‹ Traité d'anatomie humaineChapitre 9 sur 154 · RÉSUMÉ DU NERF MOTEUR OCULAIRE COMMUN · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DU NERF MOTEUR OCULAIRE COMMUN

( R. du droit supérieur.

f R. du releveur de la paupière.

/ H. du droit interne.

) R. du droit inférieur.

) R. du petit oblique ( fournit la grosse t racine du ganglion ophthalmique).

Variétés. — Le moteur oculaire commun, dans la partie externe du sinus caverneux, envoie quelquefois un filet anastomotique au moteur oculaire externe. Mais, contrairement à l’assertion de certains auteurs, cette anastomose n’est nullement constante. Je l’ai cherchée vainement sur une dizaine de sujets, soit enfants, soit adultes. Deibet (in Arch. d'Ophthalmologie, 1887) nous fait connaître qu’il n’a jamais pu, lui aussi, en constater ^existence. — La branche supérieure reçoit assez souvent une anastomose, soit de l’ophthalmique, soit du nasal. — Le muscle droit inférieur peut recevoir un filet surnuméraire, soit du rameau du droit interne, soit du rameau du petit oblique. — Volkmann a vu le moteur oculaire commun envoyer un rameau au grand oblique. — Je l’ai vu, sur deux sujets, envoyer un rameau surnuméraire au muscle droit externe. • — Le rameau du petit oblique perforait le droit inférieur dans un cas de Henle. — J’ai vu plusieurs fois le ganglion ophthalmique directement appliqué contre le rameau destiné au petit oblique: dans ce cas, le filet nerveux constituant la grosse racine n’existait pas ou, plus exactement, les fibres nerveuses destinées au ganglion ophthalmique passaient directement du nerf dans le ganglion sans former de rameau distinct.

§ IV. — Quatrième paire : Nerf pathétique

a) Br. supérieure

b) Br. inférieure

Le pathétique ou nerf de la quatrième paire est le plus grêle de tous les nerfs crâniens; par contre, il est celui qui effectue dans le crâne le trajet le plus long. C’est le nervus trochlearis des anatomistes anglais et allemands. Il est destiné à un seul muscle, le muscle grand oblique ou oblique supérieur de l’œil.

1° Origine apparente. — Le nerf pathétique prend naissance (fig. 58,1) sur la face supérieure de l’isthme de l’encéphale, par un, deux ou trois filets, toujours fort grêles.

Cette origine est située immédiatement en arrière des tubercules quadrijumeaux postérieurs, de chaque côté du frein de la valvule de Vieussens. {

Fig. 58.

Origine apparente du pathétique.

pathétique. — 2, tubercules quadrijumeaux antérieurs. — 3, tubercules quadrijumeaux postérieurs. — 4, frein de la valvule de Vieussens. — 5, pédoncules cérébelleux supérieurs. — 5’, pédoncules cérébelleux moyens. — 6, pédoncule cérébral. — 7, sillon latéral de l’isthme.

2° Origine réelle. — Voy. t. II, Origines réelles des nerfs crâniens (p. 1000).

3° Trajet. — De son point d’émergence, le nerf pathétique se dirige obliquement en dehors, en bas et en avant. 11 contourne successivement la protubérance annulaire et le pédondule cérébral et arrive ainsi à la base de l’encéphale. Changeant alors de direction, il se porte d’arrière en avant, traverse la dure-mère au point où s’entrecroisent les deux cir-

SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

conférences de la tente du cervelet (fig. 60, 4) et pénètre ainsi dans l’épaisseur de la paroi externe du sinus caverneux. Il parcourt cette paroi dans toute son étendue, traverse la fente sphénoïdale et arrive enfin dans l’orbite (fig. 54, iv), où il se termine.

4° Rapports. — Durant ce long trajet de son point d’émergence à son entrée dans l’orbite, le pathétique présente les rapports suivants :

a. En contournant la protubérance, il est accompagné par l’artère cérébelleuse supérieure, branche du tronc basilaire.

b. A la base de l\ encéphale , il vient se placer entre le nerf moteur oculaire commun, qui est en dedans, et le trijumeau qui est en dehors, et arrive ainsi au sommet du rocher. Jusqu’ici, le nerf chemine constamment entre le feuillet viscéral de l’arachnoïde et la pie-mère, dans les espaces sous-arachnoïdiens par conséquent.

. c. Bans la paroi externe du sinus caverneux (fig. 56), le pathétique est situé au-dessous du moteur oculaire commun, au-dessus de l’ophthalmique. Un intervalle de 2 à 3 millimètres sépare tout d’abord le moteur oculaire commun et le pathétique. Mais, comme ce dernier nerf est à peu près horizontal, tandis que le premier est obliquement descendant (fig. 54), il s’ensuit que les deux nerfs se rapprochent graduellement et doivent finir par se rencontrer. C’est, en effet, ce qui a lieu : un peu en arrière de la fente sphénoïdale, le pathétique prend contact avec le côté externe du moteur oculaire commun, croise obliquement ce nerf et lui devient supérieur, comme le montre la figure sus-indiquée.

d. Dans la fente sphénoïdale (fig. 69, 3) le nerf pathétique est situé à la partie supéro-interne de cette fente, en dehors de l’anneau de Zinn. A côté de lui et un peu en dehors, se trouve le nerf frontal. Nous verrons tout à l’heure quels sont ses rapports dans l’orbite. Rappelons d’abord ses anastomoses.

5° Anastomoses. — Comme le nerf précédent, le pathétique, en traversant la paroi externe du sinus caverneux, contracte des connexions intimes avec le grand sympathique et l’ophthalmique :

a. Avec le sympathique . — Le grand sympathique, tout d’abord, lui envoie un ou deux filets anastomotiques très lins, provenant du plexus caverneux.

b. Avec V ophthalmi que . — L’anastomose du pathétique avec l’ophthalmique est beaucoup plus complexe et, quoique

constante, présente des variations individuelles fort nombreuses. L'ophthalmique envoie généralement deux rameaux au pathétique. — Le premier rameau se détache de l’ophthalmique, tout près du ganglion de Gasser. Il se porte en haut

Fig. 59.

Nerf pathétique : son trajet, ses rapports et sa distribution.

I, olfactif. — II, optique. — III, moteur oculaire commun. — IV, pathétique. — V, trijumeau.

1, ophthalmique, avec : 1’, lacrymal; 1”, frontal; 1”’, nasal. — 2, maxillaire supérieur. — 3, maxillaire inférieur. — 4, nerf récurrent de la tente du cervelet. — 5, terminaison du pathéthique dans le muscle grand oblique.

NERF TRIJUMEAU

et en avant, traverse de bas en haut le tronc du pathétique à travers une boutonnière que lui forme celui-ci et, s’infléchissant alors en arrière, il vient se perdre en de nombreux filets dans la tente du cervelet et dans la partie inférieure de la faux du cerveau. Ce premier rameau, qui adhère plus ou moins au pathétique (fig. 59, 4), est connu, en raison de son trajet rétrograde, sous le nom de nerf récurrent de la tente du cervelet ou nerf récurrent d’Arnold. — Le deuxième rameau se sépare de l’ophthalmique un peu en avant du précédent. 11 se porte obliquement vers le pathétique, avec lequel il se confond le plus généralement. On le voit quelquefois s’accoler simplement au nerf pathétique et s’en séparer bientôt pour venir se jeter dans le lacrymal.

6° Distribution. — Indépendamment du nerf récurrent de la tente du cervelet (fig. 59, 4), qui doit être considéré comme une branche de l’ophthalmique, le pathétique fournit dans l’intérieur du crâne, quelques filets fort grêles, parfaitement décrits par Valentin, qui se rendent à la dure-mère de la région. Tout comme le nerf récurrent d’Arnold, ces derniers filets sont sensitifs et représentent des filets d’emprunt dépendant de l’ophthalmique.

Dans l’orbite (fig. 59), le nerf pathétique chemine comme le nerf frontal, immédiatement au-dessous du périoste. Situé tout d’abord sur le côté interne de ce dernier nerf, il s’en sépare bientôt pour se porter obliquement en avant et en dedans.

Il croise alors à angle aigu la branche supérieure du moteur oculaire commun, ainsi que les deux muscles releveur de la paupière et droit supérieur de l’oeil, atteint ainsi le grand oblique et s’épanouit alors en un certain nombre de filets divergents, qui pénètrent ce muscle par son bord supérieur.

RÉSUMÉ nu NERF PATHÉTIQUE

a) Br. collatérales

b) Br. terminales

Variétés. — IIirschfeld décrit, comme émanant delà portion intracrânienne du pathétique, un filet accessoire du nerf récurrent d’Arnold, qui, comme ce dernier, se rend à la tente du cervelet. — Le pathétique traversait le releveur de la paupière supérieure dans un cas de Thane. — Il peut envoyer un rameau à l’orbiculaire des paupières. — îl peut encore envoyer une racine supplémentaire au ganglion ophthalmique. Je l'ai observée plusieurs fois : dans un cas, la grosse racine, que fournit normalement le moteur oculaire commun, n’existait pas. — On Ta vu en outre envoyer un rameau, soit au frontal, soit au lacrymal, soit au nerf nasal. Béraud [Gaz. mêd ., 1858, p. 36), à tort selon moi, considère ce dernier rameau comme constant. — Valentin considère comme constante l’existence d’un ou de plusieurs filets anastomotiques jetés entre le pathétique et le frontal, soit en arrière de la fente sphénoïdale, soit dans l’orbite elle-même.

§ Y B- Cinquième paire : Nerf trijumeau

Le trijumeau, nerf de la cinquième paire, est le plus volumineux des nerfs crâniens. C’est un nerf mixte, présentant les plus grandes analogies avec les paires rachidiennes. Comme nous le verrons en effet, au cours de notre description, il possède deux racines distinctes : l’une motrice , l’autre sensitive , cette dernière pourvue d’un ganglion. Par ses filets sensitifs, le trijumeau tient sous sa dépendance la sensibilité de la face et de la moitié antérieure de la tête. Par ses filets moteurs, il innerve tous les muscles masticateurs.

1° Origine apparente. — Le trijumeau naît sur le côté externe de la face inférieure de la protubérance, au moment où cette dernière se confond avec les pédoncules cérébelleux moyens : c’est, en effet, immédiatement en dehors de ce nerf que passe le plan, tout conventionnel du reste, qui établit la limite respective

$ N. récurrent de la tente du cervelet. ( Quelques filets pour la dure-mère.

| R. du grand oblique.

56 SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

de la protubérance et du pédoncule cérébelleux. Cette origine du trijumeau se fait par deux racines, une grosse ( portio major ) et une petite, ( portio minor) :

a. Grosse racine. — La grosse racine ou racine sensitive, remarquable par son volume, se compose de quarante à soixante faisceaux nerveux, non seulement accolés, mais reliés entre eux par de nombreuses anastomoses. Elle est fortement étranglée à la base et laisse après elle, quand on l’arrache, une espèce de saillie mamelonnée, que Bichat considérait à tort comme une surface d’implantation des fibres nerveuses.

b. Petite racine. — La petite racine ou racine motrice {nerf masticateur des physiologistes) est située en avant et en dedans de la racine sensitive, dont elle est généralement séparée à son émergence par un petit faisceau de la protubérance,

connu depuis longtemps sous le nom de languette de Wrisberg. Cette deuxième racine, beaucoup plus petite que la précédente, n’est constituée que par cinq ou sept faisceaux nerveux, dix au plus.

2° Origine réelle. — Voy. (t.II, p.1 003).

3° Trajet. — De la face inférieure de la protubérance, les deux racines du trijumeau se dirigent obliquement en haut, en avant et en dehors, vers la partie interne du rocher, où elles se terminent chacune d’une façon différente. Nous avons donc intérêt à les suivre séparément i

a. Trajet de la grosse racine. — La grosse racine, après sa sortie du névraxe (fig. 61 et 62), s’aplatit peu à peu dans le sens vertical, de façon à présenter désormais deux faces, l’une supérieure, l’autre inférieure. La largeur du nerf, qui est de 4 millimètres environ au sortir de la protubérance, atteint successivement 5 ou 6 millimètres à sa partie moyenne, 7 ou 8 millimètres au niveau du bord supérieur du rocher.

Arrivée au bord supérieur du rocher, la grosse racine du trijumeau s’engage dans un orifice spécial (voy. Méninges), que lui forment à la fois le bord supérieur de l’os et la dure-mère sus-jacente, représentée à ce niveau par la grande circonférence de la tente du cervelet. Cet orifice de forme oblongue à grand axe transversal, bien plus grand qu’il ne le faudrait pour livrer passage au nerf, se trouve situé immédiatement en dehors et un peu en arrière de l’apophyse clinoïde postérieure. Il conduit notre racine dans une loge fibreuse, le cavum Meckelii {cavité de Meckel), qui occupe la partie la plus interne de la face antérieure du rocher et qui est formée, ainsi que nous l’avons vu plus haut (t. II) à propos des méninges, par un dédoublement de la dure-mère.

En pénétrant dans le cavum de Meckel, la grosse racine du trijumeau s’aplatit de

Le trijumeau et les nerfs de l’œil à leur passage à travers la dure-mère.

1, nerf optique. — 2, carotide interne. — 3, moteur oculaire commun. — 4, pathétique. — 5, moteur oculaire externe. — 6, trijumeau. — 1’, 2’, 3’, 4’, 5’, 6’, les orifices de la dure-mère (orifices duraux) destinés à ces nerfs. — 7, diaphragme de l’hypophyse et tige pituitaire.

NERF TRIJUMEAU

Fig. 61.

Le trijumeau et son ganglion (côté drpit), vus en place.

1, trijumeau, avec : 1’ sa grosse racine ; 1” sa petite racine. — 2, ganglion de Casser. — 3, nerf ophthalmique. — 4, nerf maxillaire supérieur. — 5, nerf maxillaire inférieur.

plus en plus. En même temps, ses faisceaux constitutifs, jusque-là réunis en un cordon compacte, se dissocient, s’écartent les^uns des autres à la manière d’un éventail, s’envoient mutuellement de nombreuses anastomoses, forment en un mot un véritable plexus, qui, en raison de sa configuration en une sorte de triangle, a reçu le nom de plexus triangulaire du trijumeau. Finalement, ces faisceaux aboutissent au bord supérieur d’un volumineux ganglion, le ganglion de Gasser , que nous décrirons dans un instant.

b. Trajet de la petite racine. — La petite racine (fig. 61 et fig. 62), large de 1 millimètre et demi à 2 millimètres, longe le côté interne de la grosse racine jusque dans le cavum de Meckel. Là, quand la grosse racine s’étale transversalement pour former le plexus triangulaire, la petite racine s’engage au-dessous d’elle et, poursuivant son trajet oblique en avant et en dehors, atteint bientôt le ganglion de Gasser. Elle glisse alors entre la masse ganglionnaire et la face antérieure du rocher, arrive à l’origine du nerf maxillaire inférieur et, là, se fusionne avec cette branche nerveuse. En entrant dans le cavum de Meckel, la petite racine du trijumeau subit un mouvement de torsion sur son axe, en vertu duquel ses faisceaux internes deviennent externes et vice versa. En même temps, elle s’aplatit de haut en bas et augmente graduellement de largeur jusqu’à sa terminaison.

Nous ajouterons qu’en passant au-dessous du ganglion de Gasser, la racine motrice du trijumeau n'entre nullement en connexion avec ce ganglion. Elle ne fait que s’accoler à lui, de la même façon que la racine motrice de chaque paire rachidienne s’accole au ganglion spinal correspondant.

4° Rapports. — Par sa face supérieure, la grosse racine du trijumeau est en rapport avec le cervelet, qui la recouvre. Sa face inférieure, doublée de la petite racine, répond à la face postérieure du rocher. Situées tout d’abord entre l’arachnoïde et la pie-mère, les deux racines reçoivent, au voisinage du rocher, une gaine arachnoïdienne commune qui les accompagne jusqu’au ganglion de Gasser.

Kitf. 62.

Les mômes, érignés en avant et en dehors.

1 , grosse racine du trijumeau. — 1” petite racine. — 2, ganglion de Gasser.

5° Ganglion de Gasser et ses branches. — Le ganglion de Gasser est une masse de substance nerveuse d’un gris jaunâtre, couchée sur la partie interne de la face antérieure du rocher, qui, comme nous l’avons vu en ostéologie (chap. m), se creuse à ce niveau d’une dépression pour le recevoir.

a. Configuration extérieure. — Envisagé au point de vue de sa configuration

ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.

SYSTEME NERVEUX PERIPHERIQUE

extérieure, le ganglion de Gasser affecte la forme d’un croissant, ou mieux d’uo haricot fortement aplati, dont le hile serait tourné en haut et en arrière et dont le bord convexe regarderait en bas et en avant. Il nous présente ainsi deux faces, deux bords et deux extrémités ou cornes :

«) Sa face antérieure ou plutôt antéro- externe est en rapport avec la dure-mère, qui lui adhère assez intimement pour en rendre la dissection difficile.

(3) Sa face postérieure ou postéro-interne répond à l’os, dont elle est séparée par une lame fibreuse dépendant de la dure-mère. Le ganglion de Gasser se trouve ainsi contenu tout entier 'dans une loge fibreuse (le cavum de Meckel), résultant, comme cela a été dit plus haut, d’un dédoublement de la dure-mère crânienne. Mais il s’en faut de beaucoup que la masse ganglionnaire présente avec son enveloppe fibreuse des rapports partout identiques : tandis que sa face antérieure adhère intimement à cette enveloppe, sa face postérieure ne lui est unie que par du tissu conjonctif lâche.

y) Son bord supérieur , concave, reçoit l’extrémité externe de la grosse racine du trijumeau étalée en forme de plexus.

8) Son bord inférieur, convexe, laisse échapper trois grosses branches nerveuses,

dites branches terminales du trijumeau . Nous les retrouverons tout à l’heure.

s) Son extrémité externe , dirigée en dehors et un peu en arrière, occupe la partie externe du cavum de Meckel. Elle ne présente aucun rapport important.

Ç) Son extrémité interne, dirigée en dedans* répond à la carotide interne (voy. Dure-mère), dont elle n’est séparée que par une simple lame fibreuse, formant, à ce niveau, la paroi externe du sinus caverneux.

b. Structure. — Le ganglion de Gasser, étant l’homologue des ganglions spinaux, présente dans sa structure tous les caractères histologiques de ces derniers : il est essentiellement constitué par des amas irréguliers de cellules nerveuses, que traversent des faisceaux de fibres nerveuses, entrecroisées dans tous les sens. Ces cellules, comme celles des ganglions spinaux, sont unipolaires. Le prolongement qui en émane, véritable fibre en T, se bifurque après un

court trajet en deux branches divergentes (fig. 63); une branche interne, qui se rend à la protubérance en suivant la grosse racine ; une branche externe, qui se jette dans l’une des trois branches du trijumeau et, avec elle, se porte à la périphérie.

Dans un travail récent (1897), Kankoff, un élève de Dogiel, a constaté Texistence. dans le ganglion de Gasser, de deux ordres

Une cellule du ganglion de Gasser chez le chat, avec son plexus superficiel ou péricapsulaire ^d’après Kankoff).

Constitution anatomique du ganglion de Gasser.

1, ganglion de Gasser, avec : 2, sa petite racine ou tri jumeau moteur ; — 3. sa grosse racine ou trijumeau sensitif. — 4, nerf ophthalmique. — 5, nerf maxillaire supérieur. — G, nerf maxillaire inférieur.

NERF TRIJUMEAU

Fig. 65.

La même cellule, avec son plexus profond ou péricellulalre (d’après Kankoff).

de cellules : des celliiles volumineuses, à cylindraxe épais et onduleux, se colorant à peine par le bleu de méthylène : des cellules petites, à cylindre rectiligne, se colorant fortement en présence du bleu de méthjdène.

D'autre part, Kankoff a rencontré, tout autour des cellules ganglionnaires, des arborisations nerveuses terminales, analogues à celles que Dogiel a signalées dans les ganglions spinaux. Ces arborisations terminales se disposent en plexus et Kankoff décrit autour de chaque cellule deux plexus distincts : un plexus superficiel ou péricapsulaire , situé, comme son nom l'indique, à la surface extérieure de la capsule péricellulaire ; un plexus profond ou péricellulaire , situé au-dessous de la capsule à la surface même du corps cellulaire. Le premier (fig. 64) serait formé par des libres amyéliniques relativement épaisses ; le second (fig. 65), par des fibres beaucoup plus fines, fortement variqueuses, issues des précédentes.

L’origine de ces fibrilles terminales, disposées tout autour des cellules du ganglion de

Uasser, nous est complètement inconnue. Kankoff, cependant, incline à penser qu’elles pourraient bien provenir des cellules nerveuses de petites dimensions signalées ci-dessus. -Si cette opinion était confirmée, les cellules en question seraient tout entières (je veux dire avec leurs prolongements protoplasmiques et leur prolongement cylindraxile) contenues dans le ganglion.

c. Ganglions accessoires. — Il n’est pas extrêmement rare de rencontrer, le long du bord concave du ganglion de Gasser, un ou deux petits ganglions accessoires qui sont reliés, soit au ganglion normal, soit à la grosse racine, par des filets nerveux fort minces. Une pareille disposition rappelle de tous points ces ganglions surnuméraires (p. 141) que l’on observe parfois sur le trajet des racines postérieures des nerfs rachidiens, entre la moelle et le ganglion normal.

d. Branches afférentes sympathiques. — Le ganglion de Gasser, outre la grosse racine ou racine sensitive du trijumeau, reçoit, par son côté interne, un ou plusieurs filets sympathiques (voy. Grand sympathique) qui lui viennent du plexus caverneux.

e. Branches efférentes. — Le ganglion émet, sur son côté externe et sur sa face postérieure, quelques filets, excessivement ténus et fort variables en nombre, qui se distribuent à la dure-mère de la région sphéno-temporale. Valentin a signalé, en outre, plusieurs petits rameaux efférents qui se détachent de la face postérieure du ganglion et qui « se dirigent en arrière et en dehors vers le sinus pétreux inférieur et les parties avoisinantes de la dure-mère ». Ces filets sensitifs, destinés à la duremère, méritent d’être signalés; mais ils sont bien peu importants quand on les compare aux trois branches terminales du trijumeau. Ces trois branches s’échappent, comme nous l’avons dit plus haut, du bord inférieur du ganglion de Gasser et divergent immédiatement à la manière d’une patte d’oie. Ce sont, en allant de dedans en dehors (fig. 66) :

1° Le nerf ophthalmique (de o’cpôalp.ôç, œil), qui pénètre dans l’orbite à travers la fente sphénoïdale ;

2° Le nerf maxillaire supérieur , qui sort du crâne par le trou grand rond ;

3° Le nerf maxillaire inférieur , qui traverse le trou ovale.

Fig. 66.

Ganglion de Gasser du. côté droit avec ses racines et ses trois branches terminales.

a, ganglion de Gasser. — b , sa racine sensitive. — c, racine motrice du trijumeau.

1, ophthalmique. — 2, maxillaire supérieur. — 3, maxillaire inférieur.

SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

En se séparant du ganglion 'de Gasser, chacune de ces trois branches est encore aplatie, rubanée, plexiforme. Ce n’est que [plus loin qu’elle revêt la forme d’un cordon cylindrique, d’un véritable tronc nerveux.

A chacune d’elles, et en un point plus ou moins éloigné de son origine, mais toujours en dehors de la cavité [crânienne, se trouve annexé un petit ganglion,

1, nerf sus-orbitaire. — 1’ nerf nasolobaire. — 2, nerf sous-orbitaire. — 3, nerf mentonnier. — 3’, nerf auriculotemporal.

I. Territoire de l’ophthalmique (en vert) : il comprend, comme on le voit, les deux tiers antérieurs de la région occipito-frontale, la région sourcilière, les deux tiers internes de la paupière supérieure, la partie la plus interne de la paupière inférieure et, enfin, la partie interne de l’aile du nez ; il est sous la dépendance du lacrymal, du. frontal, du nasal externe et du naso-lobaire branche du nasal interne.

II. Territoire du maxillaire supérieur (i en rose ) : il a une forme triangulaire à base dirigée en bas et en avant ; il comprend la partie externe de l aite du nez, la lèvre supérieure et la partie antérieure de la région génienne ; il est innervé par les rameaux sous-orbitaires, ainsi que par les fibres du rameau orbitaire, lesquelles, après s étre anastomosées dans l’orbite avec le lacrymal, arrivent à la face et à la partie antérieure de la région temporale par les deux branches de bifurcation du nerf temporo-malaire.

III. Territoire du maxillaire inférieur (en j n une) : ce territoire, très allongé dans le sens vertical, comprend la plus grande partie de la fosse temporale (qu’il déborde même un peu, à sa partie 'supérieure, pour empiéter sur la région pariétale), la partie postérieure de la région génienne, la partie supérieure de la région massétérine et la région mentonnière ; trois nerfs innervent ce territoire, le nerf auriculo-temporal en haut, le nerf mentonnier en bas et, entre les deux, le nerf buccal. On voit nettement sur la figure 57

que la portion inférieure de la région massétérine est du domaine de la branche auriculaire du plexus cervical (voy. ce nerf).

Fig. 67.

Territoires sensitifs de la tête pour montrer la distribution générale des trois branches du trijumeau.

avec ses rameaux afférents ou racines et ses rameaux efférents ou rameaux de terminaison. Ce sont : 1° pour le nerf ophthalmique, le ganglion ophthalmique ; 2° pour le nerf maxillaire supérieur, le ganglion sphéna- palatin ou ganglion de Meckel ; 3° pour le nerf maxillaire inférieur, le ganglion otiqae ou ganglion d'Arnold. Nous décrirons chacun de ces ganglions à la suite du nerf auquel il correspond par sa situation et ses relations anatomiques.

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