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VAISSEAUX ET NERFS

La langue, comme tous les organes auxquels sont dévolues des fonctions importantes, possède des vaisseaux et des nerfs fort nombreux. Nous les envisagerons successivement :

1° Sur le corps musculaire ;

2° Sur la muqueuse.

§ I. — Vaisseaux et nerfs du corps musculaire

1° Artères. — Les artères destinées à la portion musculeuse de la langue proviennent de la linguale, de la palatine inférieure et de la pharyngienne infé -

VAISSEAUX ET NERFS DE LA LANGUE

rieur e , branches immédiates ou médiates de la carotide externe (voy. cette artère) .

2° Veines. — Les veines, ainsi que nous l’avons vu (voy. Angéiologie), se portent pour la plupart sur la face externe du muscle hyo-glosse et s’y réunissent en un tronc commun, la veine linguale proprement dite, laquelle se jette dans la jugulaire interne.

3° Lymphatiques. —

Les lymphatiques du corps musculaire de la langue ont été injectés à l’aide de la méthode de Gerota, par Küttner d’abord, puis par Poirier.

Ils s’unissent, après un trajet toujours très court, aux efférents du réseau superficiel ou muqueux, que nous décrirons plus loin (voy. p. 390).

4° Nerfs. — Les nerfs des muscles de la langue

émanent de deux sources : du facial et du grand hypoglosse.

a) Le facial fournit à la langue, le rameau,

Fig. 309.

Les veines et artères de la langue, vue latérale (d’après Hirschfeld, légèrement modifiée).

1, artère carotide externe. — 2, veine jugulaire interne. — 3, artère faciale. — 4, artère thyroïdienne supérieure. — 5, artère linguale. — G, rameau sushyoïdien. — 7, artère dorsale de la langue. — 8, artère ranine. — 9, artère sublinguale. — 10, une anastomose pour la sous-mentale. — 11, 11’, 11”, veines de la langue. — A, nerf lingual. — B, muscle stylo-glosse. — G, muscle hyoglosse. — D, symphyse mentonnière.

dit lingual, qui s’anastomose constamment avec le glosso- pharyngien et

vient se distribuer au stylo-glosse et au glosso-staphylin, quelquefois au lingual inférieur.

[3) Le grand hypoglosse est essentiellement le nerf moteur de la langue : il fournit des rameaux à chacun de ses muscles tant extrinsèques qu’intrinsèques. Ces rameaux se terminent, comme dans les autres muscles striés, par des plaques motrices, qui ne présentent ici aucune particularité nouvelle. Lannegrace ( Th. d’agr., 1878) croit devoir insister cependant sur la richesse des muscles de la langue en fibres nerveuses, richesse telle, dit-il, qu’aucun autre muscle de l’économie ne saurait lui être comparé.

Le grand hypoglosse n’est pas seulement, pour la langue, un nerf moteur, mais aussi un vasomoteur. C’est lui, en effet, qui renferme la plus grande partie dès éléments vaso-constricteurs de cet organe, tandis que le lingual possède les vaso-dilatateurs.

Les fibres vaso-motrices qui suivent le trajet de l’hypoglosse pour aller aux vaisseaux de la langue sont surtout des fibres d’emprunt : elles lui viennent du sympathique cervical par l’anastomose que le ganglion cervical supérieur fournit à la douzième paire (voy. Névrologie). Pourtant, après avoir coupé le sympathique cervical et attendu le délai nécessaire pour que la dégénération soit complète dans l’extrémité terminale de fibres ainsi coupées, si on excite de nouveau le tronc de l’hypoglosse avec les précautions convenables, on voit qu’il agit encore partiellement sur les vaisseaux de la langue. Si, au contraire, au lieu de couper simplement le tronc du sympathique, on résèque le ganglion cervical supérieur, la propriété vaso-motrice de l’hypoglosse disparaît entièrement.

Ces résultats, fournis par l’expérimentation, peuvent admettre une double interprétation : ou

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bien les fibres vaso-motrices ont un centre trophique dans le ganglion cervical supérieur ; ou bien ces fibres proviennent partiellement d'une source autre que le sympathique cervical, soit d’un des nerfs voisins, soit des origines mêmes de l’hypoglosse (Morat).

§ II. — Vaisseaux et nerfs de la muqueuse

1° Artères. — Les artères destinées à la muqueuse de la langue proviennent des mêmes sources que celles qui se rendent à sa portion musculaire.

Elles sont fournies principalement : l°par la dorsale de la langue , qui irrigue la

partie postérieure de la muqueuse ; 2° par la ranine et parla sublinguale, qui irriguent la partie antérieure.

Ces différentes artères, après avoir jeté de nombreux ramuscules tout autour des glandes muqueuses et des glandes folliculeuses, viennent former dans la couche superficielle du chorion un riche réseau d’où s’échappent les vaisseaux des papilles : une anse simple pour les papilles hémisphériques; des anses toujours multiples et plus ou moins ramifiées pour les grosses papilles, notamment pour les papilles corolliformes, fongiformes et caliciformes. De son côté, chaque bourgeon gustatif possède, à sa base, un réseau capillaire spécial exceptionnellement riche (Ranvier).

2° Veines. — Les veinules qui descendent des papilles se réunissent, au-dessous de la muqueuse linguale, avec les veines issues des formations glandulaires et viennent finalement aboutir à la jugulaire interne, ainsi que nous l’avons déjà vu en angéiologie. Ranviicr , en se basant sur certaines dispositions spéciales que présente la circulation veineuse dans l’organe folié du lapin, pense que , dans cet organe ainsi que dans les papilles caliciformes et fongiformes de l’homme, il pourrait bien se produire des phénomènes de turgescence vasculaire, qui seraient assez analogues aux phénomènes érectiles et ne seraient pas sans influence sur la gustation.

3° Lymphatiques. — Les lymphatiques de la muqueuse linguale ont été découverts, en 1847, par Sappey, qui nous en a donné une description aussi exacte que détaillée. Leur description a été reprise en 1898 par Küttner, en 1902 par Poirier et tout récemment (1906 et 1907) par Most et par Bartels. Ces derniers observateurs se sont servis de la méthode de Gerota.

A. Origines. — Gomme sur la plupart des surfaces libres, les lymphatiques prennent ici naissance dans l’épaisseur même des papilles, où ils constituent un fin réseau capillaire, le réseau inlra-papülaire .

Fig. 310.

Une papille corolliforme avec ses vaisseaux.

1, papille propnement dite. — 2, son revêtement épithélial, d’où s’échappent 3, 3, des prolongements filiformes. — 4, vaisseaux de la papille. — 5, une uapilie corolliforme dépourvue de son revêtement épithélial.

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B Réseau superficiel. — Les canaux qui descendent du réseau intra-papillaire, au nombre d’un seul pour les petites papilles, de deux ou trois pour les grosses, forment dans la zone sous-papillaire du chorion un réseau continu d’une extrême richesse, remarquable à la fois par le nombre et parla ténuité de ses mailles. Ce réseau, dit sous-papillaire , occupe toute la portion de la muqueuse linguale qui est situé en avant du V lin-

gual. Les canaux

qui

la

constituent sont d’une finesse extrême à la pointe de la langue. Si, de là, on les suit d’avant en arrière, on les voit se réunir les uns aux autres et augmenter progressivement de calibre au fur et à mesure qu’on se rapproche des papilles caliciformes.

Au-devant des papilles caliciformes, les troncules sous-papillaires, comme on le voit très nettement sur la figure ci-contre (fig. 311), offrent déjà un calibre considérable : on les distingue sans peine à l’œil nu. En passant entre ces papilles, ils se dévient pour les contourner, les uns cheminant sur leur côté interne, les autres sur leur côté externe, en continuant à s’anastomoser sur tout leur trajet.

Arrivés en arrière des papilles caliciformes, ils reçoivent encore une foule de rameaux et ramuscules émanés des papilles coniques qu’on observe sur leur partie postérieure dans l’étendue d’un demi-centimètre’ (Sappey), puis se condensent en des troncs collec-

Fig. 311.

Vaisseaux lymphatiques de la face dorsale de la langue (d’après Sappey).

1. 1, réseau lymphatique du tiers antérieur de la laDgue, constitué par des réseaux radiculaires d’une extrême ténuité. — 2, 2, réseau lymphatique de la partie moyenne, formé par des radicules plus grosses, surtout sur les bords de la langue, lesquelles convergent d’arrière en avant et de dehors en dedans, comme les sillons papillaires. — 3, 3, réseau qui répond aux papilles caliciformes : il est composé de troucules beaucoup plus gros, qui serpentent autour de ces pupilles et qui les encadrent. — 4, 4, troncs ly mphatiques qui naissent des parties latérales de ce réseau. — o, l’un de ces troncs, qui se porte en dehors des amygdales pour se rendre dans les ganglions moyens du cou. — 6, vaisseaux lymphatiques antérieurs du voile du palais, s’anastomosant avec les troncs latéraux de la face dorsale et formant avec ceux-ci un petit plexus. — 7, 7, autre tronc latéral, qui passe en dedans de l’amygdale correspondante. — 8, 8, troncs qui partent dp cette partie médiane du plexus. — 9, 9, autres troncs, moins volumineux, dépendant des précédents, et disparaissant comme ceux-ci au moment où ils s'engagent dans l’épaisseur des parois du pharynx.

eurs très volumineux, que nous allons suivre dans un instant. Rappelons auparavant, d’une part que les lymphatiques du réseau muqueux de la langue communiquent largement

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d’un côté à l’autre sur la ligne médiane, d’autre part que ce même réseau muqueux, aux confins de son domaine, entre en communication avec les réseaux des muqueuses voisines.

C. Lymphatiques efférents. — - Les troncules et les troncs qui émanent du réseau muqueux de la langue sont fort nombreux et suivent les directions les plus diverses.

Nous les distinguerons, d’après la partie en quatre groupes : 1° groupe postérieur

de la langue où ils prennent naissance ' 2° groupe antérieur ; 3° groupe latéral ; 4° groupe moyen.

a) Les lymphatiques postérieurs , nous l’avons déjà dit tout à l’heure, naissent de la partie postérieure ou basale du réseau dorsal de la langue.

Au nombre de quatre à six, ils se. dirigent, les uns vers l’épiglotte, les autres vers les amygdales. Ils traversent ensuite, soit la membrane thyro- hyoïdienne, soit le constricteur supérieur du pharynx, et viennent se terminer dans deux ou trois ganglions qui sont situés en avant de la jugulaire interne, dans le voisinage du larynx. L’un de ces ganglions ordinairement plus gros que les autres, se trouve placé sur la jugulaire, immédiatement au-dessous du ventre postérieur du digastrique :

c’est le ganglion principal ( Hauptgan glion ) des lymphatiques de la langue ( Küttner).

Fig. 311 bis.

Schéma des lymphatiques de la langue, vue latérale gauche (T. et J.).

On a représenté, vus au travei’S de la peau, la langue On violet ), les muscles digastrique et omo-hyoïdien [en rouge clair), la carotide primitive On rouge foncé), la veine jugulaire interne (en bleu clair)\Le s ganglions sont en bleu foncé. Les principaux groupes des collecteurs lymphatiques sont indiqués par des flèches.

a, ganglions sous-hyoïdiens médians. — b , ganglions sous maxillaires. — c, c , c ”, ganglions de la chaîne carotidienne : c, ganglion placé immédiatement au-dessus du point où le ventre postérieur du digastrique croise la jugulaire, c’est le ganglion principal ; c ”, ganglion situé mmédialement au-dessus du point où l’omo-hyoïdien croise la jugulaire.

— d , omo-hyoïdien. — e, digastrique. •

1, i’, collecteurs lymphatiques de la pointe de la langue.

— 2, 2’, collecteurs des parties latérales de la langue. —

3, collecteurs de la portion moyenne du corps de la langue : ils cheminent dans l’épaisseur de la langue, et pour ce motif la flèche qui les schématise est figurée en pointillé. —

4, collecteurs de la base de la langue.

P) Les lymphatiques antérieurs ( lymphatiques apicaux de Poirier) se séparent du réseau muqueux au niveau de la pointe de la langue. Au nombre de deux, ils se portent obliquement en bas et en arrière, en cheminant, soit sur le côté du frein , soit dans l’épaisseur même de ce repli. Arrivés au niveau du bord inférieur du maxillaire, ils se séparent : Vun, plus court, après avoir traversé le mylo -hyoïdien , vient se jeter dans l’un des ganglions médians sus-hyoïdiens, tantôt dans le plus élevé (ganglion sous-symphysien), tantôt dans celui qui est le plus inférieur;

Vautre , beaucoup plus long, croise obliquement la corne de l’os hyoïde, descend dans la région sous-hyoïdienne et vient se terminer dans l’un des ganglions de la chaîne jugulaire interne, le plus souvent dans un ganglion qui se trouve situé sur la jugulaire immédiatement au-dessus du tendon intermédiaire du muscle omo-hyoïdien.

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y) Les lymphatiques latéraux ( lymphatiques marginaux de Poirier), comme leur nom l’indique, naissent sur les côtés de la langue. Leur nombre varie ordinairement de huit à dix. Obliquement descendants, ils passent, les uns sur le côté externe, les autres sur le côté interne de la glande sublinguale. Les premiers aboutissent aux ganglions sous-maxillaires, aux ganglions les plus antérieurs de ce groupe. Les seconds , descendant beaucoup plus bas, viennent se jeter dans les ganglions de la chaîne jugulaire interne, de préférence dans celui qui est le plus élevé, le ganglion de Küttner.

8) Les lymphatiques moyens ( lymphatiques centraux de Poirier) naissent de la partie moyenne du réseau, entre la base, la pointe et les bords. Obliquement descendants comme les précédents, ils cheminent entre les deux génio-glosses jusqu’au bord inférieur de ces muscles. Là, ils se séparent en deux paquets divergents pour se porter, les uns à droite, les autres à gauche. Les uns et les autres se terminent, du côté correspondant, dans les ganglions de la chaîne jugulaire interne, soit dans le ganglion principal, soit dans les ganglions sous-jacents.

Au total, les lymphatiques efférents de la langue se rendent aux trois groupes ganglionnaires suivants : 1° aux ganglions sushyoïdiens médians, ce sont les lymphatiques de la pointe ; 2° aux ganglions antérieurs du groupe sous-maxillaire, ce sont les lymphatiques latéraux ou, plus exactement, une partie des lymphatiques latéraux ; 3° aux ganglions de la chaîne jugulaire interne qui se trouvent compris entre le ventre postérieur du digastrique et le tendon intermédiaire de l’omohyoïdien . Ce dernier groupe reçoit les lymphatiques de toutes les parties de La langue, y compris la pointe.

4° Nerfs et terminaisons nerveuses — Les

filets nerveux destinés à la muqueuse linguale proviennent de deux sources principales : du lingual et du glosso-pharyngien. — Le nerf lingual, branche du trijumeau (grossi naturellement de la corde du tympan, lingual mixte), se ramifie dans les deux tiers antérieurs de la muqueuse de la langue. — Le nerf glossopharyngien se distribue aux papilles caliciformes et à la portion de la muqueuse linguale qui se trouve située immédiatement en arrière du V. — A ces deux nerfs, nerfs principaux, il convient d’ajouter un nerf de moindre importance, le laryngé supérieur. Ce nerf, branche de pneumogastrique, envoie quelques fibres à la portion toute postérieure de la muqueuse linguale, à cette portion qui avoisine l’épiglotte et les replis glosso-épiglottiques.

Remak a signalé depuis longtemps déjà (1852) la présence de petits ganglions microscopiques, disséminés le long des ramifications du glosso-pharyngien et du

ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 50

Fig. 312.

Schéma montrant les territoires nerveux de la muqueuse de la langue .

A, zone innervée par le nerf lingual ( en rouge). — B, zone innervée par le glosso-pharyngien [en bleu. — C, zone innervée par le nerf laryngé supérieur, branche du pneumogastrique (en jaune).

1, V lingual. — 2, pointe de la langue. — 3, sa face dorsale. — 4, sa base. — 5, repli glosso-épiglotlique médian. — fi, fossettes glossoépiglottiques. — 7, 7’, replis glosso-épiglottiques latéraux. — 8, épiglotte. — 9, ouverture supérieure du larynx. — 10. amygdale*. — 11, piliers antérieurs du voile du palais.

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lingual. L’existence de ces ganglions périphériques a été confirmée presque immédiatement après par Kôlliker et par Schiff. Mais ce n’est que dans ces derniers temps que le microscope, à l’aide des méthodes de coloration nouvelles, est venu nous fournir des notions précises sur le mode de terminaison de ces nerfs.

Nous examinerons successivement ces terminaisons nerveuses : 1° en dehors des bourgeons ; 2° au niveau des bourgeons ; 3° sur les glandes.

A. En dehors des bourgeons du goût. — En dehors

des bourgeons du goût, nous rencontrons trois ordres de terminaisons nerveuses :

1° terminaisons libres intradermiques ; 2° terminaisons intra-épithéliales; 3° terminaisons dans des corpuscules spéciaux.

a . Terminaisons libres intra-dermiques . — Dans les régions de la muqueuse où il n’y a pas de bourgeons du goût, les filets nerveux de sensibilité générale se

Fig. 313.

Terminaisons des nerfs de sensibilité générale dans les papilles de la langue (d’après Cecheuelli).

1, grappe à grosses varicosilés provenant d'une fibre à myéline 1’. — 2, grappe à petites varicosités provenant d’une autre fibre à myéline 2’, entrecroisée avec la fibre précédente. — 3, fibre aboutissant à un corpuscule de Mejssner unilobé. — 4, 5, petite terminaison en corymbe dans un espace interpapillaire ; cette terminaison nerveuse, on en conviendra, ressemble beaucoup aux terminaisons hédériformes du tégument externe (vov. p. 323j. — 6, une papille. — 7, vaisseau sanguin.

terminent en grande partie dans les papilles dermiques.

Ces terminaisons intra-papillaires, bien étudiées par Cecherelli (1904), sont extrêmement variables : les

unes, destinées à la papille proprement dite, forment de riches arborisations, toujours très variqueuses , se disposant suivant les cas, en « corymbe », en « grappe », en « flocon b (Cecherelli); les autres, destinées aux vaisseaux , se présentent sous la forme de fins réseaux entourant sur tout leur pourtour les anses capillaires de la papille. Il paraît rationnel d’admettre que les premiers sont sensitifs, les seconds vaso-moteurs .

b. Terminaisons intra-épithéliales.— Mais les filets nerveux de la muqueuse linguale ne s’arrêtent pas tous dans le derme. Un grand nombre de fibres, dépassant la zone papillaire, viennent se terminer dans la couche épithéliale, comme le démontrent les recherches déjà anciennes de Billrotii

Fig. 314.

Réseau nerveux, entourant les vaisseaux sanguins des papilles de la langue ; dans la papille du milieu se voit une touffe (fioccheto) papille simple (d’après Cecherelli).

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(1851) , d’AxEL Key (1861) et les travaux plus récents de Krohn, de Sertoli, de Ranvier, de Rosenberg. D’après ce dernier histologiste, dont les recherches ont été reprises et confirmées par Roeske (1897) et par Botezat (1902), les fibrilles nerveuses intra-épithéliales cheminent, comme pour l’épiderme cutané, dans l’intervalle des cellules. Elles se divisent ici en deux groupes : les unes, verticales, s’élèvent jusque dans les couches superficielles de l’épithélium et s’y terminent en une série de grains isolés qui ressemblent à des gouttelettes (Trop f chéri); les autres, horizontales, s’arrêtent dans les couches profondes de l’épithélium et s’y terminent par des renflements ou boutons de forme variable.

On trouve dans l’épithélium de la langue quelques corpuscules de Langherans (p. 324) : ces corpuscules ne sont ici, comme dans l’épiderme cutané, que des cellules lymphatiques, émigrées du derme.

c. Terminaisons dans des corpuscules spéciaux. — Il existe encore dans la muqueuse linguale des corpuscules de Pacini, des corpuscules de Krause , des corpuscules de Meissner et des corpuscules de Ruffmi.

a) Les corpuscules de Pacini ont été rencontrés par Ditlevesen et Aspet, en 1876.

p) Les corpuscules de Krause ont été signalés depuis longtemps déjà dans les papilles hémisphériques et aussi dans la partie supérieure ou extrémité libre des papilles caliciformes et fongiformes. Je dois ajouter, cependant, que Cecherelli, dans ses nombreuses recherches, ne les a jamais rencontrés.

y) Les corpuscules de Meissner ont été décrits dans la muqueuse linguale par Geber (1879), Merkel (1880), Rosenberg (1886) et tout récemment par Cecherelli (1904). D’après ce dernier histologiste, ils sont extrêmement abondants dans toute la partie de la muqueuse linguale qui se trouve située en avant des papilles caliciformes : les uns sont unilobés, les autres plurilobés, constitués dans ce dernier cas par deux ou trois lobes. Une disposition fréquente est celle-ci : un faisceau nerveux, en pénétrant dans une papille, se résout en quatre ou cinq fibres plus ou moins divergentes, lesquelles se terminent chacune par un corpuscule de Meissner; il existe ainsi, dans une même papille, toute une série de corpuscules de Meissner. Du reste, les corpuscules sont munis ou non de leur appareil de Timofejew (p. 322).

S) Les corpuscules de Ruffini (p. 318) occupent l’épaisseur du derme muqueux. On les rencontre encore dans les tractus conjonctifs qui séparent les uns des autres les faisceaux musculaires les plus superficiels. Ces corpuscules diffèrent de

Fig. 315.

Coupe longitudinale de la muqueuse linguale de la souris (d'après Botezat).

1, fibres musculaires coupées en long. — 2, fibres musculaires coupées en travers. — 3, couches profondes de la muqueuse. — 4, 5, couches superficielles. — 6, 6, 6, fibrilles nerveuses se terminant dans l’épithélium.

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ceux de la peau par leur taille et par leur forme plus globuleuse, mais leur signification morphologique est exactement la même.

B. Au niveau des bourgeons du goût. — Dans les régions occupées par les bourgeons gustatifs, les filets nerveux du lingual et du glosso-pharyngien pénètrent les papilles par leur base (fig. 307, 6), se ramifient dans leur épaisseur et viennent former à leur surface, immédiatement au-dessous de l’épithélium, un riche plexus qui, en raison de sa situation, a reçu le nom de plexus sous-épithélial. Ce plexus, formé par des fibres plus ou moins variqueuses et entremêlées dans tous les sens, laisse échapper une multitude de fibrilles destinées à la couche épithéliale. Nous les distinguerons, avec Jacques, en trois groupes : fibres inter gemmales, fibres périgemmales , fibres intr a gemmales .

a. Fibres inter gemmales. — Les fibres intergemmales ou interbulbaires (de gemma, bourgeon, ou bulbus, bulbe) cheminent, comme leur nom l’indique, dans

Terminaisons nerveuses dans les bourgeons gustatifs du lapin : A, les bourgeons vus en long;

B. les bourgeons vus en coupe transversale.

(Préparation au bleu de méthylène, d’après Retzius.)

1, bourgeons du goût. — 2. pore gustatif. — 3, surface libre de la muqueuse. — 4, plexus sous-épithélial.

5, fibrilles intragemmales. — 6, fibrilles péri- et intergemmales.

l’intervalle des bourgeons du goût (fig. 316, 6). Les unes se terminent dans la masse épithéliale, à des hauteurs diverses, par un petit renflement arrondi ou ovalaire. Les autres vont jusqu’à la surface, où elles se terminent de même par un renflement en bouton : il en est parmi ces dernières qui, au niveau de leur terminaison, s’incurvent sur elles mêmes comme le fait un hameçon (terminaison en hameçon de Lenrossék). Au cours de leur trajet, les fibres intergemmales se divisent dichotomlquement ou se résolvent en touffes plus ou moins fournies; ou bien encore elles émettent des collatérales qui, comme la fibre-mère, se terminent chacune par un petit renflement.

b. Fibres périgemmales. — Les fibres périgemmales ou péribulbaires (fig. 316, 6) s’étalent à la surface extérieure des bourgeons du goût, qu’elles enveloppent comme dans un filet. Elles se terminent, toujours par un petit bouton, les unes à la partie moyenne du bourgeon, les autres à son extrémité supérieure, autrement dit au voisinage du pore gustatif. Par leur face externe, les fibrilles périgemmales émettent de fines collatérales qui pénètrent dans l’épithélium intergemmai pour s’y terminer à la manière des fibrilles du premier groupe. D’autres collatérales, également très fines, paraissent naître de leur face interne pour passer dans les

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couches les plus superficielles des cellules recouvrantes et s’y terminer après un court trajet (Jacques).

c. Fibres inlragemmales. — Les fibres intragemmales ou intrabulbaires (fig. 316, 5) sont ainsi appelées parce qu’elles sont contenues, durant tout leur trajet, dans l’épaisseur même du bourgeon. Elles s’insinuent entre les cellules gustatives, s’accolent à elles, les enlacent plus ou moins et entrent ainsi en relation intime avec elles.

On a admis pendant quelque temps que les fibrilles nerveuses, issues du plexus sous-épithélial, se continuaient directement avec le prolongement central des cellules gustatives, qui, de ce fait, acquéraient la signification de véritables cellules nerveuses. Cette opinion a été soutenue, tout récemment encore, par Fusari et Panasci, à la suite de recherches entreprises à l’aide de la méthode de Golgi sur la muqueuse linguale de plusieurs mammifères.

Nous avons déjà dit plus haut que cette continuité de la fibrille nerveuse avec le prolongement central de la cellule gustative n’est qu’apparente. Les recherches récentes de Retzius, de Lenhossék, d’ÀRNSTEiN, confirmées dans ce qu’elles ont d’essentiel par celles de Jacques et de van Gehuchten, s’accordent à établir que les fibrilles intra-gemmales se terminent toutes, comme les fibres précédentes, par des extrémités libres renflées en bouton, les unes à des hauteurs diverses dans l’épaisseur des bourgeons, les autres au voisinage du pore gustatif.

C. Sur les glandes. — Les glandes de la face dorsale de la langue, préparées en même temps que la muqueuse linguale par la méthode de Golgi, ont montré à Fusari et Panasci des faits intéressants relativement à leur innervation. Ces deux histologistes ont constaté à leur niveau de riches plexus nerveux, formant autour desacini glandulaires un véritable réseau de fibres nerveuses, sur le trajet desquelles se voyaient des renflements (fîg. 317, 2) répondant vraisemblablement à des cellules nerveuses. De ces libres ou de ces cellules se détachent de fines fibrilles (3) qui traversent la membrane propre de l’acinus et se mettent en contact direct avec les cellules glandulaires. Ces fibrilles, se divisant fréquemment à l’intérieur de l’acinus , forment un réseau avec des points nodaux ou des renflements terminaux de grandeur variable (4). Chaque maille de ce réseau renferme en quelque sorte une cellule glandulaire, avec le protoplasma de laquelle les éléments nerveux contractent des rapports très étroits, surtout au niveau de petits renflements qui se fondent plus ou moins avec le protoplasma de la cellule.

Voyez, au sujet des terminaisons nerveuses dans la muqueuse linguale : Lovén, Beitrag zur Kennlniss v. Bau d. Geschmachswürzchen der Zunge, Arch. f. mikr. Anat., 1868, t. IV, p. 96 ; — Schwalbe, U e ber die Geschmacksorgane der Sâugethiere u. der Menschen, ibid., 1868, p. 154; — Engelmann, in Stricker’s Handbuch, 1872 ; — Ebner, Die aeinôsen Driisen u. ihre Beziehungen zu den Geschmacksorganen, Graz, 1873 ; — Krohn, Thèse de Copenhague, 1875 ; — Lannegrace, Ter-

Coupe d'un acinus de glande muqueuse de la langue (d’après Fusari et Panasci).

1. 1, fibres nerveuses autour de l’acinus. — 2, cellules nerveuses. — 3, 3, fibres nerveuses dans l’acinus. — 4, 4, grains ou renflements sur le trajet des fibres nerveuses. — 5, limite de l’acinus. — 6, lumière del’acinus.

ORGANES DES SENS

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