RAPPORT
scier. = 1
62 ans. j |
j OEil droit.
, — gauche.
6sr,950 6 ,825
lsr,255 1 ,250
61 ans. |
| OEil droit.
, — gauche.
31 ans. j
) OEil droit.
[ — gauche .
S)K f OEil droit.
( — gauche.
SO ans. f ϟ droit.
^ — gauche.
Si nous prenons la moyenne de ces différents chiffres, nous voyons : 1° que le poids total de l’œil est- de 7gr, l4; 2° que celui de la sclérotique est de lgr,167 ; 3° que le poids de la sclérotique est à celui de l’œil : 1 :: 6,15. En chiffres ronds, le poids de la sclérotique représente le sixième du poids total de l’œil.
3° Rapports. — La sclérotique, avons-nous dit plus haut, est un segment de sphère
ORGANES DES SENS
creuse, traversé en arrière par le nerf optique et largement ouvert en avant pour recevoir la cornée. Nous pouvons donc lui considérer deux surfaces, l’une extérieure, l’autre intérieure et deux ouvertures , l’une postérieure, l’autre antérieure :
A. Surface extérieure. — La surface extérieure, convexe, répond a la surface antérieure ou concave de la capsule de Tenon, dont elle est séparée par une séreuse cloisonnée où circule la lymphe ( espace supra-sclérotical ou espace de Tenon). Bleuâtre chez l'enfant, elle est d’un blanc nacré chez l’adulte, d’une coloration
terne et légèrement jaunâtre chez le vieillard. Cette surface donne insertion, en des points que nous indiquerons ultérieurement (voy. Muscles de l'œil), aux tendons des quatre muscles droits et des deux muscles obliques. Elle est, en outre, traversée par tous les vaisseaux et nerfs de l’œil. De là, une série nombreuse d’orifices, que l’on peut, d’après leur situation, distinguer en trois groupes, postérieur, moyen et antérieur :
a) Les orifices postérieurs (fig. 358, 4,4'), au nombre de quinze à vingt, sont disposés tout autour du nerf optique : ils livrent passage aux artères ciliaires courtes postérieures et aux nerfs ciliaires. De ces orifices, il en est deux (4') qui sont placés un peu en avant des autres, l’un en dedans (du côté nasal), l’autre en dehors (du côté temporal) : ils sont destinés aux deux artères ciliaires longues postérieures.
■JJ) Les orifices antérieurs sont également disposés en cercle autour de la cornée. Ils sont à la fois plus petits et moins nombreux que les orifices postérieurs : ils livrent passage aux artères ciliaires antérieures, ainsi qu’à un certain nombre de veinules et de canaux lymphatiques.
y) Les orifices moyens (fig. 358j sont situés un peu en arrière de l’équateur de l’œil. Ils sont au nombre de quatre seulement : deux supérieurs, dont l’un est
externe (5'), l’autre interne (5); deux inférieurs, qui, comme les précédents, se disposent l’un en dehors (6'), l’autre en dedans (6). Ces quatre orifices sont traversés par les veines de la choroïde ou rasa vorticosa et par des canaux lymphatiques qui font communiquer l’espace supra-choroïdien avec l’espace supra-sclérotical ou espace de Tenon.
Fig. 358.
L'œil droit, vu par son hémisphère postérieur ( demi-schématique ) .
P, pôle postérieur de l’œil. — N, côté interne ou nasal. — T, côté externe ou temporal.
1, méridien vertical. — 2, méridien horizontal. — 3, nerf optique. — 4, 4, vaisseaux et nerfs ciliaires. — 4’, 4", les deux artères ciliaires longues. ~t 5, o’, les deux vasa vorticosa supérieurs. — 6, 6’, les deux vasa vorticosa inférieurs.
Fig. 359.
Coupe sagittale de la sclérotique pour^m outrer ses deux orifices ( schématique )
B. Surface intérieure. — La surface intérieure de la sclérotique est concave et présente une coloration brunâtre, qui tranche nettement sur celle de la surface précédente. Elle répond : 1° par les vais-
a, ouverture antérieure pour la cornée. — b, ouverture postérieure, pour le nerf optique.
dans toute son étendue à la choroïde, à laquelle elle est
un
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
seaux et nerfs qui la traversent; 2° par une couche de tissu cellulaire lâche, appelée lamina fusca (voy. Choroïde).
C. Ouverture postérieure, lamina cribrosa. — L’ouverture postérieure, destinée à livrer passage au nerf optique, n’occupe pas exactement le pôle postérieur de l’œil : elle est située (fîg. 358) à 3 millimètres en dedans et à 1 millimètre au-dessous de ce pôle. Cet orifice ou plutôt ce canal est taillé en biseau (fig. 359,6), aux dépens des couches extérieures de la sclérotique; il n’est donc pas cylindrique, mais affecte la forme d’un tronc de cône à base postérieure . En d’autres termes, son diamètre
Fig. 360.
Terminaison antérieure du nerf optique.
A. Portion sclérale du nerf optique, vue en coupe horizontale. — 1, rétine. — 2, choroïde. — 3, sclérotique, avec : 3’, ses lamelles internes, formant la lamina cribrosa ; 3”, ses lamelles externes, se'réfléchissant en arrière pour se continuer avec la gaine durale du nerf optique. — 4, nerf optique (les faisceaux noirs sont les faisceaux nerveux; les espaces clairs sont les espaces interfasciculaires). — 5, gaine piale. — 6, gaine arachnoïdienne. — 7, gaine durale. — 8, espace sous-arachnoïdien. — 9, espace subdural. — 11, artère centrale de la rétine. — 12, veine centrale. — 13, excavation physiologique de la papille. — 14, lamina cribrosa.
B. Papille du nerf optique, vue a l’examen ophthalmoscopique. — a, excavation physiologique. — b, pointillé grisâtre, répondant à laijlame criblée. — c, anneau clair, répondant à la sclérotique (anneau sclérotical). — d, anneau foncé, répondant & la choroïde (anneau choroïdien). — e, artères. — /", veines. — g , g , lignes de concordance entre les figures A et B.
diminue d’arrière en avant, comme l’indique nettement la figure ci-dessus : ce diamètre, qui mesure 3 ou 5 millimètres à l’extrémité postérieure du canal, n’est plus, à son extrémité antérieure, que de 1 millimètre et demi à 1 millimètre.
Il convient d’ajouter que le canal sclérotical du nerf optique n’est pas librement ouvert. Il se trouve fermé au contraire, à sa partie antérieure tout au moins, par une membrane fibreuse (fig. 359,14), qui est placée de champ et percée d'une série innombrable de petits trous : c’est la lame criblée ou lamina cribrosa, à travers laquelle se tamisent les faisceaux, également innombrables, du nerf optique.
Les coupes longitudinales du nerf optique, pratiquées au niveau de sa portion
ORGANES DES SENS
intra-oculaire (fig. 380^4)’, nous indiquent nettement quelle est la nature de la lamina cribrosa. Cette membrane est formée par les lamelles les plus internes de la sclérotique, auxquelles viennent se joindre, à sa partie tout antérieure, un certain nombre de faisceaux provenant de la choroïde. Quant aux lamelles externes de la sclérotique, elles ne prennent aucune part à la constitution de la lamina cribrosa : comme nous le montre la figure 309, elles se réfléchissent en arrière et se continuent directement avec la gaine durale du nerf optique. Il n’est donc pas exact de dire que le nerf optique, pour gagner la rétine, traverse la sclérotique ; il ne fait que traverser les lamelles les plus internes de cette membrane, lesquelles lamelles internes ne sont autre chose que la lamina cribrosa.
Nous avons déjà vu, à propos du nerf optique (p. 49), que les fibres constitutives de ce nerf abandonnent leur myéline en arrière de la lamina cribrosa, ce qui nous explique : 1° le changement de couleur que nous présente à ce niveau le nerf optique qui, de blanc et opaque qu’il était, devient grisâtre et translucide ; 2° la réduction graduelle que subit son volume dans le canal sclérotical ; 3° la possibilité, pour ses faisceaux (grâce à cette réduction), de traverser en totalité les étroits pertuis de la lame criblée.
D. Ouverture antérieure, canal de Schlemm. — L’ouverture antérieure (fig. 359, a), destinée à recevoir la cornée transparente, est taillée en biseau comme la posté-
Angle de la chambre antérieure chez un sujet de 40 ans (d’après Rochon- Duvigneaud).
1, tendon du muscle ciliaire. — 2, une veine intra-sclérale. — 3, canal de Schlemm. — 4, travées musculaires du muscle ciliaire. — 5, membrane de Descemet — G, sclérotique. — 7, cornée. — 8, système trabéculaire scléro-cornéen. — 9, chambre antérieure, avec 9' son angle. — 10, procès ciiiaires. — 11, iris. — 12, conjonctive.
rieure, mais en sens inverse : aux dépens des couches intérieures de la sclérotique par conséquent. De plus, le biseau n’est pas uniforme : il est plus accentué en haut et en bas qu’en dehors et en dedans. Il résulte de cette disposition irrégulière du biseau que l’ouverture antérieure de la sclérotique présente un aspect différent suivant qu’on la regarde par sa face postérieure ou par sa face antérieure. Vue en
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
arrière (fig. 361), cette ouverture représente une circonférence régulière, dont tous les diamètres sont égaux et mesurent chacun 13 millimètres. Vue en avant (fig. 361), elle revct, au contraire, la forme d’un ovale à grand diamètre dirigé transversalement : ce diamètre transversal est de 12 millimètres, tandis que le diamètre vertical n’est que de 1 1 .
On trouve encore dans quelques traités classiques que la cornée transparente est reçue dans l’ouverture antérieure de la sclérotique comme un verre de montre dans sa rainure métallique :
une pareille comparaison est en contradiction formelle avec les faits anatomiques, la cornée transparente et la sclérotique étant toutes les deux des membranes fibreuses et se réunissant l’une à l’autre par une véritable fusion des tissus. Le verre et la rainure métallique qui le reçoit sont de nature différente et simplement contigus ; la sclérotique et la cornée sont de même nature et continus.
Au niveau de la ligne de soudure scléro-cornéenne et sur la portion toute postérieure de cette ligne, se trouve un petit canal connu sous le nom de canal de Schlemm. Ce canal, vu sur une coupe méridienne de l’œil (fig. 361,3), revêt le plus souvent la forme d’un ovale très allongé, aplati parallèlement à la surface de la sclérotique. Du reste, son contour est extrêmement irrégulier. Des saillies lamelleuses hérissent sa
paroi interne, s’avançant plus ou moins dans la limite du canal et allant parfois d’un côté à l’autre : le canal de Schlemm nous présenterait ainsi une sorte de cloisonnement, que Rochon-Duvigneaud compare à celui des sinus de la dure-mère. D’après ce dernier auteur, le canal se subdiviserait même par places en des canaux multiples (voy. fig. 363), lesquels se reconstitueraient un peu plus loin en un canal unique.
On considère au canal de Schlemm (fig. 362, 4) une paroi externe et une paroi interne. — La paroi externe (ou antérieure) répond au tissu propre de la sclérotique, tissu fibreux et compacte. — La paroi interne (ou postérieure) est en rapport avec un tissu trabéculaire qui est une dépendance du ligament pectiné et que
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 56
Canal de Schlemm et système trabéculaire scléro-cornéen de l'homme (d’après Rochon-Duvigneaud).
Cette figure n’est autre qu’une portion de la figure 361, vue à un grossissement plus fort.
1, tendon du muscle ciliaire. — 2, veinule intra-sclérale. — 3, endothélium du canal de Schlemm, reposant sur une couche continue non réticulée. — 4, cavité du canal de Schlemm. — 5, coupe transversale d’une trabécule.
— 6, noyau appliqué à la surface d’une trabécule. — 7, une irabccule vue suivant sa longueur. — 8. lames de la cornée. — 9, travée du muscle ciliaire.
— 10, faisceaux circulaires de la sclérotique. — 11, chambre antérieure. — 12, angle irido-cornéen.
ORGANES DES SENS
nous décrirons plus loin, à propos de l’angle irido-cornéen. D’après Rochon-Duvigneaud, il existe, entre ce tissu trabéculaire et le canal, une mince couche de tissu compacte riche en fibrilles élastiques et c’est cette lame compacte, plutôt que le tissu trabéculaire précité, qui formerait la paroi interne du canal de Schlemm.
Un peu en avant du canal de Schlemm et communiquant avec lui se trouvent quelques autres petits vaisseaux, que Schwalbe et Waldeyer considèrent comme des veines : leur ensemble constitue le plexus veineux de Leber (fig. 363). Ces veines, issues du canal de Schlemm, cheminent quelque temps dans l’épaisseur même de la sclérotique ( veines intra-sclérales) ; puis, elles s’échappent de cette membrane au niveau de sa surface externe pour devenir épisclérales (veines épisclèrales) et s’aboucher alors dans les veines musculaires.
Le canal de Schlemm a soulevé dans ces derniers temps de nombreuses controverses et l'accord n’est pas encore fait, parmi les anatomistes, sur sa véritable signification morphologique. Un certain nombre de faits, cependant, paraissent définitivement acquis. Schwalbe, tout d’abord, a reconnu dans ce canal un revêtement de cellules endothéliales plates, présentant un dessin cha-
Le canal de Schlemm, vu de face sur un œil humain injecté par l’artère ophthalmique (d’après Leber).
Le canal de Sr.lilennn, représenté à ce niveau par un conduit unique. — 1’, 1’, le même, constitué surces points par des canaux multiples anastomosés et formant plexus. — ?, 2, 2. veines des muscles ciliaires, se jetant dans le canal de S< h|emm et, d’autre part, s'anastomosant avec le réseau veineux épiscléral 3. — 4, réseau veineux du Lord de la cornée, se continuant, en a\ant du canal de Schlemm, avec le résesu épiscléral.
griné particulier. Puis, le canal de Schlemm communique en avant, comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, avec les veines sclérales. Enfin, il communique en arrière, à travers le tissu trabéculaire qui double sa paroi interne, avec la chambre antérieure de l’œil, ce que démontre sa réplétion par une injection colorante poussée dans l’intérieur de cette chambre.
Ces trois ordres de faits établissent nettement que le canal de Schlemm est un vaisseau, mais est-ce un vaisseau veineux ou un canal lymphatique? La question n’est pas résolue. Waldeyer nous déclare que, malgré ses nombreuses recherches, il n’a jamais pu, sur des yeux humains ou des yeux d’animaux, rencontrer de corpuscules sanguins dans la lumière de ce canal. Complètement d’accord sur ce point avec le savant histologiste allemand, Rochon-Duvigneaud nous apprend, à son tour, que, sur des yeux humains énucléés pour des lésions non inflammatoires et éloignées du canal de Schlemm, il a trouvé constamment le canal vide de sang. Il est donc très probable, et ce sont là les conclusions de Schwalbe et de Waldeyer, que le canal de Schlemm appartient réellement au système lymphatique et que le cours de la lymphe s’effectue dans cette région : 1° de la chambre antérieure dans le canal de Schlemm : 2° du canal de Schlemm dans les veines sclérales. Nous reviendrons sur cette question à propos de la chambre antérieure.
Il doit exister vraisemblablement des appareils valvulaires destinées à empêcher le retour de la lymphe et du sang veineux dans le canal de Schlemm. Car, si ce canal se remplit toujours, ainsi que les veines sclérales qui sont en rapport avec lui, par une injection pousssée dans la chambre antérieure, il ne se remplit jamais à la suite d’une injection poussée par les veines. Toutefois, les tentatives faites par Schwalbe et par Waldeyer pour découvrir ces valvules sont jusqu’ici restées infructueuses.
4° Structure. — La sclérotique est essentiellement composée de faisceaux de tissu conjonctif, les uns antéro-postérieurs, les autres transversaux, d’autres
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obliques, qui s’entrecroisent dans tous les sens. Il en résulte un vrai feutrage, tant dans le sens de l'épaisseur que dans le sens de la surface : la sclérotique, quoi qu’on en ait dit, n’est pas décomposable en lamelles horizontales superposées les unes aux autres. Aux faisceaux du tissu conjonctif se mêlent, sur tous les points de la sclérotique, un réseau de fibres élastiques excessivement fines. On les rencontre notamment tout autour du canal de Schlemm, au voisinage de l’insertion sclérale du muscle ciliaire et, tout en arrière, au niveau de l’entrée du nerf optique : la lamina cribrosa, que nous avons vue ci-dessus, est formée en grande partie par des éléments élastiques, qui se disposent perpendiculairement à l’axe du nerf.
En se réunissant entre eux, les faisceaux conjonctifs de la sclérotique ménagent de loin en loin des espaces ou lacunes, qui sont reliés les uns aux autres par un système de canalicules anastomosés. Ces espaces lacunaires renferment de la lymphe et deux ordres de cellules : des cellules fixes et des cellules migratrices, ces dernières peu nombreuses.
On observe encore dans le tissu scléral quelques cellules étoilées fortement pigmentées, entièrement analogues à celles de la choroïde. Mais ces cellules sont extrêmement rares et ne se rencontrent chez l’homme que sur deux points, près de l’entrée du nerf optique et au voisinage de la cornée, dans les couches les plus profondes de la sclérotique.
5° Vaisseaux sanguins. — Les artères propres de la sclérotique proviennent des ciliaires courtes postérieures et des ciliaires antérieures ; elles forment au milieu des faisceaux conjonctifs un réseau capillaire à larges mailles. De ce réseau naissent, les veinules, qui vont se jeter, en partie dans les veines ciliaires antérieures, en partie dans les veines choroïdiennes.
6° Voies lymphatiques. — La sclérotique ne possède pas de vaisseaux lymphatiques proprement dits : la lymphe y circule dans le système lacunaire que nous avons signalé plus haut, système lacunaire qui est en relation à la fois avec l’espace lymphatique supra-choroïdien et avec l’espace lymphatique supra-sclérotical.
7° Nerfs. — Les nerfs de la sclérotique ont été décrits par Helfreich (1870). Us proviennent des nerfs ciliaires et sont formés tout d’abord de fibres à double contour qui, après de nombreuses divisions successives, se réduisent à leur cylindraxe. Le cylindràxe, à son tour, se résout en fibrilles, lesquelles se terminent, après un trajet souvent fort long et après s’être fréquemment entrecroisées, en partie sur les vaisseaux ( nerfs vasculaires ), en partie dans l’intervalle des faisceaux conjonctifs [nerfs sensitifs). Il esta remarquer qu’elles ne se renflent jamais à leur extrémité libre; elles s’effilent, au contraire, de plus en plus, de manière à se terminer en pointe.
B. — Cornée
La cornée est encore une membrane fibreuse, enchâssée dans l’ouverture antérieure de la sclérotique et complétant en avant la tunique externe de l’œil. Elle diffère essentiellement de la sclérotique par sa transparence, qui permet aux rayons lumineux de la traverser : la cornée est à la fois pour le globe oculaire une membrane enveloppante et un milieu réfringent.
1° Forme et dimensions. — La cornée, bien qu’elle soit sphérique comme la sclérotique, fait saillie en avant de cette dernière membrane, ce qui indique nettement que son rayon de courbure est plus petit que celui de la sclérotique.
ORGANES DES SENS
La cornée représente donc un segment de sphère d’un rayon plus petit, qui s’ajoute à un deuxième segment de sphère d’un rayon plus grand, la sclérotique.
Son épaisseur n’est pas entièrement uniforme ; elle atteint, chez l’adulte, 1 millimètre pour la région périphérique, 0mm,8 seulement pour la région centrale.
L’indice de réfraction de la cornée transparente est de 1,33, d’après Chossat, de 1,35, d’après W. Krause.
2° Rapports. — La cornée, comme nous venons de le voir, est un segment de sphère creuse. Nous pouvons donc lui considérer : 1° deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure; 2° une circonférence.
A. Face antérieure. — La face antérieure (fi g. 364, 1), convexe, répond à l’atmosphère quand les paupières sont écartées, à la conjonctive palpébrale quand ces voiles membraneux se sont rapprochés l’un de l’autre et ont pris contact. Elle est légèrement ovalaire à grand diamètre transversal. Comme l’orifice antérieur de la sclérotique qu’elle ferme très exactement (voy. p. 440), elle mesure 12 millimètres dans le sens transversal, 11 millimètres seulement dans le sens vertical. Le rayon de courbure de cette face est de 7 ou 8 millimètres.
Quoique convexe, la cornée n’est pas nettement sphérique, je veux dire qu’elle ne représente pas exactement un segment de sphère régulière. Il résulte, en effet, des recherches de Leroy ( C . R. Académie des sciences, 1888) que sa surface antérieure peut, à l'état normal, être assimilée à un ellipsoïde déformé. La courbure diminue du centre à la périphérie. Kncore cette diminution n’est-elle pas la même pour tous les méridiens : c’est ainsi que, l’aplatissement temporal étant pris pour unité, les aplatissements du méridien vertical en haut et en bas sont égaux sensiblement à 2, tandis que l’aplatissement du côté nasal est égal à 4. La configuration de la cornée est donc essentiellement asymétrique. Leroy incline à penser que les muscles moteurs du globe* oculaire sont les agents principaux de cette asymétrie et que la situation de l’aplatissement maximum sur le côté interne de l'œil est due à l’action du muscle droit interne, dont l’importance fonctionnelle est prépondérante à un si haut degré.
B. Face postérieure. — La face postérieure, concave, limite en avant la chambre antérieure de l’œil et, de ce fait, se trouve continuellement baignée par l’humeur
Fig 364. Fig. 365.
La cornée transparente, vue postérieure. La cornée transparente, vue antérieure.
1, cornée transparente. — 2, sclérotique, surface extérieure. — 3’, la même, surface intérieure revêtue par les débris de la lamina lu-ca. — 3, biseau de l'orifice antérieur de la sclérotique. — 4, muscle droit supérieur. — 5, droit inférieur. — 6, droit externe. — 7, droit interne. — N, côté interne ou nasal. — T, côté externe ou temporal.
aqueuse. Elle est régulièrement circulaire (Tig. 365) et mesure 13 millimètres dans tous ses diamètres. Son rayon de courbure moyen, nous l’avons déjà vu, est
de 7mm,5.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
C. Circonférence. — La circonférence de la cornée (limbe cor néen de quelques auteurs), enchâssée dans l’ouverture antérieure de la sclérotique, présente exactement la même configuration que cette dernière. Elle est taillée en biseau aux dépens de ses lames antérieures. De plus, ce biseau, ainsi que nous l’avons vu pour l’ouverture scléroticale, est plus prononcé en haut et en bas qu’en dehors et en dedans. Il résulte de cette disposition (fig. 364 et 365) : 1° que la sclérotique empiète sur la face antérieure de la cornée sur tout son pourtour; 2° que cet empiétement est plus prononcé aux deux extrémités de l’axe vertical qu’aux deux extrémités de l’axe transversal. On conçoit sans peine que c’est en raison de cet empiétement inégal de la sclérotique sur la cornée que cette dernière membrane revêt une forme circulaire quand on la regarde par sa face postérieure, une forme ovalaire à grand axe transversal quand on la regarde par sa face antérieure.
Nous rappellerons, en passant, que la cornée n’est pas isolable de la sclérotique. Ces deux membranes, en effet, ne sont pas simplement juxtaposées comme le seraient deux organes de nature différente. Mais elles sont intimement unies l’une à l’autre par fusion de tissus : il y a à la fois, entre elles, contiguïté et continuité.
La cornée, avons-nous dit plus haut, est essentiellement transparente. Chez les sujets âgés, cependant, on voit apparaître en dehors de toute influence pathologique, dans la région circonférentielle de la membrane, une ligne étroite, de coloration grisâtre, que l’on désigne sous le nom d'arc sénile ( arcus senilis corneæ, gerontoxon, de yépwv, vieillard, et-rd^ov, arc). Cette ligne grisâtre se montre d’abord à la partie supérieure de la cornée, puis à sa partie inférieure, sous forme de deux arcs se regardant par leur concavité. Ces deux arcs, s’étendant graduellement, arrivent réciproquement au contact sur les côtés interne et externe de la cornée et constituent alors un anneau complet. Du côté externe, l’arcus senilis a une limite nettement tranchée : il est séparé du limbe conjonctival par une bande de tissu cornéen parfaitement transparent. Du côté interne, au contraire, c’est-à-dire du côté qui regarde le centre de la cornée, la zone trouble se perd peu à peu dans la cornée transparente.
3° Structure. — Envisagée au point de vue de sa constitution anatomique, la cornée transparente se compose de cinq couches, qui sont, en procédant d’avant en arrière (fig. 366) : 1° la couche épithéliale antérieure ; 2° la lame élastique antérieure ; 3° le tissu propre de la cornée ; 4° la lame élastique postérieure ; 5° la couche épithéliale postérieure.
A. Couche épithéliale antérieure. — La couche épithéliale antérieure (fig. 366, 1) se continue sur son pourtour avec la couche épithéliale de la conjonctive et est formée, comme cette dernière, par de l’épithélium pavimenteux, qui présente les pluïs grandes analogies avec l’épiderme de la peau. Il comprend sept à huit rangées de cellules, lesquelles diffèrent d’aspect suivant le niveau où on les considère.
a) Les cellules superficielles sont aplaties, lamelleuses et possèdent à leur centre un noyau, aplati comme elles et dans le même sens.
P) Les cellules moyennes sont sphéroïdales, ou plutôt polyédriques par pression réciproque. Leur noyau est arrondi. Leur contour, irrégulièrement dentelé, est hérissé de nombreux prolongements en forme de piquants ou de crêtes fortement aiguës.
y) Les cellules profondes sont cylindriques, à grand axe perpendiculaire à la surface de la cornée. Elles s’élargissent fréquemment à leur extrémité profonde et
reposent alors sur la lame élastique antérieure par une espèce de pied ou de plaque
plus ou moins étendue : de là, 1 le nom de cellules -pédales (fi g. 367, 1, 2 et 3) sous lequel les a désignées Rollet.
B. Lame élastique antérieure. — La lame élastique antérieure ( Membrane basale anterieure de Ranvier) , que l’on appelle encore couche limitante antérieure , membrane de Bowman, se présente, sur les coupes (fig.366, 2) sous la forme d’une mince bande hyaline, mesurant de 8 à 12 [x d’épaisseur. Elle est complètement amorphe et constituée par une substance qui, quoique très élastique, se distingue cependant du tissu élastique vrai des formations conjonctives. Elle n’en a pas en effet toutes les réactions : elle ne résiste pas à l’action de la potasse et ne se colore pas en jaune par le picro-carmin. La lame élastique antérieure se continue, à la circonférence de la cornée, avec la membrane basale de la conjonctive : elle
Fig. 366.
Coupe verticale de la cornée, pour montrer ses différentes couches.
1, couche épitheliale antérieure. - — 2, lame élastique antérieure. — 3, tissu propre de la cornée. — 4, lame élastique postérieure. — 5, couche épithéliale postérieure.
a, du reste, la même signification anatomique que cette dernière.
C. Tissu propre de la cornée. — Le tissu propre de la cornée est bien certainement la couche la plus intéressante de cette membrane. C’est malheureusement aussi celle qui a suscité le plus de controverses et sur laquelle les anatomistes sont le moins
Fig. 367.
Cellules de l’épithélium antérieur de la cornée, vues isolément.
1,2. 3, trois cellules-pédales provenant des couches profondes. — 4, une cellule des couches moyennes, avec des prolongements digités. — 5, une cellule dentelée. — 6, une cellule plate de la couche super ticielle.
d’accord. Nous lui décrirons les trois éléments suivants : 1° des fibres, les fibres de la cornée ; 2° un système lacunaire ; 3° des cellules, les cellules de la cornée.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
a. Fibres de la cornée. — La cornée est une membrane fibreuse au même titre que la sclérotique, avec laquelle elle présente les plus grandes analogies. Elle a pour éléments fondamentaux des fibrilles du tissu conjonctif, remarquables par leur excessive ténuité. Ces fibrilles s’ajoutent les unes aux autres pour constituer des faisceaux dont le volume varie, on le conçoit, avec le nombre de fibrilles constituantes. Les faisceaux, à leur tour, se réunissent entre eux pour donner naissance h des lamelles ( lamelles cornéennes), qui sont aplaties d’avant en arrière, dans le même sens par conséquent que la cornée elle-même.
Ces différents éléments morphologiques, fibres , faisceaux et lamelles, sont unis ensemble par un ciment interstitiel, complètement amorphe, qui prend les noms de ciment inter fibrülaire entre les fibrilles, de ciment inter fasciculaire entre les faisceaux, de ciment interlomellaire entre les lamelles. On rencontre encore dans le tissu cornéen quelques fibres élastiques fines, mais seulement (Henle, Waloeyer) dans le voisinage de la sclérotique.
Considérés dans leurs rapports réciproques, les faisceaux conjonctifs de la cornée suivent, comme ceux de la sclérotique, une triple direction : les uns sont méridiens ; les autres, équatoriaux; d’autres, enfin, plus ou moins obliques. Ces différents faisceaux s’entrecroisent et s’enchevêtrent dans tous les sens, non seulement dans le même plan, mais aussi dans les plans sus- ou sous-jacents; on voit même un certain nombre de fibres, dites fibres suturâtes (fig. 368, 7’), qui, se dirigeant d’avant en arrière, de la membrane de Bowmann à la lame de Descemet par conséquent, traversent un nombre variable de lamelles cornéennes, en établissant entre elles de nouvelles relations verticales. Toutefois, ces relations ^verticales entre une couche quelconque de la cornée et les couches sus- ou sous-jacentes sont relativement peu intimes. On peut, en effet, par une dissociation qui ne présente pas grande difficulté, décomposer la cornée en une série de couches successives (ce sont les lamelles cornéennes), qui se superposent
régulièrement d’avant en arrière. Il est à remarquer que, pour une lamelle quelconque, les fibres qui la constituent sont orientées d’une façon telle qu’elles sont à peu près perpendiculaires à celles des lamelles sus- ou sous-jacentes.
b. Système lacunaire de la cornée. — Les lamelles cornéennes ne sont pas contiguës avec les lamelles voisines par tous les points de leur surface. En se superposant, elles ménagent, entre elles des espaces, qui sont aplaties comme elles et dans le même sens : ce sont les espaces ou lacunes de la cornée. De ces lacunes partent en rayonnant des prolongements canaliculés, canaux ou canalicules de la cornée, qui s’anastomosent avec les prolongements similaires des lacunes voisines (fig. 369). Les lacunes et les canaux de la cornée ne paraissent pas avoir de parois propres ; tout au moins n’a-t-on pas encore démontré leur existence. Il est vraisemblable qu’ils n’ont d’autres limites que celles que leur forment les éléments conjonctifs et le ciment qui les unit.
Fig. 368.
Coupe méridienne à travers la cornée du veau (d’après von Brunn).
1, cellules épithéliales plates. — 2, cellules dentelées. — 3, cellules polymorphes. — 4, cellules cylindriques. — 5, lame élastique antérieure. — ô, couche la plus antérieure du tissu cornéen proprement dit. — 7, couches profondes, avec 7’, fibres descendantes ou suturales.
ORGANES DES SENS
Cornée humaine, examinée [dans l'humeur aqueuse une heure après la mort (d’après Waldeyer).
1, 2, 3, 4, quatre des plus grandes lacunes anastomosées : deux d’entre elles (2 et 3) contiennent des cellules cornéennes qui ne remplissent pas entièrement la lacune.
c. Cellules de la cornée : cellules fixes et cellules migratrices. — Le système ^ lacunaire de la cornée sert de réservoir à la
lymphe. Il renferme, en outre, deux espèces de cellules, les unes fixes , les autres mobiles : a) Les cellules fixes, cellules cornéennes proprement dites1, occupent les lacunes cornéennes ci-dessus indiquées, sans toutefois les remplir entièrement : le reste de la cavité est occupé par la lymphe. Elles sont aplaties comme les espaces qui les renferment et, de ce fait, se présentent sous un aspect différent suivant qu’elles sont vues de face ou de côté. Vues de côté, sur des coupes perpendiculaires aux faces de la cornée (fig. 366), elles sont fusiformes et dirigées transversalement. Vues de face, sur des coupes tangentielles aux faces cornéennes (fig. 370), elles ont la forme de cellules étoilées, dont les prolongements, plus ou moins nombreux et plus ou moins ramifiés, s’engagent dans les canalicules de la cornée et s’anastomosent avec les prolongements de même nature des cellules voisines. L’ensemble de ces anastomoses forme un élégant réseau dont la figure 370 donne une idée très nette. Les cellules fixes de la cornée sont constituées par une masse protoplasmique finement granuleuse, possédant à son centre un noyau arrondi, à un ou deux nucléoles. Au point de vue de leur nature, elles ne sont autre chose que des cellules du tissu conjonctif.
P) Les cellules mobiles migratrices de la cornée sont de vraies cellules de la lymphe ou leucocytes. Elles se distinguent des cellules fixes par leur volume moins considérable, par leur forme constam-
ment variable, par leur éclat Fig. 370. 1 r
n , , . , brillant et avant tout par leurs
Cellules fixes de la cornee d une grenouille, traitées par ^
le chlorure d’or, vues de face (d’après Rollet). propriétés locomotrices (Wal-
1 , une cellule coruéenne. — 2, son noyau. — 3, ses prolongements. DEYER). Elles SOnt douées , en
1 Deux méthodes principales sont employées par les histologistes pour rendre apparenles les cellules fixes de la cornée : le chlorure d’or et le nitrate d'argent. Le chlorure d’or colore directement la cellule. Le nitrate d’argent se dépose sur les lames cornéennes qui entourent la cellule ; la cellule elle-même est complètement respectée et apparaît alors en blanc dans l’espace ménagé par le dépôt du métal.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
effet de vrais mouvements amiboïdes, en vertu desquels elles voyagent de lacune en lacune dans toute l’étendue de la cornée. On les voit même, abandonnant le système lacunaire, pénétrer jusque dans l’épaisseur des lamelles cornéennes en écartant les fibres qui les constituent.
Quoique stables dans leur position, les cellules fixes de la cornée peuvent se modifier dans leur forme et leurs contours à la suite de phénomènes dits de contractilité. Cette contractilité des cellules fixes de la cornée, tour à tour admise et rejetée par les histologistes, semble avoir pour elle aujourd’hui un bon nombre de faits décisifs. Waldeyer l’admet pleinement et il n’est même pas très éloigné de conclure à une similitude complète entre les cellules migratrices et les cellules fixes, celles-ci n’étant primitivement que des cellules mobiles qui se sont fixées à la longue à l’état de cellules stables. Quelques observations de Recklinghausen, de Stricker, de Norris et de Rollet paraissent même établir la possibilité, pour ces cellules ainsi fixées, de reconquérir dans certaines conditions, sous l’influence d’un processus inflammatoire par exemple, leurs propriétés perdues : on les verrait alors présenter de nouveau des mouvements amiboïdes et, grâce à eux, reprendre leurs migrations à travers le système canaliculaire de la cornée.
D. Lame élastique postérieure. — La lame élastique postérieure, plus connue sous le nom de membrane de Descemet ou de membrane de Demours (membrane basale postérieure de Ranvier), nous apparaît sur des coupes verticales (fig. 366,4) sous la forme d’une mince bande hyaline, placée en arrière du tissu propre de la cornée. Elle mesure de 10 à 12 a d’épaisseur .
Elle est fortement élastique : on la voit, en effet , s’enrouler sur elle-même quand on l’a isolée des couches voisines, soit en totalité, soit seulement par fragments. La membrane de Descemet présente sur sa face postérieure, chez l’adulte, mais surtout chez le vieillard, des saillies verruqueuses isolées ou disposées par groupes : Leber considère ces excroissances comme une production des cellules épithéliales qui revêtent cette membrane.
Au voisinage de la circonférence de la cornée, la membrane de Descemet, d’anhiste qu’elle était, devient manifestement fibrillaire. Elle vient se placer alors sur le côté interne du canal de Schlemm et s’épaissit à ce niveau, pour constituer tout autour de la circonférence cornéenne un anneau élastique, Vanneau tendineux de Dôllinger (fig. 371). Puis, ses fibrilles constitutives, divergeant en éventail, se disposent en trois plans, antérieur, moyen et postérieur. — Les fibrilles antérieures (3), auxquelles viennent se joindre de nombreuses granulations irrégulières, pénètrent dans la sclérotique et se confondent peu à peu avec les fibres
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
Fig. 371.
Goqpe méridienne de l’angle irido-cornéen pour montrer le ligament pectiné de Hueck (schématique).
1, lame élastique postérieure de la cornée. — 2, anneau tendineux de Dollingeu, avec les trois plans de fibres qui en partent : 3, fibres sclérales, chargées de granulations : 4, fibres moyennes ou ciliaires : 5, fibres postérieures, formant le ligament pectiné de Hueck. — 6, espaces de Fontana. — 7, canal de Schlemm. — 8, fibres radiées du muscle ciliaire. — 9, fibi’es annulaires de ce muscle. — 10, procès ciliaires. — 11, iris. — 12, cornée. — 13, angle irido-cornéen ou angle de la chambre antérieure. — 14, sclérotique. — 15, une veine sclérale.
ORGANES DES SENS
élastiques que nous avons déjà signalées dans cette membrane. Elles passent en arrière du canal de Schlemm et doublent ainsi la paroi postérieure de ce canal. — Les fibrilles moyennes (4) se terminent, en rayonnant, sur les faisceaux du muscle ciliaire. Les fibrilles postérieures (5), enfin, se réfléchissent d’avant en arrière et viennent se perdre sur la face antérieure de l’iris. C’est à l’ensemble de ces dernières fibres élastiques réfléchies, qui se portent de l’anneau de Dôllinger sur l’iris en contournant l’angle irido-cornéen, qu’on donne, depuis IIueck, le nom de ligament pectiné.
Examiné sur les coupes méridiennes de l’œil, le ligament pectiné de Hueck
s’élargit progressivement au fur et à mesure qu’il s’éloigne de la cornée, de telle sorte qu’il représente dans son ensemble, comme nous le montre la figure 371 , une sorte de triangle curviligne, dont le sommet est dirigé en avant, la base en arrière. — Son sommet se confond tout naturellement avec l’anneau de Dôllinger, dont il émane. — Sa base répond à la circonférence de l’iris ou, si l’on veut, à la ligne de réunion de cette circonférence avec la zone ciliaire. — Sa face externe, convexe, répond tout d’abord aux fibres radiées du muscle ciliaire, et, plus loin, aux faisceaux annulaires de ce muscle. — Sa face interne, concave, forme l'angle irido-cornéen, ou angle de la chambre antérieure. Sur cette face, le ligament pectiné se trouve tapissé par une couche de cellules épithéliales qui se continuent, d’une part (en avant) avec les cellules postérieures de la cornée, d’autre part (en arrière) avec les cellules antérieures de l’iris.
Envisagé au point de vue de sa structure, le ligament pectiné de IIueck se compose essentiellement de faisceaux fibrillaires, s’anastomosant entre eux suivant les modalités les plus diverses et formant ainsi un vaste réseau (fig. 372), à mailles très irrégulières dans leur forme et dans leurs dimensions. Entre les travées constitutives de ce réseau se trouvent des espaces, eux aussi fort irréguliers, auxquels on donne le nom d 'espaces de Fontana. Ces espaces, du reste, sont tapissés par une couche endothéliale, continuation de celle qui revêt en arrière la membrane de Descemet.
Les espaces de Fontana s’ouvrent, en avant, dans le canal de Schlemm. En arrière, ils communiquent largement, d’une part avec les espaces lymphatiques de l’iris, d’autre part avec la chambre antérieure. Leur signification devient ainsi on ne peut plus nette : ce sont des espaces lymphatiques et, comme ils sont toujours
Fig. 372.
Un fragment du système trabéculaire de l’angle iridocornéen (d’après Rochon-Duvigneaud).
«, une trabécule du premier plan, celui tourné vers l'humeur aqueuse. — b, une trabécule du deuxième plan. — c, une trabécule du troisième plan. — d, noyaux des cellules endothéliales appliquées à la surface des trabécules. — /", côte du tendon ciliaire. — i, côté de la membrane de Descemet.
QE IL OU GLOBE OCULAIRE
pleins, le ligament pectiné, dans son ensemble, peut être considéré comme une sorte d’éponge, disposée en anneau tout autour de la chambre antérieure et constamment imbibée de lymphe, ou, si l’on veut, d’humeur aqueuse.
Le système trabéculaire qui constitue le ligament pectiné est très développé chez les quadrupèdes, notamment chez le bœuf, le chat, le porc, le lapin, etc. Dans l’espèce humaine, on le rencontre encore à un état de développement relativement considérable chez l’embryon et le fœtus ; mais, plus tard, il s’atrophie graduellement (Rochon-Duvigneaud) et on ne le trouve plus, chez l’adulte, qu’à l’état rudimentaire. Très développé (quadrupèdes) ou peu développé (homme), un réseau de fines trabécules se dispose toujours en arrière du canal de Schlemm et, si l’on veut bien se rappeler que dans cette région la lymphe circule d’arrière en avant, de l’iris et de la chambre antérieure vers le canal de Schlemm, on sera naturellement porté à voir dans le réseau en question comme un grillage à plusieurs plans, paraissant avoir pour résultat, sinon pour fonction, de faire subir au liquide qui circule une sorte de filtration.
E. Couche épithéliale postérieure. — La couche épithéliale postérieure est formée par une seule rangée de cellules aplaties et parfaitement transparentes, dont les contours polyédriques dessinent dans leur ensemble une belle mosaïque.
Ces cellules, larges de 20 à 25 [/., épaisses de 4 à 6 (x, possèdent à leur centre un noyau arrondi ou ovalaire de 6 à 10 (j. de diamètre, autour duquel se disposent quelques granulations excessivement ténues. Sous l’influence d’une faible solution d’argent, on voit apparaître entre elles des lignes séparatives nettement accusées et çà et là de petits espaces clairs, qui ne sont vraisemblablement que des stomates établissant des communications entre la chambre antérieure et les espaces lymphatiques de la cornée.
A la circonférence de la cornée, les cellules de la couche épithéliale postérieure se continuent, sans ligne de démarcation aucune, avec l’épithélium qui revêt la face antérieure de l’iris. D’après Klebs, elles seraient contractiles et présenteraient, chez la grenouille tout au moins, des mouvements d’expansion et de retrait rappelant exactement ceux des cellules amiboïdes.
4° Vaisseaux sanguins. — Les vaisseaux sanguins font complètement défaut dans la cornée de l’adulte. Muller et Henle ont bien signalé, chez le fœtus, un réseau vasculaire situé dans la conjonctive cornéenne et s’arrêtant à quelque distance du centre de cette membrane. Mais ces vaisseaux s’atrophient et disparaissent vers la fin de la vie fœtale.
On n’observe plus, chez le nouveau-né et chez l’adulte, que quelques capillaires très fins, formant, sur le bord de la cornée, entre la couche élastique antérieure et le tissu cornéen, une zone de 1 à 2 millimètres de largeur et disposés en anses. Les artérioles qui forment ces anses proviennent des artères ciliaires antérieures.
Fig. 373.
Cellules épithéliales de la membrane de Descemet (d’après Waldeyer).
A, chez l’homme, cornée fraîche examinée dans l’humeur aqueuse. B, chez la grenouille, préparation à l’argent.
Les veinules qui leur font suite et qui, naturellement, cheminent en sens inverse, aboutissent aux veines ciliaires antérieures.
Indépendamment de ce réseau péri-cornéen, Kôllïker décrit, dans le tissu propre de la cornée, quelques capillaires qui proviennent de la sclérotique et descen-
Fig. 374.
Les anses vasculaires (lu bord de la cornée (d’après Græfe et Sæmisch).
A, artères. — V, veines.
a, v, capillaire artériel et capillaire veineux de l’anse vasculaire. — ac, vc, artères ciliaires et veines ciliaires antérieures.
draient jusque dans la cornée elle-même en suivant le trajet des branches nerveuses; l’existence de ces capillaires est formellement rejetée par Leber.
5° Voies lymphatiques. — La cornée est également dépourvue de véritables vaisseaux lymphatiques, c’est-à-dire de canaux présentant un revêtement endothélial continu. La lymphe y circule dans le système de lacunes et'de canalicules que nous avons décrits ci-dessus. Une injection poussée dans ce système lacunaire s’étend jusque dans les couches superficielles de l’épithélium antérieur (Gutmann), en suivant très probablement le même trajet que les nerfs. Nous devons ajouter que les voies lymphatiques de la cornée communiquent en arrière avec la chambre antérieure et, d’autre part, viennent s’ouvrir, en avant, dans le réseau lymphatique de la conjonctive.
6° Nerfs. — Les nerfs de la cornée sont fort nombreux. Découverts en 1832 par Schlemm, ils ont pu être suivis par Hoyer, en 1863, et par Conheim, en 1866, jusque dans la couche épithéliale antérieure. Kolliker, Rollet, Lighbody, Ranvier nous ont donné de ces nerfs une excellente description. Vingt ou vingt-cinq troncs, provenant des nerfs ciliaires et constitués encore par des fibres à myéline, sortent de la sclérotique au niveau de la ligne de soudure scléro-cornéenne et pénètrent immédiatement dans la cornée par sa circonférence. Arrivés à 2 ou 4 millimètres au delà du bord cornéen, les fibres nerveuses se dépouillent de leur myéline et.
ŒIL OU GLOBE OCULAIRE
Fig. 375.
Coupe transversale de la cornée, pour montrer les trois plexus nerveux ( demi-schématique ).
1, deux rameaux afférents. — 2, réseau sous-basal. — 3, réseau sous-épithélial. — 4, réseau intra-épithélial, —5, boulons terminaux. — a, tissu cornéen. — b , lame élastique antérieure. — c, couche épithéliale antérieure.
réduites alors à l’état de cylindraxes, se partagent en deux groupes, l’un antérieur, l’autre postérieur :
a. Nerfs cornéens antérieurs. —
Les nerfs cornéens antérieurs (fig.
375) se dirigent vers la lame élastique antérieure et forment au-dessous de cette lame un riche réseau plexiforme, appelé plexus sous-basal. De ce plexus partent des fibres droites, qui traversent la lame élastique pour former au-devant d’elle un deuxième plexus, le plexus sousépithélial. Ce plexus fournit à son tour de nouvelles fibres droites, qui pénètrent dans la couche épithéliale et s’y anastomosent de nouveau en donnant naissance à un troisième plexus, le plexus intra-épithélial (fig. 376). De ce plexus, enfin, s’échappent une multitude de filaments extrêmement grêles, qui vont
se terminer entre les cellules épithéliales par une extrémité libre pourvue d’un léger renflement en forme de bouton.
Les boutons terminaux s’avancent très loin du côté de la surface libre de la cornée ; mais, quelque voisins qu’ils soient de cette surface libre, ils sont toujours recouverts au moins par une ou deux cellules lamelleuses de l’épithélium. Dans aucun cas, ils ne dépassent cet épithélium pour flotter librement dans le liquide des larmes, comme l’avait prétendu Conheim.
b. Nerfs cornéens postérieurs. —
Les nerfs cornéens postérieurs se portent en arrière vers la membrane de Descemet et se perdent, en partie dans cette membrane, en partie dans le tissu cornéen. Ces nerfs sont remarquables en ce qu’ils poursuivent un trajet rectiligne sur une étendue souvent fort longue et, d’autre part, qu’ils se coudent fréquemment à angle droit quand ils changent de direction.
Fig. 376.
Le plexus intra-épithélial, vu de face (cornée de lapin traitée par le chlorure d’or).
A consulter, parmi les travaux récents sur la cornée et la sclérotique : Ranvier, Leçons sur la cornée, Paris, 1878-1879 ; — Renaut. Sur les confluents linéaires du tissu conjonctif dans la cornée, G'. R. Acad, des Sc., 1880 ; — Eloui, Histologie de la cornée, Th. de Lyon, 1881 ; — Virchow, Ueber d. verschieden Formen d. Ligam. pectinatum iridis, Arch. f. Anat. u. Phys.. 1885 ; — Prenant, Membrane épithéliale de Descemet, Journ. de l’Anatomie, 1886 ; — Straub, Die Lymphbahnen der Hornhaut . Arch. f. Anat. u. Phys., 18.87 ; — du même, Notiz über das Ligam. pectinatum u. die Endigung der Membrana Descemeli, Græfe’s Arch., XXXI11, 1888 ; — Bourgeois et Tscherning,
ORGANES DES SENS
Rech. sur les relations qui existent entre la courbure de la cornée, la circonférence de la tête et de la taille, Ann. d’oculistique, 1887 : — Gutmann, Ueber die Lymphbahnen der Cornea, Arch. f. mikf. Anat., t. XXXI T, 1888 ; — Schneller. Ueber Formenverànderung des Auges durch Muskeldruck, Arch. f. Ophtalmol., 1889 ; — Meyer, De la forme . de U hémisphère antérieur de l’œil, déterminée par la mensuration des courbures de la cornée et de la sclérotique , Rev. gén. d’Ophth., année VIII, 1889 : — Dogiel, Die Nerven der Cornea des Menschen, Anat. Anzeiger, 1890, p. 483 ; — Br and, The nerve terminations in the Cornea, Arch. of Ophtalmol., New-York, vol. XVIII, 1890 ; — Dogiel, Die Nerven der Cornea des Menschen, Anat. Anzeiger, 1890 ; — Sulzer. La forme de la cornée humaine et son influence sur la vision, Arch. d’Ophtàlm., 1890 ; — Heitzmann, The minute structure of the Cornea, The Microscope, 1890 ; — Rochon-Duvigneaud, Recherches sur l'angle de la chambre antérieure et le canal de Schlemrn, Th. Paris, 1892 ; — Gruber, Ueber Hornhautcirculation, Ver h. der Ges. deutsch. Naturforscher, 66 Vers, in Wien, 1894 ; — Leber, Der t cire ulus venosus Schlemmi steht nie ht in offener V erbindung , mit der vorderen Augenkammer, Græfe’s Arch., 1 893 ; — Gutmann, Ueber die Natur der Schlemrn' schen Canal u. seine Reziehungen zur vorderen Augenkammer, Græfe’s Arch., t. XLI, 1895 : — Bach, Die Nerven der Augenlider u. der Sciera, Græfe’s Arch., 1895 ; — Sattler, Ueber elle elastichen Fasern der Sciera, Arch. Anat. u. Physiol., 1897 ; — Capellini, Sui nervi clella cornea, Arch. p. le Sc. med., 1897 : — Grawitz, Uber die Wanderzellenbildung, in der llornhaut, Arch. pathol. Anat., 1899 ; — Ballowitz, Zur Kenntniss der Menschen u. der Wirbelthiere , Arch. Ophthalm., 1899 ; — Bayardi, Ricerche sulT inftuenza esercitata clagli annessi dell’ occhio sulla forma clella cornea um.ana, Giorn. R. Acad, di Med. di Torino, 1900 ; — Smirnoff, La cornée de l'œil et les terminaisons nerveuses qui y aboutissent, Anat. Anz., Bd. XVIII, 1900, et Mon. russe Neurol., 1901 ; — Asayama , Zur Anat. clés Ligamentum pectinatum, Arch. Ophthalm., 1901; — Axenfeld et Naito, Ueber intrasklerale Nervenschleifen, Ber. 30 vers. Ophthalm., 1901 ; — de Lif.to-Vollaro, Disposition du tissu élastique dans le système trabéculaire scléro-cornéen, Arch. Ophthalm., 1902 ; — Agagabow, Des nerfs de la sclérotique, Journ. Med. Kasan, 1901 et Arch. f. mikr. Anat., 1904 ; — Braun, Reitr. zur Entmck. der Cornea cl. Wirbelthiere, Erlangen, 1903 ; — Steiner, Pigmentflecke der Hornhaut, Centr. prakt. Augenheilk., 1905 ; — Fritz, Ueb. d. Membrana Descemetii u. clas so g en. pectinatum iridis bei d. Sauge thier en u. beim Menschen, Stz. Kgl. Akad. Wiss. Wien, 1906; — Goldberg, Pigment kôrperchen an cl. Hornhauthinlerflàche, Arch. Augenh., 1907 ; — Monesi, Sul tessuto elastico délia Cornea, Ann. Oftalmol., 1908 ; — Pes, Sulla fina Anatomia clella Sclerotica, Ann. Oftalmol., 1908 ; — Retterer, Struct. de la cornée, G. R. Soc. Biol., 1908 ; — Zawarzin, Reobacht. a. d. Epithel cler Descemetschen Membran, Arch. f. mikr. Anat., 1909; — Orlando, Rie. embriol. ecl istol. sulla fina anatomia clella sclerotica, Biologica, vol. Il, 19u9.
§ 11. — Tunique vasculaire de l’oeil
(tractus uvéal)
La tunique moyenne de l’œil, encore appelée uvée, tractus uvéal, membrane irido-choroïdienne, est une membrane de couleur sombre, située entre la tunique fibreuse ci-dessus décrite et la tunique nerveuse que nous décrirons dans le paragraphe suivant. Elle a pour caractère essentiel d’être très yasculaire, ce qui lui a valu de la part de quelques auteurs le nom de membrane nourricière de l’œil. Mais le tractus uvéal n’a pas seulement pour fonction d’apporter aux différentes formations de l’œil les éléments nécessaires à leur nutrition. Grâce à ses nombreux vaisseaux et à la circulation toujours très active dont ils sont le siège, cette membrane tient, tout d’abord, sous sa dépendance, la pression des liquides intraoculaires. Elle constitue, en outre, pour la rétine, une véritable chambre chaude, entretenant autour des cônes et des bâtonnets une température constante, éminemment favorable à leur fonctionnement.
En la suivant d’arrière en avant, on voit la tunique vasculaire de l’œil s’appliquer directement contre la sclérotique, jusqu’à 1 millimètre ou 1 demi-millimètre du bord de la cornée. Là, au lieu de s’appliquer de la même façon contre la cornée, elle se réfléchit en arrière de cette membrane, pour se diriger verticalement vers l’axe antéro-postérieur de l’œil : elle forme ainsi avec la face postérieure de la cornée un angle circulaire, auquel nous donnerons le nom d ’ angle irido-cornéen. C’est \’ angle de la chambre antérieure de quelques auteurs.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
Cette disposition de la tunique vasculaire de l’œil, bien différente, comme on le voit, en avant et en arrière, nous permet déjà de diviser cette membrane en deux portions : une portion postérieure, la choroïde, qui est en rapport avec la sclérotique et lui adhère ; une portion antérieure, Y iris, qui répond à la cornée, tout en étant séparée d’elle par un espace considérable qui constitue la chambre antérieure de ’œil.
La c:, ,roïde elle-même comprend deux parties : une partie postérieure, mince et uniforme, qui s’étend depuis le nerf optique jusqu’à quelques millimètres en avant de l’équateur de l’œil, c’est la choroïde proprement dite ; une partie antérieure, beaucoup plus épaisse, que nous appellerons la zone ciliaire. Une ligne festonnée, à laquelle on donne le nom à’ora serrata, sépare nettement ces deux parties.
Nous décrirons donc successivement, dans la tunique vasculaire de l’œil :
1° La choroïde proprement dite ;
°2° La zone ciliaire ;
3° L’iris.
Nous terminerons cette étude de la membrane irido-choroïdienne par la description de ses vaisseaux et de ses nerfs.
A. — Choroïde proprement dite
La choroïde proprement dite, ou simplement choroïde, est le segment postérieur de la tunique vasculaire de l’œil. Elle doit ce nom de choroïde (de /opiov, chorion, et sTSoç, forme) à ce qu’a elle représente une grande mixtion de plusieurs vaisseaux entrelacez l’ung à l’aultre, ainsy que l’on voit à l’arrière-faiz de l’enfant que l’on appelle chorio » (Ch. Estienne).
1° Formes et dimensions. — La choroïde, comme la sclérotique, qu’elle tapisse intérieurement, représente un segment de sphère creuse.
Son épaisseur, égale àOmm,4 ou 0mm,5 à la partie postérieure, descend à la parti antérieure jusqu’à 0mm,3 et même 0mm,2. La choroïde s’amincit donc graduellemen en allant d’arrière en avant.
Elle présente dans son ensemble, nous verrons pourquoi en étudiant sa structure, une teinte sombre tirant sur le brun ou sur le noir.
Sa consistance est faible : elle rappelle celle de la pie-mère cérébrale, dont la tunique vasculaire de l’œil peut, génétiquement, être considérée comme une dépendance, comme un prolongement.
2° Rapports. — Nous considérerons à la choroïde, comme à la sclérotique : 1 0 deux surfaces, l’une extérieure, l’autre intérieure ; 2° deux ouvertures, l’une postérieure, l’autre antérieure.
A. Surface extérieure. — La surface extérieure, convexe, répond dans toute son étendue à la surface intérieure de la sclérotique, à laquelle elle est unie par les vaisseaux et les nerfs ciliaires, ainsi que par une nappe de tissu conjonctif lâche, appelée lamina fusca.
B. Surface intérieure. — La surface intérieure, concave, est en rapport avec la rétine, sur laquelle elle se moule, sans toutefois lui adhérer : il est, en effet, relativement facile de séparer l’une de l’autre les deux membranes. Chez certains animaux, cette face présente à sa partie postéro-externe une tache brillante, à reflets irisés, qui fait office de miroir, c’est le tapis. Il est d’un vert doré chez le
ORGANES DES SENS
mouton et chez le bœuf, d’un bleu argenté chez le cheval, d’un blanc pur bordé de bleu chez le chien, d’un jaune doré pâle chez le chat. Le tapis fait défaut chez l’homme.
C. Ouverture postérieure. — L’ouverture postérieure, destinée à livrer passage au nerf optique, fait suite à l’ouverture postérieure de la sclérotique. La choroïde est véritablement interrompue à ce niveau et forme au nerf optique un véritable canal. Il convient d’ajouter, cependant, qu’un certain nombre de ses éléments contribuent à former le plan antérieur de la lamina cribrosa (voy. p. 438).
D. Ouverture antérieure. — L’ouverture antérieure que l’on désigne encore sous le nom de bord antérieur de la choroïde, est située un peu en avant de l’équateur de l’œil. Elle est indiquée par une ligne circulaire et régulièrement festonnée (fig. 384,4), à laquelle nous avons déjà donné le nom d 'ora serrata (voy. Rétine , p. 463). Là, la choroïde proprement dite se continue avec la zone ciliaire.
3° Structure. — Considérée au point de vue de sa structure, la choroïde se compose de quatre couches concentriques qui sont, en allant de dehors en dedans : 1° la lamina fusca ; 2° la couche des gros vaisseaux ; 3° la couche des capillaires 4° la lame vitrée. La couche des cellules pigmentaires, qui est située au-dessous de
la lame vitrée, et que bon nombre d’auteurs classiques décrivent aujourd’hui encore comme une cinquième couche de la choroïde, appartient manifestement à la rétine et sera décrite avec cette dernière membrane.
A. Lamina fusca. — On désigne sous ce nom la nappe de tissu conjonctif qui se trouve située entre la sclérotique et la choroïde (fig. 377,2) :
c’est la membrane supra choroïdienne de certains auteurs.
Elle est constituée par un système de travées ou de lamelles conjonctives, s’entrecroisant dans tous les sens et interceptant entre elles des espaces libres, que nous devons considérer, avec Schwalbe, comme de vrais espaces lymphatiques. Du reste, une couche endothéliale, plus ou moins continue, tapisse les parois de ces différents espaces. D’autre part, les cloisons qui les séparent étant toujours incomplètes, les espaces lymphatiques de la lamina fusca communiquent tous entre eux. Ils constituent dans leur ensemble X espace supra-choroïdien de Schwalbe.
On rencontre encore, sur les lamelles conjonctives de la lamina fusca, de nombreuses cellules étoilées remplies de granulations pigmentaires.
Fig 377.
Coupe transversale de la sclérotique et de la choroïde ( clemi-sehématique ) .
1, sclérotique. — 2, lamina fusca et espace lymphatique supra-choroïdien. — 3, tissu propre de la choroïde, avec 3’, ses vaisseaux. — 4, couche chorio-capillaire. — 5, lame vitrée. — 6, espace lymphatique supra-sclérotical ou espace de Tpnon, avec : 7, sa couche endothéliale interne : 8, sa couche endothéliale externe. — 9, canal lymphatique faisant communiquer les deux espaces suprachoroïdien et supra-sclérotical. — 10, tissu conjonctif de la membrane de Tenon.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
Rappelons, en passant, que c’est dans la lamina fusca que cheminent en sens méridien les vaisseaux et les nerfs ciliaires.
Les cellules pigmentaires de la lamina fusca, récemment étudiées par Hache (C. R Acad, des Sc., 1887), sont situées, non pas dans l’épaisseur des lamelles conjonctives, mais bien sur une de leurs faces, où elles rappellent assez bien, par leur disposition en plaques larges et étalées régulièrement, la disposition des cellules endothéliales. Toutefois, les cellules pigmentaires diffèrent de l’endothélium des séreuses, en ce qu'elles ne se touchent pas et ne forment par conséquent pas un revêtement continu. 11 résulte encore des recherches de Hache que la face de la lamelle conjonctive où se trouvent les cellules pigmentaires est dépourvue d’endothélium : celui-ci n’existe que sur la face opposée. Gomme conséquence, les espaces lymphatiques ci-dessus décrits sont délimités, sur une de leurs faces, par un revêtement endothélial, sur l’autre par des cellules pigmentaires. Enfin, toujours d’après Hache, l’orientation des lamelles de la lamina fusca est telle que leur face à revêtement endothélial est tournée du côté de la sclérotique, tandis que la face à cellules pigmentaires regarde les vaisseaux chorôïdiens.
Cellules pigmentées de la membrane supra-choroïdienne de l’homme (d’après TourneuxJ.
B. Couche des gros vaisseaux, stromachoroïdien. — La couche des gros vaisseaux (fig. 377,3) comprend deux plans : un plan profond formé par les artères ; un plan superficiel formé par les veines.
a) Les artères de la choroïde proviennent des ciliaires courtes postérieures, branches de l’ophthalmique.
Ces artères cheminent d’arrière en avant, parallèlement aux méridiens de l’œil, jetant latéralement de nombreux rameaux et ramuscules, dont les dernières divisions aboutissent à la couche chorio-capillaire.
Elles se font remarquer, entre autres caractères, par le développement considérable de leur tunique musculaire.
(3) Les veines de la choroïde présentent dans leur trajet et leur mode de terminaison une disposition vraiment caractéristique :
elles forment des tourbil-
Fig. 379.
Les veines en tourbillons de la choroïde, d’après Arnold.
1, une grosse branche veineuse. — 2, 2, 2, 2, 2, veines d’un plus petit calibre. — 3, 3, 3, 3, petites veines recevant une foule de ramifications curvilignes, lesquelles se groupent autour d’elles en formant des tourbillons.
Ions , d’où les noms de vasa vorticosa, de veines vorticineuses, de veines vorticillées
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 58
ORGANES DES SENS
que lui donnent indistinctement la plupart des anatomistes. Voici en quoi consistent ces tourbillons (fig. 379} : un certain nombre de veinules, 40 à 15, convergent vers un même point, en suivant chacune une direction curviligne et, là, se réunissent en un seul troncule ; ce troncule et l’ensemble de ses affluents, tous plus ou moins contournés en arc, constituent un tourbillon. Les troncules, à leur tour, forment de nouveaux tourbillons, disposés suivant la même modalité que le précédent et aboutissant, eux aussi, à un seul tronc, etc., etc. Finalement les divers canaux veineux de la choroïde aboutissent à quatre tourbillons principaux, qui occupent le plan le plus superficiel de la couche des gros vaisseaux. Ces quatre tourbillons, que l’on voit très nettement sur la figure 394, ont leur centre placé un peu en arrière de l’équateur de l’œil : deux sont supérieurs et se distinguent en interne et externe; les deux autres, inférieurs , se distinguent de même en interne et externe. Chacun d’eux donne naissance à une grosse veine, laquelle, se portant en arrière, perfore la sclérotique (fig. 358), pour aller se jeter dans l’ophthalmique. Morano (Med. Centralb., 1874) a décrit, autour des veines choroïdiennes, un système de gaines lymphatiques, qui les enveloppent à la manière de manchons et dans lesquelles
circule la lymphe.
y) Les gros vaisseaux de la choroïde baignent dans une atmosphère conjonctive, le stroma choroïdien , lequel comprend : 1° des fibres du tissu conjonctif; 2° de fines libres élastiques; 3° des fibres musculaires lisses (Müller) ; 4° de nombreux éléments cellulaires , dits cellules de la choroïde. Ces cellules, aplaties et étoilées, laissent échapper de nombreux prolongements, qui s’anastomosent avec les prolongements des cellules voisines, de manière à dessiner par leur ensemble un riche réseau. Chacune d’elles, prise à part, mesure de 20 g à 40 p. de diamètre eQprésente, tant dans son noyau que dans son protoplasma, des amas plus ou moins considérables de granulations pigmentaires. A côté de cés cellules fortement pigmentées, on en trouve un certain nombre d’autres, dépourvues de pigment, qui ne sont vraisemblablement que des cellules lymphatiques.
C. Couche des capillaires. — La couche des capillaires, désignée généralement sous le nom de couche chorio -capillaire ou de membrane de Ruysch (fig. 377,4), est essentiellement constituée par un réseau de fins capillaires, dont les mailles, irrégulièrement arrondies au voisinage du nerf optique, s’allongent et s’élargissent d’autant plus qu’on se rapproche davantage de fora serrata. Ces capillaires ont 9 g de diamètre (Kolliker). Quant aux mailles qu’ils circonscrivent, elles mesurent de 10 g à 20 p. en arrière, de 15 g à 30 u dans la région équatoriale, de 25 g à 35 g au voisinage de fora serrata. Les interstices des vaisseaux capillaires sont comblés par une matière amorphe finement granuleuse.
D. Membrane vitrée. — La membrane vitrée (fig. 477,5) a été décrite pour la
Fig. 380.
Coupe perpendiculaire de la choroïde, au voisinage de la papille optique (d’après Tourneux).
1, couche épithéliale de la rétine. — 2, membrane vitrée, au-dessous de laquelle se trouvent appliqués les vaisseaux de la membrane choriocapillaire. — 3, couche des gros vaisseaux. — 4, couche pigmentée (membrane supra-choroïdienne et lamina fusca). — 5, sclérotique.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
première fois par Bruch en 1884, d’où les noms de membrane de Bruch , de vitrée de Bruch, sous lesquels on la désigne quelquefois.
C’est une membrane transparente, excessivement mince, épaisse seulement de 1 jjl à 3 Celle de ses faces qui est dirigée vers la rétine est lisse et complètement anhiste. La face opposée, en rapport avec la couche chorio-capillaire, présente au contraire un aspect finement fibrillaire.
Histologiquement, la vitrée de Bruch se compose de deux lamelles (Sattler) : une lamelle externe, formée par une sorte de tissu réticulé, dans lequel Smirnow a décrit un riche et élégant réseau cfe fibresi élastiques.
Sattler ( Arch . f. Ophth., t. XXII) a décrit en 1876, entre les capillaires et les gros vaisseaux de la choroïde, une couche intermédiaire formée par un fin réseau de fibres élastiques. Ces fibres élastiques se disposent en une série de lamelles que tapisse du côté des capillaires un revêtement continu de cellules endothéliales.
Cette couche intervasculaire ou couche cle Sattler, qui porte en réalité à cinq le nombre des couches de la choroïde, s’étend sans interruption depuis le nerf optique jusqu’à la zone ciliaire. On n’y rencontre jamais de cellules pigmentaires. Elle est l’homologue du tapis chez l’homme et les animaux dont la choroïde est dépourvue de cette tache brillante : c’est un tapis rudimentaire.
Le tapis des animaux, bien étudié par Tourneux ( Journ . de V Anal., 1878) est formé par une couche spéciale, épaisse de 100 à 200 p. située immédiatement au-dessus de la couche chorio-capillaire et traversée par un système de capillaires (fig. 381) qui relient cette dernière couche à la couche des gros vaisseaux.
En se basant sur leur constitution histologique on a décrit deux espèces de tapis : le tapis fibreux, qui se trouve chez les ruminants, constitué par des éléments lîbrillaires très fins ; le tapis celluleux, que l’on rencontre chez les carnassiers, comprenant plusieurs rangées de cellules particulières, dites cellules irisantes, cellules à contours polygonaux qui mesurent de 30 à 40 p de diamètre.
Pour Sattler, le premier type de tapis, le tapis fibreux, serait formé par les fibres élastiques de son stratum 'intervasculaire, tandis que le tapis" celluleux résulterait de l’accumulation des cellules endothéliales ci-dessus décrites, qui, en se modifiant dans leur protoplasma se seraient transformées en cellules irisantes.