II. RÉGION INGUINALE OU OU PLI OK L’AINE
« La région inguinale est une des plus importantes du corps sous le point de vue chirurgical. » (Blandin.) Mais d’abord qu’est-ce que la région inguinale ? C’est là une première difficulté qu’il n’est pas aisé de résoudre. Autant d’auteurs, autant d’opinions différentes. M. Velpeau comprend dans un même chapitre la fosse iliaque interne et les parties molles qui cachent la racine du membre en avant, sous le titre de région ilio-inguinale ou pelvi-crurale. Il y rapporte les canaux inguinal et crural. — Mais l’aine et la fosse iliaque sont deux localités distinctes qui doivent être examinées séparément. — M. Blandin , qui l’a d’abord confondue avec la face antérieure de la cuisse , l’a cependant décrite à part, mais comme une région sans largeur, sous le nom de pli de l’aine. Dans la 2e édition , il a modifié sa description , et il y annexe tout le canal crural qu’il avait d’abord renvoyé à la cuisse. Mais il en sépare encore le canal inguinal qu’il rapporte à l’abdomen. — Les éléments constitutifs de l’aine sont ainsi dissociés et séparés. — Quant à M, Mal-
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gaigne, il présente l’aine comme lin espace triangulaire limité en haut par l’arcade de Fallope , et prolongé en bas jusqu’à l’union du couturier et du 2e abducteur, et pourtant il n’y comprend pas le canal crural qu’il rattache à l’abdomen , ainsi que le canal inguinal. v
Pour nous, l’aine, par sa constitution, est l’analogue de l’aisselle; son squelette, c’est-à-dire la branche horizontale du pubis, rappelle , par ses rapports avec les vaisseaux , la région de la clavicule ; et sous ce double point de vue, la région de l’aine fait partie , non pas de l’abdomen , comme l’enseigne M. Blandin, mais de la racine du membre pelvien. La borner au pli de la cuisse et l’étudier comme une région sans largeur, c'est tomber dans une subtilité anatomique. La terminer au-dessous de l’arcade crurale , c’est méconnaître ses véritables limites. Le but de l’anatomie topographique est d’éclairer la pathologie ; or , les maladies de l’aine comprennent celles du canal inguinal comme du canal crural ; et pour être fidèle au plan de ce livre , et donner à l’anatomie de cet espace une valeur d’application pratique, nous nous laisserons conduire par la chirurgie qui réclame ici une intervention toute spéciale.
Le centre de l’aine est le pli de la cuisse ; le canal inguinal qui le croise au-dessus, et le crural au-dessous, en font partie intégrante. Pour nous, ses limites sont figurées par une ligne légèrement courbe, à concavité inférieure, tirée de l’épine pubienne à l’épine antéro-supérieure de l’ilium , par une 2eabaisséedece pointaubord antérieur du grand trochanter, et une 3e remontant de là au pubis en passant par le petit trochanter. C’est un espace triangulaire que l’arcade de Fallope partage obliquement en deux espaces secondaires. — Pour plus d’ordre et de clarté, ainsi que pour éviter des répétitions, nous adopterons ici la méthode descriptive que nous avons introduite dans plusieurs régions (voy. Raclas, Crâne , Jlsselle, etc.).
A. Parties communes.
Couches anatomiques. — 1° La peau devient mince et fine près du pli crural , comme on l’observe en général du côté de la flexion des jointures. Glabre en dehors, elle s’ombrage de poils en s’approchant des organes génitaux. Elle renferme , outre les bulbes pilifères, beaucoup de follicules sébacés; particularité qu’on ne rencontre guère que dans l’aisselle , et qui concourt à produire des entrecuissons et excoriations chez les enfants et les personnes grasses. Elle est peu adhérente et assez mobile pour se déplacer; pendant la gestation, elle contribue à l’ampliation abdominale et devient réellement peau du ventre; aussi, après les couches, les rides et les vergetures s'étendent-elles jusqu’au-dessous de l’arcade. Notons toutefois que ce n’est pas un signe pathognomonique de grossesse ; l’ascite peut occasionner les mêmes phénomènes; et de jeunes filles guéries d’hydropisies peuvent offrir les mêmes rides; remarque utile en médecine légale. Cette laxité des téguments rend leur recollement difficile quand un abcès les a soulevés et détachés de leurs adhérences; les bords des plaies inguinales ont de Intendance à se renverser en dedans; cette disposition est surtout prononcée dans les sens oblique du plicrurai; ce qu’on attribue à la direction des fibres cutanées. Comment donc faut-il ouvrir les bubons et phlegmons de l’aine ? Par une incision perpendiculaire au pli, on évite le renversement en dedans ; mais les bords s’écartent et l’on a souvent une cicatrice enfoncée. Je me suis bien trouvé des incisions obliques.
La disposition du pli inguinal est un phénomène digne d’attention. Sa profondeur augmente dans la flexion du membre et la rotation en dedans; il correspond un peu audessous de l’arcade; chez les personnes grasses, il est quelquefois double ; il diminue dans l’extension fémorale, et alors ou peut sentir en dehors le faisceau des psoas et iliaque, et au centre les battements de l’artère. Maisjamaisil ne s'efface.
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Daus i’ascitc , il est cave el profond. Cette persistance m’a frappé. Voici la cause de ce phénomène inexpliqué : la peau est fixée par quelques brides autour de l’épine et de la crête iliaque. Mais son adhérence est surtout prononcée en dedans : j’ai découvert vers la symphyse pubienne une expansion à fibres rayonnées, dénaturé cellulo-fibreuse, qui s’implante sur les pubis, et y fixe môdiatement la peau ; je l’appelle ligament cutané ou suspenscur du pli de raine. Cette particularité, qui jusqu’ici a échappé à tous les anatomistes , méritait une mention , à cause de son influence.
— 2° La couche sous-cutanée se compose d’un tissu celluloadipeux dont l’épaisseur varie de 2 à 1*2 lignes (4 à 27 Him) et plus. Son développement provoque le double pli inguinal des personnes obèses , et concourt à la formation du tablier des Hottentotes, qu’il faut bien distinguer de l’obésité fessière de la même peuplade. Nous ferons observer que la couche sous-cutanée adhère assez au ligament de Poupart pour former un obstacle à l’extension des abcès de la paroi abdominale. Ces abcès diffèrent des bubons ganglionnaires par leur largeur, leur position superficielle et mal circonscrite, etc. -
— 3° Le fascia superficialis se dédouble en deux feuillets.
— Le superficiel tapisse la couche précédente , et contracte des adhérences avec le suivant au niveau de l’arcade , pour redevenir libre et distinct au-dessous. Son épaisseur et sa consistance sont en raison inverse de l’embonpoint des sujets.
— Le feuillet profond recouvre l’aponévrose abdominale à laquelle il est lâchement uni par un tissu cellulaire extensible; au-dessous il s’applique sur le fascia lata, et couvre l’orifice de la saphène interne à laquelle il adhère. Il est traversé par quelques veinules. Au niveau du pli inguinal , il acquiert plus de densité, se renforce vers l’épine iliaque, et contracte des adhérences intimes avec le ligament de Poupart. Il s’en détache une expansion qui se fixe en dedans au ligament de Gimbernat et en dehors à l’arcade crurale et au fascia lata , de manière à constituer une cloison fibro-
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celluleuse entre la cuisse et l’abdomen. On conçoit que celle disposition oppose une forte barrière à l’extension des abcès superficiels des parois abdominales vers la cuisse et vice, versa. Il en résulte aussi pour les hernies une particularité que nous devons faire ressortir : les hernies inguinales seront refoulées en dedans , et les crurales s’élèveront jusqu’au niveau de l’adhérence; de là , dans le taxis , le précepte anatomique de déprimer ces dernières en bas avant de les pousser dans le canal par une pression d’avant en arrière , et de refouler les premières obliquement en haut et en dehors. Remarquons encore que les connexions du fascia superficialis avec l’arcade font qu’elle participe nécessairement à sa propre tension , et plus loin nous apprécierons expérimentalement l’influence de son relâchement.
Entre les deux lames du fascia superficialis , il existe un peu de tissu cellulaire et divers organes : a. L'artère tégumenteuse abdominale , née de la fémorale , au-dessous de l’arcade, remonte obliquement jusqu’à l’ombilic; elle se distribue aux téguments et à la 2mo couche. — b. La branche superficielle de la honteuse externe se dirige en dedans où elle se bifurque pour se distribuer à la peau du pénil , du scrotum ou des grandes lèvres. — c. Les veines sous-cutanée abdominale et honteuse externe percent le feuillet profond du fascia pour se jeter dans la saphène interne. — d. Quelques rameaux superficiels des nerfs ilio-scrotal , et surtout génilocrural et ingui no-cutané, traversent l’aponévrose et viennent donner la sensibilité à la peau. — e. Quelques-uns des ganglions lymphatiques superficiels occupent l’intervalle des deux lames du fascia. Aucun d’eux n’est sous-cutané.
Ici s’arrêtent les parties communes de l’aine; l’hétérogénéité des parties profondes doit les faire subdiviser en deux groupes séparés par l’arcade.
c 1° Portion abdominale ouinguinale.
R. Parties spéciales, j 2oporlion cruraie de pajue.
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