‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 32 sur 116 · I. — Persistance du cloaque · texte numérisé non relu

I. — Persistance du cloaque

La persistance du cloaque ou vestibule commun à l’intestin et aux organes génito-urinaires a été plusieurs fois rencontrée dans l’espèce humaine chez les nouveau-nés où elle est souvent accompagnée de fissure abdominale et d’exstrophie vésicale. Cette anomalie consiste en une cavité plus ou moins distincte, communiquant au dehors par une seule ouverture et recevant intérieurement les orifices des voies urinaires, de l’appareil générateur et du rectum. L’ouverture commune de l’anus et de la vulve représente assez bien ces deux orifices, réunis par une déchirure du périnée. Dans quelques circonstances, on ne trouve plus un vestibule

Fig. 42. — Imperforation de l’anus et communication de l’intestin avec le canal de l’urèthre a, abouchement du rectum dans l’urèthre, près du col de la vessie ; b, rectum ; c, section de cet intestin; d, vessie.

commun aux organes génito-urinaires et à l’anus, mais la communication de deux de ces parties entre elles. C’est ainsi qu’on a pu constater l’embouchure des uretères, soit dans le vagin, soit dans l’anus, celle du vagin

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ou du col de l’utérus dans la vessie ou dans le rectum, et enfin celle du rectum dans le vagin, la vessie ou l’urèthre.

La première de ces dispositions, la moins fâcheuse de toutes, est aussi fort rare ; l’embouchure du vagin ou du col de l’utérus dans le rectum est beaucoup plus fréquente. Il existe alors, comme dans l’état normal, deux ouvertures : l’une, celle de l’urèthre, est propre aux organes urinaires ; l’autre est commune à l’excrétion des matières fécales et aux fonctions génératrices. Quelque grave que soit ce vice de conformation, il n’est point une cause nécessaire de stérilité pour les femmes qui en sont affectées. Des observations authentiques montrent même qu'un accouchement a pu se terminer heureusement dans ces conditions, l’ouverture anale s’étant agrandie par la déchirure plus ou moins complète du périnée. L’embouchure de l’intestin dans la vessie, au niveau de son col, ou dans l’urèthre (fig. 42) , est une anomalie plusieurs fois observée, principalement chez les enfants mâles; l’expulsion, par l’urèthre, d’urines mêlées de méconium en est l’indice certain. L’orifice de l’intestin , sorte d’anus interne, est alors très-petit et permet seulement le passage de la partie la plus liquide du méconium et des matières fécales. L’ouverture de l’intestin dans le vagin est un vice de conformation analogue, mais beaucoup moins grave, parce que ce canal a des dimensions plus considérables que celles de l’urèthre. Souvent, dans ces conditions, l’intestin est imperforé, et ces cas, qui ne sont que des abouchements anormaux du rectum, ont été quelquefois décrits comme des rétrécissements ou atrésies de l’intestin.

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II, — Hermaphrodisme faux ou hermaphrodisme externe.

Cet hermaphrodisme, qui n’est qu’apparent, puisque l’appareil sexuel est unique , présente dans quelques-unes de ses parties les caractères d’un appareil mâle, dans quelques autres les caractères d un appareil femelle. Néanmoins, il est masculin ou féminin.

L’hermaphrodisme masculin, de beaucoup le plus fréquent, est toujours le résultat d’un arrêt de développement qui diminue la différence existant normalement entre les caractères de l’appareil reproducteur de l’un et de l’autre sexe. 11 est constitué par la persistance de la fissure du périnée et du scrotum, accompagnée d’une fissure uréthrale inférieure ou hypospadias, de diverses déformations du pénis et en même temps d’une position généralement anormale des testicules. Non-seulement le pénis est plus ou moins modifié dans sa forme et d’un volume inférieur à celui de l’état normal, mais le gland est imperforé, le prépuce mal conformé et i’urèthre changé dans une partie de son étendue en un simple sillon peu ou point distinct. La région du scrotum présente une fente plus ou moins profonde, simulant une vulve, avec les lèvres de laquelle le pénis est plus ou moins adhérent par sa face inférieure, de sorte que c’est ordinairement dans la partie la plus voisine de l’anus que se trouve l’orifice externe de l’urèthre. Pour peu que la fente scrotale soit profonde, elle forme une cavité aveugle souvent prise pour un vagin, comme la fissure pour une véritable vulve ; l’individu atteint de ce vice de conformation a donc des organes sexuels externes qui présentent l’apparence de ceux de la femme, et plusieurs fois il en est résulté des méprises regrettables. Ajoutons, pour compléter la ressemblance, que les testicules, de structure, de forme ou même de volume ordinaires, ont en général une position anormale. Le plus souvent renfermés dans la cavité abdominale, ils n’en sortent qu’à l’époque de la puberté pour se fixer dans la fausse vulve, au niveau des anneaux inguinaux ou un peu au-dessous; ainsi situés sur les côtés du pubis, ils ont quelquefois été pris par des chirurgiens inexpérimentés pour des tumeurs herniaires, et traités comme tels. Dans ces conditions, la sécrétion du sperme est souvent possible; son émission peut avoir lieu, mais l’état incomplet de l’urèthre et son adhérence avec les lèvres de la fissure scrotale rendent imparfaite l’éjaculation de la liqueur séminale et mettent obstacle à la fécondation, qui n’est toutefois pas absolument impossible.

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En même temps que les organes sexuels externes se rapprochent de ceux de la femme, l’organisation tout entière se modifie et prend en quelque sorte l’empreinte de l’organisation féminine. Le larynx est peu saillant, la voix peu grave, la barbe est rare ou fait défaut ; la peau, douce, peu velue, recouverte par un tissu adipeux développé, recouvre des muscles peu saillants. Les membres sont petits, la poitrine est étroite et le bassin élargi. Les mamelles arrondies, plus ou moins volumineusès, pourvues de mamelons prononcés, viennent compléter une ressemblance qui s’étend souvent jusqu’au moral. Ces caractères s’observent encore dans certains cas où, malgré la réunion complète des lèvres de la fente scrotale, les testicules et le pénis sont imparfaitement développés.

Le plus faible degré des anomalies de ce genre chez l’homme est l’hypospadias, qui consiste dans l’ouverture de l’urèthre, au-dessous de la verge, à une distance plus ou moins éloignée du gland. Si le scrotum, quand cette ouverture est située près de la racine de la verge, est en même temps divisé sur la ligne médiane, il en résulte un orifice avec des replis simulant une vulve ; ainsi, on comprend qu’il existe entre l’hypospadias et l’hermaphrodisme masculin le plus complet toute une série d’états intermédiaires. Du reste, comme la persistance de la fente scrotale, l’hypospadias est le résultat d’un arrêt de développement survenu à une époque plus ou moins avancée de la grossesse.

L’hermaphrodisme féminin est caractérisé par l’hypertrophie simple du clitoris, par l’occlusion plus ou moins complète de la vulve ou par la réunion de ces deux anomalies ; de même que l’hermaphrodisme masculin, il offre de nombreuses variétés. Dans son degré le plus avancé, cette anomalie se traduit par l’existence d’un clitoris très-volumineux, ayant à sa partie inférieure un canal plus ou moins complet duquel s’échappent les urines et le flux menstruel. Non-seulement cette disposition simule chez la femme le volume et la forme du pénis avec un urèthre presque complet ou affecté d’hypospadias , et un canal sexuel constamment imperforé ou rétréci; mais il convient d’ajouter que l’influence d’un tel hermaphrodisme réagit sur l’ensemble de la constitution physique, et même d’une manière très-manifeste sur les penchants moraux. A tous ces caractères masculins s’ajoute encore, dans quelques cas, une autre anomalie, la descente des ovaires et l’issue de ces organes à travers les anneaux inguinaux , ou simplement le développement de petites pelotes graisseuses, dont le siège dans la région inguinale peut faire croire à l’existence de testicules. Pourtant, il est facile de ne pas se laisser abuser, si, par un toucher attentif, on a soin de s’assurer de l’absence des épididymes et des canaux déférents. Nous bornerons à cette description l’étude des

anomalies des parties externes de la génération. Ailleurs, il sera question des anomalies des organes internes et de leurs relations avec les vices de conformation des organes externes.

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