‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 66 sur 116 · HOPPE · texte numérisé non relu

HOPPE

BECQUEREL et RODIER

Albumine.

Albumine.

Albumine.

Sérosité de la plèvre

— du péritoine

— du tissu conjonctif

sous-cutané ....

Ces chiffres prouvent néanmoins que les proportions d’albumine varient dans les divers épanchements d’un même hydropique; mais ce n’est pas Là, du reste, la seule variation propre à l’albumine : on a pu s’assurer que la richesse de cette substance diminue lorsque le sang devient plus pauvre en albumine, comme dans les dernières périodes de la maladie de Bright, et qu’elle augmente avec l’âge de l’épanchement, parce qu’une portion de l’eau et des sels est reprise par absorption.

Les matières extractives, par contre, sont plus abondantes dans la sérosité des hydropisies que dans le sérum normal (Lehmann). La sérosité transsudée des albuminuriques renferme généralement une plus forte proportion d’urée, et quelquefois des matières ammoniacales. Les matières

grasses saponifiables. ou saponifiées y sont également en plus grande abondance, et leur proportion varie encore avec le système capillaire où s’opère la transsudation ; du moins, on a reconnu que les transsudats des capillaires des tuniques du cerveau, de la plèvre et du mésentère, en renferment peu. La cholestérine est relativement abondante, surtout dans l’hydrocèle, l’hydropéri carde, et principalement dans les transsudations anciennes, qui en contiennent parfois des quantités considérables. Le sucre a été également rencontré dans la sérosité des malades affectés d’albuminurie. Bock a trouvé 0,04 pour 100 de cette substance dans un cas de maladie de Bright ; mais il reconnaît que cette substance n’est pas constante, sans qu’il lui soit possible de donner la raison de sa présence ou de son absence. En résumé, les principes qui composent la sérosité des hydropisies dépendantes d’une altération du sang ne diffèrent guère du sérum de ce liquide que par une moindre proportion des principes organiques, ce qui est un effet de la dialyse.

L’hydropisie hémopathique à une marche lente et progressive, une durée généralement longue et un pronostic toujours grave. Elle se distingue de l’hydropisie nerveuse et aussi de l’hydropisie consécutive à une obstruction veineuse ou hydropisie mécanique, par son début dans les parties les plus lâches du tissu conjonctif, par une extension et une généralisation rapides, enfin par la décoloration plus ou moins prononcée des téguments, par l’absence de tout rapport avec les nerfs et les vaisseaux.

Etiologie et pathogénie. — Les causes de l’hvdropisie hémopathique influencent directement ou indirectement le liquide sanguin. Celles qui exercent une action directe sur le sang sont une alimentation mauvaise ou insuffisante, des hémorrhagies répétées et abondantes. Il est reconnu que, pendant les époques de misère et de disette, l’hydropisie règne quelquefois d’une façon pour ainsi dire épidémique. Grégoire de Tours (1) rapporte qu’en l'année 586 une grande famine désola presque toutes les Gaules : « Beaucoup de gens firent du pain avec des pépins de raisin, des fleurs d’aveline et des racines de fougère desséchées et réduites en poudre, on y mêlait un peu de farine ; d’autres firent de même avec du blé encore vert ; il y en eut même beaucoup qui, manquant absolument de farine, cueillaient différentes herbes ; quand ils en avaient mangé, ils enflaient et ne tardaient pas à mourir. » Gaspard a observé une véritable épidémie d’hydropisie, pendant la famine de 1817, dans l’est et le centre de

(1) Grégoire de Tours et Frédégaire, Histoire des Francs, trad. de Guizot, t. I, livre VII, p. 464, in-12, édit, de A. Jacobs.

HYDROPiSIES.

la France. Les habitants qui mangeaient l'herbe des champs présentèrent de l’anasarque sans ascite et sans trace de lésion organique du foie ou des autres viscères abdominaux. Cet état dura jusqu’à la moisson de 1817 et disparut parle retour de bons aliments; certains individus conservèrent de l’œdème pendant plusieurs mois et même plusieurs années. L’hydropisie qui se produit pendant le cours du scorbut semble avoir aussi son origine dans une modification du liquide sanguin, subordonnée à une alimentation défectueuse. L’œdème qui survient parfois aux membres inférieurs dans la convalescence des maladies aiguës de longue durée n’est-il pas également, du moins dans certains cas, l’effet d’une alimentation insuffisante? Ce qui semblerait le prouver, c’est que cet œdème était plus fréquent autrefois qu’aujourd’hui, où la diète est avec raison beaucoup moins sévère.

, Les hémorrhagies dans le cours desquelles s’observe l’hydropisie ne sont pas celles qui se manifestent avec le plus de violence, mais celles dont le retour est le plus fréquent, comme les flux [hémorrhoïdaux. Les suppuralions prolongées, les flux diarrhéiques ou dysentériques, peuvent aussi entraîner à leur suite une lrydropisie plus ou moins marquée ; mais fréquemment on constate alors une dégénérescence albuminoïde ! des vaisseaux et une augmentation de la tension intravasculaire.

| Les affections organiques qui ont pour effet plus spécial de modifier [ la composition du liquide sanguin sont celles qui intéressent les reins, et dans quelques cas aussi le foie ou la rate. La plupart des lésions rénales avec albuminurie, celles surtout qui portent sur l’épithélium des tubuli, sont de ce nombre. Ainsi les néphrites dites parenchymateuses, la stéatose des épithéliums du rein, ont polir cortège ordinaire une anasarque ; considérable; au contraire, les néphrites dites interstitielles ne pré- ; sentent en général pas trace d’œdème, du moins dans les premières phases de leur évolution.

Indépendamment de la cirrhose, qui donne lieu à un épanchement péritonéal mécanique, la stéatose du foie est ordinairement accompagnée d’une anasarque plus ou moins générale, lorsque le parenchyme de cet organe est devenu moins dense que l’eau ; c’est un fait que j’ai signalé autrefois, après l’avoir constaté à plusieurs reprises. L’altération de la rate paraît être dans quelques cas une cause d’hydropisie, autant peut-être par suite d’un obstacle à la circulation que d’une modification du sang. Souvent du reste, les altérations de ces deux organes se combinent et agissent simultanément dans la production de l’hydropisie.

Telles sont les principales causes de l’hydropisie hémopathique. Mais quel est le mode d’action de ces causes dans la production de cet impor-

tant symptôme ? En d’autres termes, quelle est la modification du sang génératrice de l’hydropisie? La solution de cette question est tout entière du ressort de la chimie pathologique ; malheureusement cette branche de la science médicale est jusqu’ici trop peu avancée pour nous renseigner d’une façon positive. Les analyses chimiques nous apprennent à la vérité que, dans l’hydropisie hrightique, l’albumine est en moindre proportion dans le sang, et que, par suite, la quantité d’eau est augmentée. Becquerel et Rodier, dans onze casd’hydropisie aiguë, dont neuf sans albuminurie, ont également constaté la diminution de l’albumine du sang ; d’un autre côté, Andral s’est assuré que l’albumine du sérum du sang était en moindre proportion dans la cachexie avec infiltration séreuse des bêtes ovines, malgré la non-déperdition de cette substance par les urines. Partant de ces données, Becquerel et Rodier admettent que l’hydropisie commence à apparaître lorsque le sang ne contient plus que 67 parties d’albumine pour 1000. Mais ces recherches, quelque précises qu’elles soient, ne prouvent pas que l’hydropisie soit uniquement liée à la déperdition de l’albumine du sérum sanguin, car, dans un grand nombre de cas d’albuminurie, comme, par exemple, dans la forme du mal de Bright, désignée par nous sous le nom de néphrite conjonctive proliférative (néphrite interstitielle des auteurs), l’anasarque fait le plus souvent défaut, malgré l’albuminurie, et cela pendant des années.

Une autre condition que la diminution de la proportion de l’albumine du sérum sanguin paraît donc nécessaire à la genèse de l’hydropisie hémopathique. Cette condition serait-elle l’exagération de la proportion d’eau contenue normalement dans le sang? A voir ce qui se passe chez les albuminuriques, l’augmentation de l’eau dans le sang ne serait pas sans action sur le symptôme hydropisie, car c’est précisément chez les individus qui rendent le moins d’urine que l’œdème albuminurique survient le plus rapidement, et qu’il est le plus persistant. Effectivement, dans la néphrite épithéliale, où les urines sont toujours rares, l’hydropisie est très-marquée, tandis qu’elle est nulle ou très-faible dans la néphrite interstitielle, où l’urine est abondante. Ainsi il y a lieu de croire qu’un excès d’eau dans le sang doit favoriser la production de l’hydropisie. Mais cette circonstance, qui nécessairement augmente la tension du sang dans les vaisseaux, peut-elle suffire à la genèse de ce symptôme? La chose est difficile à affirmer. D’une part, on rencontre des individus ayant tous les signes de l’hydrémie, et qui ne sont pas œdématiés; d’autre part, les animaux auxquels on injecte une grande quantité d’eau offrent bien parfois de l’œdème du foie, de la rate et des poumons, mais ils ne présentent ni infiltration œdémateuse du tissu

HYDROPISIES

conjonctif sous-cutané, ni épanchement dans les cavités séreuses du thorax ou de l’abdomen (Cl. Bernard, Lebert). Peut-être alors est-il nécessaire, comme le prétend Mialhe, qu’un certain degré d’altération de l’albumine vienne s’ajouter à l’influence déterminée par l’exagération de la quantité d’eau contenue dans le sang.

Reconnaissons, en terminant, que s’il est des cas où l’hydropisie est uniquement sous la dépendance d’un obstacle circulatoire, d’un désordre nerveux ou d’une altération du sang, quelquefois aussi cet état pathologique est amené par plusieurs de ces conditions réunies. Mais chacune de ces conditions est loin d’avoir une influence égale, et partant les hydropisies ne peuvent être combattues toutes de la même façon. Il importe, en somme, de tenir compte de la pathogénie dans la thérapeutique des œdèmes et de l’anasarque, aussi bien que dans le traitement des hyperémies et des hémorrhagies.

Bibliographie. — B. Gaspard, Effets des aliments végétaux herbacés sur l’économie humaine ( Journal de physiologie expérimentale de Magendie, 1821, t. I, p. 237). — Magendie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t. 1, p. 109. Paris, 1837. — Bright, Report on medical cases. London, 1827. — Le même, Cases and observât. ( Guy’s Hospital reports , 1836). — Heller, Patholog. Chemie des Morbus Brightii ( Archiv f. Physiol. Pathol. Chemie und Microscopie, 1855, t. Il, p. 185). — Cl. Bernard, Injection d’ eau dans le système vasculaire du chien [Comptes rendus de la Soc. de biologie , 1859, et Gaz. mèd., p. 98, 1850).

— Lebert, Note sur l’hydropisie produite artificiellement chez les animaux [Ibid., p. 172). — C. Devilliers et J. Regnauld, Recherches sur les hydropisies chez les femmes enceintes ( Archives gén. de mèd., juillet 1858). — Mialhe, De l'albumine et de ses divers états [Union médicale, juillet 1852 ; extrait, Paris, 1852).

— Drivon, Recherches sur l’analyse chimique et la composition des sérosités. Montpellier, 1869. — Guyociiin, Analyse de sérosités d’œdème et d'ascite dans un cas de maladie de Bright [Gaz. mèd., 1873, p. 258). — Voyez de plus la Bibliographie générale, p. 375.

Lancereaux. — Traité d’Anat. path,

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