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II. — Kystes dermoïdes

Cette dénomination sert à désigner, depuis Lebert, des tumeurs kystiques ayant une structure qui se rapproche beaucoup de celle de la peau et dont le contenu, composé de cellules épidermiques, de graisse ou même de poils, peut renfermer des os et des dents. A cause de la nature spéciale de leur contenu, ces tumeurs sont décrites dans divers recueils sous les noms de kystes dermoïdes , kystes pileux, kystes graisseux, etc. Elles ont été trouvées dans les diverses régions du corps humain, mais on les rencontre le plus souvent dans les ovaires, les testicules, et dans divers points du tissu cellulo-adipeux sous-cutané, principalement au voisinage de l’orbite, du sourcil, dans les paupières, tandis que chez les animaux leur siège de prédilection parait être le tissu conjonctif intermusculaire de l’encolure.

Dans leur forme la plus simple ces productions se composent d’une enveloppe peu différente de la peau et d’un contenu. L’enveloppe est constituée par une toile fibreuse ou dermique plus ou moins résistante, formée de tissu conjonctif et de fibres élastiques, tapissée à sa surface interne par des lamelles épidermiques dont les plus centrales sont aplaties, cornées, tandis que les plus extérieures possèdent tous les caractères des jeunes cellules épithéliales. Le contenu est composé de cellules épithéliales plus ou moins altérées, de gouttelettes et de cellules graisseuses mêlées à des cristaux de cholestérine, ce qui donne à toute la masse l’aspect d’une bouillie et a valu à ces tumeurs la dénomination d’athéromes. Dans une forme plus complexe, l’enveloppe, par sa face in-

terne, donne naissance à des poils plus ou moins longs, de couleur variable, souvent différents de la couleur des poils de l’individu qui porte le kyste. Pourvus de bulbes, entourés d’une gaine distincte et fréquemment

Fig. 27. — Kyste pileux de l’ovaire, vide de son contenu, poilset matière sébacée; hydropisiede la trompe utérine du même côté.

accompagnés de deux glandes sébacées, ces poils sont ou disséminés dans la paroi, ou implantés sur un pédicule distinct (fig. 27). Kolliker a trouvé des glandes sudoripares et des papilles dans un kyste dermoïde du poumon. Cellules épithéliales, matière grasse, cristaux de cholestérine, poils déhiscents ou implantés sur la paroi, telles sont les parties qui forment le contenu de cette seconde variété kystique. Une troisième variété se trouve constituée par l’existence, à la surface interne de la poche, de verrues, de condylomes et même de productions cornées.

La forme la plus complexe de ces kystes renferme enfin des dents et des

fragments osseux. Ces " AT ^ÊÉÊk dents ( fig. 28), plus fré-

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quemment observées dans les kystes de l’ovaire et dans le voisinage des mâchoires , se rencontrent encore en d’autres points.

Elles sont en nombre variable de une à vingt dans les kystes non ovariens ; elles peuvent être portées à cent et même au delà dans les kystes de l’ovaire ; elles sont libres ou implantées dans les parois du kyste, sur des fragments osseux. Leur

Fig. 28. — a, conglomérat de dents au sein d’une sorte de tissu gingival; b , une dent offrant à son collet une cavité produite par la couronne d’une autre dent; c et d, dents plus petites et plus jeunes.

MONSTRUOSITÉS

groupement ne se rapproche pas de la dentition normale ; mais leur forme et leur structure sont identiques avec celles des dents ordinaires ; quelques-unes peuvent manquer de racines. Les os qu’on

I remarque dans ces kystes n’ont en général que peu de ressemblance avec le squelette d’un fœtus, ils sont plus ou moins aplatis, de forme irrégulière, tantôt libres, tantôt incrustés dans la paroi du kyste ; s’ils coexistent avec des dents, ils se rapprochent davantage des os du fœtus et sont ordinairement nombreux : en tout cas leur structure demanderait à être mieux connue. On prétend avoir rencontré, dans des tumeurs de ce genre, des fragments de cartilages hyalins et même des fibres musculaires, des libres nerveuses et de la substance grise médullaire ; mais alors il s’agissait vraisemblablement d’une inclusion fœtale. C’est qu’en effet il existe entre l’inclusion la plus complète et le simple kyste pileux une série de faits intermédiaires, qui rendent la transition presque insensible et le diagnostic différentiel difficile. La plus ou moins grande déformation des os ou même leur absence ne prouve pas absolument contre l’inclusion, attendu que des os de petit volume, privés de toute vitalité, sont susceptibles d’être modifiés ou même résorbés, comme cela s’observe dans les grossesses extra-utérines. Toutefois l'existence d’une grande abondance de dents et de cheveux nous paraît séparer nettement les kystes dermoïdes des inclusions fœtales.

Les kystes dermoïdes s’accroissent peu à peu comme les organes, mais d’une façon moins régulière. Lorsqu’on ne les confond pas avec les kystes des glandes sébacées, on remarque qu’ils s’observent généralement chez des individus jeunes ou adultes, et si quelquefois ils se rencontrent chez des personnes âgées, il est toujours possible de s’assurer, lorsqu’ils sont superficiellement situés, qu’ils existaient dès les premiers jours de la vie ou du moins qu’on en a reconnu la présence de très-bonne heure. Ces kystes, en conséquence, se lient nécessairement à un vice de formation et de développement, et tout porte à croire qu’ils remontent aux premiers temps de l’évolution embryonnaire, car, selon la judicieuse remarque de Broca, ils occupent de préférence la tête, le cou ou le tronc, rarement ou jamais les membres, dont la formation est plus tardive. Ajoutons qu’ils siègent dans les organes nés aux dépens des feuillets externe et interne du blastoderme, et qu’ils en sont vraisemblablement des produits. En effet, l’hypothèse qui rattache ces kystes à une grossesse extra-utérine n’est pas discutable ; celle qui leur accorde pour origine une inclusion fœtale n’est pas beaucoup plus admissible, puisque les fœtus inclus n’ont pas de dents, et d’ailleurs, s’ils en avaient, on se demande pourquoi celles-ci dépasseraient le chiffre normal de façon à pouvoir se compter par centaines. L’opinion de Meckel

qui voulait voir dans ces kystes des produits incomplets, des conceptions sans cohabitation ( Luc.ina sine concubitu ) , après avoir été considérée comme une pure fantaisie, est remise en honneur, du moins en ce qui concerne les kystes dermoïdes de l’ovaire et du testicule, depuis les recherches de Waldeyer sur l’ovaire et sur l’œuf ( 1 ). Ces recherches ayant montré que les ovaires et les testicules sont, à une certaine période de leur évolution fœtale, des organes semblables et que l’ovule se produit par suite du développement d’une cellule de l’épithélium superficiel de l’ovaire, il devenait naturel d’expliquer la formation des kystes dermoïdes par parthénogenèse, c’est-à-dire par le développement spontané d’un ovule. Mais cette théorie ingénieuse ne parvient pas à rendre compte de la présence des kystes dermoïdes dans certains organes, tels que le cerveau, les poumons, etc. Avant de l’accepter, il serait donc essentiel de prouver que ces kystes diffèrent de ceux qui siègent dans les ovaires et dans les testicules.

En résumé rien ne prouve que les kystes dermoïdes soient des inclusions fœtales ou des accidents de parthénogenèse; nous croyons plus rationnel de les considérer avec le professeur Broca comme le résultat d’une hétérotopie emhrvogéniquc, surtout depuis les recherches de Legros et Magitot sur le développement des dents chez les mammifères. Effectivement, ces recherches ayant montré que la première ébauche des follicules dentaires apparaît par un cordon émanant de la couche épithéliale de la muqueuse gingivale, l’hypothèse de la formation de dents et même de cheveux dans les tissus et les organes nés aux dépens des feuillets interne ou externe du blastoderme, par suite de la pénétration d’éléments épithéliaux, est chose très-acceptable. Les tumeurs qui en résultent n’ont pas, du reste, tout d’abord le volume qu’elles auront plus tard, elles sont susceptibles d’accroissement, ce qui porte à croire que les parties qui les composent ont, comme les organes normaux, leur évolution. Par conséquent ce qui constituedans l’origine les kystes dermoïdes, ce n’est pas l’existence des os, des dents ou de tout autre organe, mais celle d’éléments générateurs de ces organes, dont le développement peut être plus précoce ou plus tardif qu’il ne l’est dans les organes normaux analogues du mémo fœtus ; ainsi s’explique ce fait que des dents toutes formées et volumineuses aient été rencontrées dans des kystes chez des nouveau-nés dont les dents normales étaient encore en voie de formation.

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