‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 58 sur 112 · UU · texte numérisé non relu

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centrifuge vaso-dilatatrice ne se réfléchit pas directement sur les vaisseaux, mais bien, suivant la théorie émise par Cl. Bernard, Rouget et Vulpian, sur les ganglions placés sur le trajet des fibres vaso-constrictives qui se distribuent aux parois vasculaires. De la sorte, l’excitation du nerf sensitif a pour effet, non de stimuler les amas ganglionnaires, d'exagérer leur action tonique, mais, au contraire, de suspendre leur activité et, par suite, celle des libres vaso-constrictives en relation avec ces centres nerveux. Ajoutons que la fonction étant exagérée dans ces conditions, il y a tendance à l’altération des éléments anatomiques.

Semblables hvpérémies peuvent être produites par le même mécanisme dans d’autres points du corps ; il suffit d’irriter un peu vivement la peau ou une muqueuse pour voir une rougeur congestive apparaître dans une région plus ou moins étendue, voisine du point irrité. Chez une femme âgée de soixante-douze ans, observée par moi à la Salpêtrière, et qui se plaignait de points névralgiques intercostaux, il suffisait de pratiquer le pincement de la peau hyperesthésiée au niveau du rebord costal gauche pour voir apparaître presque immédiatement une rougeur diffuse de la partie supérieure du thorax, du cou, des oreilles, du front et de la face. Sur le devant du sternum et à la limite de cette rougeur existaient des taches disséminées avec des intervalles de peau saine un peu plus larges que dans la rougeole. Au bout d’un quart d’heure, cette congestion disparaissait si on ne renouvelait pas le pincement. Vraisemblablement aussi dans ce cas, l’hypérémie cutanée avait pour cause une action réflexe modératrice sur les nerfs vasculaires de la peau.

Ce mécanisme est sans aucun doute celui qui préside aux hvpérémies concomitantes de certaines névralgies et à celles qui se développent au

pourtour des parties enflammées. Sur soixante et un cas de névralgie trifaciale rassemblés par Notta, la rougeur de la conjonctive est notée trentequatre fois. Cette rougeur, toujours plus vive au moment des crises douloureuses, s’étendait à une grande partie de la face, envahissait quelquefois la muqueuse buccale, se montrait sur la joue, sur les gencives, sur la langue et sur le plancher de la bouche ; elle était ordinairement accompagnée d’une sécrétion plus abondante des muqueuses et de la peau de la région affectée. Symptomatiques de l’excitation nerveuse, ces phénomènes congestifs ne sont nullement influencés par la cause de la névralgie; ils se produisent également bien dans le cours des névralgies palustres et de celles que détermine une lésion matérielle de la cinquième paire. Les névralgies des autres parties du corps sont parfois aussi le point de départ d’une hypérémie plus ou moins tenace et étendue. J’ai en ce moment, dans mon service d’hôpital, une femme sèche et nerveuse,

HYPERÉMIES.

âgée de trente-huit ans, qui présente, à la base droite du thorax, une demi-ceinture formée de taches rouges, violacées, un peu irrégulières, la plupart de l’étendue d’une pièce de cinq francs, disposées par groupes a la façon d’un zona. Cette éruption, qui persiste depuis plus d’un mois sans qu'il se soit jamais montré de vésicules herpétiques sur les plaques, se lie a l’existence d’une "névralgie de l’une des dernières branches nerveuses intercostales. S il arrive parfois qu’une éruption vésiculeuse se produise sur des taches de ce genre, rarement, en pareil cas, la sécrétion sudorale est augmentée.

L’hvpérémie phlegmasique est due, comme nous l’avons déjà dit, à une irritation des nerfs sensibles qui, transmise aux centres, trouble et suspend plus ou moins complètement leur activité contractile, d’où la cessation et la diminution du tonus des vaisseaux soumis à

ces centres, et leur dilatation plus ou moins considérable. La vive rougeur des parties affectées, l’élévation de la température à leur niveau, comme aussi la proportion plus considérable d’oxygène dans le sang revenant d’un foyer d’inflammation que partout ailleurs (Estor et Saint Pierre), sont autant de circonstances qui mettent hors de doute la nature névropathique de l’hvpérémie phlegmasique. Au reste, Vulpian, après avoir sectionné le nerf auriculo-temporal et les nerfs cervico-auricu- Jaires, et aboli en grande partie la sensibilité de l’une des deux oreilles sur le lapin, a constaté que l’irritation phlegmasique des oreilles produite par un fil de fer rougi dans la flamme d’une lampe à gaz était accompagnée d’une congestion moins vive dans l’oreille dont les nerfs sensitifs avaient été pour la plupart coupés, que dans l’oreille du côté opposé.

Quelques hypérémies de la peau ou même des parties plus profondes subordonnées au fonctionnement ou à l’altération matérielle de certains organes appartiennent encore au même groupe congestif. Telles sont les congestions de la face chez les femmes, au moment de la période menstruelle ou dans le cours d’une affection utérine; telle est la rougeur des pommettes dans les cas de pneumonie, etc. C’est toujours dans cet ordre de l phénomènes morbides que paraissent devoir se placer les hypérémies viscérales produites par l’action du froid, et celles qui succèdent à une brûlure étendue. Le fait est expérimentalement prouvé pour ces dernières. Brown-Séquard fait une section transversale de la moelle épinière, sur un animal, au niveau de la troisième vertèbre lombaire, puis il plonge un des membres postérieurs dans de l’eau bouillante et ne trouve d’altération viscérale que dans la vessie, le rectum et les organes voisins, tandis qu’il constate l’existence d’une vive congestion, d’infiltrations séreuses et sanguinolentes dans les viscères de l’abdomen lancereaux. — Traité d’Anat. path. I. — 35

lorsqu’il pratique la section de la moelle au niveau de la troisième vertèbre dorsale. Par contre, il ne se produit aucune congestion viscérale dans les cas où le membre est brûlé jusqu’à carbonisation, comme aussi chez les animaux auxquels ce savant a préalablement sectionné le nerf sciatique et le nerf crural le plus haut possible vers la racine du membre.

Certaines hypérémies cutanées survenant dans le cours de la fièvre typhoïde et des fièvres éruptives pourraient encore se rattacher à ce même groupe ; mais il importe de distinguer la congestion de la peau pendant la période d’invasion et pendant la période d’éruption de ces fièvres. Si, dans le premier cas, l’hypérémie, intimement liée à la fièvre, paraît dépendre d’un affaiblissement des centres vaso-moteurs, auxquels sont soumis les nerfs vaso-constricteurs de la peau, dans le second, elles sont dues bien plutôt à l’excitation du tégument par l’agent morbifique.

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L’étude générale des hypérémies, telle quelle vient d’être exposée,

HYPERÉMIES.

conduit a des déductions pratiques du plus haut intérêt. Effectivement, les hypérémies angiopathiques et les hvpérémies névropathiques , si différentes par leur origine, par leurs manifestations symptomatiques et par leur évolution, ne peuvent répondre aux mêmes indications thérapeutiques. Par exemple, les hypérémies angiopathiques du rein caractérisées par une diminution de la quantité d urine qui est colorée et plus dense, ne peuvent être traitées de la même façon que 1 hypérémie névropathique du même organe produisant de la polyurie et une diminution de la densité du liquide urinaire, qui devient clair et limpide.

Si l’hypérémie passive du rein est ordinairement subordonnée à une altération cardiaque et dure aussi longtemps que cette altération, par contre 1 hypérémie dynamique ou active dépend d’un simple trouble fonctionnel et peut disparaître rapidement, ou bien elle se lie à une lésion matérielle des centres nerveux ou des cordons sympathiques, et suit la même marche que cette lésion. Ainsi s’explique comment certains agents médicamenteux (sulfate de quinine, ergot de seigle, bromure de potassium), très-utiles dans l’hypérémie active, sont absolument nuis ou nui sihles dans 1 hypérémie passive. Chacune de ces classes exige une thérapeutique spéciale, qui doit tendre à modifier la circulation dans un cas, à agir sur l’innervation dans l’autre.

Jointe aux connaissances acquises touchant la suppuration, cette étude nous permet de comprendre un fait signalé par CL Bernard, à savoir la grande tendance à l’inflammation suppurative des tissus soustraits à l’influence vaso-motrice du grand sympathique, pour peu que 1 animal dont le nerf est sectionné soit soumis à Faction de causes

morbides générales, ou simplement à une abstinence prolongée ; elle nous rend compte de la facile suppuration du poumon correspondant au côté paralysé dans les cas d’hémiplégie, et doit nous mettre en garde contre les opérations pratiquées sur des organes douloureux et hypérémiés. En pareil cas, il importe de calmer la douleur et de combattre la fluxion avant d'opérer.

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