‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 58 sur 116 · Snbstances et produits di · texte numérisé non relu

Snbstances et produits di

de graisse; c, tyrosine; d, lencine ; e, cristaux de phosphate ammonidéomagnésien ; f, sarcines ; g, vibrions ; h, granulations pigmentaires.

(1) Il serait intéressant de faire une étude plus complète de ces organismes, qui sont loin d’être identiques dans les différents cas de gangrène, et de rechercher ceux qui sont cause et ceux qui sont effet.

(2) Lancereaux, Mémoires d’anatomie pathologique, p. 45. Paris, 1864.

HYPOPLASIES.

gangréneux, puisqu’elle ne s’observe ni dans le ramollissement cérébral ni dans aucun des infarctus résultant d’une oblitération artérielle. De même que l’odeur, la couleur des métastases gangréneuses rappelle celle du foyer primitif, de sorte qu il n’y a pas de doute que ces lésions ne soient, comme les foyers métastatiques purulents, le résultat du transport de substances infectantes.

Étiologie et pathogénie , — La production des gangrènes est subordonnée à deux ordres de causes, les unes prédisposantes, les autres eflicientes. L’affaiblissement de la nutrition, l’humidité des tissus, telles sont les principales conditions qui favorisent le développement des gangrènes. Effectivement, partout où existe un processus gangréneux, la première de ces conditions peut être constatée .A insi , dans les nécroses des membres consécutives à une oblitération artérielle, on voit la gangrène se produire vers la limite des parties restées saines, en un point où la nutrition des tissus est certainement troublée. Il résulte de là qu’un membre primitivement atteint de nécrose se trouve frappé de gangrène sans doute par suite de son contact avec l’air ambiant , puisque semblable altération ne vient jamais compliquer les infarctus des viscères soustraits à l’action de cet agent. Les eschares qui, chez les paralytiques, se produisent dans la région sacrée sont de même précédées d’un désordre nutritif résultant de la paralysie des vaso-moteurs ; mais ce serait un tort d’attribuer à ce seul désordre la gangrène proprement dite; celle-ci, quoique localisée

Fig. 191. — Ulcères consécutifs à des eschares développées, chez une jeune femme paraplégique, au niveau des régions sacro-coccygienne trochantériennes, etc., c’est-à-dire au niveau des points particulièrement soumis à la pression.

aux points comprimés (fig. 191) est vraisemblablement subordonnée à la présence de ferments organiques ou organisés. La gangrène qui chez les enfants survient dans le cours des fièvres graves, de la diphthérite et celle que l’on observe chez les diabétiques, etc. (1) se produisent encore dans les endroits où la nutrition est le moins active, comme aux extrémités, aux grandes lèvres, dans la bouche (2) ; ces parties sont en même temps les points les plus exposés à l’accumulation des organismes inférieurs. Les contusions avec écrasement ou déchirure des tissus , les plaies d’armes à feu, le traumatisme de l’accouchement, sont aussi des conditions favorables à la production de la gangrène, qui trouve là tous les éléments nécessaires à son développement, savoir : désordre nutritif (3) et ferments organisés. L’humidité des tissus, les extravasats sanguins, aident de leur côté à la production de la gangrène; dans un membre momifié, par exemple, jamais la gangrène n’atteint la partie desséchée, elle attaque seulement les points rapprochés des parties saines et conséquemment humides. L’humidité est de même une condition nécessaire à la putréfaction ; un cadavre desséché ne se putréfie pas. Les Égyptiens avec leurs procédés d’embaumement ne produisaient que des nécroses; ils empêchaient l’action des ferments qui causent la putréfaction.

L’observation clinique m’ayant conduit depuis longtemps à considérer les gangrènes comme absolument subordonnées à l’action des agents extérieurs, j’écrivais il y a trois ans : On ne possède pas encore la démonstration expérimentale du fait, mais je ne doute pas qu’on n’arrive à créer des gangrènes par le seul intermédiaire des ferments (à). Une expérience des plus remarquables est venue depuis lors vérifier la justesse de cette proposition. Un habile expérimentateur, Chauveau, pratique sur un bélier l’opération du bistournage. Le testicule, séparé de ses éléments de nutrition, à l’abri du contact de l’air et dans les conditions des organes qui se nécrosent, subit une sorte de dégénérescence graisseuse, et disparaît plus ou moins complètement, sans présenter la moindre odeur

(1) Notons que dans ces diverses maladies on n’observe pas seulement des gangrènes, mais quelquefois aussi des nécroses par embolie artérielle.

(2) Peddie raconte que plusieurs membres d’une famille tombée dans la misère et forcée de se nourrir de pommes de terre gelées et fermentées furent atteints de diarrhée, d’hydropisie et de gangrène dans la bouche. {Journal des connaissances médico-chirurg., t. I, p. 20.)

(3) Certains états pathologiques de l’organisme, tels que ceux que créent le diabète, l’alcoolisme, quelques fièvres graves, doivent être regardés comme des causes générales favorisant la production de la gangrène.

(4) Voyez Lancereaux, Nécroses et gangrènes, dans Gaz. mcd. de Paris, 1872, nos 43 et 45.

putride. Puis, sur un autre bélier, le même observateur injecte dans la jugulaire 1 0 centimètres cubes de matière putride (pus de séton, etc.) diluée au cinquième : ce dernier souffre quelques heures, mais le lendemain il est revenu à l’état normal. Chauveau pratique enfin l’opération du bistournage immédiatement après une injection de matière putride; l’animal, après vingt-quatre heures, est en bonne santé; mais si on le sacrifie quatre ou cinq jours après, on trouve les testicules dans un état de gangrène humide. Pour rendre l’expérience plus concluante, le bistournage est pratiqué sur un seul testicule, qui tombe en état de putridité, tandis que le congénère reste sain ainsi que tous les autres organes. La conséquence à tirer de ces ingénieuses recherches, c’est que le bistournage qui détermine la nécrose et la destruction des testicules ne peut produire la gangrène de ■ . ces organes, et que cette dernière altération exige absolument la présence d’agents fermentifères dans le sang ou à la surface d’une plaie. j^Iais ces i agents sont ordinairement multiples, et comme très-vraisemblablement ils n’ont pas tous le même mode d’action, il y aurait lieu de se demander : quel est dans la production de la gangrène leur rôle réciproque. Sur ce point nous devons avouer notre ignorance et reconnaître que des recherches expérimentales seraient à cet égard d’un grand intérêt. D’abord, tous les processus gangréneux sont-ils identiques ou seulement analogues? Quand on voit la gangrène se produire dans la morve, dans le charbon, à la suite de piqûres anatomiques, d’infiltration urineuse, après l’absorption | de substances animales ou végétales en voie de putréfaction (Gaspard), et dans beaucoup d’autres circonstances, il y a lieu de se demander si c’est bien le même agent qui exerce toujours son action nuisible.

Quoi qu’il en soit de ces questions que l’expérimentation parviendra certainement à résoudre un jour, l’étude qui précède nous paraît établir nettement que les nécroses et les gangrènes sont des processus distincts et qu’il n’est plus permis de confondre. La distinction de ces processus n’a pas simplement un intérêt scientifique, elle a aussi son but pratique, car elle conduit à traiter diversement ces lésions. Si donc l’expectation est le seul moyen à opposer aux nécroses, une médication active, des caustiques, des antiseptiques énergiques doivent être employés pour combattre et limiter les gangrènes.

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