B . — Z O N E CILIAIRE
La zone ciliaire, intermédiaire à la choroïde proprement dite (qui est en arrière) et à l’iris (qui est en avant), est une sorte d’anneau, dont la face externe s’applique contre la sclérotique, dont la face interne répond à la tunique nerveuse de l’œil et par l’intermédiaire de cette dernière, au corps vitré. Son épaisseur, comme nous le montrent très nettement les coupes méridiennes de l’œil, est loin d’être uniforme : assez mince à sa partie postérieure (au niveau de l’ora serrata), elle s’épaissit peu à peu au furet à mesure qu’elle se rapproche de l’équateur cristallinien. Morphologiquement, la zone ciliaire comprend deux parties plus ou moins distinctes, qui se superposent dans le sens antéro-postérieur : le muscle ciliaire en avant, les procès ciliaires en arrière.
1° Muscle ciliaire. — Le muscle ciliaire (fig. 382, 7 et 8;, encore appelé muscle de Brücke, muscle tenseur de la choroïde , occupe le plan antérieur ou superficiel de la zone ciliaire.
A . Forme et dimensions. - — Vu en avant (fig. 387, b), il revêt la forme d’une bande ou plutôt d’un anneau aplati, d’une coloration blanc grisâtre, dont la lar-
Fig. 381 .
Réseau capillaire de la membrane choriocapillaire de l’otarie, à la surface interne du tapis (d’après Tourneux).
ORGANES DES SENS
geiu% d’après Warlomont, atteint 7 millimètres sur le côté temporal du globe de l’œil, 6 millimètres seulement sur le côté nasal. Son épaisseur augmente considérablement d’arrière en avant : elle mesure 0,2 de millimètre environ à sa partie postérieure, tandis qn’elle atteint, au voisinage de l’iris, 0,6 et 0,8 de millimètre. Le muscle ciliaire nous apparaît, par conséquent, sur des coupes méridiennes de
Fig. 382.
Coupe méridienne de l’œil pour- montrer les deux portions du muscle ciliaire.
1, sclérotique. — 2, cornée. — 3. conjonctive, avec 3’, le tissu sous-conjonctival. — 4. procès ciliaires. — S, iris, avec 5’, son revêtement pigmentaire. — 6, angle irido-cornéen. — 7, portion radiée du muscle ciliaire, avec : 7’ son tendon antérieur : 7”, son tendon postérieur. — 8. portion circulaire du muscle ciliaire. — 9. ligament pectine et espaces de Fontana. — 10. canal de Schlemm. — 11, une veine ciliaire antérieure traversant la sclérotique. — 12, lamina fusca et espace lymphatique supra-choroïdien.
l’œil (fig. 382), sous l’aspect d’un triangle, dont le sommet répond à l’ora serrata et dont la base regarde la pupille ou, si l’on veut, l’axe antéro-postérieur de l’œil.
B. Rapports. — Ainsi entendu, le muscle ciliaire nous présente deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure. — La face antérieure s’applique contre la sclérotique, dont elle n’est séparée que par un mince prolongement de la lamina fusca. — La face postérieure répond aux procès ciliaires, que nous décrirons dans un instant.
C. Constitution anatomique. — Envisagé au point de vue de sa constitution ana-
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
tomique, le muscle ciliaire se compose de deux ordres de fibres : des fibres radiées, et des fibres circulaires .
a. Fibres radiées. — Les fibres radiées (fig. 382,7), encore appelées fibres antéro-postérieures ou fibres méridiennnes , prennent naissance sur cet anneau panneau tendineux de Dollinger) que nous avons décrit (p. 449) en arrière du canal de Schlemm et qui est une dépendance de la membrane de Descemet. Cet anneau devient ainsi, pour le muscle ciliaire, un véritable tendon annulaire. De là, les fibres méridiennes se portent en arrière, en divergeant. Dans ce trajet, elles sont d’abord nettement parallèles aux plans méridiens de l’œil. Mais, après un certain parcours, elles s’infléchissent sur elles-mêmes, pour cheminer alors obliquement ou même en sens équatorial et s’anastomoser les unes avec les autres : il en résulte un plexus à mailles très irrégulières. Finalement, les fibres méridiennes du muscle ciliaire se terminent, les superficielles dans le stroma choroïdien, les profondes dans le tissu conjonctif des procès ciliaires.
b. Fibres circulaires. — Les fibres circulaires (fig. 382,8), que l’on désigne encore sous le nom de fibres orbiculaires, fibres annulaires, fibres équatoriales , occupent la partie postéro-interne du muscle ciliaire. Elles se présentent, sur les coupes méridiennes, sous la forme de deux ou trois gros faisceaux, irrégulièrement arrondis et séparés les uns des autres par une couche fort épaisse de tissu conjonctif. Leur ensemble constitue un véritable muscle annulaire, parallèle à la grande circonférence de l’iris. Nous l’appellerons du nom de l’anatomiste français qui l’a découvert en 1856, le muscle de Rouget. Les anatomistes allemands lui donnent le nom de muscle de Muller , bien que. Müller ne l’ait décrit qu’en 1857, un an après Rouget.
D. Nature des fibres constitutives du muscle ciliaire. — Considérées isolément, les fibres constitutives du
muscle ciliaire, soit dans IOIIII&,
la portion radiée, soit dans la portion circulaire, appartiennent, chez l’homme tout au moins, à la variété des fibres lisses.
Elles mesurent, en moyenne de 50 à 75 p. de longueur, sur 6 p de largeur.
E. Développement comparatif des FIBRES RADIÉES ET DES FIBRES CIRCULAIRES.
— Quant au développement comparatif des deux ordres de fibres , fibres radiées et fibres circulaires, il présente des variations individuelles aussi fréquentes qu’étendues . Il résulte des recherches d’IwANOFF et de Arlt, entreprises sur ce sujet (fig. 383) : 1° que les fibres circulaires sont peu nom-
A Fig. 383. B
Coupe méridienne du corps ciliaire : A sur un œil hypermétrope : B, sur un œil myope (d’après Iwanoff).
On voit nettement que, chez l’hjpermétrope, le muscle ciliaire possède un volumineux paquet de fibres circulaires (musch* de Rouget ou de Müller), tandis que, dans l’œil myope, ces libres circulaires font défaut.
ORGANES DES SENS
breuses ou même complètement absentes chez les sujets atteints de myopie; 2° qu’elles sont très développées, au contraire, chez certains hypermétropes; elles peuvent atteindre, dans ce dernier cas, jusqu’au tiers de la masse totale du muscle ciliaire. On admet généralement que, pour l’œil normal, les fibres radiées représentent les neuf dixièmes delà masse totale du muscle ciliaire; les fibres circulaires n’en représenteraient, par conséquent, qu’un dixième.
Au sujet de la constitution variable du muscle ciliaire chez le myope et l’hypermétrope, nous rappellerons que, tout récemment, Heine (1899), en examinant comparativement des yeux de singe dans lesquels il avait instillé soit de l’atropine (substance qui dilate la pupille, mais qui est sans action sur la réfraction), soit de fésérine (substance qui produit une forte accommodation), avait constaté : 1° que, sur les yeux atropinisés, le muscle ciliaire présentait une disposition rappelant exactement celle assignée par Iwanoff au muscle ciliaire du myope ; 2» que, sur les yeux soumis à l’action de l’ésérine, la disposition du muscle ciliaire était celle considérée par Iwanoff comme l’œil hypermétrope. D'un autre côté, nous devons à Tschering l’observation suivante : si on injecte la chambre antérieure à la gélatine de façon à 1a- rendre très profonde comme chez le myope, et si on examine ensuite le muscle ciliaire, on remarque qu’il présente précisément la disposition histologique décrite par Iwanoff chez. le myopie. De pareils faits, on en conviendra, ne sont pas sans contrarier un peu les conclusions précitées d' Iwanoff et il pourrait bien se faire que l’aspect différent que présente le muscle ciliaire chez le myope et l’hypermétrope eût pour cause, non (pas une variation numérique de ses fibres contractiles, mais tout simplement une modification acquise et plus ou moins durable survenue dans l’état du muscle.
2° Procès ciliaires. — On donne le nom de procès ciliaires à une série de replis, disposés en sens méridien, qui se trouvent situés à la partie postérieure du muscle
ciliaire. Pour bien les voir et pour prendre en même temps une notion exacte de leur disposition et de leurs rapports, l’un des meilleurs procédés consiste à sectionner le globe oculaire au niveau de son équateur et à examiner f hémisphère antérieur, ainsi isolé, par sa face postérieure. On constate alors (fig. 384,2 et fig. 398,4) que les plis en question commencent un peu en avant de l’ora serrata et s’étendent de hà jusqu’au cristallin, en formant autour de Ce dernier organe une élégante collerette : c’est la couronne ciliaire ou, tout simplement, le corps ciliaire.
A. Forme et rapports. — Chacun des procès ciliaires, considéré isolément, a la forme d'une pyramide triangulaire, de 3 à 5 millimètres de longueur, dont le sommet dirigé en arrière se confond avec la choroïde au voisinage de l’ora serrata, tandis que la base, plus ou moins renflée, remplit l’espace qui sépare la face postérieure de l’iris de la face antérieure du cristallin (chambre postérieure de l'œil).
Des trois faces que présente chacun des procès ciliaires, l’une, dirigée en avant , est en rapport avec la face postérieure du muscle ciliaire et lui est intimement unie; les deux autres, latérales , répondent aux faces similaires des procès ciliaires voisins, mais sans entrer en contact avec elles. Tous ces procès ciliaires sont, en effet, séparés de leurs voisins par des sillons plus ou moins profonds, qui se dirigent comme eux en sens méridien et que l’on désigne communément sous le nom de vallées ciliaires. Dans ces vallées ciliaires s’insinuent les replis de la zone
Fig. 384.
L'hémisphère antérieur de l’œil, vu par sa face postérieure (d’après Zinn).
(Le cristallin a été enlevé.)
1, cornée transparente. — 2, iris. — 3, couronue ciliaire. — 4, ora serrata. — 5, rétine. — 6, choroïde. — 7, sclérotique.
de Zinn, qui, comme nous le verrons plus loin (voy. Corps vitré), séparent le corps ciliaire de l’humeur vitrée. *
B. Volume et nombre. — Les procès ciliaires varient légèrement 'quant à leur longueur et à leur volume : il y en a (fig. 384) de longs et de courts ; les uns sont relativement épais, les autres relativement minces. Leur nombre, an contraire, présente une constance remarquable : on en compte, chez l’homme,
70, très rarement un de plus ou un de moins (Nuel)
C. Constitution anatomique. — Envisagés au point de vue de leur structure, les procès ciliaires sont essentiellement constitués par des paquets de vaisseaux qui s’anastomosent et se ramifient jusqu’à production de capillaires (fig. 385,1). Les veines prédominent de beaucoup sur les artères et, d’autre part, se caractérisent par une disposition fortement flexueuse. Le tout est plongé dans une trame conjonctive où l’on distingue, au milieu d’une grande quantité de substance amorphe, des cellules étoilées plus ou moins chargées de pigment.
Comme nous le montre nettement la figure 382, les procès ciliaires sont revêtus, en arrière, par un prolongement de la lame vitrée de la choroïde ( Membrane vitrée externe de Salzmann) et par une couche régulière de cellules épithéliales pigmentées, qui dépendent delà rétine. Nous y reviendrons plus tard (voy. Portion ciliaire de la rétine).
Accommodation. — L’œil, on le sait, est comparable à l’appareil de physique appelé chambre obscure. L’iris, avec son orifice central, est un diaphragme, réglant suivant les besoins la quantité de lumière qui pénètre dans l’appareil. La rétine est un écran sensibilité sur lequel vient se former l’image des objets extérieurs. Le cristallin enfin est une lentille biconvexe, qui fait converger les rayons émanés de chaque point de l’objet sur un point défini de l’écran, de manière à former sur celui-ci une image réelle et renversée, d’après les lois de la réfraction dans les ménisques convergents.
Dans l’appareil physique qui nous sert de comparaison, la position respective de la lentille et de l’écran étant une fois réglée et fixe, l’objet doit être à une distance également déterminée de la lentille pour que l’image soit nette sur l’écran. Plus loin ou plus près, les rayons lumineux émanant de sa surface auraient, après leur réfraction dans la lentille, leur point de convergence en deçà ou au delà de l’écran, et l’image serait alors diffuse.
Or, il n’en est pas de même pour l’œil humain. Nous apercevons, en effet, d’une façon également distincte tous les objets éclairés, quelle que soit leur situation dans l’espace, depuis l'infini jusqu’à une distance de quelques centimètres au-devant de la cornée. L’appareil biologique a donc sur l’appareil physique cette grande supériorité de ne pas être fixe, mais de se modifier suivant les circonstances, se disposant toujours d’une façon telle que les objets, quelle que soit leur distance, viennent toujours former leur image sur la rétine. Cette fonction remarquable, que possède l’œil de s’accommoder ainsi à toutes les distances a reçu le nom d’ accommodation . Elle réside, comme l’a démontré Helmholtz, dans le cristallin qui, sans se déplacer, modifie ses deux courbures, l’antérieure principalement : c’est ainsi que, lorsqu’on fixe un objet rapproché, le cristallin bombe en avant, pendant que son diamètre équatorial diminue; inversement, quand on porte le regard sur un objet éloigné, le cristallin s’aplatit, pendant que le diamètre équatorial augmente. L’expérience bien connue des images de Purkinje (voy. les Traités de Physiologie ) nous démontre ce double fait d’une façon aussi élégante que précise.
Fig. 385.
Un segment de l’iris, du corps ciliaire et de la choroïde, vu par leur face postérieure.
1, 1, procès ciliaires, avec : 1’, leur base ; 1”, leur sommet. — 2, petit cercle de l’iris. — 3, vaisseaux de l’iris, cheminant en sens radiaire. — 4, veines efférentes des procès ciliaires, au niveau de l’ora serrata. — 5, veines et tourbillons secondaires de la choroïde, allant former les vasa vorticosa. — 6, orifice pupillaire.
Ces changements de courbure du cristallin dans l’accommodation sont passifs, en ce qui concerne la lentille elle-même qui, ne possédant pas de libres musculaires, ne présente aucun mouvement qui lui appartienne en propre. L’agent direct, l’agent immédiat de la déformation cristallinienne est le muscle ciliaire et en particulier sa portion radiée. A l’état de repos du muscle, le cristallin est soumis à l'acfion d'une membrane annulaire que nous étudierons plus tard, la zonula , laquelle, en s insérant sur l’équateur, attire cet équateur dans un sens excentrique et aplatit par conséquent la lentille. Lorsque le muscle ciliaire -se contracte, ses fibres radiées, prenant leur point fixe au niveau de 1 angle irido-cornéen, portent en avant le bord antérieur de la choroïde et, du même coup, relâchent la zonula qui adhère intimement à ce bord. Gomme conséquence de ce relâchement, le cris allin, qui n est plus soumis maintenant à l'influence de la zonula, revient en vertu de son élasticité à ce que j’appellerai sa position de repos, sa configuration propre : son diamètre équatorial diminue, en même temps que son diamètre antéro-postérieur augmente,
entraînant nécessairement le bomnement de ses deux faces (voy. fig. 386).
Le muscle ciliaire devient aussi le muscle de l' accommodation, le muscle accommodateur.
Ce muscle est sous la dépendance d’un centre ganglionnaire, le plexus ciliaire (p. 476), dans lequel viennent se terminer deux ordres de fibres motrices : des fibres du moteur oculaire commun et des fibres du grand sympathique. — Les premières, celles qui émanent du moteur oculaire commun, agissent à la manière d’un nerf moteur ordinaire. Leur excitation fait contracter le muscle ciliaire et détermine . comme une conséquence de cette contraction, le relâchement de la zonula et le bombement du cristallin. — Les autres, celles qui proviennent du sympathique, agissent aussi sur le cristallin, mais par un mécanisme tout différent. A ce sujet, Morat et Doyox (G. R. Acad, des Sc., 1891) ont établi par des expériences sur le chat, le chien et le lapin : 1° que la section du sympathique amène une exagération légère de la courbure du cristallin ; 2° que son excitation, au contraire, déterminé une diminution de cette courbure, un aplatissement de la lentille par conséquent. Gomme il n’existe pas dans l’œil d’appareil anatomique permettant d’expliquer ce double phénomène par une contraction musculaire. Morat et Doyon admettent que le sympathique se comporte ici comme un nerf d’arrêt et agit par un phénomène d’inhibition sur le plexus ciliaire. %
Quoi qu’il en soit de l’explication, il est de fait que le moteur oculaire commun et le grand sympathique, en ce qui concerne l’accommodation, sont réciproquement antagonistes : l’un fait bomber le cristallin, l’autre l’aplatit. Le premier est le nerf accommodateur pour la vision des objets rapprochés ; le second, le nerf accommodateur pour les objets éloignés.
Fig. 386.
Mécanisme de l’accommodation oculaire.
Dans la moitié gauche de la figure, le cristallin, aplati, est accommodé pour la vision des objets éloignés. Dans la moitié droite, le cristallin, par suite de la contraction du muscle ciliaire et du relâchement de la zonula. bombe fortement en avant en repoussant l’iris ; il est accommodé pour la vision des objets rapprochés.
me, muscle ciliaire. — ]jc, procès ciliaires. — i, iris. — c, cristallin. — z, zonula, xx, axe antéro-postérieur.
G. — Iris
L’iris est le segment le plus antérieur de la tunique vasculaire de l’œil. Il doit ce nom à sa coloration que les anciens anatomistes avaient comparé à celle d’un arcen-ciel, en grec îpiç : « en sorte, écrivait Ch. Estienne, que tu ne le scaurais plus proprement appeler que par ce mot qui signifie l’arc-en-ciel ».
1° Forme et dimensions — L’iris est une formation membraneuse. Placé de champ, de forme régulièrement circulaire et percé à son centre d’un orifice également circulaire, la pupille , il représente exactement un de ces diaphragmes que l’on emploie dans les instruments d’optique. Nous verrons plus loin que, comme ces
diaphragmes employés par les opticiens, le diaphragme irien a pour fonction de doser la quantité de lumière qui entre dans l’œil.
L’iris mesure de 12 à 13 millimètres de diamètre. Son diamètre est, en moyenne, de 0mm,3, soit un tiers de millimètre.
Comme la choroïde, la membrane irienne est d’une consistance faible et se laisse facilement percer ou déchirer.
2° Rapports. — L’iris, en raison de sa forme (une membrane circulaire percée d’un trou à son centre) nous offre à considérer : 1° deux faces, l’une antérieure, l’autre postérieure ; 2° deux circonférences que l’on distingue en grande circonférence et petite circonférence.
A. Face antérieuue. — La^ face antérieure (fig. 387), légèrement convexe, limite en arrière la .chambre antérieure de l’œil et répond, par conséquent, à l’humeur aqueuse. Elle est diversement colorée suivant les sujets. Mais sa coloration est généralement en harmonie avec celle des cheveux : c’est ainsi que les iris d’une teinte claire s’observent chez les sujets à cheveux blonds; les iris d’une teinte foncée caractérisent, au contraire, les sujets à cheveux bruns ou noirs. Chacun sait que, chez les albinos, l’iris (en raison de la disparition des granulations pigmentaires qui normalement occupent son tissu propre) nous présente une coloration rouge diffuse.
Topinard admet cinq tons fondamentaux pour désigner la coloration des yeux : noir, foncé , marron, gris et bleu. Voici, sur 100 sujets, la répartition de ces différents tons pour trois pays qui correspondent aux trois principales latitudes
d’Europe :
Scandinavie France Espagne
(lat. septentrionale) (lat. moyenne) (lat. méridionale)
Yeux noirs 2,1 4,5 21,5
Yeux foncés 6 14,1 19,7
Yeux marrons 6,3 10,7 16,4
Yeux gris 17,2 26,2 18,5
Yeux bleus 68,4 44, ?. 23,9
On voit par ce tableau que les nuances foncées augmentent en passant des latitudes septentrionales aux latitudes méridionales; qu’au contraire, les nuances claires, relativement rares chez les peuples méridionaux, atteignent leur maximum chez les peuples du Nord. En France, les yeux bleus se présentent avec une proportion de 44,5 p. 100 ; les yeux franchement noirs, avec une proportion de 4,5 p. 100 seulement.
Quel que soit le ton fondamental de l’iris, la coloration de la face antérieure de cette membrane n’est jamais uniforme, mais se dispose en deux zones concentriques ordinairement très distinctes : l’une, plus petite, large de 1 ou 2 millimètres, entoure la pupille, c’est Vanneau coloré interne ; l’autre, plus grande, large de 3 ou 4 millimètres, est placée tout autour de cette dernière dans la région de la grande circonférence de l’iris, c’est Vanneau coloré externe. On rencontre en outre çà et là, même sur des iris normaux, quelques taches irrégulières, brunes ou noires, tranchant nettement sur la coloration des parties voisines : elles sont dues à des dépôts accidentels de pigment. Quand elles sont nombreuses et répandues sur toute la surface de l’iris , cette membrane prend comme un aspect tigré.
La face antérieure de l’iris est parcourue par des stries plus ou moins visibles
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
0 RGÀ NES DES SENS
suivant les sujets, lesquelles partent de la petite circonférence et se portent vers la grande circonférence à la manière de rayons. Ces stries répondent aux vaisseaux de l’iris. Gomme on le conçoit sans peine, elles sont rectilignes quand la pupille est rétrécie et que la membrane irienne présente son plus grand développement; elles sont plus ou moins flexueuses, au contraire, quand la pupille est dilatée et l’iris fortement réduit en surface.
B. Face postérieure. — La face postérieure de l’iris, légèrement concave, forme la paroi antérieure de la chambre postérieure. Elle présente chez tous les sujets,
a les albinos exceptés , une
coloration noir foncé. Ses rapports sont simples : par sa partie centrale, elle répond à la face antérieure du cristallin. Par sa partie excentrique, elle est contiguë aux procès ciliaires , auxquels l’unissent quelques vaisseaux. Rappelons que ces procès ciliaires déterminent sur elle des sillons d’empreinte plus ou moins marqués.