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ARTICLE PREMIER CONFORMATION EXTÉRIEURE

La langue, organe impair, médian, symétrique, revêt la forme d’un cône disposé en sens sagittal, dont la pointe, fortement aplatie, se serait inclinée en bas et en avant. Sensiblement horizontale dans sa moitié antérieure, elle est verticale dans sa moitié postérieure, de telle sorte qu’on peut, au point de vue de sa direction, la diviser en deux portions : une portion antérieure, ou portion buccale; une portion postérieure, ou portion pharyngienne. L’isthme du gosier sert de limite respective à ces deux portions. On décrit ordinairement à la langue : 1° deux faces , l’une supérieure, l’autre inférieure; 2° deux bords latéraux ; .3° une base ; 4° une pointe ou sommet.

1° Face supérieure. — La face supérieure ou dorsale (fig. 284), à peu près plane dans le sens transversal, est fortement convexe dans le sens antéro-postérieur. Sa configuration est assez simple :

a) A sa partie moyenne , tout d’abord, ou plus exactement à l’union de son tiers

ORGANES DES SENS

postérieur avec ses deux tiers antérieurs, se voient les papilles caliciformes, disposées en forme de V à ouverture antérieure (/y) : c’est le V lingual . Nous y reviendrons plus loin à propos des papilles.

p) En avant du V lingual, la langue a un aspect à peu près uniforme : elle nous présente un sillon médian, sur lequel viennent s’implanter régulièrement des rangées de papilles, à la manière des barbes d’une plume sur leur tige. Elle

est en rapport avec la voûte palatine.

-y) En arrière du V lingual, la surface de la langue est extrêmement irrégulière, soulevée qu’elle est parles nombreuses glandes folliculeuses qui se développent sur ce point. Elle répond, non plus à la, voûte palatine, mais à la cavité du pharynx : elle est, sur la ligne médiane, délimitée par l’épiglotte, qui la sépare du larynx. Juste en avant de l’épiglotte, à sa partie toute postérieure par conséquent, se voient trois petits replis muqueux à direction antéro-postérieure, ce sont les replis glosso-épiglottiques : comme l’indique leur nom, ils unissent la langue à la face antérieure de l’épiglotte.

De ces trois replis, l’un est médian , les deux autres * latéraux . Chacun d’eux comprend dans sa structure des faisceaux de fibres conjonctives, des fibres élastiques et aussi quelques faisceaux de fibres musculaires striées, le tout recouvert par un prolongement de la muqueuse linguale.

Fig. 284.

Face supérieure de la langue.

1, pharynx. — 2, épiglotte. — 3, repli glosso-épiglotlique médian. — 4, luette. — 5, voile du palais, avec 6 et 6’, ses piliers antérieur et postérieur

— 7, amygdale. — 8, papilles caliciformes formant les deux côtés du V lingual.

— 9, papille caliciforme médiane, formant, le sommet du V. — 10, portion verticale de la face supérieure de la langue, avec 11, ses glandes folliculeuses. — 12, portion horizontale de cette face, avec : 13, son sillon médian ; 14, ses papilles fongiformes ; 15, ses papilles corolliformes. — 16, pointe de la langue. — 17, 17’, ses bords droit et gauche.

2° Face inférieure. — La

face inférieure de la langue (fig. 285), bien moins étendue que la précédente, repose tout entière sur le plancher de la bouche. Cette face nous présente, elle aussi, sur la ligne médiane un sillon antéro-postérieur, auquel fait suite en arrière un important repli de la muqueuse, également médian, connu sous le nom de frein ou de filet ( 1) : de forme semi-lunaire,

le frein est très résistant et limite dans une certaine mesure la locomotion de la langue, plus particulièrement ses mouvements d’élévation et ses mouvements de projection en avant.

A la partie tout inférieure du frein de la langue et de chaque côté de la ligne médiane, se trouvent deux petits tubercules, présentant chacun à sa partie centrale, un tout petit orifice : ce sont les orifices des canaux de Wharton (3), qui apportent dans la cavité buccale, comme nous le verrons plus tard, la salive élaborée par la glande sous-maxillaire. Un peu audessus, se voient les orifices des canaux excréteurs de la glande sublinguale (4).

Nous signalerons encore, à la face inférieure de la langue et de chaque côté du frein, les deux veines ranines, se dessinant, au-dessous de la muqueuse, sous la forme de deux saillies longitudinales à reflet bleuâtre.

La muqueuse sublinguale diffère beaucoup d’aspect en dedans et en dehors de la veine ranine. En- dedans, elle est plus mince, plus lisse, d’une coloration grisâtre ou légèrement rosée.

En dehors, elle est plus épaisse, plus rouge et surtout beaucoup plus irrégulière : elle nous présente, en effet, au lieu d’une surface unie, un système de plis, de crêtes, de bosselures formant par leur ensemble une surface essentiellement raboteuse et comme déchiquetée. La limite, entre la portion lisse et la portion raboteuse de la muqueuse sublinguale, est une ligne irrégulièrement festonnée qui longe le côté externe de la veine ranine.

Chez le nouveau-né et chez l’enfant, la face inférieure de la langue nous présente, de chaque côté de la ligne médiane, un repli muqueux, qui commence un peu en avant de la base de la langue et qui, de là, se dirige obliquement d’arrière en avant et de dehors en dedans. Ce repli, dont le bord libre est plus ou moins frangé, a reçu pour cette raison lé nom de repli frangé {plica fimbriata). Le repli frangé s’atrophie au fur et à mesure que le sujet se développe, mais on en trouve toujours des traces chez l’adulte. D’après Gegenbaur, ce repli muqueux est l’homologue de la langue accessoire inférieure des singes, qui est elle-même le rudiment d’une langue plus ancienne, laquelle n’était pas encore muscula der Zunge, Morphol. Jahrbuch, 1886).

Fig. 285.

La langue fortement érignée en haut, pour montrer sa face antérieure et le plancher buccal.

(Du côté gauche, la muqueuse a été excisée, ainsi que les fibres musculaires les plus superficielles, pour mettre à découvert la glande de Nühn.)

1, frein de la langue ou filet. — 2, muqueuse du plancher buccal, irrégulièrement soulevée par les lobules de la glande sublinguale. — 3, petite éminence où débouchent les conduits de Wharton. — 4, embouchures des conduits de la glande sublinguale. — 5, glande de Nühn ou de Blandin. — 6, artère ranine et nerf lingual qui longent le bord interne de cet amas glandulaire. — 7, veine ranine. — 8, frange sublinguale ou plica fimbriata. — 9, conduits excréteurs de la glande de Nühn.

(voy. à ce sujet Gegenbaur, Beitr. zur Morphol.

3° Bords. — Les bords de la langue, libres et arrondis, répondent aux arcades

ORGANES DES SENS

dentaires. Gomme la langue elle-même, ils s’amincissent graduellement en se rapprochant de la pointe de cet organe.

4° Base. — La base de la langue, large et épaisse, répond successivement d’avant en arrière : 1° aux muscles mylo-hyoïdiens et génio-hyoïdiens; 2° à l’os hyoïde; 3° à l’épiglotte, à laquelle l’unissent les trois replis glosso-épiglottiques ci-dessus mentionnés.

5° Pointe. — La pointe, désignée encore sous le nom de sommet, est aplatie de haut en bas et fort mince. Sur sa partie médiane, viennent se réunir le sillon supérieur et le sillon inférieur de la langue. La continuité de ces deux sillons, plus ou moins accentuée suivant les sujets, partage la langue en deux moitiés symétriques, vestige évident de la bifidité primitive de cet organe que nous présentent normalement encore un grand nombre de vertébrés inférieurs.

ARTICLE II

CONSTITUTION ANATOMIQUE

Envisagée maintenant au point de vue de sa constitution anatomique, la langue nous offre à considérer les trois parties suivantes : 1° une charpente ostéo-fibreuse, que l’on désigne ordinairement sous le nom de squelette de langue ; 2° des formations musculaires fort nombreuses, les muscles de la langue ; 3° un revêtement muqueux, la muqueuse linguale.

§ I. — Squelette de la langue

Le squelette de la langue, squelette ostéo-fibreux, est constitué : 1° par un os, l’os hyoïde ; 2° par deux lames fibreuses, la membrane hyo-glossienne et le septum médian.

1° Os hyoïde. — L’os hyoïde, que nous avons déjà décrit en ostéologie (voy. t. Ier), est situé au-dessous et en arrière de la langue, avec laquelle elle présente des connexions intimes.

Chez les poissons et chez les oiseaux, il envoie au milieu des faisceaux musculaires de la langue des prolongements, qui constituent pour ces parties molles une véritable charpente osseuse.

Nous voyons encore, chez quelques mammifères, notamment chez les solipèdes, un prolongement styliforme ( apophyse linguale ) surgir de l’os hyoïde, pénétrer dans l’épaisseur de la langue et s’y articuler avec une petite pièce osseuse, l’os lingual, qui, comme elle, est allongé, médian, donnant insertion sur ses deux côtés à des fibres musculaires.

Chez l’homme, la langue, plus mobile et plus indépendante en raison des fonctions plus élevées qui lui sont dévolues, n’est plus reliée à l’hyoïde que par les faisceaux musculaires qui prennent origine sur cet os et parles deux lames fibreuses mentionnées ci dessus.

2° Membrane hyo-glossienne. — La membrane hyo-glossienne ou glosso-hyoïdienne (fig. 286, 4) est une lame fibreuse, située à la partie postérieure de la langue

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