‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 14 sur 116 · Monstres triples · texte numérisé non relu

Monstres triples

Ces monstres sont peu communs ; la science en possède <4 peine quelques exemples, ce qui ne peut surprendre, lorsqu'on sait la rareté des accouchements triples. Effectivement, sur un relevé de 37 441 accouchements, Dugès ( Revue méd., année 1 826, t. I, p. 349) n’a trouvé à la Maternité de Paris que cinq accouchements triples. Dans les grossesses triples plusieurs cas peuvent se présenter : les trois jumeaux sont isolés, c’est le cas ordinaire; ils sont soudés à deux, le troisième étant libre; enfin la réunion des trois sujets en un seul constitue le cas de beaucoup le plus rare. On connaît jusqu’ici seulement quatre cas bien authentiques de triplicité monstrueuse chez l’homme.

Le plus important de ces cas est rapporté par les docteurs Reina et Galvagni, de Catane, qui firent eux-mêmes la difficile extraction du monstre. Sur un tronc unique et volumineux, s’élevaient deux cous, l’un gauche, de forme normale, l’autre droit, très-gros, manifestement double. Le premier portait une tête de conformation régulière ; le second était la hase commune de deux têtes distinctes, presque aussi bien conformées que la première. Les membres étaient au nombre de cinq, deux thoraciques régulièrement disposés, un troisième thoracique placé postérieurement, et deux abdominaux. L’appareil générateur, de sexe masculin, était unique de même que l’ombilic, de sorte que ce monstre était triple dans la région céphalique, double en apparence dans le cou et la partie supérieure du thorax, et simple dans la moitié sous-ombilicale. Il existait

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trois larynx, mais seulement deux trachées-artères; de même il y avait supérieurement trois œsophages, dont le droit et l’intermédiaire se confondaient plus has en un seul. On trouvait deux cœurs, deux péricardes et même deux paires de poumons, placées chacune dans l’une des moitiés d’un unique et ample thorax, à deux rangs de côtes et à un seul sternum antérieur. L’estomac et le duodénum étaient uniques, mais il existait deux jéjunums et deux iléons ; à partir du cæcum le canal intestinal redevenait unique. Les autres viscères de l’abdomen étaient simples; il n’y avait qu’un seul rein. Cependant il existait deux colonnes vertébrales complètes, bien que réunies sur quelques points, et deux sacrums.

Les autres cas de monstres triples ont trait à des monstruosités par inclusion. L’un d’eux, publié par Bettoli et Fattori, estrelatifàun fœtus femelle de sept mois, bien développé, qui présentait un parasite inclus dans la région du ventre et un autre dans la région anale, au voisinage de l’intestin. Dans un autre cas rapporté par Aretaeos, médecin à Athènes, il s’agissait encore d’un fœtus de sept mois. Un dernier cas, étudié par Gaetano Nocito, est celui d’un homme adulte qui finit par guérir après s’être débarrassé de deux fœtus inclus dans son abdomen. On voit par ces faits que la triplicité monstrueuse est possible chez l’homme, mais que le plus souvent cette monstruosité est parasitaire.

Bibliographie. — Fattori, De’feti che rncchiudono feti, diss. Parme, 1815. — Reina et Galvagni, Sopra un feto umano tricefalo ( Atti délia Accadem. Givenia, t. VIII, p. 203, 1832). — Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Ilist. des anom., t. III, p. 327. — Gaetano Nocito, Mêm. sur un cas de monstruosité humaine par inclusion. Girgenti, 1850. — Th. Aretaeos, Arch. f. path. Anat ., t. XXIII, p. 428, 1862, et Gaz. méd., 1863, p. 814. — Philipeaux, Monstre humain triple par inclusion (Soc. de biologie et Gaz. méd. de Paris, 1873, p. 546).

§ 3. — monstres doubles par inclusion. — Monstres doubles endocymiens (Is. Geoffroy Saint-Hilaire).

Les monstres par inclusion sont composés de deux individus très-inégaux en volume et en développement, et dont le plus petit ou le parasite, au lieu d’être greffé sur l’individu qui le porte, se trouve renfermé et comme emboîté dans celui-ci. Isolé par une poche fibreuse plus ou moins épaisse, ce parasite est formé de débris de fœtus, dont les uns, adhérents à la poche, vivent d’une vie végétative, tandis queles autres, sans adhérences, dépourvus de toute vitalité et de toute nutrition , s’altèrent fatalement et subissent une décomposition spontanée à l’abri du contact de l’air. Ainsi

ces tumeurs congénitales peuvent s’accroître, rester inertes et inolïensives, mais quelquefois aussi, par suite de leur décomposition, elles deviennent, à la façon des corps étrangers, le point de départ d’un travail inflammatoire qui a pour conséquence l’élimination de leur contenu et un danger réel pour l’individu qui en est atteint. Cette monstruosité se rencontre dans différents points de l’organe ; mais comme on l’observe le plus souvent sous la peau ou dans des cavités viscérales, on distingue des parasites inclus superficiels ou sous-cutanés et des parasites viscéraux.

Les parasites sous-cutcmés occupent généralement la partie postérieure et inférieure du tronc, les régions sacro-périnéale et scrotale où ils forment des tumeurs hémisphériques plus ou moins régulières, de la grosseur d’une tête de fœtus normal, quelquefois assez volumineuses quand une certaine quantité de sérosité vient s’ajouter au contenu de la poche qui les renferme pour descendre jusqu’aux jarrets du sujet autosite. Celui-ci n’est pas toujours bien conformé dans la région inférieure du tronc ; assez souvent l’anus est mal placé, rejeté latéralement ou bien placé immédiatement derrière le scrotum ou la vulve ; il peut être imperforé. Les organes sexuels, dans quelques cas, o firent des anomalies de position; la moelle épinière enfin peut se terminer inférieurement d’une manière insolite, par exemple sans queue de cheval, et l’on a vu la portion sacro-coccygienne affectée de fissure spinale. Le fœtus inclus a une conformation très-variable, analogue à celle des derniers omphalosites ; il n’est pas entouré de ses membranes comme dans l’utérus : la peau, une membrane fibreuse et une membrane muqueuse, telles sont les parties qui entrent dans la constitution habituelle des enveloppes qui le circonscrivent. La peau est tendue, parcourue par des vaisseaux dilatés, la membrane fibreuse est plus ou moins épaisse, et dans certains cas exceptionnels, où une tumeur intra-abdominale est ajoutée à la tumeur sous-cutanée, elle se prolonge d’un kyste à l’autre. La membrane muqueuse, lisse, tapissée d’un épithélium pavimenteux, donne attache au fœtus parasitaire qui lui adhère au moyen de brides fibro-cellulaires.

Des parties liquides et des parties solides forment généralement le contenu de ces tumeurs. Le liquide est une sérosité claire, renfermant de l’eau, de l’albumine, du chlorure de sodium, des débris épithéliaux et des globules sanguins. Dans un cas rapporté par Himly, la composition de ce liquide était analogue à celle de l’eau de l’amnios ; quelquefois enfin, le liquide séro-albumineux faisant défaut, les parties solides sont recouvertes de graisse et de cellules épithéliales. Ces parties comprennent des portions plus ou moins considérables de membres, tan-

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tôt garnis de leurs tissus et complets, tantôt réduits à l’état rudimentaire. Ainsi l’on rencontre quelquefois, isolés ou réunis , un bras , une jambe, une main, etc.; le plus souvent on trouve des os ou des fragments d’os, que l’examen fait reconnaitre appartenir aux os des membres. Dans d’autres cas, ces tumeurs renferment des rudiments de squelette du crâne et de la colonne vertébrale, ou même des masses intestinales plus ou moins allongées et quelquefois munies d’un mésentère avec ses artères , ses veines, ses nerfs et même ses vaisseaux et ses ganglions lymphatiques. Un certain nombre de ces tumeurs présentent enfin des parties musculaires et nerveuses ; on y trouve des masses plus ou moins analogues au cerveau et au cervelet, mais qui ont rarement la structure anatomiqùe de la substance cérébrale. D’ailleurs, les rudiments de viscères sont généralement rares dans ces inclusions : les organes glandulaires sont ceux qui y font le plus souvent défaut ; les éléments du foie ne paraissent pas avoir jamais été rencontrés dans ces kystes. Cette moindre fréquence des tissus mous par rapport aux tissus durs et résistants comme les os, tient sans doute à une plus grande facilité de transformation et de désagrégation moléculaire. Pourtant ces tumeurs parasitaires ne sont pas sans se nourrir dans une certaine mesure; elles reçoivent de l'individu autosite des vaisseaux provenant des branches artérielles principales de la région qu’elles occupent. Dans la région scrotale, elles sont alimentées par les vaisseaux du scrotum, tandis que dans la région sacro-périnéale ce sont généralement des rameaux émanés de l’artère sacrée moyenne qui s’y distribuent.

La description qui précède se rapporte à des faits où l’origine et la nature fœtales de la tumeur ne sauraient faire l’ombre d’un doute. A côté de ces cas, il en est d’autres dans lesquels on ne trouve plus d’organes, mais simplement des fragments des tissus constituants du fœtus, tissu conjonctif, cartilage, os, fibres musculaires lisses et striées, en même temps que des kystes multiples. Ces tumeurs, qu’il est impossible de séparer absolument des inclusions sous-cutanées dont elles se rapprochent par une série lle faits intermédiaires, ont été généralement désignées sous les noms de cvstosarcomes ou tumeurs embryoplastiques ; elles seront étudiées plus loin sous la dénomination de tumeurs congénitales enkystées.

Les parasites viscéraux ont pour siège ordinaire la cavité abdominale, où ils occupent, soit le sac péritonéal, soit le mésocôlon transverse (cas de Dupuytren, Young); ils se retrouvent aussi dans le médiastin antérieur (Gordon, etc.). On a également signalé leur présence dans les ovaires, les testicules (Verneuil) ; mais il se peut que dans ces organes il s’agisse

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simplement de kystes dermoïdes. Entouré d’une forte capsule, le parasite est toujours rudimentaire, le plus souvent acéphale, tantôt libre, tantôt relié à la capsule qui l’entoure par des faisceaux fibreux, des vaisseaux, ou même par une sorte de cordon ombilical. Il présente rarement des organes complets, à part quelques portions d’intestin ; mais souvent il offre des extrémités avec leurs parties molles, des pieds, des mains avec les doigts, des os, etc. Ce parasite n’a pas d’organes vasculaires propres, et sa nutrition ne peut s’effectuer que par l’intermédiaire des vaisseaux de l’autosite. Dans la cavité abdominale, par exemple, cette nutrition s’opère aux dépens des branches des vaisseaux mésentériques.

La présence d’un parasite inclus peut ne déterminer aucun accident local ; cependant au sein du péritoine elle n’est pas toujours sans danger. 11 arrive, en effet, que la tumeur parasitaire, se comportant à la façon d’un corps étranger, donne lieu à une péritonite, ou produise une perforation intestinale ; ainsi elle peut se faire jour à l’extérieur et se déverser au dehors.

Différentes théories ont été proposées dans le but d’expliquer l’inclusion fœtale, mais deux de ces théories seulement méritent notre examen. L’une d’elles fait provenir l’embryon inclus du sujet principal dont il ne serait qu’un produit. Présentée par Meckel, cette hypothèse est formellement contredite par tous les cas dans lesquels on trouve l’embryon inclus très-développé ou même complet, et par l’intime analogie qui lie ces cas avec ceux dans lesquels le sujet inclus est réduit à quelques parties amorphes. L’autre considère l’embryon inclus, non plus comme le descendant, mais comme le frère du sujet qui le renferme, conçu dans le même acte générateur. Cette dernière explication, qui rapproche les monstres par inclusion fœtale des parasites par implantation et des monstres omphalosites, est celle qui s’accorde le mieux avec les données scientifiques.

Bibliographie. — Dupuytren, Bull, de la faculté de médecine de Paris, t. I, an xni. — Young, Med. chirurg. Transact., 1809, t. I, p. 23è. — Prochaska, (Esterr. med.. Jahrb., II. Wien, 1814. — Highmore, London med. Repository, 181è, vol. II. — Philips, Med. chir. Transact., 1815, t. II. — Capadose, Diss. de fætu intra fœtum. Lugd. Batav., 1818. — Gordon, Med. chir. Trans., t. XIII, p. 12, 1825. — Lachkze, De la duplicité monstrueuse par inclusion, thèse de Paris, 1823. — Lesauvage, Mém. sur lu monstruosité dite pur inclusion. Caen, 1829. — Le même, Bull, de l’Acad. méd., 20 janvier 1852. — Himly, Geschichte des Fœtus in Fætu. Hannover, 1831, avec le relevé de la plupart des faits connus. — Charvet, Arch. cjén. de méd., sér. 3, t. III, p. 265, 1838. — Szokalski, Ibid., t. VII, p. 307. — Emmerich, Fœtus in Fætu (Arch. fur physiol. Heilkunde, 18è7, et Gaz. méd., 18Ô7, p. 830). — Ollivier d’Angers, Mém. sur l’inclusion. ( Archives génér. de méd., p. 355 et 539, t. XV, 1827). — ls. Geoe-

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froy Saint -Hilaire, Histoire des anomalies de l’ organisation, t. III. Paris, 1836. — Schaumann, Diss. sist. cas. rar . fœtus in fœtu. Berlin, 1839. — Stanley, On congénital tumors of the pelvis (Med. chir. Transact., t. XXIY, p. 230, 1841). — Vigné, Bull, de la Société anat., 21e année, 1846, p. 196. — Fleischmann, Der Fœtus in Fœtu. Nuremberg, 1845. — Cruveilhier, Traité d'anat. pat h. générale, t. I, p. 371, 1849. — V. Ammon, Die angebor. chirurg. Krankhfdt. Berlin, 1842. — Hoiie, Geburten missgestalteter Kinder.. Halle, 1850. — Dickinson, Med. Times and Gaz. July 1850. — Lebert, Mém. de la Société de biologie, t. IV, p. 203, 1852. — Sulikowski, Monstruosité par inclusion, rapport par Danyau (Gaz. mèd., 1851, p. 743). — Yerneuil, Mém. sur l’inclusion scrotale et testiculaire ( Archives générales de médecine, 1855, t. I, p. 641, et t. II. — Schuh, Wien. med. Wochenschr., 1855, n° 51. — Reiner, Ibid., 1858, 31-33. — Schwartz, Beitr. zur Geschichtc des Fœtus in Fœtu. Marburg, 1860. — Moussaud, Des inclusions fœtales, thèse de Paris, 1861. — Aug. Fürster, Die Missbildungen des Menschen. Iéna, 1865, p. 40, pl. V, fig. 17. — Constantin Paul, Étude pour servir à l’histoire des monstruosités parasitaires ( Archiv . génér. de médecine, t. I, p. 641, et t. II. Paris, 1862). — Danyau, Rapport sur une obseixation de superfét. congénit. d’une jeune fille de quatorze ans (Acad, de méd., 18 nov. 1851, et Gaz. mèd., 1869, p. 68). — Braune, Die Doppelbildungen and angeboren. Geschioülste der Kreuzbeingegend. Leipzig, 1862. — Berend, Berlin, klin. Wochenschrift, 1864, n° 24. — Breslau et Rindfleisch, Archiv f. path. Anat. und Physiol., t. XXX, p. 406, 1864, et Gaz. méd., 1866. — Preuss, Archiv fur Anat. Physiol. und wissenschaft. Medicin , fasc. 2, 1869 ; anal, dans Gaz. méd., 1870, p. 371. Virchow, Berl. klin. Wochenschr., VI, 19; mai 1869. — Rohm, Zur Casuistik der fôtalen Inclusion, in Steissbeingeschw. (Berlin, klin. Wochenschr., n° 5, 1872). — Moritz Freyer, Zur Casuistik der Kreubeingeschwülstc mit Fœtalem ( Archiv f. path, Anat. und Physiol., t. LVIII, p. 509, 1873).

§ 4. — TUMEURS CONGÉNITALES ENKYSTÉES.

Par cette dénomination, nous désignons des productions congénitales solides, liquides ou semi-liquides entièrement liées à la formation ou au développement de l’être humain. Bien qu’on ne soit pas absolument fixé sur l’origine de ces tumeurs, le moment de leur apparition et la nature des parties qui les composent tendent à les faire rattacher à un vice de l’organisation, et, pour ce motif, elles se placent naturellement à côté des monstruosités; elles constituent deux groupes distincts quant à leur origine : 1° les tumeurs sarcomateuses, cystosarcomateuses et kystiques; 2° les tumeurs dermoïdes.

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