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CHAPITRE PREMIER

DES HYPÉMIES

L’hypémie (0™, au-dessous «ip«, sang) ou anémie des auteurs (1), est un état pathologique caractérisé par la diminution de toute la masse du sang ou de la quantité normale de ce liquide dans un département quelconque du système vasculaire. On appelle oligaimie (de ollyoç, peu, aipa, sang) la diminution de la masse générale du sang, et ischémie (de tVyaipo;, qui arrête le sang), la diminution de la quantité normale de ce liquide dans une partie limitée de l’organisme.

Hypémie générale, oligaimie. — Constituée par la diminution de la masse totale du sang, l’oligaimie n’est en réalité qu’une altération de ce liquide accompagnée de désordres circulatoires. Anatomiquement, elle est caractérisée par la décoloration des téguments et de tous les tissus dont la teinte propre tend à prédominer. Par exemple, les poumons, dont le parenchyme est gris rougeâtre dans l’état normal , revêtent une coloration gris blanchâtre ; l’intestin est pâle, les reins deviennent un peu jaunâtres. Les organes, presque toujours diminués de volume, ne laissent échapper de la coupe qu’une faible quantité de sang, et les vaisseaux qui les traversent sont généralement vides et diminués de calibre. Le sang est moins dense, au rapport de la plupart des auteurs, et la proportion relative des globules est diminuée; mais il y a lieu de remarquer que les analyses du sang qui ont été faites jusqu’ici se rapportent à des faits très-dissemblables oû des états, tels que l’hydrémie et l’aglobulie, se trouvent confondus avec l’anémie vraie. Les gros vaisseaux sont revenus sur eux-mêmes ; mais un fait qui ressort de l’examen des individus morts dans ces conditions, et qui prouve bien la diminution de la masse sanguine, c’est la diminution de capacité des

(1) Nous préférons le mot hypémie à celui d 'anémie, en quelque sorte consacré par l'usage, à cause de son étymologie, qui signifie diminution et non privation de sang.

IIYI’EMIES.

cavités du cœur, le retrait du tissu musculaire de cet organe qui rend ses parois plus épaisses, et le fait considérer à tort comme atteint d’hypertrophie concentrique.

L’anémie générale a pour conséquence divers troubles de l’innervation, vertiges, lipothymies, etc., elle détermine des palpitations, de la dyspnée par diminution des globules , un affaiblissement de la nutrition et de la plupart des fonctions; souvent elle est accompagnée d’un certain degré de stéatose hépatique, et parfois d’une dégénérescence graisseuse du cœur et de plusieurs autres organes. Tels sont les effets ordinaires de l’oligaimie ; mais que chez un individu placé dans ces conditions spéciales de nutrition et de vitalité survienne une maladie avec lésions phlegmasiques, comme une pneumonie, alors on observera les phénomènes les plus fâcheux: l’irrégularité dans l’accomplissement des différents actes de l’innervation, une prostration subite, une grande facilité à la production des hémorrhagies, une tendance remarquable aux suppurations et à la gangrène ; de là, par conséquent, des indications thérapeutiques reposant sur l’état général du malade.

L’insuffisance de l’alimentation est la principale cause de l’oligaimie ; elle peut tenir à la quantité des aliments, à la difficulté de la digestion ou de l’absorption. Ainsi l’oligaimie est commune dans les villes assiégées, dans les crèches où les enfants sont mal nourris, chez les individus atteints de dyspepsie,- de cancer de l’estomac, d’altération des glandes mésentériques. Dans des conditions d’alimentation ordinaires, un exercice exagéré peut encore produire ce désordre, il en est de même des hémorrhagies répétées et des déperditions abondantes .physiologiques (urines) ou pathologiques (pus).

Dans ces diverses circonstances, la pathogénie de l’anémie s’explique par la privation où se trouve l’organisme des éléments nécessaires à la constitution du sang. Les recherches intéressantes de Panum ne nous paraissent contredire en rien cette manière de voir, car si, dans l’inanition complète, la masse sanguine, ainsi que l’a démontré cet expérimentateur, reste jusqu’à la fin dans un rapport constant avec la somme des parties solides de l’organisme, il n’en est pas moins vrai que cette masse a notablement diminué. Un autre mode pathogénique tient vraisemblablement à une formation insuffisante des éléments du sang par la diminution de l’activité des organes auxquels est dévolue la fonction hémopoiétique (1) (glandes mésentériques, etc.); mais nos connais-

(1) La malade atteinte de l’altération des glandes lymphatiques représentée plus haut. p. 497 était en même temps affectée d’oligaimie; il en était de môme de plu-

sauces sur ce sujet sont encore trop incomplètes pour que nous puissions nous y arrêter, qu’il nous suffise de signaler le fait.

Certaines influences atmosphériques, certaines professions, comme celle de mineur, sont ‘également des causes d’oligaimie. Un grand nombre d’intoxications lentes, parmi lesquelles le saturnisme, l’hydrargirisme et l’impaludisme occupent le premier rang, comptent encore au nombre de ces causes. Ajoutons qu’une vive frayeur et des impressions pénibles peuvent aussi contribuer à produire une anémie parfois des plus rapides, comme je l’ai constaté dans plusieurs circonstances, notamment chez une femme diabétique et un jeune homme de vingt-cinq ans qui succomba plus tard avec des taches de purpura.

Hypémie locale , ischémie. — Fort différente de l’anémie générale, l’anémie locale ou d’une seule région coïncide toujours, nécessairement pour ainsi dire, avec l’hypérémie d’un ou de plusieurs organes. Les parties affectées sont tout d’abord pâles, décolorées, exsangues, soumises à un abaissement de température. Peu à peu, si cet état persiste et se prolonge, ces mêmes parties présentent des altérations de nutrition caractérisées par l’apparition au sein de leurs éléments de granulations fixes, réfringentes, et par la diminution de volume; quelquefois même elles subissent une destruction plus ou moins complète. Les organes altérés sont mous, flasques plutôt que turgescents, et leur surface de section, sèche ou presque sèche, laisse suinter à peine quelques gouttes de sang.

L’hypérémie consécutive à l’ischémie établit une sorte de balancement dans la circulation des organes, elle se manifeste tantôt dans l’organe même qui est affecté, tantôt dans des organes éloignés. Son extension est généralement en rapport avec celle de l’hypémie; si ce dernier désordre est limité, la congestion l’est aussi, tandis que si l’anémie est étendue à toute la peau par exemple, l’hypérémie l’est également et peut atteindre un certain nombre ou la plupart des organes internes. L’hypérémie collatérale est artérielle ou veineuse suivant que le sang artériel afflue des branches qui avoisinent la partie anémiée, ou que le sang veineux se déverse dans les capillaires et dans les veines placées en arrière des artères rétrécies et dont la pression latérale est diminuée.

L’ischémie a pour conséquence des troubles qui varient avec l’organe

sieurs malades qui nous ont présenté des dégénérescences caséeuses des glandes mésentériques et surtout de celles qui avoisinent le pancréas. En pareil cas le cœur rétracté est toujours diminué de capacité et de volume et par cela même ses parois paraissent épaissies.

HYPÉMIES.

ou la portion d’organe affecté. L’anémie des muscles volontaires se traduit par la diminution de la contractilité, de la rigidité et de la contracture; l’anémie cérébrale produit à un faible degré la lipothymie, à un degré plus prononcé la perte de connaissance, l’abolition des mouvements volontaires, enfin le ralentissement de la respiration, la dilatation des pupilles et des convulsions.

Les effets de l’anémie limitée à une portion d’organe, à un organe entier, retentissent en outre sur l’économie par le trouble qui résulte du fonctionnement de la partie affectée; et, si celte anémie est étendue, on voit survenir l’augmentation de la tension artérielle, le ralentissement des battements du cœur et des désordres divers de la circulation sur lesquels nous n’avons pas à nous arrêter.

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L etiologie de l’ischémie est complexe, sa pathogénie est plus simple. 'Cette altération peut se rattacher à une compression mécanique des vaisseaux ou à un désordre fonctionnel du système nerveux. L’anémie mécanique ou anémie passive survient à la suite d’ un obstacle apporté à la circulation artérielle ou capillaire par la compression d’un vaisseau, par une ligature, ou par toute autre cause; elle résulte encore de l’obstruction d’un vaisseau par un caillot autochthone ou embolique, par un corps étranger : dans tous ces cas le désordre circulatoire est en partie subordonné à la rapidité de la compression et à l’état plus ou moins prononcé de l’obstruction. Un bandage trop serré, une tumeur placée sur le trajet d’un vaisseau, comptent parmi les causes mécaniques les plus communes de l’ischémie'; un épanchement séreux abondant, le météorisme intestinal, l’emphysème des poumons sont des conditions pathologiques qui habituellement produisent cette altération de la circulation. Tout ce qui tend à diminuer l’élasticité des artères et la force musculaire du cœur agit enfin dans le même sens, comme aussi les diverses altérations qui rétrécissent le calibre des vaisseaux. L’influence exercé par la pesanteur sur la circulation sanguine, peut aussi déterminer une anémie locale. Cette influence se fait particulièrement sentir chez les personnes débilités, à tension artérielle faible et chez les convalescents.

L’hypémie par désordre nerveux vaso-moteur, anémie active ou spasmodique, se lie à une activité fonctionnelle des vaisseaux, à une excitation spéciale des nerfs qui les animent; les agents capables de mettre en jeu cette action sont le froid, l’électricité, plusieurs substances chimiques ou médicamenteuses, enfin les émotions vives, un certain nombre d’actes pathologiques. Le froid n’agit pas seulement sur les capillaires de la peau,

il exerce encore son action sur ceux de la profondeur des membres à tel point que, s’il est intense et persistant, il peut amener la mortification des extrémités. L’électricité détermine le resserrement des capillaires, mais elle ne paraît jouer aucun rôle pathologique en dehors du laboratoire des physiologistes. Les substances dites astringentes produisent d’une façon évidente l’anémie des parties sur lesquelles on les applique; les acides, le tannin, l’acétate de plomb, l’alun et bien d’autres substances possèdent cette propriété qu’a encore l’ergotine employée intérieurement. La frayeur, la colère déterminent également la contraction des capillaires de la peau, de celle du visage notamment; le frisson des fièvres, le refroidissement et l’engourdissement qui, chez les vieillards, les hystériques, les alcooliques et autres personnes, apparaissent tout à coup à l’extrémité d’un doigt ou dans la portion d’un membre, sont des phénomènes liés au même désordre fonctionnel. Dans tous ces cas, le désordre circulatoire peut être considéré comme direct, mais quelquefois aussi il est réflexe. L’épilepsie consécutive à la présence de vers dans les intestins (1), la pâleur subite que fait naître une douleur vive, le retrait des vaisseaux de la pie-mère succédant à l’irritation des nerfs sensitifs périphériques, sont autant de phénomènes d’anémie réflexe. C’est à une anémie de ce genre, mais plus persistante et circonscrite dans quelques régions de la moelle épinière, que Brown-Séquard tend à rattacher un certain nombre de paraplégies qui coexistent avec des altérations des reins, de la vessie, de la prostate et de l’utérus; mais sans rejeter absolument la manière de voir de ce savant physiologiste, nous pensons que des faits nouveaux seraient nécessaires pour la faire accepter définitivement. Nous en dirons autant de la variété d’amaurose que le même auteur attribue à une plaie du sourcil avec lésion du nerf frontal.

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(1) H y a tout lieu de croire que les épilepsies reflexes sont dues à l'anémie du bulbe produite par la contraction des vaisseaux de cette partie de l’encéphale à la suite d’une impression partie de l’intestin ou d’un autre point du corps.

HYPEMIES.

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