CHAPITRE II
Région «le la Cuisse.
La cuisse , qui a été très-diversement circonscrite par les auteurs , doit s’entendre de l’espace compris entre deux plans, qui passeraient , le 1er par le grand trochanter et l’ischion , et le 2me à un travers de doigt au-dessus de la rotule. Elles’étend ainsi de l’aine et du pli de la fesse jusqu’à deux travers de doigt au-dessusdu condy le externe du fémur.
La cuisse a la figure d’un cône renversé dont l’axe est oblique en bas et en dedans. M. Rlandin égale sa longueur au quart de la taille , ce qui serait plus vrai du fémur luimême (1). Sa forme est arrondie, mais sillonnée par des reliefs musculaires, importants en médecine opératoire. La torsion du fémur lui imprime une concavité en dedans et une convexité en dehors. Une gouttière, étendue du grand
(1) M. Orfila donne, dans sa Médecine Légale, le tableau de 44 hommes de 18 à 70 ans, mesurés avec soin. Or, il n’existe pas de proportions trèsexactes entre la stature et les fémurs. La stature varie de 143 centimètres à 186, et la longueur des fémurs de 38 à 40e. Toutefois j’ai trouvé que sur 23 des 44 sujets, c’est à-dire, chez plus delà moitié, les fémurs étaient longs de 44 à 46e, et chez 23 aussi, la taille était comprise entre 166 et 173 e. Ainsi le rapport est de plus de 'f\.
trochanter au condy le externe , sépare le biceps de la portion externe du triceps , et sert de barrière aux deux faces (antérieure et postérieure) du membre dont la limite en dedans est fournie par la saillie verticale du droit interne.
A. Parties communes.
Couches anatomiques. — 1° La peau est dense, épaisse et assez adhérente , surtout en arrière ; elle est plus Cne en dedans , où sa correspondance avec les lymphatiques et de nombreux ramuscules nerveux rend sa vitalité plus grande et ses propriétés absorbantes plus actives; c’est le lieu d’élection pour l’absorption de certains médicaments , pour les frictions mercurielles , etc. C’est là que les syph biographes pratiquent l’inoculation du pus présumé ehancreux. Les ulcères d’inoculation pouvant parfois dépasser en profondeur les limites ordinaires , on ne saurait trop engager les expérimentateurs à éloigner les piqûres du trajet connu de l’artère crurale. Chez l’homme adulte , la peau est recouverte de poils , surtout en avant et en dehors. Elle renferme beaucoup de follicules sébacés, plus nombreux en dedans, où ils sécrètent une matière huileuse et odorante qui est une cause d’entre-cuisson chez les personnes grasses. Dans le traitement des fractures de cuisse , cette sécrétion s’aigrit ou devient rance sous l’appareil et occasionne des démangeaisons et des excoriations fort incommodes , qui sollicitent les malades à se gratter. Il y aurait quelque exagération à prétendre que « c’est là la cause la plus puissante de ces déviations en dehors, si communes dans les fractures de la moitié supérieure du fémur. » (Malgaigne,) — Le pli inguino-crural qui sépare la cuisse du scrotum est fréquemment le siège d’un eczéma fort rebelle, et des tubercules plats. L’isolement des surfaces contiguës est alors la lre indication à remplir.
— 2° La peau est doublée d’une couche celluleuse dense et lamelleuse, oùl’élément adipeux abonde; il prédomine chez les personnes grasses , et contribue chez la femme à adoucir
les contours de la cuisse. L’épaisseur de la couche graisseuse peut s’élever à plusieurs lignes ; elle est renfermée dans les mailles du tissu cellulaire et les prolongements du fascia superlîcialis. Des phlegmons s’y développent fréquemment; les ecchymoses traumatiques restent plus circonscrites qu’au bras, à cause de la trame cellulo-tîbreuse de la région.
— 3° Le fascia super ficialis , fibreux et très-distinct chez les sujets musculeux , est difficile à isoler chez la femme et les personnes obèses , où il n’apparait plus que comme une doublure de la couche précédente. Cette disposition est aisée à constater sur des membres infiltrés. Continu avec celui de l’aine , il descend s’unir aux aponévroses de la jambe; il se compose de fibres entre-croisées , et envoie des expansions jusqu’à la peau. C’est une barrière aux abcès superficiels et profonds. — Des veines , des nerfs et des lymphatiques importants rampent dans la couche fibro-adipeuse sous-cutanée.
a, La veine saphène interne remonte derrière le condyle interne du fémur , en dedans du couturier et du crural antérieur , jusqu’au milieu de l’aine où elle perfore l’aponévrose pour s’aboucher dans la crurale, en suivant, dans son trajet , une ligue oblique de bas en haut et d’arrière èn avant. — b. Souvent j’ai trouvé un autre tronc qu’on pourrait nommer 2me saphène interne; et qui , formé par les veines postérieures , marche plus en dedans , parallèlement à la lre, où elle se jette avant son embouchure dans la crurale. — c. M. Cruveilhier a rencontré une 3me saphène , antérieure, qui ,née autour de la rotule, s’élève verticalement jusqu’aux précédentes. — En général , toutes les veines superficielles forment un beau réseau dont les branches convergent en dedans ; excepté le dos et la fesse, je n’ai vu nulle part autant de veinules cutanées ou dermoïques qu’à la cuisse.
d. Quelques branches perforantes du nerf crural, de Vinguino-cutané et du génito-crural accompagnent les veines. L’une d’elles suit la saphène interne jusqu’auprès du genou où le nerf saphène in terne émerge de l’aponévrose. — e. En arrière.
le nerf cutané postérieur de la cuisse (Chaussier), né du fessier inférieur ou petit sciatique , descend verticalement sous la peau jusqu’à la jambe, dans une direction analogue au grand sciatique.
F. Les lymphatiques' convergent , comme les veines, en dedans du membre jusqu’à l’aine. La lymphite m’a plusieurs fois montré, comme l’anatomie , qu’ils sont plus nombreux en avant et surtout dedans que sur les autres faces. Ils s’irritent et s’enflamment souvent dans les maladies de la jambe, et amènent les engorgements de l’aine dont nous avons parlé plus haut.
4° L’aponévrose crurale (fascia lata), la plus forte de toutes celles du corps, est dense, fibreuse, et épaisse surtout en dehors. Elle forme une enveloppe générale à toute la cuisse. En haut, elle s’insère à l’arcade et à la crête du pubis, et sur le grand trochanter, et se continue avec le ligament de Poupart, le fascia iliaca et l’aponévrose fessière; en dehors, elle se renforce et s’implante sur les lèvres de la ligne âpre; là, entre ses insertions, on peut arriver jusqu’au fémur sans intéresser aucun organe important, ni couper une seule fibre musculaire. C’est en ce point qu’il convient de pratiquer l'incision extérieure pour les résections partielles de l’os, pour l’application d’un séton entre les fragments d’une fracture non consolidée, comme l’a fait Wardrop. C’est là que j’inciserais pour l’extraction de la nécrose fémorale, plaçant deux couronnes de trépan à distance, faisant sauter le pont intermédiaire, et divisant le séquestre en deux pour l’extraire plus facilement, comme je l’ai pratiqué pour l’humérus (voy. Bras). En bas, le fascia lata se prolonge sur le genou. Supérieurement , il se dédouble pour loger dans une chambre fibreuse le muscle tenseur aponévrotique qui de l’épine iliaque antéro-supérieure descend au-dessous du grand trochanter, et contribue , par la tension du fascia lata , à soutenir les muscles de la cuisse lorsqu’ils se contractent. Nous avons vu ce fascia se dédoubler à l’aine pour constituer la gaine des
vaisseaux; il est percé de plusieurs ouvertures vasculaires et nerveuses , dont la plus remarquable est celle de la veine saphène interne. De sa face interne il se détache divers feuillets qui cloisonnent les muscles et leur forment des gaines spéciales. La plus forte est commune au triceps et au crural antérieur qui est comme une dépendance du précédent , ce qui leur a valu le nom de m. quadriceps femoris (Sœmmering) ; toutefois chez les sujets musculeux le crural antérieur a une cloison cellulo-fibreuse. Les muscles couturier, adducteurs, droit interne, et pecliné sont tous pourvus d’une gaine aponévrotique particulière ; tandis que , en arrière, une seule renferme les muscles, les vaisseaux et nerfs profonds , et se continue vers l’échancrure sciatique et le creux poplité. Chacune d’elle contient une couche de tissu cellulo-adipeux ; et quand la suppuration s’en empare, les foyers profonds , retenus par l’obstacle du fascia , refluent vers le centre du membre , et dissèquent les muscles. Dans la gaine du triceps , ils décollent les muscles du fémur et altèrent le périoste ; dans celle des adducteurs, ils peuvent pénétrer dans le bassin par le trou obturateur en suivant le nerf et l’artère du môme nom , comme l’a vu M. Blandin. Dans la gaine postérieure, ils peuvent, en suivant le nerf sciatique, descendre dans la région poplitée ou remonter dans la cavité pelvienne par l’échancrure ischiatique. Il importe d’ouvrir largement et de bonne heure avec le bistouri les abcès sous-aponévrotiques. La direction des muscles gouverne celle des incisions.