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II. — Gangrènes

Notablement différentes des nécroses, les gangrènes sont des processus particuliers de fermentation ou de putréfaction des tissus, et Lancereaux. — Traité d’Anat. patli. L — 33

comme telles, elles sont subordonnées aux conditions d’air, de température,d’humidité, etc, que réclament les ferments pour manifester leur action. Ces altérations se rencontrent sur les différents points du corps, et en particulier sur les parties qui sont en rapport avec l’air extérieur, comme la peau, la muqueuse digestive, les poumons (fig. 189), l'utérus, etc.

Elles sont au contraire fort rares dans les organes, tels que le foie et le cerveau, qui ne communiquent pas avec le dehors. En somme, il est d’observation qu’elles ne se manifestent jamais primitivement à l’abri du contact des agents extérieurs.

Les gangrènes présentent dans leur évolution symptomatique deux périodes, l’une d’irritation et de fluxion, l’autre de mortification et de décomposition. Les tissus tout d’abord prennent une teinte rouge violacé, et se tuméfient tant par l’effet d’une hypérémie vasculaire que par l’infiltration dans leurs mailles de liquides séro-sanguinolents. Pendant ce temps, les parties affectées se couvrent de taches livides, de pétéchies, et, si la peau est atteinte, l’épiderme se soulève et donne lieu à la formation d’une vésicule ou d’une ampoule contenant un liquide sanieux roussâtre. Les parties affectées perdent leur consistance ferme , elles se ramollissent et bientôt elles exhalent une odeur plus ou moins fétide ; c’est la seconde période qui commence. Les modifications qui se produisent en pareil cas au sein des parties élémentaires sont histologiquement peu différentes de celles que l'on observe dans les nécroses, bien qu’elles soient chimiquement distinctes. Le sang est de tous les tissus celui qui se décompose le plus rapidement : d’abord les globules perdent leur matière colorante, qui se dissout, imbibe et colore la masse gangrenée, ou l’infiltre sous forme de granulations; puis le protoplasma incolore se gonfle, se dissout et disparaît à la vue. La plupart

Fig. 189. — Portion du lobe inférieur du poumon droit atteint de gangrène des extrémités bronchiques, a, bronche de second ordre ; b , extrémité bronchique détruite par la gangrène. La plupart des extrémités bronchiques de ce lobe sont altérées de la même façon.

des éléments figurés présentent des modifications analogues. Les cellules subissent une sorte de rigidité cadavérique, résultant de la coagulation de leurs principes albumineux, les mouvements moléculaires des granulations s’arrêtent , l’élément devient trouble, semble imprégné d’une fine poussière, et se réduit en granulations plus ou moins volumineuses formant une masse appelée à disparaître plus tard. Cette altération débute généralement par le noyau, et finit par la membrane enveloppante lorsqu’elle existe.

Les fibres des tissus conjonctifs et élastiques sont, avec la charpente osseuse, les parties qui résistent le mieux aux progrès de la gangrène. Quant aux éléments cellulaires de ces parties, ils se détruisent aussi rapidement que tous les autres. La graisse contenue dans les cellules adipeuses abandonne ces éléments, se réunit en gouttelettes isolées qui se répandent au loin et donnent à l’ichor ou sanie gangréneuse l’apparence d’une émulsion. Ces cellules néanmoins conservent jusqu’au moment de leur destruction une faible quantité de graisse, qui s’imprègne facilement de la matière colorante du sang; et il n’est pas rare de voir de magnifiques cristaux en aiguilles se déposer à leur intérieur, quoique ces cristaux se rencontrent bien plus souvent dans la graisse libre.

Dans leur période avancée, les parties affectées de gangrène forment des eschares molles, noires, verdâtres ou encore jaunâtres, sales, imbibées d’un liquide sanieux et rougeâtre. Ce liquide rougit parfois le papier de tournesol, donne avec l’acide nitrique une coloration rosée, déjà rencontrée par Sherer et Bulf (1) dans la putréfaction artificielle de la fibrine, et contient des gouttelettes graisseuses et des combinaisons albuminoïdes solubles. 11 renferme de> plus des granulations pigmentaires, des cristaux noirs d’hématoïdine, des masses irrégulières noirâtres, ou brunâtres (mélanine), le tout provenant de la dissolution des globules sanguins, enfin divers principes, tels que acides gras volatils, acides butyrique, valérianique, sels de phosphate ammoniaco-magnésien, de valérianate d’ammoniaque, des composés transitoires mal déterminés et des gaz qui, par leur évaporation, donnent aux parties mortifiées leur odeur spéciale, infiltrent les tissus de façon à les rendre emphysémateux et crépitants, comme il arrive parfois à la suite d’un traumatisme un peu considérable. Les plus fréquents parmi ces gaz sont l’ammoniaque, l’hydrogène sulfuré, le sulfure d’ammonium, plus rarement ce sont des hvdrures de phosphore (Demme), des carbures d’hvdrogène inflammables (Joffroy, Gaz. hôp. 1845, n° 47). Des organismes vivants,

(1) Zeitschrif , fur rationn. Medicin, T. V. p. 237.

anatomie Pathologique.

tels que vibrions, monades, algues ( merismopœdia , cryptococcus , leptothrix ) existent encore dans les parties allectées de gangrène ; une large eschare de la région sacrée, étendue aux muscles lombo-iliaques, m’a présenté un grand nombre de sarcines, qui m’ont paru donner à ces parties une coloration verdâtre ; quelques champignons ( oidium albicans, mucor mucedo , etc.) ont enfin été rencontrés dans les tissus gangrenés, où j’ai une fois trouvé de nombreuses bactéries mobiles (fig, 190), Ces organismes (1), dont les nécroses ne présentent pas trace, existent au contraire d’une façon constante pour la gangrène, ils en sont, à vrai dire, la caractéristique. Leur présence permet de comprendre comment la sanie gangréneuse peut, à l’exemple du pus, infecter l’organisme et donner lieu à des métastases, du moins chez les individus affaiblis ; d’ailleurs des phénomènes généraux graves,

vers rencontrés dans des foyers gan- fièvre, ataxie, adynamie, accompagnent gréneux. fl, cellule graisseuse dont le . • * ( . . ,

contenu est cristallisé; 66, cristaux toujours, a certains moments, le procès-

sus morbide.

Malgré leur importance, les métastases gangréneuses ont été peu observées, et je ne sache pas que depuis l’année 1863, où je me suis occupé de leur étude (2), il ait été publié de nouvelles observations sur ce sujet. Les foyers gangréneux secondaires ne sont pas cependant d’une rareté excessive; les viscères et surtout les poumons, la rate, le cerveau, le foie, sont leur siège le plus ordinaire; on les observe dans les poumons chez des individus affectés de gangrène de la bouche, d’épithéliomes gangrenés, de noma, etc. Ils occupent encore ces mêmes organes dans les gangrènes du sacrum, mais le plus souvent alors la gangrène secondaire afiecte la base du cerveau. Les foyers, situés principalement à la périphérie des organes, sont d’ordinaire multiples, peu étendus, diversement colorés, verdâtres ou jaunâtres; ils laissent échapper, comme leur foyer d’origine, une odeur plus ou moins fétide. Cette odeur, dont ne sont pas exempts les viscères préservés de l’action de l’air extérieur, comme le cerveau, est, à mon avis, une nouvelle preuve de la différence des processus nécrosiqueet

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