I. — Famille des téniadées
Les espèces qui composent cette famille ont la tête piriforme ou sphérique, munie de quatre ventouses arrondies, fortement musculées. Entre les ventouses on voit ordinairement une ou plusieurs rangées circulaires de crochets recourbés, soutenus et mis en mouvement par un appareil musculaire ou rostre qui peut se projeter en avant et se retirer vers l’intérieur. Les proglottis sont distinctement séparés les uns des autres; à leur état de maturité, ils sont plus longs que larges, et habituellement pourvus d’ouvertures sexuelles latérales.
Ténia de l’homme. — Cysticerque ladrique et ladrerie.
A. — Le ténia de l’homme (Tœnia solium, Linné) est un ver aplati, étroit, semblable à un ruban, composé d’articles ajoutés bout à bout et unis entre eux avec plus ou moins de solidité. Ce ver, d’une longueur difficile à déterminer, mesure en moyenne de 4 à 5 mètres. Il se rétrécit insensiblement d’arrière en avant et finit par devenir tout à fait filiforme; ainsi il présente à peine vers son extrémité antérieure 0mm,66 de largeur, tandis que vers sa partie postérieure il offre souvent 8 et 12 millimètres. Son extrémité antérieure, de forme ovoïde, renflée et communément désignée sous le nom de tête, porte quatre mamelons arrondis, équidistants, opposés, et comme croisés, ayant chacun à son centre un suçoir circulaire ( oscille , bothrië) entouré d’un bourrelet de nature vraisemblablement fibromusculaire. Au milieu de ces oscules paraît, en avant, une protubérance convexe plus ou moins élevée, sorte de trompe rudimentaire, mais non perforée ( proboscide , rostelle ), sur laquelle se trouve une double couronne de crochets, les uns extérieurs plus longs, les autres intérieurs plus petits, alternant avec les précédents (fig. 231). Au nombre de 12 à 15 à chaque rangée, ces crochets, de nature cornée, sont composés d’un support ou manche formant à peu près la moitié de leur longueur, d une grille arquée et pointue, d’une garde, sorte de talon plus ou moins saillant, placé à la jonction du support et de la partie arquée.
La tête est portée par un cou grêle et court, déprimé, sans articulations ; viennent ensuite les articles (proglottis) qui forment une chaîne d’éléments unisériés. Les premiers sont toujours plus courts que larges ; à mesure qu’ils grandissent, leur longueur augmente proportionnellement beaucoup plus que leur largeur; aussi sont-ils d’autant plus allongés qu’ils sont plus éloignés de la tête; peu à peu ils deviennent quadrangulaires, oblongs, et leur longueur finit par égaler deux fois leur diamètre trans-
versai. Chacun de ces articles adultes présente un double appareil génital dont un orifice placé sur le bord constitue le pore sexuel. Ce pore existe, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, sans alternance bien régulière ; il est percé dans une saillie mamelonnée, et très-apparent dans les articulations du milieu ; vu à la loupe, il ressemble à une cupule déprimée et présente vers son centre une ouverture punctiforme par où sort quelquefois un spiculé court. Cette ouverture se rend dans un canal horizontal (canal déférent) entortillé qui conduit au testicule situé vers le milieu de l’articulation. En arrière de l’orilice masculin et souvent confondue avec lui, on voit dans la cupule l’ouverture de l’autre partie sexuelle. Cette ouverture communique avec un canal (vagin) parallèle au canal déférent, mais plus long, qui se dirige vers un organe muîtilobé ressemblant à une grappe dendriti forme que l’on peut regarder comme étant l’ovaire.
Le ténia de l’homme est ovipare, il pond des œufs pourvus de plusieurs enveloppes et qui laissent voir par transparence un embryon dont la tête présente trois paires de crochets de la même forme que ceux de l’adulte, mais proportionnellement plus grands. L’embryon ne se développe qu’à la condition d’être transporté dans un endroit convenable, ce qui a lieu lorsque des cucurbitinsse trouvent mêlés aux aliments du porc ou à ceux de l’homme ; alors il passe à l’état decysticerquedelacellulosité (Cysticercus cellulosœ) .() ue .
ou ténia armé ; fragments nia puisse quelquefois lemonter de 1 intestin
pris de distance en dis- jusque dans l’estomac, la chose est possible. Or, tance à partir de la tête. i . ... . . . ,
«, tête armée de sa cou- dans ces conditions, si les articles viennent à ren-
ronne de crochets grossie fermer des œufs mûrs, il peut arriver que le suc
environ 15 fois, b, œuf , • -, , ,, A. .
grossi 300 fois; les cro- oastri(lue » dont 1 action est plus énergique que
chets de l’embryon sont celle du suc intestinal, en dissolve l’enveloppe, trop apparents. . , . ,
et que les embryons devenus libres, s’ils se
trouvent dans un milieu favorable, se transforment dans le même animal en vers cystiques : telle est probablement la cause de l’apparition simultanée du Tœniasolium et du Cysticercus cellulosœ chez un même individu. Le tænia solium est un entôzoaire propre à l’homme; il habite l’intestin
PARASITES ANIMAUX
grêle, la tête dirigée en haut, comme on le sait depuis longtemps, mais surtout depuis les ouvertures cadavériques pratiquées en Egypte par Pruner, sur les nègres qui, dans ce pays, ont pour la plupart des ténias, Sa tête est fixée à la paroi intestinale, et cette disposition explique comment elle n’est pour ainsi dire jamais expulsée par les seuls efforts de l’intestin, lorsque des portions considérables de l’animal séparées de la tête sont rendues spontanément. Ce ver est ordinairement solitaire , et de là sa dénomination toutefois, un grand nombre de faits prouvent que, chez l’homme comme chez les animaux, plusieurs ténias peuvent se rencontrer simultanément dans le tube digestif. Primer trouva, en ouvrant le cadavre d’un nègre, cinq de ces entozoaires mesurant ensemble environ deux cents aunes de longueur, ils occupaient tout l’intestin grêle, qui en paraissait comme rembourré; Vaillant et beaucoup d’autres auteurs ont également trouvé des ténias multiples. Les désordres déterminés par la présence de ces helminthes sont très-variables, suivant la susceptibilité des individus ; mais en général les dérangements de la santé sont peu marqués : dans quelques cas seulement on constate du malaise, de l’anxiété, des (roubles plus ou moins persistants dans les phénomènes de la digestion, de la nutrition ou du système nerveux ; pourtant le parasite n’est reconnu que dans les cas où des cucurbitins viennent à s’échapper de l’intestin.
Le tænia solium est observé en Europe, en Algérie, en Égypte, dans l’Inde, dans l’Amérique du Nord et, en un mot, partout où on fait usage de la viande du porc ; il est digne de remarque que dans l’Inde il s’étend comme l’usage de cette viande. Tous les âges y prédisposent, caron l’a vu chez des enfants à la mamelle et chez des vieillards, mais c’est dans Page adulte qu’il est le plus commun; les femmes, d’un autre côté, y sont plus sujettes que les hommes, et ces différences ont leur origine, sans aucun doute, dans le genre de vie de chacun ; pour ces mêmes raisons ce ver est commun chez les charcutiers, les cuisiniers, etc.
L’analogie de forme et de constitution de la tête du tænia solium avec celle du cysticerqueladrique conduisit tout d’abord les helminthologistes à penser que ce dernier n’était que la larve du premier. Plus tard l'expérimentation vint confirmer cette vue de l’esprit et établir définitivement que le tænia solium est engendré chez l’homme par l’usage de la viande d’animaux renfermant des cvsticcrques et surtout par l’usage de la viande de porc. Les expériences de Küchenmeister, Leuckart et Humbert ont montré que les personnes auxquelles on faisait avaler des cysticerques de la cellulosité ne tardaient pas à être atteintes de ténia ; or ces expériences, dont quelques-unes seraient à la rigueur récusables, envisagées dans leur ensemble, ne laissent aucun doute dans l’esprit touchant la genèse du tænia
solium. D’ailleurs on sait depuis longtemps que les juifs sont exempts de ténia et que ce ver est commun surtout chez les individus qui mangent de la viande crue de porc.
Bibliographie. — Nicolas Andry, Traité de la génération des vers. Paris, 1700.
— Ch. Bonnet, Diss. sur le ténia (Œuvres compl. , t. Il, p. 65. Neufchâtel, 1779).
— De Thomas, Observ. sur le ver solitaire (J ourn. de méd., de chirurgie , etc., t. XXIII, p. 68. Paris, 1765). — Robin, Lettre sur le ver solitaire (Ibid., t. XXV, p, 22*2, 1766). — Pastel de Francière, Observation sur le ver ténia ( Journ . de méd,, deehirurg., t. XVIII, p. 416, Paris, 1763, et t. XXVI, p. 415, 1767).
— Debry, Sur le ténia humain, th. n° 75, p. 11. Paris, 1817. — F.-V. Mérat, Du ténia ou ver solitaire et de sa cime radicale par l'écorce de la racine de grenadier. Paris, 1832, p. 1/j5. — Brasseur, Rapp. deRciikem (Bull. de VAcad. royale de méd. de Belgique , t. IX, p. 210. Bruxelles, 1850). — F. L. Legendre, Observ. propres à éclairer les sympt. nerveux que détermine le tænia (Arch. gên. de méd., 4e série, t. XXIII. Paris, 1850). — Le même. Note ci propos de plusieurs cas de ver solitaire observés pendant V enfance (Ibid., 1854, t. IV, p. 642).
— Bertoi.us, Dissert, sur les métamorphoses des cestoïdes. Thèse de Montpellier, n° 106, décembre 1856. — Davaine, Traité des entozociires , p. 79 et 93. Paris, 1860. — F. Kuchenmeister, Wiener Medicin. Wochenschrift , 1855, n° 1, et Nouvelle expérience sur la métamorphose du cysticercus cellulosæ en tænia solium de l'homme ( Deutsche Klinik , n° 20, 19 mai 1860, et Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie , 1860, p. 834). — R. Leuckart, Die menschlichen Parasiten , t. 1, p. 228. Leipzig, 1868. — M.-R. Levi, Liguriæ med ., XVI, p. 152, avril 1870.
— Vaillant, Tænia multiple chez Vhomme (Soc. de biol., p. 50, 1870, et Gaz. méd., 1870, p. 544). — Note sur un tænia monstrueux (Ibid., p. 168). — Laboulbène, Observât, physiolog. sur le tænia solium (Mém. delà Soc. de biologie , série 5, t. Il, p. 109, 1870). — Le même. Gaz. méd. de Paris, p. 407, 1872, et Bull, général de thérapeutique , 1873, t. LXXXV, p. 206. — Cauvet, Note sur le tænia algérien (Ann. des sciences naturelles , 1873). — Cullingworth, A remarkable specimen of tapeworm (tænia lophosoma) (Med. Times and Gaz., 13 décembre 1873, et Rev. des sc. méd., t. IV. p. 157, 1874). — Dumas, Six cas de tænia ci la suite de l'usage de la viande crue ; fréquence relative de ce ver à Cette (Montpellier médical, juillet 1875).
L- — Le cysticerque ladrique (Cysticercus cellulosæ, Rudolphi), ou larve du tænia solium est le parasite qui engendre l’affection décrite sous le nom de ladrerie. Ce parasite présente une tête presque tétragone qui a la forme et le volume de la tête du tænia solium (fig. 232) ; elle est garnie de quatre suçoirs, couronnée par deux rangs de quinze à seize crochets allongés, et terminée par une trompe obtuse, cvlindroïde et imperforée (fig. 233?
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a, b). Le corps de ce parasite, qui renferme de nombreux corpuscules calcaires, estcylindrique, plus long que la vésicule dans laquelle il estcontenu. Elliptique et sans appendice extérieur habituel, cette vésicule, d’un dia-
Fig. 232. — Tête du cysticerque ladrique de l’homme Fig. 233. — a, grand crochet; grossie 80 fois: cette tête est ornée de 14 grands cro- b, petit crochet (370 diachets longs de 0inm,079 et de 15 petits crochets longs mètres), de 0mm, 01 3. — Spécimen extrait par moi pendant la vie et dessiné par Léon Vaillant (80 diamètres).
mètre de 6 à 10 millimètres, est blanchâtre, ovoïde, remplie de liquide, percée sur un de ses côtés d’unpertuis étroit qui donne naissance à une vésicule interne pisiforme plongeant dans le liquide. C’est au fond de cette vésicule interne que l’animal se trouve fixé par un pédicule ; plissé quand il est rétracté sur lui-même, il remplit exactement cette poche, et sa tête est en rapport avec le pertuis de la grande vésicule (fig. 23/i). Cette dernière est généralement entourée d’un kyste adventif qui souvent présente une petite cicatrice blanche, entourée de vaisseaux correspondant à l’ouverture de sortie du cysticerque (Ch. Robin).
Le cysticerque ladrique subit avec l’âge des modifications profondes : un pigment noir envahit les ventouses et le rostre qui durcit ; les crochets tombent ou sont détruits, le pertuis de la vésicule se rétrécit ou se ferme tout à fait; celle-ci se déforme, acquiert un volume anormal, se segmente ou même se dédouble, mais elle ne produit point de nouvelles têtes decysticerques. Ce cysticerque a été rencontré chez le singe, le chien, l’ours,
Fig. 234. — Cysticerque ladrique du porc (grandeur naturelle). a , tête, col et corps sortis de la vésicule ; b, ces mêmes parties contenues dans la vésicule (d’après Davaine).
le chat, le chevreuil et le porc, Assez fréquemment on le rencontre chez l’homme, où sa présence est le point de départ d’une maladie analogue à celle qui, chez le porc, est depuis longtemps désignée sous le nom de ladrerie.
Connue d’Aristote (1) qui la considérait comme une affection des plus communes chez le porc, la ladrerie a été rattachée, au xvn1 2 3 * 5 6 7 8 9 10 11 12 13 siècle, à la présence d’un ver vésiculaire, d’abord par Hartmann deKœnigsberg, et peu de temps après par Mal pighi . Relativement rare chez l’homme, la ladrerie paraît avoir été observée pour la première fois par Wharton, qui, sous le titre de : De glandulis sanis varias corporis partes occupant ibus in milite , en rapporte un fait peu douteux et d'un intérêt réel, puisqu’il a trait à un individu vivant. Boneta consigné ce fait dans son Sepulchretum (2), mais pas plus que Wharton il n’a connu l’identité de ces prétendues glandes avec l’altération qui constitue la ladrerie du porc. Il faut arriver jusqu’à Werner (3), en 1786, pour avoir une observation authentique de ladrerie chez l’homme. 4 l’autopsie d’un militaire âgé de 40 ans, qui s’était noyé et qui avait séjourné pendant deux semaines dans une eau glacée, cet observateur trouva les muscles farcis de vers vésiculaires. D’autre part, Mascagni (4), Losche (5), Ilimlv (6), Flormann (7), Laennec (8), Dupuytren (9), Grève (10) ont trouvé le Cysticercus celluloses dans les muscles et dans le tissu conjonctif sous-cutané. Rudolphi rapporte que, de son temps, on rencontrait dans les autopsies à Berlin, une fois sur cinquante, un nombre plus ou moins considérable de cysticerques ladriques, situés le plus souvent dans les muscles fessiers , les muscles psoas iliaques, les muscles extenseurs de la cuisse, et plus rarement dans le cerveau. Gerlach (11), Wvmann (12), Raikem (13), Demarquay et Ger-
(1) Nous dirons plus loin que les Égyptiens connaissaient déjà la ladrerie, du moins celle du bœuf.
(2) Bonetus, Sepulchretum. Genevae, 1679, p. 1511.
(3) Werner, Verm. intest, continuation t. II, p. 7. Leipzig, 1786.
(à) Brera, Lezioni med. pratt., etc. Crema, 1802, p. 153.
(5) Steinbach, Comment, de tœnia hydat. anom. Erlangen, 1802.
(6) Hufeland’s Journ ., t. XXIX, p. 116, 1809.
(7) Rudolphi, Entozoar. synopsis. Berlin, 1819, p. 620.
(8) Laennec, Mém. de la Soc. de méd ., an XII.
(9) Dupuytren, Leçons orales , t. III, p. 367.
(10) Grève, Erfahr. und Beobacht. über die Krankh. der Hausthiere. Oldenburg, 1818, c. XV1IL
(11) Voyez Gaz. des hôpit ., 18 Al, p. 596.
(12) Jackson, A descript. catalog. of the anal, muséum of ihe Boston Soc. Boston, 18/17, n° 901.
(13) Raikem, Bull, de l’ Acad, royale de méd. de Belgique , 1853, p. 199.
vais (1), Stich (2), etc. ont également vu de nombreux cysticerques dans les muscles. Rudolphi (3), Ferrai (4), Andral (5), Leudet (6), et quelques autres auteurs ont noté la présence de ces parasites dans les parois du cœur. Griesinger, après avoir rencontré deux fois des cysticerques dans les centres nerveux, a rassemblé cinquante à soixante cas semblables, et depuis la découverte de l’oplithalmoscope ce parasite a été plusieurs fois observé dans Fœil pendant la vie. Les poumons (Himly, Demarquav et Gervais), le foie, les reins et les glandes lymphatiques sont quelquefois aussi affectés de ladrerie; mais chez l’homme comme chez les animaux, cette maladie semble se localiser de préférence dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans les muscles (7).
Le nombre des cysticerques trouvés dans l’organisme humain varie depuis un jusqu’à cinq cents ou même jusqu’à mille et plus. Dans un cas rapporté par Bonhomme, on put évaluer après la mort à deux mille le nombre de ces vers contenus dans le tissu conjonctif sous-cutané, sousaponévrotique et intermusculaire. Principalement situées au niveau des points d’insertion des fibres musculaires, les vésicules qui les renfermaient avaient leur plus grand diamètre parallèle à ces fibres qu’ils écartaient sans les détruire. Les centres nerveux contenaient dans le même cas cent onze cysticerques dont vingt-deux dans les méninges, quatre-vingt-quatre dans le cerveau, quatre dans le cervelet et un dans la moelle allongée. Chez une de mes malades, où pour la première fois l’affection fut diagnostiquée à l’aide du microscope, on pouvait compter sous la peau plus de trois cents cysticerques occupant le tissu conjonctif et les muscles, où ils donnaient lieu à la présence de petites tumeurs olivaires, élastiques, légèrement saillantes. Le tronc et les membres étaient également affectés ; les tumeurs étaient en assez grand nombre sous les mâchoires, et l’une d’elles, faisant saillie sur le plancher de la bouche, à gauche de la langue, rappelait toute l’importance attachée anciennement à ce siège chez le porc, d’où la fonction des jurés langueyeurs. Ces tumeurs (fig. 235), dont il me fut facile de déterminer la nature à l’aide d’une ponction et de l’examen microscopique, avaient leur grand diamètre
(1) Journ. de V Institut , 1845, 2r0 sech, p. 16, et Bull, de la Soc. anat. de Pans, 1815.
(2) Stich, Canstatt’s Jahresb., 1855, t. IV, p. 339, et Ann. de la Charité de Berlin.
(3) Rudolphi, EntoZoarum synopsis, p. 546.
(4) Ferrall, Dublin Journ. of med. science. Joly 1839.
(5) Andral, Anat. put h., t. II, p. 322.
(6) Leudet, Bull, delà Soc. anat., XXVIIe année, p. 469. Paris, 1852.
(7) On trouvera l’analyse de la plupart de ces observations dans le remarquable ouvrage du docteur Davaine.
parallèle à la direction des muscles qui conservaient leur apparencenormale. Ces organes, comme d’ailleurs les viscères qui renferment les mêmes parasites sont en général peu altérés, et pour cette raison le cysticerque ladrique peut séjourner longtemps dans l’organisme ; mais souvent il finit
Fig. 235 — Buste d’une femme atteinte de ladrerie. Il existe sous la peau du thorax et du cou un grand nombre de tumeurs olivaires formées par des kystes renfermant des cysticerques.
par subir des modifications qui entraînent sa mort. Dans ces conditions le kyste revient sur lui-même, il s’incruste de sels de chaux, et par son volume, comme par sa forme, il revêt l’aspect d’un grain d’orge, ce que j’ai pu constater à plusieurs reprises dans les muscles du thorax, notamment chez des individus morts de phthisie pulmonaire.
Le faible volume des vésicules du cysticerque ladrique rend ces larves ordinairement inoffensives pour les parties qu elles occupent, à moins qu’elles ne soient en très-grand nombre, ce qui donne lieu aux phénomènes de la ladrerie. Dans ce cas même il n’existe parfois aucun désordre sérieux, comme j’ai pu le voir chez une malade qu’il m’a été possible de suivre pendant deux années successives; j’ajouterai qu’au bout de ce temps, les tumeurs cystiques m’ont paru avoir diminué de volume, de sorte que les cysticerques semblaient se calcifier. Pourtant ii
est des organes, comme le cerveau et l’œil, dans lesquels la présence d’un seul cysticerque suffit pour produire des accidents quelquefois trèsgraves ; par conséquent, ce n’est pas tant le nombre que le siège spécial de ces parasites qui les rend dangereux pour l’être sur lequel ils se sont fixés ; ces accidents, bien entendu, diffèrent suivant la fonction de l’organe lésé.
Le cysticerque ladrique de l’homme, comme celui du porc, a été observé dans des contrées et dans des climats divers : en Italie, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, etc. Il se trouve dans les deux sexes et à tous les âges, mais il est manifestement plus commun dans les classes pauvres et chez les personnes malpropres que dans les classes aisées, chez les personnes qui donnent tous les soins nécessaires à la préparation de leurs aliments et qui filtrent l’eau de boisson.
L’identité du cysticerque ladrique avec le scolex du tænia solium conduisit plusieurs observateurs, notamment Van Beneden, Küchenmeister et Haubner, à faire des expériences complémentaires de celles qui consistent à transformer le cysticerque en tænia solium. Ces auteurs, ayant fait avaler à des porcs des œufs et des anneaux de tænia solium, trouvèrent, dans un certain nombre de cas, un plus ou moins grand nombre de cysticerques celluleux dans les muscles de ces animaux. Or, ceux-ci étant placés dans des conditions qui permettaient de penser qu’ils n’étaient pas atteints de ladrerie, on peut admettre que les cysticerques avaient pour origine les œufs ingérés, et partant il y a lieu de croire que chez l’homme le cysticerque ladrique provient également de l’ingestion d’œufs de tænia solium qui, faute de soins suffisants de propreté, se trouvent mélangés aux aliments ou aux boissons.
Bibliographie. — G. Gulliver, Observations on the structure of the entozoa belonging to the genus cysticercus ( Médico-chirurgical Transact ., t. XXIV, 1). — Delore et Bonhomme, Comptes rendus de la Soc. de biologie , et Gaz. méd. de Paris , 1853. — Kœberlé, Des cysticerques de tænia chez l’homme. Paris, 1861. — Dolbeau, Bull. Soc. anat. 1861, p. 32â. — Griesinger, Archiv der Heilkunde , t. III, p. 207-224, 1862, et Schmidt' s Jahresb ., t. CXIX, p. Zi6. — Fidler, (Archiv d. Heilkunde , t. IV, p. 268, 1863). — J.-M. Guardia, Ladrerie dans l'antiquité (Ann. d'hygiène et de méd. légale , p. 454, t. XXIII). — Kuchenmeister, CEsterr . Zeitschr . f.prakt. Ileilk., t. XI, â6, â8, 50, et t. XII, 3, 6, etc., 1865 et 1866. — Rich. Wagner, Ueber das Vorkommen von Cyst. bei Geistes Krankenh. (Inaug. Diss. Iéna, 1866). — - Meissner, Helminthologische Beobaclitungen u. Notizen ( Schmidt’s Jahrbücher , t. CXXXI1I, p. 301, 1867; t. CXLIY, p. 73; t. CLII, p. 118). — Cesare Lombroso, Iiiv. clin ., VI, 8. Agosto 1867. — Becoulet et Giraud, Note sur le cysticerque du cerveau (Ann. méd. psychologiques , nov. 1872). — E. Lancereaun, Note sur la ladrerie chez l’homme (Archives générales de médecine , novembre 1872, p. 543) .
Tænia mediocanellata (Ivüchenmeister) ou ténia inerme.
Ce ténia, plus large et plus épais que le tænia solium, a aussi une tête plus volumineuse. D’une largeur de 2 millimètres, cette tête est pigmentée, noirâtre, semée de corpuscules calcaires, et inclinée sur un cou très-court; elle ne présente ni crochets, ni proboscide (tig. 236).
Les suçoirs de ce parasite sont trèsgrands ; les articles qui se détachent avec facilité sont très-vivaces et sortent souvent d’eux-mêmes de l’anus dans l’intervalle des garderobes. Les pores génitaux sont irrégulièrement alternés les ovaires consistent en un long canal duquel partent latéralement un grand nombre de branches parallèles (jusqu’à 60) simples ou bifurquées et jamais arborisées. Les œufs sont ellipsoïdes ; plus lisses et plus clairs que ceux du tænia solium, ils laissent mieux voir leur embryon hexacanthe.
Le tænia mediocanellata se trouve en Europe, mais on l’observe dans certaines contrées où les habitants se nourrissent principalement de viande crue de bœuf, comme en Abyssinie ; il est fréquent en Égypte et en Algérie. Tandis que le tænia solium devient de plus en plus rare chez nous, au contraire le tænia mediocanellata est de plus en plus commun ce qui tient sans doute
inerme de l'homme (grandeur naturelle), « 1 habitude contractée de manger
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partir de la tête, fl, tête grossie]; b , œuf i , . • r . ,,