I. — Tumeurs sarcomateuses kystiques
Ces tumeurs ont pour siège spécial l’excavation pelvienne, la partie antérieure du sacrum et du coccyx, les parties postérieures et inférieures
du tronc, exceptionnellement les parties supérieures et antérieures. Elles sont les unes solides, les autres complètement liquides ; néanmoins elles n’offrent pas une différence aussi considérable qu’on serait tenté de le supposer de prime abord, car il existe entre ces deux limites extrêmes toute une série de tumeurs intermédiaires, c’est-à-dire de tumeurs solides dans lesquelles se sont développées un plus ou moins grand nombre de poches kystiques de forme allongée et d’un volume qui varie depuis la grosseur d’un œuf jusqu’à celle d’une tète de fœtus à terme.
Les tumeurs sacrées congénitales reposent en arrière sur le sacrum et le coccyx ; en avant, elles se coiffent du rectum et refoulent l’anus et les organes génitaux externes au-dessous de la symphyse pubienne ; en haut et en arrière, elles sont limitées par le bord inférieur des muscles fessiers ; en bas, par la peau de la région du périnée. Du côté du bassin, les limites sont moins constantes : tantôt la tumeur est arrêtée dans son développement par le releveur de l’anus , tantôt,
écartant les fibres de ce muscle, elle remonte dans la cavité du petit bassin et se trouve située entre le sacrum et le rectum ; dans quelques cas enlin, franchissant les limites supérieures du bassin, elle se développe dans la cavité abdominale. Les tumeurs coccygiennes ont des insertions moins profondes et sont plus accessibles au chirurgien.
Ces productions présentent plusieurs enveloppes : d’abord la peau normale, quelquefois amincie, violacée, glabre ou recouverte, sur un point, de poils (fig. 2à), ensuite une couche celluleuse et une membrane libreuse plus ou moins épaisse qui peuvent les fixer au sacrum ou au coccyx. Leur contenu, de consistance ordinairement molle, ou semi-fluctuante, de coloration grisâtre ou rosée, est friable, quelquefois gélatiniforme et parsemé de vacuoles remplies d’un liquide visqueux diaphane (Depaul). Leur structure n’a pas toujours été suffisamment étudiée : certains auteurs se bornent à dire que ces tumeurs sont solides, sarcomateuses ; quelques autres, reconnaissant leur grande analogie avec les tumeurs
Fig. 24. — Tumeur congénitale coccygienne, opérée par le professeur Depaul.
MONSTRUOSITÉS
cvstosarcomateuses qui se développent dans d’autres régions du corps, et notamment dans les ovaires, les ont appelées du nom de cystosarcomes. Elles sont généralement composées, en proportion variable, de parties solides et de kystes plus ou moins volumineux, remplis d’un liquide séreux , quelquefois sanguinolent. Ces kystes, ordinairement petits et nombreux , ne communiquent pas les uns avec les autres ; ils ont des parois minces et tapissées d’un épithélium pavimenteux, et renferment quelquefois des poils ou une matière sébacée. La masse solide de la tumeur est formée de petites cellules rondes disséminées au milieu d’un stroma connectif très-riche en vaisseaux, et, au sein de cette masse connective embryonnaire, on peut le plus souvent voir les éléments des différents organes, sinon des fragments de ces organes ; c’est ainsi qu’on va rencontré des fragments d’os isolés ou soudés entre eux, des masses cartilagineuses, des parcelles de tissu musculaire lisse et strié, des rudiments d'intestin (Depaul). On y a trouvé encore des éléments semblables à ceux que l’on observe dans les couches superficielles de la substance grise du cervelet ; mais je ne sache pas que jusqu’ici on ait observé des cellules ou des tubes nerveux dans ces productions si complexes, quoique, selon toute vraisemblance, ces éléments paraissent devoir s’y rencontrer. Il y a lieu de penser, en effet, que la constitution de ces tumeurs n’est pas extrêmement différente, et que souvent, faute d’un examen histologique suffisant, certains tissus n’y sont point signalés. On peut croire aussi que les simples kystes congénitaux observés dans la région sacrée ne sont, dans plusieurs cas du moins, que les mêmes tumeurs dans lesquelles l’élément kystique a fini par prédominer aux dépens des parties solides (1). Des vaisseaux nombreux se distribuent à ces tumeurs ; ils proviennent de l’artère sacrée moyenne qui, souvent augmentée de volume, pénètre et se termine dans leur épaisseur ; il n’est pas rare de voir s’y rendre aussi des branches des artères fessières et ischiatiques. Les dernières ramifications du grand sympathique, et quelques-uns des filets du ganglion coceygien se répandent quelquefois à leur surface. Les tumeurs congénitales des parties supérieures du tronc ont pour siège ordinaire la base du crâne ou les os maxil-
(1) Voyez les observations de Klebs, Giraldès, etc. Outre ces tumeurs il existe dans la région sacro-coccygienne des lipomes congénitaux dont Molk a pu réunir cinq cas. Appendues à l’extrémité du coccyx ou placées en avant de cet os, ces productions, susceptibles d’acquérir un volume considérable, sont composées d’un feutrage de tissu connectif, trèsriche en tissu adipeux. Après l’étude que nous avons faite des monstres simples dans lesquels le tissu adipeux est toujours prédominant, n’v aurait-il pas lieu de se demander si les tumeurs ne sont pas aussi l’effet d’un vice d’organisation, d’une anomalie monstrueuse ?
laires; elles font saillie dans la bouche et diffèrent peu quant à leur structure de celles de la région sacrée. Un fœtus d’environ six mois présenta à Breslau et Rindtleisch une tumeur de consistance diverse, multiloculaire, dont une partie occupait la cavité crânienne, tandis que l’autre partie, qui sortait par la bouche, communiquait avec la précédente par un pédicule traversant le trou de la selle turcique. La tumeur interne qui parut offrir des ébauches d’une face et de plusieurs membres renfermait un fragment d’intestin ; mais, en somme, elle était surtout composée d’une masse connective embryonnaire au sein de laquelle se rencontraient clair-semés et comme par hasard des amas de tissus cartilagineux, osseux, musculaires, nerveux et glandulaires.
Une opinion qui a eu longtemps cours dans la science rapporte l’origine des tumeurs sacro-coccygiennes à une hernie ancienne de la moelle épinière et des méninges, soit à travers un spina bifîda, soit à travers l’hiatus du canal sacré. Or, d’une part, le spina bifida affecte trèsrarement le sacrum, il n’existe pas au coccyx; d’autre part, la hernie de la moelle et de ses enveloppes à travers l’hiatus du canal sacré n’a été observée que. dans un très-petit nombre de cas ; par conséquent, il est logique de conclure du peu de fréquence de ces lésions primitives à la rareté d’une semblable origine, sauf en ce qui concerne les tumeurs de la région postérieure du sacrum.
Le siège habituel de ces tumeurs à la partie inférieure de la colonne vertébrale est un fait qu'il importe de noter, d’autant plus qu’il arrive d’observer, à l’extrémité supérieure du canal rachidien, des productions analogues ou semblables à celles de la région sacrée. Mais l’existence de tissus et d’organes complets au sein de ces tumeurs nous paraît suffisante pour rejeter l’opinion des auteurs qui chercheraient, à l’exemple de H, Muller et de Klebs, etc., à faire provenir ces tumeurs persistantes d’une végétation spéciale de la partie supérieure ou inférieure de la corde dorsale ; il est beaucoup plus rationnel d’y voir des anomalies se rapprochant des monstres épignathes ou ischiopages. L’hypothèse émise par Luschka et défendue par Perrin (1), hypothèse d’après laquelle la plupart des tumeurs sacro-périnéales, indépendantes du canal rachidien, doivent être rapportées à des dégénérescences de la glande coccvgienne, n’est pas acceptable, puisque cette glande a été, dans quelques cas, trouvée intacte à côté de la tumeur.
(1) De la glande coccygienne et des tumeurs dont elle peid être le siège. Thèse de Strasbourg, 1860. — Comparez : Legros, Étude sur la glande périnéale, ses divers états pathologiques, thèse de Paris. 1878.
MONSTRUOSITES.
La nature et le mode pathogénique des tumeurs congénitales enkystées sont certainement difficiles à déterminer à l’aide des faits existants, pour la plupart incomplets, du moins en ce qui concerne l’examen histologique. Cependant, si l’on remarque que ces productions ne se rencontrent guère (lue chez des individus du sexe féminin, quelles sont enkystées, qu’on y trouve tantôt les éléments des différents tissus, tantôt des masses graisseuses, des poils, des kystes à parois tapissées d’épithélium, on sera tenté de rapprocher leur composition de celle des derniers monstres omphalosites et de les rapporter à un vice de l’organisation. Les tumeurs sacro-coccygiennes ont, en effet, la plus grande ressemblance avec les monstruosités zoomyles ; comme elles, elles sont quelquefois couvertes de cheveux sur une de leurs parties (fi g. 24), et cette partie est précisément celle qui se trouve à leur extrémité libre (fig. 2k et 25). On peut donc croire qu’il s'agit , dans les cas de ce genre, de monstres doubles ischiopages dont l’un des composants s'est trouvé arrêté dès les premières phases de son développement. Le siège spécial de ces tumeurs appuie encore cette opinion, puisqu’il se trouve en un point où se produit généralement l’ischiopagie (voy. fîg. 16 et \ 7), et Fig. 25. — Tumeur congénitale sacro- \ i) •, , j • • , coccygienne fMolk).
ou 1 on voit rarement se produire des tu-
meurs en dehors de 1 ’état fœtal. Du reste, dans un cas que j’ai pu observer récemment avec M. le docteur de Soyre, à la clinique de M. Depaul, la tumeur congénitale se trouvait appendue à l’extrémité du coccyx, sur son bord gauche et un peu sur sa face antérieure (fig. 26). Cette tumeur, formée d’une masse rougeâtre, molle, s’écrasant sous le doigt, et de kystes, n’avait de ressemblance réelle avec aucune production pathologique. Ajoutons que l’absence de récidive après une opération vient encore h l’appui de notre manière de voir qui s’applique également aux tumeurs de la partie supérieure du tronc.
La transition pour ainsi dire insensible qui existe entre ces différentes tumeurs nous fait penser que , malgré leurs dénominations diverses, elles ont pour la plupart une même origine. Il n’est pas possible, en effet, de croire à l’existence de productions carcinomateuses à cet âge de la vie, et certainement les tumeurs d’aspect médullaire auxquelles on a accordé cette épithète ne différaient pas de
anatomie pathologique.
celles que certains auteurs ont désignées sous le nom de sarcomes ou cystosarcomes; de sorte que, à part quelques tumeurs caudales, véritables appendices coccygiens, il y a lieu d’admettre que les productions enkystées des régions sacrées et maxillaires ne sont que des anomalies de formation. Il est difficile, du reste, de séparer quelquesunes de ces tumeurs des inclusions fœtales. C’est pourquoi il nous a paru logique de rapprocher leur étude de celle des monstruosités parasitaires, comme aussi de celle des kystes dermoïdes, quoique l’origine de ces derniers nous paraisse différente.
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