’un organe producteur .
1° Ongle proprement dit. — L’ongle proprement dit revêt la forme d’une lame cornée, qui est à peu près plane de haut en bas et fortement convexe dans le sens transversal. 11 représente ainsi, dans son ensemble, un segment de cylindre creux, libre à son extrémité inférieure, enchâssé au contraire, à son extrémité supérieure et sur les côtés, dans un repli plus ou moins profond du derme cutané. On distingue à l’ongle trois parties qui sont, en allant de haut en bas, la racine , le corps, Y extrémité libre :
a. Racine. — La racine (fig. 263) comprend toute cette partie de l’ongle qui est cachée dans la portion moyenne du repli dermique dont nous venons de parler. Elle est molle, flexible, élastique et se. termine par un bord mince et finement dentelé.
b. Corps de V ongle. — Le corps de Longle fait suite à la racine et s’étend de là jusqu’au sillon qui sépare son extrémité libre de la pulpe du doigt ( angle de V ongle de Renaut).
Il présente deux faces, l’une superficielle, l’autre profonde.
a) La face superficielle ou convexe est rosée dans presque toute son étendue. A sa partie supérieure seulement, elle nous présente une petite zone de couleur blanchâtre, qui se prolonge dans la racine en haut, et qui est circonscrite, en bas, par une ligne courbe très régulière à concavité supérieure : on donne à cette portion blanche de l’ongle, en raison même de sa configuration en forme de croissant, le nom de lunule. Il est à remarquer que la lunule est toujours plus développée sur le pouce que sur les autres doigts; sur le petit doigt, elle est peu marquée ou même absente. On remarque encore, sur la face superficielle de l’ongle, une série de stries longitudinales, plus ou moins accusées, mais toujours très visibles.
P) La face profonde ou concave, fortement adhérente, nous présente également tout un système de crêtes et de sillons longitudinaux, qui se moulent fidèlement sur les sillons et les crêtes du derme sous-jacent.
c. Extrémité libre. — L’extrémité libre de l’ongle est d’un blanc grisâtre. Elle s’accroît constamment et, si elle est abandonnée à elle-même, elle atteint facilement 2 à 3 centimètres de longueur. On la voit, dans ce cas, s’incurver sur la pulpe du doigt en manière de griffe.
L’épaisseur de l’ongle est à peu près uniforme dans toute la partie antérieure du corps. Elle mesure, d’après Esbach (Th. de Paris, 1876), 384 p. chez l’homme, 346 p seulement chez la femme. Des coupes de l’ongle, pratiquées dans le sens antéro-postérieur et dans le sens transversal (fig. 26i et 265), nous montrent nettement que cette épaisseur diminue graduellement au fur et à mesure qu’on se rapproche de la racine et des bords latéraux.
2° Organe producteur de l’ongle. — On donne ce nom à toute la portion du derme cutané qui est en rapport de contact avec l’ongle. Nous avons dit plus haut que l’ongle reposait sur le derme par sa face profonde et que, d’autre part, il était enchâssé par son extrémité supérieure et par ses bords latéraux dans une rainure que lui forme encore le derme. Nous pouvons donc admettre dans l’organe producteur de ’ongle trois parties savoir : le derme sous-unguéal , le derme susunguéal, la gouttière ou rainure unguéale.
a. Derme sous-unguéal. — Le derme sous-unguéal (fig. 264) comprend toute
Fig. 263.
Ongle du pouce, vu par sa face dorsale.
1 , repli cutané sus-unguéal.
— 2, lunule. — 3, corps de l’ongle. — 4, bord libre.
ORGANES DES SENS
l’étendue du derme qui se trouve située à la face profonde de l’ongle. On le subdivise lui-même en deux zones distinctes : une zone antérieure ou lit de V ongle, correspondant à la partie rosée du corps de l’ongle ; une zone postérieure ou matrice de V ongle, répondant à la lunule et à la racine.
De ces deux zones, la première nous présente une coloration rosée ; la seconde est blanchâtre. De plus, tandis que le lit de l’ongle est convexe transversalement et plan d’avant en arrière, la matrice de l’ongle est convexe dans tous les sens.
Le derme sous-unguéal nous présente une série de saillies longitudinales, connues sous le nom de crêtes de Renie (fig. 265, 4). Ces crêtes partent toutes d’un centre commun qui est la partie moyenne de la gouttière unguéale. Delà, les crêtes moyennes
L’ongle vu en coupe longitudinale.
1, racine de l’ongle. — 2, corps de l’ongle, avec 2’, lunule. — 3, extrémité libre. — 4, pulpe du doigt.
— 5, angle de l’ongle. — 6, derme sous-unguéal. — 7. derme sus-unguéal ou manteau de l’ongle. — 8, rainure unguéale. — 9, lit de l’ongie. — 10, matrice de l’ongle.
— 11, troisième phalange.
xx, plan suivant lequel est faite la coupe de la figure suivante.
lJ
Fig. 265.
L'ongle vu en coupe transversale.
1, corps de l’ongle. — 2. ses bords latéraux. — 3, derme sous-unguéal {lit de l'ongle ), avec 4, les crêtes de Henle. — 5, derme sus-unguéal ou manteau de l'ongle. — 6, rainure ou gouttière unguéale. — 7, peau du doigt, parties latérales. — 8, troisième phalange.
yy , plan suivant lequel est faite la coupe de la figure précédente.
se portent directement en avant, en suivant la ligne axiale du doigt ; les crêtes latérales se portent d’abord en dehors, puis se redressent pour devenir parallèles aux précédentes. Nous ajouterons que les crêtes de Henle sont à peine marquées dans la zone postérieure du derme sous-unguéal, très développées au contraire dans la zone antérieure du lit de l’ongle.
b. Derme sus-unguéal . — Le derme sus-unguéal (manteau de V ongle de Renàut) est ce repli du derme cutané qui recouvre la racine et les bords latéraux de l’ongle. Vu sur des coupes, il revêt la forme d’un triangle dont le sommet regarde le corps de l’ongle (fig. 264 et 265). Le repli sus-unguéal présente sa plus grande longueur au niveau de la racine. Il est moins étendu au niveau des bords latéraux et diminue graduellement au fur et à mesure qu’il se rapproche de la pulpe du doigt. A ce niveau, il cesse d’exister, le bord de l’ongle se dégageant peu à peu du derme et devenant libre de toute adhérence.
c. Gouttière ou rainure unguéale. — La gouttière ou rainure unguéale est formée par la réunion du derme sous-unguéal avec le repli sus-unguéal. Elle correspond exactement à la racine de l’ongle et à ses bords latéraux, qui viennent s’y enchâsser comme un verre de montre dans sa rainure métallique. Comme le repli sus-unguéal lui-même, la gouttière unguéale diminue de profondeur en s’éloignant de la partie moyenne de l’ongle et disparaît peu à peu en avant. La partie moyenne de la rainure unguéale est généralement appelée matrice de l’ongle. Nous avons dit plus haut, en acceptant sur ce point les conclusions
ANNEXES DE LA PEAU
cTArloing (Th. d’agrégation, Paris, 1880), qu’il convenait d’étendre en avant la matrice de l’ongle et de donner ce nom, non pas seulement à la partie moyenne de la gouttière unguéale, mais à toute la partie du derme sous-unguéal qui correspond à la racine et à la lunule (fig. 264, 10).
B. — Structure de l’appareil unguéal
Nous examinerons successivement au point de vue de leur structure : 1° V ongle proprement dit ; 2° le derme péri-unguéal. Nous indiquerons ensuite quel est le mode de continuité de l’ongle avec le derme et l’épiderme.
1° Structure de l’ongle proprement dit. — Comme l’épiderme dont il dérive, l’ongle est constitué par des cellules épithéliales, formant des assises multiples et variant d’aspect suivant le niveau qu’elles occupent.
La couche la plus profonde est constituée par une rangée unique de cellules cylindriques, qui s’appliquent directement ' sur les papilles et qui répondent à la couche s basilaire ou généra-
trice de l’épiderme.
Au-dessus d’elles s’étalent plusieurs assises de cellules polyédriques qui, par leur forme polygonale, leurs filaments d’union et leur structure fibrillaire, rappellent celles d u stratu m mal pi gliien ou corps muqueux :
c’est le corps muqueux de V ongle.
Le stratum granulosum, avec son éléidine, qui, sur la peau en général, surmonte
le corps muqueux fait ici complètement défaut. A son lieu et place se voient des cellules molles, plus ou moins aplaties et présentant dans leur intérieur d’innombrables granulations arrondies et d’une très grande finesse. Ranvier (cité par Darier) avait cru tout d’abord que ces granulations étaient constituées par une substance spéciale ( sitbstance onychogène), remplaçant l’éléidine dans le stratum granulosum de la matrice ; mais, plus récemment (Cours du Collège de France, 1898- 1899), il est revenu sur cette interprétation et a émis l’opinion que les granulations précitées ne sont que la coupe de filaments d’union modifiés d’une façon spéciale en cet endroit.
Le stratum granulosum, ainsi modifié, est surmonté par le stratum lucidum, lequel est surmonté à son tour par la couche cornée.
Cette dernière couche, remarquable par son épaisseur, comprend de nombreuses
Fig. 266.
Coupe verticale de l’ongle et du derme sous-unguéal (d’après Szymonowicz).
1, derme sous-unguéal. — 2, 2. crêtes de Henle. — 3, couche basilaire ou génératrice de l’ongle. — 4, corps muqueux ou stratum malpighien. — 5, stratum granulosum à substance onychogène. — 6, stratum lucidum. — 7, un vaisseau du derme sous-unguéal .
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
assises de cellules épithéliales complètement kératinisêes, aplaties en forme de lamelles et disposées parallèlement à la surface de l'ongle. Toutes ces cellules cornées possèdent à leur centre un noyau, qui est aplati comme elles et disposé dans le même sens.
2° Structure du derme péri-unguéal. — Analogue en principe au derme des autres régions du corps, le derme qui est en rapport avec l'ongle en diffère cependant par les particularités suivantes :
a) Le derme sus-unguéal , continu par sa face superficielle avec le derme du doigt, possède comme ce dernier des papilles nerveuses, des glandes sudonpares et des glandes sébacées. Sur sa face profonde ou réfléchie, les glandes font complètement défaut ; les papilles s’atténuent ou même disparaissent entièrement, d’après Arloing.
P) Il en est de même pour le derme qui forme le fond de la rainure de l’ongle. Cette partie du derme péri-unguéal ne renferme ni glandes ni papilles.
y) Quant au derme sous-unguéal , il est au contraire très riche en papilles, comme nous l’avons vu. Mais ces papilles, qui constituent les crêtes de Henle, sont exclusivement vasculaires. Aucun anatomiste n’y a signalé encore de corpuscules du tact.
3° Mode de continuité de l’ongle avec le derme et l’épiderme. — A l’exception de son extrémité inférieure ou portion libre, toute la face antérieure de l’ongle adhère intimement au derme sous-jacent.
Les différentes couches épidermiques de la face dorsale des doigts et des orteils, arrivées sur le bord libre du repli susunguéal, se réfléchissent (fig. 267) pour
Fig. 267.
Mode de continuité de l’ongle avec le derme et l’épiderme [schématique).
1. corps de l’ongle. — 2, lit de l’ongle. — 3, matrice de l’ongle. — 4, derme sus-unguéal. — o, épiderme, avec: 6 sa couche cornée ; 7, sa couche granuleuse ; 8, le corps de Malpighi ; 9, sa couche basilaire ou génératrice. — 6’, 8’, 9’, diverses couches de l’ongle, correspondant aux couches 6, 8 et 9 de l’épiderme. — 10, continuité de l’épiderme avec la racine de l’ongle. — 11, épidermicule.
tapisser la face profonde de ce repli et se continuer, au niveau de la rainure unguéale, avec les couches correspondantes de l’ongle. Cependant, la couche granuleuse et les assises les plus superficielles de la couche cornée se comportent d’une façon toute spéciale : la couche granuleuse s’atténue peu à peu et finit par disparaître en atteignant le fond de la rainure unguéale; cette couche n’est pas
ANNEXES DE LA PEAU
représentée dans l’ongle proprement dit, comme nous l’avons déjà indiqué plus haut. Quant aux assises superficielles de la couche cornée, elles s’étalent sur la face libre de l’ongle, qu’elles recouvrent de la périphérie au centre dans une étendue de quelques millimètres seulement : c’est à cette mince lamelle épidermique, située sur la face libre de l’ongle .tout autour du repli sus-unguéal, que l’on donne le nom d ’épidermicule de V ongle ou de périonyx (Arloing).
Le périonyx répond au périople du cheval. 11 s’étend, chez le foetus, sur toute la surface libre de l’ongle. S’il est moins développé chez l’adulte, c’est qu’il est constamment détruit au fur et à mesure de sa production, soit par les frottements, soit par les soins que l’on apporte à la toilette des ongles.
G. — Vaisseaux et nerfs
L’appareil unguéal, comme le tégument externe dont il dérive, nous présente : 1° des vaisseaux sanguins ; 2° des lymphatiques ; 3° des nerfs.
1° Vaisseaux sanguins. — Nous devons à Renaut (in Th. d’agrégation d’ARLOiNG, 1800), une bonne description des vaisseaux sanguins du derme péri-unguéal. Dans
Fig. 26S.
Schéma de la vascularisation sanguine du derme péri-unguéal (d’après Renaut).
1, ongle. — 2, derme sus-unguéal. — 3, papilles et anses rétro-lunulaires. — 4, vaisseaux de distribution. — 5, réseau planiforme de la lunule. — 6, réseau planiforme de la portion réfléchie du derme sus-unguéal. — 7, réseau sanguin papillaire de la portion superficielle du derme sus-unguéal. — 8, réseau sanguin papillaire du lit. — 9, boucles droites. — 10, boucles larges. — 11, boucles récurrentes. — 12, vaisseaux destinés aux glandes sudoripares. — 13, réseau capillaire des glandes sudoripares.
toute l’étendue de cette portion du derme, un peu au-dessous de sa face superficielle, s’étale un riche réseau de capillaires, dont les mailles sont disposées parallèlement à la surface même de la peau : c’est le réseau planiforme de Renaut. Il est alimenté, comme nous le montre nettement la figure 249, par de nombreux rameaux vasculaires (vaisseaux de distribution de Renaut), qui proviennent du réseau sous-cutané et qui, pour la plupart, se dirigent obliquement (le doigt étant considéré étendu) d’arrière en avant et de bas en haut. Nous examinerons successivement le réseau planiforme : 1° au niveau du derme sus-unguéal ; 2° au niveau du lit de l’ongle ; 3° au niveau de l’angle.
a) Au niveau du derme sus-unguéal, le réseau planiforme répond tout d’abord à la portion superficielle, puis à la portion profonde ou réfléchie du revêtement der-
ORGANES DES SENS
unique. — Sur la portion superficielle, le réseau est sous-jacent à des papilles nombreuses et élevées. A chacune d’elles, il envoie un bouquet de capillaires à anses multiples : ces anses, comme les papilles elles-mêmes, sont légèrement obliques en haut et en avant. Notons en passant l’existence, sur les vaisseaux de distribution, de branches collatérales (fig. 268, 12) qui, presque aussitôt après leur origine, se résolvent en un riche réseau capillaire : ce réseau capillaire représente les vaisseaux des glandes sudoripares. — Sur la portion profonde ou réfléchie du derme sus-unguéal, il n’existe pas de papilles. De ce fait, le réseau planiforme n’émet
pas d’anses vasculaires et, alors, s’accole régulièrement à la face externe du derme. D’autre part, il voit s’accroître le nombre des mailles et le diamètre des vaisseaux. Pour Renaut, « la riche vascularisation de cette région, les nombreuses anastomoses qu’on y remarque, les relations presque directes avec les vaisseaux distributeurs, et enfin
du sang, doivent être notées; relation avec les fonc-
Coupe perpendiculaire de l'ongle et du lit de l’ongle (d’après Pouchet et Tour-
NEÜX).
1, corps de l’ongle. — 2, crêtes du derme sous-ungufal coupées en travers, et montrant des anses vasculaires ; les intervalles des crêtes sont comblés par l’épithélium sous-unguéal. — 3, réseau sanguin sous-unguéal.
la large accrue des voies elles sont vraisemblablement en tions actives de le matrice. »
(3) Au niveau du lit de l'ongle, le réseau planiforme, qui n’est que la continuation du réseau précédent, s’étale sans discontinuité sur toute l’étendue du lit de l’ongle. — Dans la portion la plus reculée du lit, sous la matrice unguéale, il présente exactement les mêmes caractères qu’au niveau de la portion réfléchie du derme sus-unguéal. — Un peu plus en avant, derrière la lunule, se voient un certain nombre de papilles obliques en haut et en avant : à chacune d’elles, le réseau envoie une ou plusieurs anses de même direction ( anses rétro-lunulaires de Renaut). — Plus en avant, encore au niveau de la lunule, les papilles disparaissent et, avec elles, les anses vasculaires ascendantes. — En avant de la lunule, « de nouvelles boucles vasculaires rétro-lunulaires s’élèvent du réseau planiforme et montent dans l’épaisseur des crêtes décrites par Henle. A l’inverse des boucles vasculaires rétro-lunulaires, celles-
si elles vou-
sont dirigées d’avant en arrière, comme
i’angle,
laient se coucher sur le lit unguéal dans le sens contraire aux pressions exercées sur le bout du doigt. Bientôt elles se redressent et deviennent verticales » (Renaut). — Enfin, à la partie tout antérieure du lit de l’ongle, derrière les boucles vasculaires disparaissent et, de nouveau, le dispositif vasculaire est réduit au réseau planiforme. Gomme on le voit, à ses deux extrémités, le réseau vasculaire du lit de l’ongle présente des caractères identiques.
y) Au niveau deVangle de V ongle, notre réseau planiforme « émet des bouquets papillaires typiques, longs, à anses multiples, et tous dirigés parallèlement à la direction primitive de l’angle, de telle sorte qu’ils sont exactement horizontaux ».
En résumé, il existe dans toute l’étendue du derme sus- et sous-unguéal, un réseau de capillaires dit planiforme. Il constitue, à lui tout seul, la circulation sous-unguéale sur les points où les papilles sont peu développées ou absentes, par exemple dans la rainure unguéale et au niveau de la lunule. Sur les points, au contraire, où il existe des papilles, le réseau planiforme envoie dans l’épaisseur de ces
ANNEXES DE LA PEAU
dernières des boucles simples et multiples, lesquelles prennent naturellement la même direction que les papilles.
2° Lymphatiques. — Les lymphatiques du derme périunguéal ont été signalés, depuis longtemps déjà, par Bonamy et Ancel (Th. Paris, 1868). De son côté, Sappey, sans les décrire, a représenté sur l une de ses planches un réseau sous-unguéal d’une grande richesse.
3° Nerfs. — Quant aux nerfs, ils sont également très abondants dans le derme sous-unguéal (Sappey, Renaut). Mais nous ne sommes pas encore fixés sur leur mode de terminaison.
Voyez, au sujet des ongles : Henle, Das Wachsthum des menschl. Nagels und des P ferdehufs , Abhandl. d. kônigl. Gesellsch. d. Wissensch. zu Gôttingen, Bd. XXXI, 4884; — Grudberg, Ueber die Nagelmatrix und die Yerhornung des Nagels , Monatschr. f. prakt. Dermatol, IV, 1885 ; — Gegenbaur, Zur Morphologie des Nagels, Morph. Jalirb., Bd. X, 1886 : — Kôlliker, Ueber die Entwickelung der Nâgel, Sitzungsb. d. Würzburger physik. med. Gesellsch., 1888 ; — Du même, Die Entwickelung des menschlichen Nagels, Zeitschr. f. wiss. Zool., Bd. XLVII, 1888 ; — Curtis, Sur le développement de V ongle chez le fœtus humain, Journ. del’Anat., 1889; — Vigener, Ein Beitrag zur Morphol. des Nagels, Morphol. Arbeiten, 1896 ; — Schultz, Haut, Haare, Nâgel, Leipzig, 1898. — Bloch, Etude sur la croissance des ongles, G. R. Soc. Biol., 1905 et 1906; — Vitalis, Contrib. allô studio istol. delVunghia, Internat. Monatschr. f. Anat. u. Physiol., 1906.
§ IV — Poils
Les poils sont des productions épidermiques, filiformes et flexibles, qui se développent en plus ou moins grand nombre à la surface libre de la peau.
A. — Conformation extérieure
Ainsi que nous l’avons fait pour l’appareil unguéal, nous distinguerons dans l’appareil pileux : l°la formation épidermique elle-même ou poil proprement dit ; 2° le follicule pileux , c’est-à-dire la cavité du derme où il est implanté et dont la partie inférieure, soulevée en forme de papille , joue à l’égard du poil le rôle d’organe producteur.
1° Poil proprement dit. — Le poil proprement dit comprend deux parties : une partie libre, la tige ; une partie cachée dans le follicule dermique, la racine. — La tige , plus ou moins volumineuse et plus ou moins longue, suivant les sujets, •et suivant les régions, se termine en pointe à son extrémité libre. — La racine, qui fait suite à la tige, subit un léger étranglement à son entrée dans le follicule. Puis, elle se, renfle plus ou moins pour former une masse ovoïde ou piriforme, qui constitue le bulbe. Le bulbe, à son extrémité libre, se creuse en cupule pour coiffer ldi papille, qui se dresse dans le fond du follicule (fig. 278).
On rencontre des poils sur toute l’étendue du tégument externe, à l’exception des régions suivantes : la paume des mains, la plante des pieds, la face palmaire et la face plantaire dés doigts et des orteils, la face dorsale de la troisième phalange des doigts et des orteils, les petites lèvres chez la femme et, chez l’homme, la face interne du prépuce et la surface du gland.
Très développés dans certaines régions, notamment sur le cuir chevelu, sur certaines parties de la face, dans le creux de l’aisselle et sur le pubis, les poils sont relativement peu apparents et quelquefois même à peine visibles sur le tronc et sur les membres. Toutefois, cette inégale répartition du système pileux chez l’homme est plus apparente que réelle ; elle trouve son explication dans l’inégalité
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de développement que présentent les poils sur les différents points du corps, atteignant ici un développement complet, s’arrêtant là à des dimensions tellement réduites qu’ils ne peuvent être aperçus sans le secours d’une loupe (poils de duvet
Fig. 270.
La direction des poils chez un fœtus de 9 mois : A, vue antérieure ; B, vue postérieure
(d’après Toldt).
1, tourbillon des poils. — 2, courants ou flumina. — 3, fossette coccvgienne et tourbillon coccygien. — 4, anus.
ou lanugo). Le nombre total des poils qui végètent à la surface du corps, ditSAPPEv, est à peu près le même aux différents âges, dans les deux sexes, chez tous les individus et probablement aussi dans toutes les races humaines ; est variable seulement
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le nombre de ceux qui passent de l’état embryonnaire à l’état de développement parfait. Nous devons faire remarquer, cependant, que cette formule n’est pas rigoureusement exacte. Withof, en effet, comparant, au sujet de l’abondance des poils, les différentes régions du corps et opérant chaque fois sur un quart de pouce carré, est arrivé aux chiffres suivants : à la face antérieure de la cuisse, 13 poils ; à la face dorsale de la main, 19 ; à l’avant-bras, 23 ; au menton, 39 ; sur le cuir chevelu, 293.
Quelle que soit l’abondance des poils, ces productions épidermiques se disposent toujours à la surface cutanée suivant des lignes courbes régulières qu’EscHRicHT a désignées sous le nom d q courants ou de fleuves ( flumina ). Ces lignes courbes rayonnent autour d’un point central appelé tourbillon ( vortex ) : le tourbillon le plus connu est celui du cuir chevelu, qui se trouve à peu près à égale distance du bregma et de la nuque. Des tourbillons analogues, quoique moins nettement marqués, s’observent dans le creux de l’aisselle, à l’entrée du conduit auditif externe, au pli de l’aine, etc., etc. Du reste, les courants se distinguent, suivant la direction des poils qui les constituent, en divergents et convergents : ils sont dits convergents lorsque l’extrémite libre de leurs poils s’incline du côté du tourbillon auquel ils appartiennent; ils sont dits divergents lorsque l’extrémité libre de leurs poils s’incline en sens contraire. La ligne suivant laquelle les courants d’un même tourbillon rencontrent ceux d’un tourbillon inverse est appelée ligne nodale. Ces lignes nodales sont, suivant les régions, rectilignes, courbes, ou même plus ou moins sinueuses : la plus importante d’entre elles se trouve sur la partie antéro-latérale du tronc et s’étend verticalement du tourbillon axillaire au tourbillon du pli de l’aine. Il est des points de la surface cutanée où se rencontrent les courants de quatre tourbillons différents : à ces points, naturellement, aboutissent quatre lignes nodales revêtant dans leur ensemble la forme d’une croix. Un observe des croix sur la racine du nez, au niveau de l’os hyoïde, sur les épaules, etc. Toutes ces dispositions ont été soigneusement représentées et décrites par Eschricht et par C. Voigt, aux mémoires desquels nous renvoyons le lecteur pour de plus amples détails. Nous ajouterons qu’elles ne sont pas spéciales à l’homme et qu’on les rencontre encore chez un grand nombre de mammifères, notamment chez les singes, chez le chien, chez le cheval, etc.
En nous basant uniquement sur l’inégal développement des poils, nous pouvons avec Vaillant (Th. Paris, 1861), les diviser en cinq groupes, savoir : 1° les cheveux ; 2° la barbe ; 3° les poils des organes . génitaux et de Vaisselle ; 4° les poils annexés aux organes des sens ; 5° les poils de la surface cutanée générale.
A. Cheveux. — On désigne sous ce nom les poils qui se développent à la surface de la tête, sur cette partie du tégument crânien qui porte le nom de cuir chevelu. Ce sont ordinairement les poils les plus longs et les plus souples de l’économie.
a. Longueur. — Abandonnés à leur croissance naturelle, les cheveux acquièrent une longueur considérable. Dans nos races européennes et chez la femme, cette longueur varie de 50 centimètres à 1 mètre : les cheveux s’étendent ordinairement, chez elle, jusqu’à la ceinture. Mais il est des cas où on les voit descendre jusqu’au milieu de la cuisse, jusqu’au genou, ou même plus bas encore jusqu’au milieu du mollet. De toutes les races, les races jaunes sont celles où les cheveux atteignent la plus grande longueur. On connaît les longues nattes que les Chinois laissent pendre librement en arrière des épaules, et Pruner-Bey parle de certains Peaux Rouges, dont la chevelure, sous la forme d’une crinière ronde et lisse, tombe jusqu’aux talons. On sait que, dans les races nègres, les cheveux sont généralement très
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courts : ils ne dépassent guère 15 à 20 centimètres chez les Cafres, 4 ou 5 centimètres chez les Boschimans.
b. Grosseur. — La grosseur des cheveux varie beaucoup suivant les sujets et suivant les races. Ce sont encore les races jaunes qui ont en général les cheveux les plus gros et les plus durs. D’après les recherches de Pruner-Bey, le diamètre moyen des cheveux serait :
De 15 centièmes de millimètres chez les Hottentos :
Nègres d’Afrique Arabes ;
Nègres d'Océanie Guaranis ; Malais.
Le même observateur a rencontré comme types extrêmes 41 chez une Guarani, 9 seulement chez une Juive.
11 est à remarquer que, pour un même groupe ethnique, les cheveux sont plus gros chez l’adulte que chez l’enfant et chez le vieillard. L’observation démontre encore que chaque cheveu, pris séparément, présente sa plus grande largeur à sa partie moyenne ; son diamètre, en effet, décroît graduellement à partir de ce point, soit en allant vers la racine, soit en allant vers la pointe.
c. Couleur. — La coloration des cheveux, tout aussi variable que celle de la peau, répond, dans le tableau chromatique de Broc a, à cinquante- quatre nuances différentes, désignées chacune par un numéro d’ordre. Les anthropologistes anglais admettent dix types seulement, qu’ils désignent par les dénominations suivantes : très blond, blond doré, roux , rouge , brun, brun clair , brun foncé , noir , brun et foncé. Topinard, réduisant encore cette gamme des couleurs appliquée aux cheveux, ne retient que les cinq types primordiaux suivants : 1° noir absolu ; 2° brun foncé ; 3° châtain clair ; 4° blond , avec les quatre nuances jaunâtre, rougeâtre, cendré, très clair ; 5° enfin, le type roux.
Toutes ces dénominations, on en conviendra, ne sont susceptibles d’aucune définition exacte. Cette définition variera naturellement avec les observateurs, et le même sujet pourra, suivant l’anthropologiste qui l’examine, être rattaché à des types différents. Il en résulte que les classifications précitées, en dépit des explications détaillées qui les accompagnent, ne sont réellement bonnes en pratique que pour ceux qui les ont faites, et qu’on risque de courir à l’erreur en comparant, à ce sujet, les observations d’un anthropologiste quelconque à celles qui ont été faites par un autre anthropologiste.
La coloration des poils, disons-le tout de suite (nous aurons l’occasion d’y revenir plus tard) dépend du pigment que renferment ses cellules médullaires et corticales.
d. Abondance. — L’abondance des cheveux est très variable suivant les individus et suivant les races. Hilgendorf en a compté 272 par centimètre carré chez un Allemand, de 252 à 286 chez le Japonais et 214 en moyenne chez les Aïnos. Withof, à son tour, est venu établir que les cheveux sont plus nombreux chez les sujets blonds que chez les sujets colorés : il a compté en effet, pour une même surface, 147 cheveux noirs, 162 bruns et 182 blonds.
Bloch (1896), à la suite d’une étude comparative faite sur les nombreux spécimens de l'espèce humaine qu’on a pu observer à Paris pendant l’exposition de 1889. a été conduit à établir une corrélation entre l’abondance du système pileux en général et la couleur de la peau, corrélation qui peut se traduire par la formule suivante : le système pileux est d’autant plus développé que la coloration de la peau est plus claire. C’est ainsi que les blancs étant les plus clairs ont les cheveux, la barbe etles autres poils très développés. Les nègres, au contraire étant les plus foncés, sont ceux qui ont les cheveux les plus courts, sans autres poils à la surface du corps. Sans doute
ANNEXES DE LA PEAU
les jaunes et les rouges, tout en étant plus colorés que les blancs, ont les cheveux plus longs ; mais Bloch fait 'remarquer avec raison qu’ils sont pour ainsi dire privés de poils et qu’en somme, le système pileux, considéré dans son ensemble, est moins développé chez eux que dans les races blanches. 11 y a donc, ajoute Bloch en manière de conclusion, une compensation du côté des cheveux ou des poils dans les races où le teint s’éclaircit; en d’autres termes, il s’établit un balancement entre la peau et le système pileux, considérés comme organes pigmentaires. Cette manière de voir, assez soutenable quand on envisage seulement les quatre grands groupements de l’espèce humaine, l’est assurément beaucoup moins quand, dans un même groupement, on considère les populations diverses qui les constituent. Ainsi, pour la race blanche, il n’est nullement établi que les populations de l’Europe septentrionale, qui ont la peau beaucoup plus claire que les Espagnols et les Italiens, aient en même temps le système pileux beaucoup plus développé.
e. Forme. — Considérés maintenant au point de vue de leur forme et de leur mode d’enroulement, les cheveux se distinguent en cheveux lisses, ondés,
Fig. 271.
Différents types de cheveux.
1, cheveux droits (Peau-Rouge). — 2, cheveux ondulés (jeune Française). — 3, cheveux frisés (Australien). — 4, cheveux laineux, en toison (Tasmanien). — 5, cheveux laineux, en vadrouille (Néo-Calédonien). — 6, cheveux laineux, en grains de poivre (jeune nègre du Zambèze). — (Les figures 1, 3, 4, 5 et 6, d’après Topinard).
bouclés, frisés et laineux. — Les cheveux lisses (fig. 271, 1) sont rectilignes dans toute leur étendue, à la manière d’un crin de cheval. — Les cheveux ondés ou ondulés (fig. 271,2) sont ceux qui décrivent de longues courbes ou des tours de spire incomplets. — Les cheveux bouclés, ceux qui, à une certaine distance de leurs extrémités forment des anneaux larges et toujours incomplets. — Les cheveux frisés (fig. 271, 3), ceux qui, dans toute leur étendue, forment des anneaux complets et mesurant un centimètre de diamètre ou plus. — Les cheveux laineux ou
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crépus (fig. 271, 4), ceux dont les anneaux, à la fois plus petits et plus multipliés, s’entortillent les uns avec les autres de manière à donner naissance à de toutes petites touffes, dont l’aspect rappelle celui de la laine. Deux variétés intéressantes de cheveux crépus sont les cheveux en grains de poivre des Boschimans (fig. 271, 6) et les cheveux en vadrouille des Papous et des Gafres (fig. 271, 5).
C’est en se basant sur l’aspect extérieur des cheveux, on le sait, que Bory Saint- Vincent avait divisé les races humaines en deux grands groupes : les races à cheveux lisses ou léiotriques (de aeToç, lisse, Gpt£, cheveu), et les races à cheveux frisés ou ulotriques (de oùloç, crépu, et Gp£, cheveu). La base de cette division a été adoptée plus tard par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, par Huxley et, plus récemment, par Hæckel, dont la classification se trouve résumée dans le tableau suivant :
Homo primigenius.
Cheveux laineux
\ Cheveux lisses
par touffes . . .
en toison. . . .
( raides
bouclés .
i Hottentots.
( Papous.
( Noirs africains.
( Cafres.
f Australiens.
V Hyperboréens.
I Américains.
I Malais.
\ Mongols.
( Dravidiens.
' Noubas.
( Méditerranéens.
Le mécanisme en vertu duquel se produisent les différents degrés de frisure des poils est encore un objet de discussion. Nathusius, en 1866, a émis l’opinion que la forme du poil dépend avant tout de la forme même de son follicule : il a montré en effet que les poils droits ont un follicule droit, tandis que les poils frisés sortent d'un follicule plus ou moins recourbé en forme de spirale. De son côté, Sanson affirme que, chez le mouton, les zigzags ou tours de spire sont dus à une série de rétrécissements provenant des alternatives de bonne et de mauvaise alimentation. Enfin Weber, IIenle et Kôlliker rattachent la frisure à un aplatissement des cheveux, déterminant un enroulement sur le plat .
Les recherches de Pruner-Bey sont entièrement favorables à cette manière de voir. Il résulte en effet des nombreuses mensurations faites sur des cheveux de toute nature par ce savant
anthropologiste que Y indice du cheveu, c’est-àdire le rapport centésimal de son petit diamètre à son grand .diamètre, atteint son maximum pour les cheveux lisses et décroît ensuite graduellement pour les cheveux bouclés, les cheveux frisés et les cheveux crépus . Cét indice est de yü chez les Samoyèdes et de 84 chez les Japonais qui ont des cheveux lisses ; il descend à 52 chez les nègres d’Afrique et à 40 chez les Papous qui ont les cheveux crépus.
Nous plaçons ici sous les yeux du lecteur (fîg.
272) une série de douze types de cheveux observés par Pruxer-Bey. Les types 1, 2, 3, appartiennent à des races nègres ; les trois types suivants, à des races caractérisées par des cheveux lisses. On voit au premier coup d’œil que les premiers sont aplatis, les autres relativement arrondis. Les types 7, 8, 9, représentent les types intermédiaires. Les trois derniers types se rapportent à des cheveux altérés.
Plus récemment, L. Duclert (. Journ . de VAnat. et de la Phys ., 1888) a repris cette étude de la fri-
Fig. 272.
Coupes transversales des cheveux (d’après Pruner-Bey).
1, Hottentot. — 2 et 8, Papous de la Nouvelle-Guinée. — 4. Esquimau. — S, Chinois. — 6, Guarand du Brésil. — 7, Australien. — 8, Lapon. — 9, Irlandais (cheveux altérés). — tu, Thibétain. — 11, Esthonien. — 12, momie égyptienne.
ANNEXES DE LA PEAU
sure du poil par des coupes de la peau pratiquées sur des moutons mérinos, et il a montré que, conformément à l’opinion émise par Nathusius, il existe une relation constante entre l’enroulement du brin de laine et la disposition en spirale de son follicule. Le mouton, en effet, ne présente, comme productions pileuses droites, que les poils dits de jarre ; or, ces derniers ont un follicule droit, tandis que les poils frisés répondent toujours à un follicule disposé en spirale. Il est donc exact de dire que, chez les moutons au moins, le poil reproduit dans sa forme extérieure l’aspect du follicule dans lequel il se développe et se moule. Il est a peine besoin de faire remarquer qu’une pareille conclusion n’infirme nullement les observations de Pruner-Bey, telles que nous les avons résumées ci-dessus,
B. Barbe. — On donne le nom de barbe à l’ensemble des poils qui croissent sur les différentes régions de la face. Le développement de la barbe présente des variations individuelles considérables portant sur la longueur des poils, sur leur nombre, sur leur couleur, sur leur mode de répartition. Mais, dans toutes les races, elle est l’apanage du sexe masculin : l’apparition de la barbe, chez la femme, n’existe qu’à l’état d’anomalie.
Les poils de la barbe mesurent en moyenne de 6 à 10 centimètres de longueur. Exceptionnellement, on les voit atteindre 20 centimètres, 30 centimètres et même 50 centimètres. Mais ce ne sont pas là encore les longueurs extrêmes : Bartholin parle d’un moine dont la barbe descendait jusqu’au sol.
L’Asie, l’Afrique et l’Amérique possèdent quelques races qui sont absolument imberbes. D’autre part, Parlas, Humbolt, Brasseur de Bourbourg, Pruner-Bey, cités par de Quatrefages, ont établi par des observations nombreuses que l’épilation soigneusement pratiquée de génération en génération peut, l’hérédité aidant, donner naissance à des races dont le visage est entièrement glabre. Dès lors, il est tout rationnel d’admettre que, dans les races précitées, l’absence de barbe n’est pas une disposition originelle, mais une disposition acquise.
Les poils du visage se montrent, chez l’homme, à l’âge de la puberté. Il est à remarquer que la castration entrave manifestement ce développement : les eunuques ont d’ordinaire la barbe peu fournie, et il en est généralement de même chez les hermaphrodites.
C. Poils des organes génitaux et des aisselles. — Les poils des organes génitaux font leur apparition, comme ceux de la barbe, à l’époque de la puberté. Dans l’un et l’autre sexe, ils présentent leur maximum de développement au-dessus des pubis. De là, ils descendent sur les grandes lèvres chez la femme et, chez l’homme, sur le scrotum et sur le périnée. Tous ces poils, plus ou moins frisés, ont une coupe elliptique ou ovalaire. Leur longueur dépasse rarement 5 à 8 centimètres. Ils ont généralement une teinte plus foncée que celle de la barbe et des cheveux.
Les poils de l’aisselle présentent avec les précédents une grande analogie. Ils occupent le creux de la région axillaire et sont, dans la plupart des cas, plus ou moins décolorés par l’humeur essentiellement corrosive que sécrètent les glandes de cette région.
D. Poils annexés aux organes des sens. — Les poils annexés aux organes des sens constituent : 1° les cils et les sourcils, qui sont situés, les premiers sur le bord libre des paupières, les seconds immédiatement au-dessus de ces organes; 2° les vibrisses , qui occupent l’entrée des narines; 3° les poils du conduit auditif externe, qui se développent à l’entrée de ce conduit. Tous ces poils sont courts, rectilignes et rigides. A ce groupe, il convient d’ajouter encore les poils tactiles des animaux (voy. plus loin, p. 363).
E. Poils de la surface cutanée générale. — Ces poils se montrent de préférence
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sur la face antérieure de la poitrine, sur les épaules, sur les membres. Ils sont constamment plus développés chez l’homme que chez la femme. Mais ils présentent, suivant les sujets, des variations considérables. Certains sujets, ne possédant que des poils de duvet, ont pour ainsi dire toute leur surface cutanée entièrement glabre. D’autres, au contraire, présentent dans les régions sus-indiquées de véritables forêts de poils. On a vu les poils de la poitrine atteindre jusqu’à 17 centimètres de longueur. C’est le cas de rappeler ici cette race particulièrement velue qui habite les îles Kouriles, les Aïnos, dont le corps tout entier est recouvert de longs poils, véritable toison, suffisamment épaisse parfois pour ne pas laisser voir la peau.
2° Organes producteurs du poil, follicules pileux, papille. — Le follicule pileux (fig. 273, 7) n’est autre que la dépression de la peau où s’enfonce et se dissimule
la racine du poil. Les follicules se présentent en général sous la forme de cavités cylindroïdes ressemblant à de petites bouteilles (Arloing), c’està-dire qu’ils sont rétrécis à leur partie superficielle, évasés à leur partie profonde. Du reste, ils sont creusés dans l’épaisseur du derme et en dépassent même parfois les limites, comme cela s’observe au niveau du cuir chevelu. Du fond de la cavité folliculaire s’élève une saillie généralement conique, la papille pileuse (fig. 273, 6), qui joue relativement au poil le rôle d’organe producteur.
Ainsi que nous l’avons vu plus haut (p. 339), chaque follicule pileux reçoit le canal excréteur d’une ou de plusieurs glandes sébacées.
En outre, il donne insertion, sur sa face externe, aux petits faisceaux musculaires, déjà décrits (p. 305), qui constituent les muscles redres- ' seurs des poils.
Le follicule pileux sert de surface d’implantation au poil. Mais ses rapports avec ce dernier sont bien différents dans sa partie supérieure et dans sa partie inférieure. Dans sa partie inférieure, c’est-à-dire audessous des orifices des glandes sébacées, il y a adhérence intime entre le poil et la paroi folliculaire. Dans sa partie supérieure, au contraire, le poil occupe le centre du follicule sans entrer en contact avec sa paroi. Il existe là, entre cette paroi et le poil, un espace libre où s’écoule la matière sébacée.
La presque totalité des follicules pileux s’ouvrent à la surface extérieure de la peau. Il y en a quelques-uns, cependant, d’un développement rudimentaire, qui
Fie
Coupe transversale de la peau pour montrer le poil et son follicule.
1, épiderme. — 2, derme. — 3, tige du poil. — 4, sa racine. — o, son bulbe. — 6, sa papille. - 7, follicule pileux, avec : a, sa tunique externe ; b , sa membrane vitrée ; c, sa gaine épithéliale externe ; d, sa gaine épithéliale interne. — 8, glandes sébacées, avec 8, leurs conduits excréteurs. — 9, espace libre par lequel s'écoule la matière sébacée. — 10, 10’, muscle*redresseur du poil.
ANNEXES DE LA PEAU
s’ouvrent dans la cavité même des grosses glandes sébacées. On peut dire, dans ce cas, que la glande sébacée est annexée au follicule pileux : c’est le follicule pileux et son poil qui sont descendus au rôle d’annexes de la glande (fig. 259).
En règle générale, les follicules pileux, tout en restant rectilignes, suivent dans le derme un trajet plus ou moins oblique. La direction perpendiculaire constitue l’exception.
Quant à leur mode de répartition, il est tout naturellement le même que celui des poils :
rares et isolés quand les poils sont peu abondants, ils sont nombreux et rangés par groupe de deux, trois ou quatre, quand les poils sont nombreux et très rapprochés les uns des autres. Cette dernière disposition s’observe de préférence à la tête, comme le montre très nettement la figure ci-dessus (fig. 274) représentant une coupe transversale du cuir chevelu.
B. — Structure du poil
Nous étudierons successivement, à ce sujet : 1° la structure du poil considéré à l’état d’isolement ; 2° la structure du follicule ; 3° le mode de continuité du poil avec son follicule.
1° Structure du poil proprement dit. — Le poil proprement dit se compose essentiellement de trois couches concentriques qui sont, en allant du centre à la périphérie : la moelle, la substance corticale et 1 ’épidermicule .
a. Moelle. — La moelle ou portion centrale forme une colonnette cylindrique, dont le diamètre représente le tiers ou le cinquième de celui du poil. Elle est blanche à la lumière réfléchie, noire à la lumière transmise. Au point de vue de sa constitution histologique, elle se compose de cellules, cellules médullaires, affectant une forme polyédrique et se superposant régulièrement de la racine du poil vers sa pointe. On en compte quatre ou cinq sur une coupe transversale du poil. Ces cellules, considérées isolément, présentent un noyau central autour duquel se disposent, en amas variables, des granulations pigmentaires, des granulations graisseuses et des bulles d'air.
b. Substance corticale. — La substance corticale, encore appelée substance fondamentale (Pouchet), entoure la moelle à la manière d’un cylindre creux. Elle est striée dans le sens de la longueur, ce qui lui donne un aspect fibroïde. En réalité, elle est constituée, non par des fibres, mais par des cellules épithéliales cornées, aplaties en lamelles et considérablement allongées dans le sens vertical. Ces cellules, ainsi transformées en écailles minces et fusiformes ou même parfois en de véritables filaments, se juxtaposent régulièrement et adhèrent les unes aux autres d’une façon tout intime. Gomme les cellules médullaires, les cellules de la
Fig. 274.
Coupe transversale du cuir chevelu, pour montrer le mode de groupement des follicules pileux (d’après Kôlliker).
1, faisceaux de tissu conjouctif entrecroisés . — 2, un groupe de deux follicules. — 3, 4, groupes de trois ou quatre follicules.
ORGANES DES SENS
substance corticale renferment du pigment, soit à l’état dissous, soit à l’état granuleux. L’origine de ce pigment est encore controversée :
les uns, avec Riehl, sont d’avis qu’il est apporté aux cellules du poil par des leucocytes migrateurs; d’autres, avec Mertsching , estiment au contraire qu’il est un produit d’élaboration de la cellule elle-même, soit du protoplasma, soit du noyau. Quoi qu’il en soit, il varie beaucoup dans sa quantité, dans sa disposition, dans la forme et les dimensions de ses granulations, et c’est à ces variations que le poil est redevable de la diversité de sa coloration . Ajoutons que les cellules corticales contiennent toutes un noyau rudimentaire, aplati comme elles et dans le même sens : il se montre, sur des coupes longitudinales du poil, sous la forme d’une simple strie verticale et de couleur foncée.
c. Épidermicule. — L’épidermicule, la couche la plus superficielle du poil, entoure la substance corticale, à laquelle elle forme une gaine complète, mais fort mince. Il est constitué histologiquement par un système d’écailles épidermiques, minces et transparentes, lesquelles s’imbriquent régulièrement de bas en haut à la manière des tuiles d’un toit. Vues en place (fig. 276; . elles dessinent parleur contour, à la surface du poil, une espèce de réseau à mailles irrégulièrement rectangulaires, que Mascagni avait pris à tort pour un réseau lymphatique.
Fig. *7o.
Fibres lamelleuses de la substance corticale d'un poil, traitée par l’acide sulfurique (d’après Kôlliker).
A, lamelles isolées : 1, vues de face (trois sont complètement isolées ; deux sont encore unies entre elles) : 2, vue de profil. — H, couche composée d’un grand nombre de lamelles semblables aux précédentes, mais non dissociées.
Les trois couches constitutives du poil, 'parfaitement caractérisées dans toute la hauteur de la tige, perdent peu à peu leur individualité en se rapprochant du bulbe. Celui-ci est formé par un amas de cellules molles, nettement nucléées et pigmentées, dans lequel un examen attentif permet de reconnaître trois couches, savoir (lig. 278) : une première couche de cellules prismatiques, reposant directement sur la papille et placées de champ: elle est l’homologue de la couche génératrice de l’épiderme; 2° une deuxième couche de cellules polyédriques, disposées en forme de cône audessus de la couche précédente et présentant les caractères du stratum malpighien ; 3° une troisième couche de cellules également polyédriques, qui forment encore ici une espèce de petit cône coiffant le cône précédent. Ces dernières cellules rappellent exactement, par leurs caractères extérieurs tout au moins, celles du stratum granulosum de l’épiderme. Elles en diffèrent cependant, d’après Ranvier, en ce qu’elles sont dépourvues d’éléidine et qu’elles subissent une kératinisation analogue à celle de l’ongle.
Au fur et à mesure qu’elles s'éloignent de la papille, les cellules du bulbe évoluent et s’individualisent : les unes, celles qui occupent la partie centrale, conservent leurs caractères cellulaires et forment la moelle du poil; les autres, s'aplatissant peu à peu en forme de lamelles, se disposent tout autour des précédentes pour constituer la substance corticale et l’épidermicule.
La pointe du poil est plus ou moins effilée suivant le degré d’usure quelle a subie par suite des frottements Elle est formée exclusivement par la substance corticale et l’épidermicule. La portion médullaire du poil s'arrête, en effet, à quelque distance de la pointe.
Fig. 276.
Surface extérieure de la tige d’un cheveu, pour montrer l’aspect de l’épidermicule .
ANNEXES DE LA PEAU
2° Structure du follicule pileux et de sa papille. — Le follicule pileux est formé par trois tuniques concentriques, savoir (fig. 277 et 278) : une tunique externe ou fibreuse, une tunique moyenne hyaline, une tunique interne épithéliale.
A. Tunique externe. — La tunique externe n’est autre que le derme lui-même, qui se condense à ce niveau pour la former. Elle mesure en moyenne de 30 p. à 50 p. d’épaisseur. Gomme le derme, dont elle est une dépendance, la tunique externe du follicule se compose de fibres du tissu conjonctif et de cellules fusiformes. Ces éléments affectent une direction longitudinale pour les couches les plus externes, nettement transversale au contraire pour les couches internes.
Coupe transversale d’un poil et de son follicule, faite un peu au-dessus de la papille.
1, coupe du poil, avec 1’, sou épidermicule. — 2, tunique fibreuse du follicule. — 3, membrane vitrée. — 4, gaine épithéliale externe. — S, gaine épithéliale interne, avec : a, couche de Henle ; è, couche de Huxley; c, cuticule de la gaine. — 6, vaisseau sanguin.
La papille du poil dépend de cette tunique. Elle mesure 110 à 130 p. de hauteur sur 50 à 220 g de largeur (Kôlliker). Analogue aux papilles du derme, elle est formée par des éléments du tissu conjonctif, baignant dans une substance amorphe finement granuleuse.
B. Tunique moyenne. — Plus connue sous le nom de membrane hyaline , membrane vitrée, couche limitante, la tunique moyenne se présente, sur les coupes, sous la forme d’un mince liseré transparent et amorphe (fig. 277 et 278).; Elle mesure à peine 2 p. à 3 p. d’épaisseur et se continue, comme la membrane analogue des glandes sébacées, avec la membrane basale ou vitrée qui sépare le derme de l’épiderme. La vitrée du follicule s’étale sur toute la surface de la papille, mais en s’amincissant beaucoup au niveau de cette dernière.
C. Tunique interne. — La tunique interne est formée par de nombreuses couches de cellules épithéliales qui dépendent de l’épiderme et évoluent exactement comme
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les cellules épidermiques. On la divise en deux parties (fig. 277 et 278) : une partie externe ou gaine épithéliale externe; une partie interne ou game épithéliale interne, cette dernière concentrique à la précédente.
a. Gaine épithéliale externe. — La gaine épithéliale externe (gaine radiculaire externe de certains auteurs) n’est autre que le revêtement épithélial qui descend de l’épiderme contre la paroi du follicule. Elle comprend en effet, au-dessus de l’abouchement des glandes sébacées, toutes les couches constitutives de l’épiderme.
Coupe longitudinale de la racine d’un poil.
1, corps du poil, avec : 1’, son épidermicule ; 1” ses cellules médullaires. — 2, tunique fibreuse du follicule, — 3, membrane vitrée. — 4, gaine épithéliale externe. — 5, gaine épithéliale interne, avec : a. couche de Henle ; b, couche de Huxley; c, cuticule de la gaine. — 6, vaisseau sanguin. — 7, bulbe du poil. — 8, papille.
Au-dessous de cet abouchement, dans la plus grande partie du follicule par conséquent, elle se trouve réduite à la couche basilaire et au stratum malpighien. Le stratum granulosum et la couche cornée y font complètemerît défaut.
b. Gaine épithéliale interne. — La gaine épithéliale interne (gaine radiculaire interne de certains auteurs) s’applique directement contre la précédente et répond d’autre part à l’épidermicule du poil.
Elle nous présente successivement, en allant de dehors en dedans, les trois couches suivantes : 1° la couche de Henle, formée par une rangée unique de cellules polyédriques, juxtaposées les unes aux autres ; 2° la couche de Huxley, située en dedans de la précédente et formée, comme elle, par une rangée de cellules polyédriques, mais un peu plus allongées ; les cellules de la couche de Huxley ne
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sont pas partout exactement contiguës; elles sont se'parées par places et de loin en loin par des espèces de fentes dans lesquelles s’insinuent des prolongements protoplasmiques issus des cellules de la couche de Henle (fig. 277) ; 3° la cuticule de la gaine , dont les cellules, lamelliformes et imbriquées à la manière des tuiles d’un toit, sont immédiatement contiguës à l’épidermicule du poil.
Toutes les cellules de la gaine épithéliale interne sont kératinisées, claires, transparentes et possèdent un noyau plus ou moins atrophié. Ainsi que l’a établi Ranvier, ces cellules ne proviennent pas des éléments cellulaires de la gaine épithéliale externe, éléments cellulaires qui auraient évolué de dehors en dedans : les cellules de la gaine épithéliale externe sont dépourvues de stratum granulosum, comme nous l’avons dit plus haut, et la kératinisation ne s’y produit pas. Les cellules de la gaine épithéliale interne, à quelque couche qu’elles appartiennent, proviennent toutes de la papille pileuse au même titre que les cellules qui forment le poil. Elles se détachent principalement du col de la papille, se chargent peu à peu de granulations d’éléidine et se kératinisent progressivement au fur et à mesure qu elles s’éloignent du fond du follicule.
3° Continuité du poil avec son follicule. — Le poil présente avec son follicule des rapports différents, suivant qu’on l’examine au-dessus ou au-dessous du point d’abouchement des glandes sébacées. Au dessus de l’abouchement, le poils est séparé de la paroi folliculaire par un étroit espace en forme de fente dans lequel s’amasse la matière sébacée (fig. 273). Au-dessous, il adhère au follicule dans toute son étendue, soit au niveau de la papille, soit au niveau de ses gaines épithéliales. Il suffît de jeter un simple coup d’œil sur une coupe longitudinale convenablement grossie (fig. 278) pour constater que les éléments cellulaires des deux gaines épithéliales se confondent sans ligne de démarcation bien nette, au niveau de la papille, avec les amas de cellules qui constituent le bulbe et qui forment plus haut, en évoluant chacune dans le sens qui lui est propre, les trois couches du poil. Les uns et les autres ont la même origine et la même signification : ce sont des cellules épidermiques.