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A LANGUE

Fig. 293.

Une portion de la muqueuse linguale considérablement grossie, pour montrer l’aspect des papilles (, schématique ) .

1, 1, deux papilles fongiformes, avec leur tête et leur pédicule. — 2, papille corolliforme, dont les prolongements se portent en haut. — 3, papille corolliforme, dont les prolongements se renversent en dehors. — 4, papille corolliforme, dont les prolongements se renversent en dedans. — 5, papilles hémisphériques. — 6, coupe de la muqueuse.

La surface libre de la muqueuse linguale nous présente sur tous ses points une multitude de petites élevures, appelées papilles. Découvertes en 1865 par Malpighi, minutieusement étudiées plus tard par Ruysch en 1751 et par Albinos en 1754, ces papilles ont été parfaitement décrites depuis par tous les anatomistes au point de vue de leur répartition topographique et de leur configuration extérieure. Mais ce n’est que dans ces derniers temps que les travaux de Lovén et de Schwalbe, en nous faisant connaître le corpuscule du goût, nous ont nettement fixés sur leur structure intime. Nous étudierons tout d’abord la forme et la division des papilles ; puis, leurs différentes espèces une fois connues, nous indiquerons leur mode de répartition topographique à la surface de la langue.

1° Forme et division. — Parfaitement visibles à la loupe, ou même à l’œil nu, les papilles de la langue nous présentent de nombreuses variations de forme et de volume.

Nous pouvons, à ce sujet, les diviser en cinq groupes savoir : 1° les papilles caliciformes ; 2°. les papilles fongiformes ; 3° les papilles filiformes ; 4° les papilles foliées ; 5° enfin, les papilles hémisphériques.

Les papilles hémisphériques sont des papilles simples. Les quatre autres groupes comprennent des papilles d’une structure plus complexe et sont formées chacune par la réunion

Fig. 29i.

Une papille caliciforme, vue den haut.

1, mamelon central ou papille proprement dite. — 2, bourrelet circulaire ou vallum. — 3, rigole circulaire ou fossé.

ORGANES DES SENS

de plusieurs papilles plus petites : on pourrait les appeler papilles composées.

a. Papilles caliciformes. — Les papilles caliciformes (fig. 294), qui sont à la fois les plus volumineuses et les plus importantes de toutes les papilles, se composent chacune d’une saillie centrale, papille proprement dite, qu’entoure un repli de la muqueuse affectant la forme d’un bourrelet circulaire ou calice. Entre la papille proprement dite et son bourrelet périphérique est creusée une dépression également circulaire : c’est le fossé ou la rigole de la papille caliciforme. Ces divers éléments se voient très nettement sur une coupe vertico-transversale de la papille (fig. 307, p. 387).

Au total, les papilles caliciformes se composent essentiellement d’une espèce de

mamelon central entouré d’un fossé et d’un rempart ( vallum ), d’où le nom de papillæ circumvallatæ (papilles entourées d’un rempart) que lui donnaient, non sans raison, les anciens anatomistes et sous lequel on les désigne encore aujourd’hui dans certains traités classiques.

Le mamelon central de la papille caliciforme mesure de 1 millimètre à lmm,5 de hauteur. Légèrement étranglé à son extrémité adhérente, il s’élargit plus ou moins à son extrémité libre ; cette extrémité libre est régulièrement circulaire, aplatie ou convexe, plus rarement déprimée en forme de cupule.

b. Papilles fongiformes. — Les papilles fongiformes (fig. 293, 1 et 297, 3), ainsi appelées en raison de leur ressemblance avec un champignon (fungus) , sont renflées à leur extrémité libre, rétrécies au contraire à leur extrémité adhérente Elles se composent ainsi d’une tête plus ou moins volumineuse et arrondie, que supporte un pédicule plus ou moins long et plus ou moins grêle. Leur longueur mesure de 0mm,7 à 1mm,8; leur largeur, de 0mm,8 à 1 millimètre.

c. Papilles filiformes. — Les papilles filiformes (fig. 293 et 296) se présentent a l’œil sous la présence de petites élevures cylindriques ou coniques, du sommet desquelles s’échappe un bouquet de prolongements filiformes. Ce sont les papilles corolliformes de Sappey. Elles mesurent de 1/3 de millimètre à 3 millimètres de longueur.

d. Papilles foliées. — Les papilles foliées, que l’on observe sur les bords de la langue au voisinage de la base, sont constituées par une série de plis verticaux, adossés les uns aux autres par leurs faces correspondantes, comme le seraient les feuillets d’un livre ou, si l’on veut, les lames du cervelet. Chacun de ces plis est séparé des plis voisins par un sillon de même direction, qui est d’autant plus profond que les plis en question sont plus développés.

e. Papilles hémisphériques . — Beaucoup plus nombreuses, mais aussi beaucoup plus petites que les précédentes, les papilles hémisphériques ne diffèrent pas des

Fig. 295.

Papilles corolliformes (d’après Todd et Bowman).

1, papille proprement dite. — 2, son revêtement épithélial, d’où s’échappent, 3, 3, des prolongements filiformes. — 4. vaisseaux de la papille. — 5, une papille corolliforme dépourvue de son revêtement épithélial.

MUQUEUSE LINGUALE

papilles dermiques que nous présente la peau. Gomme ces dernières, elles occupent la face superficielle du chorion muqueux et affectent les formes les plus diverses : une forme conique, une forme hémisphérique, une forme mamelonnée, etc. Les papilles hémisphériques sont d’une extrême petitesse et rarement visibles à l’œil nu.

2° Répartition topographique des papilles linguales. — Les différents ordres de papilles que nous venons de décrire occupent à la surface de la langue une situation déterminée, qu’il est important de bien connaître pour établir ensuite quelles sont les régions de la muqueuse où s’exerce le sens du goût.

a. Situation des papilles caliciformes. — Les papilles caliciformes, tout d’abord, sont au nombre de 9 ou de 11 et sont situées exclusivement sur la face dorsale de la

Fig. 296.

Coupe perpendiculaire de la muqueuse linguale de l’homme, papilles filiformes ou corolliformes (d’après Tourneux).

1, épithélium pavimenteux stratifié. — 2., chorion de la muqueuse, surmonté de cinq papilles filiformes. — 3, fibres musculaires striées.

Fig. 297.

Coupe perpendiculaire de la pointe de la langue chez l’homme, une papille fongiforme (d’après Tourneux).

1 , épithélium pavimenteux stratifié. — 2, chorion de la muqueuse. — 3, papille fongiforme dermique, hérissée de papilles secondaires. — 4, fibres musculaires striées.

langue, à la réunion de son tiers postérieur avec ses deux tiers antérieurs. Elles se disposent là, de chaque coté de la ligne médiane (fig. 284, 8), en une série linéaire, qui se dirige obliquement de dedans en dehors et d’arrière en avant. En se réunissant par leur extrémité interne, ces deux séries de papilles caliciformes (série de droite et série de gauche) forment par leur ensemble une figure géométrique qui rappelle très exactement un Y majuscule : c’est, comme nous l’avons vu plus haut, le V lingual. La papille qui occupe le sommet (9) du Y est la plus volumineuse du groupe. Le bourrelet qui l’entoure et qui, lui aussi, est très développé, la dépasse ordinairement en hauteur, de telle sorte qu’elle semble surgir du fond d’une cavité : cette cavité, naturellement impaire et médiane, constitue le trou borgne de la langue ou foramen cæcum. Les deux branches du V lingual se dirigent l’une et l’autre vers le bord correspondant de la langue ; mais, comme nous le montre la figure 284, elles s’arrêtent constamment à quelque distance de ce bord.

Nous ajouterons que les papilles caliciformes sont inégales en volume et que ce volume diminue graduellement, en allant de la ligne médiane vers le bord libre de la langue.

b. Situation des papilles fongif ormes. — Les papilles fongiformes, au nombre de 150 à 200 (Sappey), sont irrégulièrement disséminées à la face dorsale de la langue, en avant du Y lingual, principalement au niveau des bords de la pointe. On en rencontre bien encore en arrière du V ; mais elles y sont en très petit nombre et elles se trouvent toujours immédiatement en arrière des papilles caliciformes.

c. Situation des papilles filiformes. — Les papilles filiformes occupent toute la portion de la face dorsale de la langue qui est située en avant du Y lingual. En se

juxtaposant les unes à la suite des autres, elles forment des séries linéaires (fig. 284) qui se dirigent obliquement du sillon médian de la langue vers ses bords, parallèlement aux deux branches du V.

d. Situation des papilles foliées. — Les papilles foliées s’observent seulement, ainsi que nous l’avons dit plus haut, sur la partie postérieure des bords de la langue. Ces papilles foliées sont rudimentaires chez l’homme ; mais elles présentent un développement remarquable chez certains animaux. Chez le lapin notamment (fig. 298), ainsi que chez le lièvre, elles forment de chaque côté de la langue une saillie ovalaire, comprenant de 10 à 15 piis parallèles, dont l’ensemble constitue, pour ces espèces animales, les organes foliés de Mayer ou organes latéraux du goût.

e. Situation des papilles hémisphériques. — Quant aux papilles hémisphériques ou papilles simples, on les rencontre sur toute l’étendue de la muqueuse linguale. Elles existent non seulement dans les régions où les autres papilles font défaut, mais encore sur le sommet des papilles caliciformes, fongiformes, filiformes, ainsi que sur les plis foliés.

Fig. 298.

Coupe perpendiculaire au x lamelles de l’organe folié du lapin (d’après Tourneux),

1, épithélium pavimenteux stratifié. — 2, bourgeons gustatifs. — 3, lamelles renfermant trois crêtes dermiques, dont la médiane est vasculaire, et dont les deux latérales renferment des nerfs se rendant aux organes du goût. — 4, fibres musculaires striées. — 5, faisceau nerveux. — 6, glandes séreuses.

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