‹ Traité d'anatomie médico-chirurgicale et topographique, considérée spécialement dans ses applications à la pathologie, à la médecine légale, à l'obstétricie, et à la médecine opératoireChapitre 116 sur 142 · I)E DA HANCHE · texte numérisé non relu

I)E DA HANCHE

fants que chez les vieillards. Ces variétés d’incidence influent beaucoup sur la taille. M. Chassaignac explique ainsi les différences de structure chez les individus du même sexe, la taille moins élevée de la femme qui a cet angle presque droit, et enfin les décroissements rapides de l’âge , ainsi que certaines claudications, etc. — La structure du col s’altère dans la vieillesse ; sa résistance diminue , ce qui rend compte de la fréquence de ses fractures à celte époque de la vie. Sur 235 cas , A. Cooper n’a vu que 2 individus au-dessous de 50 ans.

E. La cavité cotyloïde doit être étudiée à l’état sec et à l’état frais. — 1° A Vêlai sec ou de squelette, elle offre une cavité profonde de 1 0 à 1 4 1 ignés (22 à 3 1 mm) , irrégul ièrement circulaire , dont les diamètres m’ont paru varier de 20 à 25 lignes (45 à 56 mm). Elle est bordée de 3 saillies : la lrc, supérieure , à un travers de doigt de l’épine antéro-inférieure ; la 2me, antérieure , dite éminence ilio-pectinée ; la 3me, inférieure, à deux travers de doigt de l’ischion. Elles circonscrivent trois échancrures que M. Malgaigne nomme, la lrc, antérieure, échancrure ilio-pubienne ; elle a une largeur de 15à 16 lignes, etune profondeur de 3; la 2mo, inférieure, ischio-pubienne , est large de 14 à 15 lignes et profonde de 6 à 7 , et répond en avant au trou ovale; la 3me, postérieure , ilio-iscliialique , la plus grande de toutes, offre 1 9 à 22 lignes de largeur sur 4 à 5 de profondeur, et correspond à la grande échancrure sciatique. Ces mesures diffèrent peu de celles que M. Malgaigne a relevées avec soin.

2° A l 'état frais, ces échancrures sont comblées et ces éminences masquées par le bourrelet cotyloïdien , qui , par l’exhaussement des bords , compense et au-delà ce que la cavité perd par son cartilage d’encroûtement; elle est plus régulière , profonde de 12 à 15 lignes (27 à 33 mm) , large de 25 à 26 lignes (49 à 56min); elle regarde en dehors, et un peu en bas et en avant. On conçoit que la résistance de ses bords soit inégale , et se trouve plus faible au niveau des

7 î 3 ANATOMIE MÉDICO-CHIRURGICALE .

trois échancrures précitées. De là une disposition aux déplacements dant ces trois points, sur lesquels M. Malgaigne a appelé l’attention ajuste titre. De là trois grandes classes de luxations; dans les unes, antéro-supérieures, la tête repose sur l’ilium entre l’épine inférieure et l’éminence ilio-pectinée, et non sur le pubis, qui est fort éloigné. M. Malgaigne préfère avec raison la dénomination de luxation ilio-pubienne , à celles de luxation sur le pubis (A. Cooper), ou luxation suspubienne (Gerdy). — Dans les 2mes , antéro-inférieures, la tête se déplace sur le trou obturateur; luxation dans la fosseovale (A. Cooper) , luxation ischio-pubienne (Malgaigne). Ici se présente une question : «Il est presque impossible, dit M. Malgaigne, même avec des tractions immodérées, de transformer les deux antérieures l’une dans l’autre — Il est trop évident que cette dernière ne saurait se transformer en aucune autre qu’avec des difficultés qui équivalent presque à une impossibilité. » Cette opinion nous paraît exagérée; MM. Marjolin et Laugier m’ont montré, à l’hôpital Beaujon, une transformation de ce genre. L’anatomie fait voir des difficultés et non des impossibilités. — C’est au niveau de l’échancrure ischio-pubienne, la plus profonde de toutes , que le bourrelet cotylien , qui est percé d’un trou pour le passage des vaisseaux et nerfs nourriciers , se trouve le plus faible ; et cette disposition anatomique aux déplacements entraînerait leur plus grande fréquence dans ce sens , si , outre la présence des ligaments de renforcement que nous avons signalés, et celle du ligament rond qui, ici, accompagnant au loin la tête sans se rompre, sert à la brider, si , dis-je , les fonctions motrices ne poussaient plutôt dans un autre point. — Dans les 3mes, postérieures, la tête fémorale repose derrière le bord du cotyle , sur une surface convexe et inclinée , en avant de la grande échancrure ischiatique du bassin qui en est encore à 14 ou 15 lignes. Elle peut rouler à des hauteurs variées; de là une subdivision en deux variétés : luxation en arrière et en haut , et luxation en arrière

DK LA IÎANCUE.

i >t'en bas. Toutefois il faut reconnaître que le déplacement n’a pas lieu directement en haut. Quant au déplacement directement en bas , il n’y en a que de rares exemples, sur lesquels encore il y a contestation. Les luxations les plus communes s’opèrent en arrière , entre ces deux extrémités de la verticale. Dans les cas difficiles, je me suis bien trouvé de transformer ces deux variétés l’une dans l’autre : ainsi dans une luxation postéro-supérieure , de 5 semaines, je fis tirer en bas, ce qui rompit les adhérences et produisit un déplacement postéro-inférieur. Alors le malade étant mis dans la station assise , je fis tirer en avant , d’abord dans l’abduction pour dégager la tête , puis dans l’adduction , et j’opérai ainsi la réduction. Dans une autre luxation postéroinférieure, datant de 40 jours, je fis encore tirer en bas, mais seulement pour déchirer les adhérences; et la 2me manœuvre, dirigée comme ci-dessus , me réussit complètement; la réduction avait déjà été inutilement tentée par plusieurs chirurgiens. Je ne puis ici qu’énoncer ces faits , les principes en seront développés ailleurs.

Les luxations congéniales présentent des phénomènes particuliers. La tête fémorale est , en général , déformée , aplatie , et moins volumineuse; le col plus court et moins épais; le cotyle d’ordinaire rétréci, elliptique ou triangulaire, parfois presque plane ou môme effacé; la cavité nouvelle est toujours peu cave, et se trouve en arrière et au-dessus de l’ancienne. Les cartilages sont altérés, amincis, ou incomplets ; le ligament rond allongé , et plus ou moins atrophié ; il n’est pas rare qu’il manque. La capsule fibreuse estconoïde; quelquefois épaissie et toujours allongée. La réductibilité de ces luxations a été révoquée en doute. — D’après M. Gerdy, si M. Humbert a le mérite d’avoir conçu le premier la possibilité de ce fait important, à M. Pravaz paraît appartenir l’honneur de l’avoir le premier démontrée par des faits authentiques {Rapport à VÂcad., 1839). J’ai moi-même suivi avec curiosité le traitement de quelques cas où M. Pravaz a

réussi. Toutefois il y a plusieurs causes d’impossibilité. L’absence de la tête fémorale et du col figurent en première ligne. En est-il de même du cotyle? M. Malgaigne pense qu’il est essentiel qu’il existe et même qu’il ail un certain degré de développement. Il nous semble que cette dernière exigence est un peu exagérée. La tête du fémur qui peut se créer une cavité nouvelle, peut à fortiori rétablir l’ancienne pour peu qu’elle persiste. La perforation de la capsule est un autre obstacle. Relativement aux conditions de formation des nouvelles cavités articulaires, j’ai examiné chez M. J. Guérin une série de pièces anatomiques , où l’on peut suivre le développement croissant du nouveau cotyle, développement lié et subordonné au degré de perforation de la capsule orbiculaire. De là , la loi formulée par M. Guérin , que toute cavité articulaire nouvelle , dans les luxations anciennes , dépend de la mise en contact des surfaces osseuses de la tête fémorale et de la table externe de l’os iliaque à travers la capsule usée ou perforée (Double, Rapport àl’ Institut, 21 août 1837 ). C’est un des principaux faits qui décident de l’irréductibilité.

A l’état normal, les surfaces articulaires sont fortement maintenues en contact par une cause jusqu’ici méconnue ou négligée. En 1832, je fus frappé , en faisant des expériences sur les mouvements de la hanche , de la difficulté que j’éprouvais à séparer les os , même après avoir coupé toutes leurs attaches. Je trouvai l’explication du fait dans la pression atmosphérique qui sur aucune autre articulation n’a autant d’empire. On peut suspendre un poids très-lourd au fémur sans le disjoindre. L’action du vide change tout. On peut aisément évaluer cette influence en se rappelant que la pression de l’air équivaut à 1033 grammes par centimètre carré. J’ajouterai que l’étendue et la profondeur du colyle quelubréficla synovie, multiplientlespointsde contact, et qu’il se passe un phénomène analogue à celui des plaques de Magdebourg dont l’union et l’adhérence sont singulière-

ment augmentées quand on a mouillé leur surface. Récemment un médecin allemand est venu confirmer la justesse de ces vues par de nouvelles expériences avec la machine pneumatique.

Page 1